IV
DERBÉ — DERE-AGHSY
Mais Derbé nous a conservé une inscription où le nom de martyr est écrit en toutes lettres i :
NOYNNOC i(AI OYAAC
PIOC CKOCMHCAN HAY AON TON MAPTYPAN M X NoOvvo; za't [OùaXï'pio; £X'J7;j.ri-;av Ila'j/.ov tov jj.àpTJ!iav
' Le martyr Paul n'est pas connu d'ailleurs. Son tombeau se trouvait probablement dans la basilique dont les ruines ont été découvertes au même endroit, ce qui ne prouverait pas qu'il n'y a été apporté tardivement.
H. Leclerco.
DERE-AGHSY. — En Lycie, où le christianisme
fut jadis prospère, se trouve l'église fort importante
de Dere-Aghsy. Victor Texier a été le premier à la faire
connaître; depuis lors les explorateurs l'ont plusieurs
que qui peut s'appliquer à une localité quelconque.
Si on rapproche les dessins des premiers voyageurs (les photographies rapportées récemment, onpeut, tout d'abord, constater que les ruines ont peu changé d'aspect depuis trois quarts de siècle, sauf en ce qui concerne la coupole détruite aujourd'hui jusqu'aux assises inférieures. L'esquisse de Spratt et Forbes ne s'écarte guère du plan de Texier qu'en ce qui regarde les annexes du béma. Les voyageurs anglais ont omis l'indicalion des niches dont Niemann a relevé l'existence. C'est Niemann qui a également mentionné la présence de voûtes en arêtes et signalé dans le diakouikon la présence d'une fenêtre au sud et dans le bâtiment correspondant au nord les jambages d'une autre fenêtre.
Dans l'abside se trouvaient de très hautes fenêtres. Les tribunes latérales se continuaient au-dessus des annexes de l'autel et aboutissaient dans des charabrettes dont un arc s'ouvrait sur le sanctuaire. Texier ne s'est donc pas trompé en figurant à l'étage supérieur une galerie continue. On peut accepter également son plan et la coupe proposée en ce qui regarde le double
3717. — Vue de l'octogone du sud. D'iipiès 11. Kott, op. cit., p. 30'J, fig. 113.
fois visitée et décrite. Texier la représentait comme fort délabrée et cependant, quelques années après, Spratt et Forbes parlaient de sa conservation satisfaisante et du bon état de ses bâtiments. Près de là se trouvait une colonie qu'abritait une enceinte byzantine, son nom malheureusement s'est perdu et avec lui le nom de l'église. Texier lui donne le nom de Cassaba, qu'il tient pour celui de la rivière tlans la vallée de laquelle se trouve notre église à cinq lieues seulement de Myre. Mais Cassaba est un terme de sens généri-
* lî.idet et Paris, dans Bulletin <lc corrcsimndancc livllénique, ]8S(;, t. x, p. .50!!; A. .M. Ranisuy, Isaurian and E(Uit-J'liruijian art in tlie tliirit and fourth centuries ujter Christ, dans \V. A. Ranisay, Sludics in tlic Iiistury and^art 0/ llte eustern provinces o/ tlie roman empire, in-d", Abcr-
nartliex.saul dans la supposition que des voûtes d'arête surmontaient les dernières sections du porche extérieur, c'étaient plus probablement des voûtes en berceau transversales. De chaque côté du nartlicx, Texier signale deux annexes ayant l'aspect d'une cage d'escalier, il suffit de regarder le plan pour en admettre l'exactitude. Mais étaient-cc des tours, ainsi qu'on en rencontre à l'entrée de beaucoup de basiliques '? (Voir Dictionn., t. II, col. 575.) Nous devons laisser la question sans réponse, bien qu'elle soit très probablement aflnnia-
dccn, 1906,' p. 02; H. Uclchnyc, diins Analccta bollandiuiut, 1907, t. XXVI. p. 404; II. (Jrégoirc, dansG. Mcndel, Co/(//o!;i/<des monuments grecs, romains et t'iiziuitius du musée iiiiinruil ottonum de Brousse, ilans Butl. de eorresii. ttellén., 1909, t. X.XMII, p. 318.
DERE-AGHSY
tive. Les murs ne sont conservés jusqu'à une ccrlaiiic hauteur c|ue dans l'annexe nord, mais dans les deux annexes les cages d'escalier conduisaient non seulement au narthex et aux galeries supérieures, mais ù ime chambre de même dimension que l'annexe. Exlslait-il un deuxième étage par-dessus ces chambres? Évidemment, si les annexes ont servi de bases à des tours. Les galeries latérales ont existé sans contestation possible comme en témoignent les pilastres adossés et
a71S. — Intérieur de l'octogone.
D'après H. Rott. op. cit., p. 311, fig. 114.
la trace des davcaux dessinant les arcs. Ces galeries étaient voûtée;; dans toute leur largeur et en ce qui s'y rapporte Tcxier a été peu exact; lui-même convient n'avoir pas vu en place les colonnes intérieures remplacées depuis par d'autres supports. Peut-être lui aura-t-il sufTi de rencontrer quelques-unes de ces colonnes sur le sol, le fait est d'autant plus vraisemblable que, longtemps après lui, Niemann vit par terre une de ces anciennes colonnes en granit, au diamètre de 0°'4.5, volée depuis. Texier a pu voir aussi des chapiteaux corinthiens qu'il a attribués à la place qui leur convient le mieux, au-dessus des colonnes des arcades intérieures, tandis qu'il attribuait les petits chapiteaux byzantins aux entre-colonnements supérieurs qui, d'après lui, surmontaient les galeries latérales.
La partie la plus intéressante est la coupole, malheureusement clïondrée. Pour ndeux éclairer la basiUque voûtée, sans l'an'aiblir, on imagina de couper par un dôme le berceau de la grande nef. A Kodscha-Kalessi, en Isaurie, à Saint-Clément-d'Ancyre, en Galatie, la coupole porte, ainsi qu'en 'Ihébaïde, sur quatre trompes d'angles. Le pendentif remplace la trompe en Lycie, à Dere-Aghsy et à Myre. Dans toutes ces églises
les deux formerets, sur les côtés, au nord et au sud, enveloppent un mur divisé en trois étages par deux corniches; l'étage supérieur est percé de fenêtres, dans chacun des deux autres, suivant un procédé antique dont les Thermes de Caracalla offrent un bel exemple, s'ouvre une triple baie faisant communiquer la nef centrale avec les deux étages de collatéraux. Les basiliques de Dere-Aghsy, d'Ancyre, de Myre et de Sainte- Sophie à Constantinople offrent un lien de parente incontestable par la longueur de la nef, l'isolement des formerets qu'il fallut étayer de contreforts extérieurs, les dcu>''étages d'arcades latérales surmontés de fenê- Ires. La coupole de Dere-Aghsy était probablement de forme demi-sphérique sans déviation aucune, que
3719. — Octogone du sud [D'après H. Rott, op. ci(., p. 312, fig. 115.
Texier n'a peut-être pas relevée avec une rigoureuse exactitude.maisl'indication qu'il donne de contreforts cil biseau du côté extérieur, entre les fenêtres, est à retenir, car cette forme est classique chez les architectes byzantins. Le diamètre de la coupole est de 8"'60 environ.
Les deux édicules octogones n'ont pas une destinalion connue avec certitude. Peut-être un baptistère (au nord) et un marlijrium. Ils constituent une originalité frappante dans l'art byzantin.
Bibliographie. — V. Texier, Dcscriplion de l'Asie Mineure, in-fol., Paris, 183S-1S48, t. m, p. 202, 232, pi. ccv. — Sprattand Forbcs, Trnvels in Lycia, Milyas and the Cibyralis, in-4<', London, 1847, t. i, p. 105 sq.
