‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 250 sur 251 · IV · texte numérisé non relu

IV

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même ordre d'idées qui fit prévaloir la coupole dans l'architecture byzantine. Les premiers architectes voyaient dans la figure convexe en tous sens des dômes une garantie contre les déformations, mais avant tout ils cédaient au désir de bâtir directement dans l'espace. Pour nous, le moyen naturel d'élever une voûte semble être de lui donner un cintre; les architectes des temps primitifs envisageaient les choses tout autrement : ils n'imaginaient pas cette voie coûteuse et détournée qui consiste à passer pur une construction temporaire en charpente pour aboutir à un ouvrage en pierre; ils allaient tout droit au but, et la façon dont ils ont bâti montre qu'en réalité l'idée de cintre est une conception complexe, fruit d'une culture raffinée. Les particularités de leurs voûtes se résument en deux caractères essentiels, horizontalité des assises et surhaussement des profils : deux circonstances si bien appropriées au procédé de bâtisse sans cintrage, que leur concours implique évidemment le procédé lui-même. La face du lit étant plane et de niveau, chaque pierre se met en place sans chance de glissement; et, grâce au surhaussement du profil, ce bloc surplombe assez peu pour ne courir aucun risque de bascule. On arrive donc, sans le moindre appui, à poser une assise, puis une autre : chaque assise constitue un anneau indéformable, et, quand toutes les pierres sont en place, à peine reste-t-il à faire disparaître par une opération de ravalement les parties saillantes '. Pour obtenir ce résultat, on ne dispose pas seulement de la pierre, la brique et les tubes ont tenu lieu, mais ces derniers nous reportent à une époque tardive et il n'en est pas encore question pour le moment. La brique, en Orient -, a rendu de lionne heure tous les services qu'on réclamait de la pierre taiUée ou concassée ; comme elle, la brique se prêtait à la construction des murs autant qu'à l'exécution des voûtes et, ce qui est capital, à leur exécution sans recourir au cintre, simplification économique en tous pays, nécessité absolue dans les pays où le bois est rare quand il ne manque pas tout à fait. De tous les types de voûtes, celui qui se réahse le plus aisément sans cintres, est la voûte sphérique sur plan circulaire : le dôme est une forme nouvelle de la voûte égyptienne. 'Voici la coupe et les détails d'une voûte en dôme provenant d'Abydos fig. 3S'25). Le profil est en ogive et la maçonnerie se compose d'assises planes et horizontales, véritables anneaux de briques dont le rayon va sans cesse en décroissant. Chaque assise reçoit l'assise supérieure en encorbellement et la pose des briques est d'autant plus facile que la partie qui surplombe est plus réduite, par conséquent d'autant plus facile que le surliaussement de l'ogive est plus accentué. L'horizontalité des lits n'est même pas une condition absolue ". »

La voûte en berceau perse présente les plus frappantes ressemblances avec la même construction dans l'architecture égyptienne, non seulement la structure est semblable, mais le profil est le même. Les berceaux de Firouz-Aliad, relevés par M. Dieulafoy, sont construits comme ceux du Ramesseum, à l'aide de tranches inclinées; et, comme au Ramesseum, leur profil consiste en une anse de panier surhaussée dont le tracé «lérive du triangle égyptien. Une telle analogie, observe A. Choisy, implique une transmission. Apparemment la Perse aura reçu de l'Egypte sinon le principe de la voûte, du moins la forme géométrique dont l'esprit égyptien l'avait empreinte '. Les Perses n'ont employé le berceau sur cintre et i)ar claveaux que dans les cas où ils n'ont pas pu se dispenser d'y recourir : pour les arcades isolées où la structure [)ar tranches serait impraticable, ou liien lorsque le manque de hauteur interdit les profils surliaussés. Kn outre, les Perses, même au

' .A. Choisy, I.'arl dehaiir rhe-lex Uiiziint 18.38, p. 5'J-GO.— • Vulr IJUtionniiirv, L ii.

moyen âge, alors que les Byzantins l'employaient couramment, n'ont jamais connu ni pratiqué la voûte d'arêtes. A la croisée de deux berceaux leur embarras était grand, ils ont imaginé d'éluder la pénétration par le moyen de laquelle s'opère le raccord, en élevant les naissances de l'un des berceaux au-dessus de la clef de l'autre. Les vestibules du palais de Firouz-Abad présentent l'application systématique de cet artifice qui n'est, à vrai dire, qu'un expédient.

Perses et Assyriens sont débiteurs des Égyptiens pour la voûte de brique que les Assyriens employaient, suivant l'expression de Strabon, « à cause du manque de bois. i. Pas plus que les Égyptiens, ils ne recouraient aux charpentes auxiliaires '.

Le type de voûte qui répond le mieux à cette condition est la coupole. Sur les bas-reliefs de-Konioundjik, on distingue l'esquisse d'une ville où toutes les maisons

3825. — Dôme ;\ Abydo ^.

D'après A. Clioisy, Ilisloire de l'iirdiitccture, 1890, t. 1, p. 19, fig. 3.

sont surmontées de coupoles : ce sont tantôt des calottes hémisphériques, tantôt des dômes à surhaussenicnt très accentué, qui se prêtent d'autant mieux â l'exécution directe dans l'espace, (".es coupoles partaient-elles de fond sur des tambours circulaires ou bien reposaient-elles sur plan carré par l'intermédiaire de pendentifs ? Nous n'avons pas dans les représentations conservées, des éléments sullisamment précisés pour autoriser une réponse, ni même une préférence.

Les seules voûtes assyriennes qui nous soient parvenues sont des voûtes de galeries. A jMongheir, des tombes sont voûtées par lits de l)riques formant encorbellement progressif, constructions qui n'exigeaient aucun cintre, n'exerçaient aucune poussée, mais n'admettaient que des portées tout â fait restreintes. .\ Khorsabad, les fouilles ont révélé des paieries voûtées â l'aide de véritables berceaux clavés, berceaux exécutés suivant le procédé i)ar trandies. La voûte ])ar tranche n'est pratiquement applicable que dans le cas d'une galerie limitée par un mur de tête qui lui sert de départ.

De même que le bas-relief de Konioun<ljik. les peintures égyptiennes nous ollrcnt de nombreuses indications de coupoles; nuiis ni en Assyrie ni en Égyjilc nous n'avons de raisons de supi)oser l'emploi du i>ondenlif, bien qu'il soit déjà plus ])lausilile en .\ss.\ rie qu'en Egypte. C'est en Perse toutefois que se s<int con-

nmoiF. — • A. Choisy, II isluir 1899, t. l.p. 19-lill. — ' Ihiil., t.

(le Vftrehit-etttre, iii-K". Paris,.

, p. ri\\.~- IhUl.A- I, p. 89.

serves les plus anciens exemples authentiques de coupole sur base non circulaire. Ce qui est le véritable point du problème toujours débattu.

A première vue, la coupole, la voûte à j)lan circulaire, ne paraît point indiquée pour une salle carrée : la voûte naturelle serait, semble-t-il, la voûte dite en arc de cloître, où les quatre murs de l'enceinte se prolongent en se courbant progressivement au-dessus du vide. Mais il faudrait des cintres : l'avantage de la coupole est de les rendre inutiles, et cette propriété précieuse explique les eflorts que les Perses ont tentés pour raccorder la coupole avec un plan rectangulaire. Le raccord avec un plan octogone serait eliose facile, tant l'octogone serre de près le cercle qu'il enveloppe : la solution perse consiste à transformer le plan carré en un plan octogone à l'aide de quatre trompes d'anfiliconstruites suivant le procédé qui vient d'être exposé; c'est sur le carré dont les angles sont ainsi rachetés de façon à donner l'octogone que se posera la coupole. Tel est le procédé employé à Sarvistan, à Firouz-Abad : telle la coupole se perpétuera jusqu'à nos jours dans l'architecture de la Perse : le pendentif en trompe lui appartient essentiellement; le pendentif en triangle sphérique, dont nous nous occuperons plus loin, n'apparaîtra qu'aux débuts de l'architecture byzantine.

Telle est la manière de voir de Chcisy,de Dîeulafoy, qui confèrent aux monuments persiques du Fars l'honneur de fournir les prototypes, en les datant, au moin pour le gros œuvre, de la période des Achéménidi D'autres, parmi lesquels MM. Rivoira, R. de Lasteyrir considèrent les Romains comme les véritables inventeurs des trompes et M. de Lasteyrie énumére des types de pendentifs déjà pleinement réahsés en Italie au 11= siècle de notre ère, d'autres à l'état embryonnaire un peu antérieurement dans une salle des thermes de Domitien, à .^Ibano.

Les Romains avaient un goût prononcé pour le édifices élevés sur plan rond ou polygonal, ils en onl donc bâti un grand nombre de ce type avec une coupolf hémisphérique servant de couverture. Les chrétiens Us imitèrent en cela et le plus grand nombre des égUsts rondes qu'ils bâtirent, chapelles funéraires, baptistères, ou autres, furent ainsi voûtés. Mais les éghses rondes ou polygonales, observe très justement M. R. de Lasteyrie, neconstituent pas le type halùtuel des églises chrétiennes. Pour une de ce modèle, on en construisait cent et plus de plan rectangulaire ou cruciforme; or la coupole semble peu faite pour s'adapter à des bâtiments ainsi disposés. On s'en est servi cependant et bien que le groupe des églises à coupoles de l'Aquitaine, dont Saint-Front de Périgueux offre le plus notable exemple, soit étranger à la période de nos études ', nous ne pouvons esquiver ce sujet (fig. .'i82(î).

Nous l'avons vu, les artifices employés pour ramener le plan carré ' au plan circulaire se ramènent à deux types, la trompe et le pendentif.

Les trompes sont de petites voûtes jetées dans les quatre angles du carré à couvrir et qui ser\ent à porter chacune un petit mur, de telle sorte que le carré se trouve transformé en octogone dont la base permet de poser une coupole, laquelle peut être ronde ou à pans coupés, car en effet la plupart des coupoles sur trompes sont a huit pans séparés par des arêtes en creux, qui s'atténuent et finissent par disparaître en se rapprochant du sommet de la voiiie. Les trompes employées pour porter les coupoles aflectent des formes assez varices : la plus usitée est la trompe conique formée par une combinaison d'arcs parallèles qui vont en se rétrécissant A mesure qu'ils s'enfoncent dans l'angle des deux murs entre lesquels la tromjje est jetée. Par-

* R. de I.asteyrie, L'architecture retif/ieiise en France â l'époque romane, in-8^ l'aris, 1912, p. 1G5-484; cf. I-". WittiR,

fois on a posé ces arcs en échelons, sans se donner la peine de supprimer les arêtes qu'ils forment à l'intérieur de la trompe ou en se contentant d'en abattre une partie par un coup de chanfrein. Le plus souvent, on a taillé la partie apparente des voussoirs de façon à former une surface conique régulière ayant l'apparence d'une grande coquille. Enfin, on a fait des trompes en cul-de-four. Elles dessinent un quart de sphère, appa-" reillé de la même manière que la voûte d'une abside. Ces trompes en cul-de-four prennent naissance dans

3826. — Coupole sur trompes, à Sarvistan.

D'après R. de Lasteyrie, L'architecture religieuse en France

à l'époque romane, 1912, p. 271, lig. 265.

l'épaisseur du mur, ou sont moitié engagées dans le mur. moitié supportées sur des corbeaux ou sur des tablettes de pierre.

Les pendentifs ont servi, comme les trompes, à monter des coupoles au-dessus d'espaces carrés : ce sont des triangles sphcriques que l'on construit dans les angles du carré à couvrir. Chacun de ces triangles est fait de façon qu'un de ses sommets s'engage dans un des angles du carré et que le coté opposé à ce sommet dessine un quart de cercle, de sorte que la réunion des quatre pendentifs forme un cercle complet sur lequel on peut poser la base de la coupole.

