‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 29 sur 251 · DALMATIE — DALMATIQUE · texte numérisé non relu

DALMATIE — DALMATIQUE

province romaine de Dalmalie, dans Bull, di archeol. e stor. daim., 1908, t. xxx, p. 172-179; La basilique de Salone, clans Bulletin de la Soc. nat. des anliq. de France, 1908, t. lxviii, p. 312-315; Les monuments clxTétiens du palais de DiocUlien à Spalalo, dans Bull, d'anc. litt. et d'archéol. citrét., 1911, t. i. p. 201-213; Le pilais de DiocUlien à Spalato, dans Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1908, p. 423-

DALMATIQUE. « Il n'est pas aisé à l'origine de distinguer l'aube, c'est-à-dire la tunique intérieure, de la dalmatique que nous verrons plus tard la recouvrir, sans la cacher entièrement. Dans la suite, la dalmatique devint un vêtement assez court, fendu latéralement sous les bras et garni de manches larges et courtes ; mais, au commencement, il ne semble pas qu'il en fut ainsi '. »

Les textes les plus anciens qu'on connaisse sur la dalmatique ne datent que de l'époque impériale. Lampride signale comme une excentricité de Commode l'usage de la dalmatique en public et au cirque ' et on retrouve ce vêtement sous le nom de chiridotas Dalmataram ' dans la vente de sa garde-robe après décès et il reparaît probablement chez Trebellius PoUio sous le nom de singilioncs dalmatcnses *. De ces textes on peut induire que le vêtement ainsi désigné était originaire de Dalmatie, ce qui est aussi l'avis d'Isidore de Séville : Dalmatica vestis primum in Dalmatia, provincia Grœcise, texta est, lunica sacerdolalis candida, cum clavis ex purpura ^ Déjà connu à l'époque républicaine, il ne s'introduisit qu'à l'époque impériale, quand les empereurs eurent la fantaisie de « lancer » des modes exotiques, ce qui ne laisse pas d'ailleurs d'être signalé par leurs biographes en termes qui contiennent un blâme. Enfin, ce vêtement était, au témoignage de Jules Capitolin, caractérisé par de longues manches.

Au iv" siècle, on retrouve dans l'édit de Dioclétien sur le maximum, de l'an 301 (chap. xvi et xvii), la mention de l'Usage fréquent de la dalmatique, en Orient '. « II existait en Asie-Mineure et en Syrie plusieurs manufactures importantes à ce point de vue, celles de Laodicée, de Tarse, d'Alexandrie de Commagène, de Byblos, de Scythopolis (au sud de Tibériade). Il y est question de dalmatiques lissées avec trois lices et sans clavi (oE/.aaTizTj àar|ij.o; toi;j.'.Toç), de dalmatiques en étoffe pelucheuse avec bandes de pourpre (5=).ij.ati/.f| XaîE'.o; ïyojii rop^jp»;), de dalmatiques pelucheuses à capuchon (osXaaTizoïjâçspTo; Xxie'.o;), de dalmatiques tout en soie ou mi-soie (6).03r|0iza{,Tj'J(ifii/. 01 i). Dans le chapitre xvii, les dalmatiques d'hommes et celles de femmes sont l'objet d'articles distincts : les unes et les autres sont classées d'après la qualité et les dimensions de l'étoffe '. Les dalmatiques d'hommes les plus chères en laine auraient coûté environ 210 francs,

' Rohault de Fleury, La messe, t. vu, p. 71. — " Lampride, Commode, c. vin. HélioRabale porta aussi en public ce vêtement. Lampride, Hélingabalc, c. xxvi. — • Jules Capitolin, Pertinax, c. vm. — * Trebellius PoUio, Claude, c. xvii. — 'S. Isidore, Elymologiœ, I. XIX, c. xxii, P. L., t. LXXMi, col. 684. — 'Le Bas et Waddington, Jnscrifilions grecques el latines recueitlie.i en Grâce el en Asie-Mineure, n. 535; Corp. inscr. lai., t. m, part. 2", p. SOI sq. — ' D'après M. 'WaddlnRton, il ne s'aRirait dans ce passage que du prix des pièces d'ètotle destinées aux vêtements; d'après iM. LtpauUe, L'édil du marimum, 1886, il s'agirait du vêtement confectionné. — ' C. Bayct, Dalmatica, dans Saglio-Potlicr, Dictionn. des anliq. grccq. el rom., t. il, p. 19-20; cf. Mommscnet Blûmmer, Das EdicI Diokletlans, xix, '.), ;iO, p. 35, 150, 153 (pour la laine); xxvi, 39-43, 49-53, p. 40, 170 (pour le lin); XIX, 12, p. 35, 150 (pour la sole). — • Wilpcrt, Le pitiure délie catacombe crixliane. In-fol., Roma, 1903, pi. 188, n. 2. — " I-e piilure, pi. 247. — " Acia proconsuluriu

celles des femmes 190 francs; les moins chères ne seraient que de 17 francs '. »

