IV
DIJON
sorte, à liusu de tout le monde, il fui enfin dOcouvert par un diacre. Celui-ci se mit alors à suivre de loin et secrètement le saint cvcque, pour observer ce qu'il faisait. Voici ce qu'il a raconté. Le saint, arrivé à la porte du baptistère, y frappait de la main, et la porte s'ouvrait sans que l'on vît paraître personne. Lorsqu'il était entré, le silence rognait d'abord pendant longtemps; ensuite retentissait très haut la divine psalmodie, on eût dit un concert de voix nombreuses, et le cliant se prolongeait durant trois heures, sinon davantage. Pour ma part, je crois que les grands saints dont il y avait là les reliques, apparaissaient au serviteur de Dieu, et qu'ensemble ils louaient le Seigneur. L'office étant achevé, l'évêque revenait à son lit, et se recouchait en prenant soin encore de n'être point remarqué. A l'heure due, les réglementaires se diiigeaient vers la porte du baptistère, qu'ils trouvaient fermée; ils l'ouvraient avec leur clef, sonnaient la cloche, et le saint évèque, se levant avec tout le monde, allait recommencer l'office divin. Saint Grégoire, étant à Langres pour la fête de l'Epiphanie, fut atteint de la fièvre, et au bout de quelques jours il quitta ce monde pour s'en aller à Jésus-Christ. Ses restes furent transportés à Dijon DÛ, suivant ses ordres, il devait être inhumé. En arrivant, on se rendit à l'église qui est à l'intérieur des murs (Salnt-Étienne) et, le cinquième jour, les évêques étant réunis, le corps fut porté de l'église à la basilique de Saint- Jean '. »
Saint Tetricus succéda à son père sur le siège de Langres et fut enseveli dans l'abside construite par lui pour recevoir dignement le corps de son père. Son épiscopat fut de trente-trois années :
Palnia sacerdotii venerando Telricc ciillu
Te patriœ scdes nos pcregrina tend Te custode pio nunqituni lupus abstulit ufjnuin
Nec de fure timens pascua carpsit avis 5 Scx qui lustra gerens et per Ires insuper annus
Rexisti pîacido pastur amore gregeni yam ut condirentur divino corda sa[torc
Fudisti dulcem jugiter are salcni Sunmius amor rcgum populi decus arma purentiim 10 Ecclesix cultor nobilitatis honor
Esca inopum tutor viduarum cura niinorum
Omnibus o/fîciis omnia pastor eras Sed cui prxbebat varie tua cura niedelam
Funcrc rectoris plebs modo triste geniil 15 Hoc fanicn aime pater speranuts dignus in asiris
Qualis honore nites hic pietate probes.
V. Sai.nt Bénig.ne. — Les documents dont nous disposons pour l'étude de ce saint personnage sont au nombre de quatre ; 1" Les Actes de son martyre, apportés vers l'an 515 à saint Grégoire, évèque de Langres, et rédigés probablement à la même époque. — 2° Lu chapitre du De glorin iwirtyrum (c. Li) composé par Grégoire de Tours, un peu avant 588. — 3° Une mention au martyrologe liiéronyinien, dans la rcccnsion gallicane arrêtée à Auxerre vers 595. -- 1" Un groupe d'écrits légendaires formé entre 515 et (515 et comprenant, avec les Actes de saint Bénigne, ceux des martyrs de Langres, d'Autun, de SauUeu, de Viviers. Hntrc tous ces textes, celui de Grégoire de Tours est le plus important.
Celui-ci était, nous l'avons dit, arrière-petit- fils de Grégoire de Langres, né à Aulun, évè(|ue de Langres de 506 (507) à 539 (540). L'évêque de Tours étant né en 538,11 rapporte donc non seulement des traditions de famille, mais des traditions assez récentes quand il raconte la reconnaissance du tombeau et <lu culte de saint Bénigne par son bisaïeul. Au dél)Ut de son épiscopat, pendant un séjour au caslrum de Dijon, Grégoire de Langres eut à s'occuper du culte rendu par le peuple il un sarcophage du cimetière. On y voyait accourir
' Vitœ l'utrum, vu; Ilisl. I-rancur., \, \'I, c. x.xxvi.
des ruslici et, le mouvement une fois donné, tout le monde venait en pèlerinage et en prières autour de la tombe; il ne paraît pas aventureux de croire qu'on cherchait à procurer au nouveau saint les honneurs du culte liturgique et de la construction d'une basilique. L'évêque avait, dès lors, double raison de s'en occuper et voici dans quelles circonstances :
' Comme on avait pris un grand sarcopliage pour l'ensevelir | Bénigne], les gens de notre époque et surtout le saint évèque Grégoire pensaient que ce sarcophage contenait les restes d'un païen. Le peuple, cependant, vénérait le tombeau, et les grâces sollicitées étaient promptement obtenues. Un homme qui avait reçu ainsi de nombreux bienfaits, apporta un cierge au sépulcre du saint et, l'ayant allumé, s'en retourna chez lui. Après son départ, un enfant qui l'avait vu, descendit dans la crj-pte pour éteindre le cierge et l'emporter. A peine était-il descendu qu'un énorme serpent vint d'un autre côté et s'enroula autour du cierge. L'enfant saisi d'effroi remonta aussitôt. Deux ou trois fois il renouvela sa tentative, mais toujours en vain, car le serpent ne s'en allait pas. On avait beau raconter au saint évèque ces choses et d'autres semblables, il ne se laissait point convaincre et n'en défendait que plus fort de prier devant le sarcophage.
' .\ la fin, le martyr de Dieu apparaît au saint confesseur et lui dit : « Que faites-vous ? Non content de me laisser dans l'abandon, vous méprisez même ceux qui m'honorent. Cessez d'agir ainsi, je vous prie, et hàtezvous d'élever un oratoire sur mon tombeau. » Vivement ému de cette vision, l'évêque se rend au sépulcre du martyr et, dans une longue prière mêlée de larmes, il implore le pardon de sa faute. Puis, comme en effet, la crypte anciennement bâtie tombait en ruines, le bienheureux pontife donna ordre d'en relever les murs, et y fit construire une voûte d'une structure élégante. Mais, je ne sais pourquoi, le saint tombeau se trouva dehors. L'évêque voulant le replacer dans la crypte, convoqua pour accomplir ce pieux devoir des abbés et d'autres religieux. Or. en présence de cette assemblée, le saint martyr accorda aux peuples et à l'évêque qui le glorifiait, la faveur d'un grand miracle. Le sarcophage, comme on l'a dit plus liant, était grand et lourd, au point qu'en ce moment trois paires de bœufs n'auraient pas suffi à le traîner. X'oyant qu'on n'avançait pas, qu'on ne savait comment le descendre, saint Grégoire lit allumer les cierges et entonner les psaumes, puis, prenant le sarcophage du martyr par la tête et deux prêtres le prenant par les pieds, ils le soulevèrent et le descendirent sans difficulté dans la crypte où ils le placèrent à l'endroit qui leur plut ; ce qui ne fut pas un médiocre prodige pour la foule émerveillée.
« Peu d'années après, des gens qui étaient allés en Italie rapportèrent au bienheureux confesseur l'iiisloire de la passion de saint Bénigne. Cependant le saint martyr continuait à se manifester aux peuples par beaucoup de miracles. C'est alors que saint Grégoire fil bàlir sur la crypte une grande basilique.
o A côté se trouve une autre basilique, dans laquelle est honorée sainte Paschasie. Or, au moment où l'on construisait celle de saint Bénigne, les ouvriers virent sortir de cette église voisine une femme d'un grand âge, vêtue d'une robe noire, ayant la tête blanche comme un cygne, et un air vénérable. Elle leur parla ainsi : ■ Courage, mes amis, achevez votre pieuse besogne, élevez vite les étages de cet édifice; il est juste de mener avec célérité une oeuvre dirigée par un tel architecte, (^ar si la faiblesse de vos yeux ne s'y opposait, vous verriez présider à vos travaux saint Bénigne luimême. • Après avoir dit ces paroles, elle rentra dans la basilique d'où elle était sortie, et personne ne la revit plus. On crut à une apparition de sainte Paschasie.» [^ « La surface de la pierre où les pieds de saint Bénigne
IHJ(J.\
furent scellés dans du plomb tondu, a été percée de petits creux, et beaucoup de personnes y versent du vin ou de la bière qu'elles appliquent ensuite sur leurs paupières enflammées ou sur n'importe quelles plaies. Grâce à ce médicament, le mal est promptement guéri. J'en ai fait moi-même l'incontestable expérience, car ayant un jour les yeux l'ort malades, dès que je les eus baignés dans cette liqueur sanctifiée, la douleur cessa à l'instant.
