‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 227 sur 251 · IV · texte numérisé non relu

IV

DISQUE

On peut d'ailleurs faire remarquer que le nom d'Agncric était ancien dans le royaume de Bourgogne; car c'est à cette contrée qu'appartenait Agnéric, un optimus d'Austrasie, père de saint Cagnoul de Luxeuil (594), et qui donna à ses deux autres enfants les noms de Burgundofaro et Burgundotara '. « Ce dernier Agnéric habitait la Brie au commencement du vn= siècle. Le même nom se trouve encore dans d'autres textes mérovingiens, sur un diplôme de Childebert III pour Saint- Denis, en 697, conservé en original, et sur une charte de l'évêque Ausebertus pour l'église Saint-Symphorien d'Autun, en 696.

Bibliographie : Histoire de l' Académie des inscriplions, 1736, t. ix, p. 155 et pi.; A. de Longpérier, Le

chflSIO

XXx^

3782. — Inscription du bouclier d'.Annibal. D'après la Gazelle archéologique, 1879, t. v, p. 54-55.

missorium de Geilamir, dans Gazette archéologique, 1879, t. V, p. 54-56, pi. viii. — A. Venturi, Storia dclV arle italiana, i. i, p. 50.3, fig. 441.

X. Disque de Genève. — En 1721, des ouvriers, creusant le sol sur la rive de l'Arve, près de Genève, découvrirent un disque votif d'argent. On y voit représenté en relief très doux un empereur debout, la tète nimbée, portant sur sa main droite un globe surmonté d'une Victoire, et près de lui six guerriers casqués, armés de lances et de boucliers; au pourtour, on lit :

LARGITAS DN VALENTINIANI AVGVSTI

Conservé au musée de Genève (fig. 3783).

Bibliographie : B. de Montfaucon, L'antiquité expliquée, in-fol., Paris, 1724, t. iv. supplém. pi. xxviii, p. 51-65; Blavignac, Histoire de l'architecture sacrée du IV' au X' siècle dans les diocèses de Genève, Lausanne et Sion, in-S", Paris, 1853; Baulacre, Œuvres, 1857, t. i, p. 149; J.-J. Rigaud, Recueil de renseignements relatils à la culture des beaux-arts a Genève, dans Mémoires et documents de la Société historique et archéologique de Genève, 1845-1849; A. Venturi, Storia dclV arle italiana, t. I, p. 495, fig. 437; A. de Longpérier, dans Gazette archéologique, 1879, t. v, p. 56; A. J. Odobescu, Le trésor de Pélrossa. Étude sur l'or/èvrerie antique, in-S", Paris, 1889, p. 154; Saglio, Dictionn. des anliq. grecq. et rom., t. ii, fig. 2550.

XI. Disque de Florence. — Ge disque d'argent fut recueilli vers 1770 près d'Orbetello. 11 représente divers membres de la famille Ardaburia et offre celte inscription circulaire : -i- FLARDABVR ASPAR VIR INLVSTRIS COM ET MAGMILITVM, outre divers noms placés près dos ligures ré|)arlics dans le champ du médaillon: ARDABVR ■ PLINTA- ARDABVR IVNIOR

' Tardif, Monuments lustoriqiiex, p. .31, n. 38; Pardessus, Diplomala, cliarUc, epistolw, hges aliwiuc inxlritmentu....

PRETOR, lesquels se rapportent à des personnages consulaires de la première moitié du V siècle, .^spar fut consul en 434. La gravure publiée par Bracci montre que la partie postérieure du disque d'Orbetello est munie d'un pied annulaire semblable à ceux que nous avons déjà indiqués (fig. 3784).

Bibliographie: Bracci, Disserlazione sopra un clipeo volivo spettante alla famiglia Ardaburia, 111-4°, Lucca, 1771, pi.; A. de Longpérier, Le missorium de Geilamir,

3783. — Disque de Genève. D'après une photographie.

dans Gazette archéologique, 1879, t. v, p. 57; A Venturi, Storia detV arte italiana, t. i, p. 499, fig. 439. Ce disque d'Aspar n'est pas sans affinités avec un diptyque de Probus et Félix ; cf. A. Riegl, Die spàtrômische Kunst- Industrie nach den Funden in Œsterreich-Ungarn, in-4°, Wien, 1901, p. 118.

XII. Disque de Vienne. — Trouvé à Aquiléc, conservé au Musée de Vienne.

Bibliographie : .1. von Arneth, Die antihen Gold unil Silhcr monumcnte des kais. kônigl. Miin: und antik. Cabinets, in-fol., Wien, 1850, p.67sq. - R.von Schneider, Album auscrlesencr Gegenslânde dcr antikcu Sammlung des allcrhuchstcn Kaiscrhauscs, Wien, 1895. — Karl-OUfried Millier, De Germanico Triptolemo in paiera Aquileiensi cœlalo, dans Annali del V Istituto di corrispondenza archeologica, 1839, t. xi, p. 78. — H. Brunn, dans Sitzungberichten dcr r. baycrischcn Akademie dcr Wissenschalten zu Mûnchen, philol. hist. Classe, 1875, t. I, p. 17 sq.; Verhandlungen dcr xi.ii Vcrsammlung deutscher Philologcn in Wien, 1893, p. 297 sq.

XIII. Disque de Paris. — Trouvé en 1830 à Berthouville et conservé à la Bibliothèque nationale.

Bibliographie: Aug. Le Prévost, Mémoire sur la collection de vases antiques trouvée à Berthouville, 10-4°, Caen, 18.32, p. 17, n. 10.

XIV. Disque de Vérone. — Lin paysan, labourant son champ dans la paroisse d' Isola Hiz/.a (20 kilomètres au sud de Vérone), souleva une pierre qui recouvrait un trésor contenant quelques pièces d'or massif et d'argent, travaillées avec art et dans le style du v" siècle. Le disque qui en faisait partie pesait environ deux kilogrammes et mesurait 0"'41 centimètres. Au centre se voyait un médaillon en relief : un cavalier poursuit de la lance un homme de pied qui tente de se mettre à

Paris, 1843-1819, t. n, p. 238; A. de LonKpèrlcr, I.e missoriiiiii (le Ofiltitnir, tiaus GtizvMe (ircltéohujiiiuc, p. 5ô-3tî.

DISQUE

l'abri avec un l)Ouclier; au premier plan, un autre fantassin est étendu mort. Biondelli estimait ce monument de l'époque de Théodoric, et Al. Castellani le fait descendre à une période plus basse encore ( lig. 378.'>). Bibliographie: B. Biondelli, dans Rendiconli dell' Istituto Lombardo, t. vi, 6 févr. 1873; X)e Rossi, Isola Rizza presso Verona, Tesoro d'oggeiti d'oro e d'argcnlo del secolo in circa quinto, dans Bull, di arch. crist., 1873, p. 118-119; Il disco d'argento teste scoperto in

ginal. Autour du disque on lit cette inscription : + DE DONIS DE! ET DOMNI PETRI VTERE FELIX CVM GAVDIOdig. 3786). C'est sans aucun fondement qu'on a pensé trouver dans cette inscription l'indice que le dUque votif avait appartenu à la BasiUque vaticane où il aurait été volé en 549 par quelque soldat du roi Totila; rien ne permet de supposer que le monument soit de beaucoup antérieur à l'indice fourni par les monnaies et il semble actuellement sans issue de discuter s'il s'agit

3784. — Disque de Florence. D'après une ijliotographie.

Verona, paragonolo col simile di Perugia, dans même revue, 187.3, p. 151-158, pi. x, n. 1.

XV. Disque de Pérouse. — Ce disque d'argent est aujourd'hui perdu ou détruit. Il fut trouvé dans une tombe avec des pendants d'oreilles, une fibule et une chaîne d'or, et aussi avec cent quarante pièces d'or de Justinien et de Justin le jeune, toutes du même type, ce qui donne une limite maximum pour l'inhumation. Sur le disque on voit un médaillon en relief et ciselé avec un chef romain portant la cuirasse, la tète nue. la lance à la main, tenant en respect un barbare, armé du bouclier et de la dapue et vêtu d'un manteau qui s'échappe et le laisse à découvert. A ses pieds, une vers;e courbe. La gravure donnée par Fontanini permet ilifTicik' ment de se faire une idée de la technique de l'ori-

d'un Gotli, mort à Pérouse vers 570 et inhumé, suivant l'usage barbare, avec son trésor, d'un Byzantin ou d'un Lombard. De Rossi imaginait qu'il fut offert par le pape Vigile à Bélisaire après que celui-ci eut. en 537. obligé les Goths à lever le siège de Rome.

Fontanini supposait, sans ombre de vraisemblance, que le groupe figurait le triomphe de Constantin sur Maxence: Apostolo Zeno préférait tout aussi gratuitement le triomphe de Théodosc sur le tyran Eugène Dans un cas connue dans l'autre, on cilt introduit vraisemblablement une croix, un chrisme. un signe quelconque, mais non équivoque, du triomphe chrétien.

Bibliographie : Bianchini, De aureis cl argenUis cimrliis in arec Pcrusina cf/ossis, Romse, 1717.. — Fontanini, Discus argcntcus lotit'us lelcn.m chrislic.norum

DISQUE — DITTOCH/EUM

in-4°, Romse, 1727. — A. Zeno, Lettere, édit. del Morelli, Venezia, 1875, t. iv, p. 228. — G. Conestabile, Giornale di erudizione arlistica pubblicato acura délia R. Conim. di belle arli délia provincia delV Umbria, mars 1873;

3785 Disque de Vérone.

D'après De Rossi, Bulleliino di anheologia crisliana, 1873, pi. X, n. 1.

août, p. 237 sq. ; Passeri, Thésaurus gemmarum aslritjeraram, in-fol., Florentise, 1750, t. m, p. 289. — Vermiglioli. Le antiche iscrizioni Perugine, 1834, t. ii, p. 608 sq., pi. VIII, 2. — De Rossi, Bull, di archeol. crist.,

1873. p. 151-158. — Corp. inscr. lai., t. xi, n. 2088. — A. de Longpérier, dans Gazette archéol., 1879, p. 56. — C. Cahier, Nouveaux mélanges d'arehéologie et d'histoire,

H. Leclercq.

DITTOCH^UM. On trouve dans les œuvres de plusieurs Pères de l'Église et des écrivains ecclésiastiques des compositions d'apparence poétique destinées à la décoration et à l'éclaircissement des panneaux décoratifs des basiliques chrétiennes. Saint Ambroise, saint Isidore, Prudence, Venance Fortunal se sont, par manière de délassement ou de dévouement, occupés à rédiger des distiques, des quatrains, voire de petits poèmes d'une certaine étendue, dont les mosaïstes ou les lapicides s'emparaient pour les transcrire dans le narthex, dans la nef ou dans l'abside de la basilique, afin que les fidèles, dont la bonne volonté égalait souvent la simplicité, pussent, en épelant mot à mot ces explications, se faire les interprètes des pieuses intentions du fondateur de l'église et des imaginations parfois très entortillées de ses décorateurs. Cette mode des distiques explicatifs envahissait non seulement la nef et les bas-côtés, mais l'atrium, la maison épiscopale et la plupart des dépendances. Saint Augustin inscrivait un distique jusque dans sa saUe à manger, les bibliothèques servaient de refuge à tou.s ceux ([ui n'avaient pu trouver place ailleurs; les sylîcges épigraphiques nous ont conservé un nombre respectable de ces pièces dont le mince mérite littéraire nous intéresse aujourd'hui beaucoup moins que les renseignements variés, topographiques et anecdotiques que nous en pouvons retirer.

