FUNERAILLES
d'un cadavre qui s'était reculé dans sa tombe, afin de faire place à un nouvel occupant qu'on s'apprêtait à déposer sur lui, chose inouïe : Esl rclalio apud noslros in cœmeterio corpus corpore juxta collocando spatium recessu communicasse >.
Autre historiette du même Tertullien et qui nous apprend que les liras des cadavres étaient allongés contre le corps, mais qui nous parle aussi des prières que le prêtre récitait au moment de la déposition du défunt : Scio feminam qaamdam vernaculam ecclesiie forma et œtute intégra funclam, post unicum et brève matrimonium, cum in pace dormissel, et morante adhuc sepultura intérim oratione presbijleri componerelur, ad primum habitum oralionis manus a lateribns dimolas in habitum supplicem conformasse, rursumque condila pace situi suo reddidisse a.
Le P. Marchi décrivant les sépultures romaines qu'il avait ouvertes en grand nombre et la position des cadavres écrit que le plus grand nombre était enveloppés de la tête aux pieds dans une couche de chaux -de l'épaisseur d'un pouce environ. Ce lait de chaux était assez limpide en même temps qu'assez épais, s'infiltrer sans couler et se répandre, se modelait sur le linceul dont il gardait l'empreinte. Le plus souvent on constate un linceul de tissu très fin et un deuxième linceul extérieur plus grossier qui enveloppait le tout. On trouvait aussi des défunts ensevelis sans linceul, avec leurs vêtements, d'autres avec leurs anneaux, leurs bijoux. Les linceuls étaient blancs nous dit Prudence 3 :
Candore nitentia elaro Prsetendere linlea mos est.
L'ensevelissement était confié aux mêmes fossoyeurs qui creusaient la tombe : Officium linleo cadaver obvolverc, fossam humum lapidibus construerdes ex more lumulum parare 4. Dès le ive siècle, saint Augustin nous apprend que les riches se faisaient enterrer avec leurs vêtements les plus précieux5; mais c'étaient là des originalités que la multitude des fidèles n'imitait pas. Saint Jean Chrysostome nous dit, de son côté, qu'on continuait généralement les usages anciens: Exinde cum reddiderit puer animam. quemadmodum desideranl, jubent parentes officia adlubere : manus componuHt, oculos claudunl, caput directe statuant, pedes seducunt, lavant, sepulcro condigno, dignis funeribus condunt *.
Tout ce qui précède n'a été que l'ensevelissement proprement dit; les funérailles consistent essentiellement dans les différentes cérémonies qui accompagnent un enterrement. I.itlré a fait remarquer que funérailles cl obsèques sont synonymes « avec eetle différence qu'obsèques est le terme général, se disant aussi bien du plus modeste enterrement que de l'enterrement le plus somptueux; tandis que funérailles implique la somptuosité et l'éclat,
Dès l'antiquité, h' loi des XII tables condamnait l'étalage de douleur ostentatoire, les manifestai ions théâtrales restées en usage jusqu'à nos jours dans certaines régions de l'Italie sous le nom de vocero. Une épitaphe (lu ni' siècle nous donne le Ion différent qui va
1 Tertullien, Apologeticum, c. xxxvn, P. L., 1. 1, col. 461; De Rossi, Rama sotteranea, l. m, p. 499; Bull. ai archeol. crisl., 1864, i>. 34. — "Tertullien, /».' anima, c. xxix, /'. /.., t. il, col. G00. — • 3 Prudence, Cathemerlnon, hyiu. x, P. L., t. lix, col. 870sq. — ' S. Jérôme, Epist.i, Ad Innocentium de rhuliere septics icta, P. L.,t.xxn,col.699. — 'S. An Comm. in psalm. XLVIII ,P. L., t. xxxvi, col. 543 sq. ' s. Jean Chrysostome, Homil. in Job. — : !.. Perret, Les catacombes de Rome, t. v, pi. xvn; voir Dlctionn,, au mot Église.
