DESCENTE DU CHRIST AUX ENFERS DANS
LES LITURGIES ORIENTALES On trouve le
souvenir de ce mystère dans la messe et dans l'oflice.
1' Messe. — Les anaphores orientales enfont mention tantôt dansTAc^/o/u/ei/rùc^'s, tantôt dans VAnamnèsc.
Voici les principaux textes :
Action de grâces. Liturgie grecque de saint Basile : •/.a*. zaTEXOwv 5ià toj araujiO'j sîç ~ôv aSriv ^, ïva 7:?.Tjpfôa/] Èa'JTôJ Ta TiâvTa êX'joe ta; wSïva; toO OavocTO'j.
Liturgie copte de saint Basile : Descendit ad infcros pcr crucem '.
Liturgie de Nestorius, traduite en syriaque, au vi" siècle, par le catholicos Môr Abà 1" : ... et in infernum descendit et furores mortis solvit. Et quod fas non crat eum in inferno relineri, primitiœ salvationis nostrx, post très (lies a morte resurrexit '.
.l/mmnésc. Liturgie arménienne : ...andliaving bro'ccn asundcr with might the bolls of hell '.
Anaphore syriaque de Philoxène, cvtque de Bagdad : UniuersiB igitar periodi dispcnsationis tuœ memoriam facimus. Domine, ... desccnsus ad inferos '...
Liturgie syriaque du catholicos Grégoire (.\bulfoagar Bar-Hébri) : Commemoramus... depositionem in monumento novo, annuntiationcm Resurrcctionis factam °.
Liturgie syriaque de saint Dioscore, évcque de Cardon : ...descendisti in sepalcrum, utsepultos consulareris, solvistique eos qui vineti erant a sxculo '.
Liturgie de saint Pierre, d'après une traduction géDrgienne : Memores igitar... beatœ passionis, in inferos descensus, ex mortais resurrcctionis '.
2° Texte de l'office canoni.\l. — ■ Dans l'Église grecque l'ofTice du samedi saint est consacré en très grande partie à retracer ce souvenir. Il est annoncé en ces termes au Ménolocc ilc ce jour :
ïto àvû.) /.al [x^yaXo» 7aoojtTW "tjv Oso'^toaov raçriv /.al
TTJV SÎÇ ÏOOU -/.âOoOOV TO-J KupsOU /.oÙ ©EO'J zal StUTTiçr);
f,rjLt5v ' Itj'jo'j yptTTOij éjûTa^ojxsv, Zl tov Tfjç oOopôt; TÔ r|U.ÉTspov yévo; àvaxXTiOÈv, ~po; a'ojviav i^toïjv ixîiaZéZr/.î. Les huit offices dominicaux de l'année liturgique, contenus dans VOctoéchos, renferment en outre un grand nombre d'allusions au mystère de la visite du Christ aux enfers : chaque dimanche, aux yeux dos Grecs, constitue une petite fête de Pâques.
* Même expression dans le texte ^èco-arabe reproduit par Reaaudot (Liturg. orient. Colleel., l'rancoîurti ad Mocnmn, 1847, t. I, p. 64), sous le nom de liturgie grecque alcxandrine. — ' Renaudot, oj). cit., t. i, p. 11. — ' Renaudot, op. cit., t. Il, p. 62:5. Cf. A. Baumstarl;, Die Chrusostomosliturgie und die .Sgri.sche Liturgie des Nestorios, dans Xp-JGO-.-:-jv--y-i. Rome, 1907, p. 771- 85!). — 'Brightninn. Ltiurgics Eci'itcni nnd Western, p. 137. — ' Renaudot, op. cit., t. ir, p. 401. — • Ibid., p. 459. — ' Ibid., p. 493. — • Le Quien, Oriens christianus. Cette version diflère un peu du textus receplus, "08ev (ivr|(iov£;JovT£;... val [jiy)V xal rf,; éy.
Nous condensons ici la doctrine contenue dans le Triodion et VOctoécItos, nous contentant de reproduire seulement quelques textes plus marquants. Notons d'abord que la descente aux enfers, la résurrection et l'ascension avec le cruciliement et la passion, événements intimement liés entre eux, sont souvent rappelés en même temps : » Toi qui es descendu pour moi dans l'Adès, qui as rendu possible à tous la résurrection, tu es remonté au ciel me portant sur tes épaules et tu m'as conduit à ton Père (8'= ode du canon de la Croix et de la Résurrection, dim. du 4" ton) ".