Cliaque pendentif étant un triangle sphérique est appareillé, comme une coupole, par assises horizontales dont les joints convergent vers le centre d'une sphère idéale ayant pour rayon celui du cercle circonscrit au carré à couvrir, et dont le centre serait au niveau de la naissance des pendentifs. On peut continuer au-dessus du cercle formé par la réunion des quatre pendentifs la construction de la voûte engendrée par cette sphère,

Weslfranzôsische Kuppetkirchen, in-8°, Strassburg, 1901. — ■ Si le plan est rectangulaire, on le ramène d'abord au carré.

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mais les coupoles ainsi construites ne sont généralement pas d'un heureux effet, elles paraissent lourdes, écrasées : aussi les architectes de P'rance ont-ils généralement préféré interrompre la construction une assise ou deux au-dessus du point de jonction des pendentifs et prendre le cercle formé par cette dernière assise comme la base de la demi-sphère génératrice de la coupole. De la sorte, la voûte a plus de cerveau et son apparence est plus élancée.

Faut-il définitivement faire venir les trompes de l'Orient par Byzance? On a ol)jecté,afin d'écarter cette origine, que l'état de ruine des palais persans de Firouz- Abad et de Sarvistan rend toute réponse conjecturale, sinon impossible. M. Dieulafoy prétend faire remonter ces palais au temps des rois .Achémenides, c'est-à-dire jusqu'au v>= siècle avant notre ère '; il suppose que le monument de Firouz-Abad serait contemporain de Xencès ou d'Artaxerxès et celui de Sarvistan plus jeune de cent cinquante ou deux cents ans ^. Voici de merveilleuses antiquités et des précisions non moins miraculeuses; elles ont paru généralement suspectes et les opinions les plus modérées se sont bornées à attribuer ces palais à la dynastie sassanide qui gouverna la Perse de 226 à 641 après Jésus-Christ. M. de Morgan ', en particulier, soutient que tous les monuments de la Perse contenant des parties voûtées sont postérieurs à l'avènement des Sassanides et que ces voûtes sont dues à l'influence romaine devenue prépondérante dans la région. Ceci fait, au maximum, une différence de mille ans, ce qui est un assez bel écart.

Mais, sans prétendre fixer une date, M. de Lasteyrie estime que les coupoles de Firouz-Abad et de Sarvistan ont dû être bâties en un temps où toute la région avait subi trop fortement l'influence romaine ou byzantine pour qu'il soit possible d'affirmer que l'invention des trompes soit due exclusivement au génie des Perses •. « En tous cas, selon lui, il est invraisemblable que nos architectes aient été prendre à une source aussi éloignée l'idée de la coupole sur trompes, alors que, dans des pays infiniment plus rapprochés du nôtre, on possède des églises du vi« siècle, comme Saint- Vital de Ravenne, et même du V, comme le baptistère de la cathédrale de Naples ^, que M. Berteaux considère comme le plus ancien monument chrétien existant aujourd'hui où l'on ait adapté une coupole à un plan carré au moyen de trompes *. M. Rivoira, rapprochant ces exemples de certains détails de construction qu'on relève dans des ruines antiques de l'Italie, en a conclu que les Romains étaient les véritables inventeurs des trompes. Il me paraît difTicile d'en douter, concluait M. de Lasteyrie, quand on voit les applications varices qu'ils ont su faire, dès le i^'' siècle, de la voûte en culde-four, pour ramener au plan rond ou polygonal les édifices les plus compUqués. » Il décrit donc et présente un édifice de la Gaule, une fontaine de Beurey-Beauguay, dans la Côte-d'Or, surmontée d'une coupole sur pendentifs que portent quatre arcades; les ornements permettent une datation approximative : Ii8-in« siècles. Ce serait donc au plus tard au ii" siècle, et en Occident, que le pendentif aurait été imaginé.

Cette façon de voir semble contredite par des faits incontestables qu'une information plus soucieuse de se tenir au courant des progrès des découvertes, et d'en tirer les conséquences qui en découlent, ne pouvait ni ignorer ni négliger. M. V. Chapot a donc pu signaler « aux médiévistes qui n'en doivent avoir aucune idée » un monument qui précède .Justinicn non pas de trois

' Dieulafoy, L'art antique en Perse, t. iv, p. 39 sq. — ■ Ibid., p. l'i. — • De Morgan, Mission en Perse, t. iv, p. 3J6-:il7. — 'De Laslcyric, L'arcliitecture religieuse en l'ranceà l'époque romane, Paris, 11)12, p. 271. — ' Berteaux, L'art dans l'Italie méridionale, p. 46. — ' Rivoira, Orig. deir architett. lomb., t. il, p. 003, flg. 002. — 'V. Chapot.

ou quatre siècles, comme les exemples que M. de Lasteyrie a laborieusement et utilement recueillis, mais de douze siècles peut-être, de onze à tout le moins '.

« Depuis assez longtemps déjà, on connaît dans l'ensemble les résultats des fouiUes exécutées dans la région du Bosphore cimmérien; mais, voulant mieux juger de certains détails, un architecte de Karlsruhe, M. Josef Durm, s'est adressé à des savants du pays, ils lui ont communiqué quelques dessins et mesures, qui ont conduit à une description meilleure de certains monuments '.

« Les tombeaux de Panticapée (aujourd'hui Kertch) appartiennent au type des « trésors » de l'ArgoUde, qu'on nomme actuellement tombes à tholos, surmontées d'une toiture en pain de sucre ou en obus, en ruche d'abeille dans la terminologie anglaise, en quille dans celle des Allemands. Il en est un parmi eux, dit « Tumulus royal », qui, par exception, a un toit conique et qui s'élève sur un plan rectangulaire. Du mobiher funéraire retrouvé et de particularités diverses il résulte, selon M. von Stern, d'Odessa, que la date du v« siècle avant notre ère s'impose absolument pour tous; on n'hésitait qu'entre celui-là et le précédent.

« Comment les constructeurs ont-ils « racheté » le carré ? Par un véritable pendentif à chaque angle, ainsi que le montre un croquis reproduit par M. Durm. Sur des murs verticaux, les combles se dressent en encorbellement, et cet encorbellement prend naissance, dans chaque angle, par une série d'assises courbes, hautes chacune de 41 à 42 centimètres, et qui vont s'allongeant jusqu'à atteindre, à la sixième, le cercle complet. Les arêtes n'ayant point été abattues, on voit à merveille qu'en somme il s'agit d'une construction par lits; eût-on ravalé les ressauts, cela n'aurait rien changé au fond des choses, et ce n'est pas pour un chanfrein volontairement négligé que nous refuserons d'employer le terme de pendentif, dont M. Durm s'est servi lui-même. Peu importe aussi que la toiture soit conique, et non en dôme; son plan de base seul nous importe ici et le rôle du pendentif n'en est nullement modifié.

11 Voilà donc, dans l'état actuel de nos connaissances, le prototype; l'était-il dans la réalité '? 11 est impossible de le dire, mais j'en doute très fort pour ma part. Trompe ou pendentif, Choisy a, je crois, très bien vu que, selon toute probabiUté, ces rajustements du carré au cercle ont dû être imaginés pour la construction en brique et adaptés ensuite à la pierre. Or, dans les contrées mésopotamiennes, dès les temps très reculés, on fit un usage presque exclusif de l'argile, crue ou cuite. D'autre part, le bas-relief bien connu de Konioundjili montre, forcément inspirées de constructions réelles, des toitures, les unes ovo'ides,les autres en hémisphères, qui semblent l)ien édifiées surdessoubassements carrés; l'interprétation est d'autant plus fondée que. si mou information ne retarde pas, jamais les fouilles en ces pays n'ont fait constater positivement l'existence d'un seul bâtiment sur plan circulaire. Il a donc fallu, de toute force, trouver quelque moyen de raccorder la coupole.

« Des problèmes de cet ordre ont sûrement préoccupé beaucoup de constructeurs; je n'en veux pour preuve que le tombeau découvert à Mouliana, en Crète •, d'époque incertaine, mais sûrement archaïque. Rectangulaire à la base, il forme tholos au sommet : grossièrement, par transitions insensibles, les fort médiocres ouvriers qui l'ont exécuté ont arrondi les angles, d'une

La question de l'origine de la coupole sur pendentifs, dans Bulletin de la Soc. nat. des antiq. de France, l'.II2, p. 291 sq. — • J. Durm, Die Kuppelgrdber von Panlikapaion, dans .Jalireshelte des œsterreicbischen archa-ologischen Instituts in Wicn, 1907, t. x. p. 230-212.— • Xanlliouliilés, 'li^ir.nEpi; if.Za.o).'jYii^',. l'JO*. p. 23-21, ng. 5 b.

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manière qui échappe à toute définilion technique; ils ont réussi parce qu'ils bâtissaient seulement une cellule de dimensions infimes (l^OO de haut). Voici un autre artifice, maladroit encore, mais qu'on peut décrire, auquel recouraient les architectes du Hauràn romain (Syrie centrale) : ils ménageaient les transitions de pians à l'aide de grandes dalles horizontales posées en pan coupé sur chaque angle '. Ce système restait inulihsable dans la construction en briques, on a dû en découvrir un autre. J'ai peine à me figurer que des architectes aussi industrieux que les Mésopotamiens, qui pratiquaient, nous le savons, avec une égale faciUté le berceau en briques par tranches, la voûte élevée ou bien édifiée par assises encorbellantes, n'aient pas été mis, plus ou moins tôt, sur la voie des combinaisons qui s'imposaient, et je n'ose guère non plus admettre que les pendentifs de Panticapée y

3S27. — Pendentif à Kertch.

D'après Bull, de la Soc. nat. des antiq.de France, 1912, p. 206.

soient autochtones; je croirais bien plutôt — simple hypothèse, j'en conviens — à une importation chaldéenne '.

« Pour la trompe, pas de témoins clairement échelonnés : la controverse n'est pas close sur les monuments de Firouz-Abad, Sarvistan, Ferech-Abad. Avec MM. Perrot et Chipiez ^, je suis très frappé des différences essentielles de plan entre eux et les palais achéménides, malgré l'imitation partielle des décors persepolitains *, et je les crois du in« siècle au plus tôt.

« Toujours est-il que trompes et pendentifs ne trouvent pleine faveur qu'à partir de Justinien en Orient, de l'art roman en Occident. M. de Lasteyrie n'admet pas la priorité orientale, parce qu'il s'imagine à tort que les plus anciens exemplaires se rencontrent à l'autre extrémité de la Méditerranée. En présence de l'exemplaire que j'ai rappelé, il me semble que l'affirmation serait audacieuse, t Et il est impossible, quand

' Puis apparaît à Gerasa la vraie voûte sur pendentifs par assises, probablement déjà du haut-empire; A. Choisy, L'art de bùtir chez les Byzantins, in-fol., Paris, 1883, pi. XV. — 'Ce n'est pas ^a^is de miss Gertrude Lowtliian Bell, Ttie vaitUing System uf Ukheidar, dans Jotirnal o/ Hellenic studies, 1910, t. xxx, p. 69-81, qui n'a jamais, en Asie Mineure, trouvé le pendentif dans les districts éIoi[înés des régions côtières (districts où se rencontrent au contraire des U"ompes). L'argument n'est pas décisif et il faudrait sans doute introduire des distinctions de dates. La question reste douteuse. Les byzantinistes admettent

on a quelque idée du rôle joué par les colonies d'Orientaux en Occident (voir i>ic<;onn., t. m, col. 226G-2279), d'objecter l'absence de monuments servant de jalons entre la Crimée et la Gaule et de spécimens de transition entre les trompes de Kertch et celles d'Aquitaine. Jalons et spécimens sont tellement exceptionnels quand il s'agit de la couverture des édifices antiques que c'est réclamer presque l'impossible que réclamer des intermédiaires, trop heureux de posséder le type initial. Quant au voyage improbable des maîtres d'œuvre occidentaux en Crimée, d'abord nous n'en savons rien du tout, ensuite il était probablement inutile, vu les cartons, épures, plans architecturaux qui circulaient dans le monde des constructeurs et se transmettaient d'ateher en atelier ' (fig. 3827).