» Quand l'Auvergne commençait à être ittcinte de la peste inguinaire, qui tut chassée par les prières de l'évoque saint Gall, on vit tout à coup les murs des maisons et des églises se couvrir de signes et de carac-
s'amendait pas, alors le saint du sarcoijliage lui apparut, le menaça de le faire mourir dans l'année et lui révéla qu'il était Bénigne, évêque étranger au pays. Un détail à noter : à Tours, on replace fac'ilement, à l'aide d'un attelage d'une i)airc de baufs, le couvercle si lourd qu'auparavant trois paires de bœufs n'avaient pu l'ébranler; à Dijon, trois paires de bœufs ne peuvent ébranler le sarcophage que deux prêtres transportent un instant après. Mais les deux miracles sontdilTcrents, peut-être ^- a-t-il simple coïncidence. Quant à identilier le Beniynus de Tours avec un évêque de ce nom vénéré à Utrecht, c'est une question assez obscure et étrangère à notre sujet. Restons à Dijon.
3739. — Dijon et son cimetière cluétien vers l'an .500. D'après Chotaton, Histoire de Saint-Bénigne de Dijon, 1000, pi. 1.
tores lugubres (vers l'an 515). Alors, pendant une nuit, ma mèrecrut voir en songe que le vin que nous avions ilans nos caves s'était changé en sang. Déjà elle se lamentait : « Malheur à mol, s'écriait-elle, car ma maison est désignée au tléau. » Mais un homme lui dit ; « .Savezvous bien qu'après demain, qui sera le jour des calendes de novembre, on célébrera la passion du martyr Bénigne •? B — « Je le sais, » dit-elle. «Allez donc, répliqua-t il, et veillez toute la nuit en son honneur, faites dire des messes, ainsi vous serez préservée. ' A son réveil, elle lit ce qui lui avait été ordonné et notre maison resta intacte au miUeu des maisons voisines marquées des signes funestes '. »
11 faut encore rapprocher le récit suivant. Grégoire de Tours raconte dans le De gloria confessorum, c. xvii, que dans le pays de Tours, in pago Turonico, se trouvait une sépulture abandonnée parmi les ronces. On disait qu'un évêque y avait été déposé; on ne savait qui. Un homme vola le couvercle du sarcophage pour recouvrir celui de son fils et il fut, en punition, frappé durement, étant devenu sourd, muet et aveugle. L'homme ne
* De gloria marlyruni, c. Li ; il semble que Grégoire de Tours entend ici une localité d'Auvergne, ù proximité de la demeure
N'eus ne pouvons mettre en doute qu'aux environs des années 500 à 510, il se trouvait dans cette ville une tombe sur l'emplacement de laquelle on éleva une crypte, ensuite une église. Cette crypte remplaçait une crypte plus ancienne, sans doute un de ces petits monuments fréquents dans les polyandrcs. Reste à savoir si le polyandre était chrétien. En pareil cas, l'évêquc Grégoire aurait eu un commencement de preuve que le concours de peuple autour de la tombe ne s'adressait pas à un païen; pour qu'il ait pu s'obstiner dans sa prévention il fallait que le lieu de l'inhumation ne lui fournît pas même un indice, et cependant il est remarquable que le cimetière dit de Saint-Bénigne n'ait jamais, dans le passé ou le présent, livré un débris d'inhumation païenne. Des défoncements à une profondeur considérable ont été opérés et aucune des sépultures retrouvées n'offrait signe de paganisme. Dans les couches les plus profondes on trouva des auges funéraires; plus haut, des fosses entourées de lits de lave et juxtaposés en forme de casiers; des sarcophages contenaient de petites fioles de verre; des monnaies
de ses parents, peut-être Biom, où le culte de saint Bénigne exista de très bonne heure avec celui de saint Polycarpe.
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en pelit iioiubrc furent tamisées avec la terre; en somme, aucun indice.
C'est dans ce polyandre, ce cimetière, cette area, dont nous ne savons ni le nom antique, ni l'étendue, que vers l'an 500 reposait le saint. SI le site n'apprenait rien à l'évèque, le mausolée et le sarcophage ne lui apportaient non plus aucun renseignement, puisqu'après réflexion et enquête, il interdisait d'y prier. Sur quoi fondait-il cette défense ? Si on s'en tient au texte de Grégoire de Tours, il semble que l'évèque objectait uniquement les conditions de la sépulture, nullement l'existence, le martyre et le culte du personnage. Cependant on a soutenu que le motif de l'Interdiction portée était l'absence de toute tradition concernant le saint lui-même. Du jour où 11 fut personnellement convaincu de l'Identité de Benignus déposé dans la tombe contestée, l'évèque de Langres permit les hommages publics et y apporta le sien. La tradition existait donc, mais trouble, Incapable de remonter à sa source et de justifier ses attaches historiques, mais elle subsistait néanmoins. L'assiduité obstinée du peuple à la crypte ruinée malgré la présence dans le castrant d'autres corps saints tels que celui de sainte Paschasie. celui de saint Urbain, malgré le délaissement officiel du tombeau puisqu'au début du vi= siècle « la crypte anciennement bâtie tombait en ruines », malgré l'opposition de l'évèque Grégoire de Langres, sont autant de raisons de croire que le personnage ainsi persévéramment honoré devait jouir d'une réputation bien ancienne et d'une illustration bien solide. Cependant ce n'était pas un évêque, le rédacteur des Actes ne le dit pas et il n'eût pas négUgé cette donnée. Grégoire de Tours n'en dit rien non plus. Le martyrologe hléronymien le quaUfie formellement prcsbijter en insérant son nom vers 595 avec ceux d'autres saints de la Gaule, la mention qui le concerne est ainsi conçue :
Kl. novemb El Lingonicx civilalis, castra divionc
Benigni presbileri et martijris. Aucun manuscrit n'apporte de variante à ces mots presbyteri et marlijris et nous verrons les documents du cycle bénlgnlen désigner le saint par la qualité de presbytcr. Sans doute, une part reste à la conjecture, mais cette part faite, on ne peut s'Interdire de voir dans ces faits la trace d'éléments historiques défendables. La permanence d'un tombeau mal entretenu indique tout à la fois la sépulture honorable qui fut attribuée au saint et le maintien de cette sépulture sur son emplacement primitif. Il y avait là un édicule, une voûte, un monument quelconque abritant ou ayant abrité le sarcophage, n'ayant jamais été complètement nivelé ni oublié, étayé tant bien que mal par les fidèles qui descendaient encore dans une crypte pour y allumer des cierges. 11 y avait donc une tradition topographique qui, à travers les vicissitudes et les intermittences, avait peut-être été ininterrompue; il manquait une tradition documentaire autorisant les prodiges qu'on attribuait au saint et identifiant celui-ci. Dans quelles conditions fut poursuivie et sur quelles preuves fut conclue l'enquête épiscopale, c'est ce que nous ignorons. Grégoire de Tours parle d'une vision de son aïeul, il n'y aurait pas lieu d'en douter puisqu'il affirme, si on ne voyait que cette vision a simplement déterminé l'évèque de Langres à se rendre au tombeau, et on peut croire qu'il voulut s'éclairer définitivement soit par l'ouverture du sarcophage, soit par la présence ou la vertu des reliques. Sa conviction faite, il se mit en prière. C'était un désaveu solennellement donné à luimême devant une partie de la population, on peut el
'La Chronique de .S'a i;i(-J3<5niffne indique une date, oclauo M. decembris, le 24 novembre et raniiée .'ill. Cf. Anal, divionensia, p. 9. — ' Ct. Chomton, op. cil., p. i:!, note 2. Le P. van lioofT ne veut pas entendre parler de pèlerins qui • revenaient d'Italie .. Ils y allaient, selon lui. Mettons
on doit croire que l'évèque ne se décida qu'à bon escient. Bientôt, il fit rebâtir la crypte, y transféra les reliques, consacra ainsi le culte traditionnel.
Ce qui est certain, c'est que l'évèque n'eut pour s'instruire ni la tradition populaire qu'il tenait en suspicion, ni le récit des Actes qu'on ne possédait pas alors à Dijon, ni un miracle qui entraîna son assentiment. 11 reste la vision dont parle Grégoire de Tours et peut-être quelque signe matériel trouvé avec le corps. La reconnaissance {inventio) des reliques de saint Bénigne et leur translation se rapportent aux premières années de l'épiscopat de Grégoire de Langres, vers 511 '. Peu après des Actes de saint Bénigne furent remis à l'évèque et Grégoire de Tours avait entendu dire qu'on les avait rapportés d'Italie: Post paucos aulem annos ab euntibus in Italiam passioiiis ejus historiiim allalam beatus confessor accepit -. Bientôt, la foule des pèlerins augmentant, saint Grégoire fit bâtir une grande basilique. Il plaça le chœur du nouvel édifice sur la crypte qu'il avait fait restaurer quelques années auparavant et laissa l'accès de cette crypte ouvert aux fidèles. Enfin, il construisit un monastère et y établit des religieux dirigés par un prêtre du pays nommé Eustade. Ces accroissements successifs prennent place entre les années 520 et 539 (510). Grégoire de Tours mentionne aussi « l'anniversaire de la passion de saint Bénigne, célébré le 1" novembre », mais il ne nous apprend pas la date à laquelle son aïeul Institua cette fête.
