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II. Chaires après la paix de l'Église. — Nous

delta Giustizia. près des Thermes de Dioclétien, nous voyons une abside au fond de laquelle se trouve une niche destinée à recevoir une chaire; autour de la niche régnait une banquette circulaire à un niveau très inférieur à celui de la chaire à laquelle on devait accéder par plusieurs degrés conune dans les exemples postérieurs mais bien connus de Ciradoou deTorcello'. Cette disposition, postérioire A l'époque des catacombes, devient rapidement générale et les monuments figurés en témoignent. Deux de ces monuments, appartenant à la deuxième moitié du iv» siècle, nous montrent le Christ jugeant un défunt'. La tête de celui-ci arrive à peine à la hauteur des genoux du juge, assis sur sa chaire dressée sur un haut piédestal; dans le second de ces monuments la chaire est représentée de côté et fort bien faite, mais de type encore identique à celui des chaires de la fresque du cimetière de Priscille. Ce même type persiste pendant le IV» siècle, mais, au lieu de la teinte sombre du bois, il prend les couleurs éclatantes de la toile d'or et de la pourpre. Au cimetière de Domitille, une adoration des Mages, de la première moitié du iv'^ siècle, montre la Vierge assise sur une chaise ainsi drapée *. Ce même type, mais moins éclatant, reparait dans plusieurs fresques dans les cimetières de Thrason et Saturnin, de CaUiste, de Domitille, de Pierre-et-Marcellin, etc.". Les bas-reliefs provenant de sarcophages et représentant la scène de l'adoration des Alages offrent presque tous le même type de chaire; malgré la rudesse du travail on peut soupçonner qu'on a parfois voulu la figurer drapée', quelquefois la Vierge est assise sur un rocher ou sur un tabouret. Sur plusieurs sarcophages la chaire est comme celles dont parle Pline, en osier tressé", et parfois recouverte d'une

8. — Sarcophage de Saint-Jean-Baptiste de Ravenne. D'après Ch. Diehl, Ravenne, p. 01.

avons déjà laissé entendre que le clergé, en s'installaiit dans les basiliques judiciaires et en adoptant ce type pour les édifices du culte chrétien, se trouva naturellement amené à accepter les dispositions consacrées par l'usage. L'évêque et son clergé vinrent prendre place dans l'abside d'où la vue s'étendait dans presque tout l'édifice; l'évêque gravit les degi-és du siège présidentiel et ainsi la cliaire épiscopale se haussa par-dessus les sièges du corps presbytéral. Dans le petit oratoire découvert à Rome sur le monte

^J. Wilpert, Die goltgeweilxten Juntjfrauen m den ersten Jalirluinderten, in-4'', Freiburg-im-Br., 1S92; O Mitius, Ein Fandtienhild ans der Priscilîiakatfdcnmbe, dans AArchàologische Siudien de Ficker, 1S95, t. i ; Wilpert, Le pillure délie calacomhc romane, in-tol., Roma, 1003, pi. Lxxix, lxxxi. — = /bid.,pl.xcvi. — sDe Rossi, Bull, di arclucrisl., 1876, p. 50; Diclionn., t. i, col. 189, fig. 47. — ' Dictionn., t. i, fig. 356, fresque de la catacombe de Saint-Hermès; t. ii, fig. 1233, épitaphe du cimetière de Balbiiie. — ^ Wilpert, Le pillure pelle calaeombe romanf, in-£oI., Roma, 1903, pi. 116, n. 1;

draperie' et pourvue d'un tabouret pour les pieds'». Voir Diclionn., t. i, fig. 1063, 1064 (fig. 238S).

A partir du iv» siècle, un sujet devient fréquent dans les catacombes : le Christ enseignant les apôtres rangés autour de lui. D'ordinaire, le Christ seul occupe une cathedra qu'on a l'intention de rendre somptueuse. Au cimetière de Domitille, un large dossier est tendu d'étoffe bleue mouchetée"; parfois les apôtres ont des chah-es, mais plus modestes, c'est l'ancien type du ni"! siècle à dossier rond'-; dans la crypte

pi. 141. — • H. F. J. Liell, DieDarslellungen der allerseligslen Jungfrau und Gollesgebarerin, in-S", Freiburg-im-Br., 1897, p. 236, ng. 16; p. 240, fig. 17; p. 241, fig. 18; p. 242, fig. 19 p. 243, fig. 20; pi. ii, n. 1, 2; pi. iv. — 'ifrid., p. 222, fig. 13; p. 249, flg. 23; p. 251, fig. 24; p. 252, fig. 25; p. 253, flg. 26,27; p. 254, fig. 28, 29; p. 255, fig. 30; p. 256, fig. 31, .32; p. 257, fig. 33; p. 263, fig. 39 ; p. 270, fig. 44; p. 127, flg. 46; p. 272, fig. 47. — • Ihid., fig. 23, 25, 31, 39, 47. — 'Ilnd., flg. 31,44. — '« Ibid., fig. 31. — "Wilpert, op. cil., pi. 148, n. 2. — '"-Ibid., pi. 155, n. 2; pi. 177, n. 1, 2.

de l'annone la cnihedra est tendue de pourpre '. Au cimetière de Saint-Hennés, une fresque antérieure à l'année 337 nous montre le Christ et les douze apôtres tous dans leur cathedra (fig. 2389J ^.

Mais dans les fresques des catacombes et sur les bas-reliefs des sarcophages, les chaires sont toujours de plain-pied ou simplement posées sur un escalicau. Ce type conservera longtemps la faveur, on le retrouve à Xaples, dans une petite église taillée dans le roc. la chaire grossièrement façonnée est pourvue d'accoudoirs et d'un dossier arrondi. La négligence avec laquelle ce siège a été taillé donne lieu de penser qu'il était revêtu de stuc ou d'enduit ou plus simplement encore drapé '. Xous mentionnons ce monument parmi ceux de l'âge de la Paix tout en inclinant l'i le croire plus ancien (fig. 2390). Quoi qu'il en soit de cette date dilTicile à déterminer, nous devons mentionner dans la même ville, la chaire de l'évêque Gaudiosus, conservée dans le chœur de l'église Santa-Maria-dellasanità. Cet évêque mourut vers le milieu du v= siècle.

présentait les arrivants à la Vierge assise sur une chaire dont le dossier sculpté offre la coquille; les panneaux des côtés sont dégagés et remplacés par une traverse (fig. 2392). Cette chaire n'a pas encore les majestueuses proportions de celle du Christ sur la pyxide du Musée de Berlin, mais elle marque un effort vers l'allégement et la décoration du meuble si lourd d'aspect que nous avons vu jusqu'ici. Le dossier au lieu de s'arrêter aux épaules dépasse maintenant la tête. On peut rapprocher cette chaire alexandrine de celle sur laquelle est assise la Vierge entre les anges et que nous avons donnée parmi les monuments du musée du Caire (voir fig. 1852) et aussi d'une chaire fort luxueuse peinte à fresque dans une chapelle de Bagaouât '.

L'aménagement des églises au iV siècle nous montre uniformément la chaire épiscopale placée au fond de l'abside; nous avons heureusement conservé un spécimen de cette installation dans l'abside de l'oratoire dédié par saint Damase aux martyrs Simplice, l-'austin

■ Le Clirist el les apùtres. D'après Wilpert, Lepilture délie cataccnibe, pi. 152.

Sa cathedra ne s'écarte pas encore du type alors consacré. Le siège est des plus simples, entièrement dépourvu d'ornements. Le dossier est décoré de trois filets de perles et du chrisme (fig. 2391).

Pour en finir avec ce type, rappelons encore quelques spécimens, notamment dans le manuscrit pourpré de Hossano : sur le feuillet ([ui représente Judas rapportant les trente deniers, et sur celui de l'évangéliste saint Marc écrivant nous retrouvons les larges fauteuils d'osier tressé^ (voir fig. ISOO), de même dans la scène de l'annonciation sur le dossier de la chaire de Maximien de Ravemie, et sur une pyxide d'ivoire du Museu nuzionale, à F'iorence ^ Sur le coffret d'argent de Saint-Nazaire à Milan, la Vierge et l'enfant reçoivent les présents des bergers et Daniel juge les séducteurs de Suzanne. L'un et l'autre personnages occupent le centre de la scène assis sur des sièges à dossier carré élevé '.

D'autres monuments pourraient être cités; nous ne croyons pas nécessaire de prolonger cette énumération qui n'apprendrait aucune particularité nouvelle digne d'attention. Le seul monument qui ne doive pas être passé sous silence, est un ivoire de la chaire de Maximien de Ravenne, représentant la moitié de la scène de l'adoration des I.Mages. L'ange

' Ibid., pi. 193. — ' Ibid., pi. 152. — ' Rohault de Fleuiy, La messe, ïiliides archéologiiiues, ISS'.i, t. ii, p. 157; t. m, p. 106, pi. cc.vxxix. — * Venturi, Storiu deir arle italiana, in-S°, .Alilano, 1901, t. i, fig. 140, 142. — ' Ibid., 1. 1, fig. 296,

et Viatrix. près de l'emplacement de leur sépulture au cimetière de Generosa. Dans ce qui subsiste de cet édicule, l'abside est Iieureusement conservée au fond de l'hémicycle dans lequel elle trace comme une large niche, ainsi que nous le voyons dans la basilique souterraine de Sainte-Pélronille. Dans cette niche, la cathedra elle-même était composée d'une simple plaque de marbre posée sur deux petits nuirs. Lors de la découverte, J.-B. De Hossi a pu voir encore et dessiner celle chaire qui a disparu depuis (lig. 2393) '. Malgré son aspect grossier, cette chaire ne s'éloigne pas des cathedra' de style classique; elle rappelle la chaire en marbre qui se voit dans l'église de Saint-Étiennele-Iîond, à Rome, à droite en entrant. L'ne tradition locale représente ce siège comme une chaire de saint Grégoire le Grand. Sur la base, on lit le nom d'un fameux marbrier romain du moyen-âge : MAC. lOHS {magister Johannes). Le fait est curieux mais il n'est pas sans analogue ; on voyait encore au xviii= siècle, dans le palazzo Verospi, sur le Corso, une statue d'Esculape portant sur sou piédestal le nom ASACLE- TVS, c'est-à-dire Bassallectus, le marbrier qui façonna le candélabre en marbre de Saint-Paul-hors-les-murs, et divers autres ouvrages. Dans ces deux cas, il faudrait supposer que ces nuubriers du moyen âge ont connu

401. — 'Ibid., t. 1, fig. 4 17, 449. — ' Dicliontiaire d'archéologie chrélienne et de liturgie, t. il, col. 59. — ^De Rossi, Roma soiterrranea, in-Iol., Roma, 1877, t. m, p. 651-652, pi. LU.

CHAIRE ÉPISCOPALE

les monuments antiques qu'Us ont parfois imitis ou copiés. Cette cliairc se compose de deux dalles debout sur lesquelles repose une troisième servant de siège; pas de dossiers ni d'accoudoirs, (fig. 2394), mais un marchepied '.