W. Salzenberg, Altchristliche Baudcnkmalcr, in-fol.,
Bcrhn, 1854, p. 133, pi. xxxix, n. 6, 7. — Hubsch, Die allcbrisllichen Kirchen nacli den Baudenkmàler iind àllercn Besehreibimgen, in-fol., Karlsruhe, 1862, p. 81, id. XXXII, 3, 4. — Texier et Pullan, L'architecture byzantine, in-fol., Londres, 1864, p. 183. — O. Benndorf- G. Niemann, Reiscn in Lykien und Karien, in-fol., Wien, 1884, t. i, p. 131, pi. xxxvni. — O. Wulff, Die Koimcsiskirche in Nicâa und ihre Mosaiken, in-8°, Strassburg, 1903, p. 66 sq., fig. 16-20. — J. StrzygowsUi, Klcinasien, in-S°, Leipzig, 1003, p. 71, 132. — G. Millet. L'art byzantin, dans A. Michel, Histoire de iàrt depuis les premiers temps chrétiens, in-8", Paris, 1905, t. :, p. 143-145. — H. Rott, Kleinasiatischc Denkmûler aus Pisidien, J'amphytien. Kappadokien und Lykien, in-8», Leipzig. 1908, pi. i, p. 300-314. Ii.i 110-115.— Ch. Diehl, Manuel d'art byzantin, in-8», Paris, 1910, p. 88, 91, 92, 95, fig. 40, p. 411. —
DERE-AGHSY — DÉS
H. Leclercq, Busilique, dans Dictionn., t. ii, col. 559, onte 2, fig. 1125. H. Leclercq.
DES. — On a trouvé dans les catacombes des cubes d'os et d'ivoire portant sur leurs faces des points figurés par un point central et deux circonférences concentriques ; ce sont les dés dont on faisait usage pour jouer et qui ont servi il repérer des tombes dans la cliaux desquelles on les enfonçait. Boldetti en a reproduit qnel-
3720. — Dés.
D'après Boldetli, Osscrvazioni sopra i cimileri, 1720, p. 509, n. 51.
ques-uns à la grandeur des originaux (fig. 3720), nous les donnons ici figurés exactement d'après son dessin '. Une épitaphe du cimetière de Cyriaquc fait mémoire d'un fabricant de dés - :
* Boldetti, Osseruazioni sopra i cinùtcri cristianif in-fol., Roma, 1720, p. 509, pi. v, fig. 54. — '■ Ibid., p. 416. — > Muratori. Thés. vel. inscr., p. mcccxxxv, n. 7. — ' .Mimer, dans Reuue èpigrapbique du Midi de la France, n. 1S4; cf. E. Le Riant, Les Actes des martyrs. Supplément aux « Acta sincera de dom Ruinart, in-4», Paris, 1882, p. 271, n. 119. — ^ A. Hamack, Der pseudocyprianisclie Traktat De aleatoribus, die atteste îateinische christliche Schrift, ein IVer/i des rômischen Bischofs Victor (sœc. n), dans Tcrlc und Untersuchungen, t. v, fasc. 1, in-8">, Leipzig, 1888; cf. L. Duchesne, dans Bulletin critique, 1888, t. ix, p. 417-418; J. R. G , dans Dublin Review, 1888, III' série, t. xxi, p. 225-227; H. Grisar, dans'Zci(sdiri/( /ur katliolische Tlieologie, 1888, t. xii, p. 742- 745; G. Krûger, dans Literarisches Ceniralblalt, 1888, 3 nov.: Bonwetsch.dansT/icoIot/. Lifcral., 1889, n. 1 ; H. Achclis, dans Tlieol.Stud. und Krilik, 1S89, n.l5; P. Lijay, dans Revue critique, 1889, p. 23 sq.; R. Zôppel, dans Zeilschrift fiir Kirchengescliichte,lSS9, t. x, p. 618; Schaffl, dans Indépendant, 1R89, 28 lévT.; Jûlicher, dans Tbeolng. I.iteraturzeitunq, 1889, n. 13, p. 328; F. X. Funk, Die Schrift De aleatoribus, dans Historisch. JaJirb., 1889, t. x, p. 1-22, et dans Abhandlungen, t. Ii, p. 209-236; G. Gôtz, dans Zeitschri/t fur wusenscha/tl. Théologie, 1889, p. 480; Ch. Merk, dans The Academii, 1 889, t. xxxvi, p. 422-424 ; H. J. D. Ryder, dans The Dublin reuiew, 1889, III' série, t. xxii, p. 82-98; Wôlflin, dans Archiu /ur Iateinische Lexikographie, 1. v, p. 487, t. X, p. 499; Hausslciter, dans Theolog. Literaturblatt, 1889, n. 5G; Langen, dans .Sgbels His/or. Zeitschri/l, 1889, t. LXI, p. 479-481 ; S. Baumer et C. Wcyniann, dans Liter. Rundschau, 18«9, p. 194; \V. Sanday, dans The classical Revieiv, moTch, 1889; Dcntsch, dans Merkur, t. .\x, n. 5; Giflcrt, dans The preshylerian revieu>, january 1889;
IVLIA FELICISSIMA LVCILIO VICTORINO CONIVGI OPTIMO ET INNOCENTISSIMO CVM QVO PER ANNOS XVI-SEMPER BONA VITA BIXI DE PARBVLA MEDIOCRITATEM NOSTRAM DIGNO FECI OMNIVM HOMINVM SODALICM MAGISTER- ET HORTATOR MIRE BONITATISET IN NOCENTIE OMO DEPO-
[SITVS XVII KAL AVGHIC ARTIFEX ARTIS TESSALARIE LVSORIE
Jiilia Felicissima Lucilio Victorino, coniugi oplimo cl innocenlissimo, cum quo per annos XVI scmper bona vila vixi, de parvula mediocrilalc noslra digiio feci. Omnium hominum sodalicii magister e( orator mirœ bonitalis et innocentiœ homo. Dcpositus Lvii kal.aug. Hic ariilex artis tesselariœ lusoriic. Je crois que la survivante a dû rédiger elle-même l'épitaphe, elle se comprenait probablement elle-même et croyait que tout le monde comprendrait comme elle que leur ménage avait duré seize uns et qu'elle élevait une tombe, suivant ses faibles moyens, à celui qui en était si digne. 11 était le maître de tous les membres de son collège, s'exprimait avec bienveillance etn'avrjt rienà se reprocher. Il fabriquait des dés à jouer. — Il ne faut pas prendre trop à la lettre la formule : de parvuta mediocritale ; ce sont là façons de parler devenues banales. Une inscription publiée par Muratori d'après une tombe romaine s'exprime ainsi : Conjugi piœ ctcastœ Januarius Primitius maritus qualem paiipertas potuit mcmoriam dédit '. On en lit tout autant sur un arc de marbre fort élégant dédié à Trajanpar un sévir augustal de Narbonne : de sua mediocritale '.
Lucilius Victorinus exerçait une profession qui rappelle une mercuriale virulente provoquée par les abus auxquels donnait lieu le jeu de dés. Un pamphlet intitulé De aleatoribus nous a été conservé à la suite des œuvres de saint Cj"prien. Dans quatre manuscrits, Munich 20S, ix" siècle; Trêves, ôSl, vm= ou ix« siècle, Reichenau US, x' siècle, Paris, 13047, ix<^ siècle, le traité ne porte pas d'attribution, mais il a été joint de bonne heure aux écrits de l'évèque de Carthage, dcu.x manuscrits le désignent : Epistula Cypriani de aleatoribus et Epistula Cypriani ad aleatores. mais il ne figure pas dans le catalogue des œuvres de saint Cyprien, datant du iv= siècle, trouvé par Mommsen '.
A. Hilgenfeld, Libellum De aleatoribus, inter Cypriani scripta conseruatum, edid. cum commentario critico, exegetico, historico, in-8°, Freiburg, 1889, cf. F. X. Funk, dans^T/icoJoj;. Quartalschri/t, 1890, t. Lxxii, p. 129-133; A. Hamack, dans Xeitsclirift /ùr wissensch. Theolog., 1889, t. xxxii, p. 507; 1S90, t. xxxiii, p. 382-384; t. xxxvi. p. 250; ] P. von Hœnsbroeck, Die Sclwi/t De aleatoribus als Zeugniss I fiir den Primai der romischen Biscitôfe, dans Zeitschrift lur katlml. Tlieolog., 1890, t. xiv, p. 1-20; Th. Zahn, Ge- .scliichte des neutestanientl. Kanons, Erlangen, t. i, p. 346; Chiapelll, Studi di antica lettcrat. crist., in-12, Torino, 1890, p. 34; ,\. Miodonski, Anonymus adversus atealores (gegen dos ïlazardspiel) und die Briefean Cyprian, Lucian, Celerinus und an dcn karthaginiensischen Klcrus (Cypr., epist., viii, xxi-xxiv) kritisvh verb., erlàulert und ins deutsche ùbcrsetzt, in-8°, Leipzig, 1889, cf. Jacquier, dans Université cathol., 1890, t. IV, p. 315-317; P. Lcjay, dims Revue critique, 1890, t. .xxiv, p. 364-369 ; Étude critique sur l'opuscule De aleatoribus par les membres du Séminaire d'histoire ecclésiastique établi ù l'université de Louvain, in-S", Louvain, 1891; cf. A. Hamack, dans Zeitschrift fiir wissensch. Théologie,
1892, t. XXXV, p. 254-256; G. Morin, dans Revue bénédictine, 1891, Hviii p. 234-2.37 ; G. d'Hoorc, dans Ann. de l'univ. cath. dciioiivain,» 1891-1892,* t. Lv.« p. 329-335; t. i,vi, p. 324-331; F. Cabrol, dans le A/ois bibliographique,
1893, t. I, p. 65-68, 83-85 ;'.C. Callcwâcrt, Une lettre perdue de S. Paul et le De aleatoribus, in-8'', Louvain, 1893; Rev. d'hisl. et de litt. religieuses, 1900, t. v, p. 555-560 ; O. Bardcnhewcr, Gcsc/iic/i/c der altkirchliclien l.itcratur, l. il, p. 446- 448; r-;. Van Rocy, dans Rev. d'hist. ecclés., 1901, t. il, p. 301-302; P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique, chrétienne, 1902, t. ii, p. 112-118.