Nous avons vu que les voûtes asiatiques s'exécutaient sans cintres et que, dans les architectures préhelléniques, l'absence de cintres explique seule les voûtes

3828. — Voûte sur pendentifs à Djerach. D'après A. Choisy, op. cit., t. i, p. 519, fig. 7.

appareillées par corbellement. Quand il s'agit de construire des voûtes clavées, le procédé sans cintrage était manifestement impossible, du moins chercha-t-on à eu réduire les frais et on procéda par tronçons, par tranches juxtaposées sans haison mutuelle, sans « découpe » ; de la sorte il sufiisait de faire gUsser ou de remonter après démontage sous la deuxième tranche le cintre qui avait supporté la première. S'il s'agit de voûte sphérique en pierres de taille sur tambour cylindrique.nuUe difilculté; on ne connaît qu'à Djerach l'exemple d'une coupole appareillée sur plan carré. A Djerach, le raccord entre le plan carré et la calotte sphérique est obtenu par des pendentifs dont la forme est en triangle sphérique, mais dont les hts sont plans et convergent vers les axes diagonaux de la salle (flg. 3S28).

Mais le mode romain de construction c'est, par excellence, la construction par concrétion produisant un monolithe artificiel. Ils en font usage pour élever les murailles comme pour couvrir les voûtes et les coud'ordinaire, comme MM. G. Millet et Ch. Dielil.. que lo pendentif est d'invention hellénistique; il faudrait au moins dire hellénique. — ' Histoire de Varl dans t'anliquité, 1890, t. v, p. 561 sq.; Fr. Benoit, L'architecture, I. -4n(ii7m(é, Paris, 1911, t. i, p. 388, note 1. conclut de môme pour la date: mais Durin, op. cit., p. 236, suit Diculafoy. — • Les néiilisenccs de construction me semblent un indice moins probant; les artistes de la dynastie sossanide n'étaient point de vulgaires manœuvres. — ' V. Cliapot, Réponse aux ohsermlions de M. .t. Brutails sur les coupole:, dans Bulletin de la Soc. nat. des antiq. de Frcuice, 1912, p. 405.

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pôles, et. lorsqu'il s'agit des couvertures, voici l'artifice qu'ils emploient : au lieu de construire un cintre capable de porter le poids entier de cette énorme concrétion qui constituera le corps de la voûte, on fractionne la voûte en une ossature résistante, en un massif de remplissage. On réduit l'ossature à une simple clairevoie de briques, pesant à peine sur les cintres auxquels elle se substitue une fois terminée, pour supporter le poids des massifs auxquels elle s'incorpore à mesure qu'ils s'élèvent. Les procédés varient pour établir l'ossature, on emploie tantôt des briques de grandes dimensions, qu'on scelle au plâtre avec des briques couvre-joints. Dans les cas de portée exceptionnelle on recourt à deux carrelages superposés. Ces carrelages courbes font voûte et offrent autant de résistance que de solidité. Pour les très grandes voûtes on usait probablement d'un cintre léger servant d'appui au carrelage.

Au-dessus des baies, on ménageait dans la masse des murs des arceaux de décharge : il semble, à première vue. que, pour ces arceaux, on eût pu se passer de cintres. Jamais les Romains ne commirent cette faute;

3829. — • Voûte sur pendentifs aux thermes de Caracalla. D'après A. Clioisy, Hist. de l'architecture, t. i, p. 527, fig. 13.

toutes les voûtes en décharge ont été faites sur cintres et remplies après coup ; celles du Panthéon conservent encore les carrelages courbes sur lesquels elles furent bâties.

La voûte sphérique et la voûte d'arêtes, d'une exécution si compliquée lorsqu'on veut les réaliser en matériaux d'appareil, s'exécutent par moulage presque aussi facilement que des berceaux : aussi les voit-on se multiplier à mesure que les méthodes par concrétion se généralisent. La voûte la plus colossale que les Romains nous aient laissée, celle du Panthéon, est une coupole; la niche sphérique sur armature par arceaux méridiens existe aux thermes d'Agrippa; les grandes salles des thermes de Dioclélien et des thermes de Caracalla sont voûtées d'arête, les unes avec armatures diagonales, les autres avec armatures en briques à plat (fig. 38'29).

L'emploi des armatures fut le plus puissant moyen de simplification pratique. Toutefois cette solution n'a été employée que dans des régions bien délimitées; c'est la solution de la campagne de Rome. Admise systématiquement à Rome, elle ne règne d'une manière absolue que dans la ville et ses environs immédiats. Au delà de Vérone il ne faut plus espérer la rencontrer et elle s'arrête en deçà de Naples : l'amphithéâtre de Capoue nous en olfre peut-être l'exemple le plus méridional. On n'en rencontre aucune application dans les Gaules. Les voûtes gallo-romaines des thermes de .Julien à Paris sont bâties, comme celles de Rome, par lits exactement horizontaux; mais, entre le massif et le cintre, aucune armature ne s'interpose.

En Afrique, les voûtes sont fréquemment exécutées à l'aide de petits tubes en poterie creuse : à raison de leur extrême légèreté, ces drains peuvent être maçonnés les uns contre les autres sans appui auxiliaire : c'est un procédé dont l'architecture by/.anline continuera la tradition et que nous retrouverons à Ravenne,

à Saint- Vital et au baptistère et aussi à Saint-Satyre de Milan.

Enfin, dans les contrées orientales de l'empire, on aperçoit le système perse de construction par tranches qui triomphera à l'époque byzantine : ;i Eleusis, un aqueduc qui traverse en sous-sol le propylée d'.\ppius rappelle de tous points les voûtes asiatiques. .\ Magnésie, sous les murs romains de l'enceinte du temple, est une voûte bâtie par tranches et sans cintrage. A Constantinople le système règne dès l'époque constantinienne.

Le pendentif est à peine connu à Rome : tout au plus peut-on citer aux thermes de Caracalla un essai timide. La disposition de ce pendentif témoigne d'une inexpérience singulière : ce n'est pas géométriquement un triangle sphérique, mais une amorce d'arc de cloilre qui se fond en surface concave et continue, avec cette étrange particularité d'une coupure verticale corres-

3830. — Voûte exécutée dans le vide.

D'après A. Choisy, op. cit., t. i, p. 525, fig. 11 a, 6.

pondant à l'arête rentrante. 11 n'y a là qu'une application isolée et imparfaite, très probablement une imitation maladroite de quelque type oriental.

A. Choisy a soupçonné, à en juger par la tradition actuelle des ouvriers de Rome, que, pour les voûtes de dimension courante, les Romains les exécutaient directement dans le vide sans employer de cintres et en commençant par les quatre angles. Ils y plaçaient une brique qui adhérait par scellement sur deux de ses côtés, puis, ils avançaient par redans et plaçaient deux briques qui adhéraient également par deux côtés et ainsi de suite, comme le montre la fig. 38.30, où les teintes progressivement décroissantes et les numéros d'ordre permettent de suivre les états successifs d'avancement. Or, on a fait usage de ce même procédé pour les coupoles dans un monument célèbre et encore debout '.

]^e mausolée de Dioclélien à Spalato va nous offrir un exemple de coupole sur lequel il y a lieu de s'arrêter. La voûte de la salle est fornu'e par une calotte dcmi-sphérique dont le centre est à 1 "'25 au-dessus de la seconde corniche (voir fig. 3750). Son mode de construction est fort intéressant. Le principe adopté est celui de l'emploi de trompillons successifs se déchargeant les uns les autres. On put ainsi édifier sans cintre la voûte jusqu'aux deux tiers. Pour faire la partie restante, on n'eut plus qu'à établir sur la corniche supérieure un léger cintrage; on voit encore, au-dessus de la porte d'entrée, des trous jumelés qui avaient servi à loger les poutres maîtresses de l'échafaudage. L'épaisseur de la voûte, relevée par un sondage, est de O^CG, ce qui

' A. Choisy, L'art de bâtir dm les Bi/zantins ,

DOME

correspond à deux largeurs de briques de O^SS + i)'"'33, avec une section de 0">03d. L'agencement des briques a donc permis de réaliser ici ce qui était depuis lon'3.emps le rêve plus encore que l'objectif des architectes romains. Ceux-ci, toujours désireux de réduire le poids et le coût des échafaudages, s'ellorcent de les supprimer ou de les alléger le plus possible dans les constructions verticales, mais dés qu'il s'agit de coupoles ilJeur faut en passer par un cintre gigantesque en charpente sur lequel on maçonne le dôme et qui demeure en place jusqu'au moment oii, le mortier une fois durci, massive comme un monolithe, la coupole peut être libérée de son tuteur et rester suspendue dans les airs. A Spalato, rien de semblable n'a eu lieu, on a seulement superposé quantité de petits triangles sphériques en briques légères, ce sont autant d'écaillés qui, en se soudant les unes aux autres, constituent jusqu'aux deux tiers une construction d'une prodigieuse légèreté. Voici ce que Its maîtres d'oeuvre italiens ont souhaité, pressenti peut-être, mais n'ont réalisé qu'après que les Orientaux leur en ont fourni le modèle.

Car c'est dans cette direction et jusqu'en Perse, dans les palais des rois sassanides, qu'il faut aller pour trouver avant Dioclétien des exemples de coupoles en matériaux légers bâties sans l'aide d'un cintre. Ici ce n'est pas la Syrie qui aurait pu avoir l'influence prépondérante, car la voûte sans cintrage suppose l'emploi de la brique, qui résulte lui-même du défaut de pierre. Or, la Syrie possède la pierre à foison, et n'a pas élevé de coupole suivant l'esprit de celle de Spalato. Le point de départ de la coupole de Spalato n'est donc pas là. Mais, si c'est en Perse qu'on le fixe, c'est par l'Asie Mineure, et cette fois par l'Asie hellénistique, que la transmission se serait opérée, car les premières coupoles construites peu de temps après le triomphe de Constantin, d'après la même formule que la coupole de Spalato, seront celles qui couronnent des monuments d'Asie Mineure ou de Macédoine, entre autres l'église du couvent d'isdib ou le tombeau de saint Dimitri à Salonlque (fig. 3S31). Puis viendront les coupoles byzantines, et c'est l'ancienne lonie, principalement Éphèse, •qui s'en montre le centre de rayonnement.

Pendant la longue période marquée pour l'Occident par la disparition de l'empire et l'établissement des royaumes barbares jusqu'à l'apparition des basiliques romanes nous ne rencontrons qu'en Orient, moins attaqué, plus prospère, les ellorts laborieux tentés en vue d'inaugurer tout un système de construction voûtée qui n'exige ni la masse des matériaux ni la dépense de main-d'œuvre des concrétions de l'âge antérieur. On adopte alors une forme de voûte presque étrangère à l'art du haut-empire, la coupole sur pendentifs, en même temps qu'on généralise et qu'on régularise le mode d'exécution sans cintrage.

Une lente et incessante transition s'opère entre la basilique à charpente et l'église à coupole. Dans la basl- Jique latine, une seule partie comporte l'emploi de la voûte, c'est l'abside, qui ne comporte qu'une demicoupole dont l'exécution n'exige aucun cintre. Tandis qu'en Occident la voûte est à peu près délaissée, elle règne dans l'empire d'Orient. Les Byzantins proscrivent en principe l'association des charpentes et des voûtes : une voûte est la couverture de l'édilice, elle reçoit immédiatement les tuiles de la toiture. A peine peut-on citer quelques exemples de voûtes légères — à Saint-Vital et au baptistère de Ravcnne — qui soient protégées par des combles. La voûte byzantine est une coque en maçonnerie surmontée d'un garni sur lequel les tuiles sont scellées.