Au Latran, la chaire pontificale, dont les fragments se voient encore dans le cloître, ne différait guère de ce type, sauf un dossier ^ On lisait l'inscription suivante en vers léonins :

HAEC EST PAPALIS SEDES ET PONTIFICALIS PRAESIDETETCHRISTI DE IVRE VICARIVSISTI ET QVIAIVREDATVR SEDES ROMAN A VOCATVR NEC DEBET VERE NISI SOLVS PAPA SEDERE ET QVIA SVBLIMIS ALII SVBDVNTVR IN IMIS

La basilique des Saints-Xérée-et-Achillée, ancien titre de Fasciota, était le titre urbain dont dépendait le cimetière de Domitille. Il en est résulté quelques confusions qui ont fait appliquer à l'église urbaine des détails relatifs à l'église cémétériale. et réciiiroquc

.^,âff..

beaux monuments est celui qu'on conserve à Sainle- Marie-du-Transtevère; les accoudoirs sont supportés par deux griffons ailés à têtes de lion et à cornes de chè\Te '. Mais il est bien aventureux de s'en remettre à des « traditions locales » pour accepter l'attribution liistorique de ces sortes de monuments. Heureusement, une catégorie de monuments dont le christianisme est indiscutable, nous apporte un utile supidément d'information, ce sont les sarcophages. Celui de Junius Bassus nous montre le Christ assis sur une chaire supportée par deux lions'; un sarcophage du

2390. — Chaire dans la catacombe de Saint-Janvier. D'après Rohaultde Fleury, La messe, t. m, pi. 239.

ment, .\insi Baronius croyait que l'homélie de saint Grégoire le Grand ; Sancti /.s/; ud (/uonuii tumlyain consistimus^... avait été prononcée à l'église urbaine, tandis qu'elle le fut au cimetière. Le commencement et la lin de cette homélie sont gravés siu- la chaire pontificale dans l'église urbaine. Cette chaire tait partie d'une sorte de petit édifice à fronton dans lequel la nielle sert de dossier, le siège est plein et profondément encaissé entre les accoudoirs que supportent des fions. Ce type n'est qu'une adaptation du modèle antique. La prétendue chaire de saint Grégoire, conservée dans l'église Saint-Grégoire à Rome, remplace les lions par des animaux ailes, un peu fantastiques et fort détériorés*. On s'évertuait à décou\Tir après coup une signilicalion symbolique à ces animaux : le lion représentait la force et la vigilance, vertus essentielles à l'èvêque ' ; les chiens figuraient la vigilance et la fidélité «, ainsi du reste. Dans cette catégorie, un des plus

* O. Marucchi, Eléments trarchéolugie chrétienne, in-S°, Paris, 1902, t. m, p. 223; Rohault de Fleury, La messe, 1883, t. II, p. 159, pi. CLi; Von Bilguer, Greynr der Crosse, in-8», Berlin, 1904, p. 13, n. 1. — = Rohault de Fleury, Le Latran au nioijen âge, pi. xxn, xxiii; La messe, 1883, t. Il, p. 159. — 'S. Grégoire, llomilia in Euanijeliu, 1. II, hom. xxvin, P. /.., t. lxxvi, col. 1210 sq. — * Von Bilguer, op. cit.. p. 13, n. 2; H. F. Witherby, Tlie .Storii of the chair o/ S. Peler in the basilica of S. Peter, Home, in-SiiLondon, 1905, p. 57. Rohault de Fleury, La messe, t. ii, p. 178, pi. rxxvin, l'attribue au xiii' siècle. — '.Marangoni, Délie cose gentiles-

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2;j91. — Cliaii-e de saint Gaudiosus.

D'après Rohault de Kleui-y, La messe, t. n, pi. 153.

musée de Pèrouse offre une chaire de même modèle, très élevée et pourvue d'un suppedaneiim ou marchepied encore rehaussé par un volumineux coussin ». On remarquera dans ces deux derniers monuments, l'absence de dossier; la calhedra se trouve ainsi réduite à une banquette de larges dimensions; U est possible cependant que, soit négligence, soit inhabileté, le sculpteur se soit dispensé de figurer le dossier. La chaire

che e profane trasporlate ad iiso ed ornamento délie cliiese, in-l°, Roma, 1744, c. Lxviii. — ' Ciampini, ^'elera monimenla, in-fol., Roma, 1690-1699, t. i, pi. ii. — 'A. Gori- Passcri, Thésaurus gemmarum astri/erarum, in-4'', Florcnti;c, 1750, t. m, p. 232. Rohault de Fleury, op. cit., t. u, p. 176, pi. CLXiv, l'attribue au xii« siècle; Bottari, Scullurc e pitiure, t. il, p. 69. — 'Dictionn., t. i, col. 3030, fig. 1063. — 'Rohault de Fleury, La messe, 1883, t. il, p. 159, pi. cxLviii; Weis-LiebersdorI, Chrislus und Apostelbildcr, Ein fluss der .Apokryphen auf die altestcn Kunstlypen, iii-8», Freiburg-im-Br., 1U02, p. 17, lig. 11.

CHAIRE EPISCOPALE

conservée à Saintc-Marie-in-Cosmedin est cerlainement antique et offre un modifie bien complet du type que nous étudions ici. Elle est carrée, ornée sur le devant d'une dalle de porphyre, les accoudoirs sont formés de deux griffes, surmontées de têtes de lion vigoureusement "taillées' (fig. 2395).

Avec les byzantins, la chaire haute, droite, anguleuse, dont on a fait usage jusqu'alors, va être remplacée par un siège qui n'a plus avec la cathedra que de lointains rapports. C'est dans les mosaïques que nous voyons ce meuble d'aspect nouveau et dont la déco-

2392. — La présentation des Jlages. Ctiaire de Maximien à Ravenne. D'après une photograpliie.

ration réclame toutes les richesses : soieries, métaux, gemmes et pierres précieuses.

Le monument le plus ancien et un des plus remarquables pour l'histoire de cette transformation de la chaire en trône, c'est la mosaïque de l'abside de Sainte-Pudentienne. I.e Christ est assis sur un vaste siège dont les dimensions laissent loin en arrière, la cathedra étriquée et même l'ample chaise curule sénatoriale. C'est bien un trône ici, et nous y voyons l'énorme coussui,bouftant de chaque côté du personnage assis, qui deviendra une caractéristique de ces nouveaux sièges. Ici, le dossier ressemble assez à un vaste écran tendu d'élolïe. Ce qui est remarquable dans ce siège, c'est moins encore la richesse toute nouvelle des matériaux, l'anqjleur des dùnensions, le ty]ie tout nouveau, que l'intention évidente de rompre avec le type ancien, d'implanter une mode qui n'ait rien des usages du passé (iig. 2396). Outre le mérite

^ Ibid., p. 160, pi. CLII. Au xii« siècle, le cardinal Alfauo refit le dossier, l'orna d'un cercle de mosaïque et fit gi-aver cette inscription : Al/anus fieri libi /ecit, Virgo Maria.

d'art et l'intérêt qui s'attachent à la mosaïque de Sainte-Pudentienne, pour le point spécial qui fait l'objet de notre dissertation, elle prend une valeur d'originalité et d'innovation à laquelle on n'a pas jusqu'ici prêté assez d'attention. Si les chaires de marbre et de pierre nous ont été conservées en grand nombre, elles doivent moins cette heureuse fortune aux souvenirs historiques vrais ou faux qu'on leur attache qu'au faible prix qu'on peut retirer des matériaux entrés dans leur construction. Il n'en est pas ainsi pour les chaires byzantines dont le luxe ébloidssant et l'énorme valeur excitaient trop de convoitises l)0ur échapper longtemps à la destruction. Sans doute, les mosaïstes avaient beau jeu de prodiguer les^richesses, au moyen de cubes de pierre ou de verre; à supposer qu'ils aientparfois ajouté à l'éclat des meubles qu'ils copiaient, nous pouvons être certains, néanmoins, que leurs ouvrages s'en rapprochaient dans la

2393. — Oratoire au cimetière de Générosa. D'après Bouta sotterranea, t. m, pi. 52.

mesure du possible. Ce que nous savons du luxe effréné employé par Justinien pour l'ornementation du mobilier de Sainte-Sophie, en particuUer pour l'ambon, ne permet guère de douter que la chaire épiscopale ait été traitée avec moins de profusion.

Dans l'art by-zantin antérieur à Justinien, une sorte d'incertitude comme d'une pensée qui se chercherait elle-même, alïecte plutôt l'architecture que le mobilier et la décoration. Pour cette dernière la formule est trouvée. L'application sur toute la surface de motifs ornementaux. La chaire de Sainte-Pudentienne n'est qu'un premier exemple qui sera de suite compris et imité. Sur le grand arc de Sainte- .Marie-Majeure la mosaïque nous offre un trône d'une richesse sans pai'eille. Voir Étim.\si.\. Dans cette même mosaïque, la scène de l'adoration des Mages nous montre l'enfan-t Jésus assis sur un trône de ce genre, moins riche mais plus large, le dossier est rouge encadré d'une bordure d'or, le coussin vert. Les pieds du siège et les disques qui les surmontent sont en or; en avant est posé un escabeau avec perles et cabochons. Au baptistère de 1 '«avenue, la voûte présente une série de trônes somptueu'v Voir Éti.m.\si.\.. Ce qui est remarquable, c'est l'abandon définitif du type et des dimensions de l'ancienne chaire à haut dossier. Le siège s'élargit outre mesure, porté par quatre pieds isolés, sur le siège un coussin dont les extrémités forment deux boules, le dossier et les accoudoirs sont de plus en plus abandonnés.

CHAIRE EPISCOPALE

Dans la coupole du baptistère des Ariens, à Ravenne, un trône très riche, gemme, présente un dossier ramené sur les faces latérales en forme d'accoudoirs. A Saint-Apollinairc-Neuf de Ravenne, le Christ occupe un trône gemmé enrichi de cabochons, précédé d'un escabeau en pierreries; le dossier est également gemmé, en forme de lyre et surmonté de deux globes. La Vierge est assise sur un trône un peu moins riche mais peu différent du précédent '. f^es marbriers de Ravenne ne pouvant figurer comme les mosaïstes la richesse des chaires byzantines cherchent à se rapprocher du type essentiel et s'aperçoivent qu'il se trouve dans le dossier carré -.

A mesure qu'on s'éloigne de Constantinople et des richesses entassées par Justinien, on s'attend à voir les chaires moins somptueuses, vu l'appauvrissement général et les désastres des provinces : il n'en est rien. La chapelle de Saint-Zénon, dans l'église Sainte-

2394. — Chaire à Suint-Ktienne-Ie-Kond.

D'après une photographie.

Praxède, h Rome, nous montre un trône gemmé «ncore rutilant de perles et de pierreries, dans la même église le trône de l'agneau n'est guère moins riche. A Torcello, à Palerme, à Montréale, d'autres exemples s'offrent à nous, mais nous nous contentons de signaler un type qui va prendre faveur, le dossier en forme de lyre qu'on voit à Sainte-Marie-du- Transtévère et à Sainte-Françoise-Romaine.

Tandis que le goût asiatique de la polychromie se naturalisait dans la décoration byzantine, les Occidentaux suivaient ce mouven\ent de loin, mais dans la mesure de leur moindre richesse, ils appliquaient avec bonheur le procédé d'inscrnstations polychromes. On trouve dans les papiers ^iianuscrits d'Ugonio, conservés à la bibliothèque Barberine, ce passage relatif à la basilique de Junius Bassus, plus tard Saint-Andréin-Catabarbara : « Elle a une Seule nef très grande, soutenue par des arcs élevés en briques. En tète, on monte au grand autel, où, derrière le presbytère, est le siège de marbre de l'évêque, tout incrusté de pierres de couleurs variées, dont le travail représente dif-

'Sur im sarcophage à Saint-ApoUinaire-in-CIasse, le Christ est assis sur une chaire basse carrée, pour\-ue d'un coussin, à dossier carré, dont les extrémités sont couronnées par des globes. Venturi, op. cil., t. i, p. 214, Tig. 201. — «Vcnturi, o/). cit., t. i, p. 209, fig. 196; p. 213, flg. 200; p. 214, flg. 201. — » De Rossi, Bull, di arcli. crisl., 1870,

DICT. d'aRCH. UHRÉT.

fércntes ligures'.» Ce monument nous place à la limite des IV" et v siècles, t'n peu plus tard, auvi'" siècle, nous voyons dans l'église du Dôme, à Parenzo, une chaire épiscopale adossée au fond de l'abside. Le dossier paraît de cette époque: ses dimensions n'ont pas dû changer, car les marqueteries de marbre qui l'encadrent sont primitives et en dessinent encore les anciens contours. Ce dossier carré est légèrement mouluré; les accoudoirs sont composés de deux dalles moulurées en dehors, arrondies en creux à leur partie supérieure et ornées sur le devant de petits cercles en relief. Un perron de cinq marches entre deux échiffres donne accès au siège. On remarquera dans les mosaïques de nacre et de marbre qui tapissent le fond de la tribune, deux chandeliers figurés à droite et à gauche de la chaire. Un banc presbytéral l'accompagne et pourtourne la tribune; il est précédé d'une marche, son dossier est formé de dalles de marbre

iîaiiiiiiffiïffiiiiKiiii'^

iiiiiiai;*i,i,,iiii!-ji;BaiiiiiiiiiiiiiiiiiiBiiMiiio«Bi,t"'ï;i,.iiiiiii\^Ki;^i

2395. — Chaire de .Sainte->huie-in-t.;iib[nedin. D'après Rohault de Fleury, ha .Messe, t. H, p. 152.

d'environ O'ofiO de hauteur, couronnées d'une moulure. Aux extrémités, il se termine par deux dauphins d'un beau caractère dont la tête repose sur le sol ■■.