DÉS — DESCENTE DU CHRIST AUX ENFERS
Cette question de l'attribution du De aleatoribus a éli; abordée par un bon nonil)re de critiques d'autrefois, ils ne sont pas parvenus ù tomber d'accord"; reprise de nos jours sans autre résultat, la querelle a du moins établi quelques listes d'auteurs auxquels on ne peut maintenir l'attribution. Éditions, confrontations, dissertations où beaucoup de science et beaucoup de loyauté se dépensèrent à la suite d'une impudente mystification aboutissent à ce seul résultat certain : l'auteur du De aleatoribus est anonyme, il y a apparence qu'il faille le chercher en Afrique, au m'" siècle et jusqu'à la lisière du iv siècle. Le texte nous apprend qu'il était évèque; et c'est tout. Ce qui peut favoriser l'opinion d'une origine africaine, c'est que cet auteur emploie un latin barbare offrant des traits d'analogie avec la langue parlée par les confesseurs africains du temps de Cyprien, de qui nous possédons quelques lettres; en outre, il faisait usage de versions bibliques apparentées à celles dont se servait l'évéque de Carthage. Tout ceci n'est pas concluant, mais peu importe. La mystification de M. Harnack fut présentée dans une revue, dite critique, comme « un don précieux qui mérite notre reconnaissance la plus entière. »
Est-ce un traité, est-ce une homélie ? Il semble que le ton soit celui de la parole, de l'allocution familière, avec un choix de citations rapidement jetées et une conclusion qui semble, à s'y méprendre, celle d'un sermon, [.'auditoire n'est ni meilleur ni pire que tous les auditoires chrétiens; à dire \Tai,il est très insignifiant, sauf ceux qu'attaque le prédicateur et qu'il noircit à plaisir. Ce sont les joueurs qui auront les honneurs de la journée et là-dessus, énumération copieuse de tout ce qu'on peut imaginer pour émouvoir et entraîner. Jouer, c'est se livrer au démon. N'est-ce pas lui qui a imaginé les tables de jeu ^ '? N'est-ce pas se jeter de gaîté de coeur dans le vice, la débauche, l'apostasie '? Que faire ? Renoncer. — On voit la manière, on entend le ton.
Ces avertissements sont-ils tombés des lèvres d'un pape ■? Pourquoi ? Pour ces quelques mots : « A nous, la bonté divine et paternelle a conféré le gouvernement apostolique; sa céleste miséricorde nous a placés sur un siège où nous tenons la place du Seigneur; nous portons en nous, dans la succession légitime à notre prédécesseur, la source de cet apostolat véritaljle sur lequel le Christ a fondé son figUse. nous qui avons reçu en même temps le pouvoir de lier et de délier et de remettre d'une manière judicieuse les péchés '. » Tout ceci ne prouve rien et n'insinue rien; il n'y a guère d'évèque en ces temps lointains qui ne se crût autorisé à parler ainsi et, dans la suite du discours, on voit que l'auteur se considère comme évèque, mais sans rien qui autorise A lui voir réclamer ici une suprématie sur l'épiscopat. .\près cela, libre à chacun d'y voir la parole d'un pape.
Au point de vue archéologique, peu de chose à tirer; au point de vue littéraire, une œuvre originale, vive et forte qui mérite d'être lue au moins uiîe fois; au point de vue social, un trait à retenir pour l'histoire de la faiblesse mondaine parmi les chrétiens. Ce que nous
' On en trouvera une abondante énumération dans l' Étude critique, des membres de l'université de Louvain, p. 10. — ' Qu'cût-il dit en voyant la table de jeu de Damous-cl-Karita ornée d'un chrisme? — • Traduction de l'Étude critique, p. 23-24. — ' C. Callewaert, op. cit., p. 27-28. — ^ Eusébe, Hist. eccles., I. V, c. xviir, P. G., t. xx, col. 480. — « Clément d'Alexandrie, Picdag., 1. III, c. xi, P. G., t. vin, col. 652. — ' S. Ambroise, De Tobia, c. xi, P. L., t. xiv, col. 772-773. — ' Synesius, Epist. ad. Evoptium /ratrem, c. v, P. G., t. lxvi, col. 1484. — ' S. Césaire, Homil., cxi.i, P. L., t. xxxix, col. 2021. — '"Grégoire de Tours, Hist. Francor., 1. X, c. XVI, édit. W. Arndt et Ivrusch, 1884, t. i. — " Conc<7. llliberitanum, can. 79. ■ — • " Can. apost., xi,ii : Episcopus aut presbyter, aut diaconus, vel qui aleie, vel ebrietalibus indul-
j devons relever au point de vue archéologique, c'est ce qui surtout excite la verve du prédicateur et lui fait voir un crime d'idolâtrie dans le jeu de dés, qui n'est pas qu'un inoflensif délassement. 11 se pratique, sans doute, dans les familles et sans qu'on y trouve à redire, nuiis dans les maisons de jeu, non seulement on risque sa fortune, son honneur, son repos, mais on trouve le dieu inventeur du jeu représenté par une statuette et un autel. Par une sorte de règlement, il était défendu aux joueurs de toucher aux dés, avant d'avoir sacrifié à cette idole. Dès lors, les chrétiens préludaient au jeu par l'apostasie. Si quelques-uns se soustrayaient à cette formaUté, le fait de leur participation présupposait le scandale de leur apostasie «. La virulence du prédicateur n'était donc pas superflue.
Le goût du jeu de dés paraît avoir été répandu. Nous le trouvons rappelé par quelques textes qu'il est utile d'égrener.
Eusébe a transcrit une page d'Apollonius d'Éphèse qui s'étonne de voir les prophètes montanistes jouer au trictrac et aux dés : -ç,oor[-r,ç -xK'i.i:: ■/.%: kJÇo;; -l'^ii^ Clément d'Alexandrie avertit de s'abstenir du jeu de dés, ainsi que de la passion du gain qu'on satisfait au jeu des osselets *. Saint Ambroise semble nous promettre une description des aleatorum conventicula, mais il s'engage dans les applications morales ". Synesius nous avoue son amour pour le jeu, mais peut-être est-il un peu porté à outrer en sa propre cause '. Saint Césaire, dans un sermon pour le temps de carême, dit : Tempus quod nobis furiosus tabula' ludus solebal au/erre, lectio dinina incipiat occuparc '. Saint Grégoire de Tours raconte que l'abbesse du monastère de Sainte-Radegonde à Poitiers fut accusée par ses nonnes de jouer aux dés, ad tabulant ludere, elle répondit que cela se faisait du temps de la sainte et que ni règle ni canons ne le défendaient ".
Le concile d'Elvire (vers 300) déclare : .Si guis fidelis aleam, id est (abulam, luserit nummis, placuil eum abstineri; ctsi emcndalus cessaverit, post annum poteril conununioni reconciliari ". Les canons apostoliques interdisent les dés depuis les évoques jusqu'aux lecteurs " et Justinicn interdit aux ecclésiastiques soit de jouer, soit de regarder jouer ".
H. Leclfrc n.
1. DESCENTE DU CHRIST AUX ENFERS D'APRÈS I.A LITURGIE. - 1» Le descensus ad m/fros dans la liturgie primitive; 2° Le témoignage de la liturgie mozarabe; 3° Le témoignage des liturgies gallicanes; 4" La liturgie romaine et le descensus ad inferos ; 5» La liturgie ambrosienne. Bibliographie. 1° La descente du Christ aux enfers dans i..\ LITURGIE PRIMITIVE. — Cette questiou a été souvent traitée au point de vue théologique". On a généralement négligé dans ces études de faire sa place à la liturgie. C'est uniquement de l'argument^ liturgique ([ue nous nous occuperons ici.