Parmi ces recueils d'intention poétique et de réalité assez prosa'iquc se trouve un écrit de Prudence, le grand poète chrétien qui vécut et écrivit vers les dernières années du iv" siècle et les premières du siècle

suivant. Ce recueil comprend quarante-neuf petites compositions, de quatre vers chacune, ayant comme sujet des faits ou récits bibliques, vingt-quatre de l'Ancien, vingt-cinq du Nouveau Testament; l'ensemble est intitulé Dittochivum et naturellement son authenticité a été mise en doute, ne fût-ce que pour se procurer le facile plaisir de la démontrer.

Au point de vue littéraire, le Dittochœum ne saurait pas plus être retiré à Prudence que le Pcristephanon. Ni l'origine, ni la destination du recueil ne peuvent être sérieusement discutés. Prudence a libellé ces quatrains pour servir à l'explication d'images peintes dans l'intérieur d'une basilique. Toutes les compositions ont le même nombre de vers, quatre hexamètres, et d'un quatrain à l'autre et à toute la série on voit le souci d'instruire le spectateur par l'emploi du temps présent, qui met la scène sous les yeux et en tire la morale. Plusieurs quatrains montrent leur destination par des expressions telles que celles-ci : au n" 4, lorsque les trois anges rendent visite à Abraham : Ilospitiiim hoc Domini est; au n^g, lors du passage de la mer Rouge : Ecce Dei famulis scissim fréta rubra dehiscnnt; au n" 24, la maison d'Èzéchias : Hic bonus Ëzechias meruit ter quinque per annos, etc.; au n" 27, l'adoration des mages : Hic pretiosa magi sub virginis ubere Christo Il Dana ferunt puero; au n° 41 : V inclus in his Dominus slelit sedibus, etc.

Tous les sujets désignés par les quatrains devaient donc être peints soit à fresque, soit en mosaïque sur les parois d'une basiUque. Ici encore on a objecté que plusieurs de ces compositions n'avaient pris place dans l'art chrétien qu'à une date postérieure; comme si, à défaut d'un texte précis qui nous manque, nous étions en mesure d'affirmer qu'en telle année, tel peintre, tel sculpteur ou tel mosaïste chrétien aborda pour la première fois la représentation d'une scène biblique. Trop heureux sommes-nous lorsque nous pouvons avec un écart d'un demi-siècle plus ou moins tracer une chronologie presque toujours révisable. Et, en lait, nous sommes hors d'état d'affirmer que tel ou tel épisode bibUque n'avait pas encore été représenté à la fin du iv<^ siècle. Beaucoup de monuments sont conservés en réalité ou par des descriptions anciennes, mais ce beaucoup reste une infime minorité en comparaison de ce qui a existé. A défaut d'un texte ou d'un débris, certains sujets passeraient pour n'avoir jamais été abordés par les artistes chrétiens. Prudence nous a gardé le souvenir d'une représentation du martyre de saint Mippolyte, Astère d'Amasée celui d'une représentation du martyre de sainte Euphémie. Faute de ces deux passages, on affirmerait que jamais ces sujets n'ont été figurés par les fidèles.

Dans le Dittochœum, sur vingt-quatre scènes de l'Ancien Testament, quatorze se retrouvent sur des monuments antérieurs au vu' siècle et la plupart d'entre ces quatorze se voient dès le iv" et le v» siècle; quant à celles qui n'ont pas d'analogue sur les monuments de cette époque, il faut savoir attendre et faire crédit à Prudence; il est de ceux qui y ont tout droit. Pour huit compositions nous n'avons pas d'analogie directe, observe M. J. P. Kirsch. Ce sont : le serpent d'airain dans le désert; la forêt d'Elim dans le désert; Samson tuant le lion; Samson détruisant la récolte ù l'aide des renards; le temple de Jérusalem; les fils des prophètes abattant la forêt; la captivité des Israélites et la maison du prophète Czéchias. Cependant, si nous examinons les scènes de l'Ancien Testament représentées sur les mosaïques de Saintc-Maric-Majcure, qui peuvent dater du iv siècle; si nous tenons compte des miniatures des fragments de la bible de Quedlinburg, des miniatures de la Cienèse de Vienne, du Cosmas du Vatican, des sculptures de la i)orle de Sainte-Sabine, on un certain iKiiubre de sujets n'ont (pi'une rc|iré-

DITTOCILEUM

sentation unique malgré la variété des monuments, enfin diverses sculptures sur ivoire du v« et du vi" siècle, tel chaton d'anneau, nous devons en conclure que les huit scènes sans analogues du Dilloclucum n'offrent, ni en elles-mêmes ni par les détails qu'elles comportent, rien qui ne permette de les compter au noml)re des compositions artistiques exécutées au iv siècle. Si les deux tiers des vingt-quatre scènes de l'Ancien Testament trouvent leurs analogues parmi des monuments qui

analogues dans l'art chrétien ; qu'on se rappelle seulement les monuments que nous avons figurés et discutés a propos de la croix, du Cyrénéen, de la maison du CeUus, et on se convaincra que les scènes décrites dans le Diltochseam ne devaient être ni nouvelles ni exceptionnelles.

Une conclusion plus générale, ajoute M. Kirsch, se dégage de ceci : il desient de plus en plus %Taisemblable qu'un cjxle très développé de peintures bibli-

37S(> Dl^(^u(■ (Il rcroiise

D'après Fontanini, Discus argenleus veter. christianorum, Rome, 17

représentent une fraction minime de ceux qui ont existé, nous devrons reconnaître que nous n'avons nulle raison d'exclure ou seulement de suspecter la réalité de ce troisième tiers.

Pour le Nouveau Testament, la proportion est encore plus favorable. Sur vingt-cinq compositions décrites par le Dillocbœum, cinq seulement n'ont pas d'analogue dans les monuments antérieurs à l'époque carolingienne. Ce sont : la pinna templi, la passion de saint Jean-Baptiste, le Christ marchant sur les eaux, le portique de la flagellation de Jésus, la vision de saint Pierre appelé à connaître la vocation des gentils. Or, ici encore nous ne trouvons pas de difficulté insurmontable pour admettre que ces diverses scènes aient été représentées aux environs de l'an 400. Ni la passion de saint Jean-Hapliste, ni la flagellation, ni le crucifiement, ni la lapidation de saint Etienne ne sont sans

ques se forma à Rome dès le iv siècle, et que non seulement les monuments, mais encore les sources littéraires : les Tiiuli de saint Ambroise, le Dittochœum de Prudence, les compositions de saint Paulin de Noie, peuvent nous aider à reconstituer, en partie du moins, cette base si importante de l'iconographie chrétienne.

L'authenticité du Ditlochseum une fois établie, ses analogies constatées avec les autres cycles, on s'est rabattu à dire que sans doute les quatrains avaient eu une destination positive, mais, en fait, n'avaient jamais été utilisés. De raison, on n'en a aucune et on n'en donne pas. On ne discute pas ce qui se dérobe à la discussion.

Le nombre des scènes n'a rien d'incompatible avec la surface qu'olïraient les parois d'une basilique de moyenne grandeur. Plaçons la scène •19'^, les vieillards de l'Apocalypse, sur l'arc triomphal, suivant l'usage

DITTOCH.'EUM — DIVI

alors répandu, il reste vingt-quatre scènes à loger de cliaque côté de la nef. Le jour où nous saurons les dimensions de cliaque tableau, nous pourrons dire si ces vingt-quatre scènes débordaient la surface à elles attribuée, si elles étaient placées, comme à Sainte- Marie-Majeure, entre l'architrave et les fenêtres de la nef principale ou bien sur une double ou une triple rangée, comme à la basilique de Saint-Apollinaire- Neuf de Ravenne.

Quoi qu'il en soit, le Dillochœum nous a conservé la description partielle de la décoration d'une basilique espagnole aux environs de l'an 400 '.

H. Leclercq.

DIVi. Le culte impérial avait été parfois exigé des chrétiens ; nous en avons des exemples dans les actes du martyre de saint Polycarpe. Comme on ramenait le saint à Smyrne, il rencontra en chemin l'irénarque Hérode et son père Nicétas.qui le firent monter dans leur char et le supplièrent de ne pas s'obstiner dans une résistance qui lui coûterait la vie. « Quel mal y a-t-il de dire domine Cœsar ? ' lui demandent-ils -. Devant le proconsul. Polycarpe refuse de jurer par le génie impérial et dit : « Tu te tais un point d'honneur de m'amener à jurer par le génie de l'empereur, selon ton expression ; tu ignores donc ce que je suis ; apprends-le : je suis clirétien '. » Lors de la comparution des martyrs Scillitains, en .Afrique, le proconsul Saturninus leur dit : « Nous avons un culte et ce culte est simple : nous jurons par le génie de l'empereur notre maître et nous prions pour sa conservation; il faut que vous fassiez comme nous '; «à quoi une des femmes présentes répond : « Nous rendons l'honneur à César comme à César, mais la crainte et le culte au Christ, notre Seigneur ^.» Sous Dèce. le gouverneur Martianus fait comparaître devant lui l'évêque Acace de Mélitène, qui proteste de son respect pour l'empereur, mais il ne peut aller au delà du respect. Il n'adore pas celui pour lequel il prie '. Pionius de Smyrne se refuse lui aussi au culte de l'empereur. C'est cependant le minimum de ce qu'on exige de lui, la dernière limite des concessions. « Sacrifie au moins à l'empereur,» dit le néochore Polémon. — « Je ne sacrifie pas à un homme,» lui répond Pionius '. Même proposition, même répugnance, même refus et même résultat sanglant pour Marin ', pour Marcel '■■, pour Taraque et Probe ", pour Fabius ".

