‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 164 sur 251 · DIEUX — DIJON · texte numérisé non relu

DIEUX — DIJON

et ils n'en doutaient pas. Démons vindicatifs et rancuneux, habiles à nuire et qui n'étaient sous leurs noms glorieux de Mars, Mercure, Jupiter, Saturne, Bacchus, Diane ou Vénus que les associés et les délégués de l'esprit du mal : Salan. Ce n'est que peu à peu qu'on commençait à s'affranchir de la terreur qu'ils inspiraient. Volontiers on les incarnait dans les statues aux- ([uelles la créduUté attribuait de redoutables interventions. Un démon logé dans le corps d'une statue avait sollicité Julien de revenir au culte des faux dieux'; d'antres démons emportaient en des courses nocturnes la lourde enveloppe cjui les conlenait -.

Les disciples de saint Martin se répétaient et transmettaient à son biographe Sulpice-Sévère que le saint

DIGNE. — L'ancienne cathédrale de Digne, Notre- Dame-du-Bourg, isolée dans les ruines de la cité romaine, n'est plus aujourd'hui que l'église du cimetière. En 1802, on trouva sous le maitre-autel, l'autel antique caché depuis trois siècles et on l'en retira (!ig. 3735). 11 se compose d'un bloc de marbre olïrant les dimensions suivantes : hauteur 1 mètre ; largeur Oi^SS; profondeur O^OO. Il est flanqué aux angles de colonnettes avec bases et chapiteaux ornés de feuilles d'acanthe, mais qui ont perdu leur taillior ; une des quatre colonnettes a été brisée. Au revers, un panneau qui semble destiné à une inscription laquelle n'a jamais été gravée. Sur la face, un chrisme avec le sommet bouclé comme l'R latine

3733. • — Autel de Digne. D'apré; Rohault de lleury, La Messe, t. i, pi. xi.i.

vit les démons sous la forme des faux dieux, tantôt Mercuie, tantôt Jupiter, le plus souvent sous les traits de Vénus ou de Minerve '. Les disciples de saint Benoît racontaient'à son biographe'saint Grégoire que l'abbé avait un jour été appelé par ses moines dans la cuisine toute en feu. Arrivé sur les lieux Benoit ne vit rien qu'une idole de bronze jetée dans un coin après qu'on l'eut ^tiréejde terre en creusant une tranchée. D'un signe de croix, Benoît- dissipa l'iiallucination de ses disciples et le prestige créé par le difble *.

Tout rentrait dans l'ordre, mais non dans le calme, car de semblables récits jetaient l'épouvante. Les dieux du paganisme n'app.iraissaient plus que sons la forme redoutable d'esprits infernaux impatients de se venger <le leur déchéance en tourmentant les chrétiens. Nul doute que l'archéologie n'y ait perdu nombre de monuments précieux que le souci de se préserver contre les maléfices aura fait briser précipitamment dans l'espoir de les mettre hors d'état de nuire. Quelquefois l'ignorance ou peut être la ruse les épargna, mais après leur avoir attribué une origine chrétienne qui ne laisse pas, dans certains cas, d'être plaisante. Une gemme gravée dont le sujet a cessé d'être entendu devient un épisode de l'histoire des saints ou des apôtres, c'est ainsi que le grand camée du triomphe de Germanicus conservé au Cabinet de France nous parvient intact grâce à un travestissement complet : dieux et déesses viennent tous se faire baptiser. H. Leclercq.

• Mirabilia urbis lîomœ, dans H. Jordan, Toporjruphic fier Stadt Rom itn AlUrlum, t. ii, p. G-IO. — ^ = A Alexandrie, quand inourul l'enipcrour Maurice Tibère, des statues descendirent de leurs socles pi'ndant la nuit et appelèrent à grands cris un passant atlarilè, cl. Tlièopliylacte Simocalta, Ilisl., 1. VIII, c. xiii. ■ — ' Sulpice-Sévère, De vita s. Martini, 1. I, c. xxii, Dialog., 1. II, c. xiii; I. III, c. vi. P.' L., t. XX, col. 108, 210, 215. — • S. Grégoire, Dialogi, I. II, c. X, P. L., t. Lxvi, col. 154. — *De Saint-Andiol, dans Iteviic de l'art chrétien, 1868, p. 500; G. Rohault de Flcury, La messe. Études archéologiques sur ses monuments, 1888, t. I, p. 153, pi. XLi; D. S. Ilonnorat, L'autel

au lieu du P grec. Le dessus de l'autel olïre une lioite à reliques dont la feuillure rappelle la dalle qui la fermait. La table d'autel devait déborder de tous côtés le petit cippe K

