L. J.^LABERT
DAMASE. — I. Témoignages archéologiques.
II. L'église Saint-Laurent in Damaso. III. La basilique de l'Ardéatine. IV. Mobilier liturgique. V. Psalmodie. VI. L'ceu\Te historique. VII. L'œu\Te architectonique. VIII. L'œu\Te épigraphique. IX. Essai de classement. X. BibUographie.
I. TÉMOIGNAGES ARCHÉOLOGIQUES. — Le Liber ponlificalis nous dit au sujet du pape Damase : Damasus
' Liber pcintificalis, édit. Duchesne, 1886, t. i, p. 84, 1" octobre 366 au 11 décembre 384. — ' S. Jérôme, De viris illustribus, c. ciii. — ' F. P. Bayer et Benavidès et Checa, à la bibliographie: voir aussi Kûnstle, Antipriscilliana, Friburgi, 1905, p. 100. — ' Ihm, Damasi epigrammata, n. 57; et. Diclionn., t. ii, col. 865. — ' J. Wilpert, La seoperta delîe basiliche ciniiteriali dei Santi Marco e Mareelliano e Damaso, dans Nuovo bulletlino di arcbeol. cristiana. 1903, t. ix, p. 43-58, pi. ii-iii. — 'Peut-être faudrait-il lire : oc(o per annos (92 ans) ou encore : minus uHimiim annos (99) minits itno per annos (99). Damase mourut à près de 80 ans en 384, il était né vers 305 et fut pape en 366, à 61 ans. Laurentia ayant fait vœu de chasteté 60 ans avant sa mort, son fils Damase ne pouvait avoir moins de 60 ans quand elle mourut ; de plus sa soeur Irène
natione Hispanas ex pâtre Antonio sedit ann. X VIII, mens, m, dies xi ; fuit temporibus Julian: '. La chronologie du pontificat est certaine entre les deux dates 366 et 384; celle de la vie antérieure est plus indécise. Saint Jérôme écrit que prope octogenarius sub Theodosio principe morluus est '; d'après cet indice, nous pouvons fixer la date de naissance aux environs des années 304-305.
L'origine n'est pas beaucoup plus claire, encore que natione Hispanus ne semble laisser rien à désirer; mais Tillemont et Merenda n'en veulent pas entendre parler, tandis que Baronius et Pagi s'en accommodent. \u fond, ni les uns ni les autres n'en savent plus que ce que le Liber ponlificalis veut bien nous en dire '.
Sur les parents, nouvelle incertitude. Ici, Damase lui-même a pris la peine de nous renseigner. Une inscription dont il était l'auteur ornait l'église de Saint- Laurent in Damaso, près du théâtre de Pompée, et débutait ainsi :
Hinc pater exceptor lector levita sacerdos •.
Écrivain, lecteur, diacre et prêtre, le Liber pontificalis nous a conservé son nom : Antoine.
Une découverte nous a valu depuis peu le nom de la mère de Damase, d'après une inscription composée par le pape, disparue depuis longtemps, mais dont une
3547. — Fragment conservé de l'épitaphe de la mère de
Damase.
D'après Rôm. Quartalsch., 1908, t. x.xii, p. 154, flg. 25.
empreinte presque complète s'était conservée sur un bloc de marbre couvert d'enduit (fig. 1227 et 3547) ^
Hic Damasi mater posuit Laure[entia memb]RA Quœ fuit in terris centum mi/ius[undecim an]NOS • Sexaginta Deo vixil posl /œ[dera prima] Progenie quarta vidit quœ [Iseta nepotes]
La mère de Damase s'appelait Laurentia, mourut presque nonagénaire, consacra à Dieu les soixante années de son veuvage et \it la cinquième génération de ses descendants.
étant, semble-t-il. sa cadette, Damase ne'pouvait avoir moins de 61 ans quand mourut sa mère, peut-être était-Il déjà pape. On le croirait volontiers d'après ce Damasi mater qui semble désigner un personnage très en vue, tout comme on lira Damasi soror sur l'épitaphe d'Irène. Il semble donc que la mort de Laurentia se place vers 366-367 au plus tôt. L'épitaphe nous dit que ce vœu de chasteté sui\it le veuvage. .\ntoine, père de Damase, mourut donc au moins 60 ans auparavant, à supposer que le vœu ait suiW Immédiatement sa mort, donc vers 306 ou 307, c'est-à-dire presque au lendemain de la naissance de Damase et d'Irène. Si, d'après une conjecture dont nous parlerons dans un instant, Antoine était identique à l'évêque Léon, mort à quatre-vingts ans, il en résulterait que ce Léon aurait eu ses enfants à un .Ige où on se complaît d'ordinaire parmi ses arrière-petits-enfonts.
DAMASE
Enfin, Damase avait une sœur qui fit profession de virginité et se nommait Irène > :
Hoc lumulo sacrata Deo nunc membra quiescunt: Hic soror est Dcunasi, nomen si quseris, Irène. Voverat hsec sese Christo cum vita maneret.
Tout ceci est incontestable, encore qu'un peu sommaire. Il est regrettable et surprenant que Damase, versificateur infatigable, qui composa une épitaphe métrique pour sa mère et une autre pour sa sœur, ait néoUgé son père, car l'inscription de Saint-Laurent in Damaso ne mentionne ce dernier qu'indirectement et à l'occasion de bâtiments. La sépulture de famille se trouvait à gauche de la voie Ardéatine, c'est là que le pape vint reposer auprès de sa mère et de sa sœur. Cependant on s'est demandé, non sans vraisemblance =, si le père de Damase n'avait pas été inhumé sur la voie Tiburtine, à l'agro Yerano, près de la basiUque de Saint-Laurent. Là, en effet, furent trouvés, lors des fouilles entreprises, de nombreux fragments d'une inscription dont le texte intégral avait été depuis longtemps inséré dans les anciennes syUoges épigraphiques. Dès la découverte de ces fragments, en 1864, J.-B. De Rossi jugea qu'ils devaient appartenir à une composition du pape Damase '.
Voici le texte :
Omnia quseque vides proprio quaisita labore. Cum mihi gentilis jamdudum vita maneret, Institui cupiens censum cognoscere mundi. Judicio post mulfa Dei meliora secutus 5 Contemptis opibus malui cognoscere Chrislam. Hxc mihi cura fuit, nudos vestire petentes, Fundere pauperibus quidquid concesserat annus, Psallere et in populis volui modulante projeta. Sic merui plebem Cbristi retinere sacerdos. 10 Hune mihi composuit tumulum Laurentia coniunx Moribus apta meis semper veneranda fidelis. Invidia infelix tandem compressa quiescet, Octoginta Léo transcendit episcopus annos. Dep. die. prid. idus martias.
n s'agit d'un païen, homme livré aux soins de ce monde qui se convertit au christianisme et reçoit successivement les ordres de lecteur, diacre et évêque. Pour ce dernier titre, pas d'ambiguïté; pour le diaconat il est assez clairement désigné par les fonctions décrites (lignes 6 et 7); pour le lectorat est-ce bien ce titre qui convient ou celui de cliantre, nous avons déjà discuté le sens de ces deux termes (voir Dictionn., t. m, col. 352, au mot Chantre). L'évêque était marié, sa femme Laurentia lui survécut et lui-même mourut âgé de quatre-vingts ans sonnés et fut enterré sur la voie Tiburtine.
