DISCESSIT — DISQUE
A Arbal (l'ancienne liegiœ), une inscription de la fin ' du v" siècle porte encore le signe diis manibiis ' : |
MEMORIA CONSIDI |
SECVNDI QVI NOS PRAECESSIT IN PAGE :i DOMINICA VIXIT ANN PL M XXV DISCESSIT V IDVS IVNIAS AN P CCCCL E V
Memoria Considii Secundi qui nos prœcessit in pace dominica vixil annis plus minus 25, discessit v idus junias anno provincix 450 et 5 ( = 494 de notre ère).
A Ain Temouclu-nt on rencontre : discessit in pace Domini ^.
A Benian, pierre de grès, O^SS larg., 0"'27 de hauteur, hauteur des lettres 0"06 '.
MEM • VICTORIS • PB • VICXIT /NNIS LII DIS • XL KL • OCTO B • LVCI/4MV ■ FRATER FE 5 CIT PRO CCCXC ET llll
Memoria Victoria presbyteri vicxit annis 52, discessit kalendas octobres. Lucianus jraler fecit anno provincise 390 et 4 ( = 433 de notre ère).
A Rome, on trouve decessil ' :
IVLIA • AFRODITE • SIVE • MVNIVA- QVE • VIX ANNIS-XL-WI-VI-D-XXV-DECESSIT-IN-PACE BENEMERENTI-FECIT-MARITVS
et encore ce fragment trouvé : vinea Carpinea ' :
ENEMERENTI ■ LAVRENTIA
Q-FECIT GVM MARITV-AN
IN QVEN MENDVS ■ NE D-CESSIS
H. Leclercq.
DISQUE. — 1. Usage. II. Disque de Rome. III. Paris. IV. Madrid. V. Baveux. VI. Kertch. VII. Geilamir. VIII. Paris. IX. Paris. X. Genève. XI. Florence. XII. Vienne. XIII. Paris. XIV. Vérone. XV. Pérouse. I. Usage. — Sous les divers vocables de discus, de niissoriam, de bouclier, on a pris l'habitude de classer iiidlfléremment une série de pièces d'orfèvrerie dont on connaît aujourd'hui une dizaine d'exemplaires. Panni ces termes; celui de bouclier est d'une impropriété qui saute aux yeux et nous l'écartons; en réalité, il s'agit d'un surtout de table. Le mot missorium dont on faisait usage pour le désigner est un terme de basse latinité qu'on lit soit dans un inventaire d'argenterie trouvé en Gaule ', soit dans Grégoire de Tours, soit dans Isidore de Séville qui, dans son chapitre : De vasis cscariis, indique l'usage de ces ustensiles : Missoriuni vocatum a mensa, per derivationem quasi mensorium '.
Chez les Romains, à l'époque classique, on préférait le mot repositorium qui caractérise plus exactement la destination du vase. Pétrone et Pline l'Ancien en usent
*S. Gsell, A propos de diverses inscript, chrétiennes d'Afrique, dans Bull, archéol. du Comité, 1899, p. 4.59, n. 10.— ' Bull, archéol. du Comité, 1892, p. 307. — " R. Gagnât, Chronique d'épigrnphie africaine, dans Bull, archéol. du Comité, 1892, p. 329. — « R. Fabretti, Jascripdoniim nnliquanim, qu.T in paternis domibus asseruantur, explicatio, in-foL, Romae, 1699. p. 1 46. n. 172 : villa Pereita. — ' Ibid., p. 272, n. 149. CJ. p. .509, n. 129. — • Publié par H. Thédenat et A. Héron de Villefosse, dans Gazelle archéologique, 1885. — ' S. Isidore, ElymologiVc, 1. XX, c. IV. P. L., t. Lxxxi, col. 715. — ■ Dans Constantin Porphyrogénète nous trouvons u.-.'jTrAçjio'u — • E. Plot, Sur un missorium de la collection de M. Eug. Piol, dans Gazelle archéologique, t8S6, t. xi, p. 180. — '"Athénée,!. II, c. XVIII, nous a conservé dans un fragment du poétecomique
dans ce sens. Dans V .\nlliologie grecque, on trouve trois épigrammes qui font usage des termes discus et a'.vsov^ov " ; mais ce terme ne se retrouve ni dans Hésycliius ni dans Suidas, ce qui donne lieu de supposer un emprunt à un dialecte d'Asie et peut-être le nom d'originedes tables de métal précieux que les Grecs avaient empruntées au luxe lies Perses '. On trouve dans le récit du festin de Trimalchion la description du repositorium du premier et de celui de second service. Celui-ci était de forme ronde avec les douze signes du zodiaque représentés sur la circonférence. Sur chacun d'eux le maître d'hôtel avait placé des mets qui, par leur forme ou leur nature, avaient quelques rapports avec ces constellations : • sur le Taureau, une pièce de bœuf; sur les Gémeaux, des rognons; sur le Cancer, une simple couronne; sur le Lion, des figures d'Afrique; sur les Poissons, deux surmulets; au-dessus de la Balance, une statère qm d'un côté soutenait une tourte et de l'autre un gâteau... .\u milieu, sur une touffe de gazon, un rayon de miel. » Ces objets ne servaient ni à découper, ni à recueillir les sauces et tout ce qui pouvait souiller, c'étaient de véritables objets d'art et de luxe que l'on admirait, qui pouvaient alimenter la conversation des convives par le choix et le mérite des compositions dont ils étaient décorés. Le luxe s'empara de ces pièces d'argenterie et, au dire de Pline, sous l'empire de Claude, son esclave Drucillanus, nommé Rotondus, intendant de l'Espagne citérieure, eut un plat d'argent de cinq cents pesants, accompagné de huit autres, pesant chacun deux cent cinquante livres.
