X.CO
FAVSTINVS PRES B VIXIT IN DIACONA TV ANNIS XXXIIII ET IN PRESB ANNOS II ME .^>. NS S
En Orient, également peu d'inscriptions ofTrent un véritable intérêt.
A Jérusalem '; en Phrygie, à Akkaja, sur un sarcophage byzantin, hauteur Orago, largeur 0»70, épaisseur n>n]3: hauteur des lettres 0"02 ' :
KajÀ3!vo'.oJ>
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Plus curieuse une inscription hie ù l'intirieur du temple d'Isis, sur le montant de droite de la ]>orte. prés de l'image de saint lîtienne, à Philœ " :
TT[->,] toù os(7-oto'j Y,u.(jjv Xs'.îTC/O ■mIxvf)uo]T:ix |x£Ta<;/-f,;.i[a]T!(ji;jtsvc.; o Oso- -w.;Xj£5TaTo; àzà Qbooidoo; ârrt'irxoTro; TCrj ispoiv toOto £!i; tôttov toS àvi'ou Sts-
."i !f.àvou È-' àvaÇli.) èv ?'jvâu.£; Xs;(jto'j
£-! -ryj £'JÀa?5'7TÏ.TOJ rioT'Oj O'.ÏXOVO'J
Voici un diacre qualifié en même temps de -çoîîto'.;; ce n'est pas le seul (voir Dictionn., t. ni, col. 282.^' ■2826; le diacre Surus, :'i Djemé) et nous rencontrons d'autres exemples, non de ces deux titres réunis, mais du cumul des charges '. En Phrygie, un diacre est en même temps économe"; à Thèbes. un diacre est lecteur"; à Corcyre, un diacre a son propre fils pour sous-diacre '-.
H. LECLEnCQ.
DIADEME. — Plusieurs diptyques d'ivoire, des coins monétaires exceptionnellement conservés nous font voir des impératrices coiffées et ceintes du diadème. L'équilibre plus ou moins compliqué de ces l'difices laisse apercevoir la présence i!e nuigs de perles, (le joyaux ". Tout cet appareil n'a guère à voir avec 1 '.archéologie chrétienne, car celles qui en font usage se préoccupent .apparemment assez peu de tout ce qui f;dt l'objet de nos recherches. Nous avons eu occasion de dire que l'empereur Constantin avait donné i sa mère, sainte Hélène, le droit de ceindre le diadème impérial, mais les monnaies ne nous li\Tent aucun
la Nubie, fasc. 12, n. 49; Corp. l'nscr. grwc, t. iv, n. 8647; G. LefebNTC, Recueil des inscript, chrét. d'Egypte, p. 109 ,n. 587. — • I.cs autres inscriptions d'Égjpte qui mentionnent des diacres ofTrcnt peu d'intérêt, cf. G. Lefeb\Te, op. ci(., n. 62, 67, 69, 361, 362. 395, 417. 447, 470. 473, 488. 490. 497, 5.-,5| 573, 580. 587, 649. 672. 7S5. — " Corp. m.^rr. grœc, t. I\ ', n. 8822, ù .Scvrihissar pri^ d'.Vncyre, cl. K. Pococke, Inscript, nntiq., p. 66, n. 1. — " Corp. inscr. grirc, t. iv n. 8882. — '■ Ibid., t. iv, n. 9192. — " .\. Ventiu-1, Stori.i dell'aric itnliana. in-S». Milano. 1901, t. i, p. 36s sq., fig. .339 340.341.
DIADEME — DIATESSARON
détail, simplement son aspect d'ensemble — tandis que nous voyons un chrisme sur le casque de l'empereur. Peut-être Hélène, Pulchérie, Clotilde, reine de France, Rade.yonde, ont-elles tenu à orner d'un symbole chrétien l'insigne de leur dignité, nous ne le savons pas. Toutefois, novis aurions quelque raison de le supposer, puisqu'il existe dans la collection Théodore Graf, à \ienne. un diadème (ou peut-être deux), en or, décoré de pâtes de verre. Longueur : a 0"375; 6 0"'32, hauteur O^'OSS. Les pâtes de verre sont bleues, vertes
cordances évangéliques : Théophile, évéque d'Antioche (t 186), Tatien, originaire de Mésopotamie (t ISO), Ammonius d'Alexandrie (f 220). On peut croire qu'ils ne furent pas seuls à s'exercer aux combinaisons d'une harmonie des quatre évangiles.
L Ammonius. — Sur le travail d'Animonius, nous sommes à peu près sufTisamment instruits, grâce à l'universelle curiosité d'Eusèbe de Césarée. Celui-ci, ayant eu entre les mains l'ouvrage en question, y prit la première idée de ces canons fameux qui ont été
3729. ~ Diadème chrétien. D'après Homische Qiiarlahcliri/I, 1901), t. xiv, p. 17.
et rouges de diverses nuances. Sur l'une d'elles, on voit un chrisme dont la forme permet d'attribuer ce bijou, de provenance égvptienne, au iv siècle (fig. 37'29)i.
H. Leclercq.
DIAPSALMA. — .\ sa correspondante Marcella qui l'avait interrogé sur le sens du mot Diapsnlma, saint Jérôme écrivait une lettre entière, la xxviii", par laquelle il semble qu'il n'était pas absolument fixé lui-même sur ce point : Quidam Diapsahna conimuiationem melri dixenint esse; alii pausalionem spirilus; nonnuUi allerius sensum exordium. Sunt qui njlhmii distinctioncm : cl quia Psalmi tune temporis juncta voce ad organum cawbantur, cujusdam musiiee varietatis exisliment silenlium. Rien de tout cela ne le satisfait. Saint Hilaire estime que par le diapsalma on indique dcmulalionem aut personœ, aul sensus, sab coiwersione modi musici inchoari; ce qui est aussi, ou peut s'en faut, l'explication à laqxielle s'en tiennent saint Augustin et Cassiodore. Il nous semble que la véritable explication a été donnée par Euthyme, dans Préface au Psautier : Diapsalma mulalionem senlenliœ aul canlus significal, aut pausam seu interjectionem quamdam pulsalionis, vel falgorem alque illaminalionem divini spirilus, quœ tum canenlibus apparebat. En définitive, c'est une pause.
H. Leclercq.
DIASPORA. - Voir au mot Juifs.
DIASTEMATIQUE
Voir au mot Not.vtiox.
DIATESSARON. — \. Ammonius. H. Tatien.
III. Témoins grecs. IV. Témoins orientaux. V. Vci'sion arabe. VI. Version arménienne. VII. Version latine. VIII. Texte original. LX. L'sage liturgique. X. Bibliographie.
La pensée de rapprocher les différents récits évangéliques de manière à en tirer une histoire complète et suivie de la vie de Jésus-Christ vint de bonne heure ù la pensée des écrivains chrétiens. Coup sur coup on entrevoit trois auteurs occupés à composer des con-
' H. Vopol, Die allchrlsllichen Goldglaser, in-S", Frciburg, fSO'J, p. 79, flf?. 7, p. 80. note 1 ; H. Swohoda, Zuiei in/idie nus allrhrisllicher Zell, dans Rômisehe Qtiurlulschrifl, l'.)00,
traduits dans toutes les langues et enluminés avec tant d'art et de variété (voir Dictionn., t. ii, col. 1050, fig. 2019, 2020). Eusèbe, en adressant ses » canons ■' à Carpien, lui disait quelques mots — tout ce que nous en savons — de l'œuvre d'.Ammonius. Il semble que ce fussent des espèces de Tètraples. dont le plan serait repris par Origène. Conservant intact le texte de saint Matthieu, il disposait, sur trois colonnes difTérentcs, les passages de Marc, de Luc et de Jean, parallèles à ceux de Matthieu. Resterait à savoir la disposition adoptée pour les passages exclusivement propres aux trois derniers ou seulement à deux et à un seul d'entre eux. Eusèbe n'en dit rien et il est bien superflu de conjecturer; toutefois, il n'y a guère d'apparence qu'Ammonius les ait écartés, il aura dû les introduire soit dans le texte, soit en marge, soit en note.
C'est tout ce que nous savons, tout ce que nous saurons jamais peut-être sur la concordance d'Ammonius. Soit envie, soit indifférence, Eusèbe, qui en avait pris occasion de composer ses canons, ne s'en occupa plus, et, probablement, il disparut. .\u vi" siècle, un auteur syrien se mit en tête de le retrouver =; après de longues recherches il y renonça et prit son parti de composer une concordance « sur le même plan >. Mais, à défaut de l'ouvrage, ce qu'il savait du plan, c'était ce qu'Eusèbe en avait bien voulu dire et, dès lors, l'Harmonie d'Élic de Salamija — â supposer qu'elle-même on la retrouve — serait beaucoup moins proche peut-être d'.Vinmonlus que d'Eusèbe.