DIJON' — I. Origines de Dijon. II. Le casirum. 111. La population. IV. Le christianisme. V. Saint- Bénigne. VI. Les Actes. VII. Le sarcophage. VIII. La crjfpte. IX. L'abbaye. X. Vestiges. XI. Manuscrits Uturgiques. XII. Bulle;, sur papyrus. XIII. Épigraphie. XIV. Bibliographie.

I. Origines de Dijon. — Dès l'époque d'Auguste, la grande'route'de Lyon à Coblentz traversait le quartier est du Dijon moderne. En allant du sud au nord on peut en suivre le parcours depuis la ferme de la Colombière, située sur la rive droite dcl'Ouchc. .\près avoir franchi la rivière et coupé l'angle occidental du bois du Parc, la route atteignait le rond-point de l'avenue. les allées de la Rclraite " et enfin la .Maladière. A partir du rond-point jusqu'au delù des allées de la Retraite, un cimetière bordait la route à droite et à gauche sur un très large espace. Sa longueur dépassait deux kilomètres; on n'y a, à notre connaissance, rien rencontré de chrétien, mais beaucoup de stèles, d'épitaphes et d'objets pa'iens. Outre ce cimetière, des débris de monuments gallo-romains ont été relevés; parmi beaucoup de pierres portant des inscriptions, une seule est datée du consulat d'Emilianus et .\quilinus, c'est-à-dire 21!)

inéroviiigien de Notre- Damc-dti-Bnnrg, d Digne, dans Bulletin de la Société scicnti/. des Basses-Alpes, 1S84, t. il, p. 97-110, pi.; J. F. Cruvellier, Xolicc sur Vnjlisc de \ntre- Dame-dii-Bourg, ancienne cathédrale de Digne, dans Bulletin hist.-archcol. du diocèse de Valence, 1883-188.'), t. m, p. M'.l- 152, 188-198, 245-218, 2'.»l-2'.i:>; t. iv, p. 75-82, llG-120, 205-212, 250-251, 289-293;t. v, p. 188-200,218-262,408-110. • Provisoirement • boulevard Voltaire . ; la topographie de Dijon a lait l'objet, en ces dernières imnècs, de dèbnplisations et de rebaptisatioiis d'un caractère très instable et qui ajoutent une diffloullc aux Idcnlincaliiuis des ::irliè()logues.

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de notre ère '. Une grande quantité de matériaux sculptés ou taillés pour entrer dans des constructions est entrée depuis dans l'assise inférieure de la muraille du castrum composée uniquement de ces déliris sur une longueur d'un kilomètre, une largeur de sept à huit pieds et une hauteur de cinq à six. Ce simple fait suffît à prouver l'importance de Dijon à l'époque romaine, puisque les débris de ses maisons, de ses temples, de ses portiques pouvaient fournir une telle quantité de matériaux : autels, monuments funéraires, blocs énormes dans lesquels il est aisé de reconnaître des membres d'architecture tels que bases, cliapiteaux, entablements, corniches, frontons, etc. Enfin, la découverte de tuiles estampillées à trois kilomètres de Dijon, à un kilomètre ouest de la voie romaine, au lieu dit la Noue, ne permet guère de mettre en doule l'existence d'un important établissement romain sur ce point, villa, entrepôt ou station militaire ".

Sur l'emplacement de Dijon, une ville gallo-romaine a dû s'élever vers la fin du i" siècle; dès le ii» siècle il y existait peut-être deux agglomérations distinctes, la plus importante à l'ouest de la voie romaine, l'autre à l'est. On a trouvé dans cette direction des substructions aux Petites-Boches. C'est là tout ce qu'on peut dire sans crainte d'être contredit, h'oppidum ou castrum Divionense n'eut probablement ni théâtres, ni arènes, du moins aucun vestige n'en a été retrouvé.