.A mesure qu'on s'éloigne de l'Orient et de la renaissance artistique qui souleva Rome au iv^ siècle, les monuments se fout plus rares et plus simples. Un des plus remarquables par ses proportions heureuses est la chaire épiscopale conservée dans l'église de Vaison (Vaucluse). Cette église porte les traces de quatre constructions de style complètement dlQ'érent. L'abside et la travée qui la précède, ainsi que les cliapelles absidales, sont incontestablement les plus anciennes et remontent à l'époque mérovingienne. L'abside principale, entourée à l'extérieur d'un massif carré surmonté d'un fronton avec moulures et denticules, circulaire à l'intérieur, est couverte par une voûte en cul-de-four. Cinq arcatures supportées par des arcades reposant sur des colonnes en marbre cipolin aux fûts antiques et dont les chapiteaux ont tous les caractères de la sculpture mérovingienne, décorent ce sanctuaire; sous l'arcature centrale on voit en

p. 14. — « M. Stornaiolo a reconnu au milieu de l'abside d'une basilique antique à Avcllino, une niche ornée et peinte; de là serait venu, d'après lui, l'usage de peindre et de plaquer la chaire épiscopale déposée dans ces niches absidales. BiilL di arch. crist. ,1SS0, p. S7. La conjecture est au moins ingénieuse et séduisante,

CIIAIRK EPISCOPALE

place, comme dans les anciemics basiliques, le trône de l'évêque (fig. 2397) '. L'autel ancien est encore debout; c'est une grande taille de marbre supportée par quatre colonnes = ; nous avons ainsi une disposition vraiment primitive. Quant à la chaire, très simple, composée d'un banc avec accoudoirs, terminée sur le devant par deux colonnes engagées, précédée

A Sainte-Agnès-hors-les-Murs, l'abside a été revêtue de marbres et de mosaïques, sous le pontificat d'Honorius l'^' (625-638), et la chaire peut être contemporaine de cette restauration. Elle est d'une simplicité et d'un type primitifs, formée de dalles de marbre n'ayant pas plus de O^OS d'épaisseur. La hauteur du siège (O^g?) nécessitait un escabeau'. La

239(3. — ^losaïque de Saint-Puilentioniie. Dotni>ius conservator Ecclesiœ PuttcnttuitX. D'après une photot-'i'aj liie.

d'un escabeau circulaire, elle s'harmonise parfaitement avec l'ensemble et n'a guère à envier à l'éclat papillottant des monuments byzantins.

Cette chaire de Vaison est d'une ampleur à laquelle n'atteindront plus les monuments postérieurs qui nous ont été conservés, pour le vii^et le \ui' siècles.

'H. Revoil, Architecture romane' du midi de la France, in-lol., Paris, 1873, t. il, p. 21, pi. xxui. — - Ibid., t. ml pi. L;Rohaultde FiQury, La messe, t. il, p. 167, pi. clvii. — ^ 'Rohault de FIcurj', La messe, t. il, p. 167, pi. cLvii.

chaire de Sainte-Cécile de Rome est du même genre; elle ne doit guère remonter i)lus haut que le pape Pascal pr, au ix'-' siècle' (flg. 2398).

A mesure que nous nous éloignons de l'antiquité, une particularité s'afllrme, le relèvement progressif de la chaiie. Dans le cimetière Ostrien et dans la

— • «A. Xesbitt, On the churches at Rome earlier thon Ihe year 1150, dans TIte Archœologia, 1866, t. .xL, p. 215, flg. 10. Xesbitt rapproche cette chaire de celle élevée ù Aix-la-Chapelle, par Charlemagne.

OHAIRE EPISCOPALE

catacombe de Priscille, la chaire est posée sur le sol, tout au plus si on doit recourir à un marche-pied pour l'escalader. Au i\"> siècle, nous voyons les ralhudrie f/rmlalœ qui déplaisent à certains, puisque saint Alarthi refuse cette distinction. La chaire de Vaison est déjà exhaussée de trois degrés; à Sainte-Sophie de Constantinoplc le trône patriarcal sous Justinien domine les sept ran;4sdegradinsoùs'asseyalentles prêtres et doit avoir au moins huit ou neut degrés; à Grado, le perron est de six marches '; à Torcello d'une quinzaine environ. Cette chaire de Torcello clôture dignement la série des monuments caractéristiques étudiés ici ^. Quoique incomplet, il est un des plus intéressants que nous possédions encore. Les anciens degrés ont été remplaces par des marches de bois, mais leur nombre ne devait guère s'éloigner de treize à quinze. Deux murs d'appui rampants accompagnent les chiq der-

mière vue qu'elles ne sont pas à leur place'et qu'elles devaient se trouver en avant du siège pour soutenir un dais de marbre qui a disparu '. Un évêque bénissant, vêtu du pallinm, a été plus tard représenté en mosaïque au-dessus de cette chaire. L'inscription SCS ELIODORVS nous prouve que ce saint, évêque d'Altinum, au iv« siècle, était resté titulaire de la nouvelle cathédrale (fig. 2399).

L'emploi d'un dais sur la chaire de Torcello n'otfrh-ait rien d'anormal. Nous en pouvons rapporter d'autres exemples. Paul Durand a signalé un exemple dans une église du Vieux Caire ; Salzenberg a pu voir pendant les nettoyages de Sainte-Sophie une mosaïque sur laquelle était représentée une chaire sous une arcade. La chaire de Grado est abritée sous un dais.

IV. Chaires voilées. — A plusieurs reprises, nous venons d'avoir occasion de mentionner des cliaires re-

2397. — Chaire épiscopalc de Vaison. D'après H. Revoil, Architecture romane du midi de lu France, t. il, pi. 23.

niers degrés près du trône. Six bancs suivent, à droite et à gauche, la circonférence de la tribune. « .Te n'ose dire, écrit Piohault de Fleury, qu'ils ont absolument la forme et les dimensions primitives, parce qu'on remarque, aux abords du perron qui conduit au trône, des amorces de gradins; mais leur nombre n'a pas dû varier. »

Cet amphithéâtre, surmonté de revêtements de marbres et de mosaïques, était dominé par la chaire elle-même dont il ne nous reste que le dossier et deux colonnes. Ce dossier en marbre blanc porte une croix ornée de rinceaux et d'un médaillon central que remplit une main bénissante entre le soleil et la lune. Audessus des bras de la croix deux rosaces, au-dessous deux palmes inclinées, dans la partie supérieure une frise de rinceaux. Cette dalle est accompagnée de deux colonnes d'un marbre blanc, veiné de légères teintes grises, avec chapiteaux corinthiens à feuilles d'acantlie fortement rclouillées. On comprend à pre-

' Diciionn., t. i, fig. 864. — > Middleton, dans The Academij, sept. 1882, et Roliault de Fleury, La messe, t. ii, p. IGS, établissent un rapprochement entre la chaire de Torcello et celle de l'église d'Abu-Sargah, au Caire, .\utour cie l'abside sont trois gradins de marbre blanc, et, au centre, un i>cu plus élevé que le reste, le trône de l'évêque; ce

couvertes d'une draperie. Lin célèbre sarcophage, conservé au musée de Latran, présente un important développement théologique. Xous n'avons à en retenir ici que deux groupes. Dans le registre supérieur, les trois personnes divines prennent part à la création de l'homme (fig. 2100); dans le registre inférieur, la vierge Marie reçoit les Mages. Dans ces deux scènes on voit l'emploi de la chaire. Dieu le Père et Marie sont tous deux assis sur la cathedra, mais celle de Dieu le Père est seule voilée. Cette distinction s'explique parce que le voile était une marque d'iionneur réservée au seul siège de l'évêque, chef de la hiérarchie. Ce n'était pas chose sans exemple alors de comparer la dignité et le rôle présidentiel de l'évêque dans l'assemblée des fidèles avec le rôle central attribué à Dieu le Père dans la Trinité'. On lit dans l'épître de saint Ignace aux Magnésiens : -apaivib, èv oaovoia OsoC ar.o'j-

TÔTTi'- Oîoj. • Je vous exhorte à faire toutes choses

trône est dans une niche à arc aigu, enrichi d'une belle et fine mosaïque de marbre, de perles, d'émaux colores. Pour lormer dossier aux sièges, le mur est garni de dalles de marbre à une hauteur de plusieurs pieds. — ' Rohault de Fleury, La messe, t. il. p. 168, pi. clviii, propose une restauration ûgurée. — 'Bull, di arch. crisl., 1865, p. 68, 61».

CHAIRE ÉPISCOPALE

dans la ressemblance de Dieu, que l'évêque présidant tienne la place de Dieu'. » Cette invitation n'est pas isolée ni la comparaison qu'elle renferme; on^Ha retrouve plusieurs fois dans la littérature

. — Chaire épiscopale à Sainte-Cécile.

D'après The Archseologia, 1866, t. xl, fig. 10.

apostolique ' et jusqu'au rv' siècle, où elle reparaît dans les ConsUiulions apostoliques (1. II, c. xxvi, XXVIII, XXX). La sedes linteata est donc bien l'insigne distinctif de la chaire épiscopale dans laquelle.

2399. — Chaire à Tûrcello.

D'après Holuinger, Die altchristlicheArcliitektur, 18S9, fig

sur le sarcophage du Latran, Dieu le Père est assis'. Le diacre Pontien, biographe de saint Cyprien^ fait mention du sedile linteo tecliun comme caractère

•S. Ignace, .4 d Magnesios, c. vi, n. 1, dans Opéra patrum apostoliconim, édit. Funk, in-S», Tubingœ, 1901, t. i, p. 234, et la note sur le sens de ce texte. — = Voir les références groupées par Funk, loc. cit. — ' Garrucci, Sloria dell arle crisliana, in-fol., Prato, 1873, 1. 1, p. 28S, accumule, 11 ce propos, les inexactitudes. Cf. De Rossi, Bull, di arch. ciisl., ISSl, p. S2-83. — ' Pontianus, Vi(a Cyprinni, c. xvi, dans Ruinart, Acta sincera martyrum, in-1», Amstelod;mii, P-214. — 'Pacicn, Epist. ii ad Sympronianum, n. 3,P. L.,

distinctif de la chaire épiscopale • et Pacien de Barcelone faisant allusion à l'époque du schisme novatien contre le pape Corneille, désigne également la chaire épiscopale par ces mots : scdcs linleala ^ Ces témoignages concordent; mais ils ne disent aucunement que cette caractéristique fut générale et obUgatoire. Nous avons signalé sur tel sarcophage la vierge Marie et l'enfant recevant l'hommage des trois rois sur une chaire drapée^; nous pouvons de même mentionner des chaires épiscopales. telle que sur le grafïïte trouvé auprès du mausolée de Sainte-Hélène où il n'y a nulle trace de voile ou de tenture '. L'n monument assez curieux est un peigne trouvé à Chiusi (voir Diclionn., t. I, col. 900, fig. 214) et pouvant dater du iv<^ ou du v« siècle à ses débuts. On y voit représentée sur une des faces une chaire épiscopale entre deux agneaux.

2400. — Création de l'homme par la Trinité.

D'après J. E. Weis Liebersdorir, Christus ititd Apostelbilder,

1902, fig. 3.

Cette chaire est entièrement voilée, et sur le siège repose le li\Te des Écritures ^. C'est le s\TnboIe du troupeau mystique des fidèles s'appliquant à connaître et à pratiquer la loi divine ; au revers, les deux agneaux reçoivent leur récompense céleste, ce n'est plus la chaire épiscopale et son enseignement, mais la couronne qui leur est offerte.