Est-ce le père de Damase ? lecior, levita, sacerdos (ceci peut s'entendre d'un prêtre ou d'un évêque) marié à une femme nommée Laurentia qui lui a survécu; void les points de ressemblance et les faits concrets, on peut ne pas les trouver décisifs, puisqu'ils se ramènent à ceci : Antoine, marié à Laurentia, entra en cléricature; Léon, marié à Laurentia, entra en cléricature; tous deux y suivirent la filière jusqu'à l'épiscopat inclusivement. Pareille chose peut se rencontrer, on n'en peut
' Ihm, JDnmosi epigrammala, n. 10. — ' O. Manicclil, OsserDOzioni sloriche ed epigraftche sulla Iscrizione récentemente scoperia detla madré del papa Damaso, dans Nuovo bull. di arch. cris!., 1903, t. ix, p. 59-108; et Propri.ila di una ipotesi per identi/icare la persona del padre del papa Damaso, dans /( ponliflcalo ilcl papa Damaso, 1905, p. 98- 122. — 'De Rossi, Bail, di arch. crisl., 1864, p. 54-.56; 1881, p. 20,37; Inscript. christ, tirb. Roma-, t. il, p. 92. n. 02; p. 106. n. 48; p. 107. n. .'.1 : Ihm, or>. ril., p. 38. n. 33.
disconvenir, encore que le nom de Laurentia soit rare, il ne l'est pas assez cependant pour faire admettre qu'il n'a existé à Rome, pendant le premier quart du ive siècle, qu'une seule femme ayant porté ce nom. D'ailleurs Léo et Antonius sont irréductibles l'un à l'autre et la ressource de faire d' Antonius un gentiUce et de Léo un nom de baptême ressemble un peu à une ressource désespérée. Léon mourut âgé de quatre- ^^ngts ans et la mère de Damase vécut soixante ans consacrée à Dieu après la mort de son mari, post jcedera prima; comme elle vécut elle-même quatrevingt-neuf ou quatre-vingt-douze ans, elle était donc veuve à \ingt-neuf ou à trente-deux ans d'un mari de quatre-vingts. On n'échappe à ce calcul qu'en supposant que post fœdera prima doit s'entendre d'une séparation volontaire des époux et non de la dissolution du mariage par la mort de l'un d'eux, mais on n'a pas d'exemple de cette locution employée par Damase autrement qu'avec ce dernier sens ♦. Enfin, les petites compositions versifiées de Damase qui nous sont parvenues dans l'original ou dans des copies intégrales nous montrent l'auteur avant tout préoccupé d'introduire son nom dans ses vers et ce serait justement sur l'épitaphe de son père qu'il aurait négligé de le faire. C'est jouer de malheur et si l'hypothèse reste ingénieuse elle n'est, jusqu'à la découverte de monuments nouveaux, rien de plus rien de mieux qu'une hypothèse.
De la jeunesse de Damase nous ignorons tout, sauf un trait qu'on peut rapprocher de la dévotion du pape pour les martyrs. Étant enfant, il avait questionné un bourreau sur le martyre des saints Pierre et Marcellin frappés par cet homme '.
Marcelline, tuos pariter, Petre, nosse triumplws. Percussor retulit Damaso mihi, cum puer essem.
Entre ses années de jeunesse et celles de son pontificat, Damase ne nous a laissé aucune confidence épigraphique de sa vie très occupée et il nous semble superflu de conjecturer qu'il fut élevé dans l'Église romaine, s'agrégea de bonne heure à son clergé, etc. Ce qu'on ne peut nier, c'est qu'il était connu entre ses collègues pour sa vertu, sa culture, sa capacité. Très estimé, partant très jalousé, il se montra partisan du pape Libère, en 355, flotta un instant et passa à l'antipape Félix II pour revenir à Libère lors du retour d'exil de ce dernier. Cette courte hésitation, Damase devait l'expier pendant des années. Son élection et son pontificat provoquèrent le schisme à s'acharner contre lui; nous ne nous attarderions pas à cet aspect étranger à l'œuvre arcliéologique du pape s'il n'avait inspiré un témoignage épigraphique fort précieux. Une épitaphe provenant probablement d'un cimetière romain est ainsi conçue (fig. 3548) * :
ERENI QVE VIXIT ANN PMXLV CVM CVPARE SVO FECIT ANNVS VIII QVE RECESSIT III NON IN :i PAGE SVB DAMASO EPISCO
Cette inscription porte une mention fort rare et qu'on a rencontrée sur une pierre du temps de son pré-
L'épitaphc est en ilcux fragments, n. 1 : ligne 16 7 inclus, trouvé en 1881 ; n. 2 : ligne 8 à 14 inclus, trouvé en 1857-
— ' Ilim, op. cit., p. 55, n. 53. — ' llim, op. cit., p. 34, n. 29.
— • Au musée de Latran ; MafTci, Miisciim Veroncnse, p. 300, n. G; Mamaclii, Origines chrislianœ, l. n, p. 237; Zaccorla, Stor. letterarla, t. ix. p. 176; t. x, p. 320; MorccUi, De slilo inscr. latin., édlt. Roniœ, I. II, part. I. cnp. m, p. 33'J; Do Rossi, Imcript. christ, iirb. Rnma; 1861. t. I, p. 100. u. 190.
DAMASE
décesseur », c'est la date indiquée par le pontificat. Dans ces deux cas isolés il ne faut pas voir un système chronologique nouveau, mais une affirmation publique de fidélité au pontife contesté. Celui-ci, à peine nommé, avait vu se former la faction d'Ursinus (ou Ursicinus) entraînant dans le schisme de nombreux partisans, et cette situation dura d'octobre 366 ft décembre 367.
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PMXlVCVMCVfAKB
SV0££CITAH>1V^VJH
3548. — Inscription romaine.
D'après De Rossi, Inscriptîones christianœ itrbis Borna
1861, t. I, p. ino, n. 190.
C'est dans ce laps de temps qu'une chrétienne nommée Irène voulut en mourant affirmer sa fidélité au pape légitime, au seul qu'elle considérait comme évêque de Rome et fit écrire sur sa tombe : recessit sub Damaso episcopo. L'oeuvre archéologique de Damase avait peu ;i peu disparu au fur et à mesure des désastres qui frappèrent les basiliques et ensevelirent les catacombes romaines. Le peu qu'on en savait on l'apprenait des indications sommaires consignées dans le Liber pontificalis en ces termes ' : fecil basilicas II, una via Ardiatina ubi reqiiiescit (abrégé Félicien); hic dedicnvit plaiomum in Catacumbas ", ubi corpora Pétri cl Pauli apostolorum jacucrunt, quam et versibus ornavil (abrégé Cononien); ce que répète avec amplification la rédaction postérieure *, qui ajoute une énumération du mobilier liturgique donné à la basiUque construite par Damase, et qui continue : hic constiluil ut psalmos die noctuque canerentur per omnes ecclcsias, qui hoc prœcepil presbiteris vel episcopis aut monasteriis. Qui eliam sepullus est via Ardealina in basilica sua m id. decemb. juxla matrem suam et germanam suam.
