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CONCOMIS ET DIGNVS REGISQVE DOMESTICVS PROIWERVIT SVMMO MENTE PLACERE PEO
il est évident que, s'il eût occupé d'autres fonctions laïques plus importantes avant de devenir évèque, le rédacteur de l'épitaphe n'eut pas manqué d'en faire mention. A Tours, Baudinus avait également rempli jadis la même charge comme nous l'apprend Grégoire, un de ses successeurs : Baudinus, ex domestico Cttlotachari régis '. Nous voyons aussi un domeslicus promu à la dignité de due, premier fonctionnaire laïque après le maire du palais : Hœc cernens Cfiildebertus, Gundul/um ex domestico. duce facto, de... ''.
D'autre part, le domesticus prend rang avant le référendaire puisqu'il est cité avant lui et deux diplômes des années 693 et (î97 nous montrent des référendaires promus au rang de domestiei : ce sont Baudinus, que nous avons rencontré il y a un instant, et Charigisil, attaché au roi de Neustrie, Clotaire I*'.
Fonctionnaire, le domesticus l'est au même titre et au même degré que ses congénères, aussi Grégoire de Tours ne fait-il pas de distinction et il le désigne par ces mots ex domestico, comme il dit dans d'autres cas : ex rcferendario, ex comité, et vicario. Les attributions du domesticus sont surtout d'ordre administratif. Les formules de MarcL'lfe ne prêtent, sur ce point, à aucune hésitation. Ces textes sont importants et il faut les transcrire.
Form., I, 30: Utpro nativitntc régis ingenui relcxantur, (le roi ordonne aux domestiei d'a'Tranchir, h l'occasion de la naissance d'un prince, trois jeunes gens dans chacune des villœ de leur ressort)... jobemus, ut per omnes villas iiostras qui in vestnts vel in cunclo regno
' A. Carlot, Ëlude sur le domesticus franc, dans Biblinlh. lie la lac. de philos, et lellr. de l'imiu. de IJéqe, fosc. 13, LiéRp. lilO.i, p. 9 et note 1. — » Grégoire de Tours, De viriulibus S. Martini, 1. I, c. .\xv, dans .Scripl. rrr. meroiiing., t. i, p. (iOl. — • Lex Ripimria, lilulus S8, diun \tonum. Germ. hisl., Leniim, t. v, p. 2li7. — ' l'ortunnt, Carmina, dans Miiniim. Germ. hisl., Aucliires anlirjuissimi, t. r, part. 1, p. 171. — ' K. Le Blant, lieciicil des inscriptions chrél. de ta Gaule, 1S56, t. i, n. 60.— • Grénoiro de Tours, 7/iv/. Francnr., I. IV, c. iir, dans Script, rer. nieron., t. i, p. 133. — ' Ihid., I. VI, c. xi. I.i, p.2â'>. — • Marculfi /ormulanini. I, xxxix, dans .\t()niim. Germ. hist., C. Zcumcr, J-'urmiilu; p. 08. — • Ibid., Il, i.ii, p. 1<I(>. —
nostro aliorum domesticorum sunt accionibus, très homines servientes inler utraque sexu in unaquaque villa ex no.ilra indulgentia per vestras epislolas ingenuos relaxare faciatis '.
Form., Il, 5'2 : Qualiter ex ordinatione régis pro nntivitatem filii sui domesticos de villa régis per sua littera relaxât ingenuos (le rfomcs/iciis, conformément à l'ordre roy-al, remet la lettre de liberté au jeune esclave)... tibi per hanc epislolam nostram, sicut mihi jussum est, ab omni vinculum servitutis absolvo, ita ut dcinceps... (et il s'intitule domesticus, acsi indignas, glorioso domno illius régis super villas ipsius, illas illo ex familia dominiea de villa illa) ».
D'autres témoignages confirment ce que ces formules établissent sur le compte des domestiei.