Les hymnographes se sont plu encore à relever l'opposition entre la mort et l'ensevelissement du Christ sur la terre, et son action viviliante aux enfers. Voici un exemple de ces contrastes chers aux mélodes grecs : O Seigneur, on te dit mort et tu mets à mort la mort elle-même; tu es déposé dans un tombeau, et tu vides les tombeaux; en haut (sur terre) les soldats te gardaient, en bas {dans les enfers) tu ressuscites ceux qui sont morts depuis le commencement du monde (Orthros, cathismadc la l"stichologie, dimanche du l'='' ton)'°.
Le but de la venue du Christ dans l'Adès est double : indirectement il faut que tous les lieux soient remplis de sa gloire (1'» ode du canon, samedi saint) ", mais, avant tout, ce sont les hommes détenus dans les enfers qui attirent le Rédempteur. Il y vient pour relever le genre humain, pour laver les souillures de l'humanité, pour réveiller ceux qui étaient morts, ceux qui dormaient d'un sommeil éternel '-.Et les morts se lèvent frappés par l'éclat de la lumière éternelle (6° tropaire des Béatitudes, liturgie du dim. du 4"= ton) '".
.\ sa venue les portes de l'Adès, cédant à l'épouvante, s'ouvrent d'elles-mêmes (Orthros, dim. du 3= ton, (■)'- ode du 2° canon) '*.
Les Anges demeurent ravis d'étonnement :
La foule des anges fut frappée de te voir, ô Sauveur, au milieu des morts, renversant la puissance de la mort, ressuscitant Adam en même temps et délivrant tout le monde de l'Adès (Orthros du samedi saint) ^^.
Le démon et ses satellites, eux, en sont épouvantés (trop. anatol.jVêpres dim. du 4 = ton) " ; et c'est surtout le spectacle de ses vêtements tout maculés desang qui leur inspire cette crainte (9« ode du canon au samedi saint; 7° ode du canon de l'Orthros, dim. du 2" ton, etc.) ".
Voici un tropaire qui traduit les sentiments de l'Adès effrayé, au moment où le Christ pénètre dans son sein : Qui est celui-ci '? Car il n'a pas été condamné à vivre dans les profondeurs de la terre, mais il a détruit la prison de la mort. Je l'ai reçu comme un mortel, et je le redoute comme Dieu lui-même. (Sticharion, dans laudes du dim. du 4= plagal) ".
Passons à la description de la victoire du Christ sur les puissances de l'enfer. Aucune image n'y est épargnée. Les portes d'airain sont renversées, les verrous de fer sont mis en pièces ; les liens des captifs sont brisés et ceux qui y étaient enchaînés depuis l'origine des temps sont délivrés. Le royaume de la mort est détruit et la tyrannie de l'Adès a pris fin. L'enfer vomit et rejette ses prisonniers "; il est dépouillé comme un ennemi vaincu; bien plus, il est lui-même fait prisonnier (Théotokion des laudes, dim. du l" ton, 9" ode du canon du samedi saint) -''. Aussi exhale-t-il sa doii-
Toj aSciu ivÉpaew;, traduisant exactement les paroles du canon romain : Memores igilur... necnon et ab infcris resurrectionis. Cf. Swainson, Creel: Liturgies, Cambridge, 1SS4, p. 198. — • OktoéUhos, éd. rom., p. 286. — Le terme enfers, infcri, n'a pas de corrospontiant exact en ^ec. Dans les textes liturgiques on trouve parfois les expressions -x y.iTMTxta TT,; jf^i, ou xiTw, mais le plus souvent la langue liturgique a emprunté le mot païen et classique : " \f.r,;. — "P. 368. — " Triodion, éd. Rom., p. 729. — ^'Passi'm. — "P.289. — "P.196. — "P. 727. — ■' P. 273. —"P. 733; p.112. — " P. 633. — "l'assim.— " P. 21 et p. 364-p. 733.