Les épigrammes de \' Anthologie nous détaillent les sujets figurés sur quelques disques. Comme sur celui du festin de Trimalchion on y voit les douze signes du zodiaque et d'autres constellations >"; sur un autre, Télémaque et Pénélope. Une épigramme anonyme est mentionnée comme se trouvant « sur un autre disque du même Eubule " » : « Autre Pierre, je suis parvenu à graver, pour que tous le voient, le tombeau vivifiant du Seigneur sur ce plat, image du tombeau divin, dans lequel, prosterné, je vois le corps du Christ. »
Avec l'apparition de^ Barbares, ces pièces d'orfèvrerie changent de nom et de physionomie.
En 581, Grégoire de Tours est reçu à Nogent par Childéric II. « Là, nous dit-il, ce prince me fit voir un grand surtout, missorium magnum unas, fabriqué par son ordre, composé d'or et de pierres précieuses, et du poids de cinquante livTes. « Je l'ai fait, dit-il, pour donner du relief et de l'éclat à la nation des Francs. J'en ferai faire d'autres, si Dieu me prête vie ". »
J. Le Beuf, chanoine d'Auxerre, fut le premier à attirer l'attention sur les missoria, A propos de quatre exemplaires du poids de 50, 40, 35 et 30 marcs légués par saint Didier d'Auxerre à l'occasion de la dédicace de son église cathédrale; et Le Bœuf s'étonne de cette profusion d'écuelles et de salières dans un trésor d'église ". La Vie de saint Didier, mort vers 6'21, contient, en effet, quelques détails d'une précision curieuse '* : N" 3 : Basilicam sane beati Stephani, cui sedit.
Alexis le souvenir d'un autre disque décoré de même façon : une leçon de cosmographie mise à la portée des convives. Alexis, de Thurium, mourut vers l'année 290 avant Jésus- Christ et le disque décrit par lui peut prendre place en tête des monuments de ce genre. — " C'est un orfèvre dont le nom manque dans le catalogue de Sillig et qui a été oublié par Raoul-Rochette. — " Grégoire de Tours, Ilisl. h'rancor., I. VI, c. Il; 1. VII, c. IV : £90 ha.'c ad exornandam alquc nobilitandani Francorum gentem feci, sed et plurima adhuc, si vila cornes fueril, faciam. — " E. Piot, op. cil., en prend occasion pour dire quelques sottises qui ont l'intention d'être désagréables :'» ceux qui respectent la religion. Nous laissons ces gentillesses dans la Gcvzclle archéologique. — - " .-Iclo sai\ct., octobr. t. XII, p. 361 sq.
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DISQUE
miro décore ampliavU... uhi et liœe dona ohtuUt: missoriuni anacleiim dnauratum, pcnsantem libras v. habentem in se scptem personas hominum cum lauro et litleris et grecis. Dédit et aliiim missorium similiter anacleum granellatum, pensantem libras A7. et dimidiam, qui liabet in medio rotam cum stepliadio et in giro tiomines et feras. Item ntissoriam tcrtiiim anacleum, pensantem libras xxxv : sasum habet in se historiam solis cum arbore et serpentibus. Item missorium quartum anacleum, pensantem libras a.ï.ï ; habet in se Ethiopem et cdias imagines hominum. — N" 5 : Dédit item missorium planum, pensantem libras viii et semissem: habet in mcdio rotam et in rota monogramma. Item alium missorium, pensantem libras viii; habet in medio crueem cum duobus hominibus. — N" 8 : Prœlerea basilice domni Germant, ubi corpus suum sepcliri decreverat, hec dona obtulit: missorium argenleum, qui Thorsomodi nomen scriptum habet; pensai libras .y.vav;; ; habet in se historiam EnesE cum litteris grxcis. Item alium missorium planum pensantem libras xxx '.
Autres mentions de missoria dans la vie de Sonnace, évêque de Reims, mort avant 633 : basilicam lamen beati Remigii precipue sibi heredcm institait.... ibique missorium argenteum deauralum deputavit, coclearia quoque duodecim et solarium argenteum'; — dans le Testament d'Ermentrude : sacrosanctse ecclesiœ civitatis Parisiorum missorio argenteo valente sol. quinquaqinta dari precipio '. — Dans les deux recensions du Testament de saint Rémi : Post conditum testamentum. immo signatam, occurrit sensibus mets, ut basilice domnorum marti/rum Timothei et Apollinaris missorium argenteum vi librarum ibi depulem ' — dans une charte attribuée au roi du Kent, Éthelbert, parmi les biens légués au monastère des SS. Pierre et Paul à Cantorbéry : Obtuli ei... missurium etiam argenteum ^... — dans un récit en vers composé par Théodulfe, évêque d'Orléans, à son retour des deux Narbonnaises où i il avait exercé la charge de missus dominicus, nous lisons les séductions adressées au puissant visiteur : « Tous, dit-il, ont à porter quelque plainte, tous ont à solliciter quelque redressement, et pour que la puissance royale se déclare en leur faveur, ils ont tous à la main une offrande, ou, sur les lèvres, une promesse, delui-ci me promet une coupe de cristal et des perles Ce l'Orient, si je le rends maître du domaine d'aulrui. Celui-là m'ofTre un amas de sous d'or, sur lesquels sont ratcés des caractères arabes, ou des sous d'argent revêtus d'inscriptions latines, si je consens à lui livrer des métairies, des champs, des maisons. Un autre attire secrètement à lui mon notaire, et, de sa voix la plus basse, lui dit ces mots, qu'on doit me redire : « Je possède un vase enrichi d'anciennes figures, d'un métal pur et d'un poids qui n'est pas médiocre. On y voit représentés l'antre criminel de Cacus, les troncs d'arbre où sont suspendues les tètes pétrifiées de ses victimes, les rochers qu'il a garnis de chaînes, les produits variés de ses rapines, le sol inondé du sang des troupeaux et des hommes. Mais le courroux d'Hercule venant terrasser le fils de Vulcain, celui-ci vomit de sa bouche sauvage des flammes venues de l'enfer... les taureaux s'échappent de la caverne profonde, redoutant d'y Être encore ramenés en arrière, cela est dans le creux du vase, couronné par un cercle uni, et dont le ventre n'offre pas un trop vaste contour. Au dehors sont des reliefs de moindre dimension. On y voit le nourrisson de Tyrinthe étouffant les deux dragons et dix de ses
' Cf. J. Le Bcuf, dan le Mercure de France, janvier 1726. Ce Thorsomondus est peut-être Thorismond, prince wisi- Roth, mentionné par Annoin, De gcstis Francor., dans Bouquet, liée, des liist. de la France, t. m, p. 335. I.c licuf, Mdmoires concernant /'/nsloi're ecclésinsliqiic d'Auxerre, 1743, t. I, p. 129, 130. — ' Flodoard, Ilistoria Remensis Ecclesia; I. III, c. V, dans Monum. Germ. l>ist.,Scripl., t. xiit, p. 454.