VI. Les Actes. — Passons aux Actes. — Grégoire de Tours y fait allusion ', peut-être a-t-il eu le petit livre sous les yeux, cependant il n'a pas jugé devoir en conserver le texte, ce qui est regrettable. « Quelle que soit cette passion, écrit le P. van Hooff, on a le droit de se poser certaines questions à son sujet. Quel en est l'auteur ? — On l'ignore. — Qu'étaient ces pèlerins partis pour l'Italie ? — On l'ignore. • — Quelle était leur autorité? — On l'ignore. — De quel auteur, de quelle Éghse recommandaient-ils leur narration "? — On l'ignore. — ■ Alors que penser de cette passion ? — Qu'elle est apocryphe. Cette conclusion est dure, mais inévitable *. » — i< Voilà un raisonnement juste '•, » écrit M. Duchesne. — « Que valent ces Actes pour l'histoire, demande M. Lejay ? Rien «, » et il ajoute : « M. Chomton en convient. » — • L'accord entre critiques est chose si édifiante et si rare qu'elle vaut la peine d'être notée.
Il existe des recensions nombreuses de la passion de saint Bénigne, le P. van Iloofl en a pubhé six, sans parler d'une septième écrite en vers '. Ces textes ne dilîèrent guère les uns des autres que pour des détails de style et d'amplification, sauf que le texte n° 2 transforme saint Bénigne en un évêque de Chartres et le fait martyriser à Chàteaudun {Castrum Ditni). A part celte exception, la suite des épisodes est la même dans toutes les rédactions. On en peut dire à peu près autant de celle qui a été sous les yeux d'Adon et qu'il a abrégée pour son martyrologe. Cependant, il y a ici une dilTérence importante. Adon ne parle pas de l'empereur AuréUen; tandis que, dans toutes les rédactions de la passion, il a un rôle Important. l*'audra-t-il croire que ce rôle a été ajouté après Adon et que le texlc primitif ne mentionnait pas Aurélien '.' Le contraire semble plus probable. Adon, auteur d'une chronique, était assez instruit pour comprcn<lre qu'un missionnaire envoyé en (iaule ])ar saint Polycarpe (c'est ce (|ue dit la passion) ne pouvait avoir vécu jusqu'au temps d'.\urélien. Il aura corrigé la tradition en sacrifiant l'iinc des deux dates en conllit. .
(Iii*ils>';illait'iit ou qu'ils en revenaient, cola n'ajoutera nï n'enlèvera rtenàla valeur (les ylrïe.s". — ' Pc qloria niarljir., e. h. — ' Acla sancl., nov.,t. i, p. i:i(i h. — ' Biillelin critique, 1888, 1. IX, p. 208. — ' Ifci:. (('/ii.s(. cl un. rcliq.. 1902, p. 73. — ' /lc(<( .s<iiif(., nov., I. I, p. I.il s(|. it Mippl. antc p. 1.
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Ainsi, la passion de saint Bénigne remonte au delà du milieu du ix<^ siècle; il y a d'ailleurs des manuscrits qui paraissent atteindre à peu près cette antiquité. Dès lors on se sent porté à l'identifier, au moins pour la substance du récit, avec le petit livre qui fut remis par les pèlerins d'Italie à saint Grégoire de Langres. Ce petit livre était sûrement une « histoire de passion » ; le saint y était présenté comme un martyr et il est très probable qu'on y trouvait déjà l'épisode de ses pieds scellés dans une pierre avec du plomb fondu. Grégoire de Tours a eu connaissance de cet épisode '.
Entre les textes du ix» siècle, le rapport est évident, encore que d'importance secondaire puisque ces différentes versions sont toutes identiques au fond. Des six passions, les deux dernières sont des amplifications évidentes; la troisième est un abrégé de la quatrième; la seconde un abrégé quelconque fait pour adapter la légende du martyr de Dijon à un autre saint son homonyme-; la première peut n'être également qu'un abrégé de la quatrième. C'est donc la passio yi* qui est probablement la plus ancienne des recensions qui nous restent, c'est la plus répandue, elle a été publiée d'après quinze manuscrits de diverse provenance, parmi lesquels il s'en trouve du x= siècle, du ix'.
Le récit n'offre rien qui s'écarte de ce qu'on rencontre dans les pièces hagiographiques. Le prêtre Bénigne est un missionnaire envoyé par les apôtres asiatiques Irénée et Polycarpe, il prêche le christianisme à Dijon et dans les environs. L'empereur AuréUen, venu pour visiter l'enceinte qu'il fait construire au cnslram Divionense, s'informe de l'existence des chrétiens dans ces parages. Le comte Tèrence signale l'étranger à la tète rasée, qui purifie dans l'eau et fait des onctions avec le baume, parle d'un Dieu nouveau et promet une autre vie après la mort. A ce signalement Aurélien reconnaît un chrétien et. par son ordre, on arrête Bénigne à Épagny', on le conduit devant l'empereur. Leur dialogue est celui qu'on conn<iit : promesses et menaces d'une part, résistance d'autre part; alors le saint est battu de verges, étendu sur le chevalet et jeté en prison où un ange le visite et le guérit la nuit suivante. Le lendemain nouvelle comparution du saint dispos, on le conduit dans un temple où d'un signe de croix il renverse les Idoles qui se brisent et s'évanouissent comme un tourbillon de fumée. Aurélien imagine de faire sceller les pieds du martyr dans une auge, de lui enfoncer des alênes rougies sous les ongles et de le loger en prison pendant six jours avec douze chiens afTamés. Mais un ange dégage ses pieds, fait tomber les alênes, lui donne à manger, retient les chiens et, voyant cela, Aurélien pour en finir lui fait donner un coup de masse sur le crâne et un coup de lance dans le flanc. Bénigne expire, une colombe s'échappe à l'instant prenant son vol vers le ciel et l'air se charge de parfums. Après le départ d' Aurélien, la matrone Léonille recueille le corps et l'ensevelit.
Dans ce récit, il ne faut probablement ni tout admettre ni tout écarter. Que le nom de Benignus soit suspect, qu'il soit moins un nom qu'un qualificatif, c'est possible, mais c'est incontestablement le nom du personnage dont le tombeau avait fait l'objet d'une contestation entre Grégoire de Langres et les dévots du sarcophage. Les actes imputés à ce personnage ne pouvaient lui être attribués et reçus pour tels que s'ils étaient à son nom, et ce nom de Benignus est celui que les Dijonnais imposaient à leur saint aimé. Était-ce un sobriquet doucement substitué par la reconnaissante admiration au nom primitif '.' Nul n'est en état de répondre.
• Bull, crit, 1888, p. 208-209. — ' Acta sanct, 21 janv., 28 juin. • — 'Épasîny, à 10 kilomètres au nord de Dijon, à 4 kilomètres ouest (te la grande voie romaine.
Missionnaire ? Pourquoi pas. .'\dmettons sur ce point que le témoignage des Actes ne nous apprend rien, et que ces Actes appartiennent à un groupe de documents, celui des disciples de Polycarpe, qui présente une série de missionnaires. Admettons aussi que cette indication ne repose sur rien. Mais s'il y a eu un chrétien nommé Benignus dans le Dijonnais vers la limite du H'' et du 111= siècle, on ne voit pas, nous ne voyons pas pourquoi il n'eût pas fait dans ces parages ce que tant d'autres chrétiens faisaient ailleurs, pourquoi il n'eût pas prêché sa foi, ce qui est l'occupation favorite d'un missionnaire.
Prêtre ? Nous avons vu que le martyrologe hiéronymien, vers 590, est le premier à lui donner cette qualité, mais on ne sait d'où peut venir, sinon de la Passio, ce renseignement qui, s'il eût été connu un siècle plus tôt, eût dispensé Grégoire de Langres de toute objection et de son enquête. On n'a pas osé en faire un évêque, ou on n'y a pas songé, ou on ne l'a pas voulu. D'abord parce qu'il eût peut-être semble difTicile de faire accepter qu'un évêque n'eût laissé aucun souvenir de lui, aucune trace de son épiscopat, ensuite parce que Dijon n'ayant eu un évêque qu'en 1731, on n'eût pas manqué de s'étonner au ix= siècle et même au vi' siècle que ce premier évêque n'eût pas eu de successeur.