DESCENTE DU CHRIST AUX ENFERS
leur en plaintes amères et en profonds gémissements. Voici trois tropaires des vêpres du samedi saint dont l'heureuse inspiration contraste avec la prolixité fastidieuse des compositions poétiques de même genre. Aujourd'hui l'Adès gémissant s'écrie : 11 m'eût été avantageux de ne pas accueilUr le fils de Marie. Car en venant chez moi, il a détruit ma puissance, il a renversé les portes d'airain de mon domaine, et en sa qualité de Dieu il a ressuscité les âmes que je détenais jusqu'ici. Gloire soit à votre croix, ô Seigneur, gloire à votre résurrection.
Aujourd'hui l'Adès gémissant s'écrie : Ma puissance a été détruite; car j'ai accueilli ce mortel, comme un mort quelconque, et je ne puis pas le retenir, mai? avec lui je suis privé d'un grand nombre de sujets sur lesquels je régnais. Je possédais tous les morts depuis le commencement des temps, mais voilà qu'il les a tous ressuscites. Gloire soit à votre croix. Seigneur, et à votre résurrection.
Aujourd'hui l'Adès gémissant s'écrie : Ma puissance a été engloutie, le pasteur a été crucifié et il a ressuscité Adam.Je suis privé de ceux sur lesquels je régnais; j'ai rejeté tous ceux que j'avais engloutis dans ma force. Le crucifié avide les tombeaux, le pouvoir delà mort est anéanti. Gloire soit à votre croix. Seigneur, et à votre résurrection '.
C'est le Christ lui-même qui annonce la délivrance aux captifs de l'Adès :
Le Christ descendu dans l'Adès annonça la bonne nouvelle à ceux qui s'y trouvaient, leur disant : Courage, j'ai vaincu maintenant, je suis la résurrection. Je vous emmènerai après vous avoir ouvert les portes de la mort (3* stich. anatol., aux vêpres du dimanche du 3= ton) -. Et encore : ...le Roi de gloire est entré, disant à ceux qui étaient dans les liens : Sortez, et; à ceux qui étaient dans les ténèbres : Montrez- vous au grand jour (2"' trop, des vêpres du dim. du 1" mode plagal) '.
Dans quel état se trouvaient ceux qui sont libérés de l'Adès '? Comment la personne du Christ est-elle envisagée dans les chants de l'Église grecque ?
Nous ne pouvons qu'admirer la précision dogmatique de la doctrine qui se dégage de ces considérations. Dans les enfers se trouvent ceux qui y ont été condamnés à mort à cause du péché (3* ode du canon de la Résurrection, dim. du 2= ton) *, ceux qui sont morts à la suite de l'aberration première (2" trop, de la S" ode du canon, dim. du 1" plagal) ^ Ce sont les âmes des fidèles \-:n''ji . des saints (iï'-O'.), des justes (B'.za'.o;) " (5' ode, dim. du 1"' ton). Elles avalent connaissance de la venue du Rédempteur : Les âmes des justes renfermées dans l'.\dès se souvenaient de toi, et te demandaient leur .lalut, ô Christ '.
Le Christ resta trois jours dans les enfers (stich. anat. des laudes du dim. 2" ton) '.
C'est son dme qui y apparaît. Elle est appelée 'ij//,, ou même j-oiTai'.; toj aiàiia-oi (l'^' cathisma de la 2" stichologie, dim. du 3= ton) ». A cette âme reste unie la divinité qui établit le trait d'union entre les deux natures de la personne divine : La divinité resta une et non séparée là/iôsisTo;) dans l'Adès, dans le tombeau et dans l'Éden avec le Père et l'Esprit (T ode du canon du samedi saint) '°.
Le tropairc suivant résume toute la doctrine : Tu étais présent de corps, 6 Christ, dans le tombeau ; dans l'.^dès avec ton âme; au Paradis, assis sur ton trône, avec le larron ; avec le Père et l'Esprit, remplissant tout, toi qui n'es pas circonscrit (1 "= ode, canon du dim. du 4'-' ton) ".