II. Le castrum. — Ce castrum Diiuoncnse n'a aucune attestation chronologique certaine permettant d'en fixer la construction. Le nom d'Aurelianus qui s'y rattache vaguement est si indéterminé qu'on ne peut en tirer parti. Lors de la mise au jour, en 1863, dans la rue de la Monnoye, d'un fragment de courtine de l'ancien castrum avec les restes d'une tour adjacente, on assura que ni les assises des fortifications, ni celles de la tour ne reposaient sur le sol naturel, mais sur des décombres et un blocage en pierre et en mortier '. Serait-ce l'indice d'une enceinte plus ancienne que celle qui enfermait la ville au vi= siècle ? Les éléments qu'on possède ne permettent pas actuellement de faire ime réponse. Mais le castrum dont parle Grégoire de Tours existait certainement dès le iii° ou le iv° siècle. L'insécurité de la Gaule à cette époque fit partout élever ou relever des murailles ])our amortir, épargner et repousser parfois le choc des barbares dévastant les campagnes et les villes ouvertes.

La petite forteresse ne fut point établie sur la route militaire, mais à six ou sept cents mètres de là, sur un terrain voisin du Suzon dont le cours fut canalisé et les eaux utilisées pour les fossés et les fontaines de la ville. Trois chemins rehaient le castrum à la grande voie. Le périmètre de l'enceinte a été relevé au centre de la ville actuelle; elle est légèrement trapéziformc avec quatre angles arrondis, décrivant des courbes inégales, et orientés chacun sur les divers points cardi-

' Trouvée devant la porte de l'ancien évêché (de 1731), non loin de l'église Saint-Étienne. — ' Les estampilles sont : l'estampille particulière de la legio VIII Auijusla et l'estampille collective de vexillations détachées de plusieurs légions, le nom du légat L. Appius: la date prolmblc du gisement reporte vers la fin du i" siècle. Cf. Mémoires de la Commission des antiq. de la Cote-d'Or, t. xii, p. v, p. .xix; t. XIII, séance du 1"' a\Til 1898; Bitlletin épigraphique de la Gaule, t. m, p. 221-304 ; t. iv, p. 21, GS. — » Mémoires de la Commission des antiq. de la Côtc-d'Or, t. vu, p. XLII; Baudot-Lambert, Obscruations sur le passage de M. Millin, p. 62, ll-l, 128, 144. — ' Ce plan cadastral fut commencé sous l'Empire et terminé sous la Restauration, il est conservé aux Archives de la Côte-d'Or. — ^ L. Chomton, Histoire de l'église Saint-Bénigne de Dijon, in-fol., Dijon, 1900, p. 49, a retait l'étude sur le terrain en IS'iS. — • En 1810-1811, fut constaté l'emplacement de la tour qui avoisinait, du côté de l'ouest, celle désifméc en E sur le plan. Précédemment, en 1768, la suivante avait été retrouvée

iiaux. Il subsiste de nombreuses substructions, deux tours refaites plus ou moins et quelques fragments de courtine. L'étude des vestiges subsistant encore a donné le même tracé que celui du plan cadastral '. Le fond des maisons et des jardins qui s'appuyaient à ces murs en indique fidèlement le tracé '. Les tours retrouvées étaient espacées d'environ trente-trois mètres, mesure prise d'axe en axe '. Le même intervalle à peu près a été observé sur d'autres points de ''enceinte. Or, divisée par cet inter\'alle moyen, la longueur totale du circuit donne trente-trois tours : ce qui concorde avec la description de Vllistoria Francorum.