IL L'ÉOLISE Saint-Laurent in Damaso. — Le Liber pontificalis nous apprend que Damase jecit basilicas duas, una beato Laurentio juxta theatrum et alla via Ardealina ubi requiescit '. La première doit être identifiée avec la basihque de Saint-Laurent in Damaso et le théâtre désigné est le théâtre de Pompée. C'est dans ces parages que se trouvait la fondation de Damase, au miUeu du groupe monumental formé par le théâtre de Pompée, le temple de Vénus et le portique aux cent colonnes. « On voit les ruines de la cavea du théâtre de Pompée sous le palais del Biscione, dans la Via di Grotta pinta, près du Campo de' Fiori. Un grand portique s'étendait derrière jusqu'au théâtre actuel de l'Argentina et mettait le théâtre en communication avec le cirque Flaminien. Le Sénat avait là une curie
' De Rossi, op. cil., I. i, p. "S), n. 139. — = Liber poiitiflcalis, t. I, p. 84, 85. — * Voir Diclionn., t. il, Catacumbas (ad), col. 2493. — ' Liber pontif., t. i, p. 212 sq. — ' Liber pontificalis, édit. Duchcsne, t. i, p. 212. — ' O. Malucchi. Éléments d'arcliéol. chrét., 1902, t. m, p. 420. — ' Lanciani, Forma nrbis Romtv, pi. xx, xxi. ■ — ^ De Rossi, De origine, historia, indicibus scrinii et bibliotltccie Sedis apostolicœ, 1886, p. .XL. — ' H. Grisar, Le bibliotheche nelV antica classica e nei primi tempi cristiani, dans Civilta cattolica. 1902, série XVIII, t. vu, p. 715 sq.; t. viii, p. 463 sq. — '"De Rossi, Inscript, christ, iirh. Romir, I. ii, p. 134,
I spéciale, où fut assassiné Jules César, le 15 mars 710. Le plan de Septime-Sévère mentionne le theatr]VM POMPEI La curie de Pompée devait être vers Saint- André-della-Valle. Le portique hécatostyle s'étendait vers les Thermes d'Agrippa; il fut restauré par Arcadius et Honorius, ainsi que le rappelait une inscription copiée dans l'Itinéraire d'Einsiedeln '. »
Pendant la première moitié du iv siècle et peut-être dès le temps de Constantin, l'archive et la bibliothèque de l'iiglise romaine semblent avoir été dans le proche voisinage du théâtre de Pompée, par conséquent à très peu de distance du point où le pape Damase construisit la basiUque dédiée à saint Laurent '. Dés la deuxième moitié du iv« siècle, nous pouvons admettre l'existence de deux dépôts d'archives ecclésiastiques à Rome, mais nous ignorons la raison du choix fait de Saint-Laurent. La conjecture qui propose d'y voir l'emplacement de la maison paternelle de Damase est du domaine des choses invérifiables. Ce qui pourrait mieux expliquer le choix, c'est le long séjour du père de Damase attaché à la basiUque primitive en qualité d'exccptor ou notaire, de lecteur, diacre et prêtre ou évêque. L'existence de cette basilique primitive a été niée ", mais nous croyons qu'elle a existé • et que c'est là vraisemblablement que Damase débuta, sous l'oeil de son père, dans la carrière cléricale. Outre l'église, Damase renouvela le scrinium (voir Diclionn., t. ii, col. 864); en réalité, l'église de Saint- Laurent in Damaso était entourée de portiques de tous côtés, ainsi que le temple de Minerve à Pergame. Ces portiques servaient de bibUothèques et Damase, en rebâtissant l'égUse, conserva cette inscription de l'abside conservée par la sylloge épigraphique de Verdun, avec cette mention : ad ecclesiam sancti Laurenlii in Damaso, quœ aliu nomine appellalur in prasino, in illo throno " :
Hœc Damasus tibi, Cliriste deus, nova tecta dicrivi Laurenli sœptus martyris auxilio.
L'égUse primitive avait une orientation perpendiculaire à l'axe de l'égUse actuelle ". Dès l'entrée on lisait l'inscription " :
Cunclis porta palet, quis porrigit ubera mater.
qui paraît damasienne, et ceUe-ci dont : isti versiculi scripti sunl in introitu eeclesise ipsius " :
Hinc pater exceplor, leclor, levila, sacerdos. Crèverai hinc merilis quoniam melioribus actis, Hinc mihi proveclo Chrislus, cui summa polcstas, Sedis apostolicse volait concedere honorem. 5 Archivis jateor, volui nova condere tecta, Addere prseterea dextra lœvaque columnas, Quœ Damasi teneanl proprium per ssecula nomen.
Le témoignage de l'Itinéraire d'Einsiedeln prouve qu'au viii" siècle l'égUse portait aussi le surnom in prasino qui peut s'expliquer par le voisinage de létable des factions du cirque dont l'une était dite faclio prasina. Enfin la sylloge de Verdun nous apprend
n. 2 (cf. adn. ad n. 6); Armellini, Le cliie.'ie di Roma, p. 31; Liber ponlificalis, édit. Duchesne, t. I, p. 214; M. Ihm, Dcunasi epigrammata, p. 57, n. 55. — '' L'entrée était sur la via del Pellegrino, souvenir des pèlerins d'alors qui se fournissaient de souvenirs et il'onranilcs dans la nia de Coronari. — "Jean Dondi nous a conservé cette inscription qui est, ditil, in limine siiperiore porliv ecclesiœ S. Laurentii in Damaso, dans cod. \'cnet. Marc, lai., X'V. 223, et. Corp. inscr. lat., t. vi , part. 1, p. xxvii; De Rossi, Inscripl. citrist., t. ii, p. 329, 332, n. 5': M. Ihm, op. cit., p. 57, n. 56. — " De Rossi, op. cit., t. ii, p. 13."), n. 7; p. 151, n. 23; M. Ihm, op. cit., p. 58, n. 57.
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qu'on llsdt ces vers ad tontem. mais ils ne sont certainement pas de Damase ' :
Iste salutares jons continet inditus undas
Et solet humanam purificare luem Mnnici sacrati quœ sint vis scire liqiwris :
Dont regnalricem flumina sanda fidem 5 Abhie jonle sacro vderis conlagia vitœ.
Omnium {dix, vive renalus aqua.
Hune lonlem quicumque petit, terrena relinquit.
Subicil et pedibus cœca misteria.
Sous le pontificat d'Hadrien I" (772-795) le corps de Damase fut transféré à Saint-Laurent m Damaso et on peut Ure déjà sur la sylloge de Lorsch : in eedesia beali Laurentii marliris in qua requiescit sandus Damasuspapa K La basilique restaurée par HadrienI" et Léon III fut démolie en 1495 et rebâtie dans un autre sens; la tombe du pape Damase se trouve sous le maître-autel.
111. La basilique de l'Ardéatine. — Le Liber pontificalis (abrégé Félicien) nous apprend encore que Damase fecit basilieas duas, una via Ardiatina ubi requiescit. et plus loin : sepultus est in basilica sua m id. decemb. cum maire sua et germana =. C'est de la crypte de cette basilique située sur la voie Ardéatine que nous possédons une attestation épigraphique ♦ :
LOCVS TRI SONVS Vie TORIS INCRV TA DAMASI
Nous avons déjà décrit la crj'pte de Damase (voir Didionn., t. ii, col. 145-147), dans laquelle son corps demeura jusqu'au vii« siècle, puisque nous pouvons lire dans les Itinéraires les indications suivantes : et dimittis viam Appiam et pervenies ad s. Marcum papam et martyrem d postea ad s. Damasum papam {et martyrem) via Ardeatina ' — et prope camdem viam (Ardeatinam) s. Damasus papa depositus est, etc. ' — inler viam Appiam et Ostiensem est via Ardeatina, ubi sunt Marcus et Marcellianus, et ibi jaed Damasus papa in sua eedesia '. Ce fut sous Hadrien 1" (772-795) que nous pouvons constater pour la première fois le transfert du corps dans l'intérieur de Rome, à Saint-Laurent in Damaso, ubi requiescit corpus s. Damasi '; cette translation aura pu vraisemblablement avoir lieu sous le pontificat de Paul 1" (757-767).
L'attestation d'une tombe voisine de celles de sa mère et de sa sœur a permis de situer avec certitude la tombe de Damase depuis la découverte de l'épitaphe de sa mère, au cimetière de Balbine ' (voir Dictionn., t. II, col. 147, fig. 1227). D'où venait cette épitaphe ? Probablement d'un lieu très proche de celui où elle a été trouvée, un cœmderium Damasi voisin du cime-
> De Rossi, op. cit., t. II, p. 13.5, n. 6; Bull, di arch. crtst., 1884-1885, p. 10; M. Ihni. op. cil., p. 101, n. 101. ' Cod. Laureshamensis, nunc l'ulalimis 1133 du ix» siècle; M. Ihm, op. cit., p. 58,— ' Liber pontificalis, éd. Duchcsne, t. I, p. 84. — * Inscription vue par Marin! apud Sacristain ponttflcis e ccem. S. Sébastian i ,• cl. I )e Rossi, Borna sotleranea, t. m, p. 424, cf. t. I, p. (il ; Dictionn., t. il, col. 152. • De Rossi, Borna solterraneu, t. i, p. 180, 181 ; ms. Vienne 795. — • Ihld., t. I, p. 141; ms. Vienne lOOS. — ' Ibid., Guillaume de Malmesbury. — * Liber pontipcalis. édit. Duchesnc, 1. 1, p. 500. — • De Rossi désignait une région du cimetière de Domitillc sur la vole Ardéatine. — '«Bosio, Borna sotlerranea, 1632,1. III, c. xiil. Le P. Mnrclil se montrait disposé lui aussi ù placer la sépuMurede Damase A gauche de la vole Ardéatine. — " .1. Wllpcrt, La scnperla délie basiliclw rimlteriall riei siinli Marco c Marcelliano e Uamaso, dans Nuovo bull. di arch. crist..