Outre l'emploi de la pierre, de plus en plus rare, les constructeurs byzantins fout usage de la brique et pratiquent la voûte d'arête et la coupole à pendentifs en triangle sphérique au lieu de la coupole sur trompes

seule employée par les Perses. Ils pratiquent aussi la calotte posée sur pendentifs sphériques, par exemple à l'arc de Saloniquc, qui appartient à l'époque de Constantin. Concurremmentavec ce procédé, ils appliquent celui de la calotte sur pendentifs par assises annulaires; dans ce cas, chaque assise a l'aspect d'un tronc de cône renversé dont l'axe est vertical. Enîin, vers le XI" siècle. les Byzantins ont quelquefois employé le système des pendentifs en forme de trompe, qui ôccu-

3831. — Voûte du tombeau Ue saint Dimitri à Salonique.

D'après E. Hébrardct Zeiller, Spalalo, le palais de

Dioclétien, 19t2, p. 160.

lient moins de liauteur. Ces diverses voûtes sont essentiellement coml)inées pour n'avoir pas besoin de cintres. Les rares exemples de voûtes faites sur cintres appartiennent à des régions de l'empire grec où le bols était abondant.

Nous verrons bientôt que les voûtes concrètes, adoptées par les Romains, tombèrent définitivement en désuétude. Ce qu'il est important de caractériser, c'est la substitution d'un priiuipe à un principe tout dillérent. Les voûtes du haut-empire sont essentiellement moulées, celles de l'empire byzantin sont essentiellement construites. Les unes sont des monohthes artificiels, en l)locaac; les autres, des coques de maçonnerie régulière, avec ou sans garni; les unes exigent un noyau de cintrage, les autres n'ont de cintres que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, et répondent à cette Incessante préoccupation des Orientaux de bâtir dans l'espace sans appuis auxiliaires. Par là les méthodes byzantines tranchent sur les méthodes romaines pour serapprochcrdestradlllons asiatiques delà Perse'

' A. Clioisy, Tlist. de l'archileclure, t. ii, p. 14

DOME

Dans la Syrie centrale, les constructeurs, abondamment pour\'US de pierre, privés presque complètement de bois, si habiles à résoudre certaines difficultés, se montrèrent timides dès qu'ils se trouvèrent en présence du raccord de la coupole avec le plan carré. On trouve, au prétoire de Mousmiph(fig.3S33), l'essai d'une voûte en arc de cloître à voussoirs de moellons ; le pendentif disparaissait, mais il fallait un cintre et, nous venons de le dire, l'absence presque absolue du bois rendait l'emploi du cintre non seulement coûteux mais presque illusoire. Aussi Mousmich demeura une solution curieuse mais isolée; on lui préféra la coupole, qui avait l'avantage de n'exiger aucun support auxiliaire,

tambour est percé de fenêtres, ce qui prouve que, dans, la pensée de l'architecte, U n'était pas destiné à circonscrire un hypèthre du genre de celui de Kalat-Sem'an : l'existence d'un dôme en charpente est inscrite dans \x ruine. Dans quelques édifices on avait adopté une solution mixte : un tronc de cône en charpente, ouvert à son sommet; on avait gardé du sanctuaire construit sur l'emplacement de la basilique constantinienne du- Saint-Sépulcre le souvenir d'une charpente fort ancienne qui s'élevait en forme de tronc de cône au-dessus du tambour circulaire et laissait à découvert la partie centrale de la rotonde. J. de Dartein expUque la disposition hypèthre par je ne sais quel dessein mystique et

■ 'Voûte à lataquie. 3833. — Voûte à Mousmieh.

D'après A. Choisy, op. cit., t. ii, p. 18, £ig. 5.

et pour en faciliter l'exécution dans l'espace, on exagère même le profil surhaussé des Persans, par exemple à Saint-Georges d'Ezra (voir ce mot).

Pour raccorder la coupole avec le plan rectangulaire ou carré, les constructeurs syriens s'a\-isèrent d'un expédient possible seulement dans ce pays où on extrayait la pierre par dalles de très grandes dimensions; ils s'avisèrent donc d'étabUr à chaque angle une dalle plafonnante, un gousset en pan coupé, sur lequel ils élèvent la coupole; le raccord n'est pas, à proprement parler, un pendentif mais un simple encorbellement (fig. 3S32).

Dès l'époque romaine, on avait tenté en SjTie l'imitation en pierre du pendentif, notamment à Djerach (voir plus haut, flg. 3828), le système fut repris à l'époque justinienne. puisque nous voyons à Jérusalem les porches de la plate-forme du Haram voûtés exactement d'après le type des coupoles de Djerach. Mais ce sont là, il faut le dire, des exceptions; dans les édifices à coupole de la Syrie transjordanicnne, presque partout on remplace les pendentifs par la combinaison d'encorbellement et l'on s'attache à réduire le porte-àfaux en adoptant le plan polygonal. Saint-Georges d'Ezra est le type de l'église syrienne à coupole : dôme sur plan octogone porté par des écoinçons de pierre et profil plus surhaussé encore que celui du dôme perse, un profil en ogive très aiguë à peine arrondie au sommet (voir Ezra).

Il arrive même que, pour éviter les sujétions d'un dôme, les Syriens laissent sans toiture la croisée des deux nefs. Des textes formels ont permis à M. de Vogiié d'établir que la grande église de Saint-Siméon-Styhte à Kalat-Sem'an (voir Dictionn., t. i, col. 238C, fig. 803) avait une croisée de nefs absolument hy])èlhre, c'est-àdire à ciel ouvert. Lorsque le bois ne faisait pas totalement défaut, on éludait la difficulté en recourant à un dôme en charpente. L'église de Bosra (voir ce mot) présente un tambour incapable de soutenir une voûte; ce

' F. de Dartein, Étude sur l'architecture lombarile et sur les origines de l'architecture romano-byzantine, in-S", Paris, 1882,

mystérieux à la fois. C'étaient, pense-t-il, des monuments religieux « que des motifs particuhers interdisaient d'abriter sous un toit... L'absence de toiture s'expUque au Saint-Sépulcre par le souvenir de la Résurrection; et quant à la colonne de saint Syméon, il était juste de la laisser à découvert en mémoire des^ \ingt-deux années que le saint av;Ut passées sur la plateforme de son chapiteau '. » L'explication vraie est beaucoup moins subtile et beaucoup plus instructive, les constructeurs ne croisèrent pas les voûtes parce qu'Us ne savaient comment s'y prendre pour réussir.

La SjTie, si pleine d'enseignements à certains égards, notamment pour la décoration, ne nous donne donc que peu de chose pour l'histoire de la coupole et de la voûte, U faut revenir vers l'Italie et Byzance.

En Italie, le système des voûtes monoUthes introduit vers l'époque d'Auguste ne semble pas avoir survécu au règne de Constantin. Les thermes de Dioclétien et la basilique de Maxeiice en montrent encore de grandioses applications, mais ce sont presque les dernières, du moins en Italie. A partir du iv» siècle, ou cesse à peu près partout dans ce paye la construction des grands monuments voûtés. Aussi ne reste-t-il en Italie que peu de voûtes authentiques des iv« et v« siècles. Un exemplaire très curieux couvre la salle octogone qui, dans les thermes de Dioclétien, occupait l'angle ouest de l'édifice central. La surface d'intrados présente à son pied, à partir du sommet du prisme octogonal, des arêtes saillantes entre lesquelles se développent des surfaces concaves très creuses à l'origine (lig. 3831). Ces espèces de cannelures s'effacent peu à peu en même temps que les arêtes, de manière à disparaître avec elles à mi-hauteur environ de la voûte. Plusieurs coupoles byzantines, à base octogone, sont entièrement cannelées, depuis la base jusqu'au sommet, suivant la disposition adoptée pour la seule partie inférieure dans cette curieuse voûte d'arêtes octogonale des thermes de Dioclétien; citons parlieu-

p. 9-10. Cf. .^. de Snlnt-Paul, Del'anciennelé des coupoles sur tambour, dans Bulletin monumental, 187'J, t. XLV, p. 43U.

DOME

lièrement l'église des Saints-Scrge-et-Bacchus, bâtie à Gonstantinople par Justinien antérieurement à Sainte- Sophie '.

Des innovations plus importantes, à cause du rôle considérable qu'elles ont joué plus tard, apparaissent au milieu du v» siècle dans les voûtes de deux monuments de Ravenne. L'un est le baptirtère de Saint- Jean-des-Fonts. orné de mosaïques par l'évèquc Néon (449-452); l'autre est la chapelle de Saint-Nazaire et Saint-Celse, plus connue sous le nom de « mausolée de Galla Placidia », que fit bâtir avant sa mort, survenue en 450, l'impératrice Placidie pour contenir son tombeau et ceux des membres de sa famille.

Le baptistère décoré par l'évèque Néon doit dater, du moins la voûte, de cette période 449-452. Cette voûte très légère n'a que O""!!) d'épaisseur pour une portée de lO^VO. Ce caractère la distingue des voûtes romaines non appareillées, dont elle diffère en outre par la forme et le système de construction. C'est une

3S34. — Voûte d'arêtes octogonale des thermes de Dioclétien,

D'après F. de Dartein, Étude sur l'architecture lombarde, 18S2, p. 13.

calotte sphérique raccordée par des pendentifs de même courbure avec le prisme octogonal du tambour. Le procédé de construction consiste en deux couches de tubes creux en terre cuite, striés à la surface, emboîtés les uns dans les autres et formant, dans chaque couche, une suite d'anneaux ou plutôt de spires qui se continuent sans interruption depuis le sommet des pendentifs jusqu'au faite (fig.3S35). Les pendentifs sont exécutés avecles mêmes matériaux. Moyennant l'étroite liaison produite parle mortier dans les stries et dans l'emboîtement, les anneaux de la spire sont rendus solidaires et inextensibles et la voûte ne pousse pas. Aussi reposet-elle impunément sur des murs très minces (fig. 3836).

On pourrait taire une description à peine différente pour le dôme du baptistère de Ravenne dont A. Choisy a donné les détails d'après un relevé de F. de Dartein, lequel a reconnu ce même mode de construction dans la chapelle Saint-Satyre, contiguë à Saint-Ambroise de Milan (voir DicUonn., 1. 1, coL 1463, fig. 330, 331). Ces exemples nous reportent à une date assez reculée : le baptistère de Ravenne et la chapelle de Saint-Satyre appartiennent au v siècle, ce qui fait remonter cet emploi de poteries tout au moins un siècle avant l'époque justinienne.

Outre les drains emboîtés, on a fait usage également de tuiles courb«s disposées par lits, les tuiles d'un Ut couchées sur leur partie convexe, les tuiles du lit supérieures déposées sur leur partie concave et chevauchant deux tuiles. Ainsi on obtient une couronne absolument inextensible.

' F. de Dartein, op. ci(., p. 13. — ' R. de Lasteyric, op. cit., p. 273. — ' IsahcMe, Les édi Tiees circulaires et les dômes, p. 58 sq., pi. 23, 24; Choisy, L'art de bâtir chez les Romains, p. 82-84, 179, pi. xi; Rivoira, op. cil., t. i, p. 73, Cg. IIG;

DICT. d'ARCH. CIIIîÙT.