autres travaux figurés en ordre. Cette partie extérieure du vase, altérée par un long usage, présente une surface polie où l'on distingue à peine les traces de l'antique ciseau. Voici le grand Alcide, le fleuve Calydon et le centaure Nessus se disputant les charmes de Déjanire, la robe fatale teinte du sang des monstres et l'horrible trépas du jeune Lychas. Enfin paraît le fier Antliée, qui meurt entre les bras robustes de son rival, ne pouvant recourir à son artifice habituel et réparer ses forces en touchant la terre. Eh bien, ce vase est pour ton maître, s'il se montre favorable à mes vœux '. » On voit que les Barbares n'étaient pas trop empressés à retirer le prix d'argent de ces pièces d'argenterie, ils les conservaient à raison de leurs histoires mythologiques récréatives et qu'ils étaient hors d'état d'imiter. Leur avidité se laissait commander par un sens esthétique obscur mais réel qui avait fait épargner un grand nombre d'orfèvreries. Pas plus que les Barbares ne se montraient avides, les évêques ne se montraient intolérants : ils accueillaient dans le trésor des églises des compositions auxquelles, à défaut d'une connaissance étendue des histoires olympiennes, il était manifestement impossible de donner un sens chrétien. Cependant, eux non plus ne songeaient à les envoyer à la fonte, fous savaient très bien le prix et l'intérêt de ces grands disques et, nonobstant leur valeur métallique, les serraient soigneusement dans les trésors royaux et les sacristies. Au x" siècle, Constantin Porphyrogénète possédait dans son garde-meuble impérial des disques d'argent ciselés sur lesquels était gravé le nom de Jordanès, prélet des troupes d'Orient; ces ustensiles remontaient donc au règne d'.^rcadius et se conservaient depuis cinq siècles '. Ces disques étaient de dimensions très variables, voici ceux qui existent aujourd'hui, avec leur diamètre ' : Kertch, 0""25; Genève, 0'"27; Fonzazo, 0"»287; Aquilce, 0"295; Paris (Berthou ville), 0°35; Pérouse, 0'»39; Paris (Hercule), 0">40; Florence, 0 ""4 1 ; Vérone, 0">41 ; Geilamir, 0 "50; Paris (Scipion), 0°'70; Paris(Annibal), n>"72; Madrid (Almandralejo), 0'"74. On voit que le diamètre varie entre 0"'2.'j et 0'"74.
II. Disque de Rome. — .Signalé par Mabillon au musée Landi, à Rome, dans ces termes : Belisarii clijpeus votivus are Vitigen regem suppliccm exhibens. On peut lui supposer quelque vague ressemblance avec les sujets figurés sur les disques de Pérouse et de Vérone. Les indications de noms propres données par Mabillon ne permettent pas de douter que ce disque portât une inscription mentionnant Bélisaire et Vitigès.
Bibliographie. — Mabillon, Iter ilalicum litterarium, in-4'', Lutetia; Parisiorum, 1G87, p. 77; De Rossi, dans Bull, di arch. crist., 1S73, p. 152.
III. DisQUF. DE Paris. — D'une conservation parfaite, il mesure O^OO de diamètre et pèse 3 kil. 150 gr., environ 8 livres 4 onces, poids romain. D'argent fondu; le plateau repose sur un pied très simple de O^IG cent, de diamètre sur 0'"032 de hauteur, soudé au revers, simplement martelé. Les contours du relief intérieur ont été rafTenuis au oiselet, et le burin çA et lA a précisé les détails, principalement dans le pelage du lion, où les épis du poil ont été indiqués avec beaucoup d'art et de vérité. Nulle marque d'appartenance au revers (flg. 3775).
Le sujet représenté est Hercule étouffant le lion de Néméc; à droite, un arbre; ù gauche, un scyphus sur un
— ' Mabillon, De lilarg., gcdlic, In-i", LutctlX. 1720, p. 463.— • Monum. Ccrm. hist., Scrip. rer. meroving., éd. Krusch, t. m. p. 340. — " P. L., t. Lxxx, col. 343. — ' lî. llaiiréau, Singiitarhistiir. et liller., in-8», Paris, lS(i2. — ' Constantin l'orpliy, roRénêle, De lliemalibus, édit. Bonn, 1840, p. 15. — 'Nous désignons ici ces disques sous les mêmes noms que nous leur donnons dans l'essai de classement de ce qui va suivre.
DISQUE
cippe; à l'exergue, les armes d'Hercule, massue, arc et carquois, sujet très recherché et auquel l'imagination attribuait une vertu curative. Alexandre de Tralles, dans sa Médecine pratique, assure que la vue de ce sujet était un excellent préservatif contre la colique (voir ce mot). Ce disque appartient à la première moitié du v^ siècle de notre ère.