Il n'est pas question ici du trône et de VEtimasia que nous voyons sur le sarcophage de Tusculum, et la mosaïque de Ravenne.

L'usage de draper la chaire épiscopale s'est maintenu et nous pouvons l'induire, à défaut de tout indice positif, lorsque le trône de l'évêque est d'une nudité absolue, comme c'est le cas à Sainte-Agnéshors-les-Murs, ou à Samte-Cécile de Rome.

V. Cii.MRE DE s.viNT PiERRE. — La fctc de la Chaire de saint Pierre fera l'objet d'une étude séparée,

t. xin, col. 1059. • — • Liell, Die Darsletlungen der allerseligslcn Jung/raii, p. 256, fig. 31, 32; p. 270, fig. 44; cf. p. 227, fig. 13. Cf. eu. Diehl, Justinien et la civilisaiion byzantine au vi' siècle, in-8», Paris, 1901, pi. viii, Hérode recevant les mages sur ime chaise drapée, la Vierge les recevant à son tour sur une chaire drapée. — " De Rossi, Bull, di arch. crist.. 1872, pi. ix, n. 2. — » De Rossi, Bull, di arch. crist., 1880, pi. vi, n. 2, ISSl, p. 80-85, aujourd'hui au musée du Vatican.

CHAIRE EPISCOPALE

nous ne nous occuperons ici que du monument '. En 1867, à l'occasion du dix-huitième centenaire des apôtres Pierre et Paul, on ouvrit le reliquaire de bronze exécuté sous le pontificat d'Alexandre Vil et la chaire épiscopale qu'il renfermait tut exposée publiquement -.

Les attestations textuelles relatives à cette chaire sont nombreuses et anciennes. Elles forment une chaîne ininterrompue. A la fin du v siècle ou au début du vi", Ennodius de F'avie met dans la bouche de Rome même ces paroles : Ecce nunc ad gestatoriam sellam aposlolicie con/essionis iida mittiinl liminacandidalos; et uberibiis, gaudio exaciorc, fletibus collala Dei bénéficia dona geminaniur^; ainsi c'était alors l'usage pour les néophytes, vêtus de la robe blanche, de se rendre de la piscine, iida limina, à la gestatoria sella aposlolicœ confessiomiis. Qu'y venaient-ils taire? Ennodius nous l'apprend quand il parle du double don céleste répandu sur les néophytes devant la sella apostolica: et ubcrihus, gaudio exaclore, fielibas collala Dci bénéficia dona gcniinunlnr, allusion suOlsamment claire à la confirmation qui succédait au baptême. Les néoph\'tes, au sortir de la piscine, étaient donc amenés devant le pape qui leur administrait la confirmation j devant le siège de Pierre conservé alors dans le bap- [ tistère,' ainsi qu'on peut l'induire d'une épigramme j conservée dans le sylloge épigraphique de Verdun, avec cette mention : ubi ponlifcx consignabal *.

ISTIC INSONTES COELESTI FLVMINE LOTAS PASTORIS SVMWll DEXTERA SIGNAT OVES

HVC VNDIS GENERATE VENI QVO SANCTVS AD

IVNVM I SPIRITVS VTCAPIAS TE SVA DONA VOCAT.

La présence de la chaire de saint Pierre au baptistère du Vatican se trouve confirmée par l'inscription damasienne de ce baptistère élevé par Damase dans la seconde moitié du iv<' siècle.

VNA PETRI SEDES VNVWI VERVMQVE LAVACRVWl

lisons-nous dans l'inscription '. Une fois connu, le fait j

de la présence de cette inscription au fronton du bap- !

tistère, l'allusion devient si évidente qu'on ne peut s'y ; dérober. D'ailleurs les témoignages se multiplient.

L'éloge funèbre du pape Sirice, successeur immédiat \ de Damase, nous apprend que " :

FONTE SACRO MAGNVS MERVIT SEDERE SA- '

[CERDOS

ainsi donc l'emplacement ordinaire de la chaire épiscopale était, nous l'avons vu, dans l'abside de la basi- [

' A, Aiicajanus (= J. IMarotti), De cathedra romana S. Pelri principis apostolorum onUio, in-4o, Romse, 1791 ; ' S. de Canzano, De cathedra romana b. Pétri principis apo- ' stolorum oratio, in-4°, Roma?,lS67; L. Caraceiolo,De cathedra romana b. Pétri apostolorum principis oratio, iii-4", Roma;, ( 1S70; et quelques autres écrits de même valeur ne se rap- , portant à notre sujet que par l'apparence; on ne trouve guère dans les écrits de ce genre que des considérations théologiques sur la primatie romaine. On consultera utilement : De Rossi, La cattedra di S. Pielro net Vaticano e qiiella del cimitero Ostriano, dans Bull, di archeol. crist., 1S67, p. 33-46; Stevenson, dans F.-X. Kraus, Realencyklopàdie dcr cliristliclien Alterthiimer, Freiburg-ini-Br., 1886, t. ii, p. 156-161 ; S. Sanguinetti, De sede romana beati Pétri principis apostolorum, commentcu-ius liistorico-criticus, in-S^, Roms, 1867; A.-S. Rames, Saint Peter in Rome and his tomb on the Vatican hill, in-S^ London, 1900, p. 35, 55, 7y-82; Smith and Cheetham, ZJic/ionary o/ Christian antiquities. 1880. t. ii, p. 1625-1627 ; A. de Waal, Chair o] S. Peter, dans The catliolic Encyclopedia, 1908, t. il, p. 553-554. Parmi les ou\Tages anciens, Fr. Phœbcus. Dissertatio de identitate cathedrœ S. Pétri, in-8^, Rom:e, 1666, èdit. Picralesi, Roma, 1886; Torrigio, Grotte vaticane, Roma, 1788; Cancellieri, De secretariis basilicœ Valicaniv, in-4", Rounu

lique; mais depuis Damase la cathedra à laquelle l'évéque de Rome devait son titre de sacerdos magnas se trouvait au fonte sacro.

Cette localisation se trouve contemporaine de l'écrit de saint Optât de Milève contre les donatistes '. Optât oppose aux schismatiques qui se vantaient d'avoir dans Rome un évêque de leur secte S la suite des pontifes romains se succédant sur la même chaire; il ajoute : denique si Macrobio dicalur, ubi illic sedea luinvjuid polcst dicerc in ccUhcdra Pctri? quam nescio si vel oculis novil, et ad cujus nienwriam non accedit quasi schisnudicus '. Au temps de Damase et de Sirice c'était donc sur la chaire même de saint Pierre que siégeaient les papes; on la pouvait voir de ses yeux en se rendant ad Pelri mcmoriarn; ainsi au iv« siècle, personne ne mettait en doute que la chaire du pape Sirice au fonte sacro était la chaire même qui avait servi à l'apôtre.

LTne semblable conviction pour être ainsi affirmée dans une vive polémique devait être bien générale et bien profonde alors: ajoutons qu'elle ne pouvait être récente sous peine de provoquer le démenti. Avant que Damase eût déposé la chaire dans le baptistère construit par ses soins, celle-ci devait se trouver soit dans la crypte même de la sépulture de saint Pierre, soit dans la basilique constantinienne depuis le temps de la paix de l'Église. A l'époque des persécutions nous rencontrons dans le Carmen adi'crsus Marcionem, attribué à tort à Tertullien, mais appartenant au iii" siècle, ce distique '° :

Hac cathedra, Petrus qiiu scileral ipse, locatum Alaxima Roma Linum primum considère fussit,

et l'auteur poursuit la série des successeurs de Pierre sur cette chaire. Ces mots hac cathedra Petrus qua sedcral ipse, dans leur sens naturel, désignent la chaire même de l'apôtre. C'est ce sens que favorisent plusieurs témoignages fort anciens. Après le martyre du pape Fabien, saint Cyprien s'exprime ainsi : cuni locus Fabiani, id est locus Pelri el gradus calhedne sacerdotulis vacaret ". Un demi-siècle plus tôt, Tertullien écrivait cette phrase célèbre : Percurre ecclesias aposlûlicas, apud quas ipsse adhuc calhcdrœ apostolorum suis locis prœsidenl.Si Ilcdiœ adjaccs, habes Ronvun '-. Par cathedrœ ce sont bien les Églises, mais en même temps le souvenir matériel des chaires que Tertullien veut marquer ici. Nous savons d'ailleurs par un témoignage étranger que l'ÉgUse de Jérusalem conservait l'ipsa cathedra de l'apôtre Jacques "; l'Église d'Alexandrie conservait à son tour l'ipsa cathedra de l'évangéliste Marc "; l'Église de Rome, d'après les

1788; P. F. Foggini, De romano diDi Pétri itinere et episcopatu ejusque cmtiquissimis imaginibus exercilationes historico-criliae, 10-4», Florentite, 1741; Rohault de Fleury, La messe. Études arctiéotogiques,lSS3, t. ii,p. 149-150, pI.cxLv; Armellini, dans Omaggio cattulico in uarie lingue ai principi degli apostoli net xvai centenario, Roma, 1867, p. 160, 161; S. Sanguinetti, De sede romana beati Pelri conimentarius histuricus crilicus, Ronifi, 1867, p. 192 sq. — * Les meilleure» dissertations parues alors furent celles de J.-B. De Rossi^ S. Sanguinetti, R. Garrucci. — 'Ennodius, Apologet. pro synode, P.L., t.I.xin,coI. 206. — * De Rossi, BiiZ/.rii arcli. crist., 1867, p. 34; Inseript. christ, urb. Ronue, in-fol., Romœ, 1888, t. II. part. 1, p. 139,247. — ' lhn\, Daniasii epigrammata, in-16, Lipsiœ, 1895, p. 9, n. 5. — ' Gruter, Inscript., p. MCLXXI, n. 16. — ' h'Ad Parmenianum parut d'abord en 372, sous le pontificat de Damase; Optât en fit une seconde édition qui parut sous Sirice. — ^ En 372, cet évêque s'appelait Xlacrobius. — ' Optât, Ad Parmenianum, 1. II, c. iv, P. L., t. XI, col. 951. — ^°Ps. Tertullien, Carmen adversus Marcionem, 1. III, P. L., t. il, col. 1099. — '■ Cyprien, Epist., LV, édit. Hartel, Vindobuna-, 1868, t. i, p. 630. — 1» Tertullien, De prœscriptiunibiis, c. xxxvi, P. L., t. i, col. 49. — " Eusèbe, His(. eccles., 1. VII,c. xix, xxxii, P. G., t. XX, col. 681, 721. — "/bid.,c. xxxii, P. L., t. ii, col. 721.

CHAIRE EPISCOPALE

textes rapportés ci-dessus conservait Vipsa cathedra de saint Pierre. Manifestement Tertullien attactiait la valeur d'une attestation positive et historique à la possession par une Église de la chaire de son fondateur. Nous pouvons ainsi, à l'aide de textes autlientiques, offrir une suite de témoignages parfaitement cohérents, une chaîne continue depuis le ii= jusqu'au v* siècle, grâce à laquelle nous savons que l'Église de Rome était en possession de la chaire de l'apôtre qui, au v» siècle, se trouvait au baptistère du Vatican. Au cours du moyen âge, nous n'avons que des mentions incidentes de la chaire, particulièrement à propos de l'intronisation des papes et dans les livres liturgiques. Nous savons qu'on avait coutume d'y introniser les papes ^ et une bulle de Nicolas III nous apprend qu'il était d'usage de transporter la chaire au maitrc-autcl sur les épaules des chanoines le jour

et le nom du signataire de la mosaïque, c'est un travail du ive siècle; or, le siège n'offre ici aucun rapport avec celui conservé au Vatican, c'est une chaire sans dossier et pleine, une sorte d'escabeau massif (fig. 2401).

La description de la chaire du Vatican est donnée à l'article Chaipe de saint Pierre (fête), cf. col. S.ï.

