FLEURS
est assez probable qu'on rencontrait quelque marchande avec son éventaire couvert de fleurs, de guirlandes, de couronnes comme celles que nous avons montrées plus loin (dans lesquelles on peut aussi bien voir des fleuristes que des fruitières (voir ce dernier mot). Mais les fleurs se fanaient; pour les remplacer de façon durable on les représentait en peinture. Les guirlandes se voient sur les plus anciennes fresques à la voûte du cimetière de Domitille. dans la crypte dite de la passion au cimetière de Prétextât, dans la chapelle des Sacrements A« et dans deux cubicules de l'hypogée de Lucine au cimetière de Calliste 1; à une date postérieure ce sont moins des guirlandes classiques, renflées au milieu, que de longs cordons fleuris * où le feuillage est rare 3. Ces cordons sont
Surles mosaïques les fleurs croissent et pullulent, notamment à Saint-Apollinaire de Ravenne, dans la conque de l'abside, à la voûte annulaire du mausolée de Sainte- Constance à Rome (voir Diclionn., 1. 1, fig. 237, 238).
II. Dans les églises et sur les autels. — Les églises et les autels sont si étroitement apparentés aux tombes des martyrs que la transition de celles-ci à celles-là ne s'aperçoit pas. L'hommage rendu à la confessio par des fleurs se continua dans la basilica qui n'était souvent que le martyrium amplifié; l'autel dressé sur les corps saints appelait vers lui les gerbes et les bouquets, les guirlandes et les corbeilles. En fait, on ne distingue pas le moment ou les fleurs furent réservées à la seule tombe des saints, mais, dès la seconde moitié du ive siècle, on assiste
4503. — Voûte annulaire du mausolée de sainte Constance. D'après une photographie.
accompagnés de fleurs semées ou de branches de roses. A Saint-Janvier on emploie abondamment l'olivier au léger feuillage •„ Sur la fresque des cinque sanli, la profusion de fleurs signifie le séjour des défunts dans le paradis. Peut-être, aux jours anniversaires, aimait-on à entasser ainsi les fleurs dans la lunette d'un arcosolium ou dans la profondeur d'un cubicule. Les fidèles ne se couronnaient pas de roses, mais le Christ couronnait de roses les martyrs, c'était le corona gloriœ, comme on le voit au cimetière de Domitille s. Avec le temps, vers les ve, vi' siècles, la couronne de fleurs se change en lourde couronne gemmée sur laquelle l'éclat des pierres rappelle les couleurs des roses et des crocus. Sur les épitaphes c'est toujours une couronne de fleurs, parfois une corbeille de fleurs 6 ou un semis, le plus souvent une fleur tenue dans le bec d'une colombe (voir Ah)
1 J. Wilpcrt, I,e pitlure delta catacombe romane, pi. 2, 12, 25, 38. — ■ Ibid., pi. 51. 2; 52; 86; 96 sq.; 109, 1 ; 116, 1; 141; 143,2; 184; 251 ; 252. - > Ibid., pi. 32, 1. — ' Ibid., pi. 34. • - * Ibid., pi. 125 sq. — * Diclionn., t. i, lit;. 106.
à une réaction qui rappelle un peu la formule : « ni fleurs ni couronnes. » Dans la Consolatio de obitu Valenliniani, saint Ambroise proteste contre l'offrande de fleurs à la tombe des simples fidèles : Son ego floribus tumulum ejus aspergam, sed spiritum ejus Chrisli odore perfundam. Spargant alii plenis lilia calalhis, nobis lilium est Chrislus '. Saint Jérôme constate que l'usage est encore en pleine vigueur de son temps. Écrivant à Pammachius, qui vient de perdre sa jeune femme Pauline : Céleri marili super tumulos conjugum spargant violas, rosas, lilia, flaresque purpureos, cl dolorem pectoris his officiis consolantur 8. Les fleurs durent peu de temps, écrit-il à l.octa ; cilo flores pereunt, cilo violas et lilium et crocum peslilens aura corrumpit 9. Mais les conseils des Pères ne détournent pas les fidèles, au contraire, d'offrir des fleurs pour la décoration de l'église.
r S. Ambroise, De obitu Yalentiniani. c. lvi, P. L., t. xvi. col. 137r>. - 8 S. Jérôme, Epist., lxvi, 5, Ad Pammachium, P. /.., t. xxn. col. 612. — • S. Jérôme, Epist., cvn, 9; ad l.artam, P. L., t. XXII, col. 875.