tlère de Marc et Marcellien, dont Bosio avait eu comme un pressentiment quand il avait proposé de situer ces deux cimetières dans la partie du cimetière de Calliste qui s'étend Ira la via Appia e la via Ardeatina ">. Désormais remplacement du ccemeterium Damasi ne fait plus question, mais le lieu exact de la tombe du pape reste à retrouver. Sans doute, nous savons que le cubicule du pape était décoré d'une figure du Christ au milieu des douze apôtres, que la mère du pape avait non un loeulus mais une tombe a forma, dans le pavement, que le cubicule de Marc et Marcellien était presque contigu à celui de Damase"; il n'en subsiste pas moins bien des inconnues au point de vue topographique 1^
Si l'on s'en tient au témoignage du Catalogue des cimetières et même au Liber pontificalis (notice de Jean VII), le cimetière de Damase est différent de celui de Marc et Marcellien, tandis que les deux cubicules qu'on leur attribue sont si rapprochés qu'ils ne peuvent que faire partie d'un même cimetière. En outre, la notice de Damase dit qu'il fit une basilique via Ardeatina ubi requiescit, ce qui ne s'accorde pas avec le cubicule attribué à la sépulture et dont la décoration est antérieure à Damase, à peu près de la première moitié du iv« siècle ". Ce cubicule, Damase n'eut pas à le faire préparer puisque sa mère, morte la première des trois, fut enterrée dans le sol. preuve que la tombe principale était déjà occupée. De plus, un cubicule n'est pas une basilique, si réduite qu'on la suppose ", et ne peut être équiparé en aucune manière à l'édifice désigné sous le nom de Saint-Laurent i;i Damaso. Or, c'est bien dans une basilique, et construite par ses soins que le pape reposa : sepultus est via Ardeatina in basilica quam ipse fecit, Ut-on dans l'abrégé Cononien ; il faut donc renoncer au cubicule et chercher la sépulture ailleurs ou dans une basilique élevée à ciel ouvert 11 est non seulement possible, mais vraisemblable que Laurentia, mère de Damase, mourut avant la construction et même avant le projet de sépulture commune, en conséquence elle fut inhumée dans un cubicule honorable, bien décoré, et reçut de son fils une épitaphe versifiée qui ne fut pas gravée en caractères philocahens parce que probablement, à cette date, Damase n'avait pas encore recouru au graveur ou bien l'alphabet de celui-ci n'était pas composé '». Plus tard, quand la basilique fut construite, le corps de Laurentia y fut transporté, mais l'inscription ne le fut pas puisqu'on a la preuve qu'elle séjourna dans le cubicule (voir Didionn., t. ii, col. 146). Ainsi dédaignée par son auteur, retournée, ignorée, cette épitaphe demeura inconnue à tous les collecteurs d'inscriptions romaines du haut moyen Sge. La basilique ne fut construite qu'après l'élection de Damase et bien probablement avec l'apaisement du schisme de Ursicinus; or Laurentia paraît être morte au début du pontificat de son fils et avant que la basilique fût construite.
1903, t. IX, p. 43-58. — " Dans la discussion cpii va suivre, je suis et j'adopte presque sans restrictions la démonstration présentée par O. Marucchi, Osserva:zioni sulla iscrizione recentemente scoperta delta madré del papa Damaso, dons NuoDO biillettino, 1903, t. ix, p. 59-108; Brcuc aggiiinin ail' articolo sulla iscrizione dclla madré del papa Damaso, dans Nuouo bull, 1903, p. 195-198, reproduite en partie dans // pontiftcato del papa Damaso c la storla délia sua famigtla, Romn, 1905, p. 63-98; voir aussi Discussione crilica sut luogo rccenlcmcnlc atlribuito ai sepolcri del papa Damaso c dei martiri Marco e Marcelliano pressa la via Ardeatina, dans A'iiouo huit., 1905, t. xi, p. 191-230. — '■ Wllpert. Le pillure dellc calacombe romane, p. 220. — " Sur l'application du mot basilica aux martyria, voir Diclionnaire, d'archéologie cbrHienne et de liturgie t. i, nu mot Ar.AiNr. — " De Rossi. Boina solterraneu, t. m, p. 241; Bullettino di arclieologia crisllana, 1888-1889, p. 146-151.
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Nous savons de Damase lui-même qu'il avait songé à préparer sa tombe dans la crypte papale ' :
Hic, jalcor, Damasus volui mea condere membra Sed cineres limui sanctos vexarc piorum,
et il semble évident qu'il n'avait souhaité cet illustre voisinage qu'après son élévation au pontificat. A ce moment donc il n'avait pas encore fait choix d'une sépulture, ce n'est qu'après qu'il fit construire une basilique dans ce but sur la voie Ardéatine. N'est-ce pas à proximité du lieu où avait été déposée Laurentia qu'il arrêta son choix ? Peut-être la basilique s'éleval-elle précisément au-dessus de la crypte où reposait provisoirement Laurentia et qu'on désigna parfois — le marbre cité par Marini en témoigne — sous le nom de ; crypla Damas i.
IV. Mobilier liturgique. — A la basilique de Saint-Laurent in Damaso, le pape affecta un mobilier liturgique inventorié par le Liber ponlificalis, ainsi que les revenus de quelques terres ^
Hic constitua tilulum in urbe Roma basilicam quarn ipse conslruxil, ubi et donavil patenam argenleam pcns. lib. XX, ainam argenteam pens. lib. XV, scyphum anaglylum pens. lib, X, calices ministerialcs urgenteos V pens. sing lib. III, coronas anjentcas V pens. sing. lib. VIII, cantara cerostala œrca X VI, dumus in circuitu basilicœ priest. sol. CLV, possessio Papirana lerrilurio Ferentino cuni adiacentibus adtiguis priest. sol CXX et tremissium, possessio Antonianani lerrilurio Casino prœst. sol CIII, balncum juxla tilulum prœst. sol. XXVII.
V. Psalmodie. — Hic constituit, lit-on encore dans le Liber pontificalis, ut psalmos die noctuque canerenlur per omnes ecclesias, qui hoc prœcepil presbiteris vcl episcopis aut monasleriis '. « Le décret sur le chant des psaumes a tous les caractères d'une interpolation : il manque aux abrégés de la première édition; il occupe une place insolite, entre les ordinations et la sépulture; enfin, il contredit la notice de Célestin qui attribue formellement à ce pape l'introduction de la psalmodie dans l'office liturgique. On discerne aisément la raison de cette retouche ; c'est le souvenir de la correction du psautier exécutée par saint Jérôme à^u demande du pape Damase, et plus^précisément, c'est l'influence de deux épitres apocryphes soi-disant échangées entre Damase et Jérôme à propos de cette correction. 11 y a, en effet, dans celle de Jérôme une expression qui se retrouve ici : Precatur ergo cliens tuus ut vox isla psallenlium in sede tua romane diu noctuque canatur. Une fois cette lettre acceptée comme authentique on ne pouvait manquer de croire que Damase avait accueilU le vœu de Jérôme et institué la psalmodie dans l'église *. »
■yi. L'œuvre historique. — « Le pape Damase est très populaire chez les archéologues de nos jours, à cause des belles inscriptions dont il orna les tombeaux des martyrs romains. Les pèlerins du haut moyen âge les copièrent avec avidité; quelques-unes se sont conservées entièrement; d'autres se retrouvent en fragments dans les fouilles des catacombes. Tout le monde connaît leur belle calligraphie. Jamais plus mauvais vers n'ont été transcrits avec un tel luxe. S'ils n'étaient que mauvais I Mais ils sont vides d'histoire, obscurs, et ne contiennent guère que des banalités. Ainsi témoignent-ils que la tradition locale sur les martyrs était à peu près effacée au temps où le pieux pontife cherchait à la fixer. Son dessein, toutefois, doit être relevé.
