‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 163 sur 251 · I.ual scveram vinclns et Scantininm · texte numérisé non relu

I.ual scveram vinclns et Scantininm

Firmicus Maternus n'est pas plu:i indulgent et rappelle les amours honteuses de Jupiter pour Ganymcde, d'Hercule pour Hylas, d'Apollon pour Hyacinthe, ' funestes exemples par lesquels chacun peut se croire permis ce que la législation romaine punit des peines les plus graves \ ,

On peut supposer le succès qu'obtenaient les rhéteurs et les symbolistes qui entreprenaient l'explication anodine de cette monstrueuse théologie. Le peuple ignorant et les classes cultivées y trouvaient non seulement une excuse à l'assouvissement des plus ignobles passions, mais une suggestion dont la jeunesse et l'enfance elle-même n'étaient pas à l'abri. Le paganisme ne comptait pas que des âmes perverties et des consciences avilies, des hommes honnêtes et courageux jetaient de temps en temps le cri d'alarme, on les laissait dire. Les explications officielles obtenaient le même accueil sceptique qu'elles ont toujours rencontré chez les races latines trop intelligentes pour croire à la sincérité des paroles non conformes aux actes. Ce qu'elles voyaient s'étaler devant leurs y eux servait de commentaire aux histoires des poètes et aux fictions des historiens que chacun entendait réciter depuis ses premières années : statues, bas-reliefs, fresques, broderies, mosaïques, ciselures, conspiraient à l'envi contre l'innocence, la modestie et la pudeur. Non seulement dans les temples, mais encore dans les habitations s'étalaient les aventures dont le simple récit est malaisé à écrire. Et cette excitation sensuelle ne demeurait pas sans effets pernicieux. L'étrange méthode d'éducation qui consiste à familiariser la vue et l'imagination avec les actes repréhensibles sous prétexte de l'en rassasier pour l'en préserver obtenait dès lors ses fruits inévitables. On citait telle statue divine souillée, tel adolescent entraîné à la débauche par la vue d'une fresque représentant l'aventure de Danaé.

Tandis que les païens imputaient aux chrétiens fort gratuitement des réunions monstrueuses et des relations contre nature, les fidèles se divertissaient à préciser les immondes passe-temp.i des divinités païennes. Il faut convenir que les contradicteurs la leur baillaient

' De exsecrandis dits genlium, édit. CEhler, t. ir, p. 766. — * Passio S. Theodoli Ancyrani, n. 24, dansRuinart, Acta sincera, 1713, p. 340. — • • Prudence, Per stephanon, hymn. x, vers 201-205, P. L., t. LX, col. 462. — « Firmicus Maternus, De errore profanarum religionum. c. xii. Cf. Digeste, I. I, lit. xvin, loi 21 ;1. XI, Ut. m, 1. 2; I. XLVIII, lit. v, loi 6. — 'Héron de Villefosse, dans Hcvne arcfiéotogique, 1870- 1871, t. n, p. 374. L'épisode de Ganyméde a aussi défrayé la verve de Rembrandt. — • • Millin, Galerie mythologique, pi. cviii bis, n. 428. — ' G. Pcrrot, Monuments publiés par l' Association des études grecques, I. i, p. 25. — • E. Le Blant, Les premiers chrétiens et les dieux, dans Mélanges d'archéo-