Martyr ? La tradition persistante quoique mal instruite, à Dijon, au moment où Grégoire de Langres s'y attaquait, tenait-elle le saint du sarcophage pour mart}T ? C'est probable, car la passio mise en circulation quelques années après par les pèlerins d'ItaUe le donnait comme tel. Sans doute, elle a pu renchérir sur la gloire du saint et y ajouter ce trait, mais nous l'ignorons. Grégoire de Tours ne nous l'apprend pas, et il est beaucoup plus naturel d'expliquer le culte obstiné des dévots du sarcophage à la tombe d'un martyr qu'à celle d'un confesseur. Le titre de martyr était en si grand honneur qu'il suffirait à expUquer le concours séculaire à une tombe réputée contenir les restes d'un martyr.
Le supplice de la prison, les raffinements qu'il comporte ne peuvent apporter aucun éclaircissement historique pas plus qu'ils ne supportent des rapprochements imaginaires avec tels ou tels épisodes des livres saints. La villa d'Épagny est un point d'attache topographique qui donne de la fixité à la légende. Au temps de Grégoire de Tours, on conservait et on montrait à Épagny la pierre dans laquelle avaient été scellés les pieds du martyr. Était-ce la reUquc même ? Alors on l'av-ait retrouvée depuis le temps où Grégoire de Langres manquait de preuves sur le personnage du sarcophage, à moins qu'elle n'y fût contenue. Ou bien était-ce une '< relique représentative » '? Autant de questions qui doivent rester sans réponse.
On voit, en somme, que les Actes n'ajoutent guère à ce que nous savions en dehors d'eux pour ce qui concerne l'armature historique. S'ils reproduisent, quant à la substance, le petit livre du vr' siècle, nous ne pouvons que le pressentir bien plus que le prouver; quoi qu'il en soit, ils s'y sont adaptés et ils l'ont adapté au type alors en faveur. De tout cela est sorti le récit que nous avons résumé.
. Lin trait final des Actes doit être relevé. Le martyr Bénigne fut, nous disent-ils, enterré par une matrone appelée Léonille. Cette Léonille joue un rôle dans d'autres légendes du même pays. C'est l'aïeule des trois jumeaux de Langies, les saints S|)cusippe. Élasippe et Mélasippe. 11 est donc clair que le rédacteur de la passion de saint Bénigne a voulu rattacher ce saint au cycle langrois. La même intention se révèle bien plus clairement dans la passion des Trois jumeaux, telle qu'on la lisait à lantres dès le vir' siècle. Là, saint Bénigne intervient iiiiur instruire et baptiser les trois
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jeunes gens. De plus, on le présente comme venant d'Autun, où il a converti saint S\ mphorien et laissé, pour continuer lœuvre d'évangélisation, ses deux compagnons Andoche et Tliyrse, venus comme lui d'Asie avec une mission de saint Pol\ carpe. Ceux-ci étaient honorés à Saulieu, dans le diocèse d'Autun, avec un troisième saint, appelé Félix, que leur passion donne comme ayant été converti par eux.
Voici assurément des combinaisons un peu embrouillées parmi lesquelles il n'est cependant pas impossible de discerner des traditions d'abord complètement isolées et indépendantes les unes des autres, plus tard reliées entre elles par les récils des hagiographes. Récits sujets à caution sans que toutefois le soupçon qui les atteint pénètre plus au delà et s'adresse en aucune façon à des traditions de culte que le rédacteur a connues et dont il a tiré parti. Qui sait même si ce ne sont pas ces traditions de culte remontant à un passé vraiment primitif qui lui ont suggéré la combinaison d'ensemble de ces traditions distinctes :
A Autun, la tradition relative au martyr Symphorien, tradition fort nette, fixée vers le milieu du v siècle dans un récit dont la substance est acceptable. Cette passion, publiée par Ruinart, n'offre pas la moindre trace d'un rapport quelconque entre le saint d'Autun et ceux que l'on groupa plus tard avec lui.
A Saulieu, une tradition de culte relative à troLs saints, Andoche, Thyrse et Félix, d'histoire inconnue. A Dijon, une tradition analogue; celle-ci nous avons pu constater qu'elle était extrêmement vague, au point d'avoir contre elle l'autorité épiscopale.
A Langres, le culte des Trois jumeaux et de quelques autres saints, Camille, Jumille et Néon. Ces saints sont connus par la tradition grecque comme étant des martyrs de Cappadoce. D'assez bonne heure, peut-être au iv« siècle, on transporta de leurs reUques à Langres et leur vénération s'y établit. A la longue ces saints cappadoclens turent considérés comme a\ant vécu dans le pays même, et cette idée s'exprima, non dans une légende inventée de toutes pièces, mais dans une réédition latine de la légende primitive, rédigée en Cappadoce. Les deux rédactions existent : on peut les comparer. Le texte grec est identique, en somme, au texte latin, sauf les épisodes et traits bourguignons qui sont propres à celui-ci.
Cette réédition existait au commencement du vii<^ siècle, lorsqu'un certain ^Yarnach^ire en fit tenir un exemplaire à saint Céranne. évèquc de Paris (il siégeait en 614). Mais rien ne prouve que Warnachaire ait été le premier auteur de la combinaison. Dans le martyrologe hiéronymien, dont le texte fut remanié à Auxerre vers 590 et qui fut alors augmenté d'un grand nombre de saints honorés en Gaule, on trouve au 17 janvier les Trois jumeaux et leur groupe rattachés à l'ftglise de Langres. Rien n'empêche que le rédacteur se soit inspiré d'une tradition déjà ancienne. .Ainsi non seulement nous atteindrions le temps où Cirégoire de Tours écrivait, mais nous rejoindrions celui où fut rédigé le petit livre que l'on fit tenir à son bisaïeul. Celui-ci mourut en 5.'5'.) ou 540 après un épiscopat de trente-deux ans. C'est donc dans la première moitié du vi" siècle que toutes ces légendes paraissent avoir pris naissance.
Kntre la passion de saint Bénigne et celle des saints de Saulieu, Andoche, Thyrse et Félix, la parenté littéraire est évidente. Non seulement on y peut noter des tours, des phrases entières tout à fait identiques, mais c'est la même disposition, un début commun, des finales spéciales. Ces pièces appartiennent au cycle polycarpien dont les divers morceaux sont liés entre eux par une sorte de prologue (jui ouvre les Actes de saint Andoche. Le tout débute par un vigoureux anachronisme. La nuit même qui suivit son martyre, saint Irénéc apparaît à saint Polycarpe encore vivant, or
Polycarpe fut martyrisé en 155 et Irénée mourut aux environs de l'an 200. Irénée apprend donc à Polycarpe la situation précaire du christianisme en Gaule et le presse d'y envoyer un renfort de missionnaires. Polycarpe accède à ce désir et s'empresse de désigner Bénigne et Andoche, tous deux prêtres, avec le diacre "Thyrse. Ils débarquent à Marseille, remontent jusqu'à Autun, sont reçus chez le sénateur Fauste dont ils baptisent le lils Symphorien. Alors, tandis qu'Andoche et ThjTse restent sur le territoire d'Autun, Bé nigne se dirige vers Langres.
La passion primitive de saint Symphorien, rédigée au v^ siècle, ne contient aucune allusion aux saints Bénigne et Andoche; mais ils apparaissent dans certains manuscrits de date postérieure. Dans la version grecque et même dans la version latine de la passion des Trois jumeaux de Langres, les événements se passent en Cappadoce. Plus tard, cette rédaction est retouchée de façon à y introduire saint Bénigne qui baptise à Langres comme à Autun. De la comparaison des textes, il ressort non seulement que les passions de saint Bénigne et de saint Andoche ont des passages comnmns, mais que si les saints de Saulieu, de Dijon, d'Autun et de Langres ont leurs passions apparentées, ils ne sont guère moins étroitement rattachés aux saints de Besançon et de Valence où saint Irénée a envoyé des groupes : le prêtre Ferréol et le diacre Ferjeux à Besançon, les diacres Achillée et Fortunat à Valence.
Le but poursuivi par tout cet ensemble hagiographique semble clair. 11 s'agit de rattacher l'èvangélisation de toute une région au nom de saint Polycarpe dont les disciples se sont établis : Bénigne à Dijon, Andoche et Thyrse à Saulieu, Andéol à Viviers, Symphorien à Autun, les Trois jumeaux à Langres. Ces derniers étaient Cappadociens, en les donnant pour disciples à Bénigne on achevait de les nationaliser Gaulois. Et en même temps, on rendait Langres, dans une certaine mesure, tributaire de Dijon. Le castrum Divionrnse n'avait décidément plus rien à envier. Les évêques de Langres y faisaient leur résidence et y marquaient leur sépulture, rien de surprenant à cela puisque l'apôtre de Dijon avait été le maître des jumeaux langrois.