' Ihm, op. cit., p. 18, n. 12. — • Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, p. 212 sq. — • Ibid. — ' Ibid., 1. 1, p. 214. — ■ 'Ductiesne, Histoire ancienne de l'Église, 1910, t. ii, p. 482-483. — ' Prudence, Péri Stcplianôn, hynui. il, vs. 541- 544. — ' Prudence, Péri Utephaiiôn, bymn. XI, vs. 8. Pour la
Fort contesté, àprement combattu, et par des gens qui se targuaient d'un zèle supérieur, Damase sentait le besoin de se concilier les sentiments du populaire. Or celui-ci s'intéressait de plus en plus aux héros des anciens temps. Ressaisir leur histoire eût été à peu près impossible. Elle eût d'ailleurs été à peu près toujours la même. Mais l'autorité ecclésiastique était en situation de savoir où les martyrs avaient été enterrés; il lui appartenait de diriger vers des tombes authentiques un mouvement de piété qui aurait pu s'égarer ailleurs; en s'y associant hautement, elle maintenait, entre elle et la multitude des fidèles, une indispensable communion de sentiments '. «
L'œuvre archéologique et historique du pape Damase, indépendamment des préoccupations dont elle a pu s'inspirer, mérite peut-être mieux que ce dédain. Par suite des circonstances issues de la persécution, l'Église de Rome était, au moment de la paix de l'Église, la plus dénuée d'Actes authentiques, bien qu'elle fût, de toutes les Églises, la plus riche en tombes saintes. Un contemporain de Damase, famiUer des catacombes, nous dit que "
Vix jama nota est, abdilis Quam plena sanclis Roma sit, Quam dives urbanum solum Sacris sepulcris floreat.
Cependant beaucoup de ces tombes risquaient de retomber sous peu dans l'anonymat; non que l'cpitaphe fut effacée ou arrachée, mais sa concision se prêtait mal à l'identification d'un personnage illustre parmi beaucoup d'homonymes inconnus. Exceptionnellement, la situation d'une tombe signalait son occupant, comme c'était le cas pour la crypte papale où un simple nom suflisait à rendre toute confusion impossible, parfois même l'épitaphe portait la mention brève tlu titre de martyr, comme pour les papes Corneille et Fabien, les saints Protus et Hyacinthe, Calocerus et Parthenius; d'autres tombes portaient une épitaphe plus développée : aut nomen aut epigranuna uliquid, dit encore Prudence '. Les seules epigrammata un peu détaillées relatives aux martyrs romains sont postérieures à la paix de l'Église, et c'est ici que Damase se fait connaître. « Quelquefois ses vers ont pour sujet des personnages des deux premiers siècles, comme l'éloge des saints Nérée et Achillée : dans ce cas Damase ne saurait être considéré comme l'écho d'une tradition orale et encore vivante; il a pu cependant recueillir des documents écrits que nous n'avons plus, ou s'inspirer de quelque ancien monument. Mais le plus souvent les martyrs célébrés par Damase appartiennent à une époque moins éloignée de son propre temps. Un grand nombre de ses compositions épigraphiques sont consacrées à des victimes de Dèce et de Valérien, antérieures d'un demi-siècle seulement à la naissance du poète. On accordera qu'il a dû être ordinairement bien renseigné, si l'on se souvient du soin, quelquefois attesté dans ses vers mêmes, avec lequel il recueillait les traditions chrétiennes de Rome, et si l'on songe que les marbres sur lesquels un ciseau d'une rare élégance grava les poèmes un peu lourds de Damase ont souvent remplacé la décoration plus simple de tombeaux primitifs, au sujet desquels ni l'oubli n'avait eu le temps de se faire ni la légende n'avait eu le temps de naître.
« La valeur historique des poèmes de Damase en l'honneur des martyrs augmente naturellement à
période antérieure à la paix de l'Église on ne connaît guère d'exemple, à Rome mCmc, d'un epigramma. M. P. .\llard mentionne A Puito celui de la cliréticnnc Zo/imc, • œu\Te émue d'un contemporain, peut-être d'un témoin de son martyre '.Histoire des pcrséculioas, 3' édit., 1908, t. iv,p. xxvi.
DAMASE
mesure que ceux-ci se rapprochent du temps où il a vécu, et appartiennent à des persécutions dont il put dans son enfance connaître les survivants. On verra, à propos de deux martyrs du commencement du iv^ siècle, Damase mettre en vers le récit de leur supplice, tel qu'il le recueillit, enfant, de la bouche du bourreau '. Une attestation de ce genre a, sous sa plume, d'autant plus de force, qu'avec une sincérité bien remarquable, il emploie, dans un petit nombre de ses poèmes, des formules dubitatives, et nous avertit qu'il ne se porte pas garant personnellement des faits -. » 0 Mais le plus souvent, remarque M. De Rossi, il raconte sans hésiter, ou, pour mieux dire, fait allusion à des événements de notoriété pubhque. Dans ses compositions, rien qui sente la légende: les Actes des martyrs écrits aux siècles suivants, dans leurs parties suspectes ou manifestement fausses, n'ont rien de commun avec les notices recueilUes ou attestées pai- Damase. Si l'on compare, par exemple, son éloge de Nérée et Achillée avec leurs actes apocryphes, l'éloge de Saturnin avec ce que racontent de ce martyr les actes de saint Gyriaque et du pape Marcel; l'éloge de ce dernier avec ses actes; l'éloge du pape Eusèbe avec les détails légendaires donnés sur lui au Liber ponliflcalis, on verra clairement que les poèmes épigraphiques de Damase sont absolument distincts des récits apocryphes qui eurent cours à Rome vers la fin du v» siècle et les premières années du vi« '. »
Mais la réputation du pape Damase mérile la patience d'une exposition plus minutieuse.
Beaucoup de tombes saintes commençaient à être inabordables depuis des années et l'oubli se faisait sur leur emplacement exact. Damase venait encore à temps pour recueillir les récits des témoins de l'inhumation ou du culte naissant de tel ou tel martyr. 11 y fait allusion rapidement quand, sur l'inscription d'Eutychius, il écrit ' :
QVAERITVR INVENTVS COLITVR
et sur celle des martj rs Protus et Hyacinthe ' :
Aspice descemtiiii, cf/jNES MIRAlftiiLE FACT['(m Sanctonim nw)iitmcHla rJlDES [f)'7/]EFACT[a f^epti]
[LCRHIS
ainsi le Liber punlilicalis n'exprime que l'opinion générale en disant : Hic inulla corpora sanctorum rcqiiisivil el invertit °. D'ailleurs son activité s'étendait bien au delà des environs de Rome puisqu'elle allait prendre soin de la crypte du martyr Alexandre enseveU au "il"^ mille de la voie Cassienne ', et jusqu'au mont Soracte où se conservait le souvenir d'une épigraphe damasienne '.
Le fait pour les martyrs d'avoir fait l'objet d'une de ces épigraphes devint l'équivalent d'une reconnaissance ou d'une proclamation solennelle, ainsi que nous le voyons par l'inscription rédigée sous le pape Vigile • :
[martyres] [Da|MASVS SIBI PAPH PROBATOS AfHxo monuil carminé jure coli.
Pour plusieurs martyrs, tels que Pierre et Marcellin, Hippolj-te et même Nérée et Achillée, le poème damasien est la source historique la plus sincère que nous ayons sur ces personnages. Prudence, si consciencieux d'ordinaire, ne fait que développer les indications fournies par Damase sur saint llippolyte et la Passio de Pierre et Marcellin enchâsse dans un récit du
' Ihm, Damasi cpigrammala, p. 34, n. 2'.) : perciissor retulil mihi Damaso, cum puer essem. — 'P. Allard, op. cil., t. iv, p. xxvi-xxvii. — • De RossI, Bull, di arch. crist., 1883, p. 28. — « Ihm, op. cit., n. 27. — ' De Rossl, Bull, di arcli. crist., 1894, p. 32 sq. — • Liber imntiftcalts, édil. Mommscn, t. i, p. 83. — ' De Rossi, Bull, di arch. crtsi., 1875, p. 14(3, 147. —
VI» siècle, comme pour l'authentiquer, l'inscription du iv° siècle.