Le mausolée de Galla Placidia (fig. 3837) est à peu près contemporain du baptistère de Néon. C'est un petit édifice disposé en forme de croix, voûté en berceau sur les quatre l)ranches et couvert, dans l'étendue de la croisée, par une calotte sphérique sur pendentifs, dont le tambour carré fait à l'extérieur une forte saillie. Nous trouvons ici le premier exemple sûrement daté d'une voûte spliérique à pendentifs établis sur plan carré. Il est vrai que cette chapelle, bâtie vers 440, doit être l'œuvre d'artistes grecs, ce qui nous reporte toujours dans la direction de l'Orient. Mais de même qu'on a juré longtemps que nous devions tous ces présents à l'Orient, de même on prétend aujourd'hui s'affranchir complètement de son influence. Peu importe le mausolée de GaUa Placidia, ce qui montre et démontre que l'invention des pendentifs est d'origine romaine et non byzantine ou orientale, c'est que l'Itahe en a conservé, paraît-il, une série d'exemples bien antérieurs à la fondation de Constantinople, c'est-à-dire à l'époque où l'on peut commencer à distinguer un art byzantin ^ 11 en existe à Rome dans la curieuse ruine connue sous le nom de Minerua Medica. non loin de la porte Majeure. Il est vrai que l'exemple prouve très peu, car la voûte hémisphérique repose non sur un carré ou un octogone

3835. — Tube creux en terre cuite:,

employé pour la construction des voûtes.

D'après F. de Dartein, op. cil.

mais sur un décagone par l'intermédiaire de minuscules pendentifs grossièrement dégauchis dont le mode de génération paraît fort incertain. L'édifice est d'ailleurs curieux, remarquable par la légèreté de sa grande voûte, la structure et le système d'appui de cette voûte ^, reste à savoir la date de la construction qu'on peut tirailler entre le iii= et le iv* siècle. Mais à défaut de cet exemple contestable, il y aurait encore d'autres exemples à invoquer, notamment la grande salle des thermes de Caracalla, bâtis entre 212 et 216. « Le plan des salles, dont ces pendentifs servent à arrondir les angles, est, il est vrai, un décagone dans le premier cas, un octogone dans le second. Mais peu importe, car par leur principe et leur mode de construction, ces pendentifs ne diffèrent en rien de ceux qui servent à passer du carré au rond, ils n'en différent que par leurs dimensions et leur saillie. » Ce qui, il faut en convenir, n'est pas une si infime circonstance qu'elle pourrait bien être en définitive une difiérence essentielle. Mais " les Romains savaient dès cette époque, et même dès le siècle précédent, élever des coupoles sur pendentifs au-dessus de salles carrées. M. Rivoira en a reconnu dans deux monuments funéraires du W siècle qui se sont conservés sur la voie Nomentane ' et l'on peut encore observer dans une salle des thermes de Domitien, à Albano, un encorbellement triangulaire qui est un véritable embryon de pendentif'. • Il reste, malgré ces exemples, que les Romains sont tributaires des Orientaux et n'ont pas connu le pendentif; car il importe peu d'incriminer tel ou tel et « la mode :•, il suffit, quand on ne se borne pas â excursionner dans l'antiquité mais qu'on l'étudié continuellenient, d'observer que les exeiuples apportés ne prou-

dc Dartein, op. cil., p. 16; de LastejTic. op. ci(., p. 273. — • Rivoira, op. cit., t. i, flg. 51, 52. — * Rivoira, op. cit., t. I. p. 79, ûg. 125; de LastcjTie, op. cil., p. 273-274.

DOME

vent pas ce qu'on réclame d'eux. Racheter un décagone ou un octogone par un encorbellement minuscule n'a aucun rapport avec la question d'établir un pendentif

rachetant le carré pour asseoir l'hémisphère de la coupole; quant aux monuments funéraires de la voie N'omentane S ils esquivent une fois de plus le problème

3836. — Voûte du baptistère de Saint-Joan-dcs-Fonls, ù Ravcnnc. D'après F. de Dartein, ïilude sut l'architecture lombarde, 1882, p. 11 et 15.

' A. Choisy, L'art de bâtir chez les Byzantins p. 79- i section d'une sphère centrale avec les plans verticaux des

SO, avait parfaitement indiqué cette apparition timide murs. Comme structure et comme aspect, les pcndentlls ne

<ln pendentif au temple deAfi'neroa Medica et sur la voie sont autre chose que des panneaux triangulaires taillés

Nomentanc. Tout autre, ajoutait-il, est l'aspect des pen- dans une voûte sphérlque. Cf. .1. R. Rahn, l'ebcr dcn

«ientils dans les monuments orientaux. Les surfaces forment | Ursprting iind dleEnlwicklung des chr istlichcn Central- und

des triangles spliériqucs bien déHnis, résultant de Tinter- ' Kuppelbaiis, in-S', Leipzig, 1866.

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qu'on prétend leur faire résoudre en ramenant la solution à une sorte d'empâtement informe qui est, à un pendentif byzantin, ce que la boue de l'Éden pouvait <Ue au corps d'Adam et n'est en définitive qu'un encorbellement.

La découverte d'une coupole sur pendentifs en Gaule, datant du ii" ou du iw siècle, est une aimable récréation. Il existe à Beurey-Beauguay (Côte-d'Or)

Havcnne, s'arrête court aux surfaces horizoïtales : elle repose ainsi, dans les angles du carrés,sur des plateaux d'appui analogues à ceux des coupoles du Hauran, décrites par M. de Vogué.

Citons aussi la rotonde de Saint-Aqnilin, dont la construction est attribuée à Galla Placidia. et la petite rotonde de Saint-Sixte, qui s'élèvent a Milan de part et d'autre de l'église laurentienne. Ces édifices montrent

3S37.-ïoinbeau de Galla Placidia à P.avenne. D'après .\. Cholsy, L'aride bâlir chez les Byzantins, pi. xvn, n. 1.

un dessus de fontaine formé de quatre piliers reliés par des arcades et surmonté d'une coupole sur pendentifs, le tout taillé dans un seul bloc de pierre et n'est guère antérieur au xvi« siècle, c'est un ciborium, ni plus ni moins.

Le baptistère de Ravenne et le mausolée de Galla Placidia sont, en définitive, les plus anciens édifices de l'Italie où le problème de l'établissement des pendentifs soit complètement résolu. Il n'y avait pas longtemps, sans doute, qu'on savait les construire en ce pays, au moins dans le cas d'une coupole sur plan «arré. attendu que la petite coupole de Saint-Satyre, voisine à Milan de la basilique ambrosienne et bûtie avec des tubes creux comme U voûte du baptistère de

l'exemple, aussi rare dans les constructions romaines que fréquent dans celles du moyen âge, d'une coupole octogonale appuyée sur un tam'.iour de même forme. La voûte en briques de Saint-Aquilin, épaisse de 0°'4.ï, avec une ouverture de près de 13 mètres, n'appartient plus à la classe des voûtes monolithes de l'architecture romaine.

Et ceci dit, nous revenons à l'Orient byzantin pour ne plus le quitter. Seul l'Orient, :\ la faveur du reste île prospérité qu'il devaic ù la direction prise par les poussées des Barbares vers le Rhin et le Haut-Danube, devait lonnailre une sorte de paix, peu solide sans doute, mais sulïisante néanmoins pour réunir les ressources indisi)cnsables aux entreprises considérables. Nous allons

DOME

suivre rapidement les époques de son arcliitecture voûtée depuis la période des débuts jusqu'à l'éclat du règne et des grandes constructions entreprises par Justinien.

Pour les églises voûtées, les hésitations sur le parti général se compliquèrent de toutes celles qu'entraina le choix définitif d'un système de voûtes. Quelques essais furent tentés en vue d'accommoder la voûte romaine

l'architecture du haut-empire semble se survivre dans ces constructions vraiment romaines.

Et Aug. Choisy fait cette remarque, sur laquelle il faut insister, qu'il n'est pas sans intérêt d'observer que les monuments de cette architecture intermédiaire entre l'art romain et l'architecture byzantine appartiennent à l'Asie Mineure : la contrée où ils s'élèvent a gardé l'esprit grec et, par sa situation géographique.

■ Église Saint-Serge à Constantinople. .'iS.'ÎB. — Saint-VituI de Ravennc.

D'après A. Choisy, Histoire <le l'archileclure, t. ii, p. 4G, fig. 11.

au plan Byzantin. En Asie Mineure, Hiérapolis présente l'exemple d'une basilique chrétienne des premiers temps où les voûtes sont des berceaux en pierre de taille; Sardes, une basilique où les voûtes sont d'arête et peuvent être comptées parmi les dernières applications de la structure concrète à lits horizontaux. L'église de la Trinité d'fiphèse, bâtie avec toute l'ampleur des monuments antiques, paraît avoir eu comme voûte un lierceau interrompu en son milieu par un dôme. A Saint-Georges de Sardes, la voûte sphérique est résolument adoptée : la nef est couverte par trois calottes sur pendentifs, massives comme les voûtes romaines, à parement de briques empatté d'un garni de maçonnerie brute. Une demi-coupole abrite le sanctuaire. La même donnée générale se retrouve à la basilique d'Ala Shehr, l'ancienne Philadelphie :

elle se place entre les influences romaines de l'Occident et le rayonnement asiatique de la Perse; Pergamo, Sardes, Éphèse sont des points où les deux influcncos de Rome et de la Perse se rencontrent : rien d'étonnant à y trouver la trace de deux courants d'idées qui s'y croisent.

Nous atteignons ainsi l'époque où l'architecture byzantine achève de se dégager de l'art du hautempire.

Les édifices voûtés de l'école byzantine proprement dite peuvent être classés en trois groupes, selon (|ue leur coupole repose sur plan circulaire, octogone ou carré.

Le groupe des églises à coupole sur plan circulaire comprend une série d'édifices tous visiblement apparentés au Panthéon de Kome, ayant, comme lui, un

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tambour annulaire élégi par des grandes niches. Parmi ces édifices sur tambour circulaire plusieurs ont été déjà étudiés, notamment le mausolée de Diodétien (voir ce mot) à Spalato, et nous aurons l'occasion de revenir sur Saint-Georges de Salonique. A Pergame, les deux rotondes qui accompagnent la basilique sont voûtées en coupole; au même type appartiennent les deux rotondes autrefois annexées à Saint-Pierre ainsi que le mausolée de Constance à Rome (voir Didionn., t. m, au mot Constance).

La coupole supprime le problème des pendentifs, le tambour polygonal réduit ces pendentifs à des dimensions exiguës et un rôle atténué. La coupole sur plan octogone paraît indiquée par les substructions de l'église justinienne du mont Garizim; elle nous est parvenue dans deux monuments élevés par Justinien : Saint-Serge de Constantinople et Saint-Vital de Ravenne.

A Saint-Serge (fig. 3838), le tambour octogone de la coupole est épaulé sur quatre de ses faces par des niches de butée, sur les quatre autres par des arceaux. La coupole est à côtes : ce qui a permis de la faire reposer sans intermédiaire de pendentifs sur la dernière assise du tambour. Un collatéral à double étage entoure la coupole et s'inscrit dans une enceinte carrée.

A Saint- Vital, la coupole, nous l'avons vu, est construite en tubes emboîtés. Elle est lisse et se reUe par des raccords en forme de pendentifs avec le tambour octogone qui la porte. Huit niches accompagnent ce tambour et concourent à la butée. Les nefs latérales sont à double étage et s'inscrivent dans une enceinte octogone (fig. 3839).

Nous arrivons à la solution qui prévaut à dater du vi« siècle, pour se perpétuer jusqu'à nos jours : l'église à coupole sur plan carré '.

Dans rarticle que nous avons consacré à Byzance (voir ce mot), nous avons étudié Sainte-Sophie et rappelé comment l'œuvre d'Anthemius de Tralles et Isidore de Mllet reçut une première coupole qui s'effondra et fut remplacée par celle qu'on admire aujou''d'hui. De récentes recherches - nous font connaître la forme de cette première coupole dont la chute, nous dit un texte d'Agathias, imposa diverses modifications à la structure de l'égUse. Du texte d'Agathias quatre faits ressortent clairement : 1° la coupole primitive s'est écroulée; 2° elle était sur plan rectangulaire; 3° on s'est efforcé, par des remaniements des arcs nord et sud, à faire que la nouvelle coupole couvre un espace carré, et cela en laissant intacts les arcs est et ouest; 4° la nouvelle voûte était de vingt-cinq pieds plus élevée que l'ancienne.

