‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 60 sur 251 · DANIEL — DANSE · texte numérisé non relu

DANIEL — DANSE

anliq. de Picardie, 1874-1876, t. xii, p. 279 ; E. Le Blant, Nouveau recueil des inscripl. chrél. de la Gaule, 1892, p. G1-G6, n. 45. Garrucci, Storia, t. vi, pi. cdlxi, n. 4. XXVI. Lampes. — E. Le Blant {Daniel dans la fosse aux lions, flans Mém. de la Soc. des anliq., 1874, p. 73) signale une lampe trouvée à Corneto, achetée par lui à la vente du cabinet de M. Raoul-Rochette et représentant Daniel debout entre les lions et, au-dessus de lui, l'ange et Habacuc portant un pain. E. Le Blant, Recueil des inscripl. chrél. de la Gaule, 1856, t. i, p. 493; 1865, t. n, p. 502; Mém. Soc. nat. anliq., 1874, p. 73; cette lampe est maintenant au musée de Lausanne. G. Fiorelli, Notizie degli scavi, dans Accad. dei Lincei memorie, t. \i, 1881, p. 50-51.

3592. — Carreau estampé de Hadjeb el Aïoun. D'après La P.lanchère et Gaucklcr, Catalogue du mu.':èe Alaouî, pi. XXXVIII, n. 9.

Daniel debout, en prière, vêtu de la tunique, entre deux lions; à gauche un ange, à droite Habacuc avec un pain. Bordure de carrés et cercles alternés. Vient de Carthage, entré au Musée britannique. — Stuhlfauth, dans Mittheilungen des Kaiserlich-deutschen archœologiscben Instiluls, Rome, 1898, p. 286, pi. x? n. 6; Delattre, dans Reoue de l'art chrétien, 1892, p. 135, n. 676 sq.; E. Le Blant, dans Revue de l'art chrétien, 1875, p. 91; Kraus, Real Encijklopàdie, t. ii, p. 273, fig. 118; O. Dalton, Catalogue, p. 140, n. 720.

Daniel debout, en prière, vêtu à la persane, entre deux lions. Musée de Berlin. 0. Wulff, Altchrislliche und Mittelnlterlichc byzantinische und ilalienische Bildwcrke, Berlin, 1909, p. 245, n. 1226, pi. lix, n. 1226.

Daniel debout, vêtu, entre deux lions, l'ange et Habacuc, trouvée à Carthage, au pied de Byrsa. Delattre, Musée Saint-Louis de Carthage, t. m, pi. vni, n. 7; Catalogue, 1891, n. 676, 680.

Daniel entre des lions, l'ange et Habacuc sur une lampe de Bolsena. Notizie degli scavi, 1881, t. vi, p. lii.

' Cf. Darembcrg et SaRlio, Dictionnaire de.i antiquités grecques et romaines, au mot .Sallatio; A. rUch, Dictionnaire des antiquités romaines el grecques, trad. Chéruel, Paris, 1859, au mot Saltalriz. — ' Chrysostome, Uomilia XLvm in Mallliwum (P. G., t. i.viii, col. 491). Un scrmonnairc du moyen agc cité par Lecoy de la Marche dit : Clwrea enim circulas est eu/us centrum est diabolus, et omnes uaduni in sinis- Irum (Lm Chaire Irançaise au moyen âge, Paris, 1880, p. 4.17).

XXVn. Carreau. — Hadjeb-el-Aaïoun {Masclianœ, à 60 kil. de Kairouan). Cinq débris formant un carreau estampé, Daniel debout, vêtu d'une courte dalmatique tombant jusqu'aux genoux, coiffé d'une sorte de voile triangulaire qui lui donne l'aspect d'un Égjptien, les bras étendus, tenant dans chaque main une couronne, entre deux lions prosternés la tète en bas, la croupe relevée. La légende, s- O.S. DANIEA, avec un lambda final, provient d'une basiUquc, musée du Bardo. P. Gauckler, Bulletin de la Soc. nat. des antiquaires de France, 1894, p. 69-70; De la Blanchère et P. Gauckler, Catalogue du musée Alaouî, p. 209, n. 9, pi. XXXVIII, n. 9, cf. Catalogue du Musée Alaouî, Supplément, p. 18, n. 253 (cf. Dictionn., t. ii, col. 2188) (fig. 3514).

H. Leclercq.

DANSE. — L Danses célestes. H. Danses rituelles. III. Danses populaires dans les églises. IV. Iconographie ancienne des danses bibliques. V Bibliographie.