Autre concordance : Grégoire de Tours évalue à quinze pieds l'épaisseur de la muraille '. Le mur extérieur maintes fois découvert, composé à sa base de débris d'anciens édifices, puis ensuite d'un blocage avec un revêtement de moyen appareil, n'est épais, il est VTai, que de sept à huit pieds; mais, sans doute, un terre-plein reliait à un mur intérieur et ainsi s'élargissait le rempart. Le plan des tours l'indique. Obser\'ation faite sur trois d'entre elles, on y distingue trois étages, dont un semi-souterrain '. Celui-ci était de forme entièrement circulaire. La tour, comme d'habitude, décrivait en saillie sur la courtine un demicylindre, et la pénétrait par le reste de sa construction. Or le diamètre du soulerniin approche de douze pieds, ce qui donne à la tour extérieurement un diamètre d'environ vingt-quatre pieds. De plus, le point central de la tour ne tombait pas dans l'ahgnement du profil extérieur de la courtine, mais il en déviait vers le dedans, en sorte que la saiUie du demi-cylindre était à peine de dix pieds. La tour se développait donc vers l'intérieur sur une étendue'de quatorze à quinze pieds; elle était probablement rectangulaire de ce côté. Et comme sur le dedans, tours et muraille devaient avoir même profil, on arrive à l'évaluation donnée par Grégoire de Tours.

Avant le xi= siècle, une grave modification intervint ; un rendit le Suzon à son cours naturel par la suppression des conduits qui l'amenaient dans les fossés et dans la ville. Les portes furent alors reconstruites, changées de place, en sorte qu'on ne peut préciser oii s'ouvraient celles dont parle Grégoire de Tours et on doit le regretter d'autant plus que le castrum Divionense est celui de la Gaule sur lequel il nous donne le plus grand nombre de renseignements précis °. L'historien des Francs était, par sa mère Armentaria, arrièrepetit-fils de l'évcque Grégoire de Langres qui résidait ordinairement à Dijon; sans doute, il avait souvent entendu vanter la ville et l'avait probablement traversée, aussi ne put-il tenir à l'envie de décrire la résidence de l'évêque Grégoire, le site de la ville, l'enceinte avec ses quatre portes et ses trente-trois tours et encore les vins délicieu.x qu'on récolte sur les coteaux enviprès de la Tour de Bar. — ' Nous emprimtons ces remarques à M. L. Chomton qui tient à laire coïncider le dire de Grégoire de Tours avec les mesmes relevées; ce qui suit est d'ailleurs ^Taisemblable. — ' Les deux tours existantes signalées dans le plan ont encore leur souterrain. On peut voir le souterrain d'une troisième tour dans un atelier de serrurerie, luc Buffon, n° 32. Il s'agit de la tour venant la deuxième à l'est de la porte du midi, dite porte Vacangc. — ' Hisl. l'rancor., 1. II, c. .xxili; 1. IV, c. xvi; 1. V, c. v; De gloria con/cssoriim, c. xi.ii; De gloria niartiirum, c. l; Viiiv l'alrum, c. \ii, 2, ;!; Dijon est appelé Divionum i\ l'acciisalif au 1. IV, c. xxxi de VHist. Franc., et 1. II, c. XIX : hicus divionensis. Grégoire rapporte que « les anciens disent que ce castrum fut bâti par l'empereur .Vurélicn, • mais l'inscription des /abri ferrari Dibione consis(te)ntcs est bien antérieure à cet empereur: cf. Desjardins, Géogr. de la Gaule runmiue, t. i, p. 117; A. Longnon, Céograpliic de la Gaule au M' siècle, in-S", Paris, 1S7S, p. 210, note 4.

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Tonnants. A ses yeux évidemment, Dijon est fort supérieur à tous les castra de sa connaissance et il est fort surpris qu'on n'en ait pas tait une civitas ', c'est-à-dire une ville épiscopale et comtale. Voici, du reste, comment il en parle : « Dijon est un caslrum ceint de murailles très solides. Il est bâti au milieu d'une plaine riante et fertile. Les terres sont si fécondes qu'il sufTit de les labourer une fois avant les semailles, pour avoir une abondante récolte. Au midi, coule la rivière d'Ouche qui est très poissonneuse. Du nord \ient une autre petite rivière, qui entre par une porte, passe sous un pont, et sort par une autre porte, déversant le tropplein de ses eaux dans les fossés où elle circule paisiblement. Devant la porte, elle fait tourner des moulins avec une étonnante rapidité. L'enceinte a quatre portes qui regardent les quatre points cardinaux; elle est armée de trente-trois tours; le mur est construit en pierres de taille jusqu'à vingt pieds, au-dessus en petites pierres; la hauteur totale est de trente pieds, l'épaisseur de quinze. J'ignore pourquoi Dijon n'a pas reçu le rang de civitas. Il e.xiste au.x environs des sources précieuses. Du côté de l'occident sont des montagnes très fertiles, couvertes de vignes, qui fournissent aux habitants un si généreux Falerne qu'ils dédaignent le vin d'Ascalon. »

