FECIT BENE
La liaison de C avec I n'empêche qu'on croit voir ici le chrismon. L'image du flabellum paraît ici bien claire; peut-être Constantia faisait-elle le commerce d'éventails.
Jusqu'ici nous n'avons énuméré que les textes et les monuments relatifs à l'usage profane de l'éventail, mais le flabellum a eu sa place dans le culte chrétien dès une haute antiquité.
II. Textes et monuments liturgiques. -- Le plus ancien témoignage actuellement connu est celui que nous lisons dans les Constitutions apostoliques, 1. VIII, c. xxii : Aùo Siâxovoi ÈÇ ÉxocTÉpcùv t<ov fiepôiv xo\> 8u<nacTT|piou xaTE/ÉTcoo-av èZ, ûjxév&jv XE7r-rcùv pi7ri8iov. rt -T;pc~iv raûvoç, V, Ô66vi)ç, y) v;népa à7ro(jo6EÎTcoc;av Ta (xtxpà Ttov i-TatiivôSv Çcocov côç av jiy] èyxp ti-tre— o v-rœi. sic Ta X'JTiEXXa. «Deux diacres placés de chaque côté de l'autel, tiennent des flabella de vélin, ou de plumes de paon, ou d'étoffe, afin de chasser les insectes de peur qu'ils ne tombent dans le calice. »
En 837, Everard, fondateur de l'abbaye de Cysoing en Hainaut, lègue à son fils un mobilier liturgique dans lequel ligure : Flavellum argenteum unum 3. Il n'est plus question ici que d'un seul flabellum, peut-être sa hampe était-elle en argent. Au xr siècle, dans les Coutumes de Cluny : Unus .aulem minisiro-
' Gori, Thesaur. vet. diptijch.. t. n, pi. xv; Banduri. 7mperium orientale, Paris, 1711. I. n. p. 492: Chabouillet, Catalogue des camées, etc., du cabinet des médailles, p. 565- 567, n. 3266. — ' Boldetti, op. cit., p. 344; L. Perret, Les catacombes de Rome, t. v, pi. lxiii, n. 25, donne l'état actuel de l'inscription. — ■ Aubert Mireus, Diplomata belgica, édit. Foppens, t. i. p. 21, cul. 1. — * Consueludines Cluniacenses,
Guillaume d'Exeter, abbé de Bury-Saint-Edmunds : / muscifugium de pecok (peacock,paon). C'est toujours le flabellum antique qui dans les inventaires deviendra V esmouchouer à tout le manche d'argent de l'inventaire de Mahaut, comtesse d'Artois, en 1316; esmouchouer de soye broudé de l'inventaire de Clémence de Hongrie, femme de Louis X en 1328; esmouchouer rond qui se ployé, en yvoire, aux armes de France et de Navarre, à un manche d'ybenus de l'inventaire de Charles V en 1380.
Le flabellum liturgique est en pleine évolution, et tandis que l'éventail à main conserve sa légèreté nécessaire, le chasse-mouche se transforme en une pesante rondelle de métal décoré, ciselé, gemmé, parfois de façon très élégante, mais comme tous les monuments appartiennent au moyen âge, nous n'avons plus à les étudier 6. Néanmoins le chasse-mouche n'est pas délaissé, mais on tend à le réduire à une seule pièce, les textes ne parlent plus de deux flabella mais d'un seul flabellum. Hildebert de Lavardin, évêque du Mans (4- 1134) écrit : Flabellum libi misi, congruum scilicet propulsandis muscis instrumentum... Attende ergo quibus muscis immolantes Domino sacerdoles gravius infestentur; quibus fréquenter impedientur salutaria altaris officia 7. Vers la même époque on lit dans la vie de saint Pierre, évêque de Policastro et abbé de La Cava, ces lignes : Senex namque venerabilis Petrus Spoletinus et Petrus Troianus;... mihi narrare consueverant, quia quadam die dum monaslerio circuiret, Teresinum cum eo venerunt. Ibi vero cum in ecclesia S. Johannis missas célébrant, et quidam flabelli minislerium negligenter exhiberet, lampadem impulit et oleum super allare judit 8. On voit, et Dom Martène " en a fait l'observation, que la liturgie bénédictine n'usait que du flabellum
c. xxxvn. — 5 Hariulfe, Cliron. Cenlulensc. dans d'Acbery, Spicilegium, in-fo]., 723, t. n, p. 310. — 6 Ch. de Linas, Les disques crucifères, le flabellum et l'umbella, dans Revue de l'art chrétien, 1883, t. I, p. 379-389. — T Epist., vm. dans Bibliotli. max. Patrum, t. xxi, p. 121. — 8 Acta Sanct., 4 mars, Vita, c. n, n. 11. — 9 Dom Martène, De antiquis monachorum ritibus, I. Il, ch. tv, n. 3.
FLABELLUM
unique et que le maniement de cet ustensile était dévolu à un acolyte spécial, distinct des ministres de l'autel Au xm' siècle, Guillaume urand semble ne faire allusion qu'a un seul flabellum, pendant l'été, depuis la secrète jusqu'à la lin du canon '.
Dès la lin du xiv" siècle, le flabellum liturgique était en pleine désuétude, honnis dans quelques de bénédictins, couvents de dominicains, et ailleurs. Au XV* siècle, son nom même était oublié en bien des endroits. Nous lisons sur les inventaires de l'Église d'Angers; en 1255: Item duo flabclla argentea deaurata, cum lapidibus et baculis argenleis; — en 1286 : item, duœ philaciœ rotondœ de argento cum baculis cooperlis de argento; en 1421 : item, unum dyadema per modum patente in qua sunt xxri/i lapides; Hem aliud dyadema fractam in quo
1468. — l-'labcllum figuré sur le ciborium de Pérouse. D'après Rohault de l'icury. ha Misse, t. n,pl. 'J8.
sunt IX lapides, et voeatur dyadema Velus ieslumentum; ' n 1 195, item quodam dyadema cum baculo argenleo et in eo quœdum crux figuralur, et circulas ille in modum dgadematis '. Il s'agit d'une seule et même paire d'objets, flabclla, philaciœ (pour phylaclcria), diademata, mais en 1286, ils sont rolunda, en 1421 in modum patente et la destination de ces ustensiles si oublie qu'on en envoya un à la fonte, dans l'inventaire du premier quart du XVe siècle, il ne reste plus a Vngers qu'une des deux rondelles emman
Il n'en était pas partout ainsi. A Rome, sous Nicolas V (1447-1455), on a on du flabellum conformément à la prescription du cérémonial (cod. 23Z5 de la Bibl. Barberini). Les derniers Ordines romani (XIII et XIV) eu [ont également mention*; d'après l'Ordo X/V,c'es1 le porte-mitre qui esl
i le flabellum, mais après la secrète
1 Raltonalt divin, ofllc, I. IV, c. 25. i
h'aneten trésor de la cathédrale d'Angers, dans Reoue de VArt chrétien, t. xx\u. p. lxs sq. Voir encore Rcdiic de l'art chrétien, 1884, t. n, p. 29-30 : /■ labella de carta ttastarota. — ' Bons, Rerum Itturgtearum, Ifb. I, c. cxv; MabUlon,
il peut se faire suppléer. Au xvn' siècle, Bona écrit que hodie, in Ecclesia Romana, cum summus ponli/cx solemnitcr celebralurus procedit, duo flabellu ex pennis pauonum compacta huic inde horlanlur, sed nullus eorum inlra missam usas est '. Ch. de I.inas a cherché en vain l'opuscule de Joseph Suarès de Vaison, nous n'avons pas été plus heureux que lui. L'emploi des plumes de paon avait amené une autre évolution du symbole. Peut-être est-il superflu de rappeler que les plumes du paon portent une sorte d'oeil, et Macri ne manquait pas d'y voir le symbole de la vigilance nécessaire aux prélats : Per lias oculalas pennas admonelur pralatus quod in suis actionibus summopere circumspectus incedere debrat in quem numerosissimi populorum oculi assidue collimanl; ob candemenim causant romanus pontifex quundo pont ificali ter in sella deferlur, ex utroque laterc similibus flabellis obumbraturb. Et Angelo Kocca reproduit cet extrait d'un Cœremoniale de la Vaticane : Item ad hujus eliam offlcium perlinel (le confesseur du pape) omnia focalia cappella, ni pula, reliquiaria, cruecs, calices, imagines, candelabra aurea, argentea, et omnia veslimenta et ornamenta quœcumquc ad Dei servilium et eappellam Summi Pontifiais deputata custodire, exceptis milris pretiosis, et aliis quibusdam solilis custodiri per cubicularios cl.exceplis thiâra et chérubin, quœ soient reponi m caméra tliesaurariiv palatii aposlolici *. Ces chérubin sont mentionnés sur un inventaire du temps de Boniface VIII : Es malta, n. 681 : Item duo cscualla magna rolunda quœ vocantur cherubini, cum pomellis rotundis de argenta circa ipsa; pondus Xm et IlIIunc. (2 kil. 530 gr.) — n. 682 : Item, duos canulos de argenteo cum pomis, ad portundum ipsos cherubinos; pondus II m. cl V une. (G38 gr.). Macri admet l'étroite connexion existant entre les cherubini des anciennes ions pontificales et les flabclla en plumes de paon, ha Bible représentait ces adorateurs du Très- 1 faut avec, des ailes sans cesse agitées et sur ces ailes des yeux innombrables; les flabclla en plumes de paon répondaient exactement à ce symbolisme, mais on poussa le rapprochement et à ces plumes de paon on ajouta une tête joufflue. Mais tout cela est si loin et si peu digne de l'antiquité qu'on serait tenté de s'excuser d'en avoir parlé ici.
Un monument qui appartient a. une série que nous avons déjà étudiée, le ciborium de Pérouse (voir Dictionn., t. m, col. 1610, fig. 2930) nous montre sur une des faces le paon et le flabellum. C'est un monument dU IX' Merle (flg. 4468). On peut ni rapproi lier un des plus curieux et des plus beaux monuments de la paléographie irlandaise, le Book of Kells. Banni les illustrations au trait contenues dans ce volume,
on voit un lion ailé dans un médaillon soutenu par un bœuf et un aigle tous deux ailés., au sommet deux flabclla munis chacun d'une paire de clochettes a triple battant (flg. 4469). Il v a ici probable! nue réminiscence du texte : Ecce vieil ko de tribu
ippliquéau Christ. Les deux animaux du nioiplie qui manquent sont remplacés par deux
' i. La form i diffère peu de celle des
(labella représentés sur des mosaïques anciennes de la basilique de Sainte-Sabine à Rome dont parle Gorl : Idemque lionne, m per antiqua Sanctm Sabinse
a, imitatione quadam ornamenlorum qute in diebus feslis visebanlur, in ter angulos arcubua eentes multa hujusmodi flabclla ex marmoreis minutisque crusti ispicianlur '. En l'ai
Muséum llallcum, tu, p. 289. — ' tbld.. Maci I
in, au mot Flabellum, ' \- Rot i,
pontifie, mi. rarumqUC anttquttatum, In-fol., ! :■ .111 ■-. I T 1 . ■ . I t, \. 1. .n. Thésaurus veterum dlpigchorum, t. 111.
,,. loi.
FLABELLUM
du coloriage, on ne saurait préciser la matière constitutive des flabella du Book of Kells 1.
Le monument le plus barbare et le plus curieux sur lequel se trouve représenté le flabellum est l'autel de l'ancienne abbaye de Ferentillo, dans l'Ombrie. couvert d'ornements gravés en creux (fig. 4470). La plaque principale ofïre trois disques crucifères, à peu près d'égal diamètre, mais variant quant aux décors. Ces disques amortissent de longues hampes nodulées, fichées dans un pied de chandelier. L'orbicule central repose sur l'épanouissement delà hampe; les orbicules latéraux ont pour base immédiate un rectangle, fort analogue au cassellino des anciens flabellu. Les espaces intermédiaires sont occupés par deux personnages abrités sous une arcature. A droite, un homme velu d'une robe serrée à la taille: d'une main il élève un maillet rond; de l'autre il tient un
4469. — Flabellu sur une miniature du Book of Kells. D'après Revue de l'art chrétien, 1S83, p. 493.
ciseau à graver. En haut, trois cercles ornés de croix: aux flancs, des étoiles à six rayons. Une inscription qui débute sur le maillet tenu en mains se continue sur un second maillet libre et finit dans le champ même du tableau, on lit :
VRSVS MAGESTER FECIT
Le personnage de gauche, les bras étendus comme les figures d'orantes n'a qu'une courte tunique ; des écussons étoiles munis d'appendices, l'accostent; au-dessus de sa tête le calice à anses et deux colombes. On lit, en gros caractères, tant sur la bordure supérieure que sur le côté droit de la dalle, ces mots 2 : -r hILDERICVS-DACILEOPA IN HONORE
SCI PETRI ET AMORESCI LEO
nis ET SCI GRIGORII
PRO REMEDIO A"i Mae (suae)
' J.-O. Westwood, Fac simile o/ tlie miniatures and ornuments ol anglo-saxon and irish manuscripts, in-fol., London, 1868, p. 31, 153, pi. lui, fig. 7. — ■ De Rossi, Bullett. di urcheol. crist.. 1875, pi. xi, p. 155-162; Rohault de Fleury,
L'église du monastère de Ferentillo fut construite vers 724 par Faroald II, duc de Spolète; en 739, Luitprand, roi des Lombards, inféoda le duché à Ilildéric. Cet autel est l'ouvrage d'un chef d'atelier nommé LTrsus qui fabriqua le ciborium de l'autel de San Giorgio in Val Pulicella près de Vérone, où on lit :
+ VRSVS MAGESTER CVM DISCEPOLIS SVIS IVVENTINO ET IVVIANO EDIFICAVET HOC CIVORIVM
Une autre colonne de l'édicule portant la date du règne de Luitprand, on ne peut mettre en doute l'identification d'Ursus et de Hildéric 3.
III. Monuments originaux. — 1° Flabellum de Monza, attribué naturellement à la reine Théodelinde (+ 625) mais postérieur à cette dame de plus de six siècles. En 1275, il ne figure pas encore au trésor de Monza, mais seulement à l'inventaire de 1353.
W. Bock, Kleinodien des heil. rcemisehen Reiches deulscher Nation, Anhang, p. 32, 33, fig. ; YV. Smith
fpLDE
S'^ACIL60PAfINhONOKI
4470. — Flabella figurés sur la Transenna de Ferentillo. D'après RoniisclieQuartaIsehriît,\006,t. xx,p.51, fig. 1.
and Cheetham, Dictionnary of chrislian aniiquilies, t. i, p. 677, au mot Flabellum; W. Frisi, Mrmoriale Sloriche di Monza, t. n, p. 131-134 (cciv); p. 164 (clxxxvii); voici le texte de l'inscription. Recto :
-f Ut sis conspeclu preclara et cara venusla hac, rogo, deffendens solem requiesce sub timbra has, soror oplulu depictas arte figuras pra'legeris flavido ut decoreris casla colore
Verso
+ Pulchrior ut facic dulcis videaris arnica
fervorc solis
me retinere manu Ul/eda poscenle mémento splendoris
Ch. de Linas, op. cit., 1883, p. 4S4-486.
2° Flabellum de Tournus, passé dans la collection Carrand, aujourd'hui au Bargello de Florence. Est-ce encore un monument étranger, par sa date, à nos études? On l'attribue tantôt au ixe, tantôt au xuesiècle. Du même type que le flabellum de Monza, il est en vélin et se replie entre les volets d'un cassettino rectangulaire. Le diamètre de la roue est de 0 m. 30, la longueur du manche proprement dit, de 0 m. 36.
La messe, t. i, p. 171, pi. lviii; Ch. de I.inas, dans Revue de l'art chrétien, 1883, t. i, p. 494-495. — ■ De Rossi, Bulletino di archeoloaia cristiana, 1875, (oc. cil.; Mattel, Muséum Veronense. pi. clxxxi.
I I. ABELLUM
la hauteur totale du système déployé, d'environ
0 m. 70. Un décor polychrome couvre les deux faces du parchemin. D'un côté une zone extérieure de feuillages et d'animaux fantastiques; et une zone intérieure comportant sept liyures de saints accompagnés de leurs noms :
Su Lucia, Sa Agnes, Sa Cecilia, Sa Maria, S. Pelrus, S. Paulus, S. Andréas.
Les filets qui prolongent les zones font lire en lettres d'or sur champ pourpre :
Flaminis hoc donum, regnator summe polorum
Oblatum paru peclore sume libens
Virgo parens X P I volo celebraris eodem;
Hic coleris pariter, lu Filiberle sacer.
Sun! quequa- nwdicum conjerl eslate flabellum :
Infestas abigit muscas et miligat estas,
El sine dut tedio guslare munus ciborum
Propterea calidum qui vult transire per annum
Et tutus cupit ab alris exislere muscis
Omni se studeal xstute munire flabello.
Sur l'autre face, répétition du même décor avec des variantes :
Jud: x : S. Mauricius, S. Dionysius. S. Filibcrlus,
S. Ililarius, S. Murtinus Levita.
Hoc decus eximium, putero moderamine geslum
Condecet in sacro semper adesse loco :
Xamque suo volucres in/estas (lamine pellit,
Et strictim motus longius ire facit.
Hoc quoque flabellum tranquillus excitai auras,
.Estas dam seoit venlum fucil atque serenum;
Fugal et obscenas importunasque volucres.
Le cassettino et le manche sont en os sculpté, des enroulements feuillages couvrent le premier; le du second est plus compliqué. D'abord un chapiteau, puis une tige qu'interrompent quatre nœuds teints en vert. Sur le chapiteau quatre figures désignées sur le nœud placé au-dessous :
+ S MRIAS • AGN • S • FILIB • SPETR •
Au second nœud, ces mots :