— 8S. Jérôme, Epitapliium Paulœ; P. /..,t. xxn, col. 878.
— «S. Cyprien', De morlalitatè, c. x\; ''■ L., t. îv.col. 596. "> Monum. Eccles. Itturg., I. i, n. 2130, " s. Paulin,
de plus en plus 'régner dans les funérailles chrétiennes " :
MACVS PVER INNOCENS ESSE IAM INTER INNOCENTIS C0EPIST1 QVAM STAVILES TIBI HAEC VITA EST QVAM TE LETVM EXCIPET MATER ECCLESIAE DE OC 5 MVNDO REVERTENTEM COMPREMATVR PECTORVM CEMITVS STRVATVR FLETVS 0CVL0RVM
Plus de cris, plus de larmes, donc et, comme dit saint Jérôme : .... Non ululatus, non planctus, ut inlcr sseculi homines fieri solet sed Psalmorum linguis diversis examina concrepabant s. Pleurer les morts avec des éclats de douleurs et d'abondantes larmes, ce n'était pas seulement, dit saint Cyprien, mentir à sa propre foi, c'était donner à croire aux persécuteurs que le sein de Dieu ne s'était pas ouvert pour les défunts: Occasionem dandam non esse genlilibus ut nos merilo ac jure reprehendant quod quos vivere apud Deum dicimus, ul exstinctos ci perditos lugeamus; et fidem quam sermone cl voce depromimus cordis et pecloris teslimonio non probemus. Spci nostr,v ac fidei prœvaricalores sumus; simulata, ficla, ficata vidcnlur esse quse dicimus '. Commodien n'est pas moins catégorique lorsqu'il interdit les larmes sur les défunts 10 :
l.ugere (quod fus est) nolile, lamen orale pro illis.
Les inscriptions nous font voir les larmes, impia pielas, connue parle saint Paulin ", taries par l'espoir en Dieu:
0 NVNQVAM DEFLENDE TVIS12 VIVENTEMQVE DEO CREDITE FLERE NEFAS'3
Gaudcnlemque Dco flerc nocens amor est '*.
Chrislum liedimus, cum evocalos quoque ab Mo, quasi miserandos non œqnanimiter accipimus 1S.
INCLYTA SIDEREO RADIANS EVPHRASIA RECNO NEC MIHI FLENDA MANES CVM TIBI LAETA PLACES >6
NON TIMVI MORTEM CAELOS QVOD LIBERA ADIRET SED DOLVI FATEOR C0NS0RTIA PERDERE VITAE » ""PRÔMERVI SVPERAS LAETIOR IRE DOMOS18 ~SVSTVLIT HVNC LAETVM MVNDO LONCAEVA SENECTVS18
Comme saint Augustin, privé de sa mère J0, les chrétiens font taire leur douleur en face de la tombe; bien plus, ils s'efforcent à la joie à la pensée de bonheur éternel du défunt de qui ils disent que venlurus ad Christi sedem, ad regnorum cœleslium claritatem lugere non débet nec plangere, sed polius secundum pollicitalioncm Domini, secundum fidem veH in profcclionc hac sua et translatione gaudere ". Pourquoi s'attrister sur le compte de celui qui comme on lit sur une lampe copte, i repose dans la joie, dans la béatitude z*. »
*V Kocjl**.c eqopoS' iiepuj
Ce sont d'autres hommages qui sont rendus aux morts; In hominum Dco carissimorum obilus, nous dit Eusèbe de Césarée, corweniunt (quod verœ pietalis milites jure appellaris) nam et eorum sepulcra celebn re, ci /Tacs ibi volaque nun.cu.pare, et bealas illorum animas venerari consuevimus, idque a nobis merilo fieri statuimus ■'•'. Tertullien ajoute qu'on faisait usage d'encens : Thwa dico cl cetera peregrinitafis ad sacri-
Poem., xx\n, vs. 43; P. L., t. lxi, — 1! Gruler, Corp. inscr., p. 450, n. 5. — wBurmann, Anthologia, t.n, p. 53.- — "S. Paulin, Poem., xxxn, vs. 1 1: P.L., t. lxi. — "Tertullien,;'. P. L.,,t. I.col. 1227. — "Fortunat.A/i'.w/lanea, 1. IV, c. xxvn. — "Bosio, Jîoma solterranca, 1632, p. 185.— " Gruter, Corp. iriser., p. 1173, n;8. — "Gazzera, Iscriz. del'Piemonte, i>. 80; voir aussi E.LeBlant, Inscripchrétiennes de la Gaule, t. i, p. 321; t. n, p. 113. — :0 S. Augustin, Confess., 1. IX, c. xn, P. L., t. xxxn. eol. 776.- :' S. Cyprien, Pc mortalitate, c. xxn; P. L., 1. iv, col. .".'.'7. i Le Blant, rnscr. christ., t. i, l>. 95. ' Womim. Eccles. liturg.,t. i, n. 965.