Le fait a, d'ailleurs, de quoi surprendre, puisque depuis un siècle au moins les évêques de Langres désertaient cette ville, sans doute alors à demi ruinée, pour le séjour de Dijon. Déjà, vers 480, l'évèque Aprunculus demeurait à Dijon, lorsqu'il jugea prudent de se dérober par la fuite à la haine des Bourguignons -, et, chose remarquable, l'historien des Francs joint au nom de cet évèque l'épithète Divionensis '.

Si nous recourons à toms les renseignements qui peuvent éclairer les passages de Grégoire de Tours concernant Dijon, nous parvenons à retrouver approximativement l'aspect du caslrum avec ses trente-trois tours et l'emplacement probable de ses quatre portes.

Une d'elles était comprise dans les annexes de l'éghse Saint-Étienne qui, avec le temps, se développa jusque sur la muraille et au delà. Au fur et à mesure de ces extensions, les tours qui, d'abord, flanquaient le chevet, furent englobées dans l'édifice. Une de ces tours, située au midi, porta le clocher *; l'autre tour, située au nord, fut absorbée dans les substructions de l'église et une porte adjacente devint la base d'un deuxième clocher * appelé •' tour de la portcUe », en souvenir de l'ancienne affectation de sa partie supérieure. Parmi les portes connues, celle-ci remontait plus probablement que toute autre aux origines du castrum. C'était la porte du Levant '.

Une porte dite «porte Vacange» est mentionnée dès le xiii= siècle; elle correspond à l'emplacement actuel de l'extrémité sud de la maison portant le n" 36 de la rue Chabot-Charny. Elle parait répondre à la porte méridionale par laquelle sortait la Suzon, après avoir traversé l'enceinte '.

Est-ce la porte occidentale que remplaça la « portelle du Bourg » qui s'ouvrit en face de la place Saint-

' Hist. l'rancor., 1. III, c. ix. — 'Ibid., I. II, c. xxiii. — ■ Ibid., 1. II, c. XXXVI : Apntnciilus divioncnsis. — * Clocher démoli en 1781. — ' Clocher détruit en 1571. — • Archives de la Côte-d'Or, .S(ofis(iijue du diparteinenl, par 'Vaillant, t. I, p. 568; G. 135, 209, Bibl. de Diji>n, Découverte des ruines d'un monument triomplial, p. .Vntoinc; cf. L. Chomton, op. cit., p. 49-50. — • ' Mémoires de la Commiss. des aniiq. de la Cùle-d'Or, t. i, p. 181; t. IX, p. 1. Cette idcntillcation toutefois n'est qu'hypothétique par suite de rexislcncc constatée d'une autre porte, un peu pUis à gauche, débouchant sur la place des Cordcliers, attenante au déchargeoir présumé dos fossés, cf. L. Cliomton, op. cit., p. 50 et note 3. -— • Après la sixième tour au nord de cette poterne il y avait lii • porte du Lion ■, ilémolic en 1775, mais (jui n'était peut-être que la porte du nord, ramenée

Georges, à la jonction des n. 38 et 40 de la rue Amiral- Roussin ? Ce'qui favorise l'affirmative, c'est la communication si naturellement indiquée entre les basiliques, !e cimetière et le bourg d'une part, l'intérieur du caslrum d'autre part '. » ». «

La porte septentrionale comprenait le canal d'introduction de la Suzon et ne peut se trouver que dans la ligne nord-est des remparts. On n'en a trouvé aucun vestige, mais la porte n'a pu se trouver que dans le voisinage de l'angle nord du castrum. Le même point est indiqué par le petit canal découvert non loin de cet angle et qui semble n'être qu'une dérivation du canal principal.