Bibliographie. — G. Oderici, De argenleo Orciligiris numo conjeclum; in-4°, Romae, 1767; Grivaud de la Vincelle, Recueil de monumi'nts antiques, la plupart
yilô. Disque de laiis.. Cabiiut de France. D'après la Gazette arcMologique, 1886, t. xi, pi. xxi.
inédits et découverts dans l'ancienne Gaule, in-4", Paris, 1817, t. II, p. 72-74, pi. vin, fig. ii; E. Piot, Sur un missorium de la collection de M. Eug. Piot, dans Gazette archéologique, 1886, t. xi, p. 180 sq., 317-318, pi. XXI ; Babelon, Entrée au cabinet des médailles d'un missorium de la collection Piot, dans Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1890, t. Li, p. 228-231; A Venturi, Storia delV arle ilaliana, in-8°, Milano, t. i, p. 547, fig. 435. Ce missorium a été acquis par le Cabinet des médailles, le 31 mai 1890, pour la somme de 10 250 francs.
IV. Disque de Madrid. — En 1847, on déterra dans un pueblo espagnol, à Almandralejo (tierra de Barras), en Estramadure, un disque d'argent ciselé ayant 0^74 de diamètre et qui entra peu après dans les collections de la Royale Académie de l'histoire, à Madrid. Le sujet représenté fut d'abord interprété de l'empereur Théodose le Grand associant à l'empire, en 394, ses deux fils Arcadius et Honorius. Théodose et Arcadius étaient nés en Espagne, à Cauca, en Galice; ce lait semblait mettre sur la voie d'une explication quelconque de la présence du disque en Espagne. Devant un portique tétrastyle surmonté d'un tympan que coupe une arcade en plein cintre, les trois princes sont assis sur des trônes à pieds droits. Théodose remet au logothète ou protonotaire impérial la charte qui prononce l'association des trois empereurs (fig. 3771).
Le vêtement de Théodose se compose d'une tunique à manches longues et ajustées, ornées de broderies à l'épaule et au poignet ainsi qu'A la fente de la poitrine. Le manteau est agrafé sur l'épaule droite au moyen d'une riche fibule d'oCi pendent (rois cordons ornés de glands; sur le manteau, mais n'y adhérant peut-être pas encore, est posé le grémial qui iirotège les genoux et tombe sur le bas des jambes, grémial riclicmcnt brodé, orné de perles et peut-élre d'émaux, qui plus tard sera relevé jusqu'ù la i)oitrine et deviendra le
riche pectoral dont l'impératrice est ornée sur l'ivoire de Romanos. Le diadème se compose de deux rangs de pierreries associés au frontal. Les chaussures sont brodées, l'escabeau, le trône et le coussin tous gemmés. A la droite de son père, Arcadius tient le globe et le sceptre recourbé comme un bâton ; ce prince avait alors vingt-trois ans, son petit frère Honorius n'avait que neuf ans, il tient un globe à la main et bénit de la main droite à la manière latine. Didron imagine que ce geste
3770. Disque de .Madrid.
D'après une pliotographie.
d'un enfant s'expUque par le fait qu'il devait régner à Rome, ville sainte et ville latine; peut-être le graveur voulait-il tout simplement donner à chaque prince une attitude différente de celle de son frère.
De chaque côté du portique, des gardes, les cheveux plats et tombant sur les épaules, armés de la lance et du bouclier.
Sous le portique, à la place de l'exergue, une femme couchée, à demi nue, dans un champ d'épis. La tête appuyée sur le bras droit, elle semble écouter la parole de Théodose. Une corne d'abondance pose sur son sein et dépasse son épaule, une couronne de lauriers ou d'oliviers ombrage son front. Des amours nus courent autour d'elle. Deux autres amours sont ligures dans le tympan du fronton. On lit autour de la scène principale :
Cette légende cxpUquc probablement la figure de l'exergue : c'est la Terre heureuse et opulente, féconde en moissons, en fieurs et en enfants.
Les lettres gravées en creux sont cernées d'un pointillé et conservent des traces de dorures.
Au revers nul ornement, mais seulement une attache large et saillante destinée probablement à fixer le disque sur un support et à l'exposer en j)ublic;on y lit un grafiite tracé en points, peut-être le nom de l'artiste ou de l'atelier. 11 y a on outre, sous le génie placé à gauche du tyiu])an, par rajijiort au spectateur, une indication formée de quelques lettres et où l'on a pensé découvrir l'abrégé du nom de la ville de Cauca à laquelle était destiné le disque.
La i)laque d'argent, au titre de neuf cent soixanteseize miMiêmes.est parfaitement ciirulaire, son épaisseur varie de trois lignes à une ligne et demie. Avant de l'enterrer, on la ploya en deux, peut-être dans un vol et en vue de la fonte; heureusement les deux parties en
DISQUE
relief furent mises face à face, ce qui les préserva de l'oxydation, en sorte que le disque n'a subi d'autre mal que la brisure du pli oblique.
L'épaisseur de certaines parties du disque donne lieu de penser qu'il a été d'abord fondu, puis retouché au ciselet avec grand soin et terminé à l'aide de poinçons. La technique, sans être excellente, est encore bonne, les ornements sont traités avec soin et ne manquent pas de grâce, les silho.uettes sont tolérables, mais les visages ont déjà perdu toute personnalité.