Fils d'un exceplor ou notaire de l'Église romaine à l'époque des persécutions, Damase était lui-même une source traditionnelle n'ayant pas pu ne pas entendre, dans son enfance et sa jeunesse, les récits, les racontars de l'entourage familial dont la situation l'aura mis à même d'interroger, de fréquenter tout un personnel administratif assez mélangé, parmi lequel prend place un bourreau de la dernière persécution. Ce n'est donc pas seulement aux autres mais encore à lui-même, à ses souvenirs d'enfance qu'il demandait un demi-siècle plus tard la trace des Ueux marqués par une exécution ou par une tombe. Ce pape si contesté, si occupé, avait un tempérament de savant laborieux et solitaire, et s'accordait la joie de créer une bibUothèque, ne connaissant rien de plus honorable et de plus sûr pour porter son nom à la postérité " :
Archivis jaleor volai nova condere lecta...
Qux proprium Damasi teneant per sascula nomen.
Les contemporains ne s'y trompèrent pas et imaginèrent Damase comme le chroniqueur idéal. Au VF siècle, un apocryphe lui attribue la composition du Liber ponliflcalis dont le premier jet ou la trame, pour ainsi dire, fut fournie par le catalogue pontifical de Pierre à Libère, avec dates et notices, inséré dans le Chronogruplie de 354 par Philocalus. Une première édition avait été faite en 336, celle de 354 était illustrée, rien n'indique que Damase y ait collaboré, cependant, en 354, il était diacre et son amitié avec Philocalus est connue, aussi peut-on se demander si saint Colomban n'a pas recueiUi quelque souvenir quand il a associé le nom de Damase à la rédaction du Chronographe de 354 ".
Damase dans ses épigrammes a d'ailleurs des scrupules critiques plus dignes d'un archiviste que d'un poète. Il est sans cesse préoccupé du degré de véracité de ce qu'il raconte : \'ita fuit Marci quam novimus omnes '-; ou bien: (Marcelli) Damasus volait comperla referrc ". Nous avons déjà rappelé qu'il invoque le témoignage du bourreau des martyrs Pierre et Marcellin ". Ce sont encore ces prudentes formules : Fama rejert sanclos dudum rctulissc parentes " et : Hac audita rejert Damasus; probat omnia Cltristus ".Quand il n'a pas à apporter ces réserves, Damase allirme, raconte, ou plulùl rai)pclle brièvement ce que tous ses lecteurs connaissent ou i)ourronl se faire raconter. Nulle légende et aucun point de contact avec les compositions hagiographiques composées à une époque postérieure.
Chose regrettable, aucune mention chronologique mais de vagues banalités conune : Tempore quo gladius secuit pia visccra matris qui a dû paraître à Damase une de ses plus heureuses trouvailles et qu'il emploie pour désigner les persécutions les plus anciennes comme les plus rapprochées.
Comme il n'existe aucun recueil ancien des poésies de Damase, nous sommes dans 1 ignorance du nombre de celles qu'il composa et du nombre de celles qui sont définilivemenl pcidues. C'est l'histoire qui porte la peine, car, si les poèmes damasiens que nous possédons nous manquaient, on s'aperçoit de tout ce que nous ignorerions de plus sur le passé de l'Église de Rome, jusqu'à la fin du iv" siècle.
Dés le VI" siècle, au cours des violences commises
• De Rossl, Bull, di ardu crist, 1884-1885, p. 30-31. — ' Ihm, op. cit., p. 93, n. 83. — '" Ihm, op. cit., p. 58, n. 57. — " L. Duchcsnc, Liber ponliflcalis, t. i, p. .xxxtv, n. 1. — '" Ilim, op. cit., p. li, n. 11. — " Ihm, op. cit., p. 51, n. 48. — " Ihm, op. cil., p. M, n. 2'.t. — " Ihm, op. cil., p. 43, n. 40. — " Ihm, op. cit., p. 42, n. 37.
DAMASE
par les Goths aux alentours de la Ville, la plupart des marbres sur lesquels les inscriptions damasiennes étaient transcrites, furent brisés. Le résultat en est encore visible aujourd'hui en présence des fragment;, retrouvés, mais la date historique de la destruction est attestée par une importante inscription. De mars 537 à mars 538 les Goths étaient venus, sous la conduite de Vitigès, mettre le siège devant Rome. Maîtres des voies consulaires, ils avaient leur camp sur la via Salaria, à peu près au-dessus du cimetière de Priscille; un autre, plus étendu, au cinquième mille de la via Appia, à la villa Qainliliorum qui garda le nom de cainpiis barbaricus '. Les aqueducs furent rompus, les catacombes dévastées. Ecclesise et corpora sanctorum marlyrum exlerminata sunt a Gothis, rapporte le Liber ponlificalis -. Vitigès dut lever le siège et, à peine se fut-il éloigne, que le pape Vigile entreprit la restauration des monuments chrétiens. Il fit recopier sur de nouvelles plaques de marbre beaucoup d'inscriptions
Toutes les inscriptions damasiennes n'avaient pas péri, celle de sainte Agnès sur la voie Nomentane demeurait intacte, mais dans les inscriptions refaites au vii; siècle la correction était déjà moins grande que dans les originaux, comme nous l'avons vu pour l'inscription du pape Eusébe. Au siècle suivant, les pèlerins commençaient la composition de ces inestimables sylloges épifiraphiques dont le prix historique ne doit pas faire méconnaître la décadence grammaticale. C'est grâce aux sylloges que le souvenir des poèmes damasiens se conserva jusqu'au i.x= siècle. A partir de cette date il n'en est plus question, sauf pour la pièce concernant le souvenir des saints apôtres Pierre et Paul à la Platonia, pièce qu'on retranscrivit au xip ou au xiii= siècle, d'après une copie fautive, l'original ayant peut-être alors disparu. Aux xiv» et xv= siècles, le simple souvenir des épigrammes damasiennes est entièrement aboli et il faut attendre le xv« siècle pour voir reparaître au jour l'inscription relative aux tra-
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3549. — Inscription du pape Vigile. D'après O. Marucchi, I monumenli del museo Pio Laieranense, 1911, pi. xlvi, n. 6.
damasiennes qui avaient été brisées, notamment celle du pape Eusèbe, et plaça dans les catacombes une inscription commémorative, dont un fragment fut retrouvé au cimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin et transporté de là au musée de Latran où il est conservé (fig. 3549) :
Dum peritura Getae]POSVlSSENT CASTRA SVB VRBE
moverunt sanc]T\S BELLA NEFANDA PRIVS istaque sacrileg]0 VERTERVNT CORDE SEPVLCHRA moTtyribus quo]NDla]M RITE SACRATA PUS quosmonstranteDt]0[Da]MASySS\B\ PAP*PROBATOS afflxo monail carminé iure coli.
sed periit litulus con/rado marmore sa NCTVS,
nec tamen bis iterum passe lalere fuit : dirula Vigilius nam mox hœc papa ^emiSCENS hosUbus expulsis omne nooavil opVS.
Cette pièce parut si satisfaisante qu'on en fit plusieurs transcriptions et ces divers marbres furent placés sur des tombeaux violés par les Goths '.
' Aujourd'hui Roma oecchia. — » Liber pontiflcalis, édit. Mormnsen, p. 145. Cette inscription décorait le tombeau des saints Vital, Martial et .Alexandre, trois des sept fils de sainte Félicité, au cimetière des Jordani, sur la voie Salaire. De Rossi, Borna soHerr., t. i, p. 176, 177; Bull, di arch. crist., 1884-1885, p. 154. Le texte du poème conservé dans le ms. de Lorsch fut publié par Gruter, op. cit., p. 1171, n. 4 (de qui dépendent Baronius, .innal., ad ann. 384; Sarazani, n. 22; Rivinus, n. 24; Mai, t. v, p. 411, n. 8, etc.); le texte conservé dans les ms. de Lorsch et de Verdun lut publié par De Rossi, Inscript., t. il, p. 100, n. 18; p. 137, n. 20; M. Ihm, OD. cit., p. 93, n. 89. En outre : De Rossi, Bull, di
vaux de drainage du cimetière du Vatican. La beauté de l'original, l'intérêt du texte attirent l'attention de Maffeo Veggio et peu après Pietro Sabino, l'ami de Pomponius Lsetus, accueille cinq poèmes damasiens dans son recueil des inscriptions de Rome chrétienne, trois d'après les originaux (n. 4, 27, 31), deux d'après les manuscrits (n. 1, 2) *. Vers le milieu du xvii« siècle on connaissait cinq inscriptions originales entières (n. 4, 27, 31, 40, 53) ', une brisée (n. 49) " et toutes existent encore, sauf le n. 31, qui fut brisé au xviip siècle seulement.