Lorsque Dagobert I*' abandonne à Saint-Denis la villa d'Écouen,il en donne avis à son rfomcs/ieus Raganricus '":. de mèmeChildéric II abandonne à saint Remacle, abbé de Stavelot, six mille menses de foj-èt sur les curies d'.'\mblève, de Cherain et de Lierneux, il adresse le diplôme à son domesticus Odon ", à qui ii ordonne de mesurer les terrains et d'y placer des bornes avec l'aide des forestiers, ses subordonnés '-. Enfin, un passage des Gesta abbatum Fonlanellensium ", près de Rouen, commente un diplôme du même genre, aujourd'hui perdu, et adressé par Clovis II au domesticus Teutgislus, qu'il qualifie : domesticus et custos scdtuum villarumque reyalium.
A ces textes si catégoriques vient se joindre le témoignage de la Vita S. Eligii '■■ de la fin du vu"" siècle. Saint Éloi avait demandé au roi Dagobert I'' la vitln de Solignac située in rure Lemovicino, sur la Loire. Or, c'était justement l'époque où, dans ce pagus, les produits du census publicus, c'est-à-dire de l'impôt royal, étaient réunis pour être envoyés au palais et nous voyons en cette circonstance le domesticus assistant au travail du monétaire ", pour la raison que les ateliers monétaires des Mérovingiens se trouvaient non seulement dans les cités, mais aussi dans les vici, villx, portas^', etc., et que tout ce qui se passait dans une villa était de la compétence du domeslicus dans le ressort duquel elle se trouvait ''.
C'est encore au domesticus que revient la garde et la mise en valeur des biens confisqués à une époque où la confiscation sévit d'une manière continue. Les preuves abondent dès qu'on ouvre Grégoire de Tours ou Frédégaire. Le premier parle de Flavien, domeslicus de Childebert II, qui remet à Sicharius les biens que lui a conlisqués la reine Brunehaut" ; plus tard, il reçoit les cadeaux du vicaire .\nimodus, qui a pu échapper aux accusations portées contre lui devant le roi Cliildebert ". 11 est clair que Flavien ne dédaigne pas d'être désintéressé pour ce que lui apporte de préjudice la nonconfiscation des biens d'Animodus. D'autres textes du même historien nous apprennent que les domestiei ont à se déplacer pour venir assister à un plaid royal -°.
La charge de domesticus n'a existé que sous la première dynastie franque. Presque tous les textes qui attribuent cette qualité à un personnage sont relatifs à la période mérovingienne, et les rares diplômes des premiers Carolingiens qui citent les domestiei dénioii-
" Pardessus, CliarUv, diplomata, t. il, p. 45, n. 27'.). — " Pardessus, op. cit., t. ii, p. 14.'), n. SfiO. — "Cimi forestariis (noslri.i) ipsa Inca mensurare et Jciignare per loea dcnominata. — " I, viii, dans Moniini. Germ. Iiist., .Script., I. ii, p. 274. — " I, XV, dans Script, rer. nierov., t. iv, p. (Wd. — " Uacncllrl d'niic-<lirns sinad et ntonetiiritis adliiie aiiritni ipstini fnni'iri^ KHtinncni piinjare, ni fltxta rilltni piirissiiiins uc rtitHns nnl;r m/js pnescnlurctiir melallus. — '" M. l'iini, Mounaii'. ini T'irinijunnes, i). l.xvi sq. — " A. Cartiil, f'Iiule sur le domesticus franc, V.W.i, p. 14-1.5. — *' //i,s(. I-'rancnr., 1. IX, c. XIX, dans Script, rer. nieroiinq., t. i, p. .'174. " Ihiil.. I. X, c. V, I. I, p. 4i:(. — '• Ihid.. I. X, c. xxviii, t. I, p. i:i(l; et. A. Cailut, op. cil., p. l(i-17.
DOMESTICI
trent que ceux-ci (^-taient peu nombreux, l'insUlution touillait à sa fin. A partir du gouvernement de Cliarles- Martel aucun domesticus n'est connu, le titre se lit encore, mais tend à disparaître '. Le dernier acte où est nommé le domesticus est un capitulaire de l'année 80fi qui montre ce fonctionnaire comme possesseur de fief et indépendant du souverain =. Au ix« siècle, les troLs passages où il est question de domestici ne permettent pas d y voir des fonctionnaires tels qu'à l'époque méro\ingienne '.