L'examen de la construction de l'édifice montré qu'en effet une ancienne coupole a existé. La coupole actuelle a été élevée sur des pendentifs appartenant à la voûte primitive. Le pendentif nord-est porte encore les traces de déformations provenant d'une ancienne voûte. On voit aussi que les arcs est et ouest n'ont jamais été modifiés, bien que leurs naissances aient subi un fort déplacement latéral sous les poussées de la première coupole. Pour remédier aux déformations causées à la décoration architecturale par ces mouvements, on a préféré démolir l'ordonnance du premier étage des murs latéraux nord et sud, et la reporter vers le bascôté, d'une distance égale au déplacement horizontal des naissances, plutôt que de modifier les arcs est et ouest. Ces travaux justifient le texte d'Agathias disant qu'on a laissé tels quels les arcs est et ouest.

Au nord et au sud, on constate que les arcs extérieurs existaient dans le premier système de voûte,

' A. Choisy, Hist. de l'architecture, t. il, p. 44-47 ; Art de bâtir chez les Byzantins, p. 6S. — ' H. Prost. Recherches sur la lorme primitive de la coupule de Sainte-Sophie de

mais ceux de l'intérieur présentent plus de largeur au sommet qu'à la base, ce qui indique un travail plus récent que celui des arcs extérieurs contre lesquels ils s'adossent. Les arcs est et ouest n'ayant pas été modifiés, l'espace couvert par la première coupole étant rectangulaire, d'après Agathias, on peut en déduire que ces arcs (nord et sud) n'auraient pas existé dans le système primitif et qu'ils auraient été construits pour ramener au carré l'espace couvert. On remarquera que les pendentifs, qui sont des fragments de l'ancienne voûte, s'appuyaient directement sur la face interne de l'arc extérieur. Si l'on suppose construite la coupole génératrice de ces pendentifs, on constate que la voûte ainsi obtenue aurait environ vingt-cinq pieds de moins que la voûte actuelle (chiffre précisément indiqué par Agathias), et de plus eUe couvrirait un espace rectangulaire. Ces remarques font conclure que la voûte primitive aurait été une calotte sur pendentifs, différente de l'actuelle, qui est une coupole sur pendentifs.

Ce système de voûte explique pourquoi l'édifice s'est déversé si fortement vers l'extérieur, dès le début de son existence, car cette disposition a l'inconvénient de beaucoup pousser; en réalité, cette coupole avait 45 mètres de diamètre, c'est-à-dire la diagonale du carré de base de celle qui existe (ce carré a 31 "05 de côté). Les efforts considérables qu'elle exerçait sur des maçonneries très compressibles (briques de 0'°04 d'épaisseur, joints de même dimension) causèrent des déformations qui amenèrent sa chute. Pour arrêter ces déformations et empêcher la ruine complète du monument, on avait été obligé, dès l'origine, de l'étayer extérieurement par de nombreuses constructions faisant office de contreforts, qui furent utilisées pour contenir des escaliers et les services annexes de l'église, masquant ainsi en grande partie les façades latérales, qui semblent n'avoir jamais été achevées suivant le projet primitif. Ces adjonctions ont partiellement disparu, noyées dans d'immenses contreforts élevés à une époque plus récente.

De même qu'à l'intérieur, à l'extérieur la coupole primitive se différenciait notablement de la coupole actuelle. L'étude des maçonneries montre qu'elle avait ses arcs de soutien à extrados apparent et qu'aux angles s'élevaient quatre édicules abritant des escaliers, auxquels on accédait par le sommet de contreforts moins élevés que ceux qui existent actuellement; ces derniers ont été réédifiés lors de la construction de la seconde coupole. Le dispositif de la construction de cette dernière voûte indique qu'elle fut élevée sur cintre. Des remaniements postérieurs à la construction de la seconde coupole ont modifié l'aspect des tympans nord et sud. Ceux-ci ont été construits après le déplacement de l'ordre du premier étage, avec des retraites sur leurs faces internes pour pouvoir se raccorder avec l'ouverture des arcs extérieurs, très déversés à cette époque. Un relèvement des toitures du g>-nécée a obligé à boucher la rangée inférieure des baies de ces tympans qui, primitivement, s'éclairaient au-dessus de ces toitures.

Cette étude, au jugement de M. Dieulafoy ', nous montre de la manière la plus évidente la genèse générale de l'art byzantin et la genèse spéciale de la coupole sur pendentifs. D'un côté apparaît la calotte sur pendentifs, c'est-à-dire la section d'une demi-sphère par un prisme carré inscrit, et de l'autre, tout l'appareil des voûtes en tranche construit sans cintres. Le premier motif, d'origine hellénistique, apparaît aux thermes de Caracalla, à l'arc de Salonique, de l'époque

Constantinople. dans Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1909, p. 252-254. — ' nieulnfoy, dans Comptes rendus de- VAcàd. des inscript., 1909, p. 255.

DOME

de Constantin, puis dans les citernes de Constantinople et à la basilique de Philadelphie. L'autre est d'origine purement perse. On peut se demander pourquoi les premiers architectes de Sainte-Sophie choisirent la calotte au lieu de la coupole sur pendentifs, qui pourtant était connue, comme le montre la coupole de Djerach. Ils voulurent sans doute simplifier les cintres et obéirent, à cet égard, à l'idée directrice de toute l'architecture voûtée de la Perse, dont ils subissaient la puissante influence. Mais quand l'expérience leur eut montré combien étaient plus intenses et plus redoutables les poussées exercées, à portée égale, par les calottes que par les coupoles sphériques, ils se ravisèrent et construisirent la coupole sur pendentifs,

sion simple; les détails multipliés avec mesure font ressortir la grandeur. Supprimez les colonnades latérales, rien n'accusera l'extraordinaire ouverture des fornierels de la coupole: il les faut pour donner l'échelle et épargner à Sainte-Sophie ce singulier éloge qu'on a fait de Saint-Pierre, que rien n'y indique qu'il est grand.

« La décoration donne la mesure du luxe byzantin : les parois lambrissées de panneaux en marqueterie des marbres les plus rares, les voûtes entièrement revêtues de mosa'iques; pas un pan de mur qui ne soit tapissé de ni.arbre. Toutes les voûtes brillent des lueurs mobiles et transparentes de l'or et de l'émail. La grande coupole, illuminée sur tout son pourtour par une cou-

3S40. — Sainte-Sophie de Salonique. D'après Choisy, Histoire de l'archilecture, t. il, p. 48.

sans s'occuper du cube plus ou moins grand des bois à employer. On sait qu'elle devint non seulement •caractéristique de l'architecture du bas-empire, mais qu'elle conquit tous les pays qui n'étaient pas tributaires de l'architecture de la Perse.

La deuxième coupole, moins surbaissée, plus élégante, celle qui s'est maintenue depuis douze siècles, exigea à diverses reprises des réfections partielles: mais ces réfections n'en altèrent pas le caractère et si l'édilice ne nous est parvenu que renforcé, repris, consolidé, la coupole est, somme toute, demeurée intacte. Elle achève le chef-d'œuvre de mise en scène architecturale qu'est Sainte-Sophie. « La science des ellels, l'art des oppositions, la puissance décorative ne sauraient être poussés plus loin. En avant, un double portique sombre fait valoir par contraste les splendeurs lumineuses de l'immense vaisseau. Dès l'entrée, grâce à la disposition de la conque qui précède le grand dôme, l'oeil découvre le dôme dans son ensemble, la surface entière des voûtes de la nef centrale se développe sans arrêt, sans obstacle. Le long de cette nef, partout des détails s'encadrant dans de très larges <livisions : les lignes maîtresses produisent une impres-

ronne de fenêtres ouvertes dans ses reins, semble isolée et comme suspendue dans l'espace. Les piliers soutenant les quatre pendentifs du dôme se dérobent derrière les galeries latérales; on n'en aperçoit que l'angle, mais cela suflil pour faire sentir la présence de la masse de butée et rassurer l'œil: l'ouvre étonne, mais, à première vue, elle s'explique. Jamais la stabihté et la hardiesse, l'éclat de la couleur et la pureté des lignes, jamais le génie de Rome et celui de l'Orient ne s'associèrent dans un plus surprenant et plus harmonieux ensemble '. »

Le dôme de Sainte-Sophie nous offre en outre un superbe exemple de coupole ncrvée. L'intrados est partagé en quarante fuseaux par autant de nervures méridiennes saillanics, qui toutes vont converger au sommet et donnent du raide aux maçonneries sans en exagérer notablement le i)nids. On raconte que la voûte fut construite sur des cintres; et dans cette hypothèse chaque nervure marquerait la place occupée par une ferme. Mais rien n'est moins prouvé que l'existence de ce cintrage. Les seuls textes qui le

' A. Choisy, op. cil., t. ii, p. 51.

DOME — DO.MESÏlcr

mentionnent appartiennent aux xiv« et xv« sii^cles; les descriptions contemporaines ne font nulle allusion au fait, pourtant si insolite, d'une charpente auxiliaire; et les irrégularités de forme que présente la coupole paraissent contredire l'hypothèse d'une construction exécutée sur un moule. Quoi qu'il en soit, les nervures existent; et, à première vue, elles rappellent ces arceaux de briques que les Romains d'Occident noyaient dans le blocage de leurs voûtes. Bessemblance purement apparente. Les arceaux méridiens d'une voûte occidentale étaient indépendants des remplissages, s'achevaient avant eux, leur servaient de supports et restaient enfin incorporés dans leur masse. Au contraire, les nervures de Sainte-Sophie se sont exécutées en même temps que les panneaux de remplissage, et se reUent au reste de la voûte par la continuité des mêmes assises coniques. L'utilité de l'armature romaine consistait à préserver les cintres des pressions de la voûte; à Sainte-Sophie, les nervures n'ont d'autre rôle que de raidir et de rendre moins déformable cette coque mince qui constitue le dôme : la différence est capitale '.

Sainte-Sophie de Constantinople est une merveille, mais c'est un modèle. Qu'on prenne, par exemple, Sainte-Sophie de Salonique ( fig. 3S4II), qui parait être du règnede Justinien, et au plus tard delà fin du vi" siècle, on verra que les dispositions dérivent simplement de son homonyme de Constantinople. La coupole s'élève sur quatre pendentifs en triangle sphérique et tout l'édifice se groupe autour de la coupole. Aux quatre angles de celle-ci, quatre massifs forment éperons et maintiennent l'eftort diagonal de poussée que transmettent les pendentifs. Des voûtes en berceau relient ces massifs deux à deux et couvrent les quatre branches du plan en croix. Tout le système d'équilibre est intérieur; c'est en vue de maintenir et d'accompagner la coupole que toutes les dispositions sont ménagées : l'ensemble, où toutes les parties se subordonnent à ce motif principal, produit une impression d'une saisissante netteté.