L'inscription est, en partie, très claire, lorsqu'il s'agit de Théodose; en partie très mystérieuse lorsqu'il est question de cet ob diem felicissimam X. Cet X final est surmonté d'un signe qui semble un v minuscule. Le premier éditeur du disque d'Almandralejo, Ignace Delgado, estimait que cette inscription se rapportait à l'usage des empereurs de célébrer de cinq en cinq ans l'anniversaire de leur avènement. Cette coutume est attestée par de nombreux monuments d'interprétation certaine. Ces quinquennales étaient l'occasion d'exactions en vue de fournir les sommes nécessaires aux largesses, accompagnement obligé de ces solennités ; on distinguait les quinquennales successives d'un même signe par un chill're indiquant le nombre des années du règne et non par le nombre des lustres. C'est ainsi que, sur quantités de médailles du Bas-Empire, on lit à
l'exergue VOT • V ■ — VOT • X VOT • XV, etc. Il s'agit
des vœux faits à l'occasion des premières, des secondes ou des troisièmes quinquennales. Par conséquent, le chifïre qui termine l'inscription du bas-relief d'Almandralejo doit fixer la date qu'il s'agit de trouver.
Delg?do croit que, faute d'espace pour tracer le V à la suite du X, l'artiste l'a mis par-dessus et la date se trouverait ainsi fixée à la troisième quinquennale de Théodose, 19 janvier 393; l'empereur incertain serait Honorius, et il faudrait considérer comme seul admissible le témoignage de Socrate, qui mentionne l'accession de ce prince à l'empire, au 10 janvier, contrairement à l'opinion d'autres auteurs qm préfèrent le 20 novembre de la même année; en effet, si c'est bien Honorius qui est représenté sur le disque, on voit qu'il avait les attributs d'Auguste, dès le 19 janvier 393.
Toutes ces déductions seraient sans réplique si on pouvait admettre la négligence dans le tracé d'un chiffre important. Le graveur avait toute la place nécessaire pour loger le chiffre v et si le disque a été fondu, on pouvait y remédier facilement par la rectification du moule. 11 faudrait, d'après Mérimée, voir simplement un X surmonté du trait que plaçaient volontiers les anciens pour éviter la confusion entre les lettres alphabétiques et les lettres numérales ; dès lors Théodose est représenté entre Valentinien et Arcadius. L'argument tiré de la différence de taille entre les deu.x jeunes empereurs s'applique également à la différence d'âge existant entre Arcadius et Honorius et entre Valentinien et Arcadius. .\u reste, on sait que la gradation de la taille pour les dessinateurs anciens s'expliquait par l'importance des personnages et ici on remarque une décroissance entre l'empereur, ses deux collègues et les soldats.
Si l'on considère que le soi-disant v de Delgado, reproduit par Mérimée d'après un dessin exact, est un O. il ne peut plus être question de quinzième année, mais de la dixième, c'est-à-dire des secondes quinquennales de Théodose tombant en 388 ; Valentinien avait alors dix-sept ans et .-\rcadius onze ans. Adrien de Longpérier admet, lui aussi, qu'il est question de la solennité du 10 janvier .'J89 qu'on célèl)rait deux fois, par anticipation au début de l'année et à l'année révolue. Le P. Charles Cahier a consacré sept pages in-folio à cette question, il adopte l'opinion de la dixième année; c'est aussi la seule qui soit acceptal)le.
liibliogrnphie. — A. J. Delgado, Memoria hislorico-
critica sobre el gran disco de Theodosio enconlrado en Almandralejo , in-l", Madrid, 1849; Pr. Mérimée, Examen de la disserlation intitulée : Memoria (ci-dessus), dans Revue archéologique, 1849, 6« année, t. i, p. 263- 267; J. von Arneth, Die antiken Gold-und Silber Monumente des k. k. Mûnz-und Antiken Cabinettes, in-S", Wien, 1850, Beilage, pi. iv; J. Didron, d'après J. Labarte, Le palais impérial de Constantinople, dans Annales archéologiques, 1861, t. xxi, p. 309-312, pi. en regard; E. Huebner, Die anlike Bildwerke in Madrid, in-8°, Berlin, 1862, p. 213-216; C. Cahier, Bouclier commémoratij d' Almandralejo, dans Nouveaux mélanges d'archéologie, in-fol., Paris, 1874, t. i, p. 65-84, pi. vu; A. de Longpérier, Le missorium de Geilamir, dans Gazette archéologique, 1879, p. 57; A. J. Odobescu, Le trésor de Pétrossa, Étude sur Vorlévrerie antique, in-S", Paris, 1889, p. 158, fig. 72; J. Strzygowski et E. Pakrovsky, Dos Silberschild aus Kertch, dans Matériaux pour l'archéologie de la Russie (en russe et en allemand), 1892, t. VIII, pi. v; A. Venturi, Storia dell' arle ilaliana, in-8», Milano, 1901, t. i, p. 497, fig. 438; O. Dalton, A second silver Ireaswe from Cyprus, dans The Archœologia, 1906, t. Lx, p. 6, fig. T, Byzantine art and architecture, in-S°, Oxford, 1911, p. 571, fig. 356.
V. Disque de Baveux. — Ici, le disque est carré, et il est désigné généralement sous le nom de « missorium de saint Exupère » (fig. 3777). Il fut découvert en 1729, à Risley Park, Derljyshire. C'était un plateau d'argent pesant7 livres et mesurant environ 12poucesdelongsur 80 de large. Au centre, une chasse au sanglier, qui fut seule épargnée, les bords furent brisés. Sur les autres fragments figuraient un troupeau de chèvres gardé par un berger assis, un autre berger assis près d'un petit temple et occupé à traire ses chèvres, un cupidon monté sur un hon, un homme tuant un sangUer, deux hommes avec des chevaux et un chien accroupi. A l'un des angles, un profil féminin; peut-être se trouvait-il répété aux quatre angles? Toutes ces figures étaient en relief et massives. Le fond reposait sur un support de forme carrée, destiné à isoler de la table les mets chauds. Tout autour du support on avait gravé, avec un instrument pointu, une inscription dédicatoire mentionnant la donation faite de ce plateau par un évêque Exsupérius à une ÉgUse. Puis un monogramme du Christ.