II. T.\Tir.N. — .Ammonius avait f.iit a'U\Te originale, se refusant â imiter ses prédécesseurs Théophile et Tatien. Ceux-ci, au contraire, avaient adopté un plan identique. Saint Jérôme nous apprend que Theophilus Antiocheiue Ecclcsix septimus posi l'clrum apostolum episcopus, quatuor evangelistarum in uruim opus dicta compingens. ingenii sui nobis monumcnta dimisit {ou rcliquit) '. Eusèbe, de son côté, nous dit : ' O uivroi fs T.y'i'i^oi aÙTôiv àp/iTiYO; ô TaT'.ïvi; ajvâipfiav tiv» xii TjvaY'i>Y)]v ojz o!6' o-'u; twv EÙaYfEXtwv tjvOe'.j tÔ 5tà TEsaapJDV TO'JTO nfOîwvôjiaasv, 2 xa; napà -.iiiv siaÉTi ïîÇ-Ta'.. 0 Tatien, leur chef, rassembla le premier
t. XIV, p. 40-50. — 'S. Asscmani, mbliulheca nrientalix, 171!», t. M. p. 15'J. — '.S. .Jérfimc, Epht., rx\i, (it(.W(/.i.vi.ini. n" (',, ;■. /,., I. x\ii. col. lo:iO.
DIATRSSARON
et rédigea en un tout les évansiles, je ne sais de quelle manière, et donna à sa collection le nom de Aià tïjairyi.n. On trouve encore ce livre chez quelques personnes '. » Comme dans la notice consacrée par saint Jérôme :\ Taticn dans son cat: logue d'écrivains, il n'est question nommément que du « Discours aux Grecs >■, on s'est demandé si le grand bibliographe n'avait pas soustrait à Tatien le Dintessaron pour en faire honneur à Théophile d'Antioche. Bien qu'une méprise soit toujours possible, surtout en pareille matière, il ne semble pas que ce soit 'e cas ici. Parlant de Tatien, saint Jérôme écrit : Scripail infiniia vnlumina, e qiiibus uniis contra gentes cxlal (lorenlissimus liber'; c'est, vraisemblablement, parmi les infiniia vnlumina qu'il classait l'Harmonie évangéUque. Quci qu'il en soit, les deux notices de saint Jérôme et d'Kusèbe nous reportent vers deux ouvrages distincts, bien que rédigés d'après le même plan. I.e texte des quatre évangiles était fondu de manière à former un seul et unique récit. Dans les parties communes, un texte, plus explicite ou plus satisfaisant au point de vue du compilateur, était choisi de préférence aux trois autre.^, qui étaient, par là même, simplement éliminés. Quant aux parties propres à chaque évangélisfe, elles étaient rapprochées et réunies de façon à former un récit unique et continu'. Ce n'était pas une harmonie des évangiles comme celle que fit plus tard Ammonius, et ce n'est qu'improprement qu'on peut lui donner le nom de Concordance. Cet ouvrage suppose l'harmonie et la concordance, mais il ne la présente que très imparfaitement. Les avantages qu'ollraient les Ati -niioi')') de Théophile et de Tatien, s'ils étaient bien faits, peuvent se ramener à deux : 1° ils contenaient la substaiice des quatre évangiles, c'est-à-dire ce qui était commun à tous et ce qui était propre à chacun; 2" mais, au lieu de quatre récits se répétant souvent et se contredisant quelquefois en apparence, ils ne ])résentaient qu'un récit suivi et abrégé. C'était un Manad, suivant le mot que Théodoret, vers le milieu du v" siècle, appliquait au Uvre de Tatien : (jjvto|j.ov piôXiov. Ce que nous aurons à montrer dans ce qui va suivre justifiera tout à fait cette expression.
m. TÉMOINS GRECS. — Pour l'antiqulté chrétienne, comme pour saint Jérôme, Tatien fut l'auteur du « Discours aux Grecs » et de beaucoup d'autres choses peu, point ou mal connues. Irénée * et Clément d'.Xlexandrie ^ ne font pas même allusion au Diatcssaro/i. Eusèbe. qui savait tout, savait bien qu'un livre de ce nom avait existé, mais c'était chose négligeable à ses yeux, car il ne prit pas la peine de chercher à en voir un seul exemplaire ". Saint Épiphane est encore plus mal instruit : AsysTai SE -o oii Tiaiaptûv làayyihm 6-' aJToû "csY^vricQai 'oT.ip /.atà ' E6f aiouç tiv's; xaXo'jii '. Pour lui, c'est simplement une opinion que Tatien est l'auteur de ce livre que plusieurs appellent : ■ Évangile suivant les Hébreux .•. mais il ne le confond pas avec le texte apocryphe qui portait ce nom. Voilà un homme bien peu renseigné ! Ne parlons pas d'une scholie très confuse de Matth., xxvii, 48, dans le ms. 72 des Évangiles, écrit en minuscule et laissons ceux qui ne parlent
' Eusèbe, Hisloriaecdesiastica,l. IV. c. wix. P. i:., t. x.v, col. 400. — * S. Jérôme, De srriptorih. icck'siasticiSt c. xxix, P. I..,t. xxiir, col. 645. — 'P. Martin, Le Aii Tîaaipi.iv de Tn(ien,dans Revue des qaeslions /lis/on'çMcs, 1883, L.xxxiii, p. 352; je citerai souvent et suiVTai presque constaiiinient ce travail, continué dans môme revue, 1888, t. xliv, p. 1-50.
— • S. Irénée, Adu. hwres., 1. I, c. xxviii, n. 1. — ' Clément d'Alexandrie, Stroniala, 1. III, c. xi', P. G., t. vui, col. 1131.
— • Husélie, Hisl. eccles.,\. IV, c. xxix.P. G., t. xx, col. 400.
— ' S. lïpiphanc, Ilares.. xi.vi, 1 ; cf. Tli. Zalin, Forschunqen zur Geschichte des Neutestamentlicben Kanons, in-S", Hrlan- Rcn, 1,8,S1, t. I, p. 2.''>. — 'Eusèbe, Hislorii. rdit. \\ti;;lil et Mac Lean, CnniliridMe, 1898, p. 243. — Mlji-lt. llir iillsij-
du Oiali's^iirnn que par ouï-dire. Pour rencontrer des L'ens qui aient vu de leurs yeux le Diatessaron, il faut se transporter dans la Syrie du Nord et la Mésopotamie.
Dès le iv siècle, V Histoire ecclésiastique d'Eusèbe est traduite en syiiaque et le traducteur, rencontrant la phrase que nous avons citée, omet délibérément les mots oùz oTÔ'ozo); *, ce qui ne peut s'expliquer autrement, sinon que le traducteur et ses lecteurs syrienN en savaient plus long qu'Eusèlie et trouvaient son observation incongrue °. Ce même traducteur, après les mots o'.i TE^iaçtôv, insère cette remarque : « maintenant, c'est l'évangelion da-MclialIêtë. » ce (pii montre que le titre syriaque de l'ouvrage était courant au iv= siècle. Au v siècle, Théodoret le trouve employé pour les lectures liturgiques dans deux cents paroisses de son diocèse de Cyr. ftlais est-ce bien l'ou\Tage primitif de Tatien ou une édition retouchée que ce Diatessaron qui, d'après lui. ne contenait ni les généalogies, ni tout ce qui démontre la descendance du Messie de la race de David ; il ajoute que les fidèles orthodoxes se servaient de ce livre w; tjvto;j^u) [îtÔ/.fw •/ pr.aaaEvo'., « comme d'un manuel », et il y met bon ordre : Un quart des paroisses de son diocèse l'a conrervé, il y renoncera et le remplacera par des exemplaires des quatre évangiles : y.d'. Ta twv TîTTâpwv i-jïy[ù.\'j-.wi àvTEtayjyaYOv S'jayyéX'.a^'',
IV. TÉMOINS ORIENTAUX. — Lc renseignement donné par saint Épiphane et celui transmis par Théodoret s'accordent à donner à penser que le Diatessaron était un livre syriaque, ce qui explique le vague des expressions des écrivains grecs qui s'aventurent à le mentionner et le silence complet des autres. Du reste, il est impossible d'en douter ; saint Éphrem (.304-373), qui ne savait pas le grec, l'a commenté tout au long. Son commentaire permet de conclure que le Diatessaron était le livre employé à Édesse pour la lecture liturgique de l'Évangile. On peut remonter plus haut en remarquant que le texte dont Aphraate le Sage, personnage ecclésiastique des environs de Ninive (330-315). a tiré les citations de l'évangile qui pullulent dans ses vingt-deux homélies, avait servi de base au commentaire de saint Éphrem ". Plus haut encore, si la célèbre légende sur les origines de l'Église d'Édesse, connue sous le nom de Doctrine d'Addaï. a voulu désigner le Diatessaron dans le passage suivant : « Beaucoup de peuple se réunissait, tous les jours, pour la prière de l'ofTice, pour (la lecture de) l'Ancien et dii Nouveau Testament, c'est-à-dire du A'.i TiCïcraprôv et croyait à la résurrection des morts '-. » Bien que la date de la Doctrine d'Addaï soit fort tiraillée entre le milieu du iW et le début du v» siècle et sa forme actuelle sujette à discussion, on doit y voir un témoin de l'usage liturgique d'Édesse au 111'= siècle.