On peut grouper encore autour de Sainte-Sophie un grand nombre d'églises byzantines qui ne paraissent ■pas, à première vue, lui ressembler beaucoup : Saint- Nicolas de Myre, malgré ses trois nefs et son enceinte à peu près carrée, reproduit la disposition byzantine favorite de la coupole centrale flanquée de quatre petites coupoles placées aux extrémités des bas-côtés. En Grèce, tout un groupe d'églises minuscules, notamment à .Athènes, que nous connaissons déjà, la cathédrale, les Incorporels, Saint-Théodose, Kapnikarea, Saint-Taxiarque, et encore la Vierge à Mistra, Samari eu Morée, qui ne sont parfois que des miniatures sans doute, ce qui entraîne certaines altérations; car, en changeant d'échelle, le type d'un monument se modifie lorcément : si l'on augmente les dimensions, les formes se compliquent; elles se simplifient, au contraire, d'autant qu'on fait plus petit. 11 faut donc, quand on quitte Sainte-Sophie et d'autres églises de vastes proportions pour des églises de dimensions très réduites, négliger les accessoires et ne s'attacher qu'aux éléments essentiels. Or, si l'on recherche quels sont les caractères

' A. Choisy, L'art de hûtir chez les Byzantins, p. 66-67. • — 'P. Monceaux, Histoire IHt. de l'Afrique chrétienne, t. IV, p. 451. — ' Corp. inscr. lat., t. viii, n. 8429 add. — ' Ibid., n. 2389, 4792, 10642. — ' Ibid., n. 992. — • Moniniscn, dans Ephemeris epigraphica, t. v, p. 132, donne un relevé des textes juridiques contenant ces deux mots réunis ou seulement l'un ou l'autre. — ■ ' Code Théodosien, 1. VI, tit. xxiv : De domest. et protect. — ** Ammien Marcellin, XV, v, 2; XVI, x, 21 ; XXXI, xvi. 9. — ' IMommscn, dans Ephem. epiqr., 1884, t. v, p. 121-125, 647; Corp. inscr. lat., t. vi, part. 4, fasc. 2, p. 3402; Corpus III, Suppl.,p. 2.500-2501,266; A Cologne, dans Korrespondenzblalt der Westdeutsch. Zeitsclirift, iaS9, p. 39; i^ Photiké, en Épirc, dans Bull, de corr. hcll., 1907, p 3.S 4.'i. — '» Pour

communs aux églises dont nous venons de parler, on reconnaît de suite qu'elles odrent toutes une coupole centrale, appuyée par des pendentifs sur une base carrée, qu'elles sont divisées en trois nefs et voûtées dans toutes leurs parties, enfin que leur enceinte forme un rectangle à côtés presque égaux, sur lequel l'abside seulement fait saillie. Ces caractères sulliscnt pour constituer un type, car ils déterminent parfaitement non seulement la disposition mais encore la physionomie générale des édifices où ils se trouvent réunis.

Nota. — On fait parfois une confusion entre l'idée que nous attachons à ce mot dôme et l'usage qu'on en fait en certaines contrées, par exemple le dôme de Milan, sur lequel on ne voit ni calotte, ni coupole, ni pondentifs. II suffit, pour éclaircir ce malentendu, de recourir à une inscription d'Aioun Bedjan : ECCLE [si] AE DOMV(s) '. Le dôme désigne l'édifice entier et non une particularité architecturale. Nous trouvons également en Afrique, sur les inscriptions : domus oralîonis ', domus Dei ', domus Dei et Chrisli '.

H. Leclercq.

DOMESTICI. Ce titre de domcsticus. qui nous apparaît avec une idée de servilité, en est tout à fait exempt. Le code Théodosien emploie indifféremment proleclor et domesdcus l'un pour l'autre " et ce sont, en réalité, les gardes du corps des empereurs à l'époque du bas-empire. Tout ce qui les concerne est bien connu, grâce à un choix nombreux et précieux de textes. C'est d'abord un titre entier du code Théodosien qui leur est consacré ', les réminiscences d'Ammien Marcellin, qui avait fait partie de cette troupe d'élite*, et une soixantaine d'inscriptions ' qui nous font connaître leurs fonctions, les noms et la carrière de quelques-uns. Enfin divers monuments nous les représentent dans l'attirail et avec l'armement de leurs fonctions.

Dès l'époque des persécutions, il s'est trouvé des chrétiens dans les rangs des proleclores '■" ei l'épuration de l'armée exécutée sous Dioclétien fit connaître plusieurs d'entre eux, notamment saint Sébastien. Leur nom complet était protectores dii'ini laleris Augusti nosiri, plus souvent abrégé en : protector lateris nostri, proteclor corporis, protector Augusti, Augusti nostri, domini nostri.

En 346, dans une constitution de Constance, nous voyons cités pour la première fois les domestici impériaux et ceux-ci ne sont. « selon toute apparence, qu'une subdivision des protectores, la plus considérée et peutêtre aussi la plus récemment établie; les protectores étaient sans doute des fantassins, les protectores domestici des cavaliers; au v<^ siècle, le terme de domcsticus, ooiiESTizo;, reste seul en usage dans les actes ofiiciels, et l'on distingue alors les domestici équités, qui sont les protectores domestici du iv= siècle, et les dome.'ilici pedito"qui sont les anciens protectores proprement dits'-. Mais il y a d'autres domestici que ceux-h'i ". Le mot domcsticus a, ctymologiquement, un sens très large; il peut désigner tout individu qu'un personnage de condition supérieure occupe ù son service, dans sa maison, domiis^'. En un sens plus restreint, il désigne un agent subalterne, une sorte d' « homme de confiance ■ qu'em-

ce qui concerne le corps lui-même avant le iv siècle, voir M. Besnicr, Protectores, dans Saglio-Potlicr, Diclionn. des antiq. gr. et ronu, t. iv, p. 710. — " Corp. insiT. lai., t. vi, n. 32944. — " C. JuIIian, De protect. et domcsl. Auguslorum, in-8», Paris, 1883, p. 14-23; Jlommsen, dans Ephcm. epigr., t. v, p. 131-132; Jullian, dans Ann. de ta laculté des lettres de Bordeaux, 1884, p. SI, n. 3.— " Même ;\ la cour des empereurs et ensuite A celle des rois ostrogolhs; Malch. fr. XVIII (Fragm. hist. gr., iv, 126»; Cassiodorc, Vnriar., X, xi, 3; X, XII, 2, qui identifie la charge du domesticus. vir inlusiris, avec celle du primicerius. — '•' Pour ce qui est des domestici au service de particuliers, cf. Code TItiodosicn, II, vi, 1; VI, xxviii, 3; VIII, XV, 6, et peut-être Syummque, i Episi., m, 67.

DOMESTICI

ploient la plupart des magistrats romains du basempire '. Les documents juridiques, littéraires et épigrapliiques attestent l'existence de domeslici des prxfecti prselorio, des pru'fccti Uibis, etc. Plusieurs inscriptions latines et grecques nomment des domeslici, sans dire de qui ils dépendaient ni s'ils étaient simplement domeslici ou proleclores domeslici -. »

Domeslici et proleclores domeslici sont avant tout des soldats, des gardes du corps, soigneusement choisis et fortement encadrés, formant un ordo divisé en plusieurs scholie, a.\ec son local particulier dans le palais impérial, une matricule, des privilèges honorifiques et pécuniaires. Les textes qui servent à nos études ramènent fréquenmient la mention du comes domeslicorum '. La Notilia dignilalum signale son existence en Orient et en Occident : comes domeslicorum equilum et comes domeslicorum pcdilum; mais la plupart des textes ne parlent que d'un cornes unique pour chaque moitié de l'empire *. C'est un fort grand personnage, l'ir clarissimus ", vir inluslris ', exempt des charge?: municipales et militaires et qui devient ensuite magisler mililum '. Ses attributions sont à la fois militaires, administratives et politiques ; il a la haute main sur le recrutement, l'avancement et la discipline des proleclores *, l'empereur le consulte souvent sur les affaires d'État ', lui confie un gouvernement provincial, une campagne même '°. Son rang est considérable, il peut prétendre à tout ; pour ceux qui sont familiers avec l'histoire des siècles passés de la France, la comparaison se présente naturellement et très exactement entre le comes domeslicorum et le « colonel des gardes ».

Le recrutement du corps des domeslici ne comprenait, au iii« siècle, que d'anciens soldats parvenus à force d'années et de services à la dignité de protofcres; au ive siècle, à partir du règne de Constance, on mélange à ces vieux brisquards de jeunes nobles qui débutent avec le titre de proleclores domeslici ^'■. Au v« siècle, la garde impériale renferme des représentants de tous les corps militaires : proleclores de numéro Armigerorum, domeslici numeri Dacorum. D'après Synesius, les proleclores étaient une armée triée dans l'année '^; peutêtre même les ordres civils pouvaient-ils y pénétrer, puisqu'une loi de Justin, en 519, reconnaît à l'ordre des avocats le droit de nommer chaque année deux de ses membres pour servir, l'un parmi les domeslici equiles, l'autre parmi les domeslici peditcs". D'après Mommsen, le corps était une sorte d'école d'officiers ". Il semble -que le snobisme s'en mêla. Dès le milieu du iv» siècle, les jeunes gens de naissance sénatoriale ont accès dans la garde impériale en qualité de proleclores domeslici, mais Gallien, qui ne badinait pas avec la discipline, les avait remplacés jadis dans les légions par de vieux soldats de carrière. Constance, moins ferme, leur rouvrait la porte d'entrée d'un corps d'élite, sans leur

' Code T/iéorfos l'en, I, xxxv; Code Jiistinien, I, Li; cf. Th. Mommsen, dans Neues Archiu der Cesellsch. fUr altère deutsche Geschiclilsknnde, t. xiv, p. 504; O. Seeck, dans Real-Encyklopiidie, t. v, p. 1296-1299. — ■ M. Besnier, op. cit., p. 710. — ' C. Jullian, De protect. et domesl. Aitgust., p. 69-76, 87-93 ; Grossi-Gondi, dans Dizionario cpigrafïco de De Iluggiero, t. il, p. 484-487. — ' Notilia dignilatiim. Or. xv ; Occ. xiii; Zosinie, V, xxxvi, 3; Ammien Marcellin, XIV, XI, 14; XXI, VIII, 1; Corp. inscr. lai., t. il, n. 2699; t. v, n. 8120, 4 et 7; t. vi, n. 1730, 1731, 1794, 1790, 30 et 32; 30003; Bramboc-h, Inscript. lilicnan., n. 360; Gori, Thés, vêler, diptuchortim, in-[ol., Florenliœ, 1759, pl.xv; W.Mcyer, Zwei Ellenbeinlafeln, in-8», Miinchcn, 1881, pi. i. — • Code Théodosien, XII, i, 38. — ' Mulil. dignit.. Or. xv, 5; Occ. XIII, 5; Code Justinien, XII, xvi, 1; Cassiodoro, Voriarum, •VIII, XII, 8. — ' Corp. inscr. lat., t. vi, n. 1730, 1731; ù la cour des rois wisigoths il devient même conics rerum priualariim. Ennodius, édit. Vogcl, p. 350. — • Code Tliéodosien, VI, .xxiv, 3. 5; XII, i, 38; XVI. v, 42; Code Justinien, XII, XVII, 3. — • .^mmicn .Marcellin, XIV, x, 8. — I

I accorder toutefois l'accès des grades supérieurs ". Au viii'siècle, Constantin Porphyrogénète rapporte d'après les documents du iv^ siècle la cérémonie d'investiture d'un protcctor : le postulant, revêtu de la tunique atrabatique, était introduit devant l'empereur, qu'il adorait à genoux et des mains duquel il recevait son diplôme; le prince prononçait la formule : Adoralo proleclor ou Adoralo protcclor domesticus, selon le cas ".

Chaque soldat de ce corps avait rang d'ollieier. Appartenant à la classe sénatoriale ou à la classe équestre, dispensé des charges onéreuses, il touchait une haute paie; celle des proleclores ducenarii montait à 200 000 sesterces, soit 3 600 solidi d'or: celle des proleclores domeslici était plus forte encore et il faut y ajouter quadruple part d'annona mililaris " ; puh venaient d'autres avantages et prérogatives, entre autres, celle de paraître chaque matin devant l'empereur pour r « adorer '* » (nous dirions : lui faire sa cour).