L'édit de Milan laissait à chacun le droit de pratiquer le culte de son choix; il pouvait entraîner du même coup un grave décliet pour le culte impérial, cependant comme ce culte était un des plus populaires — parce qu'un des plus rémunérateurs — en certaines provinces on ne s'aperçut pas tout d'abord d'un trop grand délaissement. Il y avait une autre raison qui s'opposait à un abandon trop universel et trop prompt. Peu importait à l'État romain que le culte de Jupiter

' S. Merkic, Prudentius' Dillochieum, dans Feslschrift zum 1100 jahrtgen Jiihilàiim des deulschen Campo Santo in Rom, in-.S", Rom, 1897, p. ,33-45; Brockhaus, Aurelius Prudentius (Ucmens^ 1S72; Kosler, Der Uathol. Dichter Aur. Prudentius Clemens, 1886; Steinm.inn. Die Tituli und die Idrcliliclie n'andnmierei, 1892; J. I'. Kirsch, l.e Dittochœum de Prudence et lea monuments de Vantiquité chrétienne, dans AIti del II" cnnqresso intcrnazionale di archenlogia cristiana, Horna, 1902, p. 127-131 ; cf. lievue thomiste, 1898, p. 051. — • Martyrium snncii Poli/carpi, c. viii, dans F. X. l'unk, Opéra putrum nimsiol., 1887, p. 290. — • Marturium, c. IX, x. — * Passio Scillilanorum, cUins B. Aube, Les clirfitiens duns l'empire romain de ia fin des Antonins au milieu du Itt^ siècle. Appendice, p. .'ïOt. — ' Ibid., p. 5fl0. — " Ruinart, Acta sincera, p. 199. — ' Ruinait, op. cit., p. 191. — • Fiiséhc, Ilist. eccles.. I. 'Vil, c. xv, P. G. t. xx, col. 676. — • Ruinart, op. cit., p. 343. — '" Ibid.. p. 172. — " Anal, bolland., t. ix, p. 127. — " Voir Dictionn., t. m, col. 26.53 sq.; cl. F.. Rcnr- Iler, l.e culte impérial, son histoire et son orfuinisation depuis Auguste jusqu'il Justinien, 1891, p. 28-1. — " Code Justinien,

ou celui d'Apollon fussent définitivement écartés. La politique n'avait rien, ou peu de chose, à voir avec les dieux; tandis que, pour le culte impérial, la religion se mêlait à la politique. Les empereurs allaient-ils renoncer désormais à l'hommage des cités et des provinces ? hommage qui représentait l'expression de la fidélité d'un très grand nombre. Si on les en dispensait, les peuples ne se croiraient-ils pas défiés ? Et par voie de conséquence, ces empereurs divinisés de leur vivant cesseraient donc d'être divi après leur mort. L"n changement brusque pouvait amener une révolution et combien de sécessions 1 Voici comment le problème fut résolu.

Dans le culte impérial, certains rites n'étaient, à tout prendre, que des marques de respect; on les conserva. Cela faisait l'alTaire des chrétiens. Grâce à ces concessions, on put faire accepter le maintien d'autres rites que nous serions tentés aujourd'hui de trouver idolàtriques, mais tout cela s'enveloppa de l'excuse du protocole. A l'entrée triomphale de Constantin dans Rome, après la victoire du Pont Milvius, le sénat lui dédia un temple. Ce fut le premier et le dernier '-. Cependant l'empereur lui-même continua à se qualifier : Namen meum " et à recevoir ce titre officiellement ". Tous ses actes sont divins, ses vertus divines '^ et son nom s'accole de celui d'éternel '". La famille impériale est appelée domus diuina, appellation qui tombe d'ailleurs bientôt en désuétude, et qu'on voit reparaître au vi» siècle lorsque Valentinien est déclaré divina stirpe progenilus ''.

Tout ce qui touche à l'empereur est sacré. Ce sont les sacra: largitiones, les sacrée cogniliones, le sacrum cubicnlum, le sacrum Palaliitm, le sacrum Encausium. Le palais impérial est un sacrarium et Ausone, dans un accès de flatterie, va jusqu'i'i l'appeler Sacrarium imperialis oraculi '■'. Sans doute, cela commence à paraître ridicule, mais les fonctionnaires, gent famélique, ne se sont jamais montrés si dévots au numen impérial ". On s'agenouille autant que jamais, on baise la pourpre impériale -" et chacun a, d'après l'étiquette, son rang pour se rendre h l'adoration. La suprême faveur est de recevoir un baiser de la bouche impériale. C'est une sorte de consécration ".

Les images impériales continuèrent aussi à recevoir des hommages qui touchaient de près A l'idolâtrie. On ne leur offrait plus des sacrifices, mais les marques de respect étaient telles que Philostorge s'en scandalisait et reprochait aux chrétiens de Constantinople de faire des sacrifices à la statue de Constantin, de lui brûler de l'encens et de le prier comme un dieu. Saint Jérôme ^^, saint Ambroise '", saint Jean Damascène " nous disent aussi qu'on adorait les stalucs impériales qualifiées saeri vullus, sacra laurata.

Théodose II, en -125, réagit contre ces excès et

De Justin, cod. confirm., 2, etc. — " Symmaquc, Relationes, édit. .Sccck, 6, 7, 14, 25, 27, 29, 34, 43, etc. — " Ibid., 3, 8, 13, 18, 24, 27, 33, 35; Corp. inscr. M., t. IX, n. 1116; Corp. inscr. qrwc, t. i, n. 1.523: Code Théodosicn,\'i, xiii ; Code Justinien, I, xv, 2. ■ — '" Corp. in.scr. lat., t. il, n. 2203, 2205; t. VIII, n. 8480, 10222, 10272; t. ix, n. 417, 2206; Corp. in.icr. gncr., n. 3467, 4350, 4430, 8610, S{)46; .Symmaquc, Re/alioncs, 2, 3, 0, 14, 29, -ta ; Code Tliéodosten, X, XXII, 3; Code .lustinien, XI, x, 2. — " Corp. inscr. lat., t. VIII, n. 12, n. 10489. — " Aiisono, Oratiarnni actio dicta dnmino Gratiano, I, 1 ; Symmaquc, Relationes, 28, 30. — ■ '» Corp. in.scr. lat.. t. Ii, n'. 2203, 2204, 2205, 4106; t. viii. n. 1016, 1179, 1B.33, 7006, 7011, 8.321, 8932; t. ix, n. 318; t. X, n. 827, 1246, 1650, etc. — '" Code Thfodnsien, VI, xxiv. 3, 4; VII, I, 7; VIII, vu, 10; XII, i, 70. — ■' l'iu-uliis, l'anéggrique de Tliéodosc, \\ ; Mnincrlin, Gratiar. art. .lutiano, xxvMi. — " S. .lérônic. In Danielem, m, 18./'. /.., t. xxv, col. 509. — "S. Aml)roise, 7/c.ramcron, VI, ix, 57, P. l.., t. XIV, col. !60. — " .S. Jean Unninscène, Uralio de imiigiuibus, III, 41, /'. 6'., t. xr.iv, col. 1.357.

DIVI — DIVINATION

défendit d'adorer les statues qu'on lui élevait '. On continua cependant à en faire le centre d'hommages variés, surtout au moment de leur dédicace '. On les promenait en grande pompe, on sonnait de la trompette, une escorte de soldats les entourait et le peuple les acclamait. Saint Jean Chrysostome, avec tout son prestige et toute son éloquence, avait mille peines à contenir la foule '.

Quant au titre de diims, ce n'était plus qu'un honneur banal que le sénat décernait à tous les césars après leur mort. Les esprits cultivés, les sénateurs euxmêmes, n'attachaient plus à la consécration un sens religieux ; c'est ce qui explique comment les empereurs chrétiens ont continué à décerner à leurs prédécesseurs le titre de divus. Constantin reçut les honneurs de la consécration, et après lui Constant, Constance, Juhen, Jovien, Valentinien f et Gratien '. Ce prince abolit les rites païens, mais le titre de divus ne disparut pas et Théodose, l'ennemi personnel du paganisme, fut proclamé divas, ce qui pourrait sembler une piquante dérision si l'on ne savait que ce terme avait perdu son sens primitif.

Une inscription conservée par Ligorio et qui, néanmoins, semble authentique, conserve le souvenir de la consécration de Théodose * :

Martia Theudosium dominorum Roma parentem JElheris divum vcnerans sacravit in orbe.

Valentinien III est appelé divas dans une inscription chrétienne, et jusqu'aux confms du moyen âge, Anastase et Zenon sont appelés par Justinien : divœ mémorise, ou divas princeps '; Grégoire de Tours luimême parle du divas Honorias '. Naturellement, les prédécesseurs de Constantin gardaient leur titre de </iyus, qui se retrouve même dans le Digeste où on lit : divas Aagastas: divas Clandius; divus Nerva; divas Trajanas; divas Pertinax, etc.

Ce langage était passé dans la langue courante et les chrétiens l'employaient sans scrupule. La liste des divi postérieurs à Constantin est dressée à l'aide d'inscriptions chrétiennes portant des dates consulaires. Quand cette date est désignée par le nom d'un empereur mort, les chrétiens font précéder son nom de l'épithète divas. C'est ainsi qu'il est question du divus Jovianas, du divus Valentinianas III et même du divus Julianas '.

Cette déchéance du mot divas ne laisse pas d'avoir un côté plaisant, car voici qu'il e.st à ce point dépourvu de sens qu'on éprouve le besoin de le relever un peu en lui accolant les épithètes venerabilis, inclylas ».

Tel n'était pas le cas parmi les païens bigots, et il en restait beaucoup après 313, pour lesquels divus gardait ou reprenait son sens religieux d'autrefois, mais nous n'avons pas à nous occuper d'eux.

Le titre de divas était probablement décerné par un acte particulier, mais lequel ? Nous ne savons. Le sénat, composé en majorité de païens, a dû conserver les usages anciens et décerner la n di%inité » sur la

'Code rWodosien. XY, IV, 1 ; Code Justinien, l.xxiv, 2. — ' Socrate, Hist. eccles., 1. VI, c.xviii, P. G., t. Lxvil, col. 716; Sozomènc, Hist. eccles., 1. VIII. c. xx, P. G., t. Lxvii, col. 156S. — ^ S. Jean Chrysostome, De laudibus S. Pnuli apostoli, honiil. vu. — • E. Desjardins a dressé une liste des divi qui contient des lacunes considérables, dans Revue de pliilologie, de littér. et d'Iiist. anc, 1879, p. 33-65; R. Mowat, La Domus dioina et lei divi, dans Revue épiqraphique, 18S6, est plus complet, mais il faut s'en tenir à is. Beurlier, op. cil.. Appendice A, p. 329-331. — ' Muratori. Thésaurus reterum inscriptionum, t. i, p. ccLXV, 4; cf. De Rossi, Inscrip. christ, urb. Romir, 1861, t. i, p. 338. — • E. Beurlier, op. cil., p. 287, 331. — ' Grégoire de Tours, Historia Francorum, 1. II, c. viii. — ' De Rossi,

demande faite par un empereur chrétien pour son prédécesseur également chrétien, qui ne croyaient ni l'un ni l'autre à la vertu de la consécration qu'ils sollicitaient. Quant aux impératrices et aux membres de la famille impériale, il cesse d'être question d'eux après le règne de Constantin. .Sous le règne de Constantin peut-être y eut-il une exception pour Crispus, mais elle est très douteuse '°.