On peut regarder comme appartenant à la liturgie les formules de foi, dont quelques-unes furent employées dans les cérémonies du baptême ou du caté-
get, vel desinito, vel depositor, c. xi.iiT. Subdiaconus, an cautor, ant tertnr, qui consimilîa facit, vel desinito, vel a communione sejungitor, similiter et laici. - — " Xovelle CXXIII, c. x; cf. Code Ju.id'nien, I. I. lit. iv, loi 14, loi 2.î. — '* Voir en particulier : Ilurter, Theologia specialis, i. u, p. 478 sq., CEniponte, 1880, qui donne un bon résumé de ïa question: Benoît XIV, Opéra omnîa, Prati, 1S43, t. IX, De festis, p. 147, 187 sq. Mgr A. Quilliet, Descente de Jésus aux enfers, dans le Dictionnaire de ttiéologie catholique, t. IV, col. 565-G19: Turmcl, La descente du Clu-ist aux enfers, Paris, 1905; Wie kommt es, dass im Credo der .Mejse der Descensus ad inferos nicht erntàbnt ist? dans Kôlner Pastoral blatt, 1911, n. 17; voir .aussi à la bibliographie.
DESCENTE DU CHRIST AUX E.XFERS
chum'-iiat. L'insertion de l'article du dcscensus ad inferos ' est considérée comme le problème le plus difficile (avec l'article sur la communion des samts) dans l'histoire du symbole de foi "-. Si la doctrine de la descente du Christ aux enfers remonte aux temps ■ipostoliques, comme l'admettent Sanday, Kattenbusch et Clemen lui-même », ce n'est qu'assez tardivement au ive siècle, qu'elle fait son apparition dans les symboles On la rencontre d'abord dans le symbole d"'Aquilée,et Kattenbusch croit voir dans ce pays sa patrie d'origine; de là peu à peu elle se répand et se fait admettre dans les autres professions de foi*. Mais Clemen qui, sur le point particuUer qui nous occupe, a poussé plus loin ses recherches, et d'autres avec lui, cherchent une origine syriaque ^
\vant400,le v.; -^ zïTa/.Oov.a zït£/,Oovtx [zaTar.A-j- Orj-al avait été inséré dans les formules de Sirmium, en 359 ■ dans celle de Nicée en Thrace, 359, et dans celle de Constantinople, 360. Selon Kattenbusch, ce grec ne serait qu'une traduction du latin; mais Sanday et Clemen croient le contraire '.
En tout cas, le descensas ad inleros ne se trouve m dans la vieille formule romaine, ni dans aucun des symboles des trois premiers siècles '.
" On peut remarquer que dans nos Monumcnla lUurgica t I, Paris, 1900-1902, les Regulse fidei ne portent pas cet article, sauf le texte jusqu'ici oublié de Paul de Samosate que nous v citons sous le n. 8S4 : Régula fidei. Jésus Christas, ille qui de Maria orhis est. anitus sapientix unum fuit. Cum ea el per eam luit Films et Christus; dixit enim [Malchio scii] esse Fihum Dei illtun Jesum Cliristum, qui passus est, qui toleravit alapas et verbera, qli sepli.tl» est et hesiesdit ad IXFEBOS, quiqae resurrexit a mortuis ^.
Le symbole dit de saint Athanase est, avec ses précédents un des plus anciens témoins de cet article ». Dans les exphrations liturgiques du symbole données aux catéchumènes, l'article du deseensus manque dans la Iraditio symboli du Gallicanum velus ", dans ceUe du Gélasien (peut-être du v» siècle) ". Il n'en est pas davantage fait mention dans le Missale Francoram. Mais il fait partie du symbole dans le missel de
Bobbio >-. , . , t A
Vers l'époque du concile de Nicee, les règlements de l'Éolise d'Egypte contiennent, sous forme d'interrogation aux catéchumènes, une sorte de symbole qui fait allusion à la descente aux enfers : « Crois-tu à Kotre- Seigneur Jésus-Christ... qui... est ressuscité au troi-
1 Les termes descendit ad in/cros paraissent la forme la plus .luthentique qui se retrouve dans les documents les plus anciens (Palat. S7i: Paris. 13159, etc.). La leçon nd infenui n'est que dans un petit nombre de manuscrits, d'ordinaire de date plus récente, cf. Ommanney. A critical dissertation on (fte Athanasian Creed, p. 3R8, 369. On trouve aussi <.<scendit ad interna (formule d'Aquiléc. cf. Hahn. BMiolhek der Sumbole. p. 25. 35, 38, 40. 59). S.-.int Cés.-iire emploie toujours l'expression caracléristi<|uc ad interna, doin G Morin, dans Bévue bénédictine, t. xviii (1901), p. 3M: Leiay, Le rôle tliéologiqiie de Césaire dWrles, dans \a Reine d-liis'l' el de liltér. reliaieiises, t. .x (1905), p. 156, 157. -- ' \V. Sandav, Fiirllier researcli on Vie liistonj o/ the Crec.l, dans Journal o/ tlieological ntudies. t. m (1902), p- 16. — • \V. Sanday, loc. cil., p. 16. — ' K-attenbusch. Das «pos- (o',\c/ie Symbol, 1804, t. i, p. 898. — ' Cf. dom H. H. Connolly. The enrlij Syriac Creed, dans Zeitschrilt /. d. .Nciihslament-wissensclialt, t. vu (1906). p. 213 sq. Dom Monn .lonnc un nouvel argument en faveur de cette origine syriaque. Le commentaire inédit de Véuéque latm Epiphuniii'J dans Revue bénédictine, t. xxiv (1907), p. 344, 34:); Hamack, Das apostolische Glaubensbekenntniss, 1890;. Monnicr La descente aux en/ers, p. 147 sq.; Uruston, La descente du Clirisl aux enfers, p. 37. — «Sanday, loc cit., p. 17. — ' Cf. Halin, Bibliolhek der Symbolcn p. 31), 108, 170; Denzinger, Enchiridion symboluriim. Friburgi,
1908, p. 1 s(i. ' Paulus Samosal. contra Malcliionem,
dans' Pitra, Analeeta spicilegio ."iolesmensi, lom. v, éd.
sième jour, qui a délivré les captifs, qui est monté au ciel " ? »
La formule découverte par Bratke et qui peut remonter au ive siècle, contient l'article sur la descente aux enfers ". On le trouve aussi dans celle que dom Morin a éditée et qui est du temps de saint Jérôme, sinon de saint Jérôme lui-même '".
Mais peut-être les anaphores euchai'istiqiies nous permettront-elles de produire à une époque plus rapprochée des origines, à l'époque apostolique même, un témoignage liturgique en faveur du de.tccnsiis. Dans la comparaison instituée par dom Cagin. Entre les témoins les plus anciens de V Eucharistia, ou de la prière canonique, on retrouve des formules de ce genre :
GHAIJAS TIDl REFEItlMUS bELS
PER JESL.M LBIIISTL.V
QUI ESTE.\D1T MAXfXCPM PATEIlEriril.
itl morlem solval
el vincula diaboli dinimpal
ci infemiim calcet
el juslas inluminel
ET TEHMIXL'M FIGAT
accipiens panem, etc. '".
morlem lollerel
vincula diaboli con/ringeret
inferos calcarel
justos lumen versus dirigcrct
confinem figercl, etc. ".
D'après dom Cagin, les anaphores oi'i la descente aux enfers et quelques autres traits sont supprimés, doivent être considérées comme des abrégés d';\ge postérieur ".
Les Constitutions apostoliques dans l'anapliorc, avant l'invocation, font mention de la descente aux enfers en ces termes : 6 Ç- oiroioç ïva ;:otOo-j; ÀJai) xa't OavâTov l^éy.Ti-a.: TOJTO'j; 8î oj; ;:apey£v£TO zal fTJÇrj Ta Séaai toj S;i?oÀoj zxî pjSTjTa'. TOJ; àvOp'jj-oj; iz tt;; àriTi); aÙTOj, zaî àvi^Tî s/, vsxpwv, z.t.X. *'.