Nous nous contenterons de dire que l'ensemble de cette description ne permet pas de soutenir l'identité du siège conservé au Vatican avec la chaire de saint Pierre, vénérée et conservée dès les premiers siècles chrétiens. La décoration en arcatures est radicalement incompatible avec un monument du i«' siècle, tel qu'une chaise curule sénatoriale. Mais toute cette décoration, on l'a remarqué', est appliquée, superposée au 0 cadre primitif ». Rien de plus naturel, à partir du v= ou du vi« siècle, de voir les fidèles faire usage de bijoux ou tl'objetsd'art portant des re-

MAXIMVS FEC'iT CVM SVIS

2401. — Mosaïque à Sainte-Pudentîenne. D'après Builelin d'archéologie ch7-étieut>e, 1867, p. 44.

de' la fête du 22 février. Le rite indiqué par cette bulle devait lui être assez antérieur. Les historiens de la basiUque Vaticane rapportent que la chaire fut transférée d'un oratoire dans un autre, jusqu'au jour où Alexandre VII la fit enfermer dans une enveloppe de bronze.

La légende qui prétend taire de la chaire de saint Pierre, le siège sénatorial de Pudens, est absolument dépour\T.ie de tout commencement de preuve; elle a même contre elle la forme, la matière et la décoration du monument qui ne peuvent en aucune façon être reportées au temps de Claude et imputées à un sénateur. Le ms. V«(/e. S40T, p. 82, contient un dessin d'après une niosa'ique conservée à Saintc-Pudentienne (litulus Pudfnlis) dans une chapelle et détruite en l'année 1.595. C'était un ou\Tage du iv<^ siècle dans lequel on voyait saint Pierre assis sur sa cathedra et distribuant la doctrine aux brebis: in œde sacra S. Padcnlianœ ad radiées Viminalis prope Exquilias est sacellum, in oiw S. Petrus diciiiir... célébrasse, etc. Exstat in eo sacello hujus rei monumenliini ex opère mtisivo jaclum cum inscriptione ad/ecta MAXIMVS FECITCVM SVIS^. Autant qu'on en peut juger d'après le croquis de Ciacconio

' Cet usage prit fin lors du séjour des papes à Avignon. — = Ce Maxinius reparait sur d'autres inscriptions de la même église restaurée sous le pape Siricc au iv« s.iécle.

présentations païennes, dont le sens est devenu lettre morte, pour les faire servir ou les transformer en objets chrétiens. Diptyques, couvertures d'évangéliaires, ornements de crucifix ou de reliquaires sont ainsi démarqués et adaptés à une destination nouvelle. Rien de pareil ne pouvait se faire pendant les trois premiers siècles, alors que les apologistes menaient le combat contre les turpitudes de l'Olympe païen, que Clément d'Alexandrie interdisait aux fidèles le port de tels et tels symboles. C'est au point que dans les catacombes, avant d'utiliser un sarcophage, un marbre représentant des figures païennes, on prend soin de les marteler: le mythe d'Hercule est dans ce cas. L'utilisation des plaques carrées nous indique donc pour la décoration de la cathedra une époque postérieure à la paix de l'Église.

C'est donc le «cadre» de chêne qui serait primitif; le revêtement d'acacia et les appliques seraient sans autre relation avec la chaire que celle d'une décoration tardive. Par ailleurs, nous savons que l'usage se conserva pendant des siècles de procéder à l'intronisation des papes sur la chaire même de saint Pierre et de célébrer le 22 du mois de fcATier une fête solennelle à l'occasion de laquelle le pape faisait usage de la chaire. Il est aise de comprendre combien il est improbable, pour ne pas dire impossible, qu'une substitution d'un siège nouveau ait eu lieu alors que ces

C(;Témonies consacraient périodiquement le siège historique. Des réparations, des restaurations s'imposaient sans doute, mais le « cadre» subsistait sous le revêtement plus ou moins riche et bizarre qu'on lui appliquait. Ennodius nous apprend que la chaire vénérée, conservée au baptistère, était une sella fjestatoria, par conséquent un siège de bois et portatif, et la chaire du Vatican satisfait à ces deux conditions. Nous n'avons pas sans doute dans ces remarques et ces faits une preuve matérielle de ridentihcation du siège actuel avec la chaire primitive, mais les meilleures probabilités en faveur de cette identilication.

Nous n'avons pas à aborder ici la question des deux fêtes de la cathedra Pelri au 18 janvier et au 22 fé- ^Tier. Toutefois, nous devons remarquer que la chaire un peu rudimentaire conservée dans le dessin de Ciacconio, d'après la mosaïque de Sainte-Pudcntienne. n'est pas sans offrir quelque rapport avec une autre chaire de saint Pierre, dont J.-B. De Rossi déterminait le site dans le cimetière Ostrien. Là, sur la voie Nomentane, près de la catacombe de Sainte-Agnès, .se serait trouvé la scdes ubi prias sedit S. Pelrus '. Voici en quelques mots les arguments présentés. Au vii= siècle, l'abbé Jean, chargé de porter à la reine Théodelinde des fioles d'huile sainte, écrit sur l'une d'elles •: Oleo de sede ubi prias scdil sanctus Pctnis. D'après la topographie suivie dans le catalogue des fioles, il ne saurait être question ici de la chaire du baiitistère du Vatican; de plus, le mot prias implique clairement la mention d'une première chaire et l'existence d'une deuxième, auxquelles se rapporteraient les deux fêtes. Cette première chaire se trouvait située dans le secteur qui sépare la voie Nomentane de la voie Salaire neuve, dans la direction du cimetière Ostrien que certains documents nomment : ufci /V(/'ii6bajilizabal, certains autres : ad nymphas S. Pclri et fuiiiis S. Pctri. Dans les souterrains où nous localisons ce cimetière, Bosio avait remarque une spacieuse tribune ornée de stucs à feuillages et d'une inscription en lettres rouges, indices d'archaïsme.

Cette question semblait devoir rester du domaine exclusif de la discussion conjecturale, lorsqu'en ISV.'j une fouille amena la découverte d'une crypte pourvue d'une abside et en 1876, dans cette même abside, jadis visitée par liosio, Mariano Armellini déciiilTra à grand 'peine ces mots ...SANC PET(ras)'. Saint l'ierre aurait donc donné ses instructions en ce lieu; il y aurait établi sa chaire. Ce n'est là qu'un indice, mais il a son prix; il suffit de l'avoir rappelé. Voir Ostiuanum. Quant à faire de la crypte qui contenait l'inscription et de la chaire en tuf qui s'y trouvait des monuments contemporains de l'apôtre, on n'y peut songer. La crypte est d'époque postérieure et la chaire, si elle eût été celle clc saint Pierre, eût obtenu une place d'honneur au lieu d'être reléguée sur un côté. Tout ce qu'on peut dire c'est que l'apôtre a dû baptiser et prêcher en cet endroit, dans une villa appartenant ù la « gens Ostoria » ; si, au vi" siècle, le prêtre Jean pensa voir en ces parages une chaire de saint Pierre, c'est qu'il s'en tint sans plus y regarder, aux afhrmations qui^lui parurent suffisamment fondées par le souveuii' deM'apôtre persistant dans ces Ueux.

Les représentations de la chaire de saint Pierre sont

^ Celle opinion a élé contredite par M. O. Mai-uMii. /.« récente œnlroversia sut ciniitero Ostriano, dans Suono btitt. di inrlwol. crist,^ 1903, p. 199-273: celui-ci propose de pincer le ciiiietièrc Ostrien sur la voie Salaire, dans la nécropole de Priscillc.', L'opinion de J.-B. De Rossi a été dclciuhic dans l-i' catacombe, S. Pielvo c il ciniitero Oslriano, dans Cifitlà catlolicu, 7 nov. 1903, p. 332-319. — = II. Armellini, Scoiicrt.i (tella''yri[>t<i ili S. Emcrenziana c di nna menioria rctatiiia altit catliedra di S. Pietro, in-S°, Roma, 1877; De Rossi, Bull, di arcti. crist., 1877, p. 150-1.32, pi. xi. — 'Uictionn.,

très anciennes, et elles entrent parfois dans une composition symbolique aussi ingénieuse que grossièrement figurée. Nous avons donné au mot Calicula(\oir fig.1920) un tond de coupe venant des catacombes et représentant un homme et une femme faisant le geste d'orants. A côté d'eux une cathedra surmontée du clirismon est adossée à la roche d'où s'écoule l'eau vive. On sait que le symbolisme primitif aimait à rapprocher Moïse frappant le rocher du personnage de saint Pierre auquel on prêtait le même geste =, allusion à ce nom de pierre qui, par un heureux calembour, évoquait l'idée de l'inébranlable solidité du siège de l'apôtre : Sic nca7ique ecclesiastici primalus cathedra sibi est iradita, ut perpétua sit soliditate jundata ', et saint Jérôme écrivait à Marcella : super illam pclrarn œdificalam ecclesiam scio. C'est le commentaire graphique de cette croyance qu'on exprimait eu figurant la chaire

2402. — Fùnil de coupe.

D'après Garruccî, Vetri fi'jurc, pi. xiv, n. 4.

surmontée du monogramme du Christ ^ adossée au rocher. Celui-ci, dans le fond de coupe dont nous parlons, est de couleur verdâtre. au sommet pousse un arbre plein de fruits, sur le flanc coule à flots une source '. Pour tous ceux qui avaient quelque connaissance des Livres saints, cette pierre inébranlable c'était le Christ lui-même, fondement de l'Église ', et à ceux qui n'auraient pas été familiers avec le symbolisme, ou expliquait que sicul in dcserlo dominico silienti populo aqna fluxit c pelra, ita univcrso mundo perfulix ariditate lassato de ore Pelri [ons salutiferx confessionis emersit *. Cette source s'écoule ainsi du rocher et de la chaire elle-même et devient, grâce à la chaire bâtie sur le roc, la source du baptême : nalalis fans, unde aqux cuncUe procédant... et puri latices capitis incorrupti manant '.

Un fond de coupe conservé au British Muséum a été classé à tort parmi ceux qui nous mont renfla chaire adossée au rocher d'où sort la source de Moïse" (lîg. 2402).

l. 1, col. 272, fig. 00; De Rossi, Bail, di ardu crist., ISOS, p. 1 sq. ; 1S77, p. 80 sq. — 'S. Léon, Scrntu de cathedra S. Pétri apost. xcvi ou Sermo xiv. P. /.., I. Liv, col. 507. — ' Cette précaution empêchait de la confondre avec un siège A l'usage privé. — • « R. Garrucci. Vclri ornati di figure in oro, in-4«,Roma,1864, p. 112,pl. .Kxv,n.:i. — 'ICor.,x,3. — 'S. JMaxinicdcTurin,//onn7iii,i.xviii,P. r-.,t.LVii, col.591. — 'P. Constant, £pisto/a' romunonimpwi/i/ic'mi, p. Slil). Cf. De Rissi, lliill. di arch. crisl.. 18G8, p. 11. — '» O. Dalton, Catatajue o] Christian anliqiiit ies, in-S", London,1901. p!. xxix, n. 1)37.

CHAIRE ÉPISCOPALE

Nous ne pouvons malheureusement attendre aucun éclaircissement pour le type de la chaire primitive de saint Pierre de deux monuments anciens qui représentent cet apôtre : une statue de bronze vénérée depuis des siècles dans la basilique vaticane et dont Je siège en marbre est d'époque moderne '; une autre statue en marbre polychrome, conservée dans les cryptes vaticanes, sous le n" 16 '. Ce dernier monument est une ancienne statue classique, pouvant remonter jusqu'au iii'^ siècle, qui aura pu devenir au IV» siècle statue ofTiciclle du prince des apôtres; le siège est très fruste et laisse deviner, sous les peintures, la forme des chaires antiques avec grilles de lion.

Nous ne ferons pas plus d'attention à un monument qualifié de cathedra di san Pielro conservé à Venise, dans l'égUse de San Pietro a Castello, entre le deuxième et le troisième autel. C'est un assemblage de marbres qu'on a trouvé ingénieux de compléter au moyen d'une stèle funéraire du xii'' siècle empruntée à quelque cimetière nuisulman et portant une inscription couhque formée de quelques versets du Coran '.