Un rite compatible avec les exigences des chrétiens dut remplacer celui de l'aigle s'échappant d'un bilcher, mais cet autre rite, nous ne le connaissons pas. Constantin est le dernier prince pour lequel il existe des médailles de consécration divine et sur aucune d'elles on ne voit le bûcher et l'aigle, mais seulement un quadrige qui emporte le défunt dans le ciel où une main l'accueille. De même, dans les images par lesquelles on représentait à Rome son apothéose, on avait soin de prendre des symboles qui pussent être acceptés dans un sens chrétien. On représentait l'empereur au-desstis des voûtes célestes, ad sidéra relatas, disait un païen, ad Christam sublatus, disait un chrétien.

D'après Eckhel, ce dernier vestige des anciennes coutumes, si affaibli q\i'il fût, disparut même à l'époque de Gratien, mais si l'inscription relative à Théodose est authentique, le vote du sénat subsista au moins jusqu'à lui.

Les divi n'avaient donc plus qu'un vain titre, plus de temples, plus de prêtres, plus de fidèles; seule, la célébration du dies natatis s'obstinait à durer, comme nous le constatons dans l'inscription de Constance II ", dans le calendrier Philocalien rédigé entre 340 et 350 et remanié avant 361 '-, dans le luterculus de Polemius Silvius, qui est de 448 ". A ce jour anniversaire de chaque empereur divinisé de nom, on ne faisait plus de sacrifice; sans doute, on continuait quelques distributions, et quelque chrétien peut-être songeait à prier pour celui qui, sans cette solennité, eût été par tous oublié. Jusque dans les églises, le nom de divus fait désormais figure. Sur la mosaïque de Ravenne, les empereurs sont représentés accompagnés de l'épithète divus. Ce sont : D. Constantinus, D. Theodosius, D. Arcadius, D. Valentinianas, D. Gralianus, D. Constantinus ".

H. Leclercq.

DIVINATION. La divination est la prédiction des choses futures et cachées dont la connaissance et même la prévision échappent totalement et naturellement à l'esprit humain. Le calcul mathématique, l'expérience scientifique peuvent révéler avec une certitude absolue ou une vraisemblance très grande telle révolution astronomique, tel développement pathologique, telle opération stratégique"; mais la divination, au sens strict du mot, s'exerce sur des objets dont la cormaissance n'appartient qu'à Dieu. Ainsi précisé et délimité, le sujet ne peut être confondu ni avec la prophétie, ni avec tout ce qui dépend de l'investigation humaine légitimement exercée.

La divination n'a pas exercé dans le christianisme un rôle comparable à celui qui fut le sien dans le paga-

Inscr. elirist., t. i, n. 172, 174, 175, 767; S. Léon, Opéra, P. L., t. Lvi, col. 554. — 'Corp. inscr. lal., t. vi, n. 1151. — "> Orelli, Jaser, lat., n. 1078. — ■' Corp. inscr. lat., 1. 1, p. 356.

— ■' Ibid.. t. I, p. 354, 356. — '■ Ibid., t. i, p. 333 b. — ■' H. Rubens, Hisloriarum Ravennatum libri X, p. 85; cf. E. Mûntz, The lost mosaics of Ravennn, dans The .American journal o/ archa-ologii, 1885, t. i, p. 2; cf. T. Vallauri, De voce Di\Tis in christianis inscriptionibus perperam usurpala, dans .4pisRoniana, 1878, III" 5érie,t. i, p. 422-430, 451-454.

— ** Et pour que l'on ne me fasse pas dire autre chose, je précise : Leverrier décou>Te une planète par ses seuls calculs; Corvisart diagnostique une maladie ù la vue d'un portrait; Napoléon désigne d'avance le plateau de Pratzen comme la clef de la future victoire dWusterlitz.

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nisme; on n'y a jamais vu l'exercice officiel d'une imposture assuré par une caste à ce destinée, des individus dévoués à ses rites, des institutions fondées sur ses oracles. Pour l'y découvrir à tout prix, on a été obligé de la dire réfugiée dans la conscience individuelle ' et d'imaginer une confusion arbitraire entre ses manifestations et celles des charismes qui signalèrent l'opulence spirituelle des premières générations chrétiennes. Les phénomènes produits par ces charismes étaient un stimulant pour ceux qui ne voulaient voir dans la religion du Christ qu'une imposture comme toutes les autres et se souciaient par-dessus tout de ne pas laisser échapper leur clientèle séculaire; ils ne doutaient pas qu'en y mettant le prix ils parviendraient à s'entendre avec cette concurrence imprévue et redoutable. Le récit des Actes des apôtres nous a conservé plusieurs épisodes de ces premières rencontres entre devins patentés et disciples de Jésus. A Jérusalem, c'est un certain Simon, dit le Mage, qui proposa aux apôtres, contre espèces sonnantes, la divulgation des secrets qui, selon lui, achalandaient leur prédication ^ A Salamine, c'est Elymas, dit le Sage, qui s'efforce de détourner le proconsul Sergius d'écouter l'apôtre saint Paul". A Phihppes, c'est une jeune esclave qui rapporte de fructueuses journées à ses maîtres par l'exercice de la divination •. Si nous possédions des annales plus étendues et plus circonstanciées sur l'histoire de la prédication évangélique, il est bien probable que nous aurions un grand nombre d'épisodes de ce genre à citer.

La divination avait envahi le vieux monde. Chez les Grecs, elle représentait une sorte d'inspiration très libre dans ses manifestations et qui choisissait ses élus, s'en emparait, les élevait au rang d'intermédiaires entre la divinité et l'humanité. A celle-ci de recourir à l'élu, mais sans prétendre s'en approprier les merveilleuses intuitions. Chez les Romains, la divination avait subi la loi de toutes choses, elle s'était disciplinée, centralisée, incorporée au culte officiel et était devenue objet d'administration. Ce sont là deux conceptions opposées, mais en Grèce du moins la divination reste indépendante de l'Etat, garde une certaine initiative, germe spontanément, fait choix d'un oracle obscur ou fameux; à Rome, rien de semblable, le devin est sans doute également un imposteur, mais il est en même temps un fonctionnaire. En somme, la divination chez les Grecs échappait au contrôle — et à la suggestion — de la loi; chez les Romains une pareille source d'anarchie morale avait été vite canalisée et utilisée pour le serviqe, sinon pour le bien de l'État. Auguste réglementa la divination et d'abord réduisit à si peu que rien la divination écrite; celle-ci était désormais inoffensive '. La divination parlée était d'une surveillance moins aisée, représentée par une foule de praticiens plus ou moins véreux. Auguste imagina de mettre tout ce monde sous la surveillance de tous, ce qui voulait dire de la police. Les consultations ainsi surveillées devenaient généralement anodines.

Avec la divination, l'astrologie, qui en est un département, devenait à la mode. Sous le principat d'Auguste, il est de bon ton d'en avoir quelque teinture. Aristocratique par essence, l'astrologie semblait faite

' A. Bouché-Leclercq, Histoire de la divination dans l'antiquité, in-8», Paris, 1882, t. iv. p. 353. — ' Act., viii, 9. — • Act., XIII, 6-13. — « Act., XVI, 10. — » Dion Cassius, XLV, 17; durant le second triumvirat il chargea la police d'une razzia, qui procura plus de deux mille traités, le tout lut brûlé. Auguste savait que dans ce fatras se cachaient beaucoup de pamphlets politiques et, en s'en débarrassant, il faisait coup double. Par la mcme occasion, on expurgea les livres sibyllins. Auguste savait, par exemple, que cotte littérature complaisante fournissait vraiment un peu trop tout ce qu'on attendait d'elle. Il nt une éditon révisée, qu'on déposa dans le temple d'Apollon Pala-

pour éveiller et nourrir les grandes ambitions •; pas de si mince personnage à qui de grandes destinées n'eussent été prédites et dont on a connaissance le jour seulement où elles s'accomphssent. Tout ceci est, sans doute, méprisable, mais nous aide à connaître un état desprit.

Les sévérités exercées contre les « Chaldéens », nécromanciens, astrologues, mathématiciens ont pour unique résultat d'accroître leur vogue et de substituer à la consultation à huis clos la consultation par correspondance. Les expulsions se succèdent sous Tibère, sous Vespasien, sous Domitien et le pubUc ignorant conclut, comme les gens instruits, que cette classe d'iiommes doit être bien puissante puisqu'elle est si redoutable. Les femmes surtout consultent à tout propos et à tout prix. «C'est dans les Chaldéens qu'elles ont le plus de confiance. Tout ce que dira l'astrologue passera à leurs yeux pour venir de la source d'Ammon, puisqu'à Delphes les oracles se taisent et que l'espèce humaine est condamnée à ignorer l'avenir. Mais celuilà prime les autres qui a été souvent exilé, dont l'amitié et le grimoire grassement payé ont causé la mort du grand citoyen redoute d'Othon. On a confiance en son art, si sa main droite et sa gauche ont fait tinter les chaînes de fer, s'il a séjourné longtemps dans quelque prison militaire. Nul mathématicien n'aura de succès s'il n'a pas été condamné, mais bien celui quia failli périr, qui a eu à grand'peine la chance d'être envoyé dans une Cyclade et qui est enfin revenu de la petite Sériphos '. »

L'engouement est bruyant et général ; loin d'être arrêté par la contradiction et par le scandale, il en tire un nouveau succès; quant aux réfutations scientifiques, on devine de quel poids elles pèsent. Mais nous n'avons que faire ici des entraînements dont le inonde antique donne le bizarre spectacle ; dès les premiers moments de la naissance du Christ, un exemple de divination était rapporté par l'Évangile et les Pères eurent souci de l'expliquer aux fidèles. Des Chaldéens ou mages de Chaldée ' étaient avertis par une étoile de la naissance de Jésus. Fallait-il voir dans ce fait un horoscope qui rabaissait l'Homme-Dieu au rang des célébrités humaines ? Saint Ignace et TertuUien expliquent que l'astrologie, en la personne des mages, est convoquée à venir abdiquer son pouvoir au berceau de celui qui vient mettre fin à ces sciences occultes • : Magi et astrologi ab Oriente venerunt, écrit TertuUien. Scimus mngiee et astrologiœ inter se societutem. Primi igiliir stellarum interprètes natam Christum annunlinverunt, primi muneraverunt. Quid tum : Ideo nitiic et mathemalicis patroeinabitur ilhim illorum magoruni religio? De Cliristo scilicet est mntliesis bodie ; stellas Cliristi, non Saturni et Martis et eu jusque ex eodem ordine mortuorum, observât et prœdieot. Atenim scicntia ita usque ad Evangelium fuit concessa, ut Christs edito nemo exinde nativitatem aticujus de cœlo interpretetur'".