Quelques monuments chrétiens nous montrent des. proleclores domeslici revêtus de leur brillant costume ". Ce sont :

1" Le disque d'Almendralejo, conservé à Madrid, représentant l'empereur Théodose entre ses deux fils, Honorius et Arcadius, flanqués de deux proleclores (voir Diclionn., t. iv, au mot Disque, fig. 3776).

2" Les bas-reliefs de la colonne dédiée à Théodose par ses fils, à Constantinople, présentent sur la base des gardes entourant l'empereur -".

3° Une miniature de la Genèse de Vienne (v« siècle) fait voir les gardes d'Abimélech et de Pharaon figurés sous les traits de ceux qu'on voyait à la cour impériale -'.

4» L'n diptyque consulaire anonyme d'Halberstadt, malheureusement tort peu distinct, montre deux empereurs assis entre deux proleclores ^ (voir Diclionn., t. IV, au mot Diptyques, n. 3S, fig. 3765).

5° Une tablette d'ivoire' servant de reliure ;i un manuscrit de Munich, montre un prolcclor tenanl son bouclier timbré au chrisme "^.

6° Une mosaïque, dans l'abside de Saint- Vital, ù Ravenne, montre quatre gardes du corps faisant escorte à Justinien -•'.

1" Un disque en argent trouvé à Kertch, en Crimée, nous montre Justinien ;i cheval, précédé d'une Victoire, suivi d'un proleclor au bouclier timbré du chrisme (voir Diclionn., t. iv, au mot Disque, pi. hors texte).

Les proleclores, écrit M. Besnier, nous apparaissent toujours imberbes et tète nue, avec les cheveux coupés droit sur le front et retombant sur les côtés. Synesius vante leurs belles chevelures blondes. Leur tunique est courte et flottante avec manches : Lydus l'appelle varaca; des broderies d'or et de poupre, segmenta, y sont appliquées. Au cou, ils portent un collier, torques, auquel pend la bulla; des bandelettes blanches recou-

" Code Théodosien, XV, xi, 1; S. Auiîustin, Iîpi.<(., ccxx, 7; .\mmicn Marcellin, XXI, ix, 6; XXIV, i, 2; iv, 13; XXVII, VIII, 2; XXXI, vil, 4; x, 3.— "Code Théodosien, \\, XXIV, 3; C. .lullian, op. cit., p. 35-49; Mommsen, dans Epliem. epigr., 1884, t. v, p. 133-137. — " Synesius, De regno, xii. — '• Code .Justinien, II, vu, 25. — "liphem. epigr., V, p. 1.37. — " C. Jullian, Ann. de la lac. des leltr. de Bordeaux, 1884, p. 71. — " Constantin Porphyrogénète, De Cierimoniis, i, 86, édit. Bonn, p. 389; C. Jullinn. op. ci(., p. 77-81. — "Code Théodosien, VII, iv, 10, 27; VI, XXIV, 1.— " Ibid., VI, XXIV, 4.— " Ibid., V 1 1, xxi, 1 . — '° L. Eruz/.a, Framntcnto di un disco di uctrn clie rappresentn i vicennali di Dincleziono, lans Bulletlino delta comniissione arclieohigien comnuuiidc, 1882, 1. x. p. 180-190, pi. xx. -- " HartcII et WicliholT. Die VV'icner riVne.si.s, Vicnna, 1895. — " O. M. Dalton, Byzantine art and archwologg, ln-8°, Oxtord, 1911, p. 196, n«. 118. — " W. Weycr, Zwei antike El/rnbeinta/eln der K. Stanthihliolhek in Mûnchcn, in-S», MUnchen, 1881, pi. m. — " Gurruccl, Storia deW arte crisliana,

t. IV, Jll. CC.LXV.

DOMESTICI

vrent leurs jambes et ils sont chaussés de souliers noirs, tampagi. Us étaient armés d'une lance longue et dorée ou garnie tout au moins de clous d'or et d'un bouclier circulaire ou ovale de grandes dimensions, également doré ou garni de clous d'or et de pierres précieuses; sur les boucliers des proleclorcs de Théodose on distingue des dessins géométriques; sur ceux des gardes impériaux de l'époque postérieure, le monogramme du Christ.

Nous citerons, en terminant, une inscription chrétienne gravée sur une plaque en marbre gris des Pyrénées d'une épaisseur de^Oi^Oa;}, mais dont il ne reste qu'un fragment qui mesure Q'^X^ dans ses dimensions maxima tant enchanteur qu'en largeur.

3841. — Épitaphe de Saint-Seurln à Bordeau.\. D'après Revue des études anciennes, 1908, t. x, p. 364.

Cette inscription semble appartenir à la fin du iv» siècle. A la première ligne, on peut proposer avec la plus grande vraisemblance le complément : rfo] M EST[ ('eus,à la ligne suivante, on peut voir une mention consulaire : ...R CON|s. Quant à la troisième ligne, la formule est assez mystérieuse. Le T qui fait suite au chrisme porte un appendice courbe aussi nettement incisé que les autres lettres, et qu'on ne peut guère prendre pour un accident de gravure. Ensuite vient un O et un Q.

Cette inscription provient de Saint-Seurin de Bordeaux 1(1 g 3<S'll).

La suivante vient de Salone = :

DEPOSSIO LEONIS EX DOMESTICO D-VIIII KAL DECEM DN THEODOSIO PERPETVO VI AVG CONS

Enfin celle-ci, de Julia Concordia, près d'.\quilée ° :

FL-ALATANCVS DOWIEST CVM CONIVGE SVA BITORTA ARCAM DE PROPIO SVO SIBI CONI PARAVERVNT PETIMVS O M N E M CLERVM ET CVNCTA FRATERNITATEM VT NVLLVS '■'< DE GENERE NOSTRO VEL ALIQVIS IN HAC

' E. Durègne, Inscription chrétienne de Saint-Seurin de Bordeaux, dans Reoue des études anciennes, 1908, t. x, p. 363-364. — • Corp. inscr. lat., t. m, n. 2656: la date est sujette à discussion, 415 ou 411, mais seulement à condition de changer iv en vi ; voir la note du Corpus et De Kossi, Jnscript. christ, urb. Rom., t. i, p. 303. — ' Bertolini, dans Bull, derinslituto, 1874. p. 28; Archiino Veneto, vi, p. 382; VII, p. 129, dans Fiorclli, Noti-.ie degli scavi, 1876, p. 131; De Rossi, Bull, di arcli. cris!., 1874, p. 137 sq.; Corp. inscr. lat., t. V, n. 8738. — ' H. S. Crouin. inscription de Pisidie, Lijcaonie, Pnmplujlie, dans 77ie journal of Hellcnic sludies, 1902, t. XXII, p. 353. — ' Conservée au cercle militaire de

SEPVLTVRA PONATVR SCRIPTVM EST QVOD TIBI FIER! NON VIS ALIO NE FE CERIS

Ftiavius) Alalancus, domest(icus), ciim coniur/e sua Biic)torli]a arcam de prop[r]io suo sibi conparaverunl. Pelimus omnem clerum et cuncta(m) /ralernilatem, ut nullus de génère nnstro vel atiquis in hac sepiillura po'natur. Scriptum est : Quod tibi ficri non vis, alio ne feceris.

A Konia, la mention du domesUcus sur une épitaphe grecque * :

-j— "EvOa ZaTV.X!T£ C. £VX07.ZT0ç

SofxecTixoç Àavzcapûov ô xjsii; 'Iwâvviç "Aoupo; Tiv à;cav a[ù]Toù oux eTrXvîpuxTcV jxîjaooû.j ty, œù- 5 Toû (juvêsou T! àOy!7. £ijTaTo:[o]'.

Mais le plus important monument épigraphique est celui de Khenchela (l'ancienne Mascula), table de pierre, haute de 0'°62, large de 0">06 ^ Nous aurons à y revenir à propos du montanisme (voir ce mot) :

FLABIVS ABVS DOME

STICVS l(n)NOMINE PATRIS ET FILII[e/] DO(mi)NI MVNTANI QVOD PROMI SIT COMPLEVIT

L'étude de tout ce qui a trait aux domestici est du nombre de celles qui peuvent entraîner assez loin grâce au nombre considérat'le de monuments, de textes et de commentaires qu'on rencontre sur ce sujet, nous ne pouvions qu'en indiquer l'importance et l'étendue en souhaitant que, comme pour l'histoire des cubicularii, celle des domestici chrétiens provoque des recherches qui ne manqueront pas de dédommager, par l'intérêt varié qui s'y attachera, ceux qui les aitront entreprises.

Si du bas-empire nous passons chez les Francs, la fonction et ses titulaires ne sont pas moins abondamment documentés. Sans doute, le domesticus garde chez nos pères le sens qu'il avait primitivement et dont celui de « garde du corps » n'était qu'une restriction; il ne cesse d'être le familier, le serviteur. Un passage de la 'Vie de sainte Radegonde par Fortunat précise le sens et montre qu'il s'applique aussi bien aux serviteurs qu'aux grands personnages : qualiler vero si gais pro culpa criminali, ut adsoU't, a rege. deputabatur inlerûci, sanctissima renina moriebatur cruciafu, ne designatus rcus morcretur in gladio? Qunliler concursabal per domesticos fidèles servicntes et proceres, quorum b'.andimentis mulcebat animum principis, donec in ipsa ira régis unde proccsscrat sors morlis inde curreret vox salulis '.

Mais tandis que l'empereur, le préfet du prétoire ont des domestici, tandis que les mêmes fonctionnaires se retrouvent dans les royaumes barbares et qu'on signale une scliola dornesticorum autour d'Odoacre, chef des Hérules ' et autour de Théodoric, roi des Ostrogoths '

Khenchela. Corp. inscr. lat., t. viii, n. 2272: Supplem., p. 950: S. Gsell, dans Bull, archéologique du Comité des Iravaux historiques, 1901, p. 310, n. 7; P. Monceaux, Enquête sur l'épigraphie chrétienne d'Afrique, dans les Mém. présentés par divers savcmts à l'Acad. des inscript., 1907, t. xii, p. 232, n. 270; .1. Pargoire, Épitaphe d'une montaniste à IJorijlée, dans Echos d'Orient, 1903, t. vi, p. 02. Celte inscription date du v» siècle. — ' Fortunat, Vita Radegundis, 1. 1, c. x, dans Monum. Germ. hist.. Script, rcr. merov., t. n, p. 368. — ' Savigny, Geschichte des rômischen RecMs im Mitlelalter, 2« édil., 1884, 1. 1, p. 330. — 'llanso, Geschichte des oslgothisclien Rciches in Italien, in-8», Brcslau, 1824, p. 118.

DOMESTICI

les rois mérovingiens ont une garde eux aussi, mais qui porte le nom de truslis et ses membres sont appelés militt^s, siitellites, antrnstiones.

Il existe cependant des domeslici chez les Francs, ils sont même dignitaires jet sont qualifiés vir illaster, dans un certain nombre de diplômes royaux authentiques ^ de formules et d'autres documents. Il est d'un rang égal à celui du comte, avant lequel lui donnent place Grégoire de Tours ', la Loi ripuaire' et Fortunat, dans son éloge de Conda ■* :

Theadehercthus enim cnmitivœ priemia ressil.

Mox volait mfritns amplificare gradus.

Institua cupiens ut deinde dnmesticus esses.

Ces textes appartiennent au vi" siècle; au vif nous voyons dans la nomenclature des diplômes et actes ofliciels que le comte occupe la première place; à la fin du VIII» ces deux dignitaires sont mêlés: le dowesticus est nommé entre les comtes et les grafions, désignations latine et germanique de l'administration du pagus. En somme, cette alternance permet de croire que ceux qui occupent les fonctions et portent les titres de drincstici et de eomites marchent de pair.

On a fait observer que deux domestiei furent — parmi plusieurs autres probablement — élevés à l'épiscopat; ce sont Priscus à Lyon ^ :

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