' Triodon, p. 737. — 'P. 186. — > P. 262. — • P. 109.— 'P. 37.'). — • P. 14 ji/.o; du mCmc dim., p. 17 (aussi p. 21), ode du dim. du 3' ton, p. 1 98. — ' (6' ode du canon de la Résurrection, 3» mode pi.), p. 545. — ' V. 115. — 'P. 192. — '•,'P.J372. — ■'P.280. — " Coninu.nirntlon du H !■'. Julien Puyade, O. S. B. — " A. Baumstark, l-'^^lbrewier iinn Kir-
Office da rite sijriaque ^-. On connaît les affinités de ce rite avec le rite byzantin. Il n'est pas étonnant dès lors de trouver la mention de la Descente du Christ aux enfers aux mêmes jours que ceux de l'office grec.
Le samedi saint est appelé le samedi de la bonne nouvelle (Sabbtâ daase Baredâ) : presque tout l'office est consacré à ce souvenir ".
Il est le thème spécial d'une foule de madrachés (hymnes), d'antiennes et de houssaia (longues oraisons).
En voici quelques extraits :
Celui qui dit à Adam ■ où es-tu ? »
Celui-là volontairement a revêtu un corps de chair.
Il est monté sur la croi.x parce qu'il l'a voulu, pour [chercher le perdu.
Il est descendu au schéol " à sa suite et il l'a trouvé.
Il l'a appelé et lui a dit : Viens donc, mon image et ma [ressemblance.
Voici que je suis descendu après toi pour te ramener à ton héritage (Madracha de saint Éplircm, 3' dim. de la résurrection) ".
Un Dieu dans sa bonté
est descendu au sein du tombeau.
Volontairement il a habité parmi
les morts dans la poussière.
n a visité .\dam dans le schéol
et lui a apporté une nouvelle étonnante.
Il lui a promis la vie
et la résurrection qui le renouvellera.
Les chœurs des Anges
sont descendus en habits bl.incs
visiter le roi devenu
le convive des morts dans le schéol,
II gisait dans la tombe comme im être faible
et il s'est levé aujourd'hui comme un géant.
Béni soit celui qui a goiité la mort
pour nous afin que nous vivions en lui.
Da\id a aperçu le fds
pénétrant dans le schéol.
Et il a commencé à chanter
Sur cette cithare à di.x cordes :
Voici qu'entre les morts vit le fils des libres,
et il ressuscite toute la famille des trépassés.
Gloire à sa miséricorde qui l'a abaissé
Vers nous pour renouveler notre image !
Les justes au sein des tombeaux
se prosternent devant l'Unique.
Car ils ont attendu sa venue
bien longtemps de siècle en siècle.
.\brahani le juste l'a attendu.
Et Isaac la \ictime l'attendait.
Car c'est lui qui l'a délivré
du couteau au sommet de la montagne.
(Madracha de saint Ephrcm, l' dim. après la Pentec.) '*
Votre résurrection s'est levée sur la création,
La mort et Satan ont pris la fuite.
L'Eglise est en joie parce qu'elle a été rachetée
Et le schéol eu deuil parce qu'il a été dévasté
par la résurrection glorieuse du .Sauveur sorti du tombeau.
(.\ntienne du Kùpie i/ey.p»ïa.) "
Comme un plongeur vous êtes descendu au schéol
pour chercher votre image engloutie.
Comme un pau\Te et un misérable
Voi:= êtes descendu, vous avez sondé l'idiime dos morts.
Et \'>ii- miséricorde a été soulagée
parce queue a vu Adam ramené au bercail.
(Boùtho de saint Ephrem.) •'
Houssaia : Vous avez combattu avec la mort dans votre ensevelissement de trois jours, vous avez semé la joie et l'espérance chez les habitants des tombeaux et vous avez réjoui ceux (pii séjournaient dans les qviartiers de la corruption**. A. DE MEESTF.n.
chenjaltr der surisclicn Jarobiten, 2** part., p. 240-241. — "Terme employé par les liymnographcs syriens pour désiîJrrr les enfers, litt. endroit caverneux et profond; il signifie I ai I. Is, tombeau. — " Fanquit ou bré\iairc jacobitc, é<l. catbol., Mossoul, 1880 sq., t. vi, p. 1 10. — " T. vi, p. 149, 240 — " Ibid,, p. 62. —" T. V, p. 365. — ■• T. VI, p. 81.