Les gnostiques proposaient autre chose. Suivant l'un d'eux, le valentinien Théodole, l'étoile des mages avait « abrogé l'ancienne astrologie » en lui enlevant sa raison d'être; la grilce du baptême « transportait ceux qui ont foi au Christ du régime de la prédestination

fin. Tibère y ajouta quelques prophéties qu'il était bien aise de retirer de la circulation. — • A. Bouché- Leclcrcq, L'astrologie grecque, in-8°, Paris, IS'.li), p. 55t. ^ ' Juvénal, vi, r>.')3 sq. — '.luslin, niai, ciini Truph., 77-78, P. /.., t. VI, col. 050, et TertuUien, Adu. Mareioncm, III, XIII, P. /.., t. II, col. 337, en font des magiciens arabes; Clément d'Alexandrie, SIromata, édit. Pot ter, t. I, p. 351), et saint liasilc, Ilomil., xxv, des mages de Perso; saint Jean Chrysostomo hésite entre la Perse et la Chaldée et saint .lérftmo, /;i Danielem,2, des philosoiilil Clialdanruni. — "S. Ignace, ICiiist. ad Ephes., xi.\. — '"TertuUien, De idohiltttriu, ix, /'. /.., 1. 1, col. 071.

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sous la providence du Christ lui-même '. » Ce n'était peut-être pas très clair, mais avec les gnostiques il ne faut pas trop exiger. Cette question de l'étoile des mages occupera longtemps encore les Pères de l'Eglise, vivant parmi une société où la Toi aux horoscopes est générale et profonde. Telles inscriptions nous ont montré des fidèles faisant mention de la constellation céleste au moment de leur naissance (voir Dicllonn., au mot Capricorne) et nous entendons Eusèbe d'Alexandrie déplorer la coutume des chrétiens qui usent couramment, dit-il, de ces expressions : « Peste soit de mon étoile I » « Il est né sous une bonne étoile, » tandis que d'autres adressent leurs prières aux astres et disent au soleil levant : « Aie pitié de nous ^. »

A partir du iii= siècle, la divination et l'astrologie perdent tout le terrain que gagne la magie, dont le pouvoir ne rencontre guère d'incrédules. 11 en résulte une inquiétude générale et une tendance maladive à la crédulité. Ce que les chrétiens nomment miracle, les païens le nomment prodige, les uns et les autres sollicitent l'intervention de celui vers lequel leur foi les tourne et le gouvernement, alarmé de cette inquiétude fébrile, prétend y mettre fin par des décrets. Septime- Sévère imagine que c'est la magie qui fait les magiciens et la disparition de l'une laissera les autres fort mal en point, aussi donne-t-il l'ordre de rechercher dans toute l'Egypte et sceller dans un tombeau les livres hiératiques prêtant aux divagations ^. Alexandre- Sévère fait un pas de plus, il confisque la tradition divinatoire en instituant des chaires d'astrologie et d'haruspicine, dont les titulaires seront rétribués par l'État *. Voici en quels termes le jurisconsulte J. Paulus, qui fut membre du conseil impérial sous Septime- Sévère et préfet du prétoire sous Alexandre, résume la législation existante : « En ce qui concerne les vaticinateurs. qui se prétendent inspirés par la divinité, on a jugé à propos de les chasser de la cité, de peur que, la crédulité humaine aidant, les mœurs pubUques ne fussent corrompues et entraînées à espérer certaines choses, ou que, tout au moins, les imaginations populaires n'en fussent troublées. Ceux qui introduisent des religions nouvelles, inconnues dans leur pratique ou leur doctrine et de nature à surexciter les esprits, sont punis de la déportation s'ils sont de condition honorable, de mort s'ils appartiennent à la basse classe. Quiconque consulte, sur la vie du prince ou sur l'État en général, les mathématiciens, sorciers, haruspices, vaticinateurs, est puni de mort, avec celui qui lui aura fait la réponse. Chacun fera bien de s'abstenir, non seulement de la divination, mais de ses théories et de ses livTes. Que si des esclaves consultent sur la vie de leurs maîtres, ils sont condamnés au dernier supplice, c'està-dire à la croix : si au contraire on les a consultés et qu'ils ont répondu, ils sont envoyés aux mines ou déportés dans une île ^. •

Dioclétien avait la main plus rude; au lieu de payer les professeurs de divination, il supprimait leur gagnepain. Il II est, dit-il, dans un édit rendu entre 294 et 305, d'intérêt public qu'on apprenne l'art de la géométrie. L'art mathématique au contraire est condamnable et absolument interdit '. « Et joignant le geste à la menace, il ordonna des perquisitions, au cours desquelles tous les bréviaires de sorcellerie et d'alchimie furent brûlés.

Avec Constantin la législation commença à viser méthodiquement la disparition de la tlivination et les

'Clément d'Alexandrie, E.rccrp((i ex Theodotn, n. 68-78, P. G., t. IX, col. 692-693. —'J. C. Thûo, Eusebii Alerandrini oratio ttegî àaTpovo[jL(uv (pra'missa de magis et Stella quœstione), Halœ, 1834, p. 19 — ' Dion Cassius, Lxxv, 13. — * A. Uouché-Leclercq, Histoire de la diuination, t. i, p. 114; t. IV, p. 254, 333. — ' Paul, Sententiœ, 1. Y,

moyens d'y parvenir. En cela, il se conformait à l'attitude prise par les docteurs du christianisme au cours de leur longue polémique contre la divination.

Cette polémique n'allait pas sans diflicultés. Les docteurs chrétiens enseignaient une providence toutepuissante et une révélation surnaturelle; or ils rencontraient devant eux des adversaires qui citaient les oracles comme preuve de l'existence de leurs dieux, 11 importait d'éviter à des auditoires assez incultes la tentation d'un rapprochement mal fondé, mais qui, vaille que vaille, pouvait créer une diversion tout au profit des païens. En atteignant les oracles, il fallait prendre garde d'ébranler la croyance aux puissances mystérieuses, sous peine de faire le jeu des indiftérents, des sceptiques, des épicuriens, des cyniques, qui ne manquaient pas de tirer parti des arguments pour les retourner contre le Dieu invisible des chrétiens. Les Pères, les didascales, les catéchistes semblent avoir de bonne heure adopté et suivi une tactique uniforme; ils s'ellorcèrent de discréditer individuellement chaque oracle et généralement la divination en les prenant en flagrant déUt d'erreur, d'impuissance ou de mensonge. Y eut-il un mot d'ordre donné ? Nous n'en retrouvons aucun indice; mais on peut croire que la difficulté et l'importance de la question à résoudre provoquèrent une ardente curiosité, des communications assidues d'Eglise à Église en vue de déterminer la Mgne doctrinale à suivre. La solution était de nature à être entendue par un très grand nombre, car l'Ecriture enseignait l'existence et l'activité pernicieuse des mauvais anges, ce qui, à des esprits frottés de néoplatonisme. offrait l'avantage d'être rapidement compris, grâce à la distinction devenue famiUère des bons et des mauvais génies. Fontenelle, toujours friand d'impertinences, écrivait à ce sujet que le christianisme trouvait dans cette tactique une foule d'avantages ". Il cédait, dit-il, à son penchant naturel pour le platonisme, il employait ses démons bibliques en leur créant ainsi toute une ère de domination antérieure à la venue du Christ, et, par surcroît, il tirait parti de certains oracles qui passaient pour avoir annoncé la naissance du .Messie ou proclamé la Trinité, en les donnant comme dictés au démon par une force supérieure, en même temps qu'il exploitait le fait de la cessation des oracles, en l'attribuant à l'avènement du règne de Jésus-Christ, vainqueur des démons. On voit la mahce. Fontenelle. qui ne riait pas, a dû sourire ce jour-là.

La polémique est assurément curieuse à suivre dans le détail. Clément d'.Mexandrie ne fait qu'un tas des oracles, des devins, du matériel et du personnel, y compris chèvres et corbeaux employés aux consultations. Tout est truqué, c'est une immense imposture '. Origène, Eusèbe, saint Jean Chrysostome ne sont pas plus concihants '. Un instant, ils rencontrent des contradicteurs, la plupart, gens intéressés à la conservation de leur gagne-pain, praticiens passables mais Ignorants et de peu de conséquence. Ils rencontrent des complices dans les gens éclairés qui s'imaginent que l'échenillage auquel se livrent les docteurs chrétiens soulagera d'autant le paganisme de l'encombrante vermine des oracles et des devins. Seul, l'empereur Julien prend la défense des oracles et, passant de la défensive ù l'offensive, tourne en ridicule les pratiques de l'ancienne loi ">. C'est surtout .\braham qui provoque ses épigrammes. .Abraham, qui fut un augure habile et un haruspice acharné, lisant dans les entrailles des vic-

XXI, 1-3. — • Code Jiistinien, IX,viii, 2. — ' Ilist. des oracles, cité par A. Bouché-Lccicrcq, Histoire de la divination dans l'antiquité, in - S°, l'.iris, 1879. t. i, p. 93. — ' Clément d'Alexandrie, Protrepticon, i. 2. — • S. Jean Chrysostome, Homil.,\ , in Cur., i, P.C., t. Lxi, col. 39. — " Cyrille, Adv. Julianum, x, p. 355-3ÔS.

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Urnes, les découpant, s'installant parmi les tronçons, et tout ce que le récit de la Genèse peut lui fournir ■. Mais Julien ne fait que passer.

La preuve de l'indignité des oracles n'était pas impossible à apporter et, en deliors des récits qui couraient, des allusions à des événements connus de tous, on pouvait reourir aux lisres d'Œnomaos de Gadare, que nous ne connaissons aujourd'hui que par l'utilisation qu'en firent les polémistes chrétiens. Comme pour les dieux (voir ce mot), il devenait facile de montrer que les oracles avaient donné des conseils fallacieux, immoraux, funestes, à ceux qui les avaient suivis. 11 est vrai qu'on objectait ceci : si ces oracles étaient ce qu'on voulait bien dire, comment et pourquoi les chrétiens faisaient-ils état de leurs sentences au point de réclamer pour certaines vérités de leur foi le témoignage rendu parles oracles "?Neles entendait-on pas citer les livres sibyllins et ceux d'Hermès Trismé- Siste et jusqu'à des oracles extraits de la collection de Porphyre. C'est Lactance - qui invoque en faveur de l'immortalité de l'àme, après la sainte Écriture, « les prophéties des sibylles et les réponses d'Apollon Milésien, » c'est Eusèbe et bien d'autres qui citent les sibylles; ils ont donc fait créance à ces sources impures?