EXSVPERIVS EPISCOPVS ECCLESIAE BOOJCENSI DEDIT XP-
Samuel Gale y vit la mention de l'cvêque de Bayeux,
Exupère, et la vraisemblance était grande, vu l'écha.nge
de relations suivies entre la Normandie et l'Angleterre,
pour que ce plat eût passé d'un pays dans l'autre; mais
! son opinion ne prévalut pas; en 1812, elle fut reprise
I un peu timidement et fit tranquillement son chemin
i jusqu'en 1898, où l'identification fut faite définiti-
I vement suivant la conjecture de Gale.
Du plateau brisé il restait le fond et quatre fragments qui durent être vus de celui qui lit le dessin d'après lequel G. Vamlerguchl lit une gravure, seul témoin de ce que fut le monument. L'original semble avoir à tout jamais disparu, on est donc réduit à l'apprécier d'après une gravure faite à une époque où les dessinateurs ne se piquaient pas d'exactitude. Il semble que le plat est antérieur au vel même au iv siècle; c'était une pièce d'argenterie ancienne que l'évèque de Bayeux offrit à son I^glise. Quant à l'inscription, elle semble exacte au point de vue orthograjjhique, mais il n'y a pas à s'en servir au point de vue paléograpliique.
Le nom .de l'Église avait d'abord été déchiffré BOOJCENSI. sur la gravure on le déguisa en BOGIE NSI et le premier mot est tout voisin de BAIOCENSI. assez pour laisser supposer soit une lecture erromc. soit une grapliie inexacte. La présence du chrismc dit
DISQUE
constanlinion montre que l'inscription dont il fait partie n'est guère antérieure au iv» siècle et que le premier évêque de Bayeux y fonda son siège épiscopal à une époque rapprochée du dernier quart du iv siècle. C'est ce qu'invitent à admettre les seuls documents recevables sur l'origine du siège de Bayeux, qui sont les trois recensions de la Vie de saint Loup, lequel com-
Le missorium de sainl Exupire. Notice sur un plateau o/fert à l' Église de Bayeux par son premier évêque, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1898, t. xvin, p. 363-379, pi. X.
VI. Disque de Kertch. — La catacombe de Kertch (voir Diclionn., t. ii, au mot Caucase) a livré en 1891 aux chercheurs un disque en argent de 0"'25 de dia-
3777. Missorium de saint Exupère. D'après Mélanges d'archéologie et d'hisloire, 1S9S, t. xviii, pi. x.
mença sou épiscopat vers le milieu du v« siècle et succéda à saint Rufmien, qui était tertius a bealo Exuperio '.
Bibliographie. — W. Stukeley, An account oj a large silver plate of antique Basso Rilievo. Roman ivorkmanship found in Derbyshire 1729, 'm-i", London, 1736; Sam. Gale, Lettre du IS déc. 1729 à Stukeley, dans The Family memoirs oj the lieo. William Stukeley. M. D. v. n, Surtees Society, 1883, t. lxxvi, p. 113-115; Réponse de VV. Stukeley, ibid., Surtees Society, 1880, t. lxxiii; Ger\'aise de la Rue, Mcmoir on the celebrated lapeslry of Bayeux, dans The Archœologia, 1814, t. xvii, p. 85- 109; Daniel et Samuel Lyson, Magna Britannia, in-tol., London, 1817, t. v, p. ccvii; J. Lafletay, JSssa; historique sur l'antiquité de la foi dans le diocèse de Bayeux, in-12, Caen, 1861, p. 32; E. Huebner, Jnscript. christianœ Britanniœ, 1870, ii. 216; de Toustain, Lettre du 21 mars 1880, dans Ad. de Longpérier, Œuvres complètes, édit. Schlumberger, t. v:, p. 290-292; G. Morin,
* Quant aux listes épiscopales de Bayeux, cf. J. Lair, Études sur les origines de l'éuéclié de Bayeux, dans Bibliothèque de l' École des chartes, \l' série, t. iv, p. 550; sur les Vies de saint
mètre, pesant 6G0 grammes environ, muni d'un anneau de suspension. Sur la face convexe, le métal est demeuré lisse, sur la face concave on a représenté le triomphe d'un empereur. Cet objet est, sans hésitation possible, un boucher commémoratif.
Le bouclier de Kertch nous offre un exemple remarquable de l'évolution qui, à la technique du modelé, telle qu'elle se rencontrait encore sur les boucliers du iv« et du v^ siècle, tendait à substituer les fonds plats aux dessins polychromes. Au milieu, nous voyons un cavaher qui galope vers la droite; devant lui, une Victoire tient la palme et la couronne; derrière, suit un garde du corps armé de la lance et du bouclier timbré du chrisme. Le cavalier porte un diadème et le nimbe, il a la face pleine, tournée vers le spectateur, de grands yeux, un long nez, les lèvres relevées et le menton très accusé. Les trois personnages se détachent en or sur le fond d'argent, des traits figurent les visages, les membres, les habits. C'est avec le disque de Pérouse que celui de
Regnobert, ibid., 1S62, p. 106-118; 1863, p. 303-308; sur les Vies de saint Loup, Acia sanei., oet. t. xi, p. 670-675, 675- 676, et Catalogus codic. liagiogr. lat., t. ii, p. 61-63.
DISQUE
Kertch ofire le plus de ressemblance; même sujet, le cavalier au galop ; même technique, la gravure au lieu du reUet. Il est permis de supposer que les deux objets sont contemporains, et, comme le disque de Pérouse date de 537 environ après Jésus-Christ, cette date peut être considérée comme un indice chronologique à retenir pour le disque de Kertch.