VI. Ch.\ire de saint Hippolyte. — En 1551, on trouva près de la basilique de Saint-Laurent-hors-les- Murs. une statue représentant un homme assis dont l'attribution ne saurait être douteuse un seul instant, malgré l'état pitoyable de conservation du monument (fig. 2403). En effet, la tête, les bras, les mains, une partie de la poitrine et du dos manquaient; la restauration qu'on fit de ces parties est médiocre, notamment la tête. Mais ce qui était plus précieux que tout» la chaire avec les inscriptions, était conservée. On put ainsi identifier à coup sur le personnage représenté, c'était saint Hippolyte, évêque de Porto, auteur renarquable par retendue de ses connaissances et dont les bibliothèques commencent seulement de nos jours à livrer l'œu\Te de plus en plus vaste, à tel point qu'on a pu la comparer, d'après ce qu'on en prévoit, à l'œuvre d'Origène *. Hippolyte joua, en son temps; un rôle considérable et jouit d'une notoriété considérable; un instant en lutte ouverte avec l'évêque de Rome, il fut antipape, se ressaisit, rentra dans l'orthodoxie et finit sa vie par le martyre. Son activité littéraire nous est témoignée par la liste de ses écrits gravée sur la chaire de marbre dans laquelle il est as. sis. Parmi ces travaux d'érudition il se trouva amené à étudier une question brûlante en son temps : la fixation de la date de la fête de Pâques. Voir Comput. Pour résoudre ce problème qui renouvelait chaque année le dissentiment entre les difiérentes observances pascales, il composa un calendrier calculé d'après un cycle de 16 ans, dont le retour périodique devait, il s'en flattait du moins, amener un accord général. C'est ce calendrier pascal, calculé sous le régne d'Alexandre Sévère, qui fut gravé sur la deuxième face latérale du siège d'Hippolyte. De ces deux inscriptions, le catalogue et le calendrier, nous n'avons pas à nous occuper à cette place, mais de la seule statue.

Il est d'usage d'admettre, comme un lieu commun, que cette statue provient de quelque atelier païen et qu'on lui a attribué dans la suite la représentation sous laquelle elle est aujourd'liui connue. Nous a^ions nous-même adopté cette opinion qui, en définitive, ne repose sur rien. Si la statue est sortie d'un atelier chrétien ou d'une ofiicine païenne, nous n'avons aucun moyen de le savoir; si elle fut d'abord iconique ou si on lui imposa gratuitement la fonction de représenter un docteur clirétien, nous l'ignorons absolu-

' H. Leclercq, Manuel d'archéol. chrétienne, in-S", Paris, 1907, t. n, p. 256-259. — ' Ibid., t. ii, p. 276-277, fig. 231. — • Rohault de Fleury, La messe, t. il, p. 152; A. Le Hir, dans les Études religieuses, 1S70, i\" série, t. v, p. 679, n. 1 ;

ment. Si elle ofi'rait les traits de saint Hippolyte, d'un rhéteur, d'un philosophe ou même d'un modèle d'atelier, si elle fut baptisée par le pape Dainase au moment où celui-ci aurait eu besoin d'une statue à l'époque où il décorait magnifiquement la crypte de Saint-Hippolyte, personne ne nous l'apprendra jamais. La seule vraisemblance qu'on puisse faire valoir en faveur d'un changement de destination imposé à la statue, se trouve dans le fait de la cassure de la tête et des mains. L'antiquité avait coutume de faire succéder les têtes d'empereurs ou de personnages consulaires sur une même statue à mesure que les hasards et

2403. — Chaire de saint Hippolsle.

D'après une pliotographie.

les surprises des révolutions et des disgrâces amenaient au pouvoir des hommes nouveaux. Une opération de cette nature a pu être infligée à notre statue. On substitua à un visage décidément trop caractérisé et trop connu pour permettre l'illusion, un visage quelconque pouvant, sans inconvénient, figurer Hippolyte ; quant aux mains, si ce n'est pas leur fragilité qui les a fait briser, c'est peut-être la présence d'anneaux que les Romains aimaient à porter en grand nombre et qui eussent choqué aux doigts d'un évêque. Malgré cela, nous doutons que si cette statue, qui est incontestablement du m" siècle, avait attendu la fin du IV siècle, le pontificat de Damase, pour recevoir des inscriptions (à supposer qu'on se fût déterminé à en faire Hippolyte de Porto) on eût songé alors à y graver le calendrier d'Hippolyte, depuis longtemps délaissé pour d'autres computs et que, le gravant en grec, on le pût faire sans faute. Nous inclinons donc à croire que l'attribution de la statue est contemporaine ou très peu postérieure au troisième ou au quatrième decen-

Kraus, Real-Encykl. der christl. Allertlmmer, t. il, p. 161. — «A. d'Alès, La théologie de saint Hippolyte, in-S», Paris, 1906. Sur le canon pascal, p. v, 150-15S. La chaire n'est pas étudiée au point de vue teclinique.

CHAIRE EPISCOPALE

nium du iii<' siècle'; AVinckelmann se prononce pour le premier tiers du iW siècle.

Déposée jadis au Vatican, cette statue orne maintenant l'extrémité de la principale galerie du musée de Latran. Elle est d'un style large et souple, la draperie, très ample, dessine assez agréablement les grandes lignes du corps. La chaire est un large siège à dossier arrondi, dont les accoudoirs se terminent par des têtes de lions d'un beau caractère, que soutiennent dans le bas les griUcs ordinaires.

La statue est eu marbre grec d'un grain très fin. Ses dimensions sont les suivantes : hauteur jusqu'à la brisure, coté gauche 0"81, côté droit 0°'94; jusqu'au rebord du siège 0°'6'25; jusqu'au genou droit (sans la base) 0'°55; hauteur de la base, i)ar devant O^Tô, le siège est élevé de 0"4. La largeur complète de la base est, par devant 0 ""08, par derrière 0'".58; la longueur 1 ""12-.

VIL Ch.^ire de saint Marc. — Nous avons dit ce que l'histoire authentique permet de savoir, touchant l'apostolat de révangéliste saint Marc à Alexandrie '. C'est de cette ville que provient, dit-on, une chaire d'albâtre, conservée à Venise, dans la basilique de Saint-Marc *. Ce monument a une longue histoire. On racontait que les fidèles d'Alexandrie murmuraient parce que leur évêque Pierre refusait de s'asseoir dans la chaire, mais s'asseyait seulement sur le socle qui la portait; Pierre, apprenant ce mécontentement, déclara qu'il y apercevait une lumière divine qui le rempUssait de crainte. Les actes du martyre de cet évêque nous apprennent qu'on lui trancha la tête. Les fidèles la rapprochèrent du tronc, enveloppèrent ces restes et les rapportèrent dans la ville. Poslhœc igitur orla est inler eos non parva conlenlio; quidam enini sacralissinws arlus in ecclesiam qiiam ipse œdificaverat,ubi et mine requiescil, adveclare satanebant; alii aulem ad sancluariiim cvangelislo: iibi et marlijrii me-

'De bonne heure on avait reconnu l'erreur qui \'iciait le calcul du cycle de seize ans et on y avait remédié. Il faudrait admettre que la gravure du cycle sur la chaire est antérieure ù la découverte de l'erreur qui l'invalidait, mais, à la rigueur, on peut supposer que c'était un hommage rendu, plutôt qu'un service attendu; on savait déjà que le cycle était à réformer, mais par égard pour la science et le martyre du calculateur on continuait à lui tenir son comput comme un principal titre de gloire parmi tant de travaux dont on ne pouvait qu'énumérer les titres. L'usage de graver une inscription sur le Ilanc d'un siège antique, n'est pas sans exemple, cî. Archdo^ogische epigrapinsche MillheihinQen ans Ocs/erreic;!,1877,t.i,p.34. — -La statue d'Hippolyte a été souvent reproduite iBianchini, De kalendario et cycloCœsaris ac de paschali canone S. Hippolyti iiuirtyris, in-4'*, Romse, 1703, pi. m; Vignoli, Disser/a/io de anno primo imperii Severi Alexandri Aiig., quem prœfert cathedra marmorca S. Hippolyti episcopi in hihliolheca Vaticana, in-4'>, Romse, 1712, p. 3; Hippolytc, Opéra, édit. Fabricius, in-4°, Hamburgi, 1716, t. I, p. 36; De Magistris, Acta marlyrum ad Ostia Tiberina sub Claudio Cothico, in-fol., Roni.Te, 1795, p. 352; Séroux d'Agincourt, Histoire de l'art, par les monuments, in-fol., Paris, 1823, t. iv. Sculpture, pi. m, n. 1; cf. t. il, p. 29; F. Monter, Sirmbilder und Kunstvorxlellungen der allen Christen, in-4», .Mtona, 1825, part. II, pi. xui, n. 92, p. 123 sq. ; Patrologia greeca, t. x, col. 881 sq., 183 sq. • L. Perret, Les catacombes de Rome, in-fol., Paris, 1852, t. v, pi. i; t. VI, p. 132; C. J. Bunsen, Hippolytus und seine Zeil, in-S", Leipzig, 1852, t. i, pl. frontispice, p. 12, 154, 158, 163 ; Northcote and Brownlow, Roma solterranca, in-S", London, 1878, t. il, fig. 107, p. 262, 264; F.-X. Kraus, Die chrislliche Kunst in ihren friihesten Anfàngen, in-S"*, Leipzig, 1872, fig. 25, p. 112 sq. ; Realencyklopddie der christlichen A Itcrthiimer, in-8'', Freiburg-ira-Br., 1882, 1. 1, fig. 244, p. 664 ; Geschichie der christlichen Kimst, in-S", Freiburg, 1895, t. i, p. 230, fig. 185; A. Peraté, L'archéologie chrétienne, in-8", Paris, 1892, fig. 191, p. 292-293; O. Mamcchi. Éléments d'archéologie chrétienne, in-8'', Paris, 1900, t. i, p. 337, 338; C.-M. Kauimann, Handbucli der christlichen Archdologie, in-8°, Paderborn, 1905, p. 511 , fig. 197 ; M. Besnier,

tam complevil, déferre nilebantur ^ Pendant celte contestation et lorsqu'on va en venir aux mains, un groupe s'empare des restes et les transporte dans l'église de la Vierge; on pose le corps sur sa propre chaire et on l'ensevelit ainsi. Voici donc la chaire du fondateur de l'Église d'Alexandrie à l'abri des indiscrétions. Une série de témoignages éclaire ensuite l'histoire de cette chaire et permet de remonter jusqu'au vu" siècle. Le plus important est celui d'un doge célèbre, André Dandolo ', vers 13.50. Il nous dit : Dctiilit et seciim (Heraclius) de Alexandria cathedram in qua B. Marcus evangclista in eadem iirbe pontificatum tenait, qiiœ sub sequcnti patriarcha (sub Primigenio, successore Cypriani) Venetiis dclala est. Le nom de Venise ne doit pas être pris trop ;i la lettre en cet endroit, et la même chronique nous en avertit suffisamment quand, après avoir raconté comment Primigenius fut établi par le pape sur le siège de Grado et comment il se plaignit à l'empereur de l'oppression des Longobards, elle ajoute : Tune piissimus imperalor ci auri et argenli plus remisit quam perdideral, et insuper sedem beatissimi Marci evangetistie ob conflrmationem dictie mrtropolis ' direxil, quam ab Alexandrina Constantitiopolim secum duxerat '.