L'objection est manifestement embarrassante et l'on croit distinguer parfois un malaise, au moins une liésitation chez les apologistes à qui elle est adressée. Il fallait reconnaître que les démons avaient connu l'avenir et qu'ils l'avaient fait connaître sans altération. TertuUien répond que les oracles sont das démons, lesquels parcourent le monde, prennent connaissance de beaucoup de choses, certains ont pillé les écrits prophétiques et se sont fait honneur comme venant d'eux-mêmes de ce qu'ils avaient appris de la sorte ^. Minucius Félix explique comment des démons ont pu savoir et dire la vérité par la souplesse de ces esprits qui s'insinuent partout, pénètrent, obser%'ent, retiennent et ensuite tirent parti de tout cela pour leurs machinations.

Lactance est plus expUcite. Pour lui, les démons se sont définitivement substitués aux dieux réels du paganisme, qui ont été des hommes divinisés, ainsi que le prouve Evhémère. Démons célestes et démons terrestres, tous gouvernés par Satan, de\inent une partie de l'avenir et dissimulent les lacunes de leur science sous d'habiles sous-entendus. Ils ont inventé lastroloaie, l'haruspicine, l'art augurai et le reste, c'est-à-dire toutes les impostures qui composent ce qu'on nomme oracles, nécromancie, art magique. Pourquoi faire ■? Pour s'en faire honneur et s'attirer l'adoration qui n'est due qu'à Dieu. S'ils annoncent du bien, ils demandent en récompense des temples et des sacrifices; ils en demandent encore s'ils prédisent un danger dont il semblera que leur bonté et leur puissance a détourné la venue; parfois ils annoncent un malheur inévitable à grands renforts de menaces et d'invectives, car il s'agit de tenir en lialeine la crédulité et la peur *. Tatie.n explique pour sa part certaines interventions curatives des oracles par l'adresse des démons, qui connaissent et guérissent sans peine les maladies dont ils sont eux-mêmes la cause '.

Et c'est pour avoir raison de la divination et de la magie que Constantin, qui voit les polémiques s'éterniser, vient y mettre son mot : » Qu'aucun haruspice ne s'approche du seuil d'un autre homme, même pour un motif étranger à la divination : mais toute amitié avec des gens de cette sorte, et de si vieille date qu'elle soit, doit être rompue. L'haruspice qui aura |)énélré dans une maison autre que la sienne sera brûlé, et celui qui l'aura attiré par promesses ou cadeaux sera,

' Genèse, xv, 9-11. — • Lactance, F.pisl. ad Penlad., 70. — "Tcrtullien, Apologelic, xxii, P. L., t. i, col. 405. — * Lactance, Instit. div., I. Il, c. xv, xvii, P. /.., t. vi, col. 330. — ' Taticn, Adu. Grivcos, c. xviii, P. C, t. vi,

après confiscation de ses biens, relégué dans une île. En effet, ceux qui veulent obéir à leur superstition pourront exercer en public le rite auquel ils tiennent. Celui qui dénonce un pareil crime n'est pas, selon nous, un délateur, mais plutôt un homme digne de récompense ' 1) (31 janvier 319). Et trois mois plus tard : « Nous défendons aux haruspices, prêtres et ministres ordinaires de ce rite, d'entrer dans une maison particulière et de francMr le seuil d'un autre, même sous prétexte d'amitié, et nous portons des peines contre eux, au cas où ils mépriseraient la loi. Quant à ceux d'entre vous qui y voient leur avantage, qu'ils aillent aux autels pubUcs, aux temples, célébrer les solennités dont vous avez l'habitude; nous n'empêchons pas de vaquer au grand jour aux devoirs de l'ancien usage ' » ( 1 3 mai).Constantin,si rigoureux,ne laissait pas toutefois de recourir lui-même aux haruspices afin d'en obtenir l'interprétation du coup de foudre qui avait frappé l'amphithéâtre de Rome : « S'il est constaté que quelque partie de notre palais ou des autres édifices publics a été touchée par la foudre, il faut, suivant l'ancienne observance, demander aux haruspices ce que cela présage et porter à notre connaissance la réponse, mise avec le plus grand soin par écrit. Il faut même accorder aux autres la permission d'user de cette coutume, pourvu qu'ils s'abstiennent des sacrifices à domicile, qui sont expressément prohibés ' » (13 mars 321).

Ce rescrit montre combien était profondément enracinée la créduhté aux opérations divinatoires. Socrate nous raconte ce qu'on va lire : Spiridon, cvêque de Trimithonte, dans l'île de Chypre, eut une fille, sa rivale en piété, nommée Irène, à qui un ami confia la garde d'un bijou et, pour plus de sûreté, celle-ci l'enterra, mais elle mourut peu après. .\ quelque temps de là, survint le prêteur du bijou qui réclama son bien avec insistance au survivant. Spiridon pria Dieu d'anticiper sur la résurrection, fut exaucé, après quoi sa fille, ayant apparu devant lui, indiqua la cachette et s'évanouit •. Eusèbe, évêque d'Émèse, s'adonnait aux pratiques de l'astrologie et fut même par la suite déposé de son siège pour ce fait '°.

Ainsi la polémique et les édits rencontrent dans l'usage invétéré un obstacle sérieux et qu'il faudra longtemps pour détruire. Si les édits s'attaquent plus directement à l'haruspicine, qui exerce ses conjectures sur les entrailles des victimes, les Pères veillent à l'astrologie, qui. pour n'être pas attachée aux rites de l'ancienne religion, n'en offre pas moins une grave menace, celle de ramener à la surface le fonds de religion, le sabéisme, qui avait engendré l'astrologie, que les platoniciens et les stoïciens avaient naturalisé en Grèce, et qui, à mesure que baissait le niveau de la culture générale, tendait à reprendre sa force originelle.

C'est à cette période que se rapporte l'œuvre de Firmicus Maternus. Celui-ci commença sous Constantin et acheva sous Constance son traité de la Mathesis, dédié à Mavortius Lollianus, préfet de Rome en 342, consul en 355, préfet du prétoire d'Italie en 350. « Firmicus Maternus appartient, dit M. Bouché-I.eclercq ", à cette classe d'intelligences moyennes qui n'offrent point de prises à la logique pure. Il sait que l'on a reproché à l'astrologie de nier la liberté et la responsabilité morale; mais il est persuadé que l'objection est mal fondée, et il croit même y avoir répondu. .\ ses yeux, l'astrologie prouve l'existence des dieux et l'immortalité de l'àme, enseigne la résignation, tient toutes les passions en bride et devient la source de toutes les vertus. L'astrologue est le prêtre du Soleil et de la Lune : sa profession est un sacerdoce; et pour y faire

col. 845. — ' Code Théodnsien, IX, xvi, 1. — ' Ibid., IX, XVI, 2. — * Ibid., XVI, x, 1. — • Socnite, Ilist. ecri.. 1. I, c. XII, P.K., t. Lxvii, col. 105. — '" Ibid.. I. II, c. ix, P. G., t. LXVii, col. 200. — " Op. cit., t. IV, p. 33.S-339.

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honneur.il faut qu'il soit afiable, chaste, désintéressé', uniquement occupé de ressembler à ces dieux avec lesquels il converse tous les jours. Du reste, nul n'est plus respectueux des lois de son jiays. « Vous donnerez vos réponses en public, dit le pieux auteur, et vous aurez soin de prévenir ceux qui viendront vous interroger que vous allez prononcer à haute voix tout ce que vous avez à dire sur les questions posées, afin qu'on ne vous pose pas de ces questions qu'on n'a pas le droit de faire et auxquelles il est interdit de répondre. I^renez garde de rien dire, au cas où on vous le demanderait, sur la situation de l'iStat et la vie de l'empereur; car il ne faut pas, nous ne devons pas parler, mus par une curiosité coupable, de l'état de la république. Celui qui répondrait à des questions sur la destinée de l'emiiereur serait un scélérat, digne de tous les châtiments, attendu que, sur ce sujet, vous ne pouvez ni rien dire ni même rien trouver à dire. Il est bon, en effet, que vous sachiez que, toutes les fois que les haruspices sont consultés par des particuliers sur l'état de l'empereur et qu'ils veulent répondre à la question, les entrailles à ce destinées et les arrangements des veines les jettent dans une inextricable confusion. De même, jamais mathématicien n'a pu rien afTirmer de vrai sur la destinée de l'empereur; car, seul, l'empereur n'est pas soumis aux mouvements des étoiles, et il est le seul sur la destinée duquel les étoiles n'aient pas le pouvoir de prononcer. En effet, comme il est le maitre de l'univers entier, son destin est réglé par la volonté du Dieu suprême et, la surface du monde terrestre étant soumise à la puissance de l'empereur, il est lui-même classé parmi ces dieux que la divinité principale a commis pour faire et conserver toutes choses. C'est la raison qui embrouille les haruspices; car tous les êtres surnaturels qu'ils invoquent, étant de puissance moindre, ne peuvent jamais dévoiler le fond de cette puissance supérieure qui réside dans l'empereur. Celui-ci, qui a à son service toutes les intelligences, toutes les classes, riches, nobles, dignitaires de toute sorte, investi comme il l'est d'un pouvoir divin et des prérogatives des Immortels, se trouve placé dans les premiers rangs des dieux. Si donc quelqu'un vous consulte sur l'empereur, je ne demande pas que vous l'elïarouchiez par une réponse brutale et sévère, mais persuadez-lui sur un ton calme que nul ne peut rien découvrir touchant la vie de l'empereur, afm que, averti par vos remontrances, il redresse l'erreur de son esprit et renonce à cette passion téméraire. Je ne veux cependant que vous dénonciez le client qui vous aura fait des questions indiscrètes; car, une fois qu'il aurait été frappé de la peine capitale, en punition de ses désirs iUicites, vous auriez l'air d'être la cause de sa mort, ce qui ne convient pas au rôle d'un prêtre -. »

Quand on en est venu à de pareilles calembredaines, le silence est préférable. Ce verbiage, d'ailleurs, n'améliore pas la situation, car les empereurs et leur police font bonne garde. Les songes eux-mêmes cessent d'être innocents. Lactance a expliqué à grand renfort de textes comment les songes, bien que parfois véridiques, ne doivent pas être interprétés; avant lui, TertuUien a simplement établi une division suivant que les songes viennent de Dieu, du démon, ou de l'activité psychique. Lactance préfère autre chose : selon lui, le sommeil est le moment que Dieu s'est réservé pour instruire l'homme des choses futures; il y a de vrais songes, ceux-ci viennent de Dieu, et de faux songes, ceux-ci viennent du « fait du dormir ^ ». Il veut dire par là que l'âme, ayant besoin d'agir et ne pouvant le faire

* Firmicus a soin de distinguer des devins philanthropes ceux qui vivent de leur métier. Mnthesix, 111,8, y. Voir F. Cumont, I.'axtrnlogie cl la mnqie clans le paganisme romain, dans fteinic d'histoire et de littérature religieuse, 1906, t. XI, p. 24 sq. — • Mathesis, II, xxxiii. — ' Lactance,

à sa manière accoutumée sans troubler le repos du corps, se distrait avec des chimères lorsque Dieu ne lui parle pas.