Il ne subsiste rien des portes du caslrum, ni de la partie extérieure des tours, excepté peut-être dans la tour du Petit-Saint-Bénigne. Le soubassement des murs s'est généralement conservé, mais sans être intact sur tous les points de l'enceinte. Des règlements de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, ont trait à l'extraction des blocs et pierres, notamment de celles qui étaient engagées sous l'église Saint-Étienne et les bâtiments voisins '. En cet endroit, on peut voir encore une partie du mur d'où plusieurs blocs ont été arrachés très anciei:nement. ce qui a tait supposer qu'un couloir aurait régné au milieu de la muraille, mais ceci est dépourvu de fondement. Ce fragment de mur servait de base au maître-autel de l'église Saint-Étienne; il traverse le chœur où l'on voit des vestiges authentiques des remparts du 111= ou du iv« siècle'". Pour la maçonnerie ordinaire des courtines, il existe un spécimen visible, en arrachement, rue Chabot-Charny, n" 49, au fond du jardin. Les Uts sont en général formés de pierres posées à plat; on remarque cependant une chaîne en arête de poisson. Suivant Baudot-Lainbert qui a assisté à la démolition de plusieurs pans de cette maçonnerie, elle était formée d'une continuelle superposition de ces chaînes. Ce qu'on voit ici est contradictoire. Le revêtement,on l'a plusieurs fois constaté, était de moyen appareil, en pierres blanches d'environ O^SO sur 0"'20".

III. La popul.^tion. — On Ignore tout à son sujet. Dans ce caslrum point de vie municipale, point de jeux officiels, de cérémonies solennelles. Il y a une inscription mentionnant les fabri fcrrarii Dibionc consis[tc]ntes, un Flavius Vêtus, patron des carriers du pagus Andomus, heu non identifié, un vétéran Restitutus, delà legioXVII l'rimigcnia. Les épitaphcs sont d'un laconisme désespérant. Ces Bourguignons ont un dieu préféré, Mercure, la bourse à la main; on l'a rencontré plusieurs fois. Sont-ils riches ? Du moins, les matériaux taillés et sculptés qui entreront dans les édifices futurs témoignent que le castrum connaît l'aisance. Ont-ils des temples ? On peut le croire, bien qu'on n'ait rien retrouvé. On a relevé des restes de laraires et d'oratoires privés. Un de ces laraires devait avoisiner la porte de l'ancien évêché". L'indicalinn semble en être fournie par les autels votifs recueillis en ce lieu et qui avaient été érigés vers le miUcu du iii'= siècle, in hoiwrem domus divina' ; le plus ancien, dédié à Jupiter, date de l'an 219 ".

:i l'ouest lorsqu'on éleva le palais des Ducs. — 'Baudot- Lanibert, Observations, pa«cs 123-125 ; Fyot, Histoire de .Saint-litienne, pr. 34 J)i.s; Archiv. de la Côte-d'Or, G. JU, rej?., fol. 153. — '"Voir Catalogue du Musée de la Commission des antiquités de la Cote-d'Or, Avertiss., texte et pi.; Général Creuly, Musées arcltéolofjiques et collections partiridi-Ws, dans Hevue archéologique, 1862, p. 109-124. — " Baudot-I.ambert, op. ci/., p. 61, 111; Mém. de l'Acad. de Diion, séance de 1810, p. 43 sq. ; Mém. de la Commiss. des uniiq. de la Côte-d'Or, t. vi, p. i.xxxiv. — -"Aujourd'hui rue Chabot-Cliarny. — "L. Morillot, Durée du paganisme dans les campagnes bourquignntuics d'ajirés les découvertes archéologiques, dans fttdletin d'histoire et d'archéologie religieuses du diocèse de Dijon, 1883, t. i, p. 46 sq. Cf. P. Lejoy, dans liev. d'iiisl. el de litl. relig., 1902, t. vu, p. 82.