Administrateur, le domesticus est juge, mais les preuves documentaires qu'on en peut donner sont rares ', sujettes à discussion et la seule vraiment probante est un diplôme de Charlemagne pour le monastère de Saint-Marcel à Chalon-sur-Saône, en 779 '. C'est donc surtout comme administrateur que nous rencontrons ce fonctionnaire dans les documents ecclésiastiques, nous l'y rencontrons presque immanquablement mais sans parvenir néanmoins à déterminer l'étendue de son ressort, parce que cette étendue est variable. La Vita Arnulfi ' nous alTirme que celui-ci administrait scx provinciœ quas ex tune et nunc totidem agunt domestici, donc il administrait à lui seul un domaine aussi grand que six autres et ceci vient bien avec ce que nous apprend Marculfe, que leressort d'un domesticus est formé de plusieurs domaines ' ; il est dès lors impossible de songer à aucune délimitation.
Les fonctions de domesticus furent souvent confiées au comte, mais seulement après 614, c'est-à-dire après que l'élément politique s'insinue de plus en plus chez les barbares. A cette date, les comtes grandissent rapidement en pouvoir et en influence, ils étendent leur rayon d'action et accroissent leurs richesses ; nul moyen plus efficace pour remplir ses coffres que d'avoir la charge de remplir les colïres royaux : les comtes le savent et accaparent rapidement les fonctions des domestici. Nous avons de nombreux exemples de la dualité de ces charges chez les comtes. L'n diplôme de Clovis II. en 640, au sujet de Crouy, est adressé au duc Vandelbert et au comte Ebrulf, qui doit remplir la charge de domesticus ". Les diplômes de 722 et 728, au sujet de l'ile d'Honau, sur le Rhin ', semblent montrer Ebrohard à la fois domesticus et comte; les Miracula sincti Dionysii donnent au domesticus Dodon le titre de comte. Plus claire est la formule de Marculfe adressée à un comte et lui disant : per omncs villas quœ in vesiras vel in cunclo regno aliorum domesticorum sunt ncc(onifcus'°; ce comte est à la tète d'un certain nombre de biens royaux, il remplit les fonctions de domesticus.
Les fonctions des domestici les approchent, sinon comme dignité du moins comme administration, des ducs. La Vita Eligii nous fait entendre les plaintes du roi Dagobert I" contre ducs et domestici qui accaparent ses Dillas ". On peut invoquer d'autres textes, mais tous tardifs et qui, en définitive, n'apprennent rien de précis et rien qui permette d'identifier ni la charge ni le ressort du duc avec celui du domesticus ".
Le domesticus n'est pas un personnage de cour et il faut peut-être se garder de lui appliquer un vocable
' L'n des derniers connus parmi les domestici est Dodon, meurtrier de saint Lambert. La \'ita Lamberti, écrite vers 760, le nomme domesticus principis Pippini. Vita, c. xv, dans Acta sanct. , septembr. t. v, p. 577. — * Capitularia, dans \lomim. Cerm. hist., t. i, p. 132. — " Odilo, mon. Suession., ad Ingramaum, Suession. decanum, dans Mabillon, Acta sanct. O. S. B., sicr. vi, 1, t. v, p. 393, à la date du 14 juillet 82S : Dum vero dititius (Deus dona) in palatio moraretiir, 6um Einardo abbate, palatii regnlis scllicet domestico, /amiliaritatem illius prie ccteris patatinis posuerint, et omnem humanitatis exliibitionem cb eodemtibbate sine iilln' inijtroperatione siiscessit. Ici domesticus est devenu synon>me de patatiniis. Autres textes en 863 et en 866, dans Hincmar, -4nna/. Remenses, dans Scriptores, t. il, p. 4.59, 463. — * Cf. A. Carlot, op. cit., p. 21. — ' Bouquet, Recueil des histo-
tiré de notre titulalure moderne parce qu'on est ainsi induit automatiquement à étendre quelques traits de ressemblance jusqu'à complète identité. C'est un intendant rural, un administrateur forestier, un collecteur d impôts, c'est-à-dire qu'il remplit les charges que supposeraient ces titres et, au total, un important personnage avec lequel il faut compter. Le prince n'hésite pas à le mettre sur le pied de ses comtes et, comme eux, il l'invite au baptême d'un prince royal, il l'assigne également au plaid royal en qualité d'assesseur. Les diplômes de Clovis III (69.3) "et de Childebert III (697) "en citent l'un quatre, l'autre trois qui ad causas audiendas vel recta judicin termenanda résident. Une formule de Marculfe est plus explicite encore'*: Cum nos ibi in palatio nostro ad universonim causas recto judicio terminandas cum domnis et patribus nostris episcopis vel cum pluris et obtimatibus nostris. mis episcopis, ...illis domesticis, ...vel reliquis quam plures nostris fidelibus resederemus.