On peut dire que c'est aux travaux, à la perspicacité et à l'obstination de J.-B. De Rossi que nous devons de connaître d'une manière à peu près complète l'épigraphie damasienne, en sorte qu'aujourd'hui nous possédons plusieurs inscriptions intactes (n. 4, 27, 40, 53), presque intactes (n. 12, 22), en fragments d'environ la moitié (n. 19, 35, 49), par fragments (n. 7. 13, 24, 25, 36, 37, 54, 59, 59a, 60), en lettres non philocaliennes ' (n. 8, 10, 17, 18, 26) et quelques fragments de dimensions minuscules. En ces dernières années, M. J. Wil-
archeol. crist, 1877, p. 21 ; Museo Pio Laleraneiv^c, dans Triplice omaggio, pi. m, n. 6; Th. Roller, Les catac. de Rome, t. I, p. 217 sq. ; Duchesne, Liber pontifîcalis, t. i, p. 294; Wilpert, dans Rômisclie Quartalschrilt, t. il, p. 113 sq. — ' Quelques autres compositions datant aussi du pontiQcat de Vigile nous ont été conservées, elles ne mentionnent pas Daraase. Cf. Ihm, op. ci(., n. 83, 87, 99. — ' De Rossi, Inscript, c/iris/., t. ii, p. 407 sq. — • Ferez Bayer en fit graver quatre (n. 4, 27, 40, 53) sur acier; voir la pi. à la page 54 de son volume. — ' Également dans Ferez Bayer. — ' L'épitaphe de la sœur du pape n'est pas gravée en caractères pliilocaliens.
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pert a retrouvé l'épitaphe de la mère de Damase et quelques fragments nouveaux on^ é'é rencontrés dont nous parlerons bientôt. Pour le reste, c est i:ux sylloges ou recueils épigraphiques que nous en devons la connaissance, non seulement des textes, mais parfois aussi d'une mention topographique infiniment précieuse et dont le texte n'eût pas offert l'équivalent.
VI. L'œuvre architectonique. — Visiteur assidu des catacombes pendant sa jeunesse, on peut le croire, Damase se montra, dès son avènement au pontificat aussi soucieux de glorifier les tombes des martyrs que de respecter l'aspect général des cimetières. Près de trois quarts de siècle s'étaient déjà écoulés depuis l'ensablement de nombreuses galeries en .303, plusieurs générations s'étaient succédé et la positi.m exacte des tombes qu'on avait voulu, par ce procédé radical, protéger contre la profanation, serait bientôt incertaine et oubliée. Damase s'attacha à retrouver ces cryptes enseveUes et fut assez heureux et assez renseigné pour y réussir à plusieurs reprises. " Vous voyez les monuments des saints enfin rendus à la lumière, écrit-il dans un de ses poèmes, voici la tombe des martyrs Protus et Hyacinthe, jadis enveloppée de ténèbres, ensevelie sous terre '. »
Extremo tumulus laliiil sub aggcrc moiitis Hune Damasus monslrat.
Presque toutes les catacombes provoquèrent l'intelligente sollicitude du pape qui prodigua les travaux de déblaiement et d'élargissement des galeries, fit construire des escaliers, agrandir et multiplier les luminaires, consolider les parois et les voiUes menaçant ruine par des ouvrages de maçonnerie, décorer les chambres et les crjptes, orner de marbres précieux les tombeaux. C'est dès les débuts du pontificat que commencent ces travaux et, très vite, la vogue revient aux catacombes, vers 370-371. 11 faudrait, afin de se faire une idée précise de l'œuvre accomplie suivant la volonté et les encouragements du pape, pouvoir suivre dans chaque catacombe les transformations survenues sous cette impulsion. L'étude consacrée à chaque cimetière romain nous a déjà mis à même de montrer les travaux accomplis (voir Agnès, Baleine, Calliste, AD Catacumbas, etc.) dont le plus grave inconvénient fut de bouleverser la topographie ancienne afin de ménager un accès plus large, une circulation plus aisée, une installation plus spacieuse. Des circonstances nouvelles imposaient ces aménagements et les destructions qu'ils entraînaient à leur suite. C'est surtout dans le cimetière de Calliste qu'il est aisé de se rendre compte de la nécessité des travaux accomplis et des irréparables dommages qu'ils ont causés -. Il s'agissait de faire circuler des pèlerinages dans des corridors et des cubicules exigus, obscurs, contournés, ramifiés, en sorte que sous peine d'exposer les tombes saintes et leurs dévots visiteurs à d'inénarrables mésaventures, il fallait prendre son parti de tailler, couper, élargir et éclaircir ce dédale en respectant les tombes historiques, sauf ;"» malmener un peu les autres. Une autre nécessité entraîna des transformations et des dégâts de nature didérente. Si les tombes saintes demeuraient intactes, la piété exigeait qu'elles fussent gldriliéc- non seulement dans le sol, mais sur terre, et des basiliques furent construites dont les fondations exigèrent le raffermissement des couches extérieures évidées par des galeries ; d'où sur certains points des ensablements, ailleurs des maçonneries.
Ces opérations étaient regrettables, et on ne hasarde pas grand'chose ù supposer que Damase lui-môme \
' Damasi eplgrammala, p. 52, n. 40. — ' Voir Dictionn., l. m, col. 1687 sq., 1723 sq., 1751. — • Voir Dictionn., t. ii.
répugnait; car, loin d'être entraîné par l'ordinaire passion des bâtisseurs qui sont surtout des démolisseurs, on peut se rendre compte qu'il n'a frappé que ce qui, raisonnablement, ne pouvait être épargné, et loin d'imiter ses contemporains qui entaillaient, mutilaient, ruinaient les fresques et les arcosoles pour s'y ménager une sépulture, il leur donnait l'exemple du respect en se refusant sa propre sépulture dans les catacombes.
D'ailleurs, sans l'œuvre architecturale et épigraphique du pape Damase, les catacombes violées, pillées, exploitées pendant des siècles, lussent restées lettre morte de nos jours et n'eussent rendu aucune réponse aux interrogations de leur génial explorateur. Car, par une sorte de prévision de l'avenir ou plutôt pour mieux glorifier ceu.v dont il prétendait consacrer le souvenir, Damase décerna ;i un grand nombre d'entre eux ces petits poèmes qu'un habile calligraphe ' transcrivit sur le marbre d'après un alphabet d'un type particulier. Comme, depuis l'essai qui en fut fait alors, personne ne paraît avoir eu l'idée de se l'approprier, il en est résulté que ces lettres, connues des épigraphistes sous le nom de lettres damasiennes, sont demeurées l'attribut exclusif des inscriptions désignant les tombes historiques signalées à la dévotion des pèlerins du iv= siècle. Il n'y a pas d'hésitation possible; malgré certaines analogies avec d'autres alphabets d'origine très différente, un coup d'œil exercé distingue au premier coup d'reil les véritables lettres tracées par Furius Dionysius Philocalus pour son illustre ami '. Tout fragment de ces marbres, si mutilé qu'il soit, est donc d'un prix inestimable. N'y restât-il que quelques lettres, ces lettres fussent-elles isolées et sans suite, inexplicables par elles-mêmes, elles n'en ont pas moins une double signification : d'abord elles veulent dire que la crypte où elles ont été trouvées contenait â coup sûr des tombes historiques; puis, â l'aide des œuvres de saint Damase, presque toujours on peut restituer l'inscription et connaître les noms de ceux qu'elle glorifie. Les sylloges épigraphiques contiennent bon nombre de ces inscriptions que les pèlerins du vi" siècle et depuis pouvaient lire encore entières et sur place; elles ont permis l'identification d'infimes débris et mis sur la voie de la topographie catacombalc du i\' siècle. J.-B. De Rossi eut maintes fois l'occasion de fournir, en ce genre, de belles preuves de son érudition; on serait tenté ])our certains de parler de divination. El c'est ainsi que le pape du iv siècle, avec son alphabet raffiné, est dcveim le collaborateur et le guide le plus précieux des explorateurs modernes. Il a créé des preuves authentiques et posé des jalons grâce auxquels, après quinze cents ans, on peut refaire l'histoire, la statistique et la topographie des catacombes. Sans doute, les ruines furent nombreuses, mais les services rendus compensent et dépassent même les destructions inévitables et Damase a droit, somme toute, à la plus large reconnaissance.