Il NERA ILLES
fieîum idolorum, eliam hominibus ad pigmenta medicinalia, nobis quoque insuper ad solatia sepullune usui sunl '. Ces soins, au reste, n'étaient pas laissés à la volonté des particuliers; on leur en taisait un devoir rigoureux comme nous le voyons par ce texte, souvent cité de la correspondance de saint Cyprien : Et quod maximum est rorpora marlgrum aut ceterorum, si non sepeliunlur, grande periculum imminet cis quibus incumbit hoc opus '. Ce soin était considéré comme un des plus notables de la piété chrétienne, comme nous le voyons par ces vers de Prudence à propos du martyr Hippolyte * :
Palliolis etiam bibulœ siccanlur arenx
Ne quis in in/ecln puh'crc ros maneal.
Si quis et in sudibus recalenii adspergine sanguis
Insidel, hune omnem spongia pressa rapil.
Nec jam densa sacro qaidquam de eorpore silva
Obtinet aut plenis fraudât ab exequiis.
A peine les martyrs avaient-ils succombé que la foule, comme nous ie voyons par les actes de saint Cyprien, se précipitait pour imbiber éponges et mouchoirs, tandis que les chefs responsables se préoccupaient, ainsi que l'avait fait Joseph d'Arimathie, d'obtenir à tout prix les reliques précieuses, mais sans toujours y réunir. Si comme pour Polycarpe, on consumait les ossements sur le bûcher; si comme, pour les martyrs de Lyon, on les jetait à la rivière, il faudrait bien peu connaître la ferveur chrétienne pour douter que des parcelles quelconques n'eussent été recueillies et hou as la suite.
Les Constitutions apostoliques (VI. xxx), nous apprennent les hommages qu'on leur rendait : Congregnmini in cœmeleriis, disent-elles, leetionem sacrorum librorum facienles, atque psallentes pro defunctis marliiribus et omnibus a sseculo '■uni lis, et pro fralribus vestris qui in Domino dormierunl : item antilypam regalis corporisChrisli et acceptam seu gratam eucharistiam offerte in ecclesiis Destris, et in cœmeleriis, atque in f une ri bus morluorum, cum psalmis deducite cos, si fucrint fidèles in Domino :
— Pretiosa enim in conspeclu Domini mors sanctorum ejus. — et ilerum :
— Conoerlere anima mea, in requiem luam; quia Duminus benefecil miki. — et in alio loco :
-Memoriu ju-torum cum laudibus, et :
— -luslorum anima in manu Dei.
Ainsi, on chantait des psaumes et «les hymnes. • Si l'on ne rend pas aux morts de vains honneui Sidjine Apollinaire à Desideratus, ce ne- sont point ici les vespertilllons et les sandapilaires qi
i ministère sinistre. Tous, cl les étrangers même, toui ai rêtaienl e! bai i cueil ;
les mains des prêtres et de ses proches oui place dans ; demeure Philimatia, plus semblable
a une femme endormie qu'à une morte '. Sur une
. nous assistons au I tnèbre
où se montrenl les fidèles portant des llambcaux » :