Enfin, il a existé des domestici au service des reines ", mais c'est que celles-ci gouvernent au nom de leurs fils pendant la minorité et, sans doute, ils administrent aussi le douaire de ces princesses ; en tout cas, ils ont les mêmes attributions que les domestici royaux. Dépendant jadis du roi, il dépend, depuis que le pouvoir s'est affaibli, du maire du palais, lequel n'est qu'un domesticus arrivé ; mais ceci n'est plus de notre sujet ".
Le domesticus disparait avec la dvnastie mérovingienne: s'il avait été nécessaire de l'achever, le célèbre capitulaire De riltis, qui fonde l'administration modèle du domaine de Charlemagne, lui eût donné le coup de grâce : aux domestici succèdent les judices, placés sous la haute surveillance du maire du palais.
Chez les Burgondes, il a existé des fonctionnaires identiques aux domestici francs, dont ils portaient le nom et partageaient à peu de chose près les attributions. Voici l'épitaphe de l'un d'eux " :
HIC REQVIESCIT IN PA CE AGRECIVS DOMES TICVS QVI VIXIT AN ' NOS XXXII M III
Concluons que le domesticus franc est un fonctionnaire mérovingien et un fonctionnaire burgonde, grand personnage, qualifié vir illaster, égal en dignité au comte et administrateur du domaine privé. Il est une sorte d'intendant des domaines, sa juridiction n'a rien de fixe, elle est parfois très vaste et son ressort ne peut être déterminé. Ce fonctionnaire assiste au plaid du roi, au tribunal royal et va à la guerre avec son prince.
L'amoindrissement progressif du domaine royal par voie de donations, de spoliations, d'accaparements amoindrit le nombre et l'importance des domestici, qui, vers le vii« siècle, se laissent absorber peu à peu par les comtes, et disparaissent au viii", au plus tard au ix« siècle.
H. Leclercq.
riens de la France, t. v, p. 742. — • Vita Arnulp, iv, dans Script, rer. merovingic, t. ii, p. 433. — ' Forni., I, 39 : per omnes villas nostras, qui in vestras vel in ciuicto regno nostro aliorum domesticcrum sunt accionibus, et dans Form., II, 22 : ille domesticus illius régis super villas, ipsius illas. — ' Pardessus, op. cit., t. ii, p. 63, n. 294. — • Pardessus, op. cit., t. II, p. 352, 355, n. 543, 544. — '• Form., I, 39. — ",Vita Eligii, c. xvii, dans Script, rer. merov., t. iv, p. 683. — *'^'.\. Carlot, op. cit., p. 33-35. — " Pardessus, op. cit., t. il, p. 229, n. 431. — " Pardessus, op. cit., t. ii, p. 241. n. 440. — " C. Zeunicr, Formulœ, I, xxv, p. 58. — '• Ilistor. Francorum, I. IX, c. xix; cf. I. VU. c. XV. — " Ct. .\. Carlot, Élude sur le domesticus iranc, in-8°, Liège, 1903, p. 40-17. — '• E. Le Blant, Inscript, clirét. de ta Gaule, t. il, p. 582, n. 685.
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