Dès le iii"^ siècle, mais pas plus tôt, on voit la dalmatique représentée sur les fresques des catacombes et elle est employée pour servir de vêtement de dessus, sauf une fois où elle est elle-même recouverte d'un manteau ' ; le cas le plus général est celui où la dalmatique laisse apercevoir les manches de la tunique de dessous '°. Le texte plus ancien qui fasse mention de la dalmatique dans la littérature chrétienne est celui qui rapporte les circonstances du martyre de saint Cyprien (le Carthage (septembre 258) : Et ita idem Cijprianus in aijrum Sexti produclus est et ibi se lacerna byrro rxpoliavit el genu in terra flexit et in orationem se Domino prostravit. Et cum se dalmatica expoliasset et diaconibus tradidisset in linea stclit '•. Il ne s'agit pas ici d'un vêtement ecclésiastique. D'après le Liber pontificalis, un peu plus tard, le pape Eutychien (275-283) défendit d'ensevelir les corps des martyrs sans dalmatique ou colobion ^- : qui et constituit, ut quicumquc de fidelium marlyrem scpeliret, sine dalmalicam aul colobium purpuratum nulla ratione sepeliret, texte douteux dont on ne peut déterminer l'origine et la valeur. II faut cependant remarquer que les termes dalmatica et colobium sont rapprochés par le mot aut qui marque leur équivalence, nous avons un autre indice de cette équivalence des deux termes dans l'édit du maximum de 301, qui en parlant des dalmatiques confectionnées en lin ajoute f-.n: zoXoô'.a i'.

Les Quœstiones Veteris el Novi Testamenti, composées selon toute apparence à Rome au iv siècle, montrent que le pape et les diacres faisaient usage de la dalmatique '*. On avait soutenu que David était prêtre et on le prouvait, croyait-on, en citant un passage de l'Écriture disant que David avait porté Vephod sacerdotal. L'auteur des QuBesliones réfute l'argument en disant que les diacres portaient la dalmatique tout comme les évêques et sans être évêques.

Au témoignage du Liber pontificalis, le pape Sylvestre (314-335) aurait imposé aux diacres la dalmatique comme vêlement ofliciel : Hic conslituil, ul diacones dalmaticas in ecclesia uierentur " ; d'après la Vita Silvestri publiée par Combefis, la dalmatique ne serait devenue vêtement liturgique que sous 1. ibère (352-3G6). Mais ces deux sources ne sont p.is du nombre de celles que l'on peut admettre sans discussion et leur témoignage demeure donc incertain. Ce fut probablement au cours du v= siècle que la dalmatique devint un insigne des diacres romains, mais le pape accordait quelquefois le droit de la porter à des diacres d'autres Églises; il ne faut pas espérer atteindre plus de précision et dire si la dalmatique fut adoptée par le pape et les diacres en même temps, ni si la dalmatique fut introduite pour distinguer les diacres des prêtres, comme l'avance le Liber pontilicalis. Tout ce qu'on peut avancer avec certitude, c'est que la dal-

S. Cypriant, c. v, dans S. Cyprien, Opéra, édit. Ilartcl, p. cxiii. — " Liber pond'/îcafis, édit. Duchesnc, t. i, p. 159; édit. Momnisen, t. i, p. 38. — " Waddington, op. cil., p. 182, identifie aussi dalmatique et colobium et cite Éplphanc. De hœres., I, xv : SE),(j.aTix»;. rifouv xo/O'iioivaj. C. Bayet, dans Diclionn. antiq. grecq. el rom., p. 20, établit une distinction. — '* Qaœstio xlvi, P. L., t. xxxv, col. 2246; sur l'auteur, cf. O. Bardcnhcwcr, Palrologir, 10-8», Frciburg, 1901, p. 387. Cet écrit nous reporte vers le temps du pontificat de Daniasc (360-:îSt) puisqu'on lit dans la XLV« question, A propos de la ruine de Jérusalem : El quis ambigal de hoc numéro, cnm Ircccnli circilcr anni nnnc luper hune numerum inuenianlur, P. [.., t. xxxv, col. 2'243. — ''' Liber ponli/iio/is, texte, Inlrodiietion cl commentaire par L. Duchesnc, Paris, 1886, t. i, p. 171 ; édit. Mommscn, t. I, p. 50; cf. avec la Vila Silvalri, dans Coinbcfls, Illus- Irium marigrum lecti trlumphi. 1660, p. 265, qui présente un» version dilTércntc,