Or le canon romain a conservé, au moins en abrégé, la mention de notre article : necnon et ab infcris resurredionis-". Le missel amhrosicn revisé l'a sous cette forme : necnon el ab infcris mirabilis resitrrcclionis serf c!, et(r. ='. Ce témoignage du canon romain et du canon ambrosien est d'autant plus remarquable que les seuls mystères du Christ rappelés ici, avec celui de la résurrection des enfers, sont ceux de la Passion et de l'Ascension
Martin, .Utdenda script. PP. Anienie. (cf. ÎIus. Britann. codd. add. 12155, fol. m v»; li53S, fol. 100 v°). — 'Cf. Ommanney, loc. cit., p. 368, 309. — '* Tomniasi-Vczzosi, Opéra, t. vi, p. 380. -^ " Tommasi, loc. cit., t. vi, p. 40, 47. Cf. de Punict, Les trois liomélics calécliéliques du sacramentaire gélasien, dans Revue d'tiisloire ecclésiastique, t. v (1904), p. 772. — " Mabillon, Musaum italicum. Lut. Paris., 1724, t. i, p. 312. ■ — " Kattenbiiscli, Das aposl. Sijmbol., t. I, p. 320 sq. — " Bratlic. .S'/iidicn ii. Kril., 1895, p. 1.52 sq. ; cf. llarnack, .4po.s/oIi.s(/ic.s Symholiim, dans Real-Encyclopadic, p. 742 sq. — " Revue bénédictine, 1904, janvier. — " Anaphore de Vérone, Eucliarislia, p. 214. Cf. p. 121. — " Tesinmentum Domini, EuchariMa, loc. cit.
— " i.oc. ci(., p. 222 et passim. Voir aussi les tableaux comparés des formules, p. 148 et 151, et p. 291 sq. La discussion de la formule
cl vincula diaboli dirumpat el inferna calcet et juslas illuminet cl lerminum figal.
— "I". E. Briglitman, Liturgies Etu^tcrn and Western, Oxford, 1890, t. i, p. 20. — '• Dom Morin rapproche celle forme du l'iclor ab inferno resurrexit de l'évéquc latin r.piphanius, dans Aeiiiie bénédictine, t. xxiv (1907) p. 345.
— " Mis.'iolcambrosianiim, cd. typica Mcdiolancnsls, 190'i. p. 177.
DESCENTE DU CHRIST AUX E.XFERS
Il esL aussi dans une formule qu'il est difficile de dater exactement, mais qui est sûrement très ancienne: le chant de VExallcl, au misse! romain : Hœc nox csl, in qua dcslruclis vincidis mortis Chrislus ab inferis Victor asccndil... 0 vere beata nox, quœ sola mcruil scire tempus et horam, in qua Christua ab inferis rcsitrrerit '. 2° Liturgie mozarabe. — • Nous traiterons d'abord des liturgies mozarabe et gallicane, parce qu'elles ont conservé plus de témoignages de ce dogme, et que ces témoignages sont plus expressifs.
Au IV" dimanche de l'Avent, dans un post priclie, c'est-à-dire parmi ces oraisons qui, à cause de leur place au centre même du canon, tout de suite après la consécration, ont une importance spéciale.
Faeimua Domine filii lui Domini nostri commemorationem... quod infcrnum ex parte expoliavil relinquendo in^pios : et sanclos qui ibidem tenebantur resurgens secum in cœlcstibus sublcuando. Quod rcdiens ad ccehim viani nabis patcjccit, etc. -
Au mardi de la semaine de Pâques, cette fois dans une oraison post nomina, nous lisons : Jesu, Dei filius, qui pro nobis voluntarie moriens, seva inferorum ergastula potenliali brachio penclrans con/registi : ta fidclium defunctorum spiritus a locis penalibus cxime... etc. '. Au mercredi de la même semaine, avant le Pater : Erue cunctos de faucibus vorantis géhenne: pro quibus idem redemptor clemenlissimus tribus diebus latuit in injerioribas terre, etc. *.
Dans la messe des présanctifiés, le vendredi saint, nous lisons celte oraison : Unigenitus filius Dei Patris... ta Ifilirisle descendisti ad inferos : et sanctos sepulcra laxarant. Pietalem ergo quœsumus luam: ut intelligere possimus quantum nobis rcsurgcns prestabis in rcgno : nui'nos moriens resuscitasti cum gloria in in/erno '^.
Le texte suivant, aux laudes du samedi saint, décrit avec plus de détail l'icuvre du Christ aux enfers : Dominus noster Jésus Clirislus filius tuas: qui solus verbo virlutes cuncta (sic) modérons: et omnia crucis stigmata portans: vectes ferrcos comminuit: portarumque erearum claustra pcr/regit : tarlari profunda descendit: sedentibus in umbra mortis ignote tuais claritate resplenduit: et sol justicie de tumulo : corpore suscitato procedens radiis suis tcnebras nostras mirabiliter inlustravit. Amen '. Le même texte, presque dans les mêmes termes, est donné dans le post sanctus du \' dimanche après Pâques : qui solus verbo virtutis cuncta moderans : et onuiia crucis destina portans : vectes fcrreos comminuit: portarumque erearum claustra perf régit: tarlari profunda descendit: sedentibus in umbra morlis ignote lucis claritas resplenduit : et sol juslitie de tumulo corpore suscitato procedens '...
La préface ou illatio du V' dimanche après Pâques, sous des termes différents, nous enseigne la même doctrine : 0 quam prœclara habililatem draconis antiqui arte lusisli : ut dum ei oslenderes corporis predam : ipso configeretur in ligno : cl spolians carne vcrbum: liber (td inferos pergis : confractisque portarum claustris : Victor taxas c vincutis; et inicr mortuos liber tenebras nova lace perfundis. Non subjacebat majestas tua. Domine, huic neccssitali '...
* Il faut remarquer, d'axitre part, que le Te Doum qui présente de nombreuses analogies avec les anaphores ou i7/rt-
lions, ne fait pas allusion à ce dogme ^Missale mixtuni,
P. /,.,t. Lxxxv, col. 135. — ' Missale mixlnm, P. L., t.Lxxxv, col. 49.^). — * Missale mixtiim, P. L., t. lxxxv, col. 502. — ' Missale mixtum, P. L., t. i.xxxv, col. 434. — ' Missale mixlum, P. L., t. i.xxxv, col. 477. — ' Missale mixUim, P. L., t. LXXXV, col. 588, 589. Il y a mcnie une allusion dans ce passage, spoJians carne verbiim, à une opinion erronée professée par certains docteurs au v et au vi^" siècle, et dont les sacramentaircs gallicans portent la trace, d'après laquelle la divinité, le Verbe, aurait abandonné la chair du Christ pendant les trois jours au tombeau. Ct. la note de Lesley sur ce passage, loc. cit., col. 587 sq. —
Dans un autre post sartclus, celui du mercredi de Pâques, la même scène est décrite en ces termes : viderunt le inferi Deus. Viderunl le: et tremuerunt a voce toniirui lui, dicenlc : Absorpta csl mors in Victoria. Ubi estjnors Victoria tua ? Ubi est mors aculeus tuus f Proptcr'^quod altonitu paululum slctere supplicia miserorum. Xec habeant cruenlum tormcnta sic vicisse crrnentia crucifixum: cl judicem suum ipsa etiam pena contrcmuit. Quia natura liorribilium tenebrarum presentia sui fulgoris: et vctala jam lune timuit judicari. Exultaverunt sancti in gloria lelanle in cubilibus suis: quod auclorem promisse sibi lucis agnoscerent : quorum lu. Domine, stipalus agminibus : et' tu lanto noti splcndoris candore perfusus : sacrificia per te inslitula sancti fica. Non invocantis merito : sed instiluenti magisterio vcl exemplo. Ut cunctis rite per/unctis : salvatore nostro ab inferis jam régressa: cl mors se lugeat viclam: et vila tripudiel restitutam ».
Au samedi de la même semaine, deux autres allusions à la descente du Christ aux enfers; le premier, dans la Missa: in quo (die) ipse Dominus sepulcri dctentus loculo : spoliavit infcrna: cum predestinatam ex prcdonis faucibus abstulil predam; le second texte, dans l'Inlatio: Disruplis igitur cruce inferni catcnis legibusque solutis : ad cœlos migrant cum Cliristo credentes in Cliristo. Et crucicmdi permanent in in/erno: qui delectati sunt invisccrari diabolo. Rediit ccce post hiduum Victor e mortuis viuus, etc i°.
Une oraison donnée parTommasi s'exprime en ces termes : Domine Christe Jcsu... qui descendisti in lacum ut ex inferis vinctos educercs, descende nunc quoque (precamur) visceribus luœ piclalis ut ex vinculis pecca- Uirum quibus umisquisquc conslringitur, nos absolvas Salvator mundi ".