VIII. L'œuvre ÉfiGRAPHiQUE. — Nous venons de dire que les pèlerins venus à Rome s'empressaient de copier dans leur agenda les inscriptions damasiennes, en bonne place parmi celles dont ils voulaient garder le texte; cependant, par une contradiction inexplicable, il semble qu'il n'a jamais été composé dans l'antiquité un recueil exclusif de ces poèmes, comme on le fit, par exemple, pour les poésies de Prudence. Nulle investigation n'a jusqu'ici fait découvrir rien de semblable; bien plus, aucun indice d'existence d'une collection de ce genre n'a été relevé dans l'histoiro littéraire.
A défaut de ce recueil qui serait sans rival pour l'histoire souterraine de Home chrétienne, les fouilles et le hasard ont remis au jour beaucoup de fragments des
ol. 1586 sr].; 1. n uttcrraiica, t. i, p.
' Uv Hossl, Roma
DAMASE
inscriptions damasiennes. Au xvi« siècle, on en signalait encore cinq dans diverses basiliques romaines, mais ni Bosio ni BoUletti n'en rencontrèrent aucune dans leurs explorations. Maranfioni survient à temps, pour sauver l'inscription consacrée à sainte Agnès au moment où les tailleurs de pierre s'apprêtaient à la débiter après l'avoir retirée du pavement de la basilique. Marini et Borghesi ne pouvaient manquer de distinguer les caractères daniasiens, sans toutefois y voir autre chose, semble-t-il, qu'une capitale dont les extrémités se termineraient par une sorte de frisure. Or, ce type n'est pas rare, principalement sur les épitaphes, à partir de la seconde moitié du iv<^ siècle et de la première moitié du v, mais ce n'est pas là la caractéristique essentielle du type damasien. Ce que Pliilocalus a inventé, c'est un alphabet original et non pas seulement l'addition d'une frisure ou d'une ondulation au type courant. II s'agit de caractères massifs, profondement creusés et dont chaque lettre a été arrêtée une fois pour toutes et immuablement reproduite dans ses pleins et ses déliés (fig. 3550). Les hastes sont
3550. — Tragnicnt de l'inscription : Tem/iore qtio gladiii». D'après J. Wilpert, La cripta dei papi, 1910, p. 44, fig. 29.
lourdes et les ligatures n'ont au contraire que l'épaisseur d'un fd, l'extrémité des hastes comporte non une frisure, mais une véritable petite accolade à triple courbure dont on peut juger aisément sur certaines lettres, par exemple A et M. La lettre R offre une confoniiation particulière, sa haste inclinée est séparée du corps de la boucle. Ce sont ces caractéristiques qui permettent d'attribuer à un poème damasien les fragments dépareillés, en apparence inutilisables, comme celui qui portait trois fois la lettre N et dans lequel M. De Rossi reconnut un débris de l'inscription : Hic congesla iacel (voir Dictiunn., t. ii, col. 1725, fig. 1938); de même un fragment du poème consacré aux martyrs Félix et Adauctus, placé par Marini parnu les inscriptions païennes du musée du Vatican >, ou encore les lettres
'De Rossi, Ronm sattcinineu, t. i, p. 120. — ' Ibid., p. 120; voir E. Huebncr, Exempta scripl. epigr. lai., n. 1143. — • La correction proposée par J. 13. De Rossi, Damasi sui papœ, n'est plus défendahlc depuis que le fragment de l'original a été retrouve avec :...SI PA... Rom. QiiarlalsclirilU 1908, p. 136, Hg. 17 bis. — - * Ihm, Damasi epigrammata, p. 1, n. 1 ; p. 3, n. 2; p. 7, n. 3*. Ces composltioni étaient destinées à prendre place en tête d» manuscrits,
Dici. d'arch. cbrét.
NI s du poème Hanc unim Ijumisi scruoiil en l'honneur des saints Jean et Paul. (Voir Dictionn., t. ii, col. 2835.)
Ces constatations une fois établies, restait à découvrir le collaborateur du pape Damase. Le musée du Vatican possédait trois fragments extraits du pavement de l'église de San Martino ai Monti et l'un d'eux offrait sur une ligne verticale ces mots : SCRIBSIT FVRIVS DION..., l'identification devenait facile grâce à la mention transcrite en tête du Chronograpbc de 35i{\oiTca mot); il fallait compléter: Scribsii Furius Dioniisius I-'ilocalus (fig. 3551) -. Enfin, en 1856, le poème damasien adressé au pape Eusèbe donnait la suscription intégrale : FVRIVS DIONISIVS FILOCALVS SCRIB- SIT, et en regard : DAMASIS PAPPAE CVLTOR ATQVE AMATOT (voir Dictionn., t. n, col. 1749, fig. 1951). Les deux fautes : Damasis et amalol sont faciles à corriger. Comme ce n'est pas le marbre original de Philocalus, mais un marbre gravé d'après le sien au vie siècle, qui nous est parvenu, on peut admettre ([ue la distraction ou la maladresse ont ainsi altéré la formule : Damasi pappic cultor atqiie amator ^ 11 s'en faut de beaucoup que les copies exécutées au vi" siècle de quelques inscriptions damasiennes soient dignes de la calligraphie des originaux et plus éloignées encore quelques inscriptions improprement qualifiées damasiennes, notamment des marbies votifs sous Sixte III, saint Léon le Grand, IlUaire et Vigile.
L'œuvre poétique de saint Damase semble avoir été destinée presque tout entière à être gravée sur le marbre. Deux pièces seulement, et une troisième d'attribution douteuse, ont pu avoir une destination difféicntc *, toutes les autres ont pour but la glorification des saints, des martyrs, de personnages distingués comme la mère de l'auteur, sa sœur, une femme noble nommée Projecta '. enfin la commémoration de travaux importants °, les dédicaces d'églises ', laccoml)lissement d'un vœu à saint Félix de Noie ', et l'épitaphe de Damase lui-même °. Les éditions se sont succédé depuis Fabricius, en 1562, Rivinus, en 1652, Ubaldini en 1630, Sarazani en 1638 et 1672, Merenda en 1754, Mai en 1831 et Max. Ihm en 1895 Ces éditions sont toutes remplacées avantageusement par la dernière, celle de Ihm.
L'étude des poèmes daniasiens a été abordée à plusieurs reprises avec toute la surabondante ressource de la philologie. Si saint Jérôme, suspect d'ailleurs de ménagements pour le pape qui fut son ami, le proclame elegans in versibus componendis ingenmm '°, d'autres se sont montrés moins bienveillants et, après des enquêtes où la minutie consciencieuse le dispute à l'inintelligence absolue du goût, ont mis en évidence des emprunts possibles, probables ou certains, des réminiscences, des coïncidences, des rencontres verbales purement fortuites ou un peu cherchées. De ces démonstrations de l'aspect le plus revêchc, il ressort qu'en son temps saint Damase, poète de peu de souffle, trouva et pratiqua la maxime de prendre son bien où on le trouve, composa avec plus de soin que de charme des poèmes qui sont une des originalités de la littérature chrétienne du temps, une des ressources de l'histoire hagiographique de Rome au iV siècle.
L'authenticité des compositions de Damase peut être discutée et résolue au moyen de quatre critères.
cf. De Rossi, Biilleltiiw di arelieologia cri.\liMia, 1SS4, p. 8. Il faut aussi mentionner un poème <laniasien. De virgtnitate, dont saint Jérônic recommandait la lecture à Eustuchium, et le Liber Damasi pap.-v de vitiis, et. Dclisie, Les manuscrils du comte d'.\shbiirnam, p. 87. . — > Ibid., n. 10, 53. — * Ibid., n. 4, travaux du Vatican. — ' Ibid., n. 55, 57. — " Ibid., n. 61. — • Ibid., n. 9. — " De virts ilUisIribiis, c. III.