DALMATIQUE

matique était en usage avant le commencement du VI» siècle. Les Églises provinciales prenaient modèle sur Rome: le pape Syramaque (408-514) concédait l'usage de la dalmatique aux diacres de Saint-Césaire d'Arles i et, un siècle plus tard, saint Grégoire le Grand accordait deux dalmatiques romaines avec la même autorisation à l'évèque .\regius de Cap pour lui-même et pour son archidiacre ^ Au vni» siècle même concession accordée à des diacres étrangers à Rome. La bulle du pape Etienne II (752-757), qui autorise l'abbé Fulrad de Saint-Denis (757) à employer six diacres au service divin, permet à ceux-ci de porter le vêtement d'honneur des diacres, la dalmatique ' : Congruum prospeximus... sex conslituere diaconos, qui slolam dalmalicœ decoris induantur, ut sic sacrum peraganl omni tempore minisleriam.

Cet usage ecclésiastique officiel ne détourna pas les laïques du port de la dalmatique au vi= et même au vu» siècle S ainsi que l'attestent certains textes et des monuments tels que les mosaïques et les ivoires; mais il semble qu'il y avait dés lors dalmatique et dalmatique. Jules Capitolin signale les longues manches du vêtement dalmate S et Ammien Marcellin, parlant de la dalmatique du diacre Maras, la décrit en deux mots : tunicula sine manicis ', enfin Jean Cassien décrivant le colobium des moines d'Ég\"pte dit qu'il n'a que de courtes manches qui atteignent à peine le coude ', et, au vn« siècle, les manches ont la moitié de la longueur totale du vêtement. Dans les catacombes, les orants seuls sont représentés avec la dalmatique qui s'arrête aux genoux; cependant, sur les bas-reliefs de l'arc de Constantin représentant une allocutio et une liheraUlaa. l'enipereiir et sa suite por-

3534. — Dalmatique à capuchon. Graffîte à la catacombe d'Hermès. D'après J. Wilpert, Le pillure délie Catacombe christiane, 1903, p. 87, n. S.

tant la dalmatique avec laquelle sont également figurés les consuls sur les diptyques, et Isidore, copiant Servius, parle de dalmatique qui descendait jusqu'aux pieds et c'est bien telle que nous la voyons sur les papes et les évèques représentés dans la décoration de la tombe de saint Corneille '. Ce qui semble avoir différencié la dalmatique du colobium, ce sont les manches

' Vita S. Cœsarii Arelat., 1. I, c. i\ , P. L., t. Lxvii, col. 1016 : Diaconos ipsius ad romanx instar Ecclesiœ dalmaticarum lecit habita prœeminere. — 'S. Grégoire le Grand, Epist.. 1. IX, epist. cvii, P. L.. t. Lxxvii, col. 1034. — ' JafTé, Regesta, a. 276; P. L., t. Lxx.xix, col. 1018. L'Ordo I romanus du VII' siècle désigne la dalmatique parmi les vêtements liturgiques du pape, et Jean Diacre dans sa description du portrait de saint Grégoire le Grand nous le montre portant la dalmatique sous la chasuble. — ' Jean Diacre, Vita S. Cregorii,\. Vt, c. LXXXiv. — ' Perlinax, c. viii. — ' .\mraicn Mar-

tien \Tsibles dans le premier vêtement, presque atrophiées dans le deuxième. Quant à la décoration au moyen de clavi (voir ce mot), elle ne modifie pas le type et la destination du vêtement •.

Mais, ce n'est pas tout, il y a dans l'édit du maximum de Dioclétien la mention de dalmatiques à capuchons, nous en trouvons de telles dans l'archéologie chrétienne : une fresque à la catacombe de la Nunziatella '" et un graflite à la catacombe de Saint-Hermès (fig. 3534)".

On voit, en parcourant les peintures des catacombes, le luxe s'introduire dans la dalmatique. .\u clavus trop large succède le mince filet élégant, sorte de ruban bientôt remplacé par de riches brindilles qui montent du bord inférieur jusqu'aux épaules ", ou bien par un

IMfACE

3535. — Épitaphe de Bellicia, Musée du Latran. D'après Marucchi, / monumenli del' museo cristiano Pio Lateranense, pi. xxxv, n. 4.

ruban orné d'un dessin fait d'une ligne en zig-zag, aux manches de larges franges, comme sur l'épitaphe d'une jeune fille de dix-huit ans, Bellicia, dont l'épitaphe est conservée au musée de Latran) (fig. 3535) " :

BELLICIA

QVE VIXYT

FEDELISSIMA

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