L. Gougaud
DAOULEH. — Au jiied du versant nord du Kara Dagh, sur le plateau central d'Asie-Mineure, se trouvent les ruines des « Mille et une églises » (Bin-birkilisse), voir Dictionn., au mot Kaba Dagii. A peu de distance se trouvent d'autres ruines, celles de Daouleh (environ trois quarts d'heure au nord de Bin-bir-kilisse). On ne s'est pas encore entendu sur la prononciation et la graphie de cette localité : Daouleh, Daoulé, Devlé, Deghilé, Deile '. Quoi qu'il en soit, Daouleh n'est qu'un site de petites dimensions, sa plus grande longueur ne dépasse guère deux cents mètres sur lesquels se trouvent entassés onze églises et chapelles, deux monastères dont l'un renferme encore une chapelle et un grand nombre de tombes, le village moderne est représenté par quelques cabanes si I mis dans l'angle sud-ouest parmi des amas de ruines qui peuvent provenir d'anciennes maisons. Ces maisons continuent dans la direction du sud. Elles étaient des plus simples : tantôt nues, tantôt composées de trois ou quatre chambrettes voûtées en pierre et dont les arcs subsistent encore parfois. Les linteaux des portes sont généralement ornés d'une croix. Parfois, ces maisons sont pourvues de caves voûtées qui ont pu servir soit de celliers, soit de citernes. La destination de ce groupement de maisons et d'églises ne peut guère faire de doute, nous avons ici une agglomération monastique avec ses logements et ses oratoires en pays bien abrupt, bien solitaire. Faut-il tenter d'apphquer une date à cet essai d'organisation ? Nul indice jusqu'ici, nulle inscription n'autorise une préférence chronologiciue entre le vip et le xi' siècle. Ce qui est possible, c'est que le site, très agreste, très propice à la solitude, fut choisi de bonne heure, au v« siècle, au i\" siècle, tout ceci n'est pas impossil.le, mais nous n'en avons aucune preuve. Sous Justinien, l'installation primitive a pu être refaite complètement à une époque où le goût des constructions était comme irrésistible dans tous les milieux. A l'époque où les courses des Sai'rasins rendirent toute sûreté illusoire, il est fort possible que ces édifices solides, bien groupés de manière à se soutenir réciproquement, étabhs dans une position stratégique avantageuse, aient pu éloigner les coureurs ennemis qui vinrent les tâter. Toute cette région du Kara Dagh était alors en état de défense et on y relève les fondations d'une sorte de tour de garde sur la partie la plus élevée. C'est un aspect encore inconnu de la conquête musulmane et des résistances de détail qu'elle rencontra de la part des populations chrétiennes.
Les églises bâties dans le Kara Dagh sont sur le type ordinaire des églises d'Asie-Mineurc, type qui ne se retrouve que rarement au sud du Taurus. Les basiliques les plus vastes de Daouleh comportent une nef centrale et des bas-côtés; les basiliques de dimensions moindres n'ont qu'une nef. Parmi les premières nous compterons les basiliques n. 1, 2. 3, 4, 5 et 10 =; toutes celles-ci, saut peut-être le n. 5 et le n. 10, sont pourvues d'un narlhex. Les piliers supportant les arcs entre la nef et les ailes sont invariablement du type qu'on
Cilicia and Lycaonia, dans Revue arcliéoîogique, 190G IV série, t. viii, p. 225-252; 390-4tll ; 1907, t. ix, p. 18-21.
» Nous suivons ici l'ordre établi par miss G. Bell, dont le
n. 2 se trouve être aussi le n. 2 de la série de Bin-birkilisse établie par J. Strzygowski.