Constance et Gallus laissent dire et donnent des ordres rigoureux pour taire arrêter et traduire devant les tribunaux ceux qui ont raconté les songes qu'ils ont eus *. Gallus disparu et Constance \'ieillissant, le trône était assuré à Julien, qui « conjecturait, par une foule de recettes divinatoires, qu'il connaissait en perfection, et par des songes, que Constance ne tarderait pas à mourir '. » Mais Constance ne se hâtait pas de donner raison aux oracles et fulminait de plus belle contre la divination et la magie sous toutes leurs formes. En 350, il afïirme sa volonté de faire mourir quiconque offrira des sacrifices et vénérera les statues '. En 357, il déclare : « Que personne ne consulte d'haruspice ou de mathématicien; que personne ne recoure aux diseurs de bonne aventure. Que la funeste engeance des augures et des devins se taise. Que les Chaldéens, magiciens et autres individus que le vulgaire appelle auteurs de maléfices, à cause de la grandeur de leurs forfaits, ne s'avisent pas de machiner quelque chose de ce côté. Que chez tous, enfin, la curiosité de deviner garde à perpétuité le silence. Car quiconque refusera obéissance à nos injonctions subira le supplice capital et succombera sous le glaive vengeur '. »

En dépit de toutes les menaces, la contagion gagne l'entourage de l'empereur, qui songe à faire des exemples sur les hauts fonctionnaires. « Bien que la personne des dignitaires, écrit-il au préfet du prétoire, soit exemptée de tortures..., cependant, puisque ceux qui sont en notre compagnie s'attaquent à notre majesté elle-même, si quelque magicien... ou haruspice, ou diseur de bonne aventure, ou augure, ou mathématicien, si quelque individu déguisant sous des songes qu'il raconte l'art de la divination, ou, se livrant à quelqu'un de ces métiers, se trouve surpris dans mon entourage ou dans celui de César (JuUen) — il tombait bien ! — que sa dignité ne le protège pas contre la question et les tortures. Si, une fois convaincu de ce crime, il oppose des dénégations à ceux qui l'auront découvert, qu'il soit attaché au chevalet, et que, les flancs labourés par des ongles de fer, il subisse un châtiment en proportion avec son forfait '. »

On eut peur cette fois, on se tint coi et Libanius loua l'empereur d'avoir supprimé l'usage de la divination dans les affaires de l'Etat ".

En 361, Julien fut proclamé auguste par ses troupes. La conjoncture était périlleuse : s'il acceptait, c'était la guerre civile. Il multiplia les sacrifices : rimabatiir adsidue, avesque suspiciens prescire lestinabat accidentium finem, sed rcsponsis ambiguis et obscuris hxrebat juturorum incertus >°. Un dernier indice le décida : un avocat gaulois, Aprunculus, qui s'occupait d'haruspicine, annonça à Julien un foie de victime entouré d'une double enveloppe". A quoi tiennent les empires I

Constance mourut sur ces entrefaites et le nouvel empereur put donner libre carrière à son zèle reUgieux. Ce fut pendant quelques années une véritable débauche de sacrifices, d'oracles, de divinations. Les dieux prenaient leur revanche et surtout leurs adorateurs; ils faisaient sagement de se hâter, car l'orgie dura peu. « La réaction chrétienne aurait été terrible sans la modération de Jovien. Les devins avaient joué un trop grand rôle dans les conseils de celui qu'on appela depuis lors l'Apostat pour échapper à l'attention. On s'attendait à des représailles. Jovien se borna à proscrire une fois déplus les sacrifices magiques, approuvé

De opificio Dei, xviii, P. L.. t. vu. col. 70. — ' Ammien Alarccllin, XV, m, 5-6. — ' Ibid., XXI, i, 6. — ' Code TModosien, XVI, x, 6. — ' Code Ihfodosien, IX, xvi. 4. — • Ibid., IX. XVI, 0. — • Libanius, Oral. Basil., m. — • " Ammien MarccUin, XXII, i, 1. — " Ibid., XXII, i, 1.

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en cela par les païens eux-mêmes '. Il prohiba si peu les sacrifices ordinaires qu'on en offrit publiquement à Constantinople, à l'occasion de son consulat. Dans son camp même, on consulta les entrailles des victimes pour savoir s'il fallait battre en retraite devant les Perses, et il se conforma à l'avis des haruspices '.

« Valentinien fut tolérant par principe. Mais, au début de son règne, il fit une maladie qu'il attribua aux maléfices des amis de Julien. De là, deux édits contre la magie et les sacrifices nocturnes^, édits qui furent appliqués avec discernement, car Valentinien consentit tout d'abord, sur les représentations qui lui furent faites par le gouverneur de Grèce, PrEetextatus, à laisser célébrer comme par le passé les rites nocturnes des mystères '. Son frère Valens se montra plus superstitieux et plus défiant '■ . »

Vers 371 éclata un affreux scandale. Un comte Fortunatianus cita en justice, sur des prétextes quelconques, un magicien et un astrologue inculpés d'avoir servi les mauvais desseins de ses adversaires. Le magicien, soucieux de se tirer d'affaire à tout prix, dénonça quelques fonctionnaires, comme coupables d'avoir clierehé à savoir, au moyen de rites magiques et divinatoires, quel serait le successeur de Valens. Vite la police commença des arrestations et les pau\Tes gens furent mis à la question. L'un d'eux, Hilarius, qui avait conduit l'opération magique, fit le récit suivant : » Nous avons construit, juges magnifiques, à l'image du trépied de Delplies et sous de tristes auspices, avec des baguettes de laurier, cette malheureuse petite table que vous voyez, et, après l'avoir consacrée suivant les rites par de secrètes formules d'imprécations, par des apprêts de toute sorte et longtemps continués, nous avons fini par la mettre en mouvement. Or, pour la mouvoir, chaque fois qu'elle était consizltée sur des choses mj'stérieuses, voici quel était le procédé. On la plaçait au milieu d'un appartement tout imprégné des parfums d'Arabie, et l'on plaçait à nu dessus un plat rond, composé de diverses matières métalliques. .Sur le contour du plat et tout au bord, les vingt-quatre lettres de l'alphabet étaient gravées d'une main habile, séparées par des espaces soigneusement mesurés. Un prêtre, vêtu d'habits de lin, chaussé de pantoufles de lin, avec un turban enroulé autour de la tête, portant des rameaux d'un arbre heureux, après avoir rendu propice par des formules récitées la divinité qui allait communiquer les révélations et suivi de point en point les cérémonies de lui connues, s'est penché sur le petit trépied, balançant un anneau suspendu à un fil de carpathos excessivement léger et initié au moyen de pratiques mystiques. Ledit anneau, tombant par bonds sur les lettres espacées qu'il va chercher l'une après l'autre, forme des vers héroïques qui répondent aux interrogations, bien rythmés et complets, comme ceux qui viennent de Pytho ou des Branchides. Or, comme nous demandions qui succéderait au présent empereur, l'anneau ayant dans ses soubresauts effleuré les deux syllabes 0E-O, plus une autre lettre, un des assistants s'écria que c'était Théodose que désignait la nécessité fatale. On ne s'enquit pas plus à fond de la chose ; car nous étions bien persuadés que c'était là l'homme demandé •. »

Valens fit mettre à mort presque tous les inculpés. Théodose n'échappa point et pour qu'il n'y eilt pas d'erreur on tua plusieurs Théodose, auxcjuels on adjoignit plusieurs Tliéophile '. La solution nuuuiuait d'élé-

• Themlstlus, Oral., v. — ' .^mmicn Marcellin, XXV, vi, L — • Code Théodosien, IX, xvi, 7, 8. — • ' Zosimc, iv, :i. — ■ ' A. Bouclié-Lcclcrcq, op. cit., t. iv, p. Mi. — • Aniniion Marcellin, XXIX, i, 29. — ' Sozoméne, Ilist. eccles., VI, XXXV, P. G., t. LXVII, col. 1397 sq. — ■ Ammien Marcellin, XXIX, IV, 11-42. — • Son tr.Tité est perdu, sauf l'holius, Bi bl.,cod,ccxxni. — '" S. llasile, /n Ilœxamernn. Iioinil. vi.

gance et plus encore d'efficacité. Sozomène trouvait absurde la prétention de Valens de tuer son successeur, plus alisurde encore la procédure et l'oubU que les Théodose étaient nombreux dans l'empire et qu'il en naissait chaque jour quelques-uns de plus. Outre cette hécatombe de songe-creux, on fit un autodafé de volumes de sorcellerie, auxquels on associa par brassées des ouvrages de science et de droit ".

Le résultat de ce procès fut le scandale et le résultat de la répression fut la sympathie pour les victimes et la croyance à leurs rêveries. On les plaignit, on en conclut qu'ils avaient raison et on s'ingénia à en découvrir les preuves subtiles. Il y avait encore des gens qui se souvenaient de l'odieux épisode lorsque, à quelques années de là, Gratien associa Théodose à l'empire; aussitôt on chuchota que le trépied avait donc dit vrai.

Le règne de Théodose allait tenir tout ce que le règne de Constantin avait paru renfermer de promesses. Cette Un du iv* siècle était, en effet, marquée par une recrudescence de la polémique contre l'astrologie et les sciences divinatoires. Grégoire de Nysse écrit son Kaxk £Î|j.a!;[i£vri; ; Diodore de Tarse adopte le même titre "; saint Basile tonne contre l'astrologie, ce « mal pernicieux '" » dont il faut guérir les esprits. Saint fiphrem d'Édesse argumente ainsi : « Si Dieu est juste, il ne peut avoir établi les astres génethliaques, en vertu desquels les hommes deviennent nécessairement pécheurs ", j et saint Isidore demande aux astrologues : « Si le genre humain est déterminé nécessairement à certains actes, en quoi les bons méritent-ils une récompense et les méchants un châtiment '-? » Et pendant ce temps, Syne.sius, évêque de Ptolémaïs, soutient dans un gracieux écrit " tous les arguments jadis développés par Plotin en faveur de la divination. A l'entendre, la dépendance réciproque de toutes les parties de l'univers fait de chaque phénomène une « écriture lisible de l'avenir ". » Aussi, dit-il, si les oiseaux avaient de l'intelligence, les hommes leur fourniraient des présages au même titre que les oiseaux en fournissent aux hommes : ils institueraient une anthroposcople.