Le liber ordinum, ce monument si précieux du rit mozarabe, contient aussi dans sa liturgie funéraire quelques allusions à la descente du Christ aux enfers. Pour la bénédiction d'un sépulcre : Christe, Dei Filius, cui et celeslia patent et inferna non latent : qui humaniter moriens ad inferos descendisti, et captivas Averni (sic) tceum remeans, ad superos repartasti; precamur ut hujus famuli lui animam, etc.". L'hymne de la Croix, de ligno Domini. rappelle ce même souvenir :
Guudium fessis lalurus, Fregit portas inferi, Antra Erebi inlustrans Spoliavit Tartara, Eruil viclo serpente Bcalorum animas Zclo draconis subacto, Polorum fasligia Pcnelravit, secum ferens.
EIcctorum agmina : Cum quibus nobis concédai Yivcre per secula ".
Le Liber mozarabicus, édité tout récemment, nous fournirait un nouveau contingent de témoignages.
• Missale mi.xliim, P. L., t. lxxxv, p. 588, 589. Sur cette conception de la doctrine de la rédemption, cf. Rl\-ièrc, Le dogme de la rcdempUon, 1905, p. 373 sq., ct Oxncliam,' Hist. du dogme de la rédemption, 1909, p. 124 sq. • Missale mixtum, P. L..t. lxxxv, col. 501, .502. Le méine Posl sanctus avec quelques variantes est donné dans le Missale golhicum, Tommasi, Opéra, t. vi, p. 294. "Missale
mixlum, loc. cit., col. 517, 51S. — " Tommasi-Vczzosi, Opéra, Romœ, 1747, t. ii, p. 576. Quoique l'auteur n'en désigne que vaguement l'origine, la terminologie rappelle celle des liturgies mozarabes ou g-allicanes. — " Ooni Férotin, Le liber ordinum, dans F. Csibrol ct H. I.eelcrcq, Monumenta Ecclesiœ Utnrgica, t. v, p. 122. — " Liber ordinum p. 196, 199.
DESCENTE DU CHRIST AUX ENFERS
Nous nous contentons d'en indiquer quelques-uns en note '.
3° Liturgies gallicanes. ■ — Les témoignages fournis par la liturgie gallicane sur la descente du Christ aux enfers ne sont ni moins nombreux, ni moins expressifs que ceux de la liturgie mozarabe. C'est dans l'octave de Pâques, samedi de Pâques et dimanclie qui suit, que nous les lisons : Cujus (Christi régis) condemnatione, tarlarei vinculis absoluta credentium tiirba. liberlatis insignia gralutalus... Cujus descensu, confractis partis, lugel infernum... Qui descensu suo eos qui tenebantur a morte, superis reddidit resurgendo : ut ejus resurrcctio vii'orum vel mortuorum festimonio formaretur'. His namgue crucem spontanea voluntate propler redemptionem humani generis, de inimico tyranno triumphaturus, asccndit : et relicto paulisper corporis templo, inferorum claustra confringens pristinœ ut anie fuerat, vitœ rcstituit '... Domine Cfiriste... Qui descendisti in lacum ut ex inferis vinctos educeres; descende mine quoque *... Quia ipse (Christus) in hac nocte vita et resurrectio infernum inluminavit, et portas œreas penetrarit, et vectes fcrreos conjregit; et mors dcvicta est in Victoria; et antiqua sententia damnavit eam, ut nos de perpétua morte liberaret... Rcx glorise introitu tuo inferni fanées inluminasti, stupentibus inferis : quia soins inter morluos liberare cursu tuo pcr eamdem nnctem protoplaslo ut spolia revocasti, per quem tibi nunc '...
Fer quem (Christum) potestas diabolica cccidit; lartarea inferni sunt vincula resoluta; chirngrapbum est antiques prœvaricationis extinclum; aculeus mortis obtritus; nos quoque de servitutis jago '... 1 Les messes de Mone font aussi allusion à la descente aux enfers dans une Conteslatio ou préface delà Missa V: Dignum et justum est... et cum ex te omnia, lu in omnibus invcniris, es enim lam e.rcellens ut celsa possedeas, lam dignabilis ut terrena non deseras, sic etiam pius ut nec inferis desis, namque quum lotus semper et ubique sis, clementia majestatis tuœ, nota sideribus patefacta terrenis, apud inferos manifeslata perclaruit, quia miseratione qua polies, etc. '.
Le second texte est celui de la Conteslatio de la MissaVI : Igetur (sic) cum ipse captivitales (capti\itatis) nescirit vinculum, tu redemplionis dislenas (destinas) modum mittendum nobis. unigenitum luum dominum ac deum nostram Jhesum Christum. qui in se et per se nostrum nexus exsolvcret. debrtorum. qui mortem nostram. sua morte prosterneret. et vulneres (vulneris) sui cruore pariler Igmfaque perfusus purgaret. baptismo martijrio (martyrii) coronarit. fieritque nobis prœvius in paradyso, rœdemptor in lartaro, doctor in mundo, inoilatur (invitator) in cœlo, cui mcrito '.
■Le missel de Bobbio a aussi quelques souvenirs de la'descente aux enfers, témoin ce parallèle entre Joseph et Jésus : Joseph de ergastulo egressus componitur : Christus Dominns infernum expoliaturus aggredilur '.
' Liber mozarahiciis, dans nos Montinienta titurgica, t. vi, Paris, 1913, p. 21, 247, 250, 256, 260, 267, 270, 284, 304, 305, etc." — ' Conteslalio, Missale gothicum.Tommasi-yezzosi, Opéra, t. vi, p. 299. Cette même formule sous le titre d'Immolalio in die sabbati (f^ascliœ) se trouve dans le Gallicamun vêtus; Tommasi-Ve/.zosi, toc. cit., p. 411. — ■ Immrilatin, Missale gnlhirum, loc. cit., p. 300. Même fornuile dans VImmolatio clausiim Paschw du Missale (jallicanum vêtus, loc. cit., p. 412. — * Colleclio du Gallicanuin vêtus, samedi saint, loc. cit., p. 395. — ' Prières du jour de Pûquos, Gallicanum vêtus, loc. cit., p. 395. — • Contestatin de la messe de Pftqucs, Gallicaniun velus, loc. cil., p. 404. La descente aux enfers décrite en termes si expressifs dans le Post sanctus mozaral)e du mercredi de Pûques (Videront te infert Dens,c!. plus haut col. 686), est répété avec quelques légères variantes dans un post sanctus du Missale gotliicum, loc. cit., p. 294. — ' Fr. J. MoncLateinische und griechische Messen, Franckfurt-am-Maln, 1850, . 26. — • Mone, loc. cit., p. 28. — • Contestatto de Joseph,
Et cette Conlestatio de l'ascension : qui solulis inferni ncxibus œreas portas ac ferrea claustra confregit ", et cette autre Conteslatio dominicalis : omnia quœcunque voluit Dominus fecit in cœlo et in terra, in mari et in abijssis. Descendit ad infernum, et exinde tulit Adam, et direxit eum in paradisum, et rcstituit eum una cum patriarchis ".
Citons enfin ces paroles tirées des oraisons du vendredi et du samedi saints : ut qui Adam de profundis infernalis limi misericorditer eripuit.... qui descendisti in lacum, ut ex inferis victos educeres "...
0 Domine, Pater omnipotcns, qui Adam novum, ex persona veteris Adam clamantem, quasi ex inferis et abyssis, profundisque laci, libcrum lamen solum inter morluos, pro sua exaudisti reverentia '^.
Nous pouvons donner à la suite de ces textes ceux d'un livre liturgique anglo-saxon qui a des relations étroites avec les liturgies mozarabe et gallicane et leur a fait plusieurs emprunts : c'est le li\Te de Cerne. Son témoignage, moins important théologiqucment, parce que ce n'est qu'un livre de dévotion privée, mérite pourtant d'avoir sa place ici. 11 raconte en détail l'œuvre du Christ aux enfers : Domine Jesu Christe, adoro te descendentem ad inferos, Ubcrantcm captivas. Deprœco le ut me non dimittas inlroirc ubi Adam tibi dixit: ecce manus quœ me plasmavcrunt et dixerunt quis est isle rex glorix (sic). Dominus virtulum scia quia ultra non hic dcscenderis ". Plus loin on lit une prière des justes qui étaient détenus aux enfers, et en particulier d'Adam et d'Eve : advenisti, redemptor mundi, advenisti quem desiderantcs quotidie sperabamus.... Discendisti pro nobis ad inferos ''.