D'ailleurs l'iconographie, loin de contredire, confirme plutôt cette indication. Les traits du cavalier rappellent — puisque le diadème limite la recherche parmi
3779. Disque votil de Geilamir.
D'après la Gazette archéologique, 1879, pi. vu.
les seuls empereurs — les traits de Justinien sur les deux mosaïques de Ravenne, principalement celle de l'église Saint-Vital, indice qui invite à placer le disque dans une période chronologique correspondante à celle de la mosaïque, soit entre 527 et 5-17.
Cette approximation est encore confirmée par le domeslicus ou proleclor qui suit l'empereur, que nous retrouvons sous ces mêmes traits sur d'autres boucliers votifs byzantins, notamment sur le boucher de Théodose (388). Mais le domesticus tient un bouclier marqué du chrisme comme celui que nous avons vu l'i Saint- Vital (voir Dictionn., t. m, fig. 2889) et représentant Justinien jeune. On peut donc resseri-er l'écart chronologique et le rapprocher des premières années du règne de cet empereur.
Son costume est remarquable. Tandis que, sur la statue érigée jadis devant le palais impérial de Constantinople et sur le diptyque Barberini, l'empereur porte la cuirasse, le casque et les souliers, ici il est vêtu de la tunique et du pantalon. La mode se tournait en effet versces vêtements de fantaisie. A la toge on avait substitué la chlamyde moins lourde et moins encombrante. Valens et Valcntinien sont représentés vêtus de la clilamyde sur les médaillons d'or, de même Tliéoriose et ses fils sur le disque votif de .388 et Justinien luimême sur les deux mosiuqucs de Havenne. Sous la chlamyde, les empereurs et les hauts dignitaires de la cour portaient les vêtements que porte le Justinien du disque de Kertch.
Enfin, les traits de l'empereur rappellent ceux des monnaies impériales (fig. 3778).
Bibliographie : — J. StrzygowskielN. Prokovski, Bas Silberschild aus Kertch, dans Matériaux pour servir à l'archéologie de la liwisic, 1892, t. viii (en russe et en allemand); G. Kotclicrctz, J.c bouclier biizanlin de Kertch, dans Revue arcliiulogigue, 1898, t. H, p. 240-
244; A. Venturi, Sloria delV arte italiana, in-8'*, Milano, 1901, p. 501, fig. 440, p. 548; C. Diehl, Manuel d'art byzantin, in-S", Paris, 1910, p. 290, fig. 150 ; Bulletin de la Société nalionalc des uni. de France, 1893,
Vil. Disque de Geilamir. — Le 20 janvier 1875, fut découvert à Arten (commune de Fonzazo, province de Belluno), sur le flanc d'une colline nommée Aurin, un grand disque d'argent, une petite coupe du même métal, et des fibules de cuivre; ces objets, ainsi qu'un plat d'argent décoré de figures, recueilU précédemment dans le même lieu, ont été décrits par A. de Longpérier (fig. 3779).
Le grand disque a Oi^SO de diamètre et pèse 3 kilogrammes 30 grammes; il est entouré d'un rebord hémicyUndrique et monté sur un pied très bas, formé d'une bande de métal tournée en cercle et soudée de champ. C'est là une disposition qui rattache complètement le disque d'Arten à d'autres ustensiles célèbres que nous étudions ici; ce qui le distingue et ce qui constitue sa valeur historique, c'est qu'autour d'une belle rosace gravée en creux, de 0"'22 cent, de diamètre, qui en occupe le centre, on lit cette inscription :
>j* GEILAMIR REX VANDALORVM ET ALANORVM
Le disque appartient donc à la première moitié du vi" siècle (530-534), et paraît être le plus récent de ceux qui ont été, pendant un peu plus de deux siècles, successivement classés sur les collections d'antiques. Comment le missorium de Geilamir, roi des Vandales d'Afrique, est-il venu se perdre dans une petite localité de la Vénétie ? II est très probable que ce fait a été la conséquence de l'expédition de Bélisaire. Deux jours avant son arrivée, on avait fait à Carthage les apprêts d'un grand festin qui devait couronner la victoire qu'espérait remporter Geilamir. Le chef des Romains se fit servir dans la vaisselle royale par les officiers du prince vandale et partagea entre ses soldats les richesses trouvées dans le palais. Le butin tut immense. Lors de son second triomphe, en 534, Bélisaire fit jeter au peuple une grande partie des objets précieux qu'il avait rapportés d'Afrique, des vases d'argent, des ceintures d'or '. On comprendra que plus d'un nùssorium provenant de l'office du roi des Vandales soit resté aux mains des légionnaires italiens et ait été transmis par eux à leur famille comme trophée d'une campagne glorieuse.
Bibliographie. — Ad. de Longpérier, Le mis.iorium de Geilamir, roi des Vandales,el les monuments analogues, dans Gazette archéologique, 1879, t. v, pi. 7, p 53-59; réimpression du Journal des savants, 1877, p. 750-755: Le missorium de Geilamir, roi des Vandales.
VIll. Disque de Pahis. — Ce missorium fut trouvé dans le Rhône, près d'Avignon, en 1050, et reçut de Jacques Spon, Lyonnais, le titre de « bouclier de Scipion ■> qu'il garda longtemps, bien que, par son style, il appartienne évidemment à l'époque du Bas- Empire et qu'il représente, non point un Irait de la vie du général romain, mais un sujet tiré de Vlliadc. Le Journal des sçavans de 1081 donne, dans son 14" numéro, une estampe du prétendu bouclier et le rédacteur en i)arle avec la plus sage réserve : « La ligure de ce monument, dit-il, fait croire il quelques-uns que c'est un liassin. « Spon chercha -^ parer le coup porté ù l'attribution qu'il avait proposée. « Je diray scnlcmenl, écrivait-il. que, si (|ucl<|liiin a pris ce bouclier pour un bassin, il changera de pensée quand il sçauni (pic cette pièce estoil pres(|Ue tout à fait platte t|naiid on la trouva, et que l'enfoiivine en manière de bassin qu'on y a remarquée a été faite par les orfèvres qui s'élolent mêlés de la ressouder. » Mais de cette argumentation, il
' l'rocDpc, De brllo ViimUiUco, 1. I, c. xxi; I. H, c. IX-x.