De tous les modes de divination, la préférence est acquise à l'interprétation des songes. 11 entreprend l'éloge du sommeil et des songes et trouve le moyen d'en dire des choses plus agréables que pénétrantes. A l'entendre, tous les songes sont vrais, mais c'est à chacun de les déchiffrer en lui-même sans trop dépendre des explications écrites et des grimoires. Selon lui, à l'âge de vingt-quatre ans, un homme est inexcusable d'avoir encore besoin d'interprètes ".

Ce n'est là qu'un divertissement, tandis que la lutte se poursuit ailleurs. Théodose, en 381, a proscrit « quiconque, par des sacrifices défendus, diurnes ou nocturnes, se sera plongé, comme un malavisé et un sacrilège, dans des consultations vagues, fût-ce dans un sanctuaire ou dans un temple'". » C'était le retrait de la concession faite par Constantin. F.n 385, l'empereur prononce la peine de mort contre quiconque, « par l'inspection du foie et les présages tirés des entrailles, se bercerait de l'espoir d'une vaine promesse, ou, ce qui est pis, connaîtrait l'avenir par une consultation exécrable. Un supplice plus terrible est réservé à ceux qui auraient cherché à savoir le vrai sur le présent ou sur l'avenir " .»

Les mauvais jours étaient venus. Ce ne fut pas seulement la divination, mais toute pratique du culte païen que Théodose interdit et si puissai\t, si obéi, si

P. G., t. XXX, col. 117 sq. — " S. Éphrcm, Cnrmina !\'isibcna, Lxxii, 10. — " S. Isidore, Origines, III, I.xx, 10, P. G., t. Lxxxii, col. 178. - " Syncsius, Ilspi iwn"iw>. — " Syncsius, Liber de insnniniis, p. 131, /'. G"., l. i.xvi, col. 1288. — " Syncsius, De insnmn., p. l.'i.3-ir>l. — " Code TMoriosirn. 1. XVI, lit. x, Icx 7. — " Code Tlifodosicn, 1. XVI, til. \, Icx 9.

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redouté qu'il fût, les sacrifices se continuèrent encore, d'une manière clandestine, pendant quelque temps '. La divination, traquée par les èdits impériaux, se rabattait sur les observations empyroniantiques qui lui avaient sufTi jadis, avant que l'extispicine ne mit à la mode ses dissections savantes. A défaut d'entrailles palpitantes, un peu d'encens jeté sur les charbons de l'autel pouvait révéler la pensée des dieux persécutés.

L'agonie fut lente, malgré tout ce qu'on tentait pour la précipiter. En 391, par deux fois à quelques mois d'intervalle. Théodose déclare sa ferme volonté de ne plus tolérer ni sacrifices, ni visites aux temples -, et menace d'amendes énormes les fonctionnaires négligents à tenir la main à l'exécution de la loi. L'édit s'apitoie sur les victimes innocentes, pauvres bêtes dont il prétend épargner la vie ', sans paraître se douter, ainsi qu'on l'a remarqué plaisamment, que ces animaux, sauvés du péril de fournir les dévots de viandes consacrées, n'apprécieront guère plus la mort sans cérémonie qui les transformera en viande de boucherie. En 392, prohibition absolue de tout acte d'idolâtrie; « tout endroit où il aura été constaté qu'on a fait fumer l'encens sera confisqué *. »

La lecture des chroniques et des histoires de ce temps commence la lonsue série des actes de violence exerces contre les sanctuaires fameux : à Alexandrie, à Aboukir, à Daphné, à Olympie, à Eleusis. Les chrétiens, fatigués d'une lutte interminable, d'une résistance sans terme, n'hésitent pas à détruire ces temples devenus le dernier asile des mystères depuis longtemps percés à jour du paganisme. En Egypte, l'abbé Schnoudi organise de temps en temps une expédition à quelque distance de son monastère; le but est toujours la destruction d'un sanctuaire ou d'un oracle obstiné à durer. Les Goths font de même en Grèce et c'est vers ce temps que saint Jean Chrysostome obtient de l'empereur Arcadjus le premier édit ordonnant la démolition des temples. » S'il se trouvait, dit-il, dans la campagne des temples encore debout, ils seraient démolis sans trouble et sans tumulte, en sorte qu'avec eux disparût le dernier aUment de la superstition '. » Des équipes de démolisseurs se mirent à l'oeuvre et firent merveille, surtout en Phrygie et en Phénicie. En Occident, on voulut procéder de même, mais les résistances furent si vives qu'il fallut composer. Honorius interdit la destruction des temples au moment où Arcadius l'ordonnait; à partir de 40S, il laissa faire.

Entre 406 et 411 prend place un écrit de saint Augustin intitulé : Liber de divinalione dœmonum °, dans lequel se trouve résumée la doctrine depuis longtemps chrétienne. Auteur de la « Cité de Dieu », saint Augustin voit dans la divination un aspect de la lutte du diable contre Dieu, une variété, et non la moins curieuse, de ses efîorts pour troubler l'ordre du monde, séduire et perdre les hommes. Les procédés des esprits de ténèbres tiennent en partie à l'excellence, en partie à la perversité de leur nature, c'est pourquoi Us imitent

' Libanîus, Pro tempL, p. 182 ; S. Jean Chrysostome, Homi;., XXXV, in Cor., i, P. G., t. Lxi, col. 295. — ' Code Théodosien, XVI. x, 10-11. — > Ibid., XVI, x, 10, n. 12. — ' Ibid.. XVI, X, 12. — » Ibid.. XVI, x, 16. — • S. Augustin, Liber de divinalione dicmonum, P. L.. t. XL, col. 581-592. — ' S. Augustin, De ordine. ii, 12, P. L., t. xxxii, col. 1014. — * S. .\ugustin. De ciuitate Dei. 1. V, c. I, P. L.. t. xLi, col. 139. — • Il accepterait au besoin l'action, mais purement physique, des astres sur les corps : Cum igitur non usquequaque absurde dici poleat ad solas corporum differentias ad/Uilus quosdam valere sidereos, à l'instar de ce que produisent les positions du soleil et les pliases de la lune. Mais il a soin de faire remarquer que cette action ne va pas jusqu'A unifier le sexe des jumeaux. De cimt. Dei, 1. V, c. VI. — '» Jam eliam nmlhematicorum fallaces divinationes et impia deliramenta rcjcceram. dans saint .\ugustin, Con- ^essiones, 1. Vil, e. vi. Ses connaissances en astronomie lui

les esprits de lumière, les anges, doués de la même nature, et les combattent à raison de leur déchéance. Les anges procurent les prophéties et les révélations di\ines, les démons luttent à coups de phantasmes et de sortilèges magiques. Cependant, de la période manichéenne de sa jeunesse et des études alors cultivées, saint Augustin avait gardé une certaine estime pour l'astrologie, dont il disait : [Ralio humana] astrologiam genuit, magnum religiosis argumenlum, tormenliimque curiosis '. Ce n'était pas là un de ces pièges vulgaires tendus par le démon aux âmes simples, mais l'extension abusive, orgueilleuse, athée d'une science qui était à certains égards le chef-d'œuvre de l'esprit humain. Quod si dicuntur sleUœ significare potius ista quam lacère, ut quasi loculio quœdam sil illa positio prœdicens fulura, non agens (non enim mediocritcr doclorum hominum fuit isla sententia) : non quidem ita soient mathematici, ut verbi gratta dicant : » Mars ita positus homicidam signipcat, « sed: « homicidam facit ». » Si l'astrologie n'était pas athée, si les = mathématiciens » consentaient à ne voir dans les astres que des signes, et non plus des causes, saint .Augustin hésiterait à condamner une opinion partagée par des gens très doctes '. Mais, telle qu'elle est et que la comprennent la plupart de ses partisans, elle a la prétention de substituer la fatahté naturelle, mécanique, à la volonté de Dieu ; elle est donc dans la voie du mensonge, et le champion du Tout-Puissant s'attaque, avec sa fougue ordinaire, à ces « divagations impies'». » Il s'attarde un peu à cette bizarre question de l'horoscope des jumeaux qui a provoqué tant d'explications étranges.

Etant donnés, dit-il, deux jumeaux, ou bien ils ont même horoscope, et alors tout doit être pareil chez eux, ce qui n'est pas, l'expérience le prouve : ou bien ils ont, à cause de la petite dilïérence de temps qui sépare les deux naissances, des horoscopes difïérents, et alors, " j'exige des parents différents, ce que des jumeaux ne peuvent pas avoir ". » La conclusion ne panait pas rigoureuse et le fait est exphqué par la simihlude des tempéraments, suivant Hippocrate, par celle des thèmes de géniture, suivant Posidonius. Saint .Augustin préfère l'explication du médecin à celle de l'astrologue et il veut que l'expression » en même temps « indique une coïncidence mathématique exacte, et il demande : » Pourquoi étaient-ils malades pareillement et en même temps, et non pas l'un d'abord, l'autre ensuite, puisque aussi bien ils ne pouvaient pas être nés simultanément ? Ou si le fait d'être nés en des temps différents n'entrainait pas qu'ils fussent malades en des temps différents, pourquoi soutient-on que la différence de temps à la naissance produit des diversités pour les autres choses "'?» Les astrologues avaient vingt façons de se dérober à ce dilemme, sans compter la ressource de ne pas endosser jusque dans le détail la responsabiUté des opinions de Posidonius. L'astrologie, avertie par des siècles de discussions, ne disait pas ou ne disait plus que les destinées des jumeaux

avaient rendu un immense serWce. en lui permettant de constater l'ignorance de l'èvôque manichéen Faustus, ce qui ébranla sa foi dans la doctrine prêctice par ce personnage. Confess., V, v. C'était précisément le caractère scientifique neutre de l'astrologie qui autrefois ^a^■ait attiré. Ideoque illos pianos [on a lu aussi planetarios], qttos wathematicos nocant, plane considère non dcsistebaw, qiiod quasi nullum eis esset sacrifïcium et nulUv preces ad aliqucm spiritum ob diuinalionem dirigerentur, dans Cnnfess., 1. IV, c. m. Depuis lors, il considère l'astrologie comme une /ornicatio animie. — '' De civitate Dei, 1. V, c. ii, P. 2-., t. XLI, col. 141. -4c per hoc si tam celeriter aller posl atteruni nascilur ut eadem pars [lioroscopi maneat, paria cuncta qua'ro. quw in nuUis passant geniinis inueniri: si aulem sequentis tarditas horftscopos mutât, parentes diversos quivro, quos gemini habcre non possunl. — " S. Augustin, De ciuitate Dei, 1. V, c. v, P. L., t. xLi, col. 144.

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