4° La descente du Christ aux enfers dans la LITURGIE ROMAINE. • — La liturgie romaine ne présente peut-être pas, au moins dans son état actuel, des textes aussi nnmljreux et aussi formels que les liturgies gallicane et mozarabe; cependant elle atteste sa croyance à la descente de Jésus-Clirist aux enfers dans des passages qu'il ne sera peut-être pas inutile de réunir ici. Nous avons déjà signalé le témoignage du canon romain et de l'Exultet.
La descente aux enfers est exprimée avec plus de détails dans ce répons du 1"' nocturne du samedi saint : Recessil paslor noster, fans aquœ vivx, ad cujus Iransilum sol obscuratus est. Nam cl ille captus est, qui captivum tenebat primum Iwminem : hadie portas mortis et seras pariler salvalar noster disrupit. f Dcstruxit quidem claustra inferni, et subvcrtit potcnlias diaholi ".
Nous ne voulons ici qu'enregistrer ces différents témoignages, mais il ne serait pas sans intérêt de rechercher l'origine de ces textes et de les comparer entre eux. 11 nous suffira pour le moment de souligner ces termes portas mortis et seras pariler... claustra inferni, etc., que nous avions déjà relevés dans les liturgies gallicane et mozaral)e.
Mabillon, Musivum italicum, t. I, p. .308. • — " Mabillon, loc. cit., p. 337. — " Mabillon, loc. cit., p. 378. Nous avons cité plus haut le témoignage de ce missel dans la Iraditin sumhoti. — " Missale gothictim, loc. cit., p. 280, 281. Les mêmes expressions, Missale gallicanum velus, p. 393. — '^ Gallicanum velus, loc. cit., p. 394. — ** The book oj Cerne, edited by dom Kuypers, Cambritlpe, 1902, p. 116; cf. aussi p. 113, 126. —"-Idem, loc. cit., p. 196-198; l'éditeur rapproche cette pièce de VAdami Planclus et d'autres pièces de ce genre, p. 217, 233, 254; cf. notre chapitre le lionli oj Cerne et les liturgies celtiques, dans nos Origines liturgiques, Paris, 1906. Autre témoignage pour la liturgie celtique dans le Jîook o/ Dcer, Warren, Ccltic liturgu, p. 166. Sur tout ceci, cf. aussi notre article: La descente du Christ aux enfers, d'après la liturgie mozarabe, et les liturgies gallit(mes,dans la Bassegna 6'reBorinna, mai-juin, 1909, p. 233 sq. — " Tommasi, in-12, p. 114. Ce répons est répété ù In Jéte du Sacré-Cœur (n. viii), et il est tiré du sermon apocryphe de saint Augustin cité plus loin, ù propos du Libéra.
DESCENTE DU CHRIST AUX ENFERS
Nous rappellerons aussi ce passage dans rinmnc de laudes du temps pascal :
Aurora lacis rutilât..
Gemens infernus ululât:
Cum rex ille forlissimus Mortis coniraclis viribus, Pede conculcans tartara, Snhnl a pœna miseras.
et celui du Saloe festa (lies, qui, sans appartenir à la liturgie ofricielle, a été chanté dans beaucoup d'églises latines :
Salve festa (lies, tolo venerabilis sevo Qua Deus injernam vicit el astra tenet... Salve catenatas inferni carceris ambras, El revocata sarsam qaidqaid ad ima raii. Inféras insaturabiliter c(wa guttura pandens. Qui râpait semper fit tua prœda Deus Eripis innumerum popalum carcere mortis Et seqaitar liber quo saus caictor adit. Evomit absorptam trépide fera bellua plebem. Et de fauce lupi subtraliit a(jnus oves, etc. '
La mémoire de la croix au temps pascal porte aussi ce témoignage : Crucem sanctam $abiit qui infernum
:î721. — Descente aux enfers.
D'après Har\. ms. 1810 dans Papers o/ the Briiish School,
confregil, accinclus est potentia, sarrexil die iertia. alléluia.
Mais le texte le plus intéressant dans la liturgie romaine actuelle sur la question qui nous occupe est, sans contredit, ce répons de l'oflice des morts (III" nocturne) : Libéra me. Domine, de viis inferni, qui portas sereas confregisti et visitasd infernum el dedisti eis lumen ut vidèrent te qui eranl in pœnis
' P. L., t. Lxxxvin, col. 132, 133. — "Le texte avec les neunies est donné dans l'antiphonaire de Hartker publié comme annexe de la Paléograpliie musicale, 1900, p. 392, manuscrit du x" siècle. L'origine de ce répons est un sermon (apocryphe) de saint Augustin, que nous citerons tout rt l'heure, et dans lequel la descente auxenters est racontée d'après l'évangile de Nicodème. Cf. aussi l'article Absoute,
teixfbrarum. Clamantes et dicentes: Advcnisli, redemptor noster -.
Ce texte est :'i rapprocher de celui d'un rituel de Modènc, cité par Muratori : Cum rex glorix portas inferorum debellalarus inlraret, sanclorum chorus, qui knebiUur in morle captivus, voce lacrumabili c lama bat : advenisli desiderabilis, qucm exspcrlabdmus in tenebris
13722. — I/>cscfnU' ai!\ enfers.
Sculpture de la cathédrale de Bristol. Dans Papers of tlie Bristish School, t. i, p. 119.
ii( cdaceres nos vinculalos de claustris. Te nostra locabant vota, suspiria le larga rcquirebant '.
Le même répons est donné avec quelques variantes qu'il nous paraît bon de noter, dans un ancien antiphonaire édité par Tommasi : Cum rex gloriee Christas infcmam debeUcduras inlraret; et chorus angclicas ante faciem ejus portas principum tolli prxciperel; sanclorum animée quœ tenebanlur in morte captivée, voces lacrymabiles clamaverunt: advenisli desiderabilis qaeni exspeclabamus in tenebris, ut educeres hac nocle vinculalos de claustris: te noslra vocabant suspiria; te larga rcquirebant lamenta; tu faclus es spes desolatis, magna con.wlalio in tormenlis '.
Cette antienne, sous des formes similaires, se retrouve dans les livres liturgiques de différentes provinces (par exemple, Strasbourg, Cologne, Bâle, etc.), à la procession de la nuit pascale. Elle est tirée d'un
t. I, col. 201 sq. • — ' Au jour de Pâques, à la suite du Vidi aquam. Cf. P. L., t. i.xxiv, col. 921. Récemment le P. de Santi pubUait dans un processionnal d'Aquilée un texte sur le descensus ad inferos, Il^maltino di pasqua, dans Cii'iltA callolica, 6 avril' 1907, p. 13. ■ — ' Toniniasi-Vezzosi, Opéra, t. V, p. 86. L'éditeur la considère comme une addition postérieure au viii» siècle
DESCENTE DU CHRIST AUX ENFERS
sermon (apocrj^ihe) de saint Augustin ^ dans lequel la descente aux enfers est racontée d'après l'évangile de Nicodème, ch. xx(. De descensu Christi ad inferos ^
Nous pouvons citer ces autres antiennes pour la sépulture tirées par Tommasi d'un manuscrit de la basilique de Saint-Pierre du Vatican : Audi nos, Chrisle Jesu, Deus excelsissime.... Crucifixas, lanceatus, et effaso sanguine, ad inferos descendisti, ui Adam redimères. Jésus Christus est redempior, qui est Creator omnium. Ad exlrema montium desrendi: terrée vectes conclusenmt me in setermim: et sublcvabis de corruptione vilee meœ. Domine Deus meus '.
Et ce répons de l'ollicede Pâques : Hxc est aima dics, in qua spoliatur Avernus (sic). Et surrexit bomo de (deus ?), exiiltate redempti ♦.
Dom H. Ménard, dans son édition du sacramentaire .grégorien, cite cette bénédiction au mercredi de Pâques : Dominas Deus noster vos perdueat ad arborem vitse qui cruil de lacu miseriœ. Amen. Ipse vobis aperiat januam paradisi qui confregit portas inferni K
Mais le léonien (à la vérité incomplet) et le gélasien n'apportent, croyons-nous, aucun témoignage en faveur de la descente aux enfers.