Au début du v= siècle, l'Église d'Édesse fut gouvernée de 407 à 435 par Rabbulas qui entreprit une nouvelle version syriaque du Nouveau Teslamcnl, plus conforme au texte grec '", et promulgua un canon ordonnant ■ que les prêtres et les diacres eussent à
risclie EvangeUeiuiherscl:ang iind Tolians Diatessaron, in-S», Leipzip, 1001, p. 24, note. — "Théodoret, Hifrelicarum fahiilnr im comfH'ndiiim, 1. I, c. xx, P. G., t. Lxxxiii. col. 372. — " L. Duclicsnc, dans BiilMin critique, 1881, t. II, p. 244, dit : « a tiré Joules les citations. » Non, il y a <!'!;: très sources. — " Docirina Addai, édit. Phillips, p. 36, lifçm; 15 sq., restitution d'après le ms. de Saint-Pétersbourg; le ms. de Londres et la version arménienne ne parlent pas du Din(c.s.saron. Voir aussi le passage, p. 46, ligne S : Tlw I.aw and tbe Prophets and tbe (Inspel, wlierein ne rend every day before tbe peojile. Évangile et Diatessaron sont équivalents. *' — J. Ovorbeck, Sancti Fphriemi Syri, Rabulœ, episcopi Edesseni, BnUvi alinruwque opéra selccla, Oxford, 1805. p. 172.
DIATESSARON
veiller à ce qu'il y ait et à ce qu'on lise, dans toutes les Églises, des évangiles séparés » : evangelion da- Mëpharrëshë '. C'était la condamnation sans phrase du Diatessaron et une mesure analogue à celle que prenait vers le même temps Théodoret. L'usage liturgique était interdit, mais l'usage privé n'était pas condamné et, en elTet, le souvenir de l'antique concordance ne disparut pas de si tôt '; elle s'obstina à durer et on en retrouve la trace dans beaucoup d'auteurs syriens jusqu'au xiii« siècle. Quant aux Nestoriens. ils conservèrent au Diatessaron sa destination de lecture liturgique jusqu'au xiv^ siècle. Était-ce simple pensée (l'opposition et désir de contraste avec les Monophysites abhorrés qui inspirait cette longue obstination à un texte rejeté par les contradicteurs; ou bien le durable prestige de saint Éphrem qui s'attachait au commentaire du Diatessaron avait-il rejailli sur le texte lui-même et réhabilité le souvenir douteu.x de Taticn l'hérétique ? Il serait, peut-être, aventureux de prétendre retrouver plus et mieux qu'une indication du sentiment dont on s'inspira ^ l'égard du texte vénéré mais discuté.
Poursuivons l'histoire littéraire du texte parmi les Orientaux qui le mentionnent ou le citent. Le premier et le plus important est Isho'dad de Merv, évèque nestorien de Haditha, qui vécut vers le milieu du IX» siècle '. On lit dans son commentaire sur le Nouveau Testament : « Matthieu et Jean étaient des douze, Marc et Luc étaient des soixante-dix, mais Tatien, disciple de Justin le philosophe et martyr, fit une sélection des quatre évangiles, les combina, en fit un évangile et l'appela Diatessaron, qui veut dire : mélangé (da-Mëhallèté)..., et Mar Éphrem le commenta. » Il semble bien que, pour Isho'dad, Tatien marchait de pair avec les évangélistes et il n'en fait pas moins de cas ni plus de différence quand il le cite, par exemple : Matth.. t, 20; m, 4, 13; xxi, 1; .\ct., i, t3'.
L'évèque jacobite Moïse bar Céphas (t 00,3), auteur d'un commentaire du Nouveau Testament, n'est pas moins étroitement préoccupé du livre de saint Éphrem' et parle deux fois du Diatessaron qu'il semble ne connaître que par l'intermédiaire d'Éphrem et qu'il nomme le Tasaron.
Vers le milieu du ix= siècle, un lexicographe Isho' liar 'Ali (t 873) et Bar-Bahlul, au milieu du x'' siècle, parlent tous deux du Diatessaron. Le premier dit que Tatien supprima les deux généalogies ; le second avance, comme l'avait fait Isho 'dad, que le livre fut composé à Alexandrie, dont Tatien était évêque.
Denis Bar-tsalibi, évèque d'Amid (fH?!) et Grégoire Bar-Hebrseus (j 1?8G) résument toute la science de leur temps. Le premier fut successivement évêque de Mabong ' et d'Amid (ou Diarbékir), il représente en littérature les Syriens d'Occident, tandis que le second, né à Mélitine, sur les confins de la Syrie et de l'Arménie, appartient par ses écrits aux Syriens jacobites orientaux dont il fut le chef religieux. Tous deux
' J. Overbeck, p. 220, lignes :i-'>. — ' Notons combien il était répandu en terre syrienne pour <ine Théodoret puisse faire une rafle de 200 exemplaires au moins dans un seul diocèse, pour que Rabbulas ait ù le condamner ù condition de le remplacer, tandis qu'en pays helléniques on semble le connaître tout au plus de nom. Panipiiile, Eusèbe, JérôULC, lîpiphane, tous bibliophiles émérites, ne semblent l'avoir jamais connu que par ouï-dire. — ' Son commentaire du Nouveau Testament se trouve dans ms. C.<»mbridge, Addil. I'J73; cf. I. Hall et Gottheil, clans Journal of biblical lilrrtitiirc, t. xi, .\n; Hendel Marris, rragments of tite Commcntnry o/ Ephrem Syrus iipon IIk Diatessaron, l^onAon, 18'.l.''i, p. 10 sq. — • lljell, op. cit., p. 30 sq. — ' Hjelt, op. ci/., p. 35, note; R. Harris, op. cil., p. 10, 15, 18, 24, 85 — • L'ancienne lliérapolis. — ' Rihl. nat. Paris, fonds syr. n. 67, fol. (i I', 1 ; cf. I'. Miirliii. dans
connaissent mal Tatien, n'ont jamais vu son livre et ne semblent pas songer à le découvrir. Denis Bar-tsalibi tient Tatien pour un hérétique et n'est pas fâché d'en purger son pays, en lui donnant l'Occident pour patrie ou du moins pour pays d'adoption : « Qui, demandet-il, rassembla dans un seul et même volume les quatre évangiles ? Quelques-uns prétendent que c'est Eusèbe de Césarée. Cet écrivain ayant vu que l'alexandrin Ammonius, auteur d'un Diatessaron, c'est-à-dire d'un évangile composé des quatre, avait changé de place la suite des versets, comme l'.avait fait également, dans son Diatessaron, l'hérétique grec Tatien, il réunit donc en un seul volume les quatre évangiles, mais il leur donna à chacun une place séparée '. » Ln peu plus loin, Denis Bar-tsalibi ajoute qu'.\mmonius et Tatien renoncèrent à leur travail dès qu'ils arrivèrent à parler de la résurrection, faute de pouvoir mettre d'accord les évangélistes '. Dans la préface à l'évangile de saint Marc, Denis revient, à deux reprises, sur le Diatessaron et dit que « Tatien choisit des passages dans les quatre évangélistes, les cousit ensemble et en fit l'évangile qu'il appela du nom de A'.i T:7ai^o)v. Mar Éphrem a commenté ce h\Te. Il commence par ces mots : « Au commencement était le Verbe ». » En tous cas, Denis Bar-tsalibi est un témoin indépendant de l'existence du Diatessaron. encore que ce qui concerne l'omission du récit de la résurrection soit sujet à caution. D'ailleurs, Denis semble avoir été mal fixé sur le personnage de Tatien. Dans son commentaire sur saint Matthieu, il en fait un Grec hérétique; dans le commentaire sur saint Marc, i, 2, il a lu ces mots : « Suivant qu'il est écrit dans Isaie, » etc.. et il ajoute : o D'autres disent que, dans le Diatessaron, qui se trouve (ou qui fut composé) à Alexandrie et qui est dû à l'évèque Tatien, on lit...'"; «c'est ce que disait déjà Bar-Bahlul ".