DIJON

IV. Le christianisme. — Les débuts de la prédication chrétienne et son établissement à Dijon sont à peine connus; on n'en saurait être surpris quand on vient de voir à quel point le paganisme en ces parages est à peine représenté. Les récits d'où l'on peut tirer une vraisemblance historique font connaître une évangélisation de ces contrées par le martyr saint Bénigne dont le supplice prendrait place aux environs de l'an '200.

S'il faut regretter l'absence des documents pendant une longue période subséquente, il faut reconnaître aussi que le christianisme s'est implanté et a pris possession du castram. On croit en trouver un indice très vraisemblable dans le fait que les évèques de Langres s'y établissent plutôt à raison de l'épanouissement du christianisme dans la ville qu'à raison de la sécurité qu'offrent ses murailles '. Vers 450, l'évèque Urbain y meurt et ses successeurs adoptent la même résidence ; .\prunculus, Grégoire, Tetricus, etc.

De cette chrétienté nous savons peu de chose malheureusement. Grégoire de Tours n'a pas manqué de recueillir un gracieux récit que répétaient à leurs hôtes les gens de Dijon. Lorsque mourut Hilarius, père du célèbre saint Jean de Réomé, son corps fut déposé dans un sarcophage à deux places où sa femme Quieta vînt le rejoindre quelques années plus tard. Lorsque celle-ci eut été placée aux côtés du mort, il attira avec son bras la tête de la défunte et lui donna un baiser-. Au VI f siècle, leur tombe était en grande vénération.

On honorait aussi sainte Paschasie et sainte Floride. La première vit même son culte s'étendre au delà de Dijon, mais il est probable que le titre de martyre lui fut donné plutôt à raison de l'épociue reculée où elle vécut qu'à raison d'un martyre réel; en tous cas, Grégoire de Tours n'a pas connu ce martyre '.

Les Burgondes ariens et baptisés s'étaient emparés delà province, à laquelle ils allaient imposer leur nom. Ils se convertirent d'assez bonne heure et la ville ne cessa de grandir en importance. Dijon devint un siège administratif, il eut ses comtes et ses vicomtes. Inauguré sans doute pendant la domination burgonde, ce régime persista sous les rois francs, qui se rendirent maîtres de la Bourgogne avant la mort de Grégoire de Langres. Les comtes relevaient immédiatement des ducs de la province, des maires du palais, intermédiaires entre eux et le roi.

Jusqu'à Louis le Débonnaire, Dijon fut la pleine propriété du roi.

Tandis que les évèques possédaient la seigneurie de Dijon et peut-être, auparavant, le bourg qui s'était formé entre le caslnim et le cimetière des basiliques fut entouré d'une enceinte précédée d'un fossé comprenant le cimetière lui-même. On appela couramment ce quartier Burgus ou Clauslrum sancti Benicjni, l'abbaye de Saint-Bénigne possédant sur l'ensemble des droits féodaux.

Au vi» siècle, Dijon possédait au moins quatre églises.

La plus importante était située à l'intérieur du castrum et reçoit de Grégoire de Tours le nom de ecclesia inlraniuranea. Là fut déposé le corps de saint Grégoire de Langres jusqu'au jour de ses funérailles *. Il faut noter que, comme ses collègues résidant à Dijon, Grégoire se rendait à Langres pour les grandes fêtes, il

' On comprendrait dillicilement que les évoques eussent délaissé leur ville épiscopalc pour une question de sccurilé personnelle, et cela pendant une lonRiie suite d'épiscopats. — - K. Le Blant, Les sarcophages ehrétiens de la Gaule, in-tnl.. Taris, 188(', p. 2, n. 2; cf. !)e gloria conlessonim, c. XLii. — ' L. Choniton, op. ci(., p. .")3. — ' Vi'/œ Patrum, c. vir, 3. — ^ IbiJ., vu, 3. — " Devenue cathédrale en 1731, halle au blé en 1792, bourse de commerce en 18'J7. . — ' Hisloria Francorum., 1. IV, c. xvi. — ' De gloria confesso-

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