La dernière rédaction de la passion des Trois jumeaux suppose donc et la passion de Bénigne et l'existence de cycle. Tout est parti de Dijon, on y a donc fait à saint Bénigne le principal rôle, partant la place d'honneur. Et, chose remarquable, ce personnage principal on ne l'a pas fait évêque. Faut-il y voir le souvenir d'un temps où les Églises du ii" et du ni'' siècle en (iaule étaient gouvernées par de simples prêtres rattachés au diocèse épiscopal de Lyon ? N'est-ce pas plutôt la marque d'une tradition obstinée qui veilla si longtemps sur la tombe de Dijon, sur le sarcophage, la voûte ruinée, le nom du titulaire Bcnigniis ? Mais rappelons-nous encore une fois que l'opposition de Cirégoire de Langres visait la tombe et les hommages (lu'on lui rendait; pas un mot du récit de Grégoire de Tours ne |)ermet de dire que l'évêque entendait interdire le culte d'un missionnaire primitif, nommé Bénigne, martyrisé à Dijon ou aux environs, que ces données étaient ignorées avant la mise en circulation de la passio ou qu'elles étaient connues. Tout ce qu'on peut induire du texte du Dr ijlnria nwrli/rum, c'est que l'évêque interdisait le culte rendu au sarcophage et, par conséquent, l'idcntincation qu'on faisait du squelette renfermé dedans avec les reliques du saint qu'on prétendait honorer.
Quant à fixer une date, même approximative, i\ ce saint missionnaire ilc la contrée, nous ne l'essaierons pas.
Nous ne ferons que mentionner, pour l'écarter, une Inscription grecque, fausse, portant les noms d'Aurc-
DIJON
lius ou Aurelianus et de Tcrentius, l'empereur et le comte qui firent mourir Bénigne. Cette inscription est une fantaisie qui ne peut être antérieure au xv^ siècle '. VII. Le s.\rcophage. — Il subsiste un témoin archéologique de saint Bénigne, c'est son sarcophage mutilé conservé dans la crypté de l'église Saint-Bénigne dans une large fosse, au foyer d'une abside depuis longtemps détachée de sa nef. Rien ne s'oppose, d'une façon positive, à cette tradition monumentale. Ce qui subsiste n'est que le fond avec l'amorce à peine marquée des rebords. La matière est en grès grisâtre, dit
im!jif
3740. — Sarcophage.
D'après Chomton, op. cit., pi. ii.
grés de Langres -, et il est facile de reconstituer le sarcophage dans son intégrité. Exactement rectangulaire, il mesure 2'°15 de longueur sur O^SO de largeur; la hauteur devait être de 1 mètre environ. Travail grossier. La cuve ni son couvercle ne devaient présenter aucun symbole clirétien qui eût pu mettre l'évéque de Langres dans le cas de conjecturer le christianisme du défunt, aucune inscription ^. Dans ces conditions, assigner une date même approximative à un débris de cette nature est chose hasardeuse; évidemment la cuve est ancienne, elle peut appartenir au m" siècle aussi bien qu'au iv«.
Ce qui semble plus probable, c'est que le débns actuellement conservé est bien l'auge sépulcrale dans laquelle les restes de saint Bénigne étaient renfermés. Ce sarcophage a dû être brisé dans l'accident de 1271, quand la tour de l'église romane s'écroula. Mais le récit de cet événement ne mentionne pas le fait d'une manière formelle. On peut aussi bien le rapporter à un accident semblable survenu vers 1100. En tous cas, quand l'accident se produisit, il y avait longtemps que le sarcophage était vide. Les reliques avaient couru de grands ris(|ues. .\u viii^ siècle, les Sarrasins désolent les val-
' Acta sanct., 1" nov.; Bibliothèque de Dijon, n. 406-; Cabinet de M. Mallard, rue Longepierre, Dijon; Archives du départ, de la Côte-d'Or, Statistique, registre ms., par A'aillant, t. i, p. 56S sq. ; Legouz de Gerland, Dissertation sur l'orig.de Dijon, 1771, p. 130; L. Chomton, op. ci/., p. 43. — = Mém. de la Commi'ss. des antiq. de la Cote-d'Or, t. x, p. Lxx. En 1758, en creusant les fondations d'une chapelle à Saint-Philibert, on décou\Tit plusieurs cuves semblables à quinze pieds au-dessous du niveau du sol. — ' Raoul Glaber le dépeint ainsi : pergrandis arca îapidea. L'auteur du /,ifier miraculorum S. Benigni dit, en parlant du couvercle, petra capilalis. L'auteur du Clironicon S. Benigni décrit la
lées du Hhone et de la Saonc, saccagent Autun et l'alibaye de Bèze, détruisent les archives des évêques de Langres. Au ix» siècle, les Normands apparaissent. La chronique de Bèze dit qu'ils n'entrèrent pas à Dijon. Cela doit s'entendre du castrum protégé par ses murs et ses trente-trois tours. Mais ils ravagèrent les environs jusijue sous les remparts, puisque, vers 878, ils décapitèrent l'abbé de Saint-Bénigne, Bertilon. Que devint la basiUque, située, comme l'abbaye, hors les murs ? Quel fut le sort du sarcophage conservé dans la basilique ? Nous l'ignorons. Vingt ans après (898) on croyait encore posséder le corps saint : on l'enleva du sarcophage qui resta vide et on le transporta à Langres « par crainte des païens -. 11 revient à Dijon, entre ;)2.'! et 931. Mais on le place à l'abri des murs, dans l'ancien baptistère ou église Saint-Vincent. Il ne rentre dans l'abbaye qu'en 940, et alors on l'enterre dans la crypte. Pendant tout ce temps, près de cinquante ans, le sarcophage a été abandonné. Est-ce bien l'ancien, celui du temps de Grégoire de Langres, lequel était le sarcophage primitif, dans lequel on déposa les ossements en 940 ? Il est difficile de ne pas le croire. Sans doute, les tombes de ce genre ne manquaient pas dans le cimetière qui s'étendait à l'ouest de la \il\e, mais puisque rien ne prouve qu'à cette date le sarcophage vénéré fût brisé ou mis hors d'usage, il était inutile de s'en procurer un autre (juand on avait celui-là *. Raoul Glaber ne laisse guère place à l'hésitation ; bien placé pour être instruit de ces détails qu'il tenait de l'abbé Guillaume et de ses moines, il écrit que c les choses étaient toujours telles que le rapporte dans ses Livre-s des miracles le saint pontife Grégoire de Tours; le corps reposait dans un très grand cercueil de pierre '. L'abbé Guillaume et son entourage ne doutaient donc pas qu'ils fussent en présence du sarcopliage primitif qu'il avait ramené au jour vers l'an 1000 (fig. 3740) «.
Après le xii'' siècle, les ossements furent renfermés dans une ch;îsse que l'on portait aux processions : habituellement, elle reposait sur deux colonnes, derrière l'autel majeur de la crypte au-dessus du tombeau. Car il faut distinguer soigneusement, dans les sources, le sarcophage et le tombeau qui le recouvTait. Le tombeau, orné et paré, attirait les regards et l'attention ; on ne voyait pas le sarcophage. Les chroniqueurs ne le connaissent guère. Aussi bien, il est désormais vide et délaissé pour la châsse. Les hommes du moyen âge n'éprouvaient pas pourjles témoins monumentaux le respect que nous témoignons. Après l'accident de 1271, le fond de l'auge restait; on égalisa les rebords et, sur ce fond, on disposa des colonnes, de façon à simuler un tombeau '.
C'est ce débris qui aurait échappé à la dcsti'uction. Il provient donc du cercueil de pierre reconnu par l'abbé Guillaume; au delà, le doute est permis, mais la vraisemblance est pour l'identité avec le sarcopliage du VI* et du iii<^ ou ive siècle. Toutefois, si on reconstitue ses dimensions probables, qu'on l'alourdit même un peu plus que de raison, qu'on le munisse^d'un couvercle majestueux, il reste difficile de justilier la remarque de Grégoire de Tours ; ut taie nec tria paria boum Irahere possint.
forme et les ornements du tombeau et ne dit rien du sarcophage. — * Supposons le sarcophage primitif brisé ou inutilisable, l'abbé Guillaume s'en procure un autre. Mais a-t-il la préoccupation d'en choisir un qui ressemble à celui d'autrefois, rude et commun ? Ou bien, voulant placer le siu'copliagc au centre d'un pavé de marbre, n'aurait-il pas plutôt cherché une cuve ornée ? — ^Vita Guillelmi.c. x.\ii, P. L.,t. CXLII. — ' En 940, le corps fut enseveli sous le pavé de la crypte, en avant de l'autel, dans une losse assez profonde qui fut comblée et le terrain nivelé, en sorte que vers l'an 1000 on eut quelque peine ù le découvrir, il fallut des sondages. — ' Cl. P. Lejay, d.ins Reu. d'Iiist. et de litt. ecclés., ia02. t. vu. p. 80.
DIJON
On a retrouvé sur place, le 30 novembre 1858, deux fragments de l'auge, un des angles encore debout et une partie du fond '■.
