‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 161 sur 251 · DIEU — DIEUX · texte numérisé non relu

DIEU — DIEUX

Sur la cassette d'ivoire de Brescia, Moyse reçoit les tables de la Loi d'un personnage barbu qui ne peut être que le Père éternel (voir Dictionn., t. ii, fig. 16'27).

Peut-être existe-t-il quelques autres figures de Dieu le Père, elles sont ou discutables ou fragmentaires ou simplement épisodiques, comme dans un sarcophage qui représente Dieu tirant la femme de l'homme. En général on a fait usage d'un symbole, la main, pour signaler la présence de Dieu dans une scène. C'est la main qu'on voit intervenir dans le sacrifice d'Abraham, dans le don de la Loi, dans la promesse de Dieu à Abraham : Quiim audimus manas, operationem intelligcrc debemiis'', dit saint Augustin. Une des rares représentations de Dieu le Père se voit dans une des absides latérales de Sainte-Constance, à (Rome fig. 3734). Dans l'abside de droite, la conque représente Dieu assis au milieu d'un bouquet de palmiers et donnant la loi à Moyse ". C'est un monument constantinien du iV siècle et certainement le premier qui nous montre Dieu le Père. Ciampini exphque cette scène en disant que le Christ donne le baiser à un de ses disciples. Barbet de Jouy, suivi par E. Miintz, F. X. Kraus et Pohl, croit que cette scène représente le Sauveur donnant les clefs à saint Pierre ', mais personne n'a vu ces clefs. Les restaurateurs ont trouvé les traces du volume fermé comme on le voit maintenant. Garucci croit reconnaître dans la figure juvénile saint Jean * recevant le volume des révélations de l'Apocalypse et tenant en main un jeune palmier, symbole de son martyre. Enfin Kondakov, suivi par j.-B. De Rossi, fait observer que dans l'art chrétien primitif Moyse est souvent jeune et imberbe, et que le Seigneur siégeant sur le globe porte la barbe et oflre une expression majestueuse dillérente de celle du Christ de l'autre abside (voir Didionn., 1. 1, fig. 239) ; il propose donc de voir ici Dieu le Père donnant la Loi au peuple hébreu, les dix palmiers du fond rappellent les dix commandements promulgués sur le Sinaï '. L'examen de ces interprétations différentes sera très simplifié par la connaissance exacte des réparations modernes subies par ce groupe. La figure latérale parut en 1594 à Ugonio (manuscrit de Ferrare, p. 1104) être celle d'un vieillard. Environ un siècle plus tard, Ciampini en fit dans son dessin celle d'un jeune homme. Cela prouve que ce n'était déjà plus l'image primitive en mosaïque, comme on le vérifia lorsqu'en 1843 on la refit presque entièrement. Ugonio compta dix palmiers. Le sommet du dixième entre les deux têtes, réduit à des vestiges incomplets et omis par Ciampini, parut aux mosaïstes inhabiles de notre époque une corne d'abondance, un corno d'abbondanza, portée par la figure latérale, de sorte qu'ils ne rétablirent pas le tronc jusqu'à terre. Les raisonnements sur la palme comme symbole du martyre et sur l'aspect juvénile du pseudo-apôtre Jean n'ont donc pas à être'discntés. Le nombre de dix palmiers reste confirmé. La tête'du Seigneur assis 'sur le globe céleste a été aussi fort retouchée. Les3registres la disent gâtée et plcine^de lacunes : nella più gran parle corrosa e mancante, et

' S. Augustin, Epistolœ, cxlviii, 4, P. L., t. xxxiir, col. 623. — • Elle correspond à l'abside avec le Christ donnant à saint Pierre la loi nouvelle. Dictionnaire, t. i, fig. 230. — • Barbet de .louy, Les mosaïques chrétiennes des basiliques et des églises de Rome décrites et expliquées, in-8°, Paris, 1857, p. vu et 12; R. Miintz, Histoire de la peinture et de l'iconographie chrétiennes, Paris, 1882, p. 28; Kraus, Iiealencyldopadic,t. il, p. 423; Pohl, Die allchristliche Fresco-und-Mosaik Malerei, Leipzig, 1888. p. 94. — * Garucci, Storia delV arte cristiana, t. iv, p. 12. — ' Kondakov, Art biizantin, p. 103 ; Do RossI, Musaiei cristiani di chlese di /îonia, mosaïque du mausolée appelé de Sainte-Constance, p. 9. — * Cicéron, De nalura deorum, I. I, c. XLii. — ' Minucius Félix, Octauius, xx, 5-xxi, 12. — • Ibid. xxi, 3: Alexander ille magnusMacedo insigni voluminead malrem suam scripslt metu tua potestatls prodilum sibi de dits Iwminibus

citent aussi des portions refaites aux endroits suivants : aW auréola e disco ed aile vesti. Mais le type majestueux de cette tête barbue, si difiérent de la tète juvénile du Sauveur de l'autre abside, n'est pas une pure invention des restaurateurs modernes.

