FLAGELLATION (SUPPLICE DE LA
et du flagellum, mais ce diminutif ne signifie pas un instrument moins redoutable, au contraire. Le flagrum était un fouet de cordelettes terminées par des nœuds, des osselets ou des balles de métal1; les blessures du flagellum étaient si cruelles qu'on en pouvait mourir 2. A maintes reprises, nous voyons l'emploi du fouet contre les fidèles et déjà les apôtres l'avaient expérimenté. Pierre et Jean furent flagellés par ordre du sanhédrin 3; Paul, qui avait une fois revendiqué son titre de citoyen romain, qui lui épargnait le honteux et cruel supplice 4, ne pouvait y échapper de la part de ses compatriotes : « Les fatigues, les prisons, les coups, la mort, dira-t-il, j'ai goûté tout cela avec surabondance. Cinq fois les Juifs m'ont appliqué leurs trente-neuf coups de cordes, trois fois j'ai été bâtonné 5.... » Longtemps encore les Juifs useront de cette rigueur dans l'espoir de s'opposer au mouvement qui vide la synagogue au profit de l'Église. « Ils nous traitent en ennemis, comme s'ils étaient en guerre avec nous, nous tuant, nous torturant, quand ils le peuvent, tout comme vous faites vous-même » dit Justin aux Romains 6. Les femmes qui voulaient se convertir étaient fouettées dans les synagogues, accablées de coups de pierres '.
Dans les actes des martyrs nous voyons souvent les condamnés périr sous les coups, et il y a eu plusieurs façons d'infliger le supplice. Le plus fréquent, celui en quelque sorte classique, consistait à attacher le patient à une colonne basse, où 8, le dos tendu. il recevait les coups de fouet s'il était esclave, les verges s'il était de naissance plus relevée *. Sans prendre ici parti au sujet de son authenticité, nous voyons que, dès le ivc siècle, les fidèles vénéraient une colonne de ce genre à laquelle, croyaient-ils, le Christ avait été attaché. Le Pèlerin de Bordeaux, en 333, dit qu'on la conservait dans la maison de Caïphe à Sion; Etheria en parle aussi et sainte Paule la vit sous le portique de l'église de Sion 1°. Un autre procédé est ainsi décrit par Lactance : Si quis essct verberandus, defixi in slabulo pâli quattuor stabanl, ad quos nullus umquam servus dislendi silebat"; c'était une méthode d'origine orientale l". Dans l'empire on adoptait la colonne : xp£u,àaaç êx toù xiovoç è^éScipsv u; Artémidore dit aussi : 7rpoaSE0elç xîovi TtoXXàç eXaoe TTXïiyâç '« et Plaute : Aslringite ad columnam forliter ls, le condamné était lié de près et, pour ainsi dire collé, à la colonne lorsqu'elle était un peu élevée, mais dès les premiers coups l'évanouissement et la douleur le jetaient inerte sur le sol. Avant la flagellation les licteurs déchiraient les vêtements du condamné : Quo ferocius clamilabat, écrit Tite-Live, dans l'histoire du centurion Valero. Eo infestius circumscindere et spoliare lictor ". Ainsi s'explique un détail relevé par E. Le Blant dans les actes d'un célèbre martyr de Milan ". Les soldats chargés de conduire saint Victor à la porte dite de Verceil s'endormirent, et celui-ci, s'enfuyant, vint se cacher dans une écurie voisine. Tune ezsurgentes milites seculi sunt eum, et invenienles unam mulierem, interrogaverani eam dicenles : « Non vidisti hue homincm canum excisa veste ire? » Respondit millier et dixit :
'Plaute, Amphyt.. IV, 2. 10; Juvénal. Sat.. v, 173. — 'Horace, Sat., I, in, 9; I, n, 41. — 3 Act. v, 41. — 4Act., xxii, 24; et. xvi, 19, 37. — ' H Cor., xi, 25 sq. — ■ S. Justin, Apolog., I, xxxi, P. G., t. VI, col. 376. — ' Eusèbe, Hisl. eccles., 1. V, c. xvi, P. G., t. xx, col. 464 sq. — ! Acta, xvi, 22. — ' Digeste, 1. XLVIII, tit. xix, lex 10; 1. LXVIII, tit. xxvm, lex 2. — ,0 P. L., t. vm, col. 791 : t. xxn, col. 8S4; Gcyer, ltincra hierosolymitana, in-8°, Vindobona-, 1898. p. 88; Cassiodore, Opéra, dans P. L., t. lxx, col. 621 ; Roljault de Fleury, Mémoire sur les instruments de la Passion, 1S70, p. 266, pi. XXII; Friedlich, op. cit., p. 348. — " Lactance, De morte persecutorum, c. XXI,
Vidi hue liominem canum excisa veste fugere. » Sequentes vero milites per viam quœ vocatur Stabuli perveneruni anle ttiealrum et inlranlcs in stabulum, invenerunt S. Viclorem absconsum anle capila equorum I8. Même si on conserve des doutes peu justifiés sur la pièce intitulée Passio S. Felicitalis (voir ce mot); on y peut recueillir ce détail que l'aîné des fils de la martyre, saint Janvier, périt sous les coups d'un fouet garni de plomb ; deux de ses frères furent tués à coups de bâton ". C'étaient là des supplices bien avilissants pour des jeunes gens à qui leur naissance permettait d'aspirer au titre honorifique d'amici Augustorum, mais les condamnés pour crime de christianisme n'avaient point le droit de revendiquer le privilège de la naissance et, pour eux, tous les genres de mort
4474. — Instruments de flagellation.
D'après Caylus, Recueil d'antiquités, t. vu, pi. Lvn, n. 4-7-
étaient bons -°. « Nous présentons la tête au plomb, aux lacets, aux clous » écrit Tertullien ". Aujourd'hui, écrit-il encore dans le Scorpiaque, nous sommes dans le feu même de la persécution. Ceux-ci ont attesté leur foi par le feu, ceux-là par le glaive, d'autres sous la dent des bêtes. Il en est qui ayant trouvé sous les fouets, dans la morsure des ongles de fer, un avantgoût du martyre, soupirent maintenant dans les cachots après sa consommation •*. Lorsque Félicité,
édit. Brandt-Laubmann, t. n, p. 197. — " G. Maspero. Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique. Les empires, in-4°, Paris, 1899, p. 411-415. — " Hypérides, dans Poil-, m, 79. — 14 Artémidore, Oneirocrit., I, 7S. — 15 Plaute, Bacch., iv, 7, 25. — " Tite-Live, Hist. rom., I, LV. — " E. Le Blant, Les actes des martyrs. Supplément aux Acta sinecra de dom Ruinart, 1S82, p. 88, n. 33. — 11 Acta sanct.,8 mai, Acta S. Victoris Mauri, n. 5. ■ — " Ruinart, Acta sincera, p. 21-23. — M P. Allard, Hist. des persécutions, 1911, 1. 1, p. 375. — il Tertullien, Apologct.. c. u, P. L.A.ï, col. 269 sq. — s! Tertullien, Scorpiace,c. i, P. L.r t. i, coi. 124 : atii fuslibus.