Au pontifical romain, dans le rite de la dédicace d'une église, le pontife, vers le commencement de la cérémonie, arrive avec son clergé devant les portes fermées de l'église. Il y frappe une première fois avec sa crosse, en disant ces paroles : Attollite portas, principes vestras et elevamini porta; œtcrnales et introibit rex gloriœ. Le diacre, de l'intérieur, répond : Quis est isle rex glorix ? Le pontife dit : Dominas fortis et polcns. Dominas potens in prselio. 11 répète cette cérémonie trois fois. .\ la troisième fois, après les versets du psaume, le clergé et l'évcque ajoutent : aperile, aperite, aperile. Il fait un signe de croix sur la porte avec ces paroles : Ecce crucis signum, fui/iant phantasmata cuncta. C'est alors que la porte s'ouvre et que le pontife accompagné de se- ministres et du chœur entre dans l'église. Stiefe-.'.iofer a rapproché avec raison, croyons-nous, ce rite de l'entrée du Christ aux enfers. Dans certains récits anciens de la descente du Christ aux enfers ", le Christ arrive aux portes de l'enfer. Il demande qu'on lui ouvre au cri de : Attollite portas. Le prince du monde souterrain tient fermées les portes d'airain, fait pousser les verrous de fer. Le cri retentit une seconde fois : Attollite portas. Le prince de l'enfer répond: Quis est isti- rex gloriie? Et tous les justes qui étaient dans les limbes de crier : Dominas fortis et potens, Dominas potens in pnrlio. Et les portes s'ouvrent d'elles-mêmes et Jésus pénètre dans les enfers '.
C'est le seul texte du reste, à ma connaissance, qui dans le pontifical romain fasse allusion à cet article du symbole. Dans le rituel romain, au rite de l'exorcisme, on relève ces mots : lllius bracliium contremisce (serpens antique), qui deviclis gemilibus injenii, animas ad lucem prodaxil, etc. (Tit. x, c. 1, De exorcizandis obsessis a dœmonio.)
5° Liturgie ambrosien.ne. — Cette liturgie contient, en dehors du canon de la messe cité ci-dessus sur la descente aux enfers, quelques textes qui sont significatifs. Voici d'abord un passage d'une préface au mardi « in albis » : Hoc itaque die quo Cliristas a mortuis resurrexit: polestas diaboli cecidit: tarlarca sunl inlerni
• P. h., t. XXXIX, col. 2061. Dans l'édition des Mauristcs ce sermon est du t. v, append. sermo Cl.x, de Pasclm II (alias de tcmpore i wxvil). — 'Cf. aussi dans la Legenda mireu de Jacques de Voragine, cap. i,ii. De resitrreclione dimiini, A^Bcntins^, 1502. — ' Re-iponsorialia et anliplionaria ramanœEccle'.iicn S. Crcgorio (/isposila, Romœ.MDLXXX VI, in-12, p. 410. — ' Responsorialia et antiphonaria romanu- Ecclesia: a S. Cregorio disposita, Roma;, MDCLXXXVI, in-12, p. 298. — • P. L., t. lxxviu, colonne 9.5. — • • Évangile de Nicodème, iv« siècle: Descensus Chrisli ad
vincula resolula : cyrographum est antiquœ prœvaricationis extinctani et aculeus morlis obiritas '.
Les matines du samedi saint (Sabbato in Parasceve) contiennent les antiennes suivantes : Descendit in terram, cuias vcclcs sunt continentes œterni. Quia contrivil portas œrcas : et vectes ferrcos conjrcgit °.
Dans cette enquête à travers les liturgies, nous n'avons pas prétendu faire un dépouillement complet et définitif de tous les textes, mais les témoignages que nous avons apportés prouvent, pensons-nous, que toutes les liturgies latines déposent en faveur de ce dogme, et nous fournissent quelques traits pour l'histoire de cette doctrine.
Bibliographie. — L. Atzberger, Gesch. der christi. Eschatologie inncrhalb der vornicânischen Zeit, Freib. iin Br., 189G. — Benoit XIV, Opéra, De festis, p. 147, 187, 188. — C. Bruston, La descente du Christ aux enfers, d'après les apôtres et d'après l'Église, Paris, 1897, in-S° de 48 p. — A. E. Burn, An introduction to the creeds and to the Te Deum, London, 1899, — F. Cabrol, La descente du Christ aux enfers d'après la liturgie mozarabe et les liturgies gallicanes, dans la Rasscgna gregoriana, mai-juin, 1909, p, 233 sq. Cf. aussi notre article .\bsoute, dans Dictionnaire, t. i, col, 201 sq., à propos du Libéra me. Domine, de viis, etc, — C. Clemen, \ iedergefahren zu den Toten, Giessen, 1900 (surtout au point de vue du symbole). — Dietelmaier, Hisloria dogmatis de drsccnsu Christi ad inferos, 2' éd.,Altorf, 1762. — Giider, Die Lebre von der Erscheinung Jesu Cliristi unter den Todten, Berne, 1853, — Hahn, Bibliotltck der Symbolen, Breslau, 1897. — Huidckoper, The belief of the first three centuries concerning Clwist's mission to the underworld, New- York, 1876. — H. Holtzmann, dans Archiv fur Religions Wisscnschaft, éd. A. Dieterich, t. xi, 1908, p. 285 sq. — P. J. Jensen, Laercn om Kristi Nedfart til de Dodc, Copenhague, 1903. — Kattenbusch, Das apostolische Symbol, 1894, t. II, p. 895-915. — Koerier, Die katholische Lehre von der Hôllcnfahrl Jesu Christi, Landshut, 1860.
— Kbn'ig, Die Lehre von Christi Hôllcnfahrl, Francfort, 1812. . — P. Lejay, Le rôle théologique de Césaire d'Arles. dans Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. x (1905), p. 156, 157. — Fried. Loofs, Christ's descent into Hell, dans Transactions of the third international Congress for the history of religions, t. ii, Oxford, Clarendon Press, MCMVIII, p. '290-301. Loofs, contrairement à Pfleiderer, W. Bousset, Percy Gardncr et autres, prouve que la doctrine de la descente du Clirist aux enfers n'a aucune relation avec les mythologies, ou autres religions païennes, mais qu'elle est une idée purement dirétienne, et qu'elle remonte à l'ftfie apostolique. — Du même, Descent to Hades (Christ's). article dans llastings, Encyclopœdia of religion and cthics, t. IV, 1911, p. 654-663, La Da-cent to Hades (Ethic), p. 648-654, est tr.aitée par J. .\. Mac Culloch.
— Car. Marbach, Carmina scripturarum sciliccl antiphonas et rcsponsoria ex sacro scriptura in libros lilurgicos derivata, Argentorati, 1907, p, 211 et 510 sq, — .1. Monnier, La descente aux enfers. Étude de pensée icligieuse, d'art et de littérature, Paris, 1905. Bibliographie du sujet, p. 3. — A. G. Mortimer, The Creeds, an historical and doctrinal exposition of the Apostles, .\icene, and Athanasian Creeds. London, 1902, p, 173 sq,
inferos, dans Tischcndorf, EuangcUa apocrgpha, Lips,, 185,3, p. 301 sq. — ' Stiefenhofcr, Die CeschicMe der Kircheniucihevom l-\lijahrh., Munich, 1909, p. 91, 92. 1.cs plus imciens Ordincs romani et le sacramentaire d'AngoulOme ne connaissent pas cette cérémonie. En Occident on ne la rencontre pas dans la liturgie avant le ix" siècle. En Orient, il semble qu'il y soit déji\ fait allusion en 502 dans la rcconsécratlon de Sainlc-Sopliio. — ■ \tictarium Solesmense, p. 72, n. .584. — • PitUogrnpl\ir iiuixicdle, t. vi, p, 302, 303.
DESCENTE DU CHRIST AUX ENFERS
— Nilles, Kitlcnduriuin utriusquc Ecclesiœ, t. ii, p. 32(t, 322 sq. — G. D. W. Ommanney, A critical disserlalion on the Athanasian Creed, Oxford, 1897, p. 368 sq. — Plumptre, The spirils in prison, London, 1898. — A. Quilliet, Descente de Jésus aux en/ers, dans le Dictionnaire de théologie catholique, t. iv, col. 565-619; cf. une bibliographie du sujet, col. G19. — ■ G. M. Rushforth, TIk desccnt into Hell in byzantine art, dans Papers of the Brilish School^al Rome, London, 1902, t. I, p. 114-119. — W. Sanday, Furlher research on the liistorij of the Creed, dans Journal oj tlxeolorjical studies, t. III (1902), p. 1-21. — J. Tuimel, La descente du Christ aux enfers, un vol. in-18, dans Science et licligion, n. 3-12, Paris, Hloud, 1905. — Le même, dans Annales de philos, chrél., fcv. 1903. — I. M. Usteri. Ilinabgcjahrcn zur Hôlh\ 188G. — G. Weber, Doctrina tutior de descensu Christi ad infcros. — C. Vitanza, La leggenda del descensas Christi ad infcros, Nicosia, 191 1 . F. Cabrol.