Voir encore Dictionn., t. i, col. 62, fig. 23; col. 63, fig. 24; col. 517, fig. 101; col. 1215, fig. 296, etc., etc. H. Leclercq.

DIEUX- — Les apologistes du christianisme, à l'époque où l'hostilité du pouvoir irapéri;il semblait lui promettre une durée incertaine, n'hésitèrent pas à attaquer de front la religion d'État. Les païens se contentaient d'en rire. Plante montre que la généalogie des dieux de l'Olympe est aussi embrouillée que divertissante, les chrétiens affectent de la prendre au sérieux et insistent sur leur génération aussi ridicule que dégoûtante.

Trois siècles avant la venue du Christ, Evhémère avait imaginé une explication de l'origine des dieux du paganisme qui étaient, afih'mait-il, des hommes divinisés par la superstition populaire. Grâce à d'antiques inscriptions conservées dans les temples, il pouvait retracer leur généalogie depuis Uranus, le grand ancêtre, en passant par Saturne, puis par Jupiter ". Lactance et saint Augustin devaient se jeter avec empressement sur l'histoire de ce curieux mouvement d'idées et c'est à eux que nous devons le plus clair de ce que nous en savons. Minucius Félix, lui aussi, développe complaisamment les idées d'Évhémère ou les doctrines apparentées '. Il fait allusion à une lettre écrite par Alexandre le Grand à sa mère ', lettre fréquenmient citée par les apologistes chrétiens. Saint Augustin nous en donnne le résumé que voici : « Alexandre de Macédoine écrivit à sa mère ce qui lui avait été révélé par le souverain prêtre de la religion égyptienne, un certain Léon. D'après lui, ce ne sont pas seulement Picus, Faunus, Énée, Romulus, ou même Hercule, Esculape, Liber fils de Sémélé, les fils de Tyndare, qui sont des mortels divinisés par les hommes : les dieux mêmes des grandes nations, que Cicéron semble désigner, sans les nommer, dans les Tusculanes, ces dieux étaient des hommes : Jupiter, Junon, Saturne, Vulcain, Vesta et bien d'autres, que Varron veut transformer en parties ou éléments du monde ". » Cette même lettre d'Alexandre à sa mère Olympiade allait jusqu'à donner la durée dos règnes successifs de ces hommes divinisés '".

Cette lettre était bien connue, dit encore saint Augustin : quœ maxime innoluit", et, en effet, .\thénagore en fait usage dans son Apologie", tandis (|ue Clément <rAlexandrie " et Tatien utilisent des traités de ce i même prêtre Léon dans leur polémique contre le paganisme'* que connaît aussi Tertullien" qui a pu y.lire qu'lsis, appelée par les Grecs Déméter, est née dix générations après Moyse.

Voici qui mettait ces divinités de plain-pied avec leurs critiques et permettait de les traiter sans'ménagements. « Aux dieux de la Grèce, je préfère les animaux qu'adore l'Egypte, dira Clément d'.Mcxaudrio, ce ne

a succrdote secretum; illic Valcanuni facit omnium principem et postea Jousi gentem. — • .S. Augustin, De Ciuitate Dei, I. VII, c. V, P. L., t. XLi, col. 229; cf. I. VIII, c. LVii, P. /-., t. XLI, col. 250. — " Ibid., 1. XII, c. x. P. L., t. XI.i, col. 358 : Illa cpistola Alexandri Aiagni ad Olympiadem malrem suam, quam scripsit narrationcm cujusdam .'Eggptii sacerdotis insinuons, quam protulit ex litteris quœ sacric apud iltos habenlur, — ■ *' Il en fait encore usage et mention dans lùDeconsensu eitangelislarum, 1. 1,c. xxxiii, P,L., t. xxxiv, col. 1057. — *' Athénagoro, Legatio pro chrislianis, n. 28, P. (;., t. VI, col. 953. — "Clément d'Alexandrie, Stromala, I. I, c. XXI, P. G., t. VIII, col. 829. — " Taticn, Oral., xxvii, P. C!., t. VI, col. 864. — "Tcrtullicn, Dccorona militis, c.vii, P./.., t. II, col. 86. Cf. E. Amann, .Sur nn passagcdel'Oclut'ius, dans liull. d'ancienne littérature cl d'archéologie chrélicnue, l'.dl, t. 1, p. 1-23-120.

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