Grégoire Bar-Hebraeus, dans sa préface au commentaire de saint Matthieu, parle, lui aussi, de Tatien et d'Ammonius, et il le fait en des termes qui rappellent ceux de Denis, mais avec une rectification notable; c'est que le début : « Au commencement était le Verbe » est celui du Diatessaron d'Ammonius : « Voyant les altérations commises par .\mmonius dans le Diatessaron qui débute par ces mots : Au commencement... et qui a été commenté par Mar Éphrem, Eusèbe conserva les quatre évangiles dans leur intégrité... Tatien composa, lui aussi, un évangile formé des quatre, mêlés, cousus ensemble ". »
Dans l'Église nestorienne nous rencontrons un dernier témoin, Ebed-.Iésu Mar .\udisclio, comme disent les Orientaux-- métro])olitaiii de Nisibc et d'Arménie (t lois), auteur d'une collection canonique" dans la préface de laquelle on lit : « Tatien le philosophe, ayant ram.tssé dans sa mémoire le si'us des paroles évangéliques, et pénétré le but de la rédaction divine des saints évangiles, forma, avec les quatre, un seul évangile qu'il nomma Diatessaron. 11 ])rit soin de conserver exactement, dans leur ordre, les paroles et
rteu. de: t/iiest. /lis/., 1883, I. xxxiii, p. .157-358; Hjelt, op. fi7., p. 43. — ■ • Ibid., fol. 7 h, 1. — • Assemani, Biblinlli. orientalis, t. il, p. 150. l'n peu plus loin il dit : « Mar r.phrcni commenta l'Évangile d'après ou .sur le Diatessaron. J'ii. Zalin, ilans Tlwolog. Lileraturbl.,lii'.n'i, reste dans les lluiilos de la vraisemblance en supposant que Rar-tsalibi a confondu Ammonius et Jùisebius à qui 11 a alliibué le nilc d'ftlie de .Salaminc; parce que les canons d'Iùisèbe s'arr/''tent î*» .Mure, xvi,8, ifa cru qu'il excluait le récit delà résuiTcclion. — '" Manuscrit de Paris, fonds syr., n. C7, fol. 184 />, I. — " Voir plus haut, Pnync Smith. Tliciaiiriis, p. S70. Denis a ilrt copier Rar- Rahlul, i"! moins que tous deux aient puisé ù la même source. — '= Ms. syriaque:'* ; de la Ribliothèqiie Vaticnne, fol. 100 />,ct ms. 21580 du Musée Riitannique, fol. 140 /i. — "Dans le S'niniicanon. Flied-.Iésii a voulu grouper plutôt que fonder tniil ee (lu'il a pu lniuvcr de canons ecclésiastiques.
DIATESSARON
les actes du Sauveur, sans y ajouter un seul mot de son propre fonds '. ■> D'après cela, on ne peut douter qu'Ebed-Jésu n'ait connu directement le Dinlr.ssaron de Tatien =.
V. Version arabe. — A défaut du texte de Tatien, Thfodoret et Denis Bar-tsalibi nous ont donné deux traits caractéristiques de l'ouvrage qu'ils avaient examiné à loisir. Les généalogies de saint Matthieu et de saint Luc étaient omises; le récit débutait par les premiers mots de saint Jean : « Au commencement était le Verbe. » Tel est. en ellet, le début du texte qui servit de base au commentaire de saint Éphrem, conservé par une version arménienne '. Ces conditions ne se trouvaient pas réunies par un manuscrit arabe de la Bibliothèque vaticane, qu'une note signalait cependant comme « le saint Évangile de Dieu, que Tatien forma avec les quatre Évangiles et qu'on appelle ordinairement le A'.i TEaaaciôv • » et qui, malgré sa promesse, débutait par les premiers mots de saint Marc ; " Commencement de la prédication de .lésus-Christ, » et contenait, en outre, les généalogies. Si Diatessaron il y avait, c'était une version retouchée et de nul crédit, à défaut et en l'absence de la version originale '. La Bibliothèque de la Propagande entra depuis en possession d'un deuxième manuscrit arabe, moins ancien, puisqu'il est du xn'^ siècle, mais meilleur témoin du texte de Tatien, puisqu'il nous donne du Diatessaron une distribution conforme aux traits principaux de la description laissée par Théodoret et par Denis Bartsalibi. Dans ce nouveau manuscrit, l'ouvrage débute par les premiers mots de saint Jean : <• Au commencement était le Verbe > et on ne rencontre ni la généalogie de saint Matthieu ", ni celle de saint Luc ■. Par conséquent, cette édition ' nous offre deux traits avantageux et qui plaident en faveur de la version. De plus, le manuscrit aide à comprendre les remaniements infligés successivement au Diatessaron.
La phrase de début du ms. arab. l-l : « Commencement de la prédication de Jésus-Christ », qu'on tenait l)our empruntée à saint Marc, n'appartient pas à la version arabe, c'est un en-tète ajouté par le scribe ou un titre général adopté par Tatien. Cette dernière hypothèse semble favorisée par la note liminaire du nouveau ms. arabe : « Au nom du Dieu unique. Père, Fils et Esprit-Saint, auquel soit Gloire éternelle ! — .\vec le secours du Dieu très grand, nous commençons à transcrire l'Évangile pur, le Jardin fleuri, qu'on appelle A'.i Ts^aipwv, ce qui signifie, composé de quatre, lequel a été formé par le Grec Tatien, à l'aide des quatre Évangiles : avec Matthieu l'élu dont le sigle sera nim (M); avec Marc le choisi dont le sigle sera ricli (FI); avec Luc l'aimable dont le sigle sera quoi
' Nomocanon, prêt., dans A. Mai, Scrip. vêler, noua coll., t. it, p. 191, 9. — ' Assemani, Bibl. orient., t. m, p. 12. Ce iionveau témoin direct est d'autant moins négligeable que, jusqu'ici, nous n'avons pu en rencontrer qu'un seul, Théodoret de Cyr. Quant à Ebed-Jésii, il a lu Talicn, il en fait cas, mais voilà que lui aussi, dans son Catajogue des écri\'ains ecclésiastiques, commet une erreur et confond Tatien avec Ammonius dont il fait une seule personne portant deux noms. — ' Oftera Eptirsemi, publiées par les Mékhitaristes de Venise, (en arménien), 1836; une version latine fut préparée par le I'. Auchcr, terminée et publiée par G. Mosinger, F.vangelii concordantis erposilio facta a sancto Epbrivmo, in-S°, Vcnetiis, 1876. — *Bibl. Vatic, ms. arabe 14, fol. 123; cf. S. F,. Assemani, dans Mai, Vetenim scriptor. nova coll., t. iv, ms. 14. — ^ ' Le ms. arabe. 14 est du xii» siècle. Paul de Lagarde en a publié sept pages dans Nachrichlen von der kônigliclien Gesellsrhalt der Wissensctia/lcn und der Ceorg Augustj l'niversitiil :u Ciillirigen, in-4"', Gôttingen, 1886, p. 151-158. — • Matth., i, 1-17. — ' Luc, m, 24-38. — " .\. Ciasca, Tatiani evangelionim liarmoniœ, arabice, nunc primum ex duplice codice edidil et Iranslatione laiina donavit A. C, in-4°, Romœ, 1888. — • E. Ranke, Codex Fuldensis, Novum le.'itamenttini latine, inlerprele Hieronymo, ex manit-
(Q OU C) et avec Jean le bicn-aimé dont le sigle sera lia (H). — Ce livre a été traduit du syriaque en arabe par le prêtre éminent et savant Abou-1-Pharadj ben- Attaïb, serviteur de Dieu. Que Dieu se plaise en lui 1 Il a débuté et a dit en commençant : Évangile (ou Prédication) de Jésus I-'ils du Dieu vivant. .
On a noté des siglcs M, P., Q, H, les passages alTérents à celui des évangélistes désigné par l'une ou l'autre de ces lettres et les erreurs sont fréquentes, comme on peut s'y attendre, mais ce qui est plus suggestif, c'est qu'on a débuté par une confusion; le copiste a cru que ces mois : « Évangile de .Jésus-Christ Fils du Dieu vivant ' étaient empruntés à saint Marc et il les a fait précéder de cette mention : « De saint Marc. » Ainsi s'exphque une altération qui ne laissait pas d'embarrasser. En outre, le manuscrit présente en marge les quatre premiers versets de saint Luc. Or ces mêmes quatre premiers versets se sont glissés en tête de certains A'.i -ii-i-xyji-i qui passent pour avoir quelques rapports avec celui de Tatien; par exemple dans la version latine composée par Victor de Capoue ' d'après les Aii -ii^%'Mri grecs, on Ut ces quatre versets avant les mots : « Au commencement était le Verbe » de l'évangile de saint Jean et il n'est guère croyable que leur insertion soit imputable à Victor '".
Non seulement le deuxième manuscrit arabe débutait par les premiers mots de saint Jean et omettait les généalogies, mais il les recueillait en appendice et ce détail donnerait envie de soupçonner que le propriétaire de l'original syriaque, servilement copié par le traducteur arabe, n'avait rien trouvé de mieux pour réfuter le grief de Théodoret sur l'absence des généalogies que de leur donner place à la fin du livre : ainsi l'Évangile était intact et le Diatessaron aussi. Mais ce scrupule ne dura pas; le ms. arabe 14 avait inséré les généalogies dans le texte; le traducteur grec fit de même, et Victor Capoue l'imita dans la traduction latine qu'il en donna".
Le deuxième manuscrit ne se bjone pas à nous rendre ces services. Voici maintenant l'inscription finale : « Ici finit l'Évangile, rédigé par Tatien et appelé par lui du nom de Aià TETsapàjv, c'est-à-dire... Ce livre a été traduit... du syriaque en arabe sur un exemplaire transcrit par Ghobasi ben-Aii Almottayed (lire: Isa-ben-AU Almotattabbeli), disciple d'Honaïnibn-Ichaq. — Que Dieu ait pitié de tous les deux '- 1 »
La note liminaire et celle qu'on vient de lire nous apprennent que la version arabe est une traduction d'un texte syriaque. Les personnages nommés sont tous deux bien conuns : Abou-1-Pharadj ben Atta'ib est un des écrivains les plus renommés de l'Église
seripto Vicloris Capuani edidil E. R., in-8°, Jfarpurgi, 186S, p. 1. Il est certain, en effet, par le texte du premier capi/u/iim, que ces versets ont été ajoutés, ou par Victor de Capoue, ou par quelque autre personne. Ils manquent d'ailleurs dans plusieurs manuscrits. — "P.Martin, Le otà TSTTaowv, </c Tatien, dans Revue des questions Itistoriques, 1888, t. xltv. p. 10. — "Sur ce point, on saisit les intcrpolatcurs en llagrant délit, car au lieu de rencontrer les généalogies au même endroit, on voit que les re\iseurs ne s'étant pas concertés ont choisi des lieux différents pour y introduire la même interpolation. Le ms. arabe 14 accueille les deux généalogies, tandis que Victor de Capoue écarte celle de saint Luc, soit qu'il agisse do sa propre initiative, soit qu'il suive son original grec. l'U cette divergence, a elle seule, prouverait l'exactitude du détail fourni par Théodoret, a savoir que les généalogies manquaient dans Tatien. Si Victor de Capoue est tombé d'acconl avec le deuxième manuscrit arabe pour le lieu d'insertion de la généalogi.de saint Matthieu, il n'y a rien a conclure de la, car ce lie \ était obligé, et Matth. .i, 1-17, ne pouvait se mettre ailleur-i que devant Matth., i, 18 : ■ Telle était la généalogie du Christ. " — "A. Ciasca, Tnliani evangeliorum tiarmonia-, p. 210 du texte arabe et note A la page xiii, ligne 0'.
DIATESSARON
nestorienne (t 1030) '. Son savoir est ur.e garantie favorable à la version arabe du Dialessnron dont l'original syriaque qu'il avait sous les yeux sortait d'une école célèbre, celle d'Abou-Zaïd-Honaïnibn- Icliaq, un des personnages les plus distingués de cette même figlise. Isa-ben-Ali-Almotattabbeb, le copiste du Diatessaron syriaque qui servit à faire la version arabe, est également connu par la transcription de plusieurs manuscrits médicaux, il était disciple de Honaïm, lequel mourut vers l'an 873 de notre ùre, en sorte qu'on peut rapporter l'original syriaque de Isaben-Ali à l'an SGO ou 880 environ.
Mais entre Tatien (f 180). à la rigueur entre saint Éphrem (t 373) et Isa-ben-Ali vers 880, cinq siècles au moins, sept au plus se sont écoulés pendant lesquels on ne s'est pas fait faute, apparemment, de remanier le Diatessaron. C'est sans doute une garantie de savoir que la traduction arabe a été faite sur un exemplaire syriaque et non sur une version arménienne ou grecque, mais cet exemplaire syriaque n'avait-il pas été relouché sous l'influence de saint Éphrem ? Celui-ci écrivait presque toujours en vers, même quand il commentait l'Écriture sainte, et s'il citait l'évangile, c'était en vers improvisés : additions, omissions, transpositions, tout lui estbon pourvu qu'il en obtiennedes vers. Ilenobtient donc, on ajoute même que les vers sont bons, mais voici à quel prix. Prenons un passage au hasard ainsi trituré; le texte original de saint Jean, xiil, 1(5-19, contient cinquante-trois mots, saint Éphrem en tire douze vers qui ne contiennent plus que quarante-neuf mots. Soit quatre mots supprimés, six omis, onze ajoutés, un transposé, sept modifiés. Si Isa-ben-Ali a fait usage du commentaire de saint Éphrem sur le Diatessaron, il y a Ueu de se tenir en garde. De plus, nous savons que saint Éphrem ne s'est pas astreint à suivre pas à pas l'original qu'il commentait, encore qu'à prendre les choses en général l'ordre soit le même, soit qu'il ne put ou ne voulut s'en écarter beaucoup.
Ceux qui ont eu un Diatessaron quelconque entre les mains, savent que les textes ne s'y succèdent pas tels que nous les avons dans les évangiles. Les chapitres sont intervertis; par exemple divers extraits de saint Matthieu et de saint Luc se succèdent dans :
la version arabe et dans saint Éphrem
Matth., XII, 5-8 Matth., xii, 1-8
Matth., V. 1-19 Matth., v, 1-19
Luc, VI, 24-27 Luc, vi, 24
Matth., V, 20-12 Matth., v, 20-39
Et la série continue, la version arabe présentant des extraits des chapitres vi, vu, viii, etc., de saint -Matthieu, mêlés à des extraits des autres évangiles, tandis (|ue saint Éphrem commente surtout l'évangile de saint Matthieu et ne s'occupe des autres évangélistes qu'accidentellement. Son commentaire est donc très incomplet, il ne renferme qu'une minime partie du Diatessaron. Plus loin encore, après avoir donné de nombreux extraits de saint .Jean, iv, la version arabe rapporte, presque immédiatement l'un après l'autre, saint .Jean, iv, 1-4.5 a. et saint .Jean, v, 1-47, et saint Éphrem procède de même. On pourrait citer bien d'autres exemples qui prouvent (pie la disposition générale, dans le Diatessaron <lont s'est servi saint Éphrem, était la même que celle du Diatessaron syriaque qui servit à la traduction arabe, mais c'est tout ce qu'on peut conclure.
VI. Vf.rsion .\nMicNiENNF.. — Nous avons dit que le commentaire de saint Éphrem avait été connu d'abord par une version arménienne (l,s:i(i), ensuite par
' G. Mocsingcr, op. cit., p. xi. — ' Th. Zahn, Forsclnmgm, t. I, p. 46 sq.; J. Ilnmlyn Ilill, A disserlalion on (/le gospel commenlarii o/ S. liplinvm llie Syrian, ln-8°, Edlnbiiruli.
une traduction latine faite sur le texte arménien (1876). Les deux manuscrits d'après lesquels cette traduction latine fut établie datent de l'an 1195, mais la version arménienne remonte au v siècle ' et reproduit ^ou^Tage de saint Éphrem -. A l'aide de la traduction latine. Th. Zalin tenta la restitution du Diatessaron. combinant les indications fournies par le commentaire d'Éphrem et par les fragments conservés dans les homélies d'Aphraate le Sage. Ces fragments sont loin de représenter le texte entier du Diatessaron et surtout des quatre évangéUstes. Malgré les lacunes, on peut se faire une idée approximative de ce que contenait ou ne contenait pas l'ouvrage de Tatien. Ainsi, les généalogies sont omises, il en est de même du passage (Joa.,^^I, 53-viii, 12) sur la femme adultère; en revanche, les derniers versets de saint Marc y figuraient.
La tentative de Zahn nous a rendu l'aspect général et plusieurs fragments notables du Diatessaron, en sorte qu'on peut se faire une idée juste et précise du dessein et de la méthode de Tatien. Recueillir tout ce qui est essentiel dans les é^'angiles et le disposer en forme de récit continu. Cependant, l'auteur conserve une certaine indépendance à l'égard de ses sources, bien qu'il n'en récuse ni n'en soupçonne aucune, mais il garde son libre choix entre tel ou tel texte rapportant un même fait d'une manière identique ou d'une manière dilTéren le. Saint Marc, x, 40, parle d'un aveugle rencontré et guéri à la sortie de Jéricho ; saint Matthieu, XX, 29-80, parle de deux aveugles et saint Luc, xviii, 15, place le fait avant d'entrer dans la ville : Tatien fait son choix, qui se porte sur saint Marc. 11 admet trois fêtes de Pâques dans la durée du ministère public et, sur ce point, il se range donc à la suite de saint Jean. Voici encore un fait caractéristique. Nous lisons dans le Diatessaron, Jean, vr, 1-21 (cinq mille nourris avant la deuxième Pàque), avant .lean, iv, 4-42 (entretien avec la Samaritaine) et Jean,v (guérison à la piscine de Bethesda). Ces deux derniers épisodes sont séparés par Matth., viii, 2-4; Marc, i, 40-45; Luc, v, l'2-14 (guérison du lépreux). Cependant Jean, iv, 4 sq., appartient à un voyage de Judée en Samarie, semble s'accorder didlcilement avec le récit qui précède d'une mission en Galilée; enfin, la guérison du lépreux appartient iï ce ministère en Galilée et devrait prendre place entre Jean,iv-4-43 et Jean, v, 1. Mais remarquons que Tatien a retourné l'ordre des faits donné par saint Jean et assigné les deux jours de séjour à Samarie (.Jean, iv. 4-42) à un voyage de Galilée à Jérusalem. Cela est hardi, mais comme le texte demeure intact et que rien n'y prouve que le séjour à Samarie appartient au voyage de Judée en Galilée, Tatien a pu s'imaginer avoir raison '.
Th. Zahn a réparti les fragments reconstitués en 100 alinéas ainsi disposés :
1. Le Lo(jos, l'incarnation et l'enfance, n. 1-7. — 2. Première manifestation, n. 8-12. — 3. Début du ministère public et première Piique (Jean, ii, 13),
n. 13. 1. Jésus en Galilée, n. 14-37. — 5. Voyage en
Samarie, deuxième l'Aque (Jean, v), n. 38-40. — li. Séjour en Galilée, n. 41-51. — 7. Voyage à Jérusalem. Fête des Tabernacles (Jean, vu. 2), n. 52. — 8. Voyage en Périe ou en Galilée et retour, n. 5.3-58. — 9. Fête de la dédicace à Jérusalem, n. 59-71. — 10. Résurrection de Lazare. Séjour en Éphraïm et retour ù Rélhanie, n. 72-73. — II. Du dimanche des Rameaux à l'institution de l'Kucharistie, n. 74-89. — 12. Passion, résurrection et ascension, 90-100.
VII. Vkbsion i.atink. Victor, évêc|ue de Capouc, vers l'an 545, découvrit par hasard mie Harmonie des
1896. —• Quant !\ .Imii, iv, l-:t. il li- n porto blin nvnnt; dans IV, 4:t-4(',. il iic niu'lf i|Uf 1 1 cl il i.nirt iirnbaliU-nuMit V, 46 fc-.-.4.
DIATESSARON
évangiles : Ciim jorluilu in mainis meus inridcrct iintim ex qualtuor cvangclium. L'ouvrage était anonyme. Victor, en lisant Eusèbe, arriva à se convaincre que les caractéristiques de l'ouvrage qu'il avait sous les yeux s'appliquaient à la composition de Talien : Ex /iis/or/n quoijuc ejus rompcri, quod Tatianus, vir eruditissimus et oralor illius lemporis clams iinum ex qiuUtaar compaqinaverit evangelium cui tilulam diapente composuit '. On ne peut guère mettre en question que la trouvaille de Victor de Capoue <lésignée sous les noms de Unum ex quatluor, de Diapente, d'Harmonie de Victor de Capoue, nous a conservé le Diatessaron de Tatien. Une minutieuse comparaison instituée entre les deux documents ne permet pas de mettre en doute leur étroite parenté. I.c Codex Fuldensis a été terminé avant l'année 517 et commencé probablement après l'année 541 ; il est certain que cette édition latine du Diatessaron e>t antérieure à l'année 540. Victor, au lieu de traduire purement et simplement un texte original syriaque ou un intermédiaire grec, imagina de rendre ce texte dans les propres termes de la Vulgate hiéronymienne, en sorte que si nous avons bien le Dial-'ssaron, c'est à travers le voile de la Vulgate ^. Celle-ci était terminée à la mort de saint Jérôme (j 420), c'est donc entre 420 et 540 qu'a pu être rédigé le Diatessaron latin, un siècle environ après saint Éphrem, et trois siècles au moins après Tatien. Malgré cet écart déjà considérable, mais bien inférieur à celui de la version arabe, le Diatessaron latin est un document d'un prix inestimable, comme instrument critique, parce que, avec lui, nous avons plus et mieux que le dessin général de l'œuvre de Tatien connue dans le commentaire de saint Éphrem, nous avons un texte complet, continu, du commencement à la fin. Le transport d'un pareil texte de l'original en latin n'était pas une besogne toute simple et presque mécanique, simple affaire de patience, comme nous pourrions être porté à le croire. Qu'on veuille bien se rappeler que les anciens ne connaissaient pas la division des livres saints par cliapitres et par versets, d'une part, et, d'autre part, que le texte du Diatessaron ne comportait, lui non plus, aucune division. C'était, dès lors, une besogne très laborieuse de retrouver exactement, dans les quatre évangiles, les passages que Tatien avait mis bout à bout: d'identifier non seulement chaque citation, mais chaque mot d'une citation avec la version des livres saints, si on tenait à s'assurer d'une traduction scrupuleusement exacte, car Tatien avait souvent rencontré deux, trois ou quatre évangélistes rapportant le même fait avec des nuances très légères qu'il avait voulu conserver et, pour cela, choisir tel ou tel mot qu'il sertissait à la place du mot employé par l'auteur dont il semblait préférer le récit. 11 fallait donc une attention infatigable et une connaissance imperturbable pour réaliser une traduction impeccable. Parfois, l'hésitation persiste lorsqu'il s'agit de déterminer l'emprunt, puisque le mot choisi peut se rencontrer dans deux évangé-
' F,. Rankc, Codex FiiUIensis. ISfiS, p. 1 sq.'Le Sià itivre parait être tout simplement un lapsus calami de Victor de Capoue ou de son secrétaire, cf. Th. Zahn, Forsclnmgen, t. I, p. 2 sq. — 'llemphill, The Diatessaron o/ Taiian, p. XXIV, attribue le travail i\ Victor; ZaWn, np. cit., t. i, p. :i, ne le veut point. — ' Luc, i, 1-4. — ' Le niutessarim latin satisfaisait ainsi aux deux conditions caractéristiques : début par saint .Jean, omission des généalof^ies. Zahn croit probable qu'un Diatessaron grec, apparenté avec celai d'Édesse dont nous allons parler, a été mis à contribution au xvi" siècle par Otlmar Nacliligall (Luscinius) pour la concordance des évangiles que cet humaniste dédia à Christophe de Stadion, cvêque d'Augsbourg (152:i). L'imitation arabe et l'imitation grecque s'expliquent sans peine en égard aux relations entre les pays où l'on parlait ces langues et les Églises de langue syria(|ue. L'imitation latine se conçoit moins facilement. Ceprndnnt nnus voyons
listes et différer ilans les traductions, alors qu'il est identique dans les originaux. Travail de marqueterie qui exigeait une patience sans bornes pour un résultat qu'on ne saurait déclarer petit et qui néanmoins ne semble pas en rapport avec la mesure de temps, d'effort et d'attention exigés pour en venir à bout.
La version arabe est divisée en 55 chapitres ou sections, la version latine en 182 sections, lin outre, cette dernière présente partout les numéros des sections et des canons d'Husébe, introduction évidemment postérieure à Tatien. Même, l'exemplaire tombé entre les mains de Victor de Capoue n'ollrait pas cette notation aussi complète. A côté du texte on voyait, à l'encre rouge, le sigle de l'évangélistc ou les sigles des évangélistes auxquels était emprunté le passage en question. C'était une notation fort rudimentaire, mais on n'en usait pas d'autre au temps où vivait Tatien. Ces sigles étaient généralement alignés dans la marge de gauche; Victor les conserva, seulement, dans la marge de droite, il reproduisit le sigle ou les sigles des évangélistes et, h côté, il écrivit le numéro de la section et du canon d'Eusèbe. On peut constater encore ces retouches successives dans le Codex Fuldensis. Le premier, Victor constitua dans son Diatessaron cette espèce d'Harmonia ad mcntem Eusebii que l'on rencontre aux marges latérales de la plupart des manuscrits des évangiles antérieurs à l'an 1220. Ce système, aussi parfait qu'il pouvait l'être alors, qu'on n'avait dans les évangiles aucune autre division que les sections eusébiennes, a été comme le premier germe des renvois marginaux employés depuis. Rien de semblable dans la version arabe qui n'accueille que le sigle ou les sigles des évangélistes, et même ces sigles sont très rares dans le manuscrit de la Propagande; dans le manuscrit de la Vaticane ils sont plact's en désordre, ce qui invite il croire que l'original syriaque en comptait très peu ou peut-être point du tout.
Si nous pénétrons dans l'intérieur de l'ouvrage, nous constatons de nombreuses retouches. Au lieu de commencer par le début de saint Jean, le Diatessaron latin s'ouvre par une courte préface : Quoniam multi... tirée de saint Luc '. Mais si l'on se reporte à la table des chapitres on trouve ceci : Pnviatio I, In principio, c'est donc que l'ouvrage commençait, comme celui de Tatien, par Jean, i, 1-5, et que la présence de Luc, i, 1-4, ne fait pas partie de la version latine primitive, celle d'après laquelle fut rédigée la table. De même pour la généalogie d'après saint Luc : elle manquait dans Tatien, on la retrouve dans Victor, mais à la table des chapitres on lit : V. de generationem (sic) vcl nativitate Cliristi. Le mot gencralio est identique à nativitas et ne se rapporte pas aux généalogies, mais à Matth., i, 18 : Cliristi aulem generalio sic eral '.
VIII. Tkxtiî original. — Plusieurs ont pensé que le travail exécuté en vue de procurer un Diatessaron latin s'accomplissait sur une version grecque répandue en Occident oCi le texte syriaque fût demeuré lettre
un contemporain de Victor de Capoue, l'Africain Junilius, exerçant la charge de qiiivstor sacri palatii à Constantinople (p. 54,'j-.')52), qui compose une traduction latine, Institiita regiilaria dioina' Icgis, de l'ouvrage d'un Syrien nestorien. Paul, de l'école de Nisihc, Cassiodore et le pape Agapet (t .'iSli) s'arrêtent A la pensée de fonder à Rome une école de tliéolojiic sur le modèle de celles de N'isibe et d'.Mexandric. tlcmiadc de Marseille, auteur de la continuation du De l'iri.'i ilUistrilufs de saint .Jérôme, écrit en 405, dans son premier chapitre, quelques remarques qui trahissent chez cet auteur une certaine connaissance de la littérature syriaque. Il y aurait a relever <li\ers autres faits du même genre en étudiant la propagation des légendes syriennes en Occident, les colonies syriennes nombreuses, prospères et agissantes, les papes syriens, .\utant de raisons pour expliquer conmient le Diatessaron syriaque n'était pas un li\Te terme pour l'Occident.
DIATESSAllON
7eo
morte. D'autres ont soutenu que Tatien avait dû écrire en grec.puisqu'il était intitulé :to Sià T£7ciioto'/ ijiy-f^/.'.ov. Tatien était originaire de Mésopotamie, il vivait dans la seconde moitié du iii" siècle et il composa, d'après Épiphane, son Harmonie des Évangiles après son retour de Rome où il avait vécu dans l'entourage de Justin le Philosophe. On doit s'en rapporter à Tatien lui-même qui a pris soin de nous apprendre que la langue grecque n'est pas sa langue maternelle. Il la parlait et l'écrivait correctement, ainsi qu'on peut en juger par son Discours aux Grecs composé pendant son séjour à Rome où il demeura après la mort de Justin et se fit un rensm d'hérésie. Saint Irénée lui reproche des doctrines sur les ions célestes, apparentées aux idées de Valentin, un ascétisme excessif, contraire au mariage et à l'usage légitime des aliments, enfin l'assertion qu'Adam ne serait pas sauvé. Clément d'Alexandrie et Origène combattent ces deux dernières erreurs en redressant des interprétations fautives de l'Écriture que Tatien avait données dans son livre des Problemata. Ce livre fut réfuté à Rome par Rhodon. Cependant aucun contemporain ou même qui que ce soit avant Euscbe n'a représenté Tatien comme chef ou membre d'une secte quelconque. A Rome même, l'auteur du Petit Labyrinthe le cite au miUeu des écrivains catholiques les plus respectés, Justin, Miltiade, Clément, comme un témoin de la foi à la divinité de Jésus-Christ. Xi l'auteur de Philosophumena, ni le pseudo-Tertullieii ne disent de lui ou de sa prétendue rien qui ne soit emprunté à saint Irénée. En somme, Tatien a une position analogue à celle d'Origènc ou de Théodore de Mopsueste; plusieurs de ses idées sont considérées comme dangereuses et on les combat; mais ce n'est pas un sectaire. M. Zahn rapprochant les deux traditions sur Tatien. celle de l'Orient syrien qui ne le connaît que comme l'auteur orthodoxe de son principal livre hturgique, et celle de l'Occident et de l'Égj'pte qui lui reproche de grands écarts de doctrine; combinant aussi deux dates, fournies l'une par Eusèbe et l'autre par saint Épiphane, parvient à fixer à l'an 172 en\iron le retour du docteur dans son pays d'origine et le changement salutaire qui de théologien aventuré en fit un prédicateur orthodoxe du christianisme traditionnel.
On doit conclure de ces faits que le Diatcssaron a été écrit, en syriaque, à Édesse même et en vue de la jeune Éghse de Mésopotamie. Comme il n'existe aucune trace de voyage de Tatien en Occident postérieurement à son retour en Orient vers l'an 172, on est fondé à admettre qu'il finit ses jours dans sa patrie où sa réputation fâcheuse ne l'a pas suivi. On admet donc que le Diatcssaron a été composé en syiiaque, à Édesse, entre 172 et 180. Il n'y a rien d'extraordinaire à ce que Tatien ait conservé, pour son livre, le titre T'y sja-j-fi/.iov qui était le terme consacre, en ajoutant les mots oti T=7aaçôiv qui spécifiaient la nature de l'ouvrage exécuté sur l'Évangile. Chez les syriens on ajoute au titre grec déjà assez clair une note plus explicite : Evangelion da-Mëhalëltè, évangile mélangé.
Ainsi nous avons affaire à un livre rédigé en syriaque, par un auteur sachant le grec et pouvant recourir à des textes en cette langue. Il est naturel de croire que ce
' Zahn, Forschungen, tenait que l'Harmonie de Tatien supposait l'existence d'une version syriaque des quatre Évangiles d'où elle aurait été tirée et retrouvait cette ancienne version dans les fragments de Ciireton, llemains ft/ a very ancient recensions London, IS.'JS. M. Burket', S. Eplirirm's qiiolalions from tlie Cospil, dans Trrls and Studies, t. vii-2, Cambridge 1901, a montré qu'Éphreni n'a pas usé de la Peschillo. — ' Uœtligcn, Evangelien Fragmente drn (jriecttischen Texis des C.iiretnn'sclien Syrers, in-.S^, Leipzig, 1885; R. Duval, La lilliralure syriaque, in-12, Paris, 1890, p. 4.ï-ir>. — " J. F. Stcnnlng, dans Unstin^îS, Diclionn. o/ (de Bible, 1904, Exlra-mliime, p. ihS-AM.
livre a été destiné, dès le principe, à un usage liturgique et ainsi le Diatcssaron se trouve mêlé à l'histoire de la conversion d'Édesse au christianisme, histoire dont les premiers traits, qu'ils se dégagent de la légende ou des documents authentiques, apparaissent précisément vers le miheu du ii' siècle. La fortune du livre n'est pas douteuse: pendant près de trois siècles, il fournit aux Églises de langue syriaque le texte des lectures liturgiques de l'Évangile et des conmientaires, homiUtiques ou autres, qui s'y rattachaient. L'auteur exerça-t-il sur son Éghse une influence hétérodoxe, comme son compatriote Rardesane dont les fluctuations dogmatiques ne furent pas moindres que les siennes ? Nous l'ignorons; mais si l'auteur nous échappe, son ll\Te nous reste et il ne paraît pas que cet ouvrage soit de nature à justifier le moindre soupçon. On n'y trouve rien qui ne soit conforme au sentiment catholique des auteurs du n' siècle. Les omissions et les variantes que l'on peut constater sont du genre de celles qu'on trouve dans les manuscrits du texte grec ou des versions. Sans doute, les généalogies ont été supprimées et Théodoret y flaire un sentiment hérétique, c'est-à-dire gnostique. "Théodoret se trompe: en dehors de cette omission, le Diatcssaron contient tous les passages défavorables au gnosticisme; il dit ouvertement que Jésus-Christ était un descendant de David, même par Marie. Pour la chronologie, c'est saint Jean qui est suivi.
Une autre question soulevée par le Diatcssaron et qui n'est ni la moins obscure, ni la moins intéressante. est celle de son origine. Dérive-t-il d'une des versions syriaques connues du Nouveau Testament et, le cas échéant, de laquelle '? Celles de Philoxène de .Maboug (508) et de Thomas d'Héraclée (516) sont écartées par leur date : un texte syriaque commenté par saint Éphrem ne peut être rapproché que de la Pcschiilo, de la version publiée par Cureton ou de la version découverte au Sinaï par Mrs Lewis. Cette question après avoir été longuement débattue ', on peut s'en tenir aujourd'hui à cette conclusion qui semble définitive : (|ue le Diatcssaron a été composé directement d'après les Évangiles grecs et qu'il est le premier texte des Évangiles en langue syriaque. « Vers 250 apparaît une version sjriaque des quatre évangiles conforme au texte grec des manuscrits occidentaux, mais le traducleur connaissait le Diatcssaron et s'en est servi. C'est cette version que reproduisent les fragments de Curelon. Environ trente ans plus tard, il existait à Édesse ur.e \ersion des Évangiles très proche de la Pcschitlo et provenant d'une revision de l'ancienne version de Cureton. Les citations bibliques d'AphraaIe sont empruntées en grande partie au Diotessaron. mais quelques-unes aussi à la version de Cureton et à la revision qui a formé la Pescliitto -. » Quant à la version sina'itique, elle est également postérieure au Diatcssaron. Au reste, cette opinion n'est pas celle de tous ceux qui ont abordé l'étude comparée du texte de Tatien avec celui du texte Cureton et du Sina'itique. A pareille distance et lorsqu'il s'agit d'un écrit chronologique aussi réduit, il serait malaisé et presque outrecuidant de prétendre posséder la solution (Uliiilfive '.
Nous ne traitons pas ici une question qui relève d'autres études. Vn récent travail do A. Vogcis, Die Jlarmonistiti Im Evangclienlcxl ries C.mIcx Canlnltrigicnsis, dans Texte imd Vnlersiirliiingen, t. xxxvi, fasc. 1, Leipzig, 1910, tendait & <lémontrcr que le célèbre Codex Bczn- a été lortenient influencé par U!i Dinlessaron grec, œu\Te personnelle de Talien, et qu'il existait aussi un Diatcssaron latin, antérieur ù la t'cfii.^ Intina et premier texte Intin des évangiles dont l'existence se t^ou^■ait démontrée par la partie latine du Coder Beztc. Pour le Diatcssaron grec on peut croire que la thèse, encore un peu nidimcntoire, nnira par s'Imposer; pour le Diatcssaron Intin on ne saurait en dire nulani, nu
DIATESSARON
IX. Usage liturgique. — A s'en tenir strictement au point de vue liturgique, l'étude du Diatessaron ne nous semble pas devoir être conduite en vue de retrouver un type d'une antiquité fabuleuse, le propre ouvraae de Tatien. A moins de découvertes qu'on peut toujours espérer sans y compter jamais, le Dialessaron de Tatien nous offrirait un dessin analogue dans ses grandes ligues et dans beaucoup de ses détails à celui qu'a reconstruit l'ingénieuse et perspicace patience de Tli. Zahn. Entre ce Dialessaron authentique et typique et les livres similaires en usage dans les Églises grecque, latine ou arabe on n'obtiendrait rien de plus qu'un parallélisme d'ensemble sans qu'il taille s'attendre à la rencontre de textes alignés dans le même ordre, empruntés au.x mêmes auteurs, mettant ainsi sur la voie d'un prototype invariablement reproduit et traduit avec une scrupuleuse exactitude. C'est que les compilateurs divers des diflérentes concordances évangéliques, en appliquant le principe jadis adopté par Tatien, ne se souciaient pas le moins du monde de rechercher le Dialessaron orient 1 dont, grâce au fâcheux renom de son auteur, ils eussent fait bon marché, ni aucun Dialessaron. Tout au plus eussent-ils consenti à prendre conseil des canons d'Eusèbe, mais ils entendaient bien être capables de composer une Harmonie qui fût leur propre ouvrage et dont ils tirassent honneur. Discrètement, en cachette, ne daignaient-ils pas parfois jeter un coup d'oeil sur une concordance connue déjà, vantée autour d'eux, qui aidait à résoudre certains passages difficiles, on ne paut guère en douter, mais chaque Dialessaron liturgique présentera toujours, à l'égard de ses congénère , des péricopes découpées et placées de façon irréductible à la thèse d'un original unique et des copies servilement imitées.
Il va sans dire que les ressemblances et les dissemblances doivent être fréquentes et inévitables. Le hasard peut expliquer bien des coïncidences, mais surtout la nécessité. Il s'agit d'un récit d'allure chronologique où certains incidents ont leur place nécessaire et où le choix n'existe même pas entre plusieurs textes; dès lors il existe, pourrait-on dire, des emprunts neutralisés ne prouvant rien, ne pouvant rien prouver, faute de pouvoir leur attribuer une place différente de celle qu'ils occupent, ou de pouvoir les découper, y insérer aucun détail.
Prenons la version arabe et la version latine. .\ l)artlr de In principio elles marchent d'accord jusqu'à l'endroit où le texte latin présente la généalogie de saint Matthieu (i, 1-17), ainsi que le fait d'ailleurs le ms. arabe H de la Vatlcane. 11 est clair que Jean, i, 1-18, ne peut guère être découpé ni déplacé, mais tout de suite après, chaque compilateur va de son côté :
Dialessaron latin
1 Matth., m, 4-10.
2 Luc, m, 10-15.
3 Jean, i, 19-26 a.
4 Matth., m. Il a.
5 Jean, i, "266.
Dialessaron arabe
Jean, i, 19-28.
Matth., III. 4-10.
Luc, III, 10-15 + lO-IS.
Matth., VII, 23.
Jean, i, 29-31.
moins jusqu'à démonstration. Le même auteur est revenu sur ie sujet à propos du Dialessaron syriaque et de son antériorité sur les versions curetonienne et sinaitïque : Die allsifrischeti Euangelien in ilircnt VerliàUniss zu Tatians Dialessaron^ in-S*», Frciburg, 1911. Suivant la même méthode que précédemment, il aboutit ù une conclusion de même ordre et la curetonienne offrirait plus de « tatianisnios • que la sinaïtique qui avait déjà éliminé un certain nombre de leçons liarmonisantes. 11 y a toatefois une objection grave. A supposer que les harmonisations rencontrées dans S et surtout dans C supposent la préexistence d'un Dialessaron syriaque, rela ne vaut, en toute rigueur, que pour CCS deux manuscrits et non pas nécessairement pour le
6 Mattli., III, 11 4-12.
7 Luc, III, 18.
8 Jean, i, 28.
9 Matth., m, i:j.
10 Luc, III, 23.
11 Matth., III, 14-15.
12 Luc, II, 21.
13 Matth., III, 16 o.
14 Luc, III, 22 a.
15 Matth., m, 16 b.
16 Luc, III, 22 b.
17 Jean, i, 32-31.