belle. • Au théâtre, comme dans leurs œuvres d'art, les idolâtres parodiaient les aventures de ceux-là mêmes ([u'ils adoraient. Sur les reliefs d'une lampe antique, le beau Ganymède n'est qu'un misérable singe enlevé par l'aigle au delà des nues ^. Dans une peinture de vase, qui reproduit sans doute une scène de quelque comédie perdue, Jupiter et Mercure, devant le palais d'Alcmène, sous sa fenêtre qu'ils veulent escalader, sont deux grotesques à ventres énormes, ridiculement affublés, et le maître des dieux porte péniblement à son cou une longue échelle '. A peine quelques traits pouvaient-ils être ajoutés par les chrétiens a ces moqueries dont les exemples abondent'; un mot sur Jupiter accouchant de Bacchus, sur sa foudre fabriquée par les Cyclopes, de même que les armes d'Énée, sur Neptune se faisant maçon, sur Apollon devenu bouvier, sur l'histoire de Saturne engloutissant un caillou, méprise heureuse, disait-on, car la terre serait à jamais demeurée aride et infertile, s'il eût dévoré Jupiter, ce maître de la'pluie. On riait d'.\pollon toujours imberbe malgré son grand âge et dont le nom signifie « perdition », on se raillait de Minerve aux allures mascuUnes et de Bacchus en habits de femme au miUeu d'une troupe de bacchantes; on se moquait de la mobilité du dieu Terme, ce gardien prétendu des bornes de l'empire et qui, malgré un vain augure, dut plus d'une fois reculer '. ^ « A la sereine grandeur du ciel où trône le Très-Haut, vous opposez, disait-on aux gentils, des êtres divisés par des querelles protondes et que vous ne pouvez sans folie honorer d'un même culte; Hercule et Junon se liaïssaient alors qu'ils vivaient sur la terre; à tous deux vous élevez des temples, vous accordant à adorer également ces irréconciliables; Vulcain et Mars sont en guerre et c'est Vulcain qui a raison; mais il n'ose interdire à ses dévots l'entrée du sanctuaire de Mars; vous les honorez en même temps et vous allez de l'un à l'autre, sans craindre que le mari s'irrite de vous voir venir jusqu'à lui en sortant du temple de l'adultère •. »

Le secret de cette longanimité, il faut le cherclier dans l'impuissance et celle-ci dans l'inexistence de ces dieux bafoués : « Jupiter n'a pu soustraire Sarpédon aux coups de Patrocle. Sa main, celle de Junon, ontelles empêché Carthage et la Crète d'être conquises ? Miner\'e et Apollon n'ont-ils pas abandonné Athènes et Delphes aux armes de Pjrrhus et de Xerxès ?» Où étaient-ils les dieux quand les Gaulois, quand Annibal campaient sur le sol de l'Italie '"? « Dans la multitude de dieux que vous adorez, disait-on aux païens, quel est celui ou quels sont ceux auxquels vous estimez devoir l'extension ou le salut de l'Empire?» Puis on nommait en se raillant ceux auxquels la crédulité publique assignait tant de rôles divers : la surveillance des berceaux, du sommeil et des vagissements des nouveau-nés, celle du blé et de sa germination, de la paille et de ses nœuds, de ses épis et de leurs grains, celle des portes, de leurs gonds, de leurs seuils. Chez les défenseurs de la foi, c'était une joie d'énumérer ces dieux sans nombre, pourvus de fonctions étranges ou obscènes ", gardiens des étables, des cuisines, des prisons et des mauvais lieux '-. i

Omnes dit gcnliam rfœmonia ", récitaient les fidèles,

logie et d'histoire, 1894, t. xiv, p. 7-S. — • S. .\ugustiH, De ulilitate jejunii, c. vu; même thème dans les vers de Prudence, Per steplianon, hymn. x, vers 211-215, P. L., t. LX, col. 463. —"S. Augustin, De Civitate Dci, I. IV, c. xxiv P. L., t. XLI, col. 131. — " S. .Vugustin, De Civitate Dei I. IV, c. vm, xxiii; 1. VII, c. iv, P. L., t. XLi, col. 119, 129, 197; TertuUien, Ad nationes, 1. II, c. ix, xv, P. L., t. i. col. 597, 606; Arnobe, Ado. gent., 1. IV, c. vii-.xir, P. L., t. V, col. 1014 sq.; I.actance, Instit. dii'in., 1. I, c. xx, P. L., t. VI, col. 216. Voir pour rinterrainal)le série de ces dieux, Preller, Rômische Mythologie, p. 572 sq. — " E. Le Blant, op. cit., p. 9-10. — " l'salm., xcv, 5.

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