D'autres chroniques beaucoup plus anciennes » s'accordent avec Dandolo pour la substance du fait, mais en le défigurant par des anachronismes et par une étrange confusion de noms et de personnages. Au reste,écrit M. Le IIir",la cause de cette confusion n'est pas difflcile à démêler. L'origine en est dans la rivalité qui exista assez longtemps entre l'ancienne Aquilée et la nouvelle, fondée par des réfugiés de l'ancienne dans l'ile de Grado ". Le schisme des évêques d'Aquilée avait obhgé le pape Honorius à en transférer les prérogatives à Grado, vers le temps où l'Egypte tombait sous le joug des musulmans. Pour conserver au moins le souvenir du catriarcat d'.\lexandrie, le pape jugea

Les catacombes de Rome, in-1 2, Paris, 1909, p.230,pl.xvii; F. Becker, Inschri/len, pl. x; Parker, Photographies, n. 588; Simelli, Photogr., 2860. Description et bibliographie dans J. Ficker, Die altchrisllichen Bildwcrke im christlichen Muséum des Laterans, in-8°, Leipzig, 1890, p. 166-175, n. 223. — 'Dictionn., t. i, col. 1099-1100, llfi. — ' J.-J.-L. Barges, Dissertation sur rinscription hébraïque de la chaire de saint Marc à Venise,dansles Annales de philosophie chrétienne,lS80, VU" sér., t. III, p. 222-256, 2 pl.; G. Fabiani, Sulla cattedra Alexandrina di S. Marco, nuovi studi critici, in-S", Modena, 1869; L. Fantoni, La cathedra di S. Marco in Venezia illustrata, in-8'', Roma, 1856; A. Le Hir, La chaire de saint Marc, dans les Éludes religieuses d'histoire et de littérature, 1870, IV» sér., t. V, p. 672-688, pl. ; G.-P. Secchi, La cattedra Alexandrina di S. Marco, euangelista e martire, conseniata in Venezia eniro il lesoro Marciano dette reliquie, riconosciuta e dimostrata, in-4», Venezia. 1853. Cf. G.-J. .\scoli, Inlorno a l'opéra la cattedra alessandrina di S. Marco del P. G. S., dans .Studi orienlali e linguistici, aoiit 1855; B. Veratti, Di alcune censure ail' opéra la cattedra alessandrina di .S. Marco del P. G. Secchi, dans Opuscoli relig.-lett.-mor., 1857, t. n. p. 224-242; C. Tarquini, Délia inscrizione delta cattedra Alessandrina di S.Marco, ... dissertaxioni, dans Atli accad. nrcftco/., Roma, 1 868 ; trad. franc, par J. Gabarra, Dissertation sur l'inscription de la chaire d'Alexandrie, dans les Annales dephil. cftréf., 1872, Vt« sér., t. iv, p. 165-196; cf. B. Veratti, dans Opusc. relig.-lett.-mor., 1868, 11= sér., t. xii.p. 460-473, Rohault de Flcur>', La messe. Éludes archéologiques, in-8'' ; Paris, 1883, t. ii, p. 1.52-155; pl. cvLvi; J.-K. Zenner, Die cathedra S. Marci, « ein schones Zeiignis /lir den Primcd-, dans Zeitschrift fiir katholische Théologie, 1894, t. xviii, p. 588-589; F.-X. Kraus, dans Real-Encyklopadie, t. il, p. 156.

ip. G., t. XVIII, col. 464-465. — 'Chronicon, dans Mura-

tori, Rerum Italicaruniscriptores, t. xii, p. 112. — 'Honorius avait élevé Grado au rang de métropole, en 630. — • Rerum ilal. script., t. XII, p. 113, 114. — • Les textes ont été publiés par Secchi, loc. cit., et par Rohault de Fleury, loc. cit. — "Le Hir, La chaire de saint Marc, dans les Études religieuses, 1870, IV» sér., t. v, p. 876 sq. — " Voir Dicfioniiaire d'arch. cltrét., t. I, col. 2654.

CHAIRE KPISCOPALE

à propos d'en conférer le titre à quelque siège épiscopal plus étroitement uni à celui de saint Marc. Son choix devait tomber sur Aquilce qui se glorifiait d'avoir reçu la foi de la bouche de l'cvangéliste. Mais son attachement à l'hérésie l'en rendant indigne, ce nouvel honneur lut conféré aux habitants de Grado. Quand, plus tard, ceux d'Aquilée rentrèrent dans l'obéissance et dans l'unité de l'Église, ils se souvinrent qu'ils avaient été deshérités. Mais ils tinrent au moins à l'honneur d'avoir joui pendant quelque temps des privilèges dont ils se voyaient privés. Ils renversèrent l'histoire et confondirent les faits afin d'en pouvoir conclure que leur Église avait possédé pendant quelque temps le titre, les honneurs et la propre chaire du premier siège patriarcal de l'Orient. Il est pourtant digne de remarque qu'au milieu de ces dates fausses et contradictoires, les chroniqueurs restent fidèles à attribuer à Héraclius le don fait à leur pays, de cette relique.

11 n'y a pas le même accord sur le nom du prince qui l'avait d'abord transférée d'Alexandrie à Constantinople. Volontiers, les vieilles chroniques en font honneur à Hélène, mère de Constantin. Mais indépendamment même des autorités plus graves qui le combattent, ce sentiment se détruit assez par luimême. L'enlèvement d'un meuble liturgique si vénéré aurait excité sous Constantin des réclamations et des murmures dont il faudrait s'attendre à trouver l'écho dans l'histoire. Trois siècles plus tard, l'insécurité produite par les invasions des Perses et des Arabes, la lassitude causée par les luttes monophysites rendaient plus facile le transport à Constantinople des plus illustres reliques de l'Asie et de l'Afrique. Les circonstances historiques favorisent donc le récit présenté par Dandolo. La chaire de saint Marc, à une époque contemporaine des premiers progrès de l'i.slaniisme, aurait donc été tranférée d'Alexandrie à Constantinople et de là à Grado. Ce fait une fois établi et accepté, il ne subsiste aucune difficulté à prouver l'identité du monument, aujourd'hui déposé à Saint-Marc avec celui dont Héraclius fit don au patriarche Primigenius. On sait que cette chaire s'est conservée à Grado jusque vers la fin du xv^ siècle ou le commencement du xvi=, puisqu'un jurisconsulte de cette époque, Giovanni Candido, anirme l'avoir vue à Grado : Vidimus illam calhedram S. Marci Alcxandrinam in sacrario Gradcnsi, laceram, ebore cnnseriam '. Ce revêtement d'ivoire, mentionné également par plusieurs écrivains antérieurs, est trop caractéristique pour que le monument ait couru risque d'être confondu avec d'autres pendant tout le temps qu'il en conserva des traces. Ces traces ont disparu depuis: mais l'identité de la chaire de Grado, avec celle qu'on conserve à Venise, parait, néanmoins, véritable. Cette dernière est bien la même dont Stringa affirme qu'elle portait à Grado ce revêtement d'ivoire, et qu'elle y avait été vue par Candido. Il est vrai qu'on ne peut assigner la date précise de sa translation à Venise; mais on sait, pourtant, que ce fut avant l'année 1534. Ce fut, en effet, en cette année qu'on la retira du maitre-autel de l'église de Saint-Marc, où les Vénitiens l'avaient exposée d'abord, pour la placer dans la chapelle du baptistère. Elle avait occupé jusque-là un lieu honorable derrière l'autel, on la relégua ensuite près de la porte d'où elle a été transportée au trésor des reliques.

Au delà du vW siècle, l'obscurité se fait très profonde sur la relique; à l'exception du témoignage bien fragile des Acta de saint Pierre d'Alexandrie, on ne sait absoUiment rien qui mérite d'être pris en considéra-

' Commeninrii Agiiilcjcnses, m-tof., Venetiis, 1521, I. III, p. 12.

lion. L'authenticité du monument se fonde donc sur le récit de Dandolo. Mais ce témoignage n'est pas seul. Il faut en venir maintenant à la description de la chaire elle-même.

Celle-ci repose sur un piédestal moderne en pierre d'istrie, étranger au monument. La chaire se compose de deux pièces de marbre; un bloc d'albâtre égyptien évidé formant siège, dossier et accoudoirs; au sommet du dossier un médaillon rapporté après coup. L'évidement de la chaire a été pratiqué non sans habileté; le dossier est un peu arrondi pour encadrer le dos, les parois latérales présentent une légère courbure. Le P. Secchi, A. Le Hir, Rohault de Fleury sont d'accord pour conjecturer que la chaire primitive n'avait ni les

2404. — Chaire primitive de saint ^^arc restaurée. D'après Rohault de Fleury, La messe, t. il, pi. 155.

sculptures ni l'appendice qui lui ont été imposés dans la suite. Le croquis proposé par Rohault de Fleury, de l'état primitif, est tout à fait recevab!e(fig. 2404, '2405).

La décoration est des moins séduisantes, elle s'inspire des visions de l'Apocalypse. Tout d'abord, le médaillon rapporté contient sur ses deux faces une croix surmontée d'une boule, ornée de bâtons rompus et accostée de deux saints portant des livres; on a cru y voir, sur de vagues indices, les évangélistes Marc et Mathieu. Au-dessous du médaillon, dans le fond du dossier, un agneau est figuré au pied d'un arbre couvert de branches et de feuilles, croissant sur la colline, d'où s'écliappent les quatre fleuves mystiques. C'est l'arbre dont il est dit : Vincenii dabo edere de ligno vilœ, qiiod est in paradiso Dei mei.

Les autres faces sont ornées de symboles. Celle de droite représente saint Mathieu dans l'appareU des chérubins, avec six ailes, sur un semis d'étoiles; audessus de lui, deux anges sonnent de la trompe, audessous un loculus destiné sans doute à contenir des reliques a été pratiqué, il est accosté de deux palmiers. Au revers du dossier, deux autres symboles du tétramorphe : l'aigle et le lion sous le croissant iiarmi les

étoiles, au-dessus des palmiers et du lociiliis. Sur la face de gauche, le bœuf d'après le même type décoratif. Dans les tympans, au-dessus des accoudoirs, cinq torches allumées dont le sens est loin d'être clair. Sur le devant du siège, un panneau rempli de lignes en zigzag et une inscription passablement ênigmatique.

Cette inscription ne fut remarquée qu'en 1830, elle sortit pour ainsi dire de la pierre sous la brosse du sa-

Cathedra Marci (qui) evangcUzavil Dominum lue, et ascendit è Roma.

Telle est la transcription et la traduction de A. Le Hir; celle de Barges s'en éloigne peu : Cathedra Marci, qui evanrjelium stabilivit Alexandriœ. Nous n'avons pas à prendre parti dans celte question d'épigraphie sémitique; nous nous bornons à présenter deux traductions que la science et la probité de leurs auteurs rendent

2405. — Chaire dite de saint Marc. D'après G. Secchi, La Cattedra Alessandrina di S. Marco, 1853, frontispice.

cristain qui lui enlevait sa fourrure de poussière. Une première explication la présenta comme un texte en caractères longobards, dont la lecture expliqua tels événements locaux relatifs aux règne de Frédéric Barberousse. On y revint cependant et on obtint un résultat assez différent. Cette inscription fut étudiée avec une érudition débordante par le P. Secchi, dont les conclusions furent discutées et partiellement in-

également probables; c'est ainsi que A. Le Hir fait remonter jusqu'au V siècle cette inscription que Barges retarde jusqu'au xiv siècle.

De tout ce que nous avons vu jusqu'ici, la forme et la matière de la chaire, l'ornementation, l'inscription, nous ne pouvons tirer que des vraisemblances, des probabilités. L'emploi du tétramorphe n'est guère antérieur au v"= siècle ; le P. Garrucci propose de descendre

<yy^'£c^rciM-¥& r^iOno^n.'OLron

• Inscription de la chaire de saint .Mai-c. Dapi-ès les Éludes religieuses, 1S7Û, t. V, p. Ci82

firmées par G.-J. Ascoli, L. Fantoni, G. Tarquini, B. Veratti, J.-J.-L. Barges, .\. Le Hir, d'autres encore peut-être. Cette inscription, écrite sur une seule ligne, offre cette singularité que les caractères se lisent de gauche à droite contrairement à l'usage hébreu, particularité qui s'explique probablement par l'emploi du décalque par un graveur, ignorant de la langue et des habitudes juives. Voici la transcription avec l'original ' (lig. 2406).

' A. Le Hir a donné une reproduction « d'après un moulage fait sur marbre » (plus probablement un estampage). — ' Von Bilguer, Gregor der Grosse, in-S», Berlin, 1904, p. 13,

jusqu'au vii'^ siècle; c'est également la date à laquelle nous nous arrêterions le plus volontiers.

