LEG • LEG XII ■ FVLMINATAE
C'était même dès le temps d'Auguste que la douzième légion avait troqué son nom à'Anliqua contre celui de Fulminata3. Son histoire n'était pas des plus glorieuses. La légion rendit peu de services à Corbulon, subit un désastre, lors de la première révolte des Juifs, sous le commandement du légat Cestius Gallus, tâcha ensuite, par son courage, d'effacer ce souvenir, mais vainement et fut envoyée «en pénitence » à Mélitène1, loin des molles garnisons de la Syrie. Cette garnison de Mélitène, dans la Petite Arménie rapprochait la légion d'un centre de christianisme très fervent, l'Osrhoène (voir Dictionnaire, aux mots Abgar et Édesse), ce qui expliquerait facilement qu'elle ait, dès lors, commencé à compter dans ses rangs bon nombre de soldats chrétiens 5. La qualité de la légion s'en trouva-t-elle améliorée? C'est ce qu'on ne nous dit pas. Mais il ressort du fait que le « miracle » ne fut pour rien dans le surnom de Fulminata, qu'on peut réduire l'incident à une simple pluie torrentielle, vraie pluie d'été, sans intervention d'orage et de foudre. Dans le bas-relief, la bataille a lieu sous la pluie, on ne voit pas trace d'éclairs, c'est Baronius et Rocca qui les ont mis de leur propre autorité. Apollinaire ne prend à son compte que la pluie survenue après la prière des soldats: quant à l'orage, il ne s'en porte pas garant : on raconte, a-t-il soin de prévenir, dcÀXo ti Xôyoç... ce qui est la façon ordinaire des anciens lorsqu'ils enregistrent un fait sans l'affirmer. Par contre, Dion parle de la foudre sans faire ses réserves, mais lui aussi admet d'abord la pluie qui rafraîchit et réconforte, ensuite l'orage et la grêle : >■ Accablés de chaleur, dévorés par une soif ardente et brûlés par le soleil, les soldats romains recevaient, sans avoir la force de les rendre, les coups de l'ennemi, et ils auraient péri jusqu'au dernier si on n'eût vu tout à coup les nuées s'assembler, se condenser et verser sur les légions une pluie abondante. Tandis que les soldats rafraîchis par la bienfaisante ondée, tendent leurs boucliers et leurs casques pour recevoir l'eau du ciel et apaiser leur soif, les ennemis les attaquent avec une fureur toujours croissante. Le danger eût été plus pressant que jamais si la foudre et la grêle, tombant sur les Quades ne les eussent mis en complète déroute; de telle sorte que l'orage, qui rafraîchissait les Romains et leur donnait une vigueur nouvelle, brûlait leurs ennemis des feux du ciel et les forçait à fuir ou à se réfugier, humbles et désarmés, dans le camp des légionnaires. »
Il y a donc eu des actes distincts, semble-t-il. Une
1 Letronnc, Statue vocale de A/emnon, p. 119. — : Kcllermann,op. cit., n. 2$3;Bull.dell.Instit.dicorrespond.archeol., lS3Û.p. 198; Noël des Vergers, o/>. cit., p. 91-93, lequel parait
peu instruit de la chrnu gie des auteurs chrétiens : « le
récit de Xiphilin célébré par saint Apollinaire, par Tertullien, par Eusèbe, par saint Jérôme (sic). - M' Œuvres complètes, t. iv. p. 232-234, 263; Corp. inscr. lui.. t. ni. n. 30, et index, p. Ilt2; Orelli-Henzen, Inscr. loi.. n. .">17. 6497; Ch. Robert, Les légions des bords du Rhin, in-S", Paris, 1867, p. 16-17; E. Renan, Marc-Aurèle et la /in du monde antique. 1883, p. 275-276. — ' Tacite. Annal. XV, 7, 10, 26; Josèphe, De bello jud., 1. 11,1. V, c. xli;
armée exténuée, soudain rafraîchie par une pluie survenue assez subitement pour qu'on pût l'attribuer à l'effet de la prière, ce qui ne mérite à aucun degré le nom de miracle. L'attaque des ennemis ne s'en trouva pas ralentie et la situation demeurait critique jusqu'au moment où un orage éclata et la grêle tomba avec assez de violence pour gêner les assaillants, les désorganiser et les rompre, ce qui n'est pas non plus un miracle, au sens que la théologie donne à ce mot. En 395, l'armée de Théodose combattant Eugène, près d'Aquilée, veit de même éclater un orage qui met l'ennemi en déroute e. Il s'agissait cependant ici de savoir si la réaction païenne triompherait de la politique chrétienne et Théodose conduisait son expédition un peu à la manière d'une croisade: cependant on n'a pas argué du « miracle » . La foudre a achevé l'ennemi, mais c'est la pluie qui a sauvé l'armée et, sur la colonne Antonine, on n'a fait aucune allusion à la foudre, d'une représentation cependant facile et on a figuré la pluie, ce qui, en matière de sculpture n'est pas chose très aisée; c'est la pluie qui a décidé du sort de la journée '.
Prodige pour les uns, coïncidence pour les autres, l'événement fut admis par tout le monde et émut les esprits. Les chrétiens y firent voir une intervention surnaturelle, ce que pour parler bref on nommait miracle — comme on a dit en d'autres temps « miracle de la Marne »; — or il est toujours flatteur de pouvoir montrer la Providence faisant des miracles pour vous, et puis « un miracle bienveillant » ne pouvait être l'ouvrage que du vrai Dieu. Quel triomphe, quel argument pour faire cesser la persécution, si l'on persuadait à l'empereur cette intervention du Dieu des chrétiens! Dès les jours mêmes qui suivirent l'incident, une version circula, d'après laquelle l'orage favorable aux Romains aurait été le fruit des prières des chrétiens. C'est en s'agenouillant, selon l'usage de l'Église, que les soldats pieux auraient obtenu du ciel cette marque de protection, laquelle flattait, à deux points de vue les prétentions chrétiennes : d'abord en montrant ce que pouvait sur le ciel une poignée de croyants: puis en témoignant chez le Dieu des chrétiens d'un certain faible pour l'empire romain. Que l'empire cesse de persécuter les saints, on verra ce que ceux-ci obtiendront du ciel en sa faveur. Dieu, pour devenir le protecteur de l'empire contre les barbares n'attend qu'une seule chose, c'est que l'empire cesse de se montrer impitoyable envers une élite qui est dans le monde le ferment de tout bien.
« Cette manière de présenter les faits fut très vite acceptée et fit le tour des Églises. A chaque procès, à chaque tracasserie, on avait cette excellente réponse à faire aux autorités : « Nous vous avons sauvés. » Cette réponse gagna une force nouvelle, quand, à l'issu de la campagne, Marc-Aurèle reçut sa septième salutation impériale, et que la colonne Antonine s'éleva, par ordre du sénat et du peuple, portant parmi ses reliefs l'image du miracle. On en prit même occasion de fabriquer une lettre officielle de Marc-Aurèle au sénat par laquelle il défendait de poursuivre d'office les chrétiens et punissait de mort leurs dénonciateurs *. »
1. VII, 18; V, Cliapot, La frontière de VEuphrate, 1907, p. 7:;. 7 I, 7,">, note 5; R. Cagnat, L'armée romaine au siège salem dans Revue des Études juives. 1891, t. xxn. — 'A. Harnack, op. cit., p. 840, note 2: le même, Mitiiia Clirisli, 1905, p. 56 sq. — 6 Voir Dictionn., au mot FLAV1£N Nicomaque. — ■ Malgré la prétendue intervention divine que supposait la foudre, les Romains ne tenaient peutêtre pas beaucoup à dire et à laisser dire que le feu du ciel avait seul eu raison des barbares et non pas leur vaillance. Tertullien ne parle que la pluie et ne dit rien de l'orage. — ' E. Renan, Marc-Aurèle et ht fin du monde antique, p. 276-277.
I l LMINATA [LÉG ION \ I 1
ruquel Tertullien fait allusion.
Soit qu'il ne crût pas :i son authenticité, soit qu'il
n'ait pu se le procurer, Eusèbe — bien à contre cœur
sans doute — n'a pas inséré cette lettre, lui l'prchiviste
toujours empresse a bourrer son récit de pièces origi-
: il n'en parle que par oui-dire et sur la pal Tertullien. Y a-t-il eu une lettre de Marc-Aurèle? On n'en peut guère douter. Tertullien a pu n'avoir qu'une copie apocryphe huis les yeux ou n'en sait rien, mais lui, si bien informé, ne se fût pas exposé dans u de polémique à s'attirer un démenti du premier venu, qui eut dit : ■ Vous donnez en preuve une lettre de l'empereur et il n'y en eut jamais aucune d'écrite à propos de cel événement. D'ailleurs, Tertullien n'est pas seul à en témoigner. Dion Cassius écrit pour sa part : xacl ~.ft •fcpouaia ï—.i~~zOz). Que contenait ia lettre en question? Un bret récil sans doute qui devait avoir qui mblance avec le bas-relief
du monument officiel, (.'est probablement même d'après le récit consigné dans la lettre im] qu'aura ete combinée la scène figurée. Tertullien y a-t-il fait un emprunt textuel'.' On l'a pense. Lorsqu'il écrit imber chrislianorum forte mililum precationibus impelralux, il se pourrait qu'il cite et que ce forte fut de la lettre. Si furie venait de Tertullien lui-même ce serait un non-sens. Irait-il dire que ces soldats étaient peut-être chrétiens lui qui prétend qu'ils l'étaient et que c'est parce qu'ils l'étaient que leur prière lut entendue et exaucée. Marc-Aurèle a pu insinuer volontairement ce doute, J'abon" parce que lui-même n'était pas convaincu et ne savait si le prodige était dû à la prière des soldats chrétiens ou bien à une intervention les dieux de l'empire. Forte ne blessait personne et tout le monde pouvait le tirer à soi.
La lettre telle qu'elle nous a été conservée est indubitablement apocryphe et postérieure de plusieurs siècles à l'original qu'elle a prétendu remplacer; mais n'y a-t-il pas eu deux apocryphes. Le premii ; temporain de l'épisode el le second fort tardif'.' L'est le premier évidemment qu'aurait utilisé Tertullien a supposer que ce ne fut pas l'original.
Si nous n'avions que le récit de Dion, l'épisode de la Si/is Germanica serait classé depuis longtemps parmi les incidents dont les historiens font mention en deux \ ce récit il ajoute quelques précisions : Marc- Aurèle lit grâce aux ennemis débandés; l'armée le proclama pour la septième fuis imperator et il prit ce litre sans attendre la ratification du sénat ' car le pn marquait suffisamment la volonté divine; enfin Faustine reçut I un 2. Mais il faut
ajouter que depuis li l'acclamation impé-
riale par L le l'opinion du
si Ma en refera a l'a e fut pure
i ri v au titre Faustine, on n'en a trouve jusqu'à ce jour la mention
1 Mommscn, I: ■ '. t. i. p. 124, note 3. —
' IbtJ., t. u, p. 822 sq. — ' Rien de tout cela n'a été discuté
i il ii. ns qui a'ont puisqu'un bibliographique : Mosbeira, Dt tianorumanteCon-
stanllnumt 1753, p. 251 sq. ; C. Crusius, De M Aut
. ■ ihi. in- ) . Viteburgi, L755; II. Wiinii, Di<iini Fulmlnatrtce ehrtslianorum,
125; J. E. Jablowskl, itionum demtracuia leglontt fulminalrlcla, I antiqulku Eggptlorum, diffli ttut llbrorum lacroru/n (Uuslrantur, 37 ; -L : \ne fulminai
I Tli'J. <-t -1 m-, VI urgumenll lotituit ntur, in-s, !.. il. .,.-. 17 ;i. p. 81 iq.;W. Whltt on, O/d
I riinm
| sndon,
sur aucun monument, Ce qui Importe
l lui de Tertullien puisqu'il dit que l'en»] it au sénat
pour narrer l'événement et annoncer sa scptièrrj tatlon impériale.
Il semble dune que la lettre de Marc-Aurèle • ■ de tout. Apollinaire, en l'iirygic, l'a pi n'a connu le fait que par elle. Tertullien i ; l'ont certaim ment lue et admise; le sculpteur de la colonne, s'en est probablement inspire. Est-ce un racontar qui parvint à Apollinaire et lui lit croire que l'empereur avait donm .i la légion XII1 le nom de xepauvo66Xoç, ou lien ci n portant
depuis longtemps le nom de futminata, Marc-Aurèle aura-t-il fait une allusion dans sa lettre, dis;., exemple ([lie la fulminata était devenue fulmiiwtrix ou quelque chose d'approchant, et Apollinairi peu au courant des questions milil ompris
comme il a pu et raconté comme il a Ci
Paire procéder les récits d'Apollinaire et de I lion du Las-relief est une gageure. Comme l'écrit d'Apollinaire est de 17") au plus tard et l'événement de 171 au plus tôt, il faudrait que la eût ete
élevée, décorée, et qu'Apollinaire lut venu lavoir: quant à Tertullien, il ne la mentionne même i
pour que Dion Cassius y ait découvert tout ce que contient son récit, il lui faut accorder une singulière imagination. Renan dit que le décret d' érection de la colonne est de l'année 17 1: il l'a rêve Et le r! Themistius lui non plus ne fait pas allusion au Las-relief lorsqu'il écrit avoir vu une représentation du prodige iquellel' empereur était représenté -p^aEu/ôfjievov bi Tjj oi.").-j.y*;\, car il n'y a pas trace d'empereur, de
sacrifice, de soldais en prière sur le Las relief. Themistius dit encore que les soldats boivent dans leurs casques et leurs boucliers, rien de- pareil sur la colonne, au contraire les boucliers servent à protéger centre la pluie.
I n événement ainsi Célébré, exploite et tiraillé, ne devait pas tomber dans l'oubli. Les écrivains | rieurs n'ont pas manque de le i appeler. Sulpice-i n'en dit rien l'OCCasion s'en présentât4, l'aul
Orose raconte avec prolixité, mais (nul son récil
plificatll n '.de ce qu'il avait appris de Tertullien
on doit in ■ idulf '. de Nicéphore Cal! i nus *.
Cependant li
êtretra ds. Saint Grégoire de Nysse
glorifie martyrs di martyrisés
sous Lieinius el qui appartenaient a la XII* I
1 i ville
la plus voisine el qui i mps plus anciens fut
témoin d'un mlr eilleux, qu'il s'empn
: ajoutant que <■<■ récil était fréquent |
la légion
1726; .1. Richardso ' ne fulminai
collegl Emmanuelit
I). Larroquanus, I aux Adoers-sacra à
r.mlra / tâdt, /
tatlon ' Sulpli
FULMINATA (LÉGION XII>) — FUNDUS
quarante confesseurs du Christ '. L'intérêt de ce récit consiste en ce fait qu'il donne l'état du fait historique dans la Cappadoce, c'est-à-dire sur les lieux où le souvenir s'en conservait avec le plus d'intérêt, puisque c'était en quelque sorte une gloire locale. Grégoire de Nysse, homme de vaste lecture, devait posséder son Eusèbe et très probablement avoir lu Dion, mais l'imagination riante suppléait à la sécheresse de ces historiens et il montrait les torrents rapidement gonflés apportant à l'armée une eau plus abondante que toute celle qu'on pouvait recueillir dans des casques.
Le XIIe livre des Oracles sibyllins, composé en Egypte, vers l'an 250-2G0, parle du prodige de la pluie, mais il l'attribue à la prière de l'empereur; il ne dit rien de l'orage V
La lettre apocryphe de Marc-Aurèle n'est guère antérieure au vi« siècle3; elle n'est pas méprisable. Le faussaire conserve l'adresse au sénat, il parle de l'événement avec modération : l'armée cernée, la soif angoissante, la prière des soldats, la pluie qui revivifie et la foudre qui accable; non content de cela, l'auteur donne des noms propres : Pompeianus et Vitrasius Pollio; ces deux noms sont habilement choisis s'ils ne sont pas dans le texte original, car les deux personnages sont historiques: T.'C. Pompeianus, gendre de l'empereur, consul pour la 2e fois, en 173; Vitrasius Pollio, également entré par une alliance dans la famille impériale, et consul pour la 2e fois, en 176. Enfin, l'auteur précise la situation en disant que l'armée manquait d'eau depuis cinq jours. A côté de ces éléments utiles, l'apocryphe est heureusement déparé par de grossières imaginations qui ne permettent pas de prendre un seul instant le change à son sujet ; de plus, il a emprunté de toutes parts : à l'édit de Galère, au discours de Grégoire de Nysse, etc. S'il avait eu entre les mains la lettre de Marc-Aurèle, il se fut contenté probablement de l'interpoler, peut-être ne travaillait-il déjà que sur un apocryphe ancien. Vouloir tirer un fait historique de cette lettre n'est assurément pas chose impossible; il suflit pour cela de lui faire dire ce qu'elle ne dit pas, et de lui prêter ce qu'elle ne contient pas.
A la légion XIIe appartenait probablement le soldat Mercurius, martyr *, et certainement l'officier Polyeucte, converti par Néarque, son compagnon d'armes, mis à mort sous Dèce (voir Polyeucte) Sous Licinius, la XII0 légion eut, nous l'avons dit, les Quarante martyrs de Sébaste (voir Quarante martyrs).
H. Leclercq.
FUNDUS. — Sous la République, sous les premiers empereurs et jusqu'à l'époque des jurisconsultes classiques, on conserva, au moins en Italie, aux lundi le nom du premier possesseur quiritaire 6. Les documents officiels enregistraient une fois pour toutes, sans la modifier à chaque changement de propriétaire, l'indication primitive; le nom de la famille, avec une terminaison en anus, devenait le nom particulier de la propriété, et les ventes, partages, donations et autres actes juridiques devaient le modifier fort rarement; car dans les textes législatifs et épigraphiques, principalement dans les tables alimentaires', il est rare qu'une dénomination spéciale fasse reconnaître un changement de propriétaire ou un partage, lesquels devaient être assez fréquents. Il est même possible
1 S. Grégoire de Nysse, Oratio I, in LX marti/res, P. C, t. xlvi, col. 773. — ' Liv. XII, vers 197 sq. — ' J. B. Lightfoot, Jgnatius, t. i, p. 469, sq. — • Surius, Vite sanct., t. xi, p. 524, 526; P. G., t. cxvi, col. 269-270. — 6 Mommsen, Die italische Bodentheilung, dans Hermès, 1884, p. 393-416. — • Digeste, 1. XXXI, Ut. lxxxli, 1. 1, on voit le possesseur du fundus Seianus, pour mieux le louer.le partager en deux. — -Digeste, 1. XXXIV. !it. v,
qu'un certain nombre de lundi, appartenant à un même propriétaire, aient été réunis de façon à former une espèce d'unité, soit pour la vente, soit pour l'établissement de servitudes ou de rentes foncières7; mais dans ce cas c'est le nom d'un des morceaux qui est généralement porté par la collection
Sur l'inscription de Volceii, qui est de l'époque de Constantin 8, on trouve sans doute les mentions d'agellus superior et arjellus inferior, mais les noms propres qui désignent les lundi ne sont pas relativement beaucoup moins nombreux que dans la période précédente. Après Constantin, on ne trouve plus de révision régulière et générale des cadastres; dans le code Théodosien et dans le code Justinien, il n'y a que des révisions locales et partielles; mais tout acquéreur d'une propriété est tenu, sous les peines lesplus sévères, de faire sa déclaration au fisc et de s'engager à payer l'impôt foncier *.
La persistance ineffaçable du nom primitif symbolise l'unité du fundus, même morcelé par des partages, des ventes, des donations; et cette unité, loin de se
*INPAC£?.RÔÇ\/- RArOrxFVA/DI
4759. — Épitaphe trouvée à Cartilage.
D'après Delat tre, musée Laviijerie, pi. v, fig. 3.
détruire, va se consolidant, à causé des nécessités fiscales. Dès le règne d'Aurelien, on saisit un commencement de législation fiscale 10 qui est certainement antérieure à cette époque. On voit dans les Responsa de Papinien que pour gagner du temps, le fisc demande le paiement global de l'impôt foncier à un seul propriétaire auquel il donne en revanche des actions contre les autres propriétaires qui sont également redevables de l'impôt ". Le maintien du fundus comme unité apparaît dans l'adjectio (en grec irnoolifi la qui consiste essentiellement en ceci qu'à l'origine les propriétaires incapables de payer l'impôt foncier pouvaient abandonner leurs champs. Les agri deserti étaient adjugés à quiconque s'engageait à payer l'impôt. Mais quand le nombre des propriétés abandonnées ne cessa plus de s'accroître, le fisc s'inquiéta et pour lui venir en aide, le gouvernement imagina une
1. 1, cf. 1. XXXII, tit. xci, I. 3. — ■ Corpus inseriplionum latinarum, t. x, n. 407. — ' Code Théodosien, 1. II. tit. m, 1. 1; 1. V, tit. n, 1. 3; Novell. Theod., 1. II, tit. xxvi, 1. unique, n. 2; Code Justinien, 1. IV; tit. m. — "Code Justinien, 1. I, tit. xi, 1. 58. — "Digeste, Vr. 5; De censibus '■ 15. — " Code Justinien, De omni agro deserto, xi, 59; Code Théodosien, De annona et tributis, xi, 1.; Novell. Just. CXXVIII.
Il NDUS M NÉRAILl
législation savante et compliquée, pleine de contradictions, mais qu'on peut ramener à deux points principaux : défense au possesseur de biens fertiles d'abandonner les parties de son domaine moins productives ; obligation imposée à certains propriétaires de se charger des agri deserti ou des agri stériles pour en payer les impôts. C'est là ce qu'on appelle proprement Vadjectio.
Dans une foule de ventes, de donations, de partages ' le morceau de terre dont il est question dépend d'un lundus plus grand : portant un nom propre, et le lopin négocié est indiqué par un certain nombre d" qui peuvent varier de un à douze et comprendre même des subdivisions de l'once. On sait que la division onciale était employée pour la détermination des parts dans les héritages. L'héritage représentant un as, l'once en était la douzième partie =. On trouve le système oncial encore en vigueur à Home en 1037, à Tivoli en 978, a Ravenne en 1193; et les subdivisions de l'once empli yéei dans nos textes sont le panctus qui parait être la douzième partie de l'once et le scripulus qui est la moitié du punclus.
Comment procédait -on dans le cas où il ne s'agissait plus d'une terre nue, mais d'objets tels qu'une maison, une exploitation quelconque. Nous voyons que le droit de propriété sur chaque portion est absolu. C'est ce que prouvent de nombreux cas 3 où avec quelques onces d'un fonds, on vend une portion de la maison, porlio edifteii. Les termes qui expriment la vente excluent toute idée d'indivision. Une lettre de saint Grégoire le Grand (n, 2) mentionne la donation à l'Église romaine de >S onces (par conséquent les deux tiers) de toute une fortune * et le partage se fait et la séparation a dû se faire aussi. En un seul cas, le partage oncial paraît n'exprimer qu'une division idéale; c'est quand il s'agit d'une cession sous la forme d'emphythéose s. La propriété n'étant pas transférée, le fond reste vraiment indivis.
Une épitapbe trouvée à Cartilage entre la Malga et les premiers oliviers de la Marsa, est gravée sur une plaque de marbre blanc irrégulière dans laquelle on a tracé un cadre d'un trait pour y faire mention de Forlunalus m jiace procuralor I'undi Bcnbennelnjsis ° (fig. 1759).
1 I. Leclercq FUNÉRAILLES. Les funérailles chré-
tiennes sont une des manifestations les plus i sives à la fois de la cri vante et des rites de la rel Lorsqu'on étudie l'histoire des origines on est souvent surpris de voir combien léger a été l'effort tenti concentrer tous les indices qui permettraient de remonter au premier état d'une institution et offriraient les moyens d'en suivre les développements et les transformations. Les premières funérailles chrétiennes sont celles du Golgotba racontées en quelques mots par les évangéfjstes. Dès le livre des Actes, nous voyons les funérailles du diacre Etienne et celles d'Ananie el de Saphire, celles de Tabithe; (' entrevoit un groupe d'homme' destinés a prendre soin des Inhumations el des formules destinées à les sanctifier. Les Ai martyrs montrent a Smyrne, pour
Polycarpe et Pionius; a AntiOChe, pour Ignace; a
1 Fantuzi, Monument! Ravtnnalt, i. i. p. 17, 64, 65, 92; 129,136, I60;t.n,p 163, 381; t. iv, p. 290,291; f vi, p. S; Marini. / papirl diplomallcl, a. 86, 90,95; 107. 109, lit. 117:124,127,128,131, 132 ;S. Grégoire I,Epf*(.,l. II, n. 12;
I. III. n. 1:;.-- PUne, BpteL, 1. vu. 11.11. — ' Marini, I paptrl diplomatie!, n.1 18. — ' Tottu» /acultalU, mobiltum
uel tmmobilium. — ' Marini, op. cit., n. 132; Ch. I.écrlvuin. Le partage onciai du fundus ruimnn. ilans Mélange* d'archéologie et <ïh, 1 ,,r. . îss',. 1. \. |. 15-24. — • Delattre, Archéologie clirtlicnne di Carthage, 1889-1892, p. 13, n. 19;
L'éplgratilurrlin tonne u Carthaec. p. 14, n. 17
Lyon, pour les compagnons de Pothin, une préoccupation générale d'ensevelir dans certaines conditions les corps des témoins du Chri t. Ensuite, viennent les vies des Saints, les histoires d'Eusèbe, de Grégoire de Tours, de Bède, Ici miracula, tous recueils dont le dépouillement méthodique ne peut ni ne doit trouver place ici et dont les informations multiples, les unes précises, les autres vagues, apporteraient les éléments indispensables à l'histoire du rite chrétien des funérailles dont saint Cyprien disait : exercitia sunt...non funera '.
Dès lors que, pour les fidèles, la mort cessait d'être, comme pour les païens, l'irrémédiable et final épisode au delà duquel on ne voyait et on ne savait plus rien, du moment que la i devenait le natale d'une existence nouvelle, on comprend la signification du terme employé pour la désigner : adeersio, <<• rsilio,
ilio, que nous rencontrons dans les écrits des Pères et dans la belle formule :
ACCERSITVS AB ANGELIS
lue sur deux épitaphes romaines8. Saint Cyprien, dans son traité : De morlalitale, cent : Nobis sxpe révélation est, /mires nostros non esse lugendos accersione Dominica de sseculo Uberalos, cum sciamus non eos umilli sed preemilti, reci 1ère... uivere
apud Deum '. Les épitaphes ne manquent pas elles aussi de dur en parlant du défunt : RECESSIT, PRAE- CESSIT et le canon de la nusse romaine enseigne la même doctrine, lorsqu'il parle de ceux qui nus prœcesserun! cum siiju» fidei. Le chrétien, dont on célèbre les funérailles, sera deposilUS dans un c» meterium OU
dormitorium dans l'attente de la résurrection : in christianis mors non est mors, sed dormit)» et somnus l0. A peine l'aine a-l-cllc quitté le corps, on clôt les yeux qui se sont fermes à la lumière : lli ergo sanclorum corpora ssspius manibus ac gremio exi ipientes oculos iUos et ora claudenles... paulo [i»sl eadem officia ab aliis consequutisunl11. Ensuite, on lave le corps : Lavari honesta liant et sulubri qtise mihi et atlorem et sanguinem servant, rigere et pallere mortuus possum ". Puis viennent les onctions, [es parfums dont on faisait grand usage : Thura plmw non emimus; si Arables qumruntw, si icml Sabaei plwiset chai merces
christianis sepeliendis profligari quam diis fumigandis ". On ne faisait qu'imiter en cela ce qui s'était fait
pour le corps du Sauveur; mais à mesure qu'on S'éloigna des Juifs, des coutumes orientales, que l'Occident eut a vivre avec ses seules ressources, l'exportation et rachat des aromates devinrent un luxe auquel des le iv siècle, la multitude des fidèles avait renonce pour se contenter d'une aspersion de baume et de myrrhe " :
Aspersaque mirra sabteo
Corpus medicamine serva.
lit s,ui\cnt un reste de cette mixture qu'on laissait dans une Qo erre plaquée dans le plâtre qui fermait la tombe, ou disposée a l'intérieur de cette tombe pour la parfumer avant que la corruption vint accomplir sun oeuvre ". Au temps de Tertullien, on se racontait, avec une petit frisson, l'historiette
gerle, p. 20,])I. v, n. 3. — * S. Cyprien, De mortalltate, c. xvi; P. I,., t. iv, col. 593. — • Voir DtcUonn., au mot Dogmb, t.r», col. 1268. — 'S. Cyprien, Dt mortalltate, c w. P. L., t. iv, col. 596. — '• S. Ji I rheodor,, 1'. 1...
t. ixn.col.685,— "Eusèbe, Ultl.eccli r.,l.VII;c. xxn.P. C, col. 686. — " Tertullien. Apologet tcum, c.xui.P.L., i i. , ni, 190 . i .i. aire di i dots, D« glor. ■ i P. l—
t. i m,i al. 904. 1 1 rtuUii a, Api I c.xxn; /'./..»
t. i,col. 490. — " Prudence, Calhemcrlnon, hymn. >-. /'. ;... i. ux, col. 880. " M. Ai ■ dl S.
Agnr.ir tulla via Nomentana, Ronu, 1880, p.