I. Danses célestes. — La danse fut considérée défavorablement par les chrétiens des premiers siècles. La morale nouvelle ne pouvait que condamner les spectacles lascifs qu'offraient, dans les banquets, les danseuses de profession (ôp-/7)aTi8sç, saltatriccs). chez les Grecs et les Romains '. N'était-ce pas, du reste, une danseuse qui avait causé le martjTe de saint Jean- Baptiste ? Le nom de Salomé était justement voué à l'exécration. C'est en commentant le texte évangélique où se trouve racontée la fin du Précurseur que saint .Jean Chrjsostome prononça le mot fameux qui sera souvent répété par les sermonnaires : « Où l'on danse, là est le diable » (' EvOa yip op/rjn;, 't/.v. oiâSo/.o;) =.

Tout en condamnant les danses immorales en usage de leur temps, plusieurs écrivains ecclésiastiques grecs se sont plu à représenter les anges occupés à exécuter au ciel des danses gracieuses et pures en chantant les louanges du Très-Haut '. « Dieu nous a donné des pieds, dit encore Jean Chrysostome, non pour nous en servir d'une manière honteuse..., mais pour nous unir un jour aux chœurs des anges » (i'va ajv iyYÉÀotç yoo£j(.j[ji£v) *. De son côté, la liturgie aime ù nous montrer les vierges élues formant des choeurs autour de l'Époux :

Virginum sponsum, superumque regem Virginum sanctœ célèbrent chorese '...

Qui pascis inter lilia

Septus choreis virginum ',..

D'après TibuUe, on dansait dans les Champs Élysées des Anciens' :

Hic choreae cantusque vigent, passimque vacantes Dulce sonant tenui gullure Carmen aves.

II. Danses rituelles. — Un texte grec des Actes de Jean contient un Hymne de .Jésus, sensé chanté par le Sauveur ù la Cène (voir Dictionn., t. i, col. 786, 787). Cet hymne connu des priscillianistes et d'autres hérétiques, au témoignage de saint Augustin, et rangé par ce Père parmi les écrits apocryphes, peut remonter à la seconde moitié du ii» siècle. Cette pièce n'est pas sans intérêt pour notre étude. On lit, en effet, dans les lignes qui lui servent d'introduction, dans les Acla .Tohannis. ces mots : « Ainsi il [Jésus] nous commanda de nous assembler en forme d'anneau, nous tenant les

— 'Basile, Ep. ii ad Gregorium (P. G., t. xx.TII, col. 225- 226); Jean de Saint-Saba, Vita Barlaam et Josaphal, 12 (i>. G., t. xcvi, col. 971-972). — * .lenn Chrysostome, foc. cil.

— ' Hymne des laudes de In ffto de sainte Gertnule (17 novembre). — • Hymne du conunun des vlerKOs. • Vos Angetorum caria' — Cingunl clioreif perfietim » (1 lynincdes Inudesde la (Me de tous les saints de l'ordre de saint Benoit au bréviolrc monastique). — ' Tibullc, lib. I, Eleg. 3, v. 55-56

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uns les autres par les mains, cl lui, au milieu, dit : Répondez « Amen. » Puis il commença à chanter un hymne et à dire : Gloire à toi. Père, etc. » Et dans la suite de l'hymne il est fait allusion plusieurs fois et plus clairement encore à une danse rituelle. « La grâce danse, y cst-ildit; je veux jouer delà flûte, dansez tous : Amen. Je veux me lamenter, Rémissez tous : Amen... Le douzième nombre danse là-haut : Amen. Celui qui ne danse pas ne sait pas ce qui arrivera : Amen. Alors joignez-vous à ma danse... Toi qui danses, remarque ce que je fais. » De telles expressions sont de nature à faire supposer qu'une danse réelle accompagna le chant de cet hymne. L'auteur de ce texte étrange le dit d'ailleurs formellement. Après avoir cité les dernières lignes de l'hymne, il ajoute : « Or, mes bien-aimés, après cette danse avec nous le Seigneur s'éloigna. ' »

On aura remarqué dans la citation qui précède (Je veux jouer de la flûte, etc.) une réminiscence de la parole évangélique : « Nous vous avons chanté un air joyeux et vous n'avez point dansé; nous vous avons chanté des airs lugubres et vous n'avez point gémi. " (Matth., XI, 17.) n se peut que des sectes aient pris prétexte de ce mot de l'Évangile pour Introduire des danses rituelles dans leurs liturgies.

D'après le traité De la vie contemplative, qui figure parmi les œuvres de Philon, les thérapeutes auraient exécuté dans leurs cérémonies religieuses certains mouvements chorégraphiques. « Ils entonnent à la louange de Dieu, Ut-on dans ce traité, des hymnes de diverses sortes de mesures et d'airs, partie ensemble et partie alternativement, avec de certains mouvements religieux des bras, des mains et de tout le corps, saisis d'enthousiasme, tantôt s'avançant, tantôt s'arrêtant, et, selon qu'il est à propos, se tournant ou de la droite à la gauche, ou de la gauche à la droite '. » Il est intéressant de voir la façon dont les critiques ont interprété ce texte, suivant qu'ils ont vu dans les thérapeutes des chrétiens ou des juifs.

Pour Montfaucon, qui considérait les thérapeutes comme des ascètes chrétiens, cette gesticulation et ces pas ne constituaieut peut-être pas une danse véritable. « D'ailleurs, ajoute-t-il, la danse n'est pas défendue en elle-même; ce n'est que le mauvais usage qu'on en a souvent fait qui est la cause qu'on y a attaché l'idée d'un exercice contraire à la gravité, tout à fait mondain, et indigne des personnes consacrées à Dieu ^. »

Au contraire, pour d'autres auteurs, la danse est un exercice à ce point incompatible avec les rites chrétiens que, les thérapeutes l'ayant pratiquée, c'en est assez pour les considérer comme étrangers au christianisme. Ainsi pensait, au xviiiiî siècle, le président Bouhier, qui tenait les thérapeutes pour des juifs *. C'est, aussi bien, l'opinion qui semble prévaloir aujourd'hui '. Les juifs, en effet, comme le remarque Bouhier, se livraient

' .\ugustln, Epist. ccxxxvii ad Ceretium (Corpus script. eccl. latin., t. lvii, p. 526-528; P. L., t. xxxiii, col. 1034- 10.35). Je donne le texte original de cet hymne qui n'est pas d'un accès très facile : a /àpi; /ope-jît" a'j).r,(7at OéXw 6px''i<!'*<r0c TtxvTS;. 'Aix-r,v. — Ôprivriaac 6É>.W x^'iaiOf T^avTô;. 'A\j.ri^i, — 6 otoôixaTo; âpi9[j.b; à'vw -/opEÛet. *.\[xr|V. — t'o SÏ SXov m -/opsjs'.v -jnip/ci. '.\|j.t,v. — 6[i-j y.ope-jri)v To Ytvô[j,£vov à^votî. 'X\}.■^^'u — CTcixous oi [/.ou •:r^ •/op£:x. — ô -/opïjwv, vo£t ci TtpiTffw... >i (Acla Joliannis, xi, dans M. R. James, Apocryplm anecdola, ii : Texts and Studies, Cambridge, 1897, t. v, 1, p. 12, 14). — "[Bernard de Montfaucon], Le livre de Pliilon « De la vie contemplative 0, traduit sur l'original grec avec des observations où l'on fait voir que les tliérapeules dont il parle étaient chrétiens, Paris, 1709, p. 47. — ' MonHaucon, op. cil., p. 251. — 'Réplique de Monsieur'" au Père de Mont/aucon, dans les Lettres pour et contre sur la fameuse question, si les solitaires appelés thérapeutes dont a parlé Philon le Juif étaient

volontiers à la danse, notamment le jour du sabbat. Saint Jean Chrysostome • et saint Augustin ' ont reproché cet usage au.x juifs de leur temps. Et c'est à ce propos que le dernier de ces Pères a prononcé cette sentence que citeront volontiers les conciles du moyen âge en condamnant la danse : Melius enim ulique iota die jodcrenl qunm loin die saltarenl.

B Dès la primitive Église, remarque le président Bouhier, ces danses [rituelles] ont été regardées comme tellement contraires à l'esprit de notre religion que ceux qui les ont pratiquées ont toujours été mis au nombre des hérétiques '. » Outre les gnostiques, dont le texte des Acla Johannis, cité plus haut, rappelle peut-être d'une manière détournée les pratiques rituelles, on peut citer comme s'étant livrés à la danse religieuse les mélétiens. Les sectateurs de Mélèce de Lycopolis, au début du iv= siècle, auraient pris l'habitude, au dire de Tliéodoret, de chanter des hymnes en dansant, en battant des mains et en agitant de nombreuses clochettes ".

D'ailleurs, il est faux de prétendre avec Bouhier que l'Église chrétienne ait absolument et toujours répugné à l'usage des danses rituelles. 11 a existé des chrétiens orthodoxes qui crurent naïvement être agréables aux martyrs qu'ils fêtaient en exécutant des danses en leur honneur. C'est, du moins, ce que semble prouver le passage suivant d'une homélie prononcée dans le premier tiers du iv" siècle, à l'anniversaire du martyre de saint Polyeucte : « Aujourd'hui nous avons devant nous les monuments de son divin anniversaire; il nous est donné de jouir de ses belles actions, et c'est un devoir de foi pour tout chrétien de les publier partout. Mais qu'olTrirons-nous au martyr qui soit digne de lui "? Par quelles actions de grâces reconnaîtrons-nous l'amour qu'il montra pour Dieu ? Si vous le voulez, célébrons en son honneur nos danses accoutumées {/opsJ!jw;t=v ajT'ï), V. Sozsî, Ti Tjvr|6r,)'». » Au reste, on sait qu'il a existé, au moyen âge, sur divers points de la chrétienté, et qu'il existe encore de nos jours, des danses reUgieuses, exécutées par des fidèles parfaitement orthodoxes, notamment à Echternach, dans le Luxembourg, et dans plusieurs villes d'Espagne ''. Bien mieux, dans l'Église grecque — même dans les communautés grecques catholiques — les cérémonies du sacrement de mariage comportent une sorte de danse liturgique. Les époux ayant trempé leurs lèvres à 1? même coupe bénite de vin et d'eau, le prêtre prend la main du parrain de l'époux, celui-ci, celle de l'époux, celui-ci de l'épouse, celle-ci de son parrain, et tous, se tenant ainsi par la main, tournent lentement par trois fois autour de la table (avaÀoYsïov) ou devant les portes saintes, en chantant trois tropaires ^-. Les rubriques de VEuchologe, il est vrai, ne donnent pas à ce mouvement propre à symboliser l'étroite union en laquelle les époux doivent marcher dans la vie le nom de yopsia (danse), mais ce terme se trouve chez les

chrétiens, Paris, 1712, p. 237-381. — ' Cf. H. Leclercq, art. Cénobitisme, dans le Dictionnaire, t. ii, col. 3072; L. Duchcsnc, Histoire ancienne de l'Église, Paris, 1907, t. Il, p. 481, note 1. — ' Jean Chrysostome, Adversus Judœos, I, 2 (P. G., t. XLViii, col. S45-S46). — ' .^ugusti^, Enarratio in psalnx. xci, 2 (P. L., t. xxxvii, col. 1172); Le même, Sermo l\, de Dec. chord., 3 (P. L., t. xxxviii, col. 77). — ' [Bouhier], Lettres pour et contre, p. 347-34S.

» Théodoret, Hœreticarum jabularum compendium, vi, 7

(P. G., t. Lxxxiii, col. 425-420). — '• A. Aube, Homélie inédile, en appendice à Polyeucte dans l'histoire, Paris, 1882, p. 79. Cf. F. C. Conybcarc, 77if apology and acis o/ Apollonius und otlicr nionumcnls o/ curlii C.hrislianitii,hondon, 1894, p. 129. — " Voir L. Gougaud, La danse dans les églises, dans (Revue d'histoire ecclésiastique, t. xv, 1914, p. 240-245. — '■ lvjxo>Oïiov, Rome, 1876, p. 1 -3. CI. H. C. RomanofT, Sketehes b/ the rites and customs o/ thc Greco- Russtan Church, Londou, 1809, p. 201-203.

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commentateurs Siméon de Thessalonique (t 1429) et Goar '.

Par contre, non moins insoutenable est l'opinion diamétralement opposée à celle de Bouhier, suivant laquelle l'Église des premiers siècles admit la danse dans su liturgie d'une manière courante et à titre d'institution officielle. Tabourot. de son \Tai nom Thoinot Arbeau, clianoine de Langres, écrivait en 1589 dans son traité dialogué de cliorégi-aphie intitulé Orchésographif : >. Bacchus conquesta les Indes par trois sortes de dances. En l'Église primitive la coustume continuée iusques en nostre temps a esté de chanter les hymnes de notre église en dançant et ballant =. » Mais aucune preuve ne vient appuyer, pour les temps anciens, l'assertion de Tabourot.

D'autres ont cru que le nom de chœur avait été donné à une partie de nos églises parce que cet endroit était primitivement destiné aux évolutions d'un chœur de danseurs {chorus sallanlium) '. Les monuments liturgiques les plus anciens sont absolument muets sur ce soi-disant chœur de danseurs sacrés et les Uturglstes ou les auteurs ecclésiastiques de l'antiquité chrétienne et du moyen âge, saint Augustin, Isidore de Séville, Amalaire, Honorius d'Autun, sont d'accord pour reconnaître que le chœur de nos églises tire son nom du chorus caniantium ou psallentium, qui occupait cet endroit de l'église, et non pas d'un chorus sallanlium imaginaire *.

L'étymologie du mot prxsul, qui a aussi été invoquée en faveur de cette opinion, a donné lieu à un argument encore plus illusoire. " Détail vraiment curieux et trop peu remarqué, dit-on, l'évèque, en ces temps lointains, était désigné sous le nom de prœsul, de prœsilio, qui veut dire « danser le premier, » « conduire un chœur de danse '. » Certes, le mot prœsul a eu ce sens, mais à une époque beaucoup plus ancienne que ceUe que l'on a en vue, chez les Romains, au temps où florissait l'institution des Saliens ".

On n'est pas parvenu à démontrer que la danse ait jamais trouvé place dans la liturgie générale et officielle de l'Éghse catholique : les danses rituelles ne se présentent que comme des coutumes purement locales. Tout autres sont les danses dont il nous reste à parler.

III. Danses populaires dans les églises. — On sait qu'il se produisit souvent des désordres au cours de la célébration des \igiles '. Durant les longues veilles qui précédaient les fêtes de certains martyrs ou les grandes solennités de l'année chrétienne, et aussi pendant les offices du jour de ces fêtes, le populaire se permit, en maint endroit, d'exécuter des danser profanes au.x abords des églises ou même dans l'intérieur du lieu saint. Saint Basile signale à la réprobation de son peuple des femmes avinées qui osèrent mêler leurs danses honteuses à la célébration de l'oflice de

' Siméon, Desacramentis, cap. 282 (P. G., t. CLV, col. 513- 514 b); Goar, Evyo>o-,iov, sive rituale Grœcorum, Venetiis, 1730, p. 324. Goari dont le commentaire est écrit en latin, em ploie les expressions chorea^ choratita. — - Tabourot, Orcbesographie et traité en forme de dialogue par lequel toutes personnes peuvent lacilemenl apprendre et pratiquer Vhonneste exercice des dances, réimpression de Laura Konte, Paris, 188S p. 3-4. — ' De Cahusac, La danse ancienne et moderne, uu traité historique de la danse, La Haye, 1754, t. i, p. 43; Cli. Barthélémy, note 3 : La danse au point de vue liturgique, à la fin du t. II de sa traduction du national de Durand de Mende, Paris, 1854, p. 439; F. M. Bôhmc, Cescliichte des Tanze% in DeuLschland, Leipzig, 1886, t. I, p. 15. — * Augustin, In psalm. ( XLIX (P. /.., t. -xxvii, col. 1949); Isidore, Jttymologiœ, VI, 19, 5 (P. L., t. Lxxxii, col. 252); Amalaire,/Je ecclesiasiicis o//îciis, m, 3 (P. L., t. cv, col. 1105); Honorius, Gemma animœ, i (P. L., t. clxxii, col. 588). Cf. [B. de Monifaucon). Le liure de Phllon, p. 249-250. — ' \i. VUletard, La danse ecclésiastique à la métropole de

Pâques '. A Carthage, une bande effrontée envaliit le marlyrium de saint Cj^prien pour s'y livrer à des danses et à des chants désordonnés '. Ce sont de pareilles scènes qui motivèrent, sans doute, ces paroles de saint Augustin : Lœtamur, quia de lerra laborisad regionem quictis marlyres transierunt : sed hoc non sallando sed orando, non potando sed jejunando, non rixando sed tolerando meruerunt '".

L'usage populaire de danser à certains jours de fêle dans l'intérieur des églises s'est maintenu, à travers le moyen âge, jusqu'aux temps modernes. Nous nous contenterons de citer ici, pour ne pas dépasser le cadre de ce travail, une série de textes allant du \i° au IX' siècle par lesquels le Saint-Siège, les conciles et les évêques ont sans relâche condamné cette étrange et si tenace coutume :

Troisième concile de Tolède (589), can. 23 : Exterminanda omnino est irreligiosa consueludo quant vulgus per sanctorum sokmnilates agere consuevit, ut populi qui (lebent officia divina allendere saltationibus cl turpibus invigilenl canlicis, non solum sibi nocenles, sed religiosorum officiis perstrepentes. Hoc enim, ul ab omni Hispania depellalur, sacerdotum et judicum a concilia sancto curœ commitlatur ''.

Concile d'Auxerre (573-603), can. 9 : Non licel in ecclesia choros secularium vel puellarum cantica exercerc nec convivia in ecclesia preeparare '■\

Concile de Chalon-sur-Saône (639-654), can. 19 : Valde omnibus noscetur esse decrelum ne per dedicationes basilicariim aul feslivilales martyrum ad ipsa solemnia confluenles obscœna et turpia cantica, dum orare debenl aul clericos psallenles audire, cum choris fcemineis turpia quidem decanlare videanlur. Unde convenu ut sacerdotes loci illos a septa basilicarum vcl porlicus ipsarum basilicarum etiam et ab ipsis alriis vetare debcant cl arcere ".

Dicta Perminii, § 22 : Nullus chrislianus neque ad ecclesiam, neque in domibus, neque in Iriviis nec in nullo lûco ballationes, cantalionis, sattalionis, jocus et lusa diabolica jacire non présumât. — § 28 : Ballationis cl saltationis vel cantica turpia et luxuriosa velut sagillu diabolica fugitc, nec ad ipsas ccclcsias, nec in domibus veslris, nec in ullo alio loco facire non presumalis, quia hoc de paganorum consuctudinc remansit >*

Slatuta Bonifacii incorporés aux décisions du concile d'Estinnes (743), can. 21 : Non licel in ecclesia choros scecularium vel puellarum cantica exercere, nec convivia in ecclesia prœparare, quia scriplum est : Domiis mca domus orationis vocabilur ".

Indiculus superslitionum et paganiarum, § 10 : De sacrilegiis per ccclcsias ".

Concile romain de 826, can. 35 : Sunt quidam, et maxime mulieres, qui feslis ac sacris diebus atquc sanctorum nataliciis non pro eorum, quibus dsbent, delertanlur desideriis advenire, sed ballando, verba turpia

Sens, Paris, 1911, p. 5. — 'Cf. Darembcrg et Sagllo, Uictionnaire des antiquités grecques et romaines, au mot Saltatio, p. 1052; A. nich. Dictionnaire des antiquités (trad. Cliéruel), aux mots Prœsul ci Saltatio: Cliantcpie de la Saussayc, Manuel d'histoire des religions, trad. Iranç., Paris, 1004, p. 612. — ' Voir E. Luchis, Die Anfànge des Ileiligenkults, Tûbingcn, 1904, p. 323, note 4 sq.; Smitli et Chectham, Dietionary ol Christian antiquities, aux mois Martyrs, Cullus (p. 1127 sq.) et Vigils. — , Basile, Homil. XIV (P. O., t. XXI, col. 445-446). — • Augustin, Sermo iirM, 35 (P. L., t. XXXVIII, col. 1415). — " .VugusUn, Sermo CCC.V.VV/, 31 (P. L., t. XXXVIII, col. 1449). — " Mansi, .Sacrorum conciliorum nova et amplissima colleciio, t. ix, col. 999. — " Maasscn, Concilia Merovingici œui (Mon. Cerm. hist.), t. 1, p. 180. — " Maasscn, op. cit., p. 212. — '* Casparl, Kirchenhistorische Anecdota, Christiania, 1883, p. 176 et 188. — " MansI, op. cit., t. xii, col. 385. — " Pcrtz, Lcges, t. i. p. 19. Cf. .\. Saupc, Der Initlculus superstitionum et paganiarum, Leipzig, 1891, p. 10.

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decantando, choros tenendo ac dacendo, similUadinem paganoram peragendo adoenire procurant; talcs enim, si cum minoribas ventant ad ccclcsiam, cum pcccatis majoribas reverluntur. In lait cnim facto débet unusquisque sacerdos diligcntissimc populum admonere ut pro sola oralione his diebus ad ccclesiam recurrant, quia ipsi qui talia agunl non soluni se perdant, sed ctiam altos deperire adtendunt '.

Capilulaire apocryphe de Benoît Lévite : VI presbyteri sollicite curent ne inlionesta et tarpia quselibel fiant in ecclesiis... Iltas vero balationes et saltationes, cantica turpia et luxuriosa et illa lusa diabolica non faciat nec in plateis nec in domibas neque in ullo loco, quia hœc de paganoruni consuctudine remanserunt '.

Léon IV (847-855), Homilia : Cantus et choros mulierum in ccclesia vel in atrio ecclesiœ prohibete. Carmina diabolica qux nocturnis /ions super mortuos vulgus facere solft et cachinnos quos exercet sub contestalione Dei omnipotentis vitale '.

On voit par les textes qui précèdent que, bien qu'elles eussent pour théâtre les églises, ces danses étaient loin d'être des actes rituels. C'étaient, au point de vue du culte catholique, des divertissements profanes, mais qui se rattachaient, sans doute, à de très anciennes coutumes religieuses païennes, comme le donnent à entendre plusieurs des documents cités {Hoc de paganorum consuctudine remansit. — Similitudinem paganoram peragendo). Et l'opinion de saint Césaire d'Arles, d'un poids singulier en la matière, vient confirmer ces témoignages. A propos des ballationes et des saltationes auxquelles osaient se livrer certaines de ses ouailles ante ipsas basilicas sanctorum, l'évèque d'Arles prononce ces mots dans un sermon : Etsi christiani ad ecclesiam venerint, pagani de ecclesia revertuntur, quia ista consuetado balandi de paganorum obscrvatione remansit *.

Les textes marquent aussi que les jours choisis par le populaire pour se livrer à ces danses étaient ceux des principales fêtes chrétiennes Les fêtes de Pâques et de Noël sont signalées dans une Constitutio de abolendisreliquiis idûlolatrix attribuée au roi Childebert II (t596), comme des occasions de ces débordements : Noctes pervigiles cum ebrietate, scurrillitate vel canticis, etiam in sacris cdibus, Pascha, Natale Domini et reliquis fesiivitatibus, vel advcniente die dominico dansatrices per villas ambulare '. A la lui du moyen âge, c'étaient non pas seulement ces deux fêtes, mais toutes celles qui se groupent autour d'elles que choisissait de préférence le peuple — et même les clercs — pour caroler dans les églises. Il y eut ainsi, pendant longtemps, comme deux saisons dansantes, celle de Noël, ou des calendes de janvier, pour l'hiver, celle de Pâques, ou des calendes de mai, au printemps °.

Au xvii« et au xviii= siècle on dansait encore, à certaines fêtes, dans les chapelles en Bretagne '.

1\. Iconographie ancienne des danses bibliques. — Il nous reste à indiquer comment les danses les plus célèbres dont il est parlé dans la Bible ont été interprétées par les arts dans l'antiquité chrétienne et dans les premiers siècles du moyen âge. Ce sont principalement les peintures des manuscrits qui fournissent des représentations de ces danses sacrées.

Un psautier grec illustré de la Bibliothèque nalio-

' A. Werminghoff, Concilia œvi karolini (Mon. Germ. hist.), t. I, p. 581-582. — • Pertz, Leges, t. il, 2» partie, p. 83. — ' Mansi, op. cit., t. xiv, col. 895. — • Césaire, Sermo cci.w, parmi les spuria de saint Augustin, P. L., t. .xxxix, col. 2239. Le même texte se retrouve parmi les Superstitiones et pagtmiœ Einsidienses publiées par Paul Piper dans les Mélanges offerts à M. È. Châtelain, Paris. 1910, p. 30G. Nombreux sont les textes condamnant les danses exécutées aux al)ords des églises et dans les cimetières. Nous pouvons citer pour le haut moyen

nale de Paris (Suppl. grec 1335, fol. 327, xii' siècle) représente Marie, soeur de Moïse, dansant avec deux femmes d'Israël (Exod., xv, 20-'21). H. Omont, Un nouveau manuscrit grec des évangiles et du psautier illustré {Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions el Belles-lettres, 1912, pi. vi).

On voit dans un autre psautier grec de la même bibliothèque (n" 139, fol. 5°, x» siècle) les filles d'Israël glorinant David vainqueur de Gohath (I Reg., xviii, 6, 7; XXI, 12; xxix, 5). L'une d'elles, vêtue d'une tunique jaune safran recouverte d'une large écharpe %iolette, les cheveux ceints d'un bandeau vert, les bras nus et les pieds chaussés de sandales, danse en agitant au-dessus de sa tête de petites cymbales. H. Omont, Fac-similés des miniatures des plus anciens manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale, Paris, 1902, pi. v.

Dans les miniatures des psautiers grecs ou latins on voit souvent figurer des danseurs ou des danseuses parmi les compagnons de David. Dans la fameuse peinture de la Topograpixic chrétienne de ("osmas, au Vatican (manuscrit grec, n» 699, fol. Uu), laquelle peut dater du vi=-viii" siècle, David, couronné du (jT£;i|Ji3!, est assis au centre du tableau sur un trône d'or. Son fils Salomon se tient près de lui. Au-dessus du trône on aperçoit la figure de Samuel. Au-dessous, deux jeunes femmes, vêtues de tuniques courtes bleues, les jambes et les bras nus, dansent en faisant flotter en forme d'arc un voile au-dessus de leur tête, conformément à la tradition iconographique antique. A côté du groupe des danseuses on lit l'inscription : OBXHCHC. Cosimo Stornajolo, Le miniature délia topografia cristiana di Cosma Indicopleuste {Codiccs e Valiranis selecli phototypice expressi, x), Milano, 1908, pi. xxvi. Autres reproductions : J. Labarte, Histoire des arts industriels {Album, t. ii, Paris, 1864, pi. Lxxix); F. F. Leitschuh, Geschichte der karolingischen Malerei, Berlin, 1894, p. 133; H. Hiebert, Die Miniaturen des fruhen Mittelalters, Munchen, 1912, fig. 4. Cf. Winckelmann. Histoire de l'art dans l'antiquité, trad. Huber, Leipzig, 1781, t. m, p. 270.

Dans le psautier anglo-saxon du British Muséum, coté : Vespasian Ai (fol. 30% viir' siècle), qui provient de Saint-Augustin de Cantôrbery, David assis et jouant de la lyre a deux scribes à ses côtés. Au-dessous des scribes se tiennent, à droite, deux joueurs de trompette, à gauche, deux joueurs de cornet à bouquin. Au bas de la peinture, deux enfants, revêtus l'un d'une longue tunique verte, l'autre d'une tunique de même forme, mais violette, dansent en frappant des mains. Voir sir E. Maunde Thompson, Catalogue of ancicnt manuscripts in Ihe British Muséum. 2'= partie, London, 1S84, pi. xv; le même, English illuslralcd manuscripts, London, 1895, pi. n; G. F. Warner, Uluminated manuscripts in the British Muséum, London, 1903, pi. m.

Ce sont deux hommes qui dansent dans le Psalterium aureum caroUngien de Saint-Gall (ix<^ siècle). Ils sont revêtus de tuniques courtes, comme les danseuses du Cosmas du Vatican, et comme elles ils font flotter un voile au-dessus de leur tête. Les deux autres compagnons de David dans cette peinture agitent des cymbales munies de manches. Autres reproductions : J. R. Ralin, Das Psalterium aureum von Sanct Catien. Ein Beitrag zur Geschichte der karolingischen Miniatur-

âge, en dehors du sermon de Césaire, les textes suivants : Concile de Mayencc de 813, can. 48 (llansi, op. cit., t. XIV, col. 74); Judiciitm Ctcmcnlis [WUlibrord ?], 20 (Haddan et Stubbs, Coimciis and ecclesiaslical doctimenls. Oxford, 1861. t. m, p. 227); Commonitorium ciijusque episcopi, 39 (P. L., t. xcvi, col. 1378). — • P. L., t. Lxxii, col. 1122. — * L. Gougaud, La danse dans les églis3^, dans Revue d'histoire ecclésiastique, t. xv, 1914, p. 19- 22. — ' T.. Go\igaud, Danses dan': les chapelles, dans Fiirej^ur breton, t. vm, 1913, p. 103-104.

DANSE

malerei, Saint-Gallen, 1878, pi. vi; A. Boinet, La miniature carolingienne, Paris, 1913, pi. cxLiv.

On retrouve des cymbales de forme identique aux mains d'un personnage de la miniature qui représente Da\id et ses compagnons dans le Psautier de Charles le Chauve, œuvre de Linthard (miUeu du ixi= siècle). Voir Dictionnaire, t. m, fig. 2649. Autres reproductions ; A. Boinet, op. cit., pi. cxiii: Ch. Louandre, Les arts

disposé en forme d'arc au-dessus de sa tète, comme les danseurs du psautier de Saint-Gall. A gauche de David se trouve le joueur de cymbales. En bas et à gauche, Ethan touche un instrument à cordes, et Idithun, à droite, joue de la trompe. Les quatre socii de David exécutent une danse.

Dans le Nouveau Testament, les artistes chrétiens n'ont guère trouvé à interpréter qu'une scène de danse.

■ Danseuses. D'aprè5'Str,!ygowsI<i,'Kop£isdie Kunsl, pi. xxxvii, fis. 90S2. — 2, A, pi. xv, n. 7102, 7099. 4, 5, l>, d'après BuUet. de la Soc. d'Alexandrie, 1901.', n. 5, fig. 57, 5.S, 59.

somptuaires. Planches, t. i", Paris, 1858, p. 47; J. Labarte, op. cit.. Album, t. ii, pi. lxxxix; C. Schnaase, Geschiclile der bildenden Kûnate, Diisseldorf, 1869, t. n, p. 644, lig. 150. Ici David debout joue d'une lyre d'or rectangulaire. Quatre autres personnages figurent sur la peinture, au haut de laquelle on lit cette inscription en lettres d'or :

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