DicT. d'Archéologie
LeTOUZEY et AnÉ, ÉDIT.
3778. — Disque de Kertch
D'après Matériaux pour servir à l'Archéologie de la Russie. 1892, T. VIII. IM. I.
DISQUE
ne reste rien que l'aveu d'une tentative de déformation bien inutile.
Entré au Cabinet de France, le « bouclier de Scipion » inspirait à l'abbé Barthélémy d'intanssaliles explications. La scène représente Asamemnon reconduisant Briséis devant Achille (fig. 3780).
Bibliographie : J. Spon, Recherches des antiquités delà ville de Lyon, 1673, p. 185. — Journal des Sçai'ans, 1681, p. 163. — J. Spon, Rech'^rches curieuses d'antiquités, 1683, p. 12. — Millin, Monuments antiques inédits ou nouvellement expliqués, 1802-1806, t. i, p. 69; Galerie mythologique, p. cxxxvi, p. 587. — A. ChaboaiWet., Catalogue général et raisonné, in-12, Paris, 1858, n. 2875. — Th. Reinach, Pour la tiare d'Olbia, dans Gazette des beaux-arts, 1" sept. 1896, t. xvi, p. 239- 240. — Bagero, Floro illustrato, p. 294 (non vidi). —
3780. — Disque votif de Paris, dit bouclier de Scipion. D'après une photographie.
A. de Longpérier, Le missorium de Geilamir, dans Gazette archéologique, 1879, t. v, p. 53-54; Œuvres complètes, t. VI, p. 255 sq. — A. Venturi, Storia dell'arte italiana, 1901, p. 493, fig. 436.
IX. Disque de Paris. — Ce missorium n'est pas en reste avec le précédent, puisqu'on l'a dénommé longtemps « bouclier d'Anuibal » (fig. 3781). Il fut trouvé en 1714, par un fermier de la terre du Passage, en Dauphiné, pendant un labour. En 1736 il fut acquis pour le Cabinet de France et M. de Boze en fit les honneurs à ses confrères de l'Académie des inscriptions, lesquels, voyant un lion passant devant un arbre, « ne balancèrent pas à y voir un ouvrage carthaginois ' : de là, les conjectures prenant leur essor, on alla jusqu'à soupçonner que le bouclier pouvait bien avoir appartenu à Annibal et estre une ofirande qu'il auroit faite, après son passage du Rhône, à quelque divinité des environs. »
Ce furent donc les académiciens et non le vendeur du disque votif qui imaginèrent la légende qui a discrédité depuis un monument certainement authentique. Le médaillon du centre est gravé avec une fermeté qui ne laisse aucune place au soupçon d'un burin de faussaire et, au revers, deux graÎTites d'époques dillérentes
' II existe, en ellct, une monnaie à ce type frappée par les Carthaginois, en Sicile, et qui porte la légende H-ÎTS Ci' — ' î^lûUer, Sumismatique de l'Afrique, t. ii, p. 76, n. 17;
DICT. d'aRCH. ClIRÉT.
authentiquent en quelque façon le précieux objet. .^près le sigle de libra, le chiffre xxxiii, indice du poids, conforme à un usage dont les antiquaires du xviii« siècle ne se sont en aucune façon préoccupés; puis, dans un autre sens, un groupe composé de onze grands caractères cursifs entre deux croix (lig. 3782).
« Tout cela n'est point l'œuvre d'un faussaire.
" Cl. de Boze nous apprend que le prétendu boucher d'Annibal pèse 43 marcs (soit 10 524 gr. 33). Si nous supposons qu'il avait été, dans l'antiquité, évalué en livres de 325 grammes, nous obtiendrions un poids de 10 725 grammas. Mais si nous prenons comme point de comparaison l'cxagium ou étalon de la hvre de Justinien, pesé avec un très grand soin par M. Saigey, et qui donne .323 gr. 51, nous reconnaîtrons que 323,51 x 33 = 10 675,83; d'où une différence de
3781. — Disque votif de Paris, di bouclier d'Annibal. D'après une photographie.
150 à 200 grammes avec l'état actuel, laquelle ne saurait étonner quand on considère que la partie postérieure du disque a subi de nombreuses mutilations, principalement dans le cercle formant pied, ce qui en diminue notablement le poids. La marque XXXIII est donc parfaitement justifiée.
« Le bouclier dit d'Annibal est un plateau de table du très bas empire, et la belle rosace rayonnante qui le décore vient de reparaître sur le disque portant le nom de Geilamii'.
a M. Léopold Delisle examina le groupe de onze caractères cursifs si légèrement gravés à la pointe, et y reconnut cette mention du possesseur (lig. 3782) :
4< AGNERICO SOM ^
qu'il était tenté de rapporter au patrice Agnérlc, gouverneur du pays de Vienne vers le commencement du vu» siècle. Cet ofTicier figure dans le célèbre testament d'Abbon (5 mai 739) : quem, per judicio Agnarico patricio evindicavimus '. Un personnage considérable tel qu'était ce patrice devait conserver des pièces d'argenterie antiques d'un grand prix, suivant l'usage dont nous avons rapporté les preuves. L'attribution proposée offre donc beaucoup de VTaisemblance.
P. Giuseppe Roniano, Sopra alciine monelc scovcrle in Sicilia, 1862, pi. n. 5. ■ — ' D'Achery, Spicilcgitim, t. iv, p. 540; du Cange, Glossarium, au mot Patricius.