VIII. La crypte. — L'église a traversé plusieurs périodes. Nous n'avons à étudier que les plus anciennes.
1» Une tombe dans un cimetière situé à l'ouest du caslnim. On y descend, car c'est une crypte dont les murs s'élèvent au-dessus du sol; par-dessus, un toit probablement et peut-être, au fond, une abside.
2° La tombe est intacte au début du vi'' siècle, mais la crypte est en ruines. Grégoire de Langres, respectueux, comme les hommes de son temps, de l'emplace-
(am illam Inisilicam magnam jussit ledipcari. Pareil nom n'implique pas l'adoption du plan basilical, mais les constructeurs d'églises dans la Gaule du vi« siècle eussent été peut-être bien en peine d'imaginer autre chose que ce plan et leurs ouvriers bien incapables de comprendre et de construire une rotonde. En tout cas, la crypte fut conservée et celle-ci dut se trouver presque certainement près du chevet. Une restauration eut lieu au ix« siècle, vers 870. Grâce aux fouilles exécutées au siècle dernier, nous pouvons nous faire une idée de l'église ainsi renouvelée et agrandie. Elle comportait, en effet.'une crypte et un étage de plain-pied. La crypte
Coupe sur AB cij pItJi
3741. — État actuel de la iosse du sarcopliaKc. D'après Choiiiton, np. ci/., pi. xxx.
ment consacré par le tombeau, n'y louche pas. mais il fait reconstruire l'abri. Tout d'abord il restaure la crypte et la pourvoit d'une voûte élégante; eleganti transvolvcns opère. Ce premier ouvrage fut dédié le 2 1 novembre et, d'après la Chronique de Siiinl- Bénigne, en l'année 511. On peut supposer que le tombeau non changé de place fut aménagé à la manière d'une conlessio suivant le type en faveur à l'époque mérovingienne. Tout ce qu'on pourrait dire de plus est conjecture (fig. 3741).
3" Le culte grandissant du martyr, le nombre croissant de pèlerins déterminèrent Grégoire de Langres à l):Mir une grande basilique : ncc moratus super crijp-
' K. nuuKnud, Élude /ii.sfdri^i/c sur... soiiil lUnigiic, Paris, 18.VJ, p. 303-404,
(|ue nous visitons a conservé des parties de cette époque. D'après ces restes et les indications de la Chronique nous pouvons nous représenter l'église supérieure.
4° Entre' le v et le ix« siècle, on avait creusé, au chevet de la basilique, une eella dont la destination n'est pas connue. L'axe de cette cellu rcclangulaire était celui de la basilique, avec une légère inclinaison it droite. Ce réduit fut utilisé au ix' siècle. On le raccorda avec l'abside de la crypte, à l'endroit où se trouvait déposé le sarcophage, par un passage étroit. Au-dessus on éleva un étage correspondant. Cet étage fut dédié à la Mère de Dieu. On ignore si la eella souterraine eut un vocable. En même temps, de cha(|uc côté de l'abside de la basilique, on édiliait des absidiolcs dans un axe para'lèlc il cçlui de l'abside principale. U résullii
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de ces remaniements un édifice de disposition originale : une basilique terminée par trois absides, sur laquelle se greffait, au chevet, un long appendice rectangulaire. Ce plan se répétait dans la crypte et dans l'église supérieure. Il reste encore de cet ensemble, dans la crypte, les absidioles, la cella et une travée du couloir de communication.
IX. L'abbaye. — Ce fut Grégoire de Langres qui fonda l'abbaye de Saint-Bénigne. Voici tout ce que nous en savons d'après \sJ C.hronique de\Saint-Binigne : <• Lorsque le temple fut construit, le vénérable pontife
3742. — Basilique au ix« et x» siècle. D'après Chomton, o;j. cil., pi. m.
y réunit des hommes résolus à se consacrer^^au service de Dieu, qui vinrent en grand nombre de diverses parts. Dans le pays des Gaules beaucoup brillaient alors d'une vertu éminente, entre autres saint Jean, abbé de Réomé, Eustade et saint Seine, tous Bourguignons. Or Eustade fut, pendant quelques années, le chef de la nouvelle milice et la forma à la discipline monastique. A sa mort on le jugea digne de reposer à côté de saint Bénigne. »
Cette fondation aura probablement été composée d'éléments nouveaux et venus du monde ou des ermitages alors nombreux, mais non pas d'une maison monastique. On ne sait rien de la règle suivie, peut-être le fondateur lit-il une adaptation de plusieurs règles alors en usage, les modifiant à son gré en vue de l'observance particulière de la maison qu'il établissait. Les
bâtiments claustraux durent être situés au nord de l'église où les diverses restaurations et reconstructions les ont maintenus. C'est, qu'en ellet, l'espace situé au levant et au midi était occupé par « les basiliques des saints » et par quantité de sépultures qui continuèrent à s'entasser en gagnant peu à peu les bords de la Suzon.
D'après la Chronique, le fondateur, Grégoire de Langres, donna aux religieux des domaines et des droits eu plusieurs villages, la plupart situés dans la plaine arrosée par la Tille.
C'est dans l'église de l'abbaye, « aux basiliques , que Chramn, fils du roi Clotaire, fut reçu un dimanche par l'évèque saint Tétricus qui avait succédé à son père Grégoire de Langres et qu'on consulta sur lui et sur le succès de sa rébellion les « sorts des saints » (voir Dictionn., au mot SonTS des saints).
Contran, roi d'Orléans et de Bourgogne, fit, en 584. une riche donation à l'église placée sous le patronage de saint Bénigne. « Il lui céda, dit la Chronique, le vicus alors considérable de Larey, qui est en face de l'abbaye, sur la rive droite de l'Ouche, et à ce premier don il ajouta des possessions nombreuses, depuis le pont de Dijon (aujourd'hui pont de l'Hôpital) jusqu'au delà de Fleurey. » Puis ce furent des objets de prix pour la décoration de l'église et du tombeau : gemmes, tissus, vases, chandeliers. Nous ne pouvons ici faire le dénombrement des biens et des richesses de l'abbaye.
L'abbaye de Saint-Bénigne pratiqua la laus perennis, du moins la Clironique l'affirme parmi beaucoup de détails sujets à revision; on y peut retenir néanmoins que le culte très ancien de saint Maurice dans l'abbaye de Saint-Bénigne favorise l'idée de relations étroites avec l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune (voir t. i, col. 858) où était en vigueur la laus perennis.
Les événements relatés pendant cette période qui nous intéresse seule sont clairsemés et peu importants. On voit s'introduire le relâchement de la discipline et, par contre-coup, la basihque et le monastère mal ou l)oint entretenus se lézardent et menacent ruine. La ferveur ayant disparu, les moines ne difîéraient guère de tant d'autres religieux dégénérés. Cependant le tombeau de saint Bénigne continuait à attirer les pèlerins. C'est là qu'en 767 vient prier saint Jacques, évèque de Toul; il s'attarde même quelques jours et meurt ; on lui donne la sépulture dans la crypte du martyr. Vers 810, l'abbaye menaçait ruine et on ne sait pas si les efforts tentés par Herlegaudus, archidiacre de Langres, eurent un résultat pratique. Mais, à partir de cette époque, nous n'avons plus à nous occuper des destinées archéologiques de Saint-Bénigne.
X. Vestiges. — En 870, l'évèque Isaac entreprit la restauration de Saint-Bénigne presque aussitôt après son élévation sur le siège épiscopal de Langres. Isaac s'était assuré du consentement de Charles le Chauve qui désirait, lui aussi, voir l'abbaye retrouver sa réputation compromise. Les travaux exécutés alors, pour considérables qu'ils fussent, nous sont présentés comme une œuvTe de simple restauration, d'où on peut induire que le plan général et la disposition d'ensemble ne furent pas essentiellement modifiés. La moitié de l'édifice, celle qui regardait l'ouest, n'a pas dû s'éloigner de sa forme primitive : des colonnes, plutôt que des piliers, continuèrent de séparer les nefs, recouvertes de plafonds comme au temps de saint Grégoire. Tout l'espace entre le tombeau de saint Bénigne et le portail fut profondément bouleversé lorsqu'on bâtit en 1001 l'égUse romane, plus tard l'éghse ogivale et que le sol de celle-ci devint un champ de séjjultures. Les fondations de la première basilique ont dû disparaître dans toute cette partie. A peine est-il permis d'en voir quelques vestiges dans deux murs engagés sous le pavé du bras méridional du transscpt de l'église
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actuelle. Ces murs furent mis à découvert pendant la période des travaux de réfection commencés en 1884. Hs répondent aux lettres abc duplun (fig. 3742).[Selon quelque apparence, ils ont pu délimiter de ce côté la basilique primitive et l'abbé Guilluume les aura repris pour les utiliser dans le prolongement qu'il donna à l'église souterraine.
Mais la partie supérieure (côté de l'orient) de la basilique du ix= siècle a laissé des traces plus certaines. Depuis 870, elle n'a reçu d'autres modifications^que par l'implantation de la rotonde sur la nef de la chapelle Sainte-Marie. Le reste n'a pas changé.«^à part, peut-on supposer, l'abside du tombeau, qui a pu être, jusqu'à l'abbé Guillaume, un mur plein percé de quelques baies, et devenir sei lement alors l'hémicycle de colonnes qui subsiste. Les murs, les voûtes, le pavé ont été maintes fois refaits ou réparés. Néanmoins, dans cette partie, l'ordonnance de l'édifice du ix"" siècle est visible, intacte en bien des Ugnes, restituable partout. En résumé, appartiennent au plan de la basihque du ix^ siècle, la chapelle Saint-Jean-Baptiste, la travée qui la précède, les absidioles au-dessous de la rotonde, le rond-point renfermant la confessio, les deux ailes :ï droite et à gauche, c'est-à-dire presque toute la crypte actuelle moins la rotonde. Ajoutons que la chapelle Saint- Jean-Baptiste est une construction antérieure au ix^ siècle, et que le rond-point du tombeau doit marquer à peu près l'emplacement du chevel de l'église bâtie par saint Grégoire.
11 existe probablement quelques menues épaves de la première basiUque. Tels, par 'exemple, les fûts de plusieurs colonnes isolées de la rotonde. Quelquesunes offrent, à un même niveau, des mortaises ayant servi à l'encastrement de balustrades, à une époque où les colonnes étaient réparties autrement qu'elles ne le sont aujourd'hui. L'abbé Guillaume qui tint à employer des monolithes, qui transforma en colonnes engagées des sarcophages dont il fit arrondir les angles, n'eut garde de négliger les blocs cyUndriques provenant du vieil édifice.
Dans la confessio, autour de l'auge sépulcrale gisent les débris d'un pavé en marbre. Les pièces de ce pavé sont d'antiques fragments utilisés au xr siècle. Pour les fragments de sculpture encastrés dans lo mur intérieur de la chapelle Saint-Jean-Baptiste ou conservés au Musée archéologique de Dijon, on n'a pas les cléments comparatifs nécessaires à un classement, mais on peut les faire remonter jusqu'au ix' siècle. Aucun chapiteau n'est antérieur au x>= siècle.
Quelques mosaïques ornèrent la chapelle Sainte- Marie jusqu'à la Révolution. Dom l'Iancher en a fait un dessin conservé à la BibUothèquc nationale '. Les figures représentent des lions affrontés, ou bien des oiseaux. Un fragment subsistant en donne d'ailleurs piètre idée". Au dos de ce fragment on lit cette note de la main de M. Baudot, de Dijon : « Fragment du pavement en mosaï(iue que l'on voyait à l'entrée de la chapelle Notre-Dame dans la rotonde de Saint- Bénigne, détruit entièrement les 21 et '2,') février 1792, époque de la destruction de la rotonde. Ce morceau représentait un lyon et une lyoniie se regardant, un losange entre les deux tètes et deux moitiés d'aigles aux deux extrémités du morceau quarré long, qui portait en tout onze pieds sur cinq pieds six pouces. J'ay fait tr?nsporter chez moi, lors de la destruction de ce morceau, la majeure partie, mais séparée; il ne me reste d'entier que la face d'un des lyons que j'ay incrustée ci-contre. Les plus longs des cubes de cette mosaïque ont un pouce six lignes de Iiaut, et six lignes
' H. Prost, dans Mémoires de la Société bourauignonne de géographie et d'Iiistoire, t. X, p. 289 sq.; liiblioth. nationale. Coll. de Himrgogne, t. .\iv, fol. 123. — M:f. I.. {■.hoinlnii.
d'épaisseur; les moindres cubes ont six lignes de haut et cinq lignes de large = • (fig. 3743).
Le même M. Bénigne Baudot vit le 23 février 1792 chez le sieur Baron, marchand d'ornements d'église, préposé à la garde des reUques provenant des égUses et des monastères, un coffre de bois apporté de l'église Saint-Bénigne de Dijon. « Je l'ouvris, dit-il, et j'y vis les restes mortuaires du corps de saint Bénigne dont une partie était réduite en poudre et les os absolument secs. Ceux-ci enveloppés par une pièce de satin à fond violet, ayant la trame jaune et décorée d'arbres et d'oiseaux de proie. Ils sont, ainsi'que les arbres, gros-
37 13. — Fragment de mosaï-iue.
Dai)its Cliomtcn, op. cï(., pi. xii, n. 4.
sièrement dessinés en jaune et semés de vert; les arbres sont sur une ligne et les oiseaux sur une autre; ces derniers sont deux à deux et se regardent l'un l'autre'. » Cette description permet de reconnaître une de ces étoffes comme on en a rencontré quelques fragments dans les trésors de Lens, d'Aix-la-Chapelle, etc., et qui sont des vestiges d'étoffes orientales dont l'origine s'accuse par la richessc|de la'matièreetj par le choix des dessins rappelant ceux des tissus persans et orientaux.
XL M.\NuscmTs LrriRGiyuES. — Bil)liothèque de Dijon, n. SV (1"22), oUm Saint-Bénigne, 110 feuillets, mesurant 0">268 sur CISO.
Manuscrit donné en 1036 à l'abbaye de Saint-Bénigne, par Imbert de Vergi, évèque de Paris. Sous le titre de sacramentairc qui lui est donné couranmient ; ce manuscrit est, en réalité, un pontifical.
Au verso d'un premier feuillet de garde, on lit :
ANNO DOMlNIC.^r INCAnNATIONIS MII.l.ESIMO TRICESIMO SKXTO. DATVS EST HIC SACRAMENTORVM I.IBER SAXCTO MARTVRI BEXICNO DIVIO 't NENSIS AECCLESIAE PATBONO AB IIO NOBABIM HIMBEBTO PARISIACAE SEDIS EPISCOPO PETENTE F.IVSDEM LOCI PROVI SORE AÏQVE BECTOBE DOMNO ABBATE HALINARDO SI (JVIS ILLI AUSTVI.I.IUT QVOCViMOl'E MODO 10 SIT PEBPETVO ANATIIKMA A IVDICE DEO
Cette inscription prouve que le titre Liber sacramcnlorum a été appli(|Ué aux iionliflcaux.
o;». cit., pi. XII, cela représente, parait-il, un iiuille de lion. - - • Ibid., p. 77, note 4. — ' Hihliothèquc publique de Dijon, ins. iiut(>|{raphe de M. liiiixlot, n. 34S.
DIJON
A la fin de ce pontifical, on lit (fol. 100 v") la formule du serment prêté par l'abbé de Saint-Martin d'Autun ù l'archevêque de Lyon, Halinard (1041- 105'2), auparavant abbé de Saint-Bénigne de Dijon.
Bibl. : H. Omont, dans Bulletin de la Société de l'histoire de Paris, 1882, p. 119-120; L. DeUsle, Mémoire sur d'anciens sacranwntaires, in-4'', Paris, 188G, p. 271, n. ex; Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques, 1SS9, p. 32.
Psautier de Cîteaux, fin xi", début xii» siècle. Bibl. de Dijon. -ÏO. Lib^^r sancle Marie Cistercii. Servanti benediclio. sit analhcma juranii.
Fol. 8 y". Grande peinture très curieuse, représentant la Flagellation; les figures des bourreaux du Christ ont été effacées.
Fol. 10-123. Psautier, avec riche frontispice et jjrande page ornée.
Fol. 123 v°. Cantiques de la Bible, « Ymnus Ambrosii » ou Te Deum; Symbole des apôtres, S. Athanase : Fides Catholica.
Fol. 132 v°. Litanies.
Ce volume passe pour avoir api)artenu à saint Robert de Molesmes; cette tradition est exprimée dans une note écrite à la fin du xii" siècle (fol. 10) et que voici : Beatus paler Robertus, Spirilu sancto inspirante, exiens de monasleerio Molismi, quod ipscmet jandavcral, et tanquam apis argumentosii Domino cum sancta confrcdrnm suorum comitiva neniens ad locum celitus sibi oslensum. in quo erat sacrum Cisterciense monasterium, caput tam excclleniissimi et devotissimi ordinis, fandalurns, inter alia obtulit prcscns psalterium, quod pcr compositionem, pnstmodum (Uictoritate apostotiea inter Cistercienses et Molismcnses factam remansil apud Cistercinm. Super quo tocius hujns sacre rcligionis psalteria transsumi et cmendari in liltcra et accenlu ac punctuatione debent. Sed ordo non acceptavil precedens kalcndarium nec sequentem letaniam.
Quoi qu'il en soit, ce psautier servit de type aux Cistenciens; le texte en fut imprijné en 1486 (Bibl. nat., B. 27915).
XII. Bulles sur papyrus. — La Bibliothèque nationale acquit, en 1867, une expédition authentique du procès-verbal dressé le 12 janvier 1663 par Philibert de La Mare, conseiller au parlement de Bourgogne, pour constater l'état de deux pièces sur papyrus conservées dans l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, pour en expliquer le contenu et en prévenir la destruction (fonds latin, ITOSl, fol. .5-10). Le rapport insère une transcription des deux bulles, transcription qui n'est pas irréprochable et d'autant plus surprenante que « il estoit à craindre que, les dictes bulles estantz escrites sur une matière fragile, ce qui en reste ne vienne à estre altéré par le temps. » Par surcroît de précaution, Mabillon insérait un dessin de chaque bulle dans son De re diplomatiea, p. 437 et aussi les auteurs du Xoavcau traité de diplomatique, t. v, p. 141 ; enfin le conseiller de La Mare, à la requête du prieur Joseph Seguin et du procureur de Saint-Bénigne .lean Saget, procédait à une collation du texte des bulles avec la transcription qu'on lui en exhibait dans « un livre in-foUo en parchemin, dont l'escriture nous a paru, dit-il, estre de deux à trois centz ans, ou environ » et sur l'avis de deux experts « comparants par devant nous, le serment d'eux pris de bien fidèlement et exactement recognoistrc la manière sur laquelle sont escrits les originaux des dictes deux bulles, et après les avoir bien et deuement examiné, nous ont dict... [avoir]...
' L. Delisle, Les bulles sur papyrus de l'abbaye de Saint- Bénigne conservées à Asbburnam-Placc et à Dijon, dans Mélanges de paléographie et de bibliographie, in-S", Paris, 1880, p. 37-52 et atlas. — = Gallia christiana. t. iv, col. 670; cf. Bréquiffny, Diplomata, p. 246 ; Pardessus, Diplomata, t. il, p. 132. — ' Annales ecclesia.stici Francorum, t. iv, p. 336. —
recognu icelles estre escrites sur une matière faicle d'une plante appellée Papyrus .Egijplla, > etc. '.
Les deux bulles ainsi visées sont au nom de Jean V (23 juillet 685-2 août 686) de qui une lettre datée du mois de novembre ne peut être que l'année 685; et de Serge. Il y a eu deux papes de ce nom : Serge I", (687-701) et Serge II (844-847). Il s'agit du premier, imisquc la bulle est expédiée à l'abbé Vulfecrannus, qui était déjà en fonctions en 6G3 =. Les savants qui ont examiné le papyrus original au xvii» siècle ont constaté qu'il portait très lisiblement la date du 8 des calendes d'avril et de l'indiction II, ce qui correspond au 25 mars 69U; mais les anciennes transcriptions ajoutent un autre élément : la dixième année du pontificat de Serge, ce qui nous ferait descendre jusqu'au 25 mars 698, et ce qui ne concorde plus avec l'indiction n.
Mabillon n'avait pas vu les originaux dont il inséra des fac-similés des premières et des dernières lignes (pi. XLVi) comme les plus anciens exemples de bulles originales qui fussent à sa disposition, et il observe à leur sujet qu'on a tort de placer au xi= siècle le premier emploi de la formule salutem et apostolicam benedictionem. puisqu'on la rencontre des 685 et 698 dans les bulles de Jean V et de Serge l" pour Saint-Bénigne; il re.ste aussi que dans la bulle de Jean V on relève une erreur dans l'indiction qui porte VI alors que 685 veut XIII, mais il ne voit là qu'une erreur de scribe; enfin il observe que sur la bulle de Serge I" la seule date lisible sur l'original est celle de l'indiction : indiclione II, de sorte qu'à la leçon anno pontificatus décima, adoptée par d'Achery, d'après la Chronique de Saint- Bénigne, il faudrait peut-être substituer la leçon anno pontificatus secundo et rapporter la pièce non à 698, mais à 689. MabiUon ne semble avoir fait aucun cas des objections soulevées depuis plus de dix ans par le P. Le Cointe contre l'authenticité de cette bulle ^
Scipion Mafici ■■ et les auteui-s du Xouueau traité de diplomatique ' partagent pleinement la manière de voir de MabiUon. Il est vrai que dom Tassin et dom Toustain observent qu'il est fâcheux que, dans la première bulle, l'indiction se trouve défigurée par la faute de l'écrivain et qu'il est singulier que le pape Serge 1" prenne le titre de Sergius, gratta Dei pontifex Romanus; mais, réflexion faite, ils en concluent que : 1° dès le vue siècle l'expédition des bulles était confiée aux bibliothécaires; 2° que la date du pontificat des papes était alors en usage; 3" que l'emploi de la formule salutem et apostolicam benediclionem remonte au moins au vue siècle. Bréquigny a accepté sans réserve l'opinion des bénédictins sur la bulle de Jean V =; il est moins affirmatif pour celle de Serge l" que, malgré l'autorité de plusieurs critiques, il ne ])eut s'interdire de « regarder comme suspecte » '. Gaetano Marini doute de toutes les deux, il n'y voit que des ouvrages du x« ou du xi« siècle ». N. de Wailly fait tout crédit aux deux bulles dont il explique les erreurs de date par la maladresse d'un écrivain du xii» siècle qui dénatura les chiffres en repassant à la plume les traits plus ou moins elTacés '. Marino Marini cite plusieurs fois la bulle de Jean 'V; c'est d'après elle qu'il soutient l'antiquité de la formule salutem et apostolicam benediclionem '".
« Jaffé a condamné les deux anciennes bulles de Saint-Bénigne : il les a classées jiarmi les Litera' spuriœ ". C'est, ajoute Léopold Delisle, la meilleure place qu'on puisse leur .assigner. En elTet, dans l'une et l'autre, l'indiction ou l'année du pontificat est fautive; toutes les deux sont expédiées par un bibliothé-
' Isturia diplomatiea, p. 56. — ■ ' \ouueau traité de diplomatique, t. V, p. 148, 149. — 'Bréquigny, DipioHia(a,p.CLXXXVt. — ^ Ibid., p. cLxxxvii, cl. p. cxxi et p. :5.55. — • / papiri diploniatici, p. 21 1. — • Éléments de paléographie, t. i, p. 319- 359. — " Diplomatiea ponlificia, p. 51. — " Regestaponliflcum roman., p. 911, n. ccxr.iii et cc.xciv.
DIJON
caire et datées de l'année du pontificat; toutes les deux renferment la formule salatem et aposloHcam benedictionem. Comment supposer que tant d'irrégularités et d'anomalies puissent se rencontrer à la fois dans deux bulles émanées de deux pontifes différents ? Comment n'y pas voir la main d'un faussaire qui ne se doutait pas que les usages du ix« ou du x= siècle n'avaient rien de commun avec ceux du \u<' '. »
De ces bulles, un fragment (du premier papyrus) fut recueilli pai Libri et vendu à lord Ashburnham; deux autres fragments sont conservés à Dijon. A l'aide du procès-verbal de 1663, il est facile d'établir le rapport qui existe entre ces divers fragments. Voici d'abord la bulle de Jean V :
Bèze à Guillaume, abbé de Saint-Bénigne. L'explication de ce fait en apparence inexplicable qui fait lire une bulle de 995 au revers de deux bulles datées de 685 et 690 ou 698. ne peut être que la suivante.
« Au -XI' siècle, les moines de Saint-Bénigne de Dijon qui fabriquèrent ou firent fabriquer les prétendues buUes de Jean V et de Serge 1=', savaient que les anciens actes de la cliancellerie romaine étaient généralement écrits sur du papyrus. Pour se procurer cette substance, que le commerce ne devait guère apporter en Bourgogne, ils fouillèrent leurs archives, où se trouvait la bulle sur papyrus par laquelle Jean XV avait confié en 995 à Guillaume, abbé de Saint-Bénigne, l'administration de l'abbave de Béze. Guillaume était
[Ashburnam] Johannes episcopus servus scrvorum Dci di. lecto filio Vulfecranno abbati Divionensis monasterii ejusque successoribus sait et apsl ben. di... O/ficii nostri aactoritate monemur viros honeslûs in suis
petilionibus . . audire cisque congnium impertiri. Qua propter. .
fili Vul/ecranne abbas postulaliones tuas dignas judicantes impleri cymeterium vrm in quo venerandas martyr Benignus corporc requiescit vobis et. .
clericis onensis castri unû consl
idem cymiterium alibi transfer
exeommunicalione prohibemas
[Dijon, I] milerium temeretur sed pro gloriosi
ris Teverentia qui locum ipsum et patriam adjaccntem sui sanguinis aspersione
sacravit inviolabili gaudcat libertate et semper sub istius saerosancte et apostolice sedis protectione servetur. Si qua sane persona illud violare aut qaocumque modo temerare presumpserit anathematis sententia
pape anno primo mense nono .
sede indictione v/.
.... lOHANNF.S SANCTE C.'\.THOLICF, ECCLESIE EP
sacratissima beati Pétri apostoli
Voici la Imlle de Serge I« [Dijon, 111 ■