Vni. Chaires historiques. — On conserve, dans l'église de Saint-Grégoire, à Rome, une chaire qu'on attribue au pape Grégoire P^ C'est un monument d'époque païenne que nul indice, nul document recevable permet de maintenir à ce saint personnage de préférence à tout autre ■; sa décoration peut remonter vers le début de notre ère.

On n'a pas de meilleures raisons à faire valoir pour maintenir l'attribution au pape Etienne, martjT

fig. 4; H.-F. Witherby, TIte story ol ilie Chair of S. Peter, London, 1905, p. 54, fig. ; Rohault de Fleury,X.a messe, 1883, t. II, p. 160, pi. cxLi,\.

CHAIRE EPISCOPALE

en 257, d'une cliaire enlevée de la Plalonia ad catacumbas et transportée en 1700 dans l'église Saint-Étienne, à Pise >; il ne reste que le siège — ■ le dossier et le soubassement ont disparu.

On attribue à saint Silvestre une chaire conservée dans le cloitre du Latran; à saint Augustin, la cliaire de Sainte-Marie-in-Cosmedin; à saint Ambroise, celle qu'on montre dans la basilique de ce nom, à Milan^. Il va sans dire que ces attributions sont dénuées de preuves historiques, les afllrmations intrépides des guides et les élucubrations des érudits locaux n'y sauraient suppléer. A défaut de ces monuments, on peut accorder, sinon la valeur d'une reproduction dii'ecte, du moins le témoignage d'un contemporain à la fresque du Latran, représentant saint Augustin assis sur une chaire et enseignant, fresque que nous avons donnée en étudiant les bibliothèques '.

Dans la petite basilique du cimetière de Saint- Alexandre *, Nesbitt signalait, en 1864, a marble cathedra ^ et Hohault de Fleury ajoute, en 1883, « ces ruines ont été si peu respectées que je doute qu'elle subsiste encore '. » ■

IX. Ch.mre de M.\ximien de R.wenne. — Nous avons conservé presque intacte la chaire épiscopale de Maximien qui gouverna l'Église de Ravenne de 541) à 553 '. Ce monument hors ligne présente, au point de vue archéologique, une importance qu'on ne saurait exagérer. L'authenticité parait défier toute discussion: Maximien ayant pris soin de faire sculpter son monogramme : Maximianus episcopus. On a, cependant, contesté l'appartenance du siège à Maximien et tenté d'établir que ce meuble ne vint à Ravenne qu'au commencement du xi« siècle, époque où le doge de Venise l'aurait envoyé à l'empereur Otton III; mais longtemps la date du vi" siècle sembla incontestable * (fig. 2407-2408).

Le siège mesure avec le dossier 1 "24 en hauteur, O^GS en largeur, O^ôO en hauteur, les accoudoirs ont 0"18. La structure est des plus simples : un grand panneau antérieur accompagné de deux montants verticaux à section rectangulaire, dont les parties inférieures forment les pieds et les parties supérieures les bras; deux panneaux verticaux, dressés à droite et à gauche, formant un angle droit avec la face antérieure; un dossier demi-circulaire, cintré à sa partie supérieure, divisé en compartiments rectangulaires, sur ses deux faces par de larges bandes décora-

Rohault de Fleury, La messe, 1883, t. il, p. 156, pi. CLi. — = R. Cattaneo, I.'archilettnra in Italia dal sccolo vi al mille circa, m-8°, Venezia, 1S89, p. 201, flg. 120 -.Cattedra arcivescovile del Stuit' Amhrogio di Milano (sec. i.\). — 'Voir Dictionn., t. ii, pi. en regard de la colonne SGS. — * VoiriDjciionn., 1. 1, col. 1094, flg. 266. — 'A.Ncsbitt, On Ihe dmrches al Rome earlier than the year 1150, dans The Archieologia, 1866, t. .XL, p. 177. — 'La messe, in-4°, Paris, 1883, t. ii, p. 163. — ' Né à Pola, en 498. — ' Agnellus, de Ravenne, JLifc. pon(.,édit. Bacchini, in-4°, llodena, 1708, t. il, append., pi. E. H; A. degli Abbati Olivieri Giordani, Lellera sopra aîcune antichitâ eristiane conseroate in Pesaro net Miiseo Olivieri, p. xxx, pi. 7; G. -M. Paciaudi, De vet. Cliristi Crucifïxi signo, dans A. Gori, Sijmbol. liUcr. Florent., in-l", Florentiœ, 1749, t. m, p. 235; R. Garrucci, Sloria detf arte crisliana, in-tol., Prato, 1873, t. vi, p. 17 sq., pi. 414 sq.; G.-B. Passeri, Tliesaurus gemmarum antiquarum, in-4°, Flurentix, 1750, t. m, p. 226 ; P. Ginanni, Scrittori Ravcnnati, 1769, t. il, p. 39; Ch. Bayet, L'art byzantin, in-8°, Paris, 1883, p. 92; A. Pératé, L'archéologie chrétienne, in-8'', Paris, 1892, p. 345 sq. ; Westwood, A descriptive catalogue of ihe fictile ivories in the South Kensington Muséum, in-8'', London, 1876, p. 31, p. 357; Sehnaase, Geschichie der bildenden Kunst im Mitletalter, 2' édit.. Dusseldort, 1869, t. m, p. 220: du Sommerard, Histoire deVart au mogcn âge, P^série.t.ii; W'ehs, Kostunikimde im Mittelalter, p. 152; Ralin, Ein Resuch in Ravenna, dans Zalin's Jalu-biichern jiir K unstaiisscnschalt, 1868, t. i, part. II, III:

tives. Des plaques d'ivoire sculptées qui ornaient ce siège, quelques-unes ont disparu. La face antérieure et les montants sont intacts, ainsi que les grands panneaux verticaux; le dossier a été seul maltraité. Des vingt-quatre bas-reliefs qui composaient sa décoration primitive, sept seulement sont demeurés en place, quatre à l'intérieur, trois à l'extérieur. Quelques autres ont été retrouvés et identifiés dans des collections publiques ou privées '.

La partie antérieure est celle qui présente le plus de perfection artistique et témoigne le plus de science technique. Elle se compose de cinq panneaux oblongs encadrés entre deux larges frises horizontales et les deux montants sculptés du fauteuil. Chaque panneau contient un personnage debout, sous une arcade, en plein cintre, dressée sur des colonnes cannelées en spirales et inscrivant des coquilles. Le panneau central présente la figure de saint Jean-Baptiste, debout, barbu, les cheveux longs, vêtu d'une tunique et d'une mélote de peau nouée sur la poitrine, les pieds sont chaussés de sandales. La main droite bénit à la manière orientale, la main gauche porte un disque sur lequel est figuré l'Agneau dont Jean était le précurseur. « Cette figure, dont l'aspect grandiose n'échappera à personne, est d'une exécution absolument supérieure. L'attitude est irréprochablement correcte, la draperie, bien dessinée et largement traitée, comme il convient à une ligure de grande dimension. Le typeadopté pour le Précurseur n'est nullement éniacié ni farouche; son visage respire la bonté et la joie, comme il convient au messager de la Bonne Nouvelle, et c& type, du reste, ne dilïére pas très sensiblement de celui qui, dans des inonuments presque contemporains, a été adopte pour la figure du Christ. C'est ce qui explique comment on a pu croire, quelquefois, que ce personnage figurait le Clirist et non pas saint Jean- Baptiste " « (flg. 2409).

Les quatre figures viriles qui accompagnent le Précurseur sont, sans hésitation possible, celles des. évangélistes. Tous quatre portent le livre qu'ils ont écrit, enfermé dans une reliure dont le plat est orné d'une croix; deux d'entre eux bénissent à la manière grecque, deu.x autres font le geste d'enseignement, l'un d'eux fait, peut-être, celui de l'acclamation. Trois sont barbus, le quatrième est imberbe, peut-être a-t-oii voulu désigner ainsi saint Jean. Aucun nom, aucun indice ne permet d'appliquer en particulier à tel ou tel

E. Molinier, Histoire générale des arts appliqués à F industrie, in-toI., Paris, 1896, t. i, p. 67-73, p!. vn; Corrado Ricci, Avori (di Ravenna), dans Arte italiana decorativa e industriate, 1898, t. vn, p. 42 sq. ; H. Holtzlnger, Die altcltristlicho Archileklur, iii-S», Stuttgart, 1889, p. 168, ûg. 114; A. Venturi, Storia dell' arte italiana, in-8'', Milano, 1901, t. i, p. 466-475, flg. 278-307; p. 295-299, 301-315, 317, 321, 327, 329-332; Rohault de Fleury, La messe, in-4'', Paris, 1883, t. Il, p. 164-166; J. Labarte, Hist. des arts industriels, t. i, p. 16; Cil. Dielil, Ravenne, dans Les villes d'art célèbres, in-S», Paris, 1903, p. 1, 95-99, 108; G. Millet, L'art byzantin, dans A. Michel, Histoire de Fiu-t, iii-S», Paris, 1905, t. i, p. 265: G. Stulilfauth, Die altchrislliclte El/enbeinplastil<, dans. G. Ficker, Arclucologischen Studien zum ciwistlichen Miitelalter, ^-8°, Freiburg. 1896, p. 86, note 2 (bibliographie) ; J. Strzygowski, Der ElfenbeintJwon des Bisclio/s Alaximian in Ravenne, dans Atlgemeine Zeitung, beilage, n. 209, p. 520; Leclercq, Manuel d'archéologie chrétienne, in-8'', Paris, 1907, t. ii, p. 352-354; Aïnalof, Origines hellénistiques de l'art byzantin (en russe), Saint-Pétersbourg, 1900, p. 101 sq.; Ch. Diehl, Manuel d'art byzantin, 1910, p. 278-282, flg. 144, 145. — ' Au musée Brcra, à Jlilan, ^Vcst^vood. op. cit., p. 33, n. 89, p. 365; au musée de Naples. ibid., p. 371; collection StroganofT, à Rome; Ch. Dii-hl. Rinvnne, p. 98; musée Olivieri à Ravenne; collection Trotli. à Legnano; — •» MoUnier, op. cit.. t. i, p. 67. Labarte, Histoire des arts industriels, 2'^ édit.. t. i, p. 17, écrit que > le Christ porte un vêtement sacerdotal peu usité.

CHAIRE EPISCOPALE

évan,a<!'liste leurs noms patronymiques. J'avoue, écrivait E. Molinier ', que si cette assimilation avec les quatre porte-parole du Christ ne s'imposait en quelque sorte, j'aimerais à reconnaitre, dans les deux personnages de gauche, saint Pierre et saint Paul, dont nous retrouvons là les types iconographiques, plus grossièrement, mais si clairement indiqués sur le diptyque de Tongres. .Mais il est évident que le doute n'est pas permis; c'est bien des cvangélistes qu'il s'agit, et si leur tj'pe iconograpliique est commun à celui adopté pour certains apôlres les plus fréquemment représentés, il

comparaison avec l'art que nous font connaitre les diptyques consulaires.

« Les frises d'ornement qui décorent cette partie antérieure du siège de Maximien, méritent qu'on s'y arrête un instant, .\ucun monument d'ivoire de l'époque antérieure ne nous montre une pareille entente de la décoration jointe à une habileté technique au-dessus de tout éloge; franchement, en face de ces tiges de pampres profondément refouillées et au miUeu desquelles s'agite tout un monde, on est bien obligé d'admettre que dans certains centres, l'art de l'ivoirier au

il V!i: '/ 'il'

2407. — Cliaire lie Maximien, dos et côté droit.

D'après une photographie.

2408. — Chaire de Maximien, (ace.

ne faut s'en prendre qu'à l'indigence des modèles que l'artiste avait à sa disposition. Si ces quatre figures, qui ne sont pas exactement de même dimension, sont deux du moins, d'un plus fort relief que le panneau central, on ne peut, néanmoins, douter que le tout soit de la même main; on y retrouve la même manière de traiter les draperies, largement, mais très habilement, les mêmes proportions, le même soin dans l'exécution des extrémités, la même architecture. Ces cinq figures réunies, à une époque où la sculpture monumentale était en pleine décadence, constituent à elles seules un monument d'importance unique; elles peuvent servir à constater un progrès très réel dans l'art de l'ivoirier. