‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 155 sur 251 · IV · texte numérisé non relu

IV

DI ATRETA VASA

DIDACHE

Le musée de Strasbourg possédait un beau spécimen revêtu d'une résille de couleur rouge avec la légende '.

[are A/ajXIM[ia]NE AVGV[s/c]

Il a été détruit par les Allemands en 1870.

On découvrit à Cologne, en 1844, deux tombes qui ne pouvaient remonter au delà du iv siècle -. (Voir Diclionii..t. m, col. 2162, flg. 3102.) Elles contenaient deux vases semblables, en pâte blanche, mais avec des inscriptions différentes.

Surl'un^: BIBE MVLTIS ANNIS

Sur l'autre «: nie ZHCAIC KAAGûC

Un vase de SzeUszard, en Hongrie, présente une forme inusitée. La résille manque, la panse, de peu de hauteur, a un double rebord; la partie inférieure ornée d'un grènetis, repose sur trois coquilles et trois poissons en relief. La légende porte = :

AEI BUpàXi ;t]OIMENI niE ZH[Ta]IC

Nous ne nous occupons pas ici des vases païens '; mais nous devons mentionner deux exemplaires remarquables. L'un trouvé en 1869, dans la catacombe de

373U. — Vase de Trêves.

D'après De Rossi.floma snilemmea, t. m, pi. xvi, n. 2.

Callisle ', l'autre provenant de Trèvci " et un fragment analogue à Oslic '. On peut se reporter à proi)OS du vase de Trêves et deson symbolisme (fig. 37.30) à ce que nous disions à l'occasion du vase de Rome (voir Dic-

' Mémoires de la Société nalionale des antiiiuaires de France, 1842, page 95; W. Froehner, op. cil., page 89; De Ilossi, Roma solter., t. m, p. 328. Le verre trouvé à Arles, en 1873, avec la légende : Diuiis .^Uueiniianus Augusius, est taux, cf. De Rossi, Bull, di arclieol. crist., 1873, p. 345; Didlelin moniimenlal, 1873, t. xxxix, p. .S22. Trouvé en 1825. — » Urlii'lis, Vasu diatreta in Coin, dans Jalirbiicher des Vereins von Alterihwnsir. ini liheinlande, 1811, t. v-vi, p. 377, pi. XI, n. 1, 2. Trouvés dans la lienesissstrasse. l'nc monnaie de ciiivTC de Constantin II qui se trouvait dans une des tombes permet de fixer une limite supérieure. — • Musée de .Munich. CI. Christ et Lauth, Catalogne des koniglichen Anliguariuins in Miinclien, 1870, p. 86. - - ' Musée de Berlin, cf. M. l.cclercq, AUuiuel d'archéologie chrétienne, t. il, p. 471, llg. 319. — ' Musée de Pcst. A. von Kubinyi, Szekszarder Allerlhiimer, in-8«, l'est, 1857, pi. m: Mltlheilungen dcr '

tionn.. t. Il, col. 1604). Le lieu d'origine de la plupart de ces vasa pseudo-diatreta paraît être les ofTicines de verrerie situées en pays rhénan.

H. Leclercq.

DIDACHÈ I. Témoignages. II. Texte. III. Authenticité. IV. Origine. V. Date. VI. Institutions. 1. Baptême, 2. Jeûnes, 3. Prières, 4. Eucharistie, 5. Enseignement. 6. Hiérarchie, 7. Confession. VII. Conclusion. VIII. Bibliographie.

I. TÉ.MOiGNAGE'^. — Dans l'étude que nous avons consacrée à la Catéchèse et au Catéchisme (voir Dictionn., t. n. col. 2530-2579), nous avons indiqué rapidement l'inlluence exercée sur la formation des premières générations chrétiennes par un petit livret connu sous le nom de \:o7./t\ ou de Doctrine de.i douze apôtres. Sa concision et sa destination devaient le mettre à la portée d'un grand nombre, sa doctrine devait inspirer les auteurs soucieux d'exactitude et, de fait, la fortune de la Didachè a été générale et durable. Il est peu d'écrits chrétiens primitifs dans lesquels on ne puisse relever l'influence plus ou moins directe, parfois sous forme d'emprunts ou de citations, de cet opuscule désormais fameux. Coïncidences, réminiscences, emprunts se rencontrent dans la deuxième lettre de Clément de Rome, dans les épitres de saint Ignace, l'Apologie d'Aristide, les ouvrages de Tatien, de Justin le martyr, de Tliéophile d'Antioche, dons V Ascension d'isaïe, le Testament d'isaac, le Tntmud, les lettres du pseudo-Clément sur la Virginité, le poème du pseudo-Pliocylide, le Livre des Jubilés, les Oracles sibijUins, le sacramentaire de Sérapion de Thmuis, les Canons de Hasile, les œuvres de saint Jean Clim.tque, les écrits de saint Optât de Milèvc, de saint .\ugustin, de Lactance, etc. Il faudrait tenir registre des comparaisons, parfois convaincantes, qu'on suggère périodiquement entre les écrivains les plus imprévus et la Didnchc, mais la démonstration d'une influence très étendue est faite et il n'y a plus ,i y revenir, à peine à y ajouter.

On ne peut retenir que les emprunts incontestables parmi lesquels on remarque une disproportion notable entre ceux qui se réfèrent à la première partie, très nombreux, et à la seconde partie. Ces derniers sont toutefois sufTisamment clairs et groupés pour rendre témoignage à l'ensemble de l'opuscule.

Pseudo-Barnabe, dans ses chapitres xviii-xx se rencontre avec Didachè, i, 1-2; n, 2-7; m. 7; iv, 2; enfin son chapitre iv, 9 est inspiré par Didachè, xvi, 2-3.

Clément d'Alexandrie tire parti de la Didachè tout entière : ii, 2 (dans Protrcpt.. x, 108; Pœdag., 11. x. 89; III, XII, 89; Strom., III, iv, 36) et m, 5 (dans Strom., I, XX, 100); mais aussi de ix, 2 (dans Qui dives snlvelur, c. xxix). Clément semble ne pas faire de distinction entre la Didachè et les ftcrilures inspirées, en tous cas il lui donne le nom de Y,o5ts»i sans restriction {Strom., I, XX, 100).

Origènc qui cite m, 10 (dans Periarchon, ni, 2-7)

kais. kônigl. Central-Commi.islon, Wicn, 1858, p. 26; Jalirbiicher des Vereins von Allerih. im Rheinlandc, 1877, t. i.x, p. 160; De RossI, Roma .wlterranea, t. m, p. 328-329; C. Friedrich, Die durchbrochcnen Cliiser, dans Wartherg, t. IV, n. 1; Oarrueci, Veiri ornati di figure t/i oro, pi. xi, note 3, propose : Iloi(iSV! ttie 'r^iai;, a£i (ItO'j. II. Leclercq, op. cit., t. v, p. 471, ng. 320-321. Ce vase a été trouvé <lnns une tombe païenne et l'origine chrétienne du vase est douteuse. — • F. X. Kraus, Real lincgklopadie, t. i, p. <)l(î, classe treize numéros sans distinction d'origine. — ' De Rossi, Roma sotlerranea, t. m. p. 326, pi. xvi, n. 1. Voir Dictionn.. t. m. col. 1604, llg. 1.S74. -- • De RossI, op. cit., t. III, p. 327, pi. XVI, n. 2: Hall, di archeol. crisl., 1873, p. 142-147; von Wilmowsliv. .\rchuoIogische Funde in Trier iii'd Umgegend, in-S", Trisi, 1873. — • P. E. Visconti, ilans Oîornalc di Roma, 2 avril 1857.

DIDACIIE

et IX, 2 (dans Homil,\i, 2 in Judic). d'ailk-urs lui aussi donne à la Didachi le nom de Scriptura sacra (Periarcbon, m, 2-7).

Pseudo-Alhanase, auteur du De virginilate, a connu la Didachè à laquelle il emprunte, sauf quelques retouches, l'action de grâces prononcée sur le pain eucharistique, ix, 3-t (dans De vinjin., c. xiii).

Le titre n'apparaît cependant qu'à une date assez tardive, puisqu'il faut attendre Eusèbe de Césarée, cet homme qui a su tout, et qui, dans son Histoire ecclésiastique, désigne l'écrit en question par son titre de Didachè. Il est amené à le nommer ii propos d'un essai de classement des écrits du Nouveau Testament selon leur degré d'autorité; il s'en trouve d'authentiques reconnus incontestablement pour tels : de douteux soit quant à leur auteur, soit quant à leur inspiration; enfin d'apocryphes et parmi ceux-ci il classe les « enseignements des apôtres : tùv ir.oGxôhjn ai ),E-coij.£va'. SiSayai » (dans Hist. ecclés., 1. III, c. xxv); on remarquera le pluriel que le traducteur Rufin ramènera au singulier Doctrina, tandis qu'on retrouve ce pluriel dans un passage du traité De aleatoribus, c. iv, à peu près contemporain d'Eusèbe : In doclrinis apostolorum est: « Si quis fralcr... » à rapprocher de Didachè, iv, 14.

En 3(57, saint Athanase, dans sa trente-neuvième lettre festale, énumère les livres canoniques de l'Écriture et dresse une liste d'ouvrages utiles pour former les catéchumènes dans la piété; parmi ces livres il fait une place à la Didachè: ... zai A'.oayr) /.a/oujxÉvr] tojv à:;oatoXu)v...

Enfin, Nicéphore parle au ix" siècle d'une Aioa/f; Tôjv àTîoa-coXojv dont la longueur — 200 stiques seulement — pourrait donner lieu de croire qu'il n'y est question que de la première partie.

C'est principalement dans la littérature canonique que se retrouve la trace et l'influence de la Didaelic.

Ce sont d'abord les Kavo'vsç ÈzxXrjaiaa-C'.zoi tdjv àYiwv à;ioiToXMv ou Constitution apostolique égyptienne, appartenant à la fin du iii^ siècle qui a absorbé et trituré, sans les rendre cependant méconnaissables, les quatre premiers chapitres de la Didachè dont on a fait les chapitres m-xv de la Constitution où ils se trouvent encadrés par les chapitres i-ii et xvi, purement disciplinaires. C'est la Constitution qui a, désormais, servi de véhicule à la Didachè. c'est par son moyen que celle-ci a pénétré dans les recueils canoniques des Églises orientales. On trouve encore trace des six premiers chapitres de la Didachè dans le Si/ntagma Doctrinœ attribué à saint Athanase, peut-être aussi des chapitres xii et xiii. Un autre écrit pseudoathanasien, la Fides Nicœna ou Didascalia. ccc.xviii, Patrum, dépendant du Syntagma, s'est servi librement de la Didachè .

La Didascalie (voir ce mot) a tiré parti de la Didachè. I, 3 et ."j, et l'auteur des Constitutions apostoliques en composa son ouvrage, a étiré la Didascalie pour en composer ses si.x premiers livres, puis la Didachè dont il a tiré une partie de son septième livre (ch. ixxxii).

.\insi absorbée, la Didachè perdit toute originalité et s'écoula dans le vaste anonymat de l'ancienne littérature canonique. Au xi' siècle, cependant, on la copie encore; au début du siècle suivant, l'oubli s'est fait et Zonaras, commentant la trente-neuvième lettre pascale de saint Athanase, ignore la Didachè qu'il imagine n'être autre chose que les Constitutions du psciido- Clément interdites, en 092, par le concile In Trullo.

Les diverses versions anciennes de la Didachè ne la protégèrent pas contre l'oubU. On connaît l'exislence d'une version latine très ancienne qui comprenait l'ouvrage entier, puisque l'auteur du De aleatoribus en a cité des extraits tirés d'ailleurs que de la première partie. On en a une brilje dn.ns le De schisnmte Domi-

tistarum, i, 21, dOptat de Milèvc : Veniqur inter cetera pracepta etiam hscc tria jussio divina prohibait: non occidcs. non ibis post deos alienos, et in caj.itibtis mandatorum : non faciès scisma. Ce dernier mot nous permet de conclure à l'existence d'une dcuxitme version latine représentée par un court fragment, i, 1-3; ii, 2-6, extrait d'un manuscrit de .Moclk par B. Pez et identifié par O. von Gebhardt, et un deuxième fragment plus considérable découvert à Munich par J. Schlecht, dans un manuscrit du xi"' siècle, lequel contient la traduction intégrale des six premiers chapitres. Or, cette version du manuscrit de Munich porte non plus : non faciès scisma, mais : non lacics dissensiones, ce qui suppose un pluriel a/;<j|jiaTa qui se lit dans les Canons ecclésiastiques et dans les Constitutions apostoliques.

La version arabe est encore plus fragmentaire que la version latine, on la trouve dans le récit de la vie de l'archimandrite Schnoudi, mort en 451. Écrite d'abord en copte entre les années 685 et 690, cette biographie nous est parvenue dans une version arabe. Schnoudi utilise les six premiers chapitres de la Didachè. sans qu'on puisse décider s'il a lui-même remanié son texte ou s'il en possédait un différent de celui que nous avons.

II. Texte. — La Didachè menaçait de devenir un tlième à reconstitutions, faute de mieux, lorsqu'en 1883, parut par les soins de Philolhée Bryennios l'édition du texte de la Aioctyr; twv oMOiy.a à-oiTOÀojv, d'après un unique manuscrit exécuté en 1056 par le notaire Léon et conserve à la bibliothèque de l'Hospice du Saint-Sépulcre à Constantinople, et transféré depuis lors à la bibUothèque du patriarcat grec à Jérusalem. Quelques années auparavant, en 1875, Bryennios avait tiré du même manuscrit le texte complet des lettres de saint Clément. A peine connue, la Didachè fut reproduite, traduite, comincnlée avec zèle, parfois avec boniieur.

III. .\uTHENTu:iTi':. — La Didachè est anonyme. .\ucun écrivain n'en revendique la paternité, aucun ne se l'est vu attribuer par les anciens. L'écrit reste donc énigmatique quant à son origine; est-ce une composition ou une compilation '?

La simple lecture invile à reconnaître deux morceaux bien distincts et seulement rapprochés. D'une part les six premiers chapitres, d'autre part le reste. Ces six premiers chapitres constituent une exhortation servant de préparation au catécliuménat. Rien n'oblige à les rattacher à ce qui leur fait suite et il est possible que cette soudure ne se soit pas faite de bonne heure. 11 semble même que les six premiers chapitres aient eu une vogue beaucoup plus étendue et probablement sous une forme isolée du reste. Les allusions et les citations qu'on en trouve sont si fréquentes qu'il est impossible de tout mentionner. Rien de semblable pour ia seconde partie — sauf le chapitre xvu' qu'on rencontre dans pseudo-Barnabe, et le fait peut recevoirune explication qu'on trouvera plus loin. Enfin, la traduction laliiie se limite aux six ]iremiers chapitres de la Didachè. W y a dans ces coïncidences un indice qu'il est impossible de négliger.

L'explication la plus vraisemblable, la seule tout à fait vraisemblable, est que nous nous trouvons en présence de deux écrits rapprochés après que l'un des deux, le premier, eut plus ou moins longtemps circulé, mais avec succès et sous un titre distinct <iui serait celui de Doctrine des deux voies. Il n'est guère possible de soutenir une opinion différente, si l'on a le souci d'expli- (juer du même coup non seulement la suture visible entre les deux i)artics, mais les dilïérences de contenu, de composition, de style, de langue et de vei-sions scripturaires. Cette même solution s'applique aisément aux divergences assez prononcées qui existent entre les premiers chapitres tels que nous les possédons dans la Didachè et ces mêmes chapitres tels qu'ils se rencon

DIDACHE

trent soit dans la lettre de Barnabe, soit dans les ConstUulions apostoliques, soit surtout dans l'ancienne version latine.

Une Doctrine des deux voies aura donc existé qui comportait les chapitres i à vi inclus (^sauf peut-être VI, 2-3 qui ne se trouve pas dans la version latine). Avant, et même après, son incorporation à la Didachè, ce morceau a pu et dû être connu, cité, exploité soit hors de la D/rfac/ic, soit avec elle. Quand l'auteur de la Didachè s'avisa de placer ce morceau en tête de son petit livret, il ne put se résoudre à le laisser intact. Nous en avons la preuve certaine. Tandis que les Constitutions apostoliques, la Constitution apostolique égyptienne et la version latine se développent parallèlement, la Didachè introduit le passasse i, 3-ii, 1, qui lui est particulier, .\utre remaniement. Le chapitre xvi de la Didachè qui forme un appendice assez inutile après le chapitre -xv aurait été disjoint de la Doctrine des deux voies et rejeté à la fin, sauf à y faire double emploi. Cette disjonction peut seule rendre raison de la citation de ce chapitre xvi par pseudo-Barnabe; celui-ci a cité ce chapitre xvi uniquement parce qu'il le connaissait comme appartenant au chapitre vi (ou VI, 1) de la Doctrine des deux voies.

L'auteur s'est donc procuré à peu de frais ses six premiers chapitres : au moyen de quelques retouches d'une insertion, d'un découpage. Dans les deux dernières parties, il semble avoir procédé de même façon et pris son bien où il le trouvait. On est, en effet, embarrassé pour faire accorder certains traits d'organisation. D'une part, la catégorie des prophètes paraît investie des plus grands pouvoirs tels qu'elle a pu les exercer aux toutes premières heures du christianisme; plus loin, on leur marque une défiance et on exerce à leur égard des précautions qui ne peuvent s'accorder qu'avec la situatio:i existante à un demi-siècle au moins plus tari. Les emprunts paraissent évidents, mais leur nombre, leur étendue, leur date sont choses impossibles à fixer avec certitude.

IV. Origine. — ■ C'est une bonne fortune pour un écrit de se présenter dans des conditions erratiques comme celles de la Didachè. Après avoir inutilement cherché un père à cet enfant perdu, on s'est ingénié à lui découvrir une patrie. Dans les deux cas on a échoué, mais du moins n'a-t-on rien négligé pour réussir. Le te.-vlc a été interrogé, scruté, éventré, mais en vain. Le réclamera qui voudra, pourvu qu'il soit des pays d'Orient : Syrie (.\ntioche, Césarée), Palestine (Jérusalem), Egypte (.-Vlexandrie). Ceux qui favorisent l'Egypte font remarquer que c'est dans ce pays que la Didachè a été le plus employée et le plus anciennement citée, ce qui équivaudrait à un commencement d'état civil. Mais la Syrie et la l^alestine ont leurs partisans qui voient dans les prémices du pressoir, de l'aire et des Iroupeau-K à prélever par les fidèles en faveur des prophètes, l'indice d'une population rurale telle que celle qui vit en Syrie ou en Palestine. Enfin, le tableau de; premiers prophètes et évangélistes déambulant de communauté en communauté rappellerait les traits >|ue d'autres documents nous ont permis de saisir sur l.i vie de l'Kglisc dans ces provinces et en .Xsie Mineure.

V. Date. — • La citation faite par Clément d'Alexandrie ne permet pas de placer la Didachè après l'année IGO. La dépendance de la Didachè par rapport à pscudo-Barnabé est une gageure dont il n'y a rien à dii-e et moins encore de quelques fantaisies à peine dignes d'être prises au sérieux. .Mais la Didachè a eu, comme les nouveau-nés, i\ traverser toutes sortes de maladies dont elle est sortie indemne nonobstant tous le; cfiagnostics. C'est une crise à laquelle aucun texle ne peut échapper. Tels auteurs sont périodiquement envoyés en villégiature à deux ou trois siècles du temps que le bon sens, l'histoire et la critique étaient tombés

d'accord pour leur assigner. Commodien est maintenant coutumier de ces déplacements qui se prolongent quelques années à peine, Minucius Félix est condamné à enjamber perpétuellement Tertullien, tantôt en arrière, tantôt en avant, .\insi de beaucoup d'autres, et la Didachè n'y pouvait échapper.

On pensait avoir un terrain solide de discussion dans les citations de l'Écriture sainte insérées dans la Didachè. 11 s'en trouve d'incontestables, de littérales, comme la citation du Pater nostcr et quelques versets d'Écriture cités textuellement. Cependant ce sont là des exceptions et, le plus souvent, la citation est insérée dans la trame de l'opuscule avec les modifications nécessaires pour l'adapter à la suite des idées et aux exigences du discours. Quelquefois les textes sont enfilés les uns à la suite des autres sans aucune distinction; ou bien la citation est si peu précise qu'elle semble être tout au plus une réminiscence, un retour de mémoire apportant quelques mots dans un ordre familier par suite d'une lecture ou d'une audition antérieure.

L'Ancien Testament n'est guère mentionné qu'en passant et comme par acquit de conscience. .\ux chapitres Il et m, une référence au Décalogue, référence presque inévitable.

Le Nouveau Testament est cité sous son nom d'Évangile (ijayviX'.ov, et quelquefois avec l'addition Toj zjpioj) au moins quatre fois : viii, 2; xi, 3; xv, 3, 4. Evidemment ce titre s'apphque à l'évangile de saint Matthieu dans le texte même où nous le lisons, puisque nous rencontrons dix citations concordantes avec notre texte. Sept autres citations sont évidemment évangéliques, mais on ne peut, sans hasarder, les rapporter à tel texte ou ;'i tel autre. Cependant, cinq passages permettent de reconnaître l'influence de l'évangile de saint Luc combiné en proportion variable avec celui de saint Matthieu. Mais était-ce le texte de Siiint Luc tel que nous le lisons'? Les allusions ne sont pas sulfisantes pour l'établir. Enfin il existerait une citation de saint Marc, laquelle n'est guère aisée à défendre, puisque le texte visé se retrouve dans saint Matthieu.

On était là depuis assez longtemps et il était admis que l'auteur de la Didachè n'avait ni utiUsé ni connu les écrits de saint Paul, de saint Jean et les Actes de saint Luc. Mais la crise s'est produite. La Didachè avait pris à pleines mains dans ces trois auteurs, c'est l'évidence même, et voilà la chronologie chavirée, les doctes conclusions fort mal en point et les démonstrations en miettes. Pour notre part, nous n'en croyons rien. Déjà, à piopos de la liturgie des Constitutions apostoliques et des poèmes damasiens, nous avons eu l'occasion de relever l'arbitraire du procédé pseudoscientifique consistant à comparer des mots dépiqués d'un texte, parfois des lambeaux de phrase, ou bien l'ordonnance d'un développement littéraire pour en conclure à une dépendance. Un semblable procédé est la négation même de la méthode scientifique. Il existe dans certains milieux, à cha<|ue époque, des façons de s'exprimer, des tours de phrase devenus familiers même à ceu.x qui n'ont pas la moindre connaissance des sources d'une locution, d'un mot. Telles expressions passent dans l'usage connuun, elles sont, pour ainsi dire, désallectêes. D'autres tournures de langage font partie de la langue courante, elles ne sont pas des réminiscences, elles sont des nécessités. Si l'idée vient à l'auteur île la Didachè de jiarler d' • eau vive », Co'Dp Çwv, on se demande comment il pourrait s'exprimer autrement ((u'en disant 1' « eau vive », GStop ïojv, et en quoi la lecture de saint Jean a pu lui suggérer le rapi)rochement de ces mots pour exprimer son idée, comme si avant, pendant ou ajirès l'évangile île saint Jean un Grec qui i)arlait d'eau vive n'était pas réduit à

DIDACHÈ

user de W'yr^ ïôiv. On se rabiU sur le rapprochement insolite, sur l'absence d'expressions parallùles dans les auteurs anciens ou contemporains, mais en vérité voilà des gens qui vivent de la même foi et se sanctifient par les mêmes récits, qui répètent et entendent répéter à satiété les mômes incidents, les mêmes paroles de la vie du Sauveur, qui, ainsi qu'il arrive aux Inimbles, retiennent et transmettent ce qu'ils ont entendu dans des termes idiMili(|ues ou peu s'en faut parce qu'ils ne savent que cela et ne veulent pas savoir autre chose; comment veut-on qu'il n'existe pas des tours de phrases consacrés, des locutions imnuiables de très bonne heure, dés l'origine, et qu'on retrouve les uns et les autres sur les lèvresdes croyants et sous la plume de leurs maîtres. Mêmes préoccujjations. mêmes discours, mêmes formules de prière doivent aboutir à un langage, à des images, à des locutions idcnliqucs ou analogues dont la ressemblance est tout simplenicnt celle qui ■ existera toujours entre les gens qui pensent de même, qui parlent d'un sujet communet sont imprégnés d'une symbolique unique.

11 suffira, pensons-nous, de citer les rapprcchements institués jiour montrer l'impossibilité d'y contredire, parce qu'on ne peut rien saisir. On nous apprend donc que la Didachc emploie le mot -;p'i pour introduire les préceptes relatifs à l'organisation des conuuunautés : VI, 3; vu, 1 ; IX, 1, 2, 3; xi, 2; et de son coté saint l'aul emploie le mot r.ifi dans I Cor., vu, 1, 2.'î; viii, 1, 4; XII, 1. Dans la description de l'Eucharistie, la Didnchè se rencontre avec saint Paul pour mentionner le calice avant le pain.

Après saint Paul, saint .Tean et saint Luc sont appelés en témoignage et fournissent, sans aucune peine, des démonstrations aussi lumineuses. Nous avons à nous excuser A'y avoir fait allusion comme on s'excuse d'une perte de temps.

On ne peut songer à fixer la composition de la Didachè à une date certaine. Les éléments d'appréciation qu'elle contient ne permettent que des approximations, et ce qui est plus caractérisé, c'est la hiérarchie itinérante : évangélistes, docteurs, prophètes, supérieurs aux évêques et aux diacres sédentaires. De même la liturgie est vraiment primitive tant par les formules que par les rites. Ce sont ces traits qui, comparés et appréciés, sans piéoccupation que l'état connu des situations et des institutions, in^ itent à placer la date de composition de la Didaché avant la fin du i" siècle de notre ère, peut-être aux environs de l'année 90 ou, au plus tôt, de l année 80.

Toutes ces questions préliminaires à l'étude de la

• Didnchè ont été traitées à maintes reprises, et bien

qu'elles relèvent d'autres études, purement patrolo-

giques, nous ne pouvions omettre d'en parler à raison

de l'importance de la Didaché pour l'histoire litui'gique.

■VI. Institutions. — La Didaché nous fait connaître les institutions chrétiennes fondamentales et la pratique des communautés sur des points essentiels : le baptême, les jeûnes, les temps de la prière, l'eucharistie, l'enseignement, la hiérarchie, la pénitence.

1. Baptême. — La première institution décrite est l'initiation chrétienne, le baptême. Pour saisir l'importance qui s'attache à cette cérémonie, il suffirait de se rappeler que l'auteur de la Didachc n'a pas hésité à consacrer le tiers de son mince livret à la préparation du futur baptisé. Deux opinions également séduisantes ont été produites sur le caractère de cette préparation. Les uns y voient une allocution rituelle d'un caractère olficiel et faisant corps avec la liturgie baptismale dont elle introduit le rite. Plus tard cette allocution aurait fait place à Viibrcnuiiliatio. Les autres n'y reconnaissent qu'un thème livré aux catéchistes et d'après lequel ils composeront les instructions préparatoires aux catéchumènes.

Celte dernière explication parait plus vraisemblable si, comme les raisons les plus sérieuses invitent à l'admettre, la catéchèse morale n'est qu'un vestige d'un écrit ayant circulé à part sous le titre de Doctrine dm deux voies. On s'étonne moins, dès lors, des diflércnces frappantes qui existent entre les deux parties du livret et on peut expli((uer, comme nous l'avons fait plus haut, les insertions et les découpures, notamment celle <|ui a rejeté le dernier iiaragraphe de la catéchèse après le chapitre xv: procédé <iui montre à la fois le respect de l'auteur pour la catéchèse dont il n'osait se résoudre à rien sacrifier et les latitudes qu'il s'accorde à l'égard des sources dont il fait usage.

L'histoire de la catéchèse primitive et du modeste livret qui a servi comme de premier essai aux catéchismes a été faite (voir Dictionn., t. ii, col. 2.')30-2543). A ce catéchisme apostolique on a cherché un titre et on n'en pouvait certes découvrir de plus approprié et de plus évocateur que celui de l'écrit désigné sous le nom de « Les Voies », ai oSoi. Les documents qui s'y rapportent ont été donnés et discutés dans nos Mormmenla Ecclciiœ lilurcjica. sectio ii, p. xiv-xxit; nous ne pouvons faire autre chose ici que d'y adresser le lecteur.

Le ministre du baptême n'est pas désigné. Peut-être n'y a-t-il pas lieu d'en être surpris. A la date où fut rédigée la Didaclù et dans la région d'où elle semble originaire, il est vraisemblable que cette fonction était exercée par le chef de la communauté. La troisième partie nous montrera l'existence d'un personnel hiérarchique nombreux et discipliné, une organisation suflisamment avancée pour permettre d'écarter la possibilité de recourir à un baptiste de rencontre.

La formule porte tantôt : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, » tantôt : « Au nom de Jésus » (ou » du Seigneur » (vu, 1, 3; ix, 5). Dans un écrit rituel tel que la Didaché, la présence de deux formules différentes pour une action unique semble faite pour surprendre et on n'a pas manqué d'en tirer argument contre l'authenticité de la formule trinitaire rai)portée par saint Matthieu, xxviii, 19, formule dont l'importance a toujours été tenue pour souveraine : /((', docete onmes génies, baptizanles cas in nomine Pidris et Filii et Spiritiis Sancti. Le Sauveur, après avoir rappelé son domaine universel, prescrit à ses disciples d'enseigner toutes les nations et de les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Sous peine de s'interdire l'explication de plusieurs textes du livre des Actes qui mentionnent le baptême au nom de Jésus, il faut renoncer à voir dans ces paroles la prescription d'une formule liturgique, mais une anticipation orientée vers l'avenir dont l'interprétation sera donnée aux apôtres par l'Esprit-Saint. Cependant, les uns, s'appuyant sur la formule trinitaire, pensent que l'usage hturgique a réagi sur le texte évangélique; les autres, partant de la formule christologique, affirment qu'elle n'eût pu être employée dès l'époque de saint Paul, si le Christ avait imposé à ses apôtres la formule trinitaire. Nous ne pensons pas que ces deux raisonnements soient efficaces : le premier, en supposant que l'usage hturgique est indépendant du texte évangélique, lui Ole tout point d'appui et en rend l'origine inexplicable: le second fait, de la parole du Christ, telle qu'elle est rapportée par saint .Matthieu, un précepte hlurgique péremptoire, ce qui est. pensons-nous, en fausser la portée. Il no\is semble, au contraire, que tous ces faits ne s'expliquent que si l'on admet l'authenticité du texte évangélique. ICn face du « baptême au nom <lc Jésus V, si fréquemment attesté dans les premiers documents chrétiens, on ne peut comprendre l'origine ni la difiusion du « baptême au nom du Père, du l-'ils et du Saint-Esprit » si cette formule liturgique n'avait pas eu l'appui d'une sentence du Seigneur, rapportée dans l'fivangile. D'autre part, rien n'oblige à voir dans

DIDACHE

cette sentence un précepte liturgique liant les apôtres à une formule déterminée et interdisant le baptême « au nom de Jésus ».

Les deux formules liturgiques ont-elles coexisté ? On l'a cru, et il semble difTicile d'en douter, mais cette question ne se présente pas à l'occasion de la Didachè où la seule formule baptismale prescrite est celle « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Quand il est question de « ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur, » l'auteur ne propose ni ne fait allusion à une formule liturgique de rechange, il mentionne simplement les mêmes baptisés dont il a réglé le rituel et le formulaire au moment où il décrivait la collation du sacrement.

La matière employée est l'eau. En étudiant les baptistères (voir ce mot), nous avons vu aussi bien dans les textes que dans les monuments qu'ils offrent une grande variété. Le baptême du Christ a dû presque nécessairement et comme d'instinct suggérer aux premiers chrétiens la pratique de l'immersion dans l'eau courante. En Syrie d'ailleurs, comme la plupart des pays où règne un climat très chaud, il ne faut guère compter sur l'eau stagnante, vite desséchée; quelques rivières, des torrents, une crique au bord de la mer. une source bien connue dans toute la contrée sont les seules ressources sur lesquelles on compte; l'auteur n'exclut même pas les eaux thermales, mais seulement, à défaut d'eau froide et si celle-ci manque absolument, il permet l'usage d'une « autre eau ». Le livre des Actes vint de bonne heure apprendre quelle latitude était laissée aux baptistes. Saint Paul paraît avoir été baptisé dans la maison de ce .Judas, située dans la rue Droite, à l'intérieur de Damas; l'eunuque qui s'entretenait chemin faisant avec le diacre Philippe dit, à la première eau qu'on rencontre : « Voilà de l'eau, est-ce que je ne pourrais pas être baptisé ? » Et il le fut surle-champ.

Il n'est pas question d'une consécration spéciale de l'eau baptismale dans les Aclcs, dans la Didachè. dans saint .Justin et même dans le Tesiamcntum Domini. Les premiers témoins de cette pratique qui a pu être assez longtemps toute locale, sont Clément d'Alexandrie et Tertullien.

Le mode normal de l'administration du baptême est l'immersion et il est aisé de comprendre que la recommandation de recourir à l'eau vive, quand c'est possible, exclut la simple idée d'une consécration spéciale de l'eau. Un des traits liturgiques les plus intéressants dont nous sommes redevables à la Didachè est la mention du baptême par affusion, qu'aucun autre document ne permettait de faire remonter à une si lointaine origine. Le mode par effusion n'est qu'une tolérance et comme un expédient dans le cas où l'eau courante ferait défaut. Les mots 'é/.ysov (ûîtop) £■!; Trjv /.£ipa).r|v sont très précis et ne comportent pas d'autre sens que celui de l'elTusion de l'eau sur la tête de chaque baptisé, il faut donc renoncer à l'opinion qui voulait que cette forme de baptême ait été introduite à l'usage des infirmes ou des malades hors d'état de quitter leur lit, ceux qu'on appela les cliniques (voir ce mot). L'usage qu'on fit du baptême par effusion en faveur des cliniques ne fut. en réalité, qu'une restriction apportée à la pratique primitive. A mesure que l'organisation se substitua à la spontanéité, que l'aménagement des baptistères permit l'adduction et le renouvellement de l'eau dans les piscines de plus en plus nombreuses, le baptême par immersion prit une solennité et offrit des faciUtés qui firent réserver l'effusion pour quelciues cas particuliers fort rares. C'est ce qui explique comment la prescription de la Didachè relative au baptême par infusio[i a disparu dans les Cnnslilulions apustoliqucs. La triple effusion d'eau prescrite pour le baptême par effusion confirme l'opinion généralement admise (|uc.

dès les origines, une triple inmiersion correspondait à l'invocation du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

'2. Jeûnes. — Si la préparation immédiate au baptême comporte pour le catéchumène l'observation d'un ou deux jours de jeûne avant la solennité, nous ne devons voir dans cette pratique autre chose que l'extension à une circonstance importante d'une coutume établie et fonctionnant régulièrement en dehors de la réception de baptême. Le jeûne avait, dès l'Ancien Testament, une valeur de purification et d'intercession comme la prière. Ce n'était pas seulement le catéchumène qui s'y trouvait astreint, mais le ministre du baptême lui aussi et même ceux qui portaient intérêt au récipiendaire. Ces derniers demeuraient strictement éti'ansers à l'action liturgique, on leur permettait cependant de s'y associer d'une certaine façon parle jeûne.

Le jeûne était un emprunt au judaïsme, mais il est vraisemblable que cette observance avait dévié de sa pratique primitive et qu'elle était alors exploitée par les rigoristes, ceux que le Christ qualifiait " hypocrites » et l'Évangile « pharisiens » : car, à la date où a pu être écrite la Didachè. la scission entre le judaïsme et le christianisme n'est pas accomplie, la situation comporte encore des ménagements réciproques et on aurait lieu d'être surpris de la vigueur avec laquelle il est recommandé aux fidèles de se distinguer des juifs. Cependant avec les pharisiens la rupture était consommée depuis les premières années, dès lors on ne doit plus s'étonner de lire : « les hypocrites jeûnent le lundi et le jeudi: pour vous, jeûnez le mercredi et le vendredi. •>

3- Prière. — La prière et le jeûne sont inséparables et concourent à rendre l'àme chrétienne digne de s'approcher de l'eucharistie; de même que la catéchèse prépare le baptisé, de même le jeûne et la prière introduisent le communiant dans une formation moins intellectuelle, plus intérieure. Telle est, croyons-nous, la raison qui a fait insérer à cette place, dans la construction didactique, l'avis d'avoir à s'acquitter chaque jour d'une triple récitation de l'Oraison dominicale. Sur ce point, la Didachè nous révèle l'existence d'un usage chrétien, pour lequel on ne connaissait pas d'attestation plus ancienne que celle qui se trouve dans Tertullien. C'est une différence de plus d'un siècle.

4. Eucharistie. — Sur le même plan que le baptême, la Didachè pose l'eucharistie réservée aux seuls baptisés. En tant que cette eucharistie est ainsi placée ù côté du baptême, elle se présente à nous comme sacrement dans les deux passages différents (ch. ix-x et ch. xiv-xv) où reparait ce terme A'cucluiristie. Mais d'abord est-ce bien de l'eucharistie qu'il est question dans ces deux passages ?

Ce point semble ne pouvoir être mis en question, au moins dans les chapitres xiv-xv. La Didachè prescrit de tenir au jour du Seigneur des assemblées. Le choix de ce jour n'a rien d'insolite puisque, dès le temps de saint Paul et en sa présence, la communauté de Corinthe se réunissait le lendemain du sabbat. De même, à Troas, ce premier jour des sabbats avait été choisi auquel, dès le temps où fut écrite V Apocalypse, s'appli- (juait le vocable de /upiaur; f||j.spa, « jour du Seigneur ».

La réunion est déjà désignée sous ce même terme que la langue ecclésiastique consacrera jiour désigner les réunions liturgiques (ajva/OÉvTEç, ajvaji;). Le caractère liturgique ressort de la différence entre ce qui se fait dans les réunions <iuotidicnncs recommandées aux fidèles et cette assemblée hebdomadaire. La Didachè conseille, dans la catéchèse morale, de rechercher tous les jours la compagnie des saints, afin de se réconforter par leurs conversations; ici il ne s'agit jilus d'un conseil, mais d'une obligation : « Le jour du Seigneur, réunissez-vous, rompez le pain et rendez grâces, après avoir d'abord confessé vos péchés, afin que votre sacrifice soit pur. » L'objet de la réunion

DIDACHK

dominicale est nettement déterminé, on accomplira deux actes : la fraction du pain et l'action de aràces. Ces actes sont distincts déjà à Troas. saint Paul prolonge son instruction jusqu'au milieu de la nuit, puis il rompt le pain et y goûte; cela fait, la prière reprend jusqu'au jour.

La réunion est présidée par des évêques et des diacres dont la fonction semble être de pratiquer euxmêmes la fraction du pain ; c'est du moins ce qui semble ressortir de la liaison des chapitres xiv à xv : « Choisissez-vous donc des évéques. » Quant à l'action de i^ràces, elle n'est pas exclusivement réservée aux évêques. Vers le temps où la Didacbè fut rédigée, des prophètes se trouvaient dans les Églises, s'arrogeant parfois le prestige et les privilèges accordés à ce titre bien que leur conduite ne leur y donnât aucun droit. L'action de grâces, la prière inspirée, est un office auquel, en vertu de leur don de « parler en esprit >. le.s prophètes excellent; aussi la Didachc recommande de leur permettre de rendre grâces comme ils voudront. Quant aux évêques et aux diacres, « ils remplissent, eux aussi, l'ofïice des prophètes et des didascales. »

La fraction du pain ainsi célébrée est qualifiée à trois reprises de sdcrificc. Oj7:i, et une citation de Malachie vient renforcer encore ce caractère par la comparaison qu'elle institue entre la tare physique inséparable de la victime dans les sacrifices figuratifs des juifs et la sainteté absolue du sacrifice réel accompli parmi les chrétiens. De même, la réconciliation des ennemis, prescrite par l'évangile, précède un véritable sacrifice.

Cependant, on voudrait autre chose, une description du rite accompli dans l'assemblée: la Didachc ne le donne pas, elle se borne à l'expression sommaire de « fraction de pain ., sans mention du vin ou du calice. La description souhaitée ne se trouverait-elle pas au.x chapitres ix et x qui renferment le texte d'une action de grâce eucharistique '? Nous allons revenir bientôt sur cette question de l'anapliore, absente du chapitre XIV, mais il convient de remarquer tout d'abord l'analogie de prière des chapitres ix-x avec les prières dont on sanctifiait les repas chez les juifs. Tout un rituel était employé, en Israël, pour la bénédiction des aliments et des repas : très simple pour les repas ordinaires sous la présidence du chef de famille; un peu plus étendu pour les trois repas du sabbat ou pour le repas du soir de la veille des grandes fêtes; compliqué enfin de chants, de psaumes, de versets et de répons alternants, pour le repas pascal. Mais toujours le noyau de cette cérémonie réside dans une bénédiction et une fraction du pain, dans une bénédiction du caUce, prononcées sous [orme d'action de grâces, avec des termes et des expressions qui rappellent en maints endroits les termes et les expressions des prières eucharistiques :

Bénédiction du pain : Sois loué, ô Seir/neur notre Dieu, roi de l'univers, qui fais sortir le pain de la terre.

Rénédiction du vin: Sois loué, ô Seigneur notre Dieu, roi de l'uniucrs. qui as créé le fruit de la vigne.

En général, les prières se liornent à remercier L)ieu pour le don matériel de la nourriture. Quelques prières respirent plus d'élévation morale.

Sois loué, ô Éternel, roi de l'Univers, qui nourris le monde entier par ta bonté, en toute grâce et miséricorde. Il donne le pain à toute chair.

Répons : Car sa miséricorde est éternelle.

Ou encore :

\ous te remercions, ô Éternel, notre Dieu, de ce que tu as donné à nos pares un pays spacieux, exquis et magnifique: de ce que, ô Éternel, notre Dieu, tu nous as conduits hors de V Égi/ple et délivrés de la maison d'esclavage.

Pour ton alliance que tu as marquée dans notre chair, pour la Loi que lu nous as enseignée, pour tes commandements que tu nous as (mnoncés, pour la vie que tu nous as donnée par ta grâce et ta miséricorde.

11 n'y a pas <lc doute que ces prières ne soient très anciennes, ayant été conservées dans le Traité des Rerakoth du Talmud. Du moins le sens général, la tonalité des ora'sons, le rite fondamental doivent nous représenter assez bien la signification religieuse du repas chez les juifs au temps de Jésus-Christ, dès qu'on les entourait d'un peu de solennité. L'on conçoit très bien comment a pu se faire la grelTc de la liturgie eucharistique sur la liturgie du repas juif. C'est un sujet .sur lequel nous aurons à revenir: en attendant, ces notions préliminaires rendront plus claires les diverses théories auxquelles prêtent les chapitres ix et x de la Didaché.

La plus ingénieuse et aussi la seule acceptable parmi ces théories, la seule que nous voulons retenir, est celle qui présente les prières que renferment ces deux chapitres comme étrangères à la lilurnie eucharistique. Pourtant, objectera-t-on immédiatement, toutes les expressions employées dans ces chapitres ne sont-elles pas des expressions eucharistiques '.'

Voici le texte en question :

IX. 7. y Quant à l'Eucharistie, rendez grâces ainsi. ■2. D'abord pour le calice: « Sous vous rendons grâces, notre Père, pour la sainte vigne de David votre serviteur. que vous nous avez fait connaître par Jésus votre serviteur. Gloire à vous dans les siècles ! » .7. Pour le pain : ' Nous vous rendons grâces, notre Père, pour la vie et la science que vous nous avez fait connaître par Jésus votre serviteur. Gloire à vous dans les siècles ! 4. Comme ce pain rompu était jadis épars sur les montagnes et qu'cujant été rassemblé il est devenu un seul tout, qu'ainsi votre Église soit rassemblée des extrémités de la terre dans votre royaume, parce qu'à vous est la gloire et la puissance par Jésus-Christ dans les siècles ! » .5. Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, si ce n'est les baptisés au nom du Seigneur; car c'est de ceci que le Seigneur a dit: « Ne donnez pas le saint aux chiens. »

X. 1. Après vous être rassasiés, rendez grâces ainsi. 2. « Nous vous rendons grâces. Père saint, par votre saint nom que vous avez fait habiter dans nos cceurs, pour la science, la foi et l' immortalité que vous nous avez fait connaître par Jésus, votre serviteur. Gloire à vous dans les siècles ! 1. C'est vous, maître tout-puissant, qui avez créé toute chose pour la gloire de votre nom, qui avez donné aux hommes la nourriture et le breuvage pour qu'en en jouissant ils vous rendent grâces; mais à nous vous avez donné une nourriture et un breuvage spirituels et la vie éternelle par votre serviteur. 4. Avant tout, nous vous rendons grâces, pane que vous êtes puissant. Gloire à vous diuis les siècles ! 5. Souvenez-vous, Seigneur, de délivrer votre Église de tout mal et de la rendre parfaite d<uis votre amour. Rassemblez-la des quatre vents du ciel, cette Église sanctifiée, dans votre royaume que vous lui avez préparé, parce qu'à vous est la puissarue et la gloire dans les siècles ! 6. Vienne la grâce et passe ce monde. Ilosanna au dieu de David ! Si quelqu'un est saint, qu'il vienne ! Si quelqu'un ne l'est pas, qu'il fasse pénitence! Notre- .Seigneur, viens ! .\men. »

7. Pour les prophètes, laissez-les rendre grâces nulunt qu'ils veulent.

Dans ce texte nous ne retrouvons jjIus l'ensemble des circonstances dont la réunion aux chapitres .\iv-xv désignait l'eucharistie : assemblée dominicale commençant par la confession des péchés et comportant l'action de grâces et les sacrifices accomplis sous la direction des évêques et des diacres. Ces rites, voici qu'un des plus anciens documents de la littérature chrétienne en témoigne; mais précisément à cause de cette antiquité, il faut se garder d'attacher aux termes qui y font leur apparition, la plénitude de sens qu'ils n'acquerront que peu à peu. à la longue, à mesure que la nécessité et l'usage courant limiteront et préciseront le scn ■. des mots.

DIDACHÈ

Ainsi, aux versets 3 et 4 du chapitre ix, il s'agit de la fraction du pain : -if: Si -où xXâafiaToç. Eù/op'.aTOjijiÉv, aoi... « iis-Hp r,'/ TOJTO t6 /.Àiiaa, etc. » Mais qui oserait ainrmer que partout où il est question de fraction du pain dans l'ancienne littérature chrétienne, il soit question du repas eucharistique '? Au ni= siècle encore, dans les Canons d'Hippotijte, la fraction du pain est une partie essentielle des agapes, quoique celles-ci, dans le document, n'aient aucune attache à l'Eucharistie. Les premiers chrétiens eurent dès l'origine et gardèrent longtemps l'habitude de commencer leur repas de chaque jour par ce rite familier. Paul transporté par mer à Rome est surpris en route par une horrible tempête qui, quinze jours durant, menace de submerger son navire. L'ange de Dieu lui annonce pourtant que ni lui ni ses compagnons ne périront. Le quatorzième jour, pour rendre courage à tous ceux qui l'entourent, l'.\pôtre les engage à prendre de la nourriture : » Voici quatorze jours, dit-il, que vous restez à jeun. .le vous engage donc à prendre de la nourriture: car, je vous l'assure, pas un cheveu de votre tête ne périra. » Et, prêchant d'exemple, > il prend du pain, rend grâces à Dieu en face de tous, le rompt, et se met à manger. .■ Et les aiitres de suivre cet exemple. Nul ne dira que saint Paul, dans ces circonstances, devant un entourage tout païen, ait célébré l'Eucharistie. Et cependant, il a lait précéder son repas d'un rite spécifiquement chrétien. Pourquoi l'auteur des Actes noterait-il qu'il rendit grâces et rompit le pain devant tous, s'il ne s'agissait là d'une pratique particulière, qui n'était observée d'ordinaire que devant les initiés ?

Cette fraction du pain avec action de grâces était donc une coutume chrétienne. Le Christ s'y était conformé à plusieurs reprises; l'Évangile nous le montre préludant à son repas avec les disciples ou avec la foule !)ar la fraction du pain. Il avait sa manière à lui de poser ce geste familier, car c'est précisément à sa manière de rompre le pain en se mettant à table, que les disciples d'Emmaiis le reconnurent. Il n'est donc pas étrange que les premiers chrétiens, quand ils se retrouvaient autour d'une même table, aient gardé la coutume de commencer leur repas par la fraction du pain avec action de grâces, .\insi il suffit, pour expliquer les expressions de la Didachè, qu'il s'agisse en cet endroit d'un repas pris entre chrétiens. Ce repas ne doit pas être le repas eucharistique.

L'argument qu'on tire du mot eucharistie par lequel s'ouvre notre fragment : ix, 1 : r.îf. àï tt;; eJ/ apuria;, n'est guère solide. Dans tout le Nouveau Testament, ce mot E-J/apiaTia est employé quinze fois dans le sens étymologique d'action de grâces. Nous ne devons pas lui attribuer un autre sens dans notre document. L'eucharistie, c'est la fornmle d'action de grâces prononcée sur le pain et sur le calice, ou bien, par une métaphore facile à comprendre, c'est aussi ce pain et ce vin euxmêmes sur lesquels on a rendu grâces, fussent-ils le pain et le vin d'un repas non sacré.

Mais, poursuit-on, n'est-il pas clairement indiqué dans la formule qui est ici récitée, que c'est pour le Christ qui vient d'être reçu dans son sacrement, qu'on rend grâces '? A'ous vous rendons grâces pour la sainte vigne de David, votre serviteur, que vous nous ave: /dit connattre par Jésus, votre serviteur (ix, 2). l-X plus lOin : X, 3 : Vous avez donné aut hommes la nourriture et la boisson pour qu'ils en jouissent et vous en rendent grâces, mais à nous vous nous avez donné une nourriture et une boisson spirituelles et la vie éternelle par votre serviteur.

Pour ce qui regarde la première expression, il est bien vrai que Clément <r-Mexandric. qui a connu la Didaché, appelle le sang du Christ, le sang de la vigne de David. Tout au plus peut-on en conclure que cet antcnr a donné ce sens .'i une expression très obscure de la Didaché. Nous doutons fort néanmoins (Uic cette Inter-

prétation, si elle est de Clément, soit exacte. Le sens de la phrase serait, en ce cas, assez singulier : A'ous vous rendons grâces pour le Christ que vous nous ave: fait connaître par le Christ. De plus, la comparaison de cette action de grâces sur le calice avec les endroits parallèles, c'est-à-dire avec le commencement de l'action de grâces sur le pain et de l'action de grâces finale, ne plaide pas en faveur de cette explication : A'ous l'ous rendons grâces pour la vie et pour la science que vous nous ave: /ait connaître par Jésus votre serviteur (ix, 3). A'ous vous rendons grâces... pour la science et la foi et l'immortalité que vous nous ave: luit connaître par Jésus votre servileur (ix, 2). On le voit, ces phrases sont absolument parallèles à celle qui nous occupe. Elles se comjioscnt de tous les mêmes mots : celui-là seul diflère qui indique l'objet propre de l'action de grâces, objet qui a été révélé par Jésus. Or, dans ces deux endroits, l'objet de l'action de grâces n'est nullement le Christ lui-même, mais un don apporté, révélé par lui aux fidèles. C'est un pareil don qui doit être désigné aussi, IX, 2, par les mots ; la sainte vigne de David. Nous n'essaierons pas de déterminer quel est ce don. Ne serait-ce pas peut-être, comme plusieurs l'ont cru, l'Église chrétienne '? Cette interprétation peut en appeler au psaume lxxix, 9-20, et surtout au contexte de nos prières qui, plusieurs fois, s'occupent de l'Église.

La seconde expression inourrilure, boisson spirituelle) nous parait beaucoup moins probante encore. Saint Paul emploie aussi ces mêmes mots, sans cependant les appliquer au Christ. I a Didachè ne parle pas de pain spirituel ni de vin spirituel. Elle n'a même pas l'article devant les mots nourriture et boisson, Tfoçr,'/ za! -oTOv. Cette nourriture spirituelle, pourquoi ne seraitce pas les dons du Christ dont il vient d'être question, la science, la foi. l'immortalité '.' Ne faudrait-il même pas comprendre la phrase : èyaofaoj -vs'jaaT'.zr,-' "poçV' /.»■. roTov xa! ^wf;/ ï'civ.ov, de telle sorte que le dernier membre de l'énumération ne soit que l'explication des deux autres '?

■Sans doute, ces expressions que nous venons de parcourir pourraient s'appliquer à l'Eucharistie. Mais nous n'en voyons aucune dont le sens eucharistique, dans )e passage qui nous occupe, s'impose. Toutes peuvent avoir été employées pour sanctifier le repas ordinaire. Aussi, l'auteur du livre VII (c. xxv, xxvi) des Constitutions apostoliques, qui a fait de nos prières des prières eucharistiques, a-t-il dii à cet elîet le remanier. D'aVord, il omet l'aclion de grâces sur le calice (IX, 2); il n'aura donc pas reconnu plus que nous le Christ dans la sainte vigne de David. Puis, dans la formule suivante (ix, 3- 1), il insère toute une description en abrégé de la vie du Sauveur et ajoute ensuite ces mots caractéristiques : "'Eti EJ/apKTTOjjisv. IlaTEo f,[iiôv, j-lp TOj Tt|A:oj at|j.aTOç, 'Ir|30j Xpi^TOj toû Èz/uOsvtoç JTîÈp fijjLtôv y.a! ToO Tiiifoy at>')|iaTo; ou xat àvriTu;;a TaCiTa ÈniTEiXoOttEV aÙTO'j 3'.aTa$a;i£vou zaTaYYÉ/.Xsiv tov aviToi Oivaiov. Au chapitre suivant, le même auteur a introduit la prière à réciter après toute la cérémonie, par les mots : ;i£Ti ôÈ Tr|v [jiETà).rj'}iv, changeant encore l'expression de la Didachè (x, 1) |iETà Se to EiiTrXrjiOTÎvat, qui, il faut l'avouer, ne se comprend guère de la réception du sacrement. Ijiliii. dans cette prière finale même, il a introduit une nouvelle allusion au sang et â la mort du Christ : Souvenez-vous de votre sainte liglisc (x, :>), r,v îTEp'.ETTO'.rJTi.) TiT) Tiaii;) affiSTi Toâ Xpiatoû oou.

11 est si diflicile de retrouver l'eucharistie dans ces ))rièrcs de la Didaché, qu'après les avoir rajiportécs comme un témoignage de la liturgie eucharistique aux temps primitifs, un critique se voit forcé de faire cette remarque : « H est clair que ce rituel et ces formules nous viennent d'un milieu très dilTérent de cehii où écrivaient saint Justin et saint Clément.... La langue lilnrgi<pie dont saint Clément nous oITrc un document

DIDACHE

si ancien et si autorisé, ce rituel présenté par saint Justin comme d'un usage général dans les assemblées chrétiennes, sont tout à fait analogues à ce que nous rencontrons, trois siècles plus tard, au temps oi'i les documents abondent. Au contraire, la liturgie décrite dans la lUdnchè a tout l'aspect d'une anomalie; elle est en dehors du courant, de la ligne générale du développement tant pour le rituel que pour le style. >• A notre avis, l'anomalie consiste simplement en ceci, que la Didachè s'occupe d'une réunion de fidtMes dont il n'est plus question dans les autres documents de la plus ancienne littérature chrétienne.

Mais cette réunion des fidèles ne serait-elle pas la réunion eucharistique dans sa forme primitive, la réunion à une table commune, dans le souvenir du Christ, d'où serait sortie, peu à peu, par une lente évolution, l'Eucharistie chrétienne '!

Cette manière de voir est inadmissil)le. Au chapitre XIV, nous l'avons rencontré et nul n'en doute, la Didachè s'occupe de la réunion eucharistique. Dès lors, il est impossible qu'elle traite de la même réunion aux chapitres ix et x. Pourquoi ces deux parties d'un même exposé eussent-elles été séparées par une dissertation sur les prophètes, les apôtres et les docteurs, laquelle ne se rattache que d'une manière tout accidentelle à ces deux parties '? .Supposons, si on le veut, que l'auteur de la compilation qu'est la Didachè ait puisé ces deux morceaux dans deux sources différentes. Rien ne l'empêchait de les réunir dans son oeuvre. 11 eût même été naturellement amené à placer en premier lieu le chapitre XIV qui ne renferme guère que le précepte de la céléliration de l'Hucharistic, et à le faire suivre immédiatement des chapitres ix et x qui décriraient le mode de cette célébration. Aussi, la place qu'occupent ces deux chapitres dans la Didachè est à elle seule un sérieux argument contre l'interprétation eucharistique qu'on en donne d'ordinaire.

Si maintenant nous comparons les prescriptions qu'elle renferme avec celles du chapitre xiv, il sera plus évident encore qu'elles ne se rapportent pas au même oljjet, qu'elles ne visent donc pas la réunion eucharistique dont il est si manifestement question dans ce chapitre. Au verset 3 du chapitre ix nous lisons : Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, si ce n'est ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur. Les infidèles et les catéchumènes doivent donc être exclus de la réunion à laquelle ce passage est consacré, mais tous les baptisés peuvent y être admis. Les prescriptions du chapitre xiv sont plus sévères. Si l'on y acceptait simplement un fidèle souillé d'une faute grave et publi(iue, le sacrifice, lui aussi, serait souillé. Les Canons d'Hippolytc qui sont, après la Didachè, le plus ancien document proprement liturgique auquel nous puissions en appeler, montrent la même sollicitude à l'égard de la pureté de ceux qui prennent part aux mystères eucharistiques. 11 ne sufTit pas qu'ils soient baptisés. Ceux qui sont soumis à la pénitence, ceux qui ont donné quelque scandale dans l'Église, les femmes récemment accouchées, doivent en être exclus.

D'après ces mêmes Canons d'Hippolytc, le peuple assiste passivement à la célébration de l'Eucharistie. Mais dans les autres assemblées pour la prière ou pour l'agape, il prend une part active dans les chants et la récitation des formules. De même, d'après saint .Justin, quand le pain et le calice sont apportés, c'est le président de l'assemblée seul qui /ait des prières et des actions de grâces ; les fidèles y répondent seulement : Amen. De même encore au chapitre xiv, la Didacliè ne contient aucune prière à réciter par le peuple au cours du mystère sacré lui-même; nous l'avons vu, elle considère celui-ci comme une action réservée aux ministres de l'autel. Au contraire, aux chapitres ix-x, elle invite

tous les fidèles à prononcer les actions de grilces dont elle leur communique la teneur. Seulement, ils doivent s'en tenu- aux formules consacrées; les prophètes, eux, peuvent donner libre cours à leur inspiration : toï; o't T.f'jtfr'iii'.i £-'.Tpî-£TE E-Jyapi'jTîîv, oaa OéXo'ji'.v.

Ce dernier trait nous fournit une nouvelle preuve du caractère moins sacré de l'action dont les règles sont prescrites dans le passage qui nous occupe. Nulle part nous ne rencontrons le libre exercice des charismes dans la célébration de l'iùicharistle, ni au chapitre xi de la l" aux Corinthiens, ni dans V Apologie de saint Justin, ni plus tard dans les Canons d'Hippolytc. Tout s'y passe d'après un rituel bien déterminé. Les autres réunions ont des règles beaucoup moins fixes ou même laissent libre cours aux inspirations de l'Esprit; telles, celles dont parle saint Paul au chapitre xiv de la I"' aux Corinthiens, et les simples assemblées pour la prière dans les Canons d'Hippolytc.

N'avons-nous pas le droit de tirer de ces différents indices la même conclusion qui ressort déjà de la place occupée par ces chapitres ix et x ? Ceux-ci n'ont pas trait à la même institution que le chapitre xiv. Ils ne décrivent donc pas la réunion eucharistique, à quelque degré de son évolution qu'on suppose celle-ci arrivée.

Nous ne pouvons y reconnaître autre chose que des formules d'actions de grâces à prononcer par les fidèles assis à une table commune, les unes au commencement du repas, les autres à la fin, [xîxch -6 £ij.7:À7)aOf,vai, d'après l'expression si claire du chapitre x. Il est frappant que, vers le temps où les Constitutions apostoliques devaient remanier ces formules pour les rendre eucharistiques, l'auteur du De virginilatc, faussement attribué à saint Athanase, mais qui parait bien être du iv siècle, les emploie encore dans le sens que nous leur donnons dans la Didachè. Il recommande aux vierges à qui il s'adresse de réciter la prière suivante : A'oijs vous rendons grâces, ô notre Père, pour votre sainte résurrection; vous nous l'avez lait connaître en effet par .lésus, votre enfant. El de même que ce pain, qui est sur cette table, était autrefois dispersé et qu'ayant été rassemblé, il a été fait une seule chose, qu'ainsi votre Église soit rassemblée des confins de la terre dans votre royaume, parce qu'à vous est la puissance et la gloire dans les siècles. Amen. Ce sont les termes mêmes de notre chapitre ix.

Les repas étaient pris en commun par les fidèles auxquels s'adresse la Didachè puisque les prophètes y sont supposés présents (x, 7). Ils avaient, au moins dans certaines parties, leurs règles déterminées. Les prières s'y faisaient, nous l'avons dit, d'après des formules consacrées. On commençait par rendre grâces sur le calice. Puis, on rompait le pain, conformément à ce rite dont nous avons constaté l'usage quotidien dans l'ivjlise :iii(istolique. Suivait alors le repas. L'ne action de LTàcfs !.'rnérale terminait la réunion. Ces règles, ces fornuites consacrées donnaient à ces repas commun un caractère semi-liturgique. C'est ce qui explique la solennité des prières qui y sont récitées. Dans celles-ci, l'âme de ces premiers fidèles s'élevait, de la nourriture matérielle qu'ils allaient prendre ou qu'ils venaient de recevoir, à ces dons d'un ordre supérieur dont elle pouvait passer pour la figure, et ils en prenaient occasion pour rendre grâces i\ Dieu de tous ses bienfaits. En même temps, ils sollicitaient de la bonté divine ces bienfaits qui faisaient l'objet habituel des prières des premiers chrétiens. Si on tient compte de l'âge de notre document, on ne s'étonnera pas que ses formules aient une teinte eschatologique très prononcée. Ces formules suivent d'ailleurs d'assez près celles que les juifs employaient dans leurs repas.

La prière de la Didachè, x. 6, est eschatologique et non eucharistique : elle se rattache naturellement â l'action de grâce? qui précède. Il n'est pas ici question d'agape et l'opposition (pi'on a pensé découvrir entre

DIDACHE

les chapitres ix et x n'est qu'un prétexte pour se livrer I à des découpages ingénieux. En réalité, il s'agit d'un repas commun des fidèles, repas dont aucun indice i ne trahit une relation quelconque avec l'Eucharistie. Quelle est donc leur origine '?

Ne faudrait-il pas y reconnaître ime survivance des coutumes de la primitive Église de Jérusalem ? Les Actes des Apôtres nous apprennent qu'après la Pentecôte, les premiers chrétiens prenaient leurs repas en commun : Ils élaient assidus à se réunir tous ensemble (Ô;j.o0uaa5ov) chaque jour dans le temple, et rompant le pain y.ot.-' oixov. ils prenaient leur nourriture dans le transport de leurs âmes (Iv àYiÀXtiasi) et la simplicité de leurs cœurs, louant Dieu et ayant grâce auprès de tout le peuple. Ces mots : rompant le pain, ils prenaient leur nourriture, indiquent bien un repas pour la réfection corporelle et non un repas essentiellement religieux. Ce repas, ils ne le prenaient point chacun dans sa famille. L'auteur des Actes, qui est tout préoccupé en ce passage de relever les manifestations de l'union et de communauté en toutes clioses existant entre ces fidèles, n'eût eu aucune raison d'attirer l'attention sur ce point. Enfin /.y.-' o'tzov n'est pas synonyme de /.aO'Ézsta-ov ov/.o'/. Pour rendre ce sens « dans chaque maison particulière > saint Luc se sert de l'expression zaTa Toùç o'ixo'j;, ou bien zar' oTzouç. Cependant, les chrétiens ne s'asseyaient pas tous ensemble à la table dont il est ici question. L'opposition de zat' oizov à rj;jioOjaïOo'v de la proposition précédente le montre clairement : ils se trouvaient tous en même temps au i temple, mais ils rompaient le pain /.ol-' oIzov. Nous croyons donc que, pour ces repas, ils se partageaient en divers groupes (il le fallait bien, vu leur nombre), les uns se réunissaient dans une maison, les autres dans une autre. C'étaient donc encore néanmoins et en un certain sens des repas communs qu'ils prenaient.

Il n'y a rien dans cette pratique qui doive noijs surprendre. Le Seigneur, durant sa vie mortelle, s'était constamment comporté avec les siens comme un maître de maison qui réunit des invités à sa table. Tous ses bienfaits, même les plus spirituels, il les avait désignés sous la figure de la nourriture corporelle. Son futur royaume surtout, suivant d'ailleurs en cela une conception juive, il le leur avait décrit sous le symbole d'un repas qu'il prendrait de nouveau avec eux. Tous ces souvenirs auraient déjà suffi à rassembler ses disciples, après sa mort, autour d'une table commune. 11 y eut d'ailleurs à cet usage une raison d'ordre pratique. Il semble incontestable que dans la première Église de Jérusalem, la communauté des biens, sans avoir été obligatoire ni universelle, fut néanmoins exercée sur une large échelle. Les biens mis en commun, l'administration en devenait commune et celle-ci avait facilement pour conséquence la communauté des repas. L'institution des diacres racontée au chapitre vi des Actes nous semble être en relation avec cette pratique primitive. Les Grecs se prirent à murmurer contre les Hébreux parce que leurs veuves étaient négligées dans le service quotidien, Èv t^ Biazovioc Tfj zaOri|XEpwfj. Le verset suivant nous apprend ce qu'était cette diaconie : /; n'est pas convenable, disent les Douze, que nous abandonnions la parole de Dieu pour nous occuper du service des tables, Siaxoveiv Tpa^riÇiiç. Il faut avouer que cette expression est singulière, s'il s'agit seulement ici, comme on le pense d'ordinaire, de la distribution aux fidèles, pour subvenir à toutes les nécessités prévues de l'existence, d'une partie des biens mis en commun. Dans notre hypothèse, au contraire, ces mots se comprennent à merveille. Si les repas de chaque jour se prenaient en commun, il devait y avoir dans l'Église un service public des tables, dont la charge était de fournir aux maisons où ces repas se prenaient, les ressources indispensables il cet cllet.

La pratique de la primitive Église de Jérusalem nous semble donc avoir une origine spécifiquement chrétienne, ce qui n'empêche pas évidemment que ces premiers chrétiens aient suivi dans leur repas en commun des règles adoptées par les juifs dans des repas analogues. C'est cette antique coutume de la première Église que nous retrouvons, quarante ou cinquante ans plus tard, dans la Didarhè. Les fidèles à qui ce règlement s'adresse ne s'assemblaient sans doute plus tous les jours à une même table. Ils ne s'y trouvaient réunis que de temps en temps, gardant ainsi un vestige d'une antique tradition. L'origine palestinienne des prescriptions contenues dans les chapitres ix et x de la Didachè peut se confirmer par le caractère judaïque des formules d'actions de grâces qui y sont données et dont nous avons déjà noté l'analogie avec les formules du rituel juif, comme aussi, en particulier par la présence en ces prières grecques de ces mots aramaïques : Hosanna. Maranatha. Amen. Le chapitre précédent dans lequel il est défendu de jeûner avec les hypocrites, de prier comme les hypocrites, c'est-à-dire les pharisiens, trahit aussi une même origine.

Terminons par un dernier argument. Si l'on admet notre interprétation, on comprendra sans peine la prescription du verset 9 du chapitre xi de la Didachè : Amun prophète ordonnant dans l'esprit de préparer la table ne prendra part au repas, ù moins qu'il ne soit un fctux prophète. Il doit s'agir ici d'une réunion des fidèles dans laquelle les charismes se produisent. La table en question ne peut pas être la table eucharistique, ni nn repas purement symbolique se terminant par la réception de l'Eucharistie. La défense absolue qui est faite aux prophètes serait en ce cas étrange. On en voit au contraire immédiatement la raison, 11 s'agit d'un véritable repas, tel que celui que nous crovons trouver aux chapitres ix et x.

Cette argumentation si forte, à laquelle nous avons tenu à ne rien retrancher d'essentiel, a été présentée par M. P. Ladeuze et confirmée par dom P. Cagin.

Le chapitre vu de la Didachè, relatif au bai)tême, se terminait, on s'en souvient, par des avis touchant le jeûne préparatoire à l'administration et à la réception du sacrement. Le chapitre viii a traité du jeune, des jours qu'il y faut consacrer, des sentiniciils (ju'il y faut apporter. Les chapitres ix et x vont abcudcr la fraction du jeûne par le repas, non un repas cuiliarislique,mais un repas véritable, copieux, à l'issue duquel les convives pourront familièrement s'avouer « remplis » : ;j.£Tà 8È TO £u.7:XE!j6rîvai. C'est un repas non eucharistique, mais c'est néanmoins un repas si)iriluel, que sanctifie la prière, analogue dans une certaine mesure au repas des communautés religieuses, qui juscfu'à nos jours procèdent à la bénédiclion solennelle de la table avant et après ce repas. .Admettons provisoirement que le repas commun dont parlent les chapitres ix et x, c'est l'agape qui suit le i)a])téme. Bien de surprenant, dès lors, que les chapitres xi. xii et xiii s'occupent îles prophètes, puisque ceux-ci sont ilans le cas d'exercer leur charisme dans cette agajie post-baptismale, ce qui nous conduit au chai)itre xiv qui, nous l'avons dit, s'occupe de la réunion eucharistique, sans hésitation ni contestation possible; et au chapitre xv, qui conclut à la nécessité de posséder les évèciues et les diacres, ministres de ce sacrifice eucharistique.

Or il se trouve, par suite d'une coïncidence qu'on ne saurait croire fortuite, que le développement cnnstalé dans la Didachè sous la forme : baptême, jeûne, repas, reparaît dans le même ordre dans le livre 'VII des Constitutions apostoliques, dans les Statuts apostoliques coptes de Taltam, el coptes saïdiques de llorner, enfin dans les Statuts apostoliques éthiopiens et arabes. L'ne si exacte symétrie dans l'associalion des Idées ne semble pouvoir s'cxpli([iier «pie comme l'écho d'une conimunc

DIDACHE

tradition dans laquelle il y a lieu d'aller plus avant.

D'une confrontation instituée entre les fragments palimpsestes de Vérone, les Statuts coptes, les Statuts coptes saïdiquc;, les Statuts éthiopiens et les Statuts arabes, il ressort que ces cinq documents présentent un tcmoinnat;e unanime relativement à l'original commun dont ils se montrent soucieux de ne pas s'écarter sur un point cependant aussi secondaire que l'enclialnement des idées; d'où l'on peut induire qu'ils se sont montrés au moins aussi préoccupés, sinon plus, de ne pas répudier les enseignements touchant la nature du repas. Or, sur ce point, il est indéniable que les Statuts envisagent ce repas comme non eucharistique :

Statuts coptes; xvn, 5 : Xdmqui' hœc benedictio est, neque vero Eucbaristia sicut corpus Dnmini.

Stat. copt. saïd.; 47 : Hoc enim est benedictio non autem graliarum actio (Eucharistia) sicut corpus Domini.

Statuts éthiopiens; 36 : Namque hic panis panis est benedictionis, non autem Oblatio sicut corpus D. N. J.-C.

Statuts arabes; 3.") : Hoc enim est benedictio non autem gratianim actio {Eucharistia) sicut corpus Domini.

Cette Iractio panis, liturgique, et cependant distincte de l'oblation proprement eucharistique, sa distribution publique par l'évèque à tous les fidèles, et enfin ces divers rites s'accomplissant préalablement au repas commun, tout cela ne nous transporte-t-il pas dans un monde d'idées et d'institutions qui nous sont aujourd'hui parfaitement inconnues "? Mais aussi peuton rien imaginer qui ressemble davantage au -ipi toj //.àiuaTo; des chapitres ix et x de la Didachù ? La distinction qu'on fait ici entre VOblatio sicut corpus Domini d'une part, et le panis Benedictionis, d'autre part, n'est-elle pas exactement le pendant de celle que nous devons faire entre la Sua!» du chapitre xiv et le ~£pl ToO z).âau.aToç.

Il y a plus. Outre le pain de l'Eucharistie et le pain de Bénédiction, le texte des Statuts mentionne une troisième espèce de pain, celui que chacun rompra luimême, qu'il a devant soi, qu'il a vraisemblablement apporté avec lui.

XVII, 5 : e manu episcopi particulam accipiant priusquam unusquisque pancm sunm jrangit.

47 : ...accipiant de manu episcopi /rar/mentum panis. : priusquam /rangal suum quisque pancm.

30 : ...de manu autem ipsius episcopi acciperc debent oblationis ffagmentnm priusquam participent.

35 : ...de manu episcopi fraymentum panis accipiant. priusquam frangat unusquisque panem quem antc se habel. Les Statuts éthiopiens donnent un développement considérable à la description du Lucernaire sous cette rubrique : De aflerendis lampadibus in cena Ecclcsix. Préoccupé de coUiger tout ce qui peut procurer un supplément de lumière ou de précision, le rédacteur a inséré ce long paragraphe isolé entre les textes parallèles et néanmoins à sa place véritable. De plus, il a heureusement pris soin d'avertir de ce qu'il faut dire et ce qu'il faut omettre afin, sans doute, d'évdter les erreurs qui pourraient se produire. C'est ainsi qu'il prend la précaution d'écrire : Non autem dicent: Sursum corda: hoc enim dicetur tempore oblationis, et qu'il conclut par cette remarque capitale : Eulogia enim est, non Eucharistia sicut Eucharistia Domini. C'est ainsi que l'heureuse prolixité du Statut éthiopien éclaire d'un jour définitif le texte de la Didachè. Le doute n'est désormais plus possible : dans la discipline ancienne — abandonnée de très bonne heure — la manducation de l'agape précédait la célébration de l'eucharistie; le contraire n'avait lieu que dans les circonstances où l'on était astreint au jeûne.

Les Statuts parlent aussi d'une bénédiction de la

coupe Jt ne laissent subsister aucun doute sur son caractère rituel et non eucharistique. Les catéchumènes y participent, mais à part des fidèles : ...priusquam gustent et bibant aliquid quodris, oportel illos accipere caiicem et grattas agere super eum, et bibereel edcre, munduti enim sunt. Culechumcnis dentur panis benedictionis et ealix.

L'agape du Lucernaire, telle que nous la décrit le Sta^u/ éthiopien, ijrésenteuncparticularité remarquable, c'est la priorité donnée à la bénédiction de la coupe sur la distribution du pain : (inito psalmo grattas agct super culiccm et de Iragmentis dabilcunclis fidclibus... Or, cette interversion par rapport au rite qui a prévalu se rencontre dans le chapitre ix de la Didachè et elle a fort embarrassé les commentateurs de ce dernier texte, préoccupés de retrouver le dessin du sacrifice eucharistique et réduits, en désespoir de cause, à imputer la malencontreuse interversion à la fantaisie ou à l'inadvertance du rédacteur de la Didachè. Il en est tout autrement dans la réalité. Nous sommes ici en présence d'un Ordo. C'est l'ordre qu'on observait dans la célébration liturgique, non pas de l'Eucharistie, mais de ces étranges repas communs. Toutefois le cérémonial et la sanctification de ces repas pouvaient, en apparence du moins, offrir assez de coïncidences avec le cérémonial et le formulaire eucharistique, pour que la confusion s'établît entre eux.

Concluons : le repas décrit aux chapitres ix et x de la Didachè n'est autre que l'agape.

Avant de quitter ce chapitre ix nous relèverons encore une recommandation finale qui paraissait un argument invincible en faveur de l'hypothèse eucharistique : « Que personne, lisait-on, ne mange ni ne boive de notre eucharistie, si ce n'est les baptisés au nom du Seigneur, car c'est de ceci que le Seigneur a dit : 1 Ne donnez pas le saint aux chiens. » Or ce n'est pas seulement pour l'Eucharistie, mais encore pour l'agape que les catéchumènes étaient exclus de la société des fidèles : ...Pra'ceptum de eo quod non decel catechumcnos cderc cum fidelibus et calechumenos cum fidelibus ad mensam Domini sedcre.

Il s'agit donc de repas semi-liturgiques.

II faut se garder de croire à une fixité des usages liturgiques qui serait en contradiction avec ce que nous apprennent tous les indices de la période primitive. Sous peine de surcharger de façon intolérable la prière et d'entraver la discipline sous prétexte de l'adapter aux besoins des Églises, il fallait dès lors se résoudre à des abandons successifs. Si le De mystico mysterio nous avertit que les catéchumènes sont encore exclus de la prière domestique, cette discipline a fait son temps au moment dont témoignent les Canons d'Hippolyte et les Statuts qui ne parlent d'exclure les catéchumènes de la table des fidèles que dans les agapes. Nouvelle étape, marquée par le livre VIII des Constitutions apostoliques qui nous montre les catéchumènes assistant dès lors à la première partie de la synaxe eucharistique, donc associés à la prière officielle des fidèles jusqu'au moment du renvoi. La Didachè marque, elle aussi, une étape dan^ une progression analogue. Elle s'oppose ù ce qu'on fasse participer à la coupe et au pain de Bénédiction quiconque n'a pas reçu le baptême. Celte rigueur n'aura qu'un temps et déjà les Statuts s'en sont écartés et les Canons d'Hippolyte autorisent à associer les catéchumènes à la communauté des fidèles, en sorte ([u'ils auront désormais leur jiart de la coupe et du pain de Bénédiction; il est certain que, par l'effet d'une dernière restriction, ils ne recevront cette part qu'en dehors de l'assemblée; mais, du moins, ce sera de la main de l'évèque.

Et. une fois de plus, nous allons constater que la Didachè, comme les Statuts, marque simplement des étapes. Si nous prenons le premier groupe de textes :

DIDACHE

Fragments de Vérone, Statuts coptes et saîdiques, nous y remarquons le souci évident de désigner par des noms différents le pain qu'on donnait aux catéchumènes et celui qu'on distribuait aux fidèles : panis exorcismi aux premiers, panis Bencdiciionis aux deuxièmes. Au contraire, dans le deuxième groupe de textes : Statuts itfiiopiens et Statuts arabes, auxquels on peut ici associer les Canons d'Hippolijte. la distinction vi.ailante s'est déjà relâchée, puisque nous voyons, dans un premier cas, les Statuts éthiopiens et les arabes donner aux catéchumènes le panis Bcnedictionis des fidèles, tandis que dans un second cas les Statuts arabes reviennent pour les catéchumènes au panis exorcismi qu'ils opposent alors à VEulogia des lidéles, id est Bcnedictio, ce que les Statuts éthiopiens représentent, à l'endroit correspondant, par l'opposition du panis mysticus des catéchumènes à VEutogia des fidèles.

Deux choses sont donc certaines et évidentes : c'est que partout il s'agit d'agape et non d'Eucharistie dans les chapitres ix et x de la Didaché, en même temps qu'il y avait dès lors, à côté de l'agape et très dilîérente d'elle, l'Eucharistie dont il sera question dans le chapitre XIV du même document. Enfin, ces chapitres ix et X sont si étrangers au thème eucharistique que pour les y attirer il a lallu les dénaturer; c'est ce qu'a tait le rédacteur du livre VII des Constitutions apostoliques dans les chapitres xxii à xxvi.

La démonstration à l'aide des textes exige des développements qui ne peuvent trouver place ici. nous adressons ceux qui s'y intéressent à nos Mnnumenta Ecclesise liturgica. t. i, part. 2, p. xxiv-xi.v.

Avec le chapitre xiv, une hésitalion possible, c'est bien de l'Eucharistie qui! s'agit. L'identification proposée entre le sacrifice (Oji'a) dominical et le sacrifice décrit par Malachie est évidente. Remarquons que ce chapitre xiv ne contient pas d'anaphore, ce qui n'est pas une raison pour attribuer cette fonction aux prières contenues dans les chapitres ix et x. L'absence d'anaphore n'est pas chose exceptionnelle; semblable omission se remarque dans les Statuts des apôtres, version copte, version copte saïdique, version arabe et dans les Canons d'IIippolifte. Ces quatre documents ont suivi parallèlement le texte représenté aujourd'hui par les Fragments de Vérone et la Version éthiopienne lesquels donnent intégralement l'anaphore eucharistique: mais arrivés à ce point ils s'en séparent et se bornent à mentionner la formule que les autres n'hésitent pas à transcrire.

Le parallélisme, frappant jusque-là, s'interronqit tout à coup, et tandis que les Fragments de Vérone et les Statuts éthiopiens débutent ainsi :

Et sic jam prosequatur : Grattas tibi rejerimus, Deus, ter dilectum pucrum tuum...

Deinde dicunt orationrm eurharisticam... : Gratins agimus tibi. Domine, per dilectum filium tuum. nos quatre documents se contentent de ceci ;

Copte : Et sic oret dicens ea quee his succedunl in ORDiNE sanclœ oblationis.

Saïdique ; Et similitcr sic oret et dical ea quiv liis succédant secundnm consuetudinem sanctœ oblationis.

Arabe ; Et dicat ea quœ his succrdunt in regui.a oblationis.

Can. Hi))]). ; l'ostca aulcm dicat onATioNEM et i)crficiat missam.

L'absence de transcription ne peut donc, dans aucun de CCS quatre documents, éf|uivaloir à l'inexistence <le l'anaphore qui est le texte traditionnel {consuetudo). officiel (ordo, régula) d'une prière (oralio) suflisamment connue déjà à l'époque des Canons d' 1 1 ippobjte pour que ceux-ci aient cru pouvoir se dispenser de la transcrire. Après tout, c'était apparennnenl l'alTaire de ceux qui avaient à s'en servir, les prêtres, d'en confier à leur mémoire lu teneur simple et facile à retenir, dont,

peut-être, à raison de son caractère, une tradition verbale avait suffi d'abord à maintenir le thème consacré, sans qu'il fût encore nécessaire et opportun de le fixer par un écrit ne variclur.

Un dernier détail mérite d'être noté. Le chapitre xiv de la Didaché est immédiatement suivi de ces mots : XsipOTOVTjaaTS ojv éauTOiç È:;iaxo~ou; zaî oiaxovou^. « Chaque dimanche vous devez vous réunir pour la fraction du pain..., donc établissez-vous des évêques et des diacres. » Ce sont donc les évêques et les diacres qui feront la fraction du pain et elle leur est réservée; cette fraction est une Ouiia, nous l'avons vu, et c'est à juste titre qu'elle requiert l'intervention sacerdotale. Le oJv qui relie entre eux les chapitres xiv et XV nous instruit ainsi de la principale fonction destinée à l'épiscopat et au diaconat, c'est la célébration de l'eucharistie.

f). L'enseignement. — Ceux qui distribuent l'enseignement ne sont pas moins honorés que ceux qui administrent les sacrements à la communauté. Ce corps enseignant comprend trois catégories : apôtres, prophètes, didascales, tous nomades, allant de ville en ville, n'ayant aucune communauté à leur charge, maïs la charge de les visiter, de les connaître toutes, de faire profiter les unes des acquisitions des autres, de mettre les unes en garde contre les erreurs des autres. Ces nomades semblent parfaitement indépendants, ils ne sont pas envoyés par un supérieur, ils s'attardent peu dans chaque communauté. De recommandation ils n'en ont point, ou plutôt ils ont les dons spirituels qui sont en eux. Ce personnel est un des plus extraordinaires qui se puissent rencontrer, nous le connaissons à peine et nous nous demandons quelle discipline, quelle hiérarchie, quels abus suppose une organisation qui est la négation même de toute organisation. Les documents nous apprennent si peu de chose que mieux vaut avouer notre ignorance.

En tête de ces itinérants sont les apôtres, c'est-à-dire des missionnaires autorisés par Dieu. Outre les douze qui ont vécu avec le Christ et qui jouissent d'un immense prestige, mais que la mort fait successivement disparaître, il y a donc d'autres apôtres en nombre illimité, qui parcourent les Églises, comme Andronicus et .lunias dont parle l'épître aux Homains. A ces apôtres, les fidèles feront bon accueil, comme an Seigneur lui-même; mais qu'on se tienne sur ses gardes, car cette réception bienveillante provoque les imposteurs. Ainsi donc qu'on vérifie leur enseignement, qu'on l'éprouve à celui de la tradition, ([u'on s'assure du désintéressement et du zèle de ces nomades qui doivent être pauvres, faisant séjour d'un jour ou deux au plus, le bissac fourni d'une miche de ])ain pour la journée. Plus tard, on les nommera « évangélistcs », c'est sous ce nom qu'ils sont désignés dans Eusèbe et même l;i Didacliè les désigne sous le nom de pseudoproplules par une réminiscence du texte de saint Miitthii'u: mais tout ceci indique quelque imprécision et incertitiiite de langage et de concept.

Les prophètes sont les plus nombreux de ces nomades voués à l'enseignement. Ils ont le don de « parler en esprit » et leur crédit est immense dans les cercles chrétiens. Ils parlent donc ime langue intelligible aux hommes, ils édifient, ils exhortent, ils consolent, ils prédisent, l'n prophète peut soudain être ravi en extase, s'exprimer avec véhémence, mais sans cesser d'être intelligible, caril n'a généralement ])as le don de glossolalie. La Didaclic cherche à incul(|uer le plus grand respect ])Our ces personnages sur les(|nils elle interdit déporter un jugement sous peine de ciimnietlrc le péché irrémissible. Il ne faut pas se figurer les jirnphètes comme des faquirs échcvelés et hurlants; ils sont en réalité les « grands prêtres » des coinnninaulés chrétiennes. On les voit intervenir dans le cuMe,

DIDACHÈ

célébrer l'u^^apc, improviser l'action de yrJces. Ce sont des modèles proposés à 1 imitation des membres de la hiérarcliie sédentaire. Même on n'hésite pas à rapprocher ces ])rophètes de ceux qui portèrent ce titre autrefois, sous l'Ancien Testament.

Contrairement à l'apùtrc qui ne peut s'attarder cl qui s'arrête à peine dans les comnmnautés, le prophète fait des séjours prolongés autant ([u'il le juge nécessaire, il peut même avoir une résidence habituelle, mais dans tous ces cas, il est toujours à la charge des Tidêles qui doivent le nourrir et l'entretenir; il reçoit les prémices, il n'est pas encore question de dime. .\insi, tandis que l'apotre doit vivre d'indigence, le prophète pourra se créer une e.Kistencc moins austère et une installation à peu près contortalde. Mais ces conditions avantageuses provoquent les aventuriers à se faire passer pour prophètes et, dès le temps de saint Paul, on voit qu'il est nécessaire de prendre des garanties à leur sujet. .Mais quelles garanties '? La Didachè est fort vague et même un peu contradictoire. On ne doit pas éprouver ni juger un prophète qui parle en esprit, mais la question est de savoir s'il parle en esprit ou non. Pour s'en assurer il faut voir s'il donne un enseignement conforme à celui de la doctrine, s'il a de bonnes moeurs, s'il se conforme aux conseils qu'il livre à autrui, s'il est désintéressé, s'il ne recherche ni bien-être, ni argent. Enfin s'il opère en vue du mystère terrestre de l'Église. Qu'est-ce à dire '? On n'en sait absolument rien et il faut en conclure que ceci était donc très clair pour les contemporains, faisait allusion à un usage qu'ils connaissaient et dont nous ne savons rien. Dès lors, on a le champ libre pour imaginer.

Les didascales sont mentionnés deux fois; eux aussi donnent l'enseignement, mais cependant ils forment une catégorie distincte qu'on ne peut confondre avec les précédentes. Ce qui est certain, c'est qu'ils n'ont ni extases ni transports comme les prophètes et possèdent le don de science. On ne risque pas grand'chose à se les représenter comme des gens de sens rassis, intelligents, cultivés, sachant parler et discuter, peu impressionnables par les manifestations des prophètes et destinés par leurs qualités à paraître tièdes et à devenir suspects. On voit, en effet, qu'ils furent en conflit avec les chefs des communautés, mais tandis qu'apôtres et propliètes disparaissent de bonne heure, eux ont su durer, toujours exerçant leur fonction, et on les retrouve au temps de ïertullien, d'Origène et jusqu'en plein m'' siècle en Egypte. La Didaché paraît en faire peu de cas ou du moins peu d'attention ; ils sont sédentaires s'ils veulent, touchent leurs rations, mais ne semblent pas avoir part aux prémices.

6. Hiérarchie. — La Didachè s'intéresse visiblement aux apôtres et aux prophètes, déjà elle traite les didascales avec moins d'attention et la hiérarchie sédentaire est rapidement indiquée. Ces dignitaires locaux des communautés sont choisis dans le sein de chacune d'elles et n'ont pas charge de l'Église universelle. Élus par les fidèles, ils sont subordonnés aux ministres de la parole dont ils semblent être simplement les substituts ; d'abord pour la célébration de l'eucharistie, et la présidence des assemblées du dimanche, car c'est pour cela qu'il faut des évêques et des diacres; mais toutes les autres fonctions des apôtres, des prophètes et des didascales leur reviennent de droit en l'absence de ceux-ci, ils en accomplissent les différents ministères. (}u'ils soient doux, désintéressés, eux qui ont droit au respect qu'on accorde aux prophètes et aux didascales.

Le même chapitre qui traite de la hiérarchie locale et sédentaire reprend un résumé des devoirs essentiels des chrétiens à l'égard les uns des autres, parce que les évoques et les diacres exercent une magistrature morale qui suppose la connaissance et la surveillance individuelle des fidèles relevant du groupe, .\ucune mention

des presbytres et aucune indication sur les droits respectifs des évêques et des diacres.

7. Conjession. — Deux mentions de la confession des péchés dans la Didachè, iv, 11; xiv, 1. Dans le premier cas, une confession individuelle faite dans l'assemblée pour purifier la conscience; dans le deuxième cas, une confession préparatoire à la réception de l'eucharistie, le dimanche. On n'en trouve plus trace dans les Coiislilutions apostoliques.

VIT. Conclusion. — La Didachè est un écrit capital pous nos études d'antiquité et de liturgie, mais il est impossilile de songer à lui consacrer une monographie complète. Une œuvre de ce genre exigerait une étendue et des dimensions incompatibles avec ce qu'on attend d'un Dictionnaire; de plus, c'est à maintes reprises, suivant que tel ou tel sujet se présente, que la Didaché reparaît, sans qu'on puisse songer à adresser perpétuellement le lecteur à un travail présenté une fois pour toutes. La découverte de l'opuscule de la bibliothèque du Saint-Sépulcre a été un des événements les plus considérables pour l'histoire des origines du christianisme et de ses institutions, au xix« siècle. La multitude d'écrits provoqués par ces quelques pages ne peut être recensée complètement; d'ailleurs il s'en trouve de parfaitement inutiles et dignes d'oubli. On ne recueillera dans la bibliographie qui va suivre que les titres d'ouvrages dont la connaissance importe.

VIII. BinLioGn.\PiiiE. — 1883. AiSayr, Tôjv owosxa a-oîToXwv ky. toG cepouoX'jjjLex'.xoîi yeipoypàc&ou vûv

-pWTOV lxO!00;X£Vfj |JL£T-j; 7rOO/£YO[A£Va)V Xaî <7Y,U.£!'ci)- (7îO)V Ûiz'o «tiXoOéoo BpUSVviou |iY|Tp07roXiTO'J \l-

xofi'fjosîa. 'Ev K(ov(jTavTivoinrô)i£i.

1884. .\. Hilgenfeld, Evangeliorum secundum Hebnvos, sec. Pctrum, sec. /Kqtiptios, Matthix Traditionem, Pelri et l'cnili Prœdicalionis et Aetuum, Pétri Apocalypseos, Didascaliie aposlolorum antiquioris quœ supersunl addita Doctrina XII apostolorum et lihello qui appellatus Dux viœ, vel Judicium Pétri colleyit, disposuit, emcndata et aucta itcrum cdidit et adnotationibus illustravit, vel: Novum Teslamentum extra canonem receptum, fasc. 4, edit. ait., Lipsiœ, p. 129. — A. Harnack, Die Lehrc der zwolf Apostel nebst Untersuchnngen zur ùltesten Geschichle der Kirchenverfassung und des Kirchenrechls, Leipzig, p. 70— 294, réédition en 1893, dite Grosse Ausgabe, p. 1-70, texte trad. et comm., p. 1- 294, prolégomènes. — A. Wiinsche, Lehre der zwolf Apostel nach der Ausgabe des Metropotitcn l'hit. Bri/ennios mit Rejûgung des Urtcrtes nebst Einleitung und Noten, in-8'', Leipzig, p. 34; 2' édit., la même année. — E. Friedberg, dans Zeitschri/t fur Kirchenrecht, Freiburg, t. IX, p. 408-425. — C. E. Luthardt, dans Zeitschrifl lilr kirchliehc Wissenschaft und kirchliches Leben, Leipzig, t. V, p. 139-1 13. — F. X. Funk, dans Theologisehe Quartalschri/t, Tùbingen, t. lxvi, p. 381-393. — L. Duchesne, dans Bulletin critique, t. v, p. 91-94. — G. Bonet-Maury. La doctrine des Douze apôtres, essai de traduction avec un commentaire critique et historique, in-S", Paris, p. 36. — I. Prius, A'.Sa/ri tûv St.J3£/.a àrodT'JÀwv e codice Hierosotumitano, nunc Conslantinopolitano nuperrime edidit Phil. Br., in usum studiosœ fuventutis repctiil, Lugduni Batavorum. — C. \Varming, De tolv (ipostles Uerdom. Ht sl<rift fra det audet Kristelige arhundrede, Copenhague. — .\. S. Paulssen. dans Thcologisk Tideschrijt front den dansice Folkekirke, Copenhague, t. I, p. ;')76-5S9. — I. E. Berggren, dans Theologisk Tidcschrift grundat af A.-F. Bcckmann, L'psal, XIII, p. 200-'20(î. — C. P. Crtspari, dans I.uthersk L'geskri/t, n. 21. 2.5. ■ - II. de Roinestin, The teaching of Ihe Iwelfe aiiostles. The greek texl with introduction, translation, notes and illustrative passages, Oxford. — C. Spence, Tlie teifhing «/ tbc twelve apostles. A translation ivitli notes, and crcursus illustrative of Ihe

DIDACHÈ

teachiny and the greek lext, London. — Fr. Farrar, dans The amlemporary review, p. G98-706. — R. D. Hitch- Uock et Fr- Brown, The. leachinij o/ the twelve aposlles reccritly discovercd and publishcd bij P. B. metr. of Nie, edited wilh translation, introduction and notes, New- York. — I. Fitzgerald, Teaching 0/ the twelne apostlcs, New- York. — S. St-Orris, Teachiny 0/ the twelve apostles, text and translation logether ivith criticdl and illustraiive papers bij eminent scholars, New- York. — Fr. Gardiner, The recently discovercd aposlolic manuseript, New- York. — I. H. Hall et I. I. Napier, daus Sunday school times, Philadelphie. — C. O. Starbuck et F. C. Srayth, dans The Andover review. Boston, p. 533-547. — G. Bickell, Die ncu entdeckte Lehre der Apostel und die Liturgie, dans Zeitschrift fur katholischc Théologie, t. viii, p. 400-412. — A. Gordon, Teaching of the twelve apostles, dans The modem review, London, p. 446-480, 563-569. — Krawutzcky, Ueber die sogenn. Zwôljapostellehre, ihre hauptsachlichsten Qucllen und ihre erste Aufnahme, dans Theol. Quarlals., p. 547- 606. — Massebieau, L'enseignement des douze apôtres, dans Revue de l'histoire des religions, Paris, t. x. — A. Harnack, dans Theologische I.ileralurzeitung, 1884, n. 3. — Ph. Bapheidés, dans ' E7./.).r|<îiaTi-/.r) 'AXiiSsia, 15 janv., 15 et 29 févr. — J. Wordsworth, dans The guardian, 19 mars 1884. — E. Mcnêgoz, dans Le témoignage, 23 févr., 1" mars. S, 15 et 29 mars, 5 juill., 3 janv. 1885. — A. Hilgei.feld. dans Liternrisches Centralblatt. 15 mars; dans Zeitschrift fur wiss. Theol.. t. m, p. 366. — J. C. Long, dans The natiomd baptisl, 24 avril; dans The indépendant, 13 avril. — Boase, dans The academy. 19 avril. — Th. Zahn, Die Lehre der Zwôlf Apostel, dans Forschungen zur Geschichte des neule.stamentlichen Kanons und der altkirchlichen Litteratur, Erlangen, t. m, p. 278-319. — St. Orris, Rendel Harris, Hall, Craven, dans The journal of Christian philosophy, avril. — P. Cassel, dans Sunem, n. 25. — E. de Murait L'enseignement des douze apôtres, dans Flevue de théologie et de philosophie. mai, p. 278-291. — O. Petersen, Die Lehre der zwôlf Apostel. Mittheilungen und Bemerkungen, Leipzig. — S. Matthieu, Les origines de l'épiscopat. dans Revue de théologie, Montauban, juilleL — H. Holtzmann, Die Didache und ihre Nebenformen, dans Jahrbùcher fur protest. Theol., p. 154-166. — U.C..., De l'organisation de l'Église primitive, à propos de la Didaché, dans la Renaissance, n. 37 à 44. — P. Sabatier, La Didaché. dans VÉglise libre, n. 11, 12. 13, 14, 15, 17, 18. — J. Réville, Une importante découverte, dans la Renaissance, 29 février. — S. Potwin, The vocabulary of tlie teaching of the apostles, dans Bibliotheca sacra, p. 800- 817; fhe lasl chapter of the teaching of the twelve apostles illustrated from passages of the early cliristian fathers. dans The Andover review, t. v, p. 443-444.

1885. i'. Sabalicr. AiSayi) tùv aji' ir.'jrsx'T/.M't. La Didaché ou l'enseignement des douze apôtres, Paris. — R. Majocchi, La dottrina dei dodici apostoli. Dorumento délia Chiesa primitive publicato nel suo testo originale con versiune latina e commenta, Milano, 2' édit.; Modena, 1887. — F. Coniba, dans Rivista cristiana, Fircnze, t. xiii, p. 352-366. — H. V. Meiboom, dans Theologisch Tijdschrift. t. xix, p. 533-551. Leydc. — Ph. Schaft, The oldest church manual calted the teaching of the twelfe apostles. The Didaché and kindred documents in the origincd wilh translations and discussions of postapnstolic teaching. baptism, worship and discipline and with illustrations and facsimités of tlic Jérusalem manuscript, New-York, 2= édit., 1886. — Thrce pages of Ihc Bryennios manuseript, reproduccd by pliotography for the .lohn Ilopkins University. Edited. wilh notes, by .J. Rendel Harris, Baltimore. — Aberle, Die Didaché und ihre Nebenformen, dans Literarisclie Rundschau. Freiburg, n. 8-9. - C. F. Arnold, /;('■ iieucnt décide

Lehre der zwôlf Apostel, dans Zeitschrift fur Kirchenrechi, Freiburg, p. 407-438; Die Didaché und die apostolischen Vater, ibid., p. 439-454. — G. Binnie, The British and foreign evangelical review, London, p. 040-660. — Harris, The teaching of the apostles and the sibylline books, Cambridge. — Haymann, dans Dublin review, p. 91-106. — A. Hilgenfeld, Die Lehre der zw. Ap.. dans Zeitschrift fur wisscnsch. Théologie, 6, xxviii, p. 73-102.

— Holtzmann, Die Didaché und ihre Nebenformen, dans Jahrbùcher fiir protest. Théologie, t. xi. p. 154-166.

— I. Langen, Dus ûlteste christlichc Kirchcnbuch. dans Historische Zeitschrift, t. lui. p. 193-214. — G. Lcchler, Das nachapostolisehe und das apostolische Zeitcdter, S' édit., p. 553 sq. — J. B. Lightfoot, dans The e.rpositor. janvier; The apostolic fathers, t. 11, part. 2, p. 739. — De Rossi, Animadversiones ad doctrinse capitula viii. j.T et -V, sive ad modum sacramentorumb aidismi et eucharisliœ administrandorum. dans Bull, di archcol. crist., p. 18-24. — Venables, The teaching of the twelve apostles, dans The british quarterly review. London, p. 333-370. — Th. Zahn, Justinus und die Lehre der zw. Ap., dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte. Gotha, t. viii, p. 66-84.

1886. .\. Harnack, Die Apostellehre und die jûdischcn heiden Vt'ege, Leipzig, 1886. — C. Taylor, The teaching of the twelve apostles with illustrations from the Talmud. Cambridge. — .^berle. Die Quellen der Lehre der zwôlf .\postel. dans Ut omnes unuin, Erford, n. 87- 90. — C. F. .\rnold, Questionum de compositionc et fonlibus Barnabœ cpistolœ capita nonnulla, p. 13-29. — H. Behm, Bemerkungen zur Didaché, ix, 2, dans Zeitschrift fur kirchl. Wisscnsch. und kirch. Leben, t. vin, p. 579-578. — Bratke, Die Einheitlichkeit der Didaché, dans Jahrbùcher fur protest. Théologie, t. xii, p. 302-312. — F. Cabrol, Un nouvel écrit des temps apostoliques. La doctrine des douze apôtres, dans Revue des questions historiques, t. xxxix, p. 237-248. — Chase, .\'ote on the teaching of the twelve apostles, c. ni, dans The expositor, p. 319-320. — G. Lethler, Urkundenfunde zur Geschichtc des christl. Altcriums. Leipzig, t. II, p. 14 sq. — Spitta, Die Abcndmahlsgcbcle ans der Lehre der zwôlf Apostel. dans Zeitscltrift fur praktische Théologie, Frankfurt, t. viii, p. 313-321. — VolUmar, Zur Zwôlf apostellehre, dans Theolog. Zeitschrift ans d< r Schweiz, p. 117-118. — B. B. Warlield, Text, sources cmd contents of « The two ways » or first section of tlic Didaché, dans Bibliotheca sacra, p. 100-160; The expositor, p. 150-159; The Didache and ils kindred forms, dans The Andover review, t. vi, p. 81-97; ef. ibid., t. IV, p. 593-599; t. vi, p. 217-220 : Notes on the Didaché (The pseudo-Athanasius and tlie book of jubilies and the Didaché, dans Journal of the Society of biblical literatuT and excgesis. p. 86-98.

1887. F. X. Inink, Doctrina duodecim apostolorum. canones apostolorum ecclesiustici ac reliquiv doctrimv de duabus viis cxpositioncs velercs, edidil. adnot(dionibus cl prolegomcnis illustravit. vcrsioncm hdinam aildidit. Tubingse; Opéra palrum apostolicorum. L Lditio nova. Doctrina duodecim apostolorum adaucta, Twbmiix: Zur Apostellehre. dans Theologische Quartalschrift. )). 276 sq. — J. Rendel Harris, The teaching of the apostles. London (rei)roduction photographique du ms.). - .\. Chiappclli, Studi di antica letteratura cristiana, Torino, p. 21-1 18.

1888. W olileinbcrg. Die Lehre der zwôlf Apo.itel in ihrem Vcrhôllniss zum neutestamentlichen Scrifttum, ICrlangen. - .L Héron, The Church of tlie suh-apostolic âge. London.

1889. 1'. SihalL The oldest Church manu<d. 3' édit.. New-York.

1891. .Minasi, Lu doltnna del signore dci dodici apostoli bandita (die grnti. drtia la dottrina dci dodici apostoli. Homa. - F. .\. h'unk. Die apostolischen Kon-

DIDACHE

DIDASCALE

stilalionen, Patlerborn. — E. Jacquier, La doctrine des I douze apôtres et ses enseignements, Paris.

1892. Aucune publication

1893. Spitta, Zur Oeschichtc und Litterutur des Urchristentiims, Gœttingen, t. i, p. 205. — A. llarnack, Geschichle der attchristlichen Lileratur, Leipzig, 1. 1, p. 86- | 92. — X. Biesenthal, Die urcliristliche Kirclxe... nach der Didaehè. — P. Savi, La dottrina degli apostoli, Torino; cf. le mOme, La dottrina dei dodici apostoli, dans Sladi e docamenti di storia e dirilto, t. xiv, p. 3 scj.

1894. -J. Rcville, Les origines de l'épiscopat, l^aris, p. 2:«-2(31.

1895. .1. Iselin, Fine bishcr Unbekannle Version des ersten Telles der Apostellehre, Leipzig.

1896. .\. Harnack, dans Realencyklopâdie jiXr proies tantisclw Théologie und Kirche. ?,' cdit., t. i, p. 71 1-730. — A. Moe, Die Apostellehre und der Dekalog im Unterrichl der alten Kirche, GUIersloh.

1897. E. von Kenesse, Die Lehre der zwolj Aposlcl, in-S". Giessen. — A. Harnack, Chronologie, p. 428 sq.

1898. Hnlzhey, Die Abhàngigkeit der siirtschen Didaskalia von der Didaché,d-dns Compte rendu du I V" congrès scientifique international des catholiques à l'ribourg, l. I, p. 249-277. — Benigni (Didachc copié), dans Bessarione. p. 311 sq.

1899. F. X. Funk, Die Didaehè, Zeit und Verhâltniss zu den venvandtcn Schrijten, dans Kirchengesehichtliche Abhandlungen und Untersueh.ungen, Paderborn, t. ii, p. 108-141. — Le Muséon, t. xiii, p. 227-228.

1900. .J. Schlechl. Doctrina XII apostoloram, in-8'', Freiburg. — A. Ehrhard, Die allchristliehe Lileratur und ihre Erforschung von lSii-1900, Freiburg, p. 37- 68. — .\. Harnack, dans Theologische Literaturzeitung, col. 638-640. — ■ A. Baumstark, Ueberlieferung and Bezeugung der AiiÔtIxt; toS K'joio'j r;jji(5v 'Itjooù XptaToO.

— Dans Rômische Quartalschrijl, t. xiv, p. 1-45. Le même. Die arabischen Texte des A'.iStJ/.t) toj Kjoioj, dans même revue, p. 292-300.

1901. J. Schlecht, Die Apostellehre in der Liturgie der kathnlischen Kirche, Freiburg. — F. X. Funk, Patres apostolici, 2 vol., Tubingse, t. i. p. vi-xx, p. 2-37. — E. von der Goltz, Das Gebet in der altesten Christenheit, Leipzig, p. 207-220. — J. F. Keating, The Agape and the Eucharist in Ihe earlg Church, London. — E. Hennecke. Die Grundschrijt der Didaehè und ihre Rczensionen, dans Zeitschrift fur neutest. Wissenschaft, t. u, p. 58-72. — P. Ladeuze, dans Revue d'histoire ecclésiastique, t. II, p. 97-103.

1902. W. B. Frankland. The earlg eucharist, London.

— P. Ladeuze, L' Eucharistie et les repas communs des fidèles dans la Didaehè, dans Revue de l'Orient chrétien, p. 339-359. — O. Bardenhewer, Geschichle der altkirchlichen Literalar. Freiburg, 1. 1, p. 76-86. — F. X. Funk, Zw Didaehè, die Frage nach der Grundschrift und ihren Rezensionen. dans Theologische Quartalschrift, Tûbingen. p. 73-88. — Bulletin critique, nouv. série, t. viii,

1903. J. Leipoldt. Schenute von Atripe und die Entstehang des nationalegijptischen Christentums, Leipzig. — Th. Schcrniann, Eine Elfapostclmoral oder die X recension der « beiden Wege ■>. Miinchen. ^ V. H. .Stanton, The gospels as historical documents. I. The early use of the gospels. Cambridge. — Scheiweiler, Die Elemente der Eucharistie in den ersten drei Jahrhunderten, Mainz.

— F. X. Funk, L'agape, dans Revue d'histoire ecclésiastique, t. IV, p. 5-23. — E. Jacquier, La doctrine des douze apôtres, dans Vacant-Mangenot, Dictionnaire de thèol. cathol., 1. 1, col. 1680-1687. — J. Tunnel, Étude sur la Didaehè, dans Annales de philosophie chrétienne, t. CXI.VII. p. 281-297.

1904. J. V. Bartlet, Didaehè, dans Hastings, Diclionary of Ihe Bible, extravolume, p. 439-451. — P. Drews, Untersuchungen zur Didaehè, dans Zeitschrift fïir ncu-

Icstamentliche Wissenschaft, t. v, p. 53-79. — K. Goetz, Die Abendmahlsfrage in ihrer geschichtlichen Enlivicklung, Leipzig, p. 124-136. — A. Andersen, Das Abendmahl in den ersten zivci Jahrhunderten nach Clirislus. — J. Olîord, The De duabus viis chapters nf the teaching of the Iwelve apostles of Didaehè, dans Proceedings of the Society of biblical archœology, t. xxvi, p. 105-108.

1905. R. Seeberg, Die beiden Wege und das Aposleldekret, Leipzig. — V. H. Stanton, The Xeiv Testament in the apostolic fathcrs, Oxford. — E. von der (iollz, Tischgebele und Abendmahlsgebete in der altchristlichen und in der griechisehcn Kirche, Leipzig. — A. Slrurkraann. Die Gegenwart Chrisli in der heiligen Eucharistie, Wien. — C. Bigg, Xotes on the Didaehè, dans The journal of theological studies, t. vi, p. 411-415. — F. X. Funk, Didaehè und Barnabusbrief, dans Theologische Quartalschrift, Tiibingen, t. lxxxvii, p. 161-179.

1906. P. Batiffol, L'Eucharistie, dans Éludes d'histoire et de théologie positive, Paris. — C. Taylor, Traces of a saying of the Didaehè, dans The journal of theological studies, t. VIII, p. 115-117. — A. Seeberg, Die beiden Wege und das Aposteldekret. in-S", Leipzig. — F. Neklapil, Zur Tcxtgeschichte der Didaehè, Iglam.

1907. H. Hemmer, Doctrine des apôtres, dans Les Pères apostoliques, Paris, p. xiv-lx, p. lxxxix-c, p. 2-29. — H. Koch, Die Didaehè bei Cyprian? dans Zeitschrift fur neutest. Wissenschaft, t. viii, p. 69-70. — T. Schermann, Die Gebete in Didaehè c. is and J, dans Festgabe Alcîs Knôpfler, p. 225-239.

1909. G. Klein, Die iiltesten christliehen Katechisme, Berlin. — P. Pervobytnaia khristianskaia obchtchina pri swietie Utcheniia dvienadlzali apostolov, Moscou, t. I, p. 472-474, 610-619, 739-741. — A. Mauser, Zur Didaehè i, 6, aus der Viia Chrodegangi, dans Thcolog. Revue, Munster, t. viii, p. 459-460.

1911. E. Jacquier, Le Xouveau Testamenl dans l'Église chrétienne, t. i, p. 58-70.

1912. P. Caoin, L'Eucharistia. Canon primitif de la messe ou formulaire essentiel et premier de toutes les liturgies, Paris. — C. H. Turner, Studies in early Church history, Oxford.

1913. Cabrol et Leclercq, Monumenta Ecclesiœ liturgica, t. I, part. 2, p. xii-xlv.

H. Leclercq.

DIDASCALE Le rôle et le titre de S'.ois/.aÀo; ou

de doclor dans la primitive Église a été justement comparé à celui du maître des novices dans une communauté religieuse. C'était un éducateur auquel incombait la charge d'instruire les catéchumènes en vue de la préparation au baptême et de la morale chrétienne. 11 faut se garder d'imaginer didascales et docteurs dans l'attitude magnifique des maîtres fameux du Didascalee d'-\lexandrie. Pantène, Clément. Origéne forment une dynastie géniale et exceptionnelle qui n'a de commun que le dévouement avec la série des humbles catéchistes dont l'histoire n'a pas gardé les noms: leur charge est rappelée par les documents, mais sans qu'on v prèle grande attention, car ils sont évidemment «les iiuinbles, des modestes : doctores animarum pro infontibus nondum fonnatis, pro catechumenis. doctores prœpositi ecclesiœ. voilù toute l'attention qu'on leur accorde, car jamais ils n'ont formé un ordre distinct, jamais ils n'ont joui d'un rang hiérarchique séparé.

Marangoni a édile, sans indiquer la provenance, une inscription romaine qui, à en juger par sa formule, doit être ancienne, iii-ii" siècle ' :

CNOAAC KITC ZCOCIMOC Al

AACKAAOC eTCONNH-eiPHNH COI HHCa)

' Marangoni, -Icla S. Victorini, in-8', Romir, 1740, p. 73,

DIDASCALE

DIDASCALIE

■' Ici repose Zosinie, didascale, mort à ciiiquanle-neuf ans. Paix à toi. »

Dans la Passio S. Perpeluse, la martjre nous montre au cours d'une de ses visions l'évèque Optatus et Aspasius, qu'elle qualitie presbylcr doctor. qui sont en conflit ': autre mention de prcsbyteri doclores dans saint Cyprien -. Sans prétendre généraliser cette indication, il semble que les prêtres ont dû exercer, de préférence aux évèques et aux diacres, une fonction pour laquelle ils disposaient de plus de temps, n'étant pas absorbés par le gouvernement et l'administration temporelle des Églises ^.

t'ne lampe chrétienne de Carthage représente peutêtre un doctor ecclesiœ, en tous cas. elle mérite d'être figurée ici '. Cette lampe est en terre cuite, longueur O'olT, largeur O^OV. en belle terre rouge. Personnaae assis, vêtu d'une ample tunique à larges manches et porte une longue barbe (fig. 3731).

3731 . — Lampe chrétienne.

D'après Del.nttrC; Minée Lmiucrie, 1899, |il. ix, n. G.

Une plaque de marbre grec portant deux figures tracées au ciseau, la partie centrale de la plaque étant restaurée avec du plâtre '■. A gauche, un personnage vêtu de la tunique et du paUium, assis sur une haute cliaire et enseignant; à droite, un autre personnage vêtu de la même façon, debout, un volunte ouvert entre les mains et regardant en face de lui. C'est un monument du

' Passio S. Periicliia; c. xiii, édit. J. A. Robinson, 1891, p. 82. — ' EpisL, xwni, édit. Martel, p. 548. — ' J. A. Emesti, De nominc dactoris apud veteres chrisiianos^ in-4'', Lipsise, 1775. — * Delattrc, Musée Saint-Louis de Cartilage. in-4°, Paris, 1899. part. III, pi. i.\, n. G, p.40. — ' O. Marucchi, / monumerUi del museo Pio cristiano Laleranense, in-Iol., Roma, lUlO, pi. xxxix, n. 7; cf. J. Fickcr, Die altcliristlichen Bildiverke ini cliristliclien Muséum des Laterans, in-8°, Leipzig, 1890, p. 175, n. 226; voir Dictionn., t. m, col. 67, flg. 2413. — • Adu. Iiœres.. hirr. xi.v, c. iv; h. i.xxx, c. vu; h. Lxxv, c. VI : h. lxx, c. x, édit. Dindorf, t. ii, p. 410, t. ni, p. 546, 360, 255-258; on trouvera ces textes transcrits

111= siècle et provenant du cimetière de Prétextât. En l'absence de tout indice, il est impossible de rattacher cette scène à un épisode historique quelconque; l'inscription placée entre les deux personnages a disparu, il n'en reste qu'un vestige inutilisable mais qui, du

3732. — Crallite du cinictiéic de l'iétexi.'il.

D'après O. .Maruchi, I moniinienti del museo cristiano Pio- I.alernnen-ie, pi. xxxix, n. 7.

moins, atteste la présence d'un texte: longueur 0"'90, hauteur 0">47 (fig. 373'2).

H. Leclercq.

DIDASCALIE. — I. Témoignages. II. 'Versions. 1. latine; 2. syriaque; 3. arabe: 4. éthiopienne; III. .Sources. IV. Enseignement. 1. Épiscopat; 2. Clergé; 3. Communauté; 4. Martyre; 5. Résurrection; 6. Hérétiques: 7. Juifs. 8. Les pa'iens. V. Destinée. \'l. Patrie. VII. Époque. VIII. Auteur.

I. TiiMoiGNAGES. — I,e premier qui fasse mention de la Didascalie est saint Épiphane qui la désigne sous le nom de AtaTàJt; ou encore AiaTaçs; Tùjv ir.0'j-6).w/ '. Non seulement il cite cet écrit, mais il nous apprend que les Audiens l'invoquaient pour justifier leur coutume de célébrer la fête de Pâques à la manière des Quartodécimans '; d'ailleurs il n'ignore ni ne dissinmle que cet écrit était suspect à beaucoup de gens dont il ne partage pas les préventions, et il fait cas de ce recueil qui contient tout ce qui a trait à la discipline de l'Eglise et ne peut être accusé d'erreur ni d'inexactitude. Un autre témoin qui, apparemment, ne professait pas une moindre estime, est l'auteur des Conslilutiotis apostoliques, lequel a distendu le texte de la Didascalie de laçon à en tirer le texte des six premiers livres des Constitutions '. Troisième témoin : pseudo-Chrysostome, puisqu'on est convenu de désigner ainsi l'auteur de l'Opus impcr/ectum in Matlliœuni; nous Icnlendons mentionner la Didascalie sous le litre de Liber cunonum ou encore Cnnones apostolorum'. Enfin, en plein moyen âge, Bar-Hebrseus (j 1286) "> et. afin de ne rien omettre, deux témoins douteux ".

Dès le XVII !• siècle, la version syriaque de la Didascalie commenvait à être connue, .\brahain Echellensis en avait cité quelques extraits et un érudit anglais, Grabc, se préoccupait d'obtenir la transcription de

cl connncntés dans F. X. l'iuilv, Didascaliu- et Constiliitio- \ nés afïostolorum. 1905, t. ïi, |). 3-7. — " Adu. liœres.. ha?r. i.xx, c. x-xii, édit. Dindorf, t. m, p. 255-258. — " Voir £>ictionn., t. III, col. 2732. — • Homil., i, xiii, xxviii, xLiv, un, P. G., t. Lvi, col. 618, 626, 707, 778, 858, 935; et dans Funk, op. ci(., t. Il, p. 8-11, — '• Nomocanon. ii, 3; vu, 3, 7; XXXVIII, 1 ; édit. A. Mai, dans .Scriptor. veter. nova coll., t. X, part. 2, p. 14, 15, 50, 240; Etliicon, il, 3, 10; 5, 6, édil. P. Bcdjan, 1898, p. 171, 193; cf. FiinU. op. cit., t. II, p. I'2-13. — • " l'nc wrsio cpisliilir .Mhomisii cl un ins. syriaque du Rrilish Miisi'iiiM, cités par I". X. l'uiik, op. ci'(., t. II, p. 12, i:i-M.

DIDASCALIE

l'ouvrage entier, mais la mort le prévint '. Renaudot analysa la Didascalic et conclut en ces termes : " On ne peut dire si la version (syriaque de la Didascalie) a été faite sur un texte grec (des ConsUtulions apostoliques) différent de celui qui est imprimé, ou si c'en est un abrégé, car l'un et l'autre sont également possibles, puisqu'il y a une très grande variété dans les manuscrits, sans qu'on puisse déterminer quel est le plus authentique, et elle est encore plus grande dans les versions arabes -. » Cette conclusion est développée dans le manuscrit JG de la collecUon Renaudot '; ce manuscrit contient une longue analyse de la Didascalic * suivie de cette note : Hue usque Didascalia, qualis exhibelur a vetusto interprète syro.... Neque si ab hœreticis, quod antiquorum Patrum nonnulli testati sunt, corruptœ sunt Constitutioncs apostolicœ, mullaque, Clementinorum nomine supposila, sunt absurda plane et frivola, negari tamen euni ulla idonea ralione potesl extitisse antiquissimam disciplinée ecclesiastirœ ex traditione descriptionem, qme colleetionis Imjus jons et origo luit, ut alibi probalam est. Hanc porro syriacam qualiscumque sil antiquiorcm fartasse grieca qualis édita est suspicari quisquam posset, nam magna est in ipsis grxcis codicibus diversilas; non minor qunm inlcr diversas versionss orientales esse possit, qua de re jam alibi multa dicta sunt. Meliorem autem syriacam plerisquc aliis suadet non brevitas modo, sed prsesertim simplicilas ex qua, ut et certis aliis notis, intelligitur jaclam esse versionem vel epitomen ex grœcis exemplaribus, quod de arabicis, œthiopicis aul, si quœ sunt alix, Constilulionum aposloliearam vcrsionibus conjieere non lied.

En 1843, J. W. Bickell étudia les versions syriaque, arabe et étliiopienne de la Didascalic et en conclut que la version syriaque n'était qu'un résumé d'un ouvrage grec antérieur aux Constitutions et correspondant aux livres I à VI *. 11 décrivit l'ouvrage et en cita quelques passages d'après une version allemande faite par Zeuker.

En 1854, Paul de Lagarde donna une édition du texte syriaque intégral ' et s'ingénia à reconstituer par conjecture le texte grec sous le nom de Didascalia purior; cet essai fut publié par Bunsen '. 11 montra que cet écrit était bien celui que visait le texte de saint Épiphanc, tandis que les six premiers livres des Constitutions n'en étaient qu'un remaniement. En 1857, il revint à la charge afm d'attribuer la Didascalie à la secte des Audiens *, la démonstration était insuffisante et si les plus anciennes traces s'en laissent saisir dans cette secte, on ne peut lui en imputer la composition, faute d'y trouver rien de particulier à cette secte '.

Le texte grec de la Didascalie n'a pas été retrouvé, peut-être sa découverte mettra-t-elle sur la voie du nom de l'auteur de ce recueil, néanmoins on en peut douter; jusque-là on peut considérer comme un divertissement ou une mystification toute prétention à découvrir cet anonyme '", aussi bien que celle qui consiste à discerner deux, trois ou un nombre quelconque d'auteurs ". Ces facéties, de saveur toute germanique,

' F. X. Funlc, Die apostoUschen Konstitulionen, eine literar-historichc Untersuchung, in-S", Rottemburg, 1891. . — ' Perpéluilé de la Foi, 1. IX, c. i, in-8°, Paris, 1841, t. m, col. 1160. — • Conservé à la Bibliothèque nationale. — •Fol. 352-354; 370-372. —'F. X. Funk, Die aposloUsrheti Konstitulionen, p. 15; J. W. Bickell, Geschichte des Kirchenrechts, 1843, t. i, p. 148-159. — • Didascalia aposlolorum syriace, 1854. — ' Chr. C. J. Bunsen, Analecla antenicwna, 1854, t. ir, p. 225-338. — • Cf. Nestlé, dans Zeitschrifi fur die neules iamenil. Wissenschafl, 1902, p. IGG. — • ' Funk, Didascaliœ cl Constittitiimcs, t. i, p. m. — '" F. Kattenbusch, Das aposloUsche Symbul, 1894, p. 394. — " C. Holzliey, Die Ahhângigkeit dcr syriscben Didaskatia von der Didachè, dans Compte rendu du IV" Congrès scientifique international des catholiques, 1897, FriboiirR, Sciences religieuses, t. i, p. 249-277; l'auteur tient absciUiiiunt à voir

Dicï. d'ahch. chrét.

ne doivent pas même être prises un seul instant en considération.

•t La perte du texte" grec original n'est pas' compensée par le remaniement qu'en a fait l'auteur des Constitutions apostoliques ; celui-ci a vraiment abusé du droit, qu'en l'achetant, on acquiert sur un livre. Timide encore et réservé dans les deux premiers livres des Constitutions, il prend goût et se fait la main ; aussi dans le livre III, il introduit des chapitres entièrement nouveaux (ch. X, XI, XVII, xviii, xx), il en remanie d'autres (ch. viii et ix); dans le livre IV il ajoute les chapitres xii-xiv, allonge les chapitres vi et x, déplace le chapitre xil qui amène ici de plus loin; dans le livre V, il gonfle son texte des chapitres viii et ix, remanie les chapitres vu et xiii-xx; enfin, dans le UvreVI, les chapitres ii, vi, XI, xv-xvii, xxiii-xxvn-i sont presque entièrement de son cru, ainsi que la plu» grande partie du ch. xviii. Les modifications, surtout dans les deux premiers livres, sont souvent accidentelles; l'auteur retouche un texte de l'Écriture d'après la version qu'il garde dans sa mémoire, ou bien il en ajoute quelques nouveaux qui lui semblent devoir enrichir la démonstration. A partir du livre III, il se préoccupe d'accommoder à son époque le texte de la Didascalie ".

II. Versions. . — C'est à travers le voile des versions que le texte nous est connu. On en connaît plusieurs : deux anciennes et sincères, latine et syriaque; deux plus récentes et interpolées.

1. Version latine. — Le manuscrit palimpseste LV de la Bibliothèque capitulaire de Vérone contient des fragments de cette version. L'écriture est du vi» siècle, mais elle reproduit une version rédigée vers la fin du IV" siècle et qui cite la Bible d'après la Velus Itala et non d'après la Vulgate. Les fragments correspondent aux passages suivants des Constitutions apostoliques : I, 1-2, 5-7"; 8-11, 2; 6-12; 14-15; 18-20; 20-22; 22-24; 25-28; 34-35; 57-59; III, 6-8;15-iv, 5; v, 7-8; vi, 7-12; 12-20; 22-23; 24-30; et à quelques canons coptesarabes, canons 13-20 ".

Cette version latine est médiocre, mais le malaise visible de l'auteur mis en présence de mots qu'il lui faut traduire coûte que coûte et dont il ne connaît pas les équivalents peut laisser croire que son ignorance d'un idiome qu'il a entrepris de traduire est une garantie de sincérité; sa version est une traduction littérale. Dans les cas trop embarrassants, il forge des termes qui ne sont que des mots grecs transcrits en lettres latines : sofistia, paroehia, pros/orœ, orfanitas, plasma, paralipomenum "; d'autres fois il se croit sur la voie, mais ce modèle des traducteurs ne se fie pas à lui-même, il reverra son travail à têtereposée et, n'ayant plus le texte grec sous les yeux, il note le mot qui lui laisse des doutes : universa dispensatio, écrit-il, et il ajoute : quod dicil grœcus: œconomia; ou bien encore ceci : inlumintdionem et il ajoute : quod dicit gnvcus : [otisma '*. Cependant il n'est pas toujours heureux. Les Constitutions apostoliques, la version syriaque et une citation de

dans la Didascalie une défomiation de la Didachè : c'est inoflcnsif, mais sans fondement, Theologischpraktische Monatschrift, 1901, p. 515-523. — '= Pour tout ce qui a trait à ce travail de transformation accompli sur la Didascalie, voir Dictionn., t. m, col. 2732. — " E. Hauler. Eine lateinische Palimpsest Uebersetzung der Didascalia apostoloram, dans Silzungsbericlite de l'Acad. de Vienne, 1896, t. cxxxiv, tasc. 3 ; Didascaliœ apostoloram fragmenta Veronensia latina accedunt canonum qui dicunlur apostoloram et tegypiiorum reliqai.T, in-S", Lipsia-, ISOO, réédité par Funk, qui a comblé les lacunes, comme texte parallèle aux Cons(i(u(ion.s apostoliques, dans Didascaliiv et ConstiUitiones, 1906. Cf. P. Corssen, Ziir lateinische Didascalia apostolorum, dans Zeitschrift /iir neutest. Wisscnsch., 1900, t. i, p. 339-343. — "M. Viard, La Didascalie des apôtres. Introduction critique et historique, in-S», Langrcs, 1906, p. 15-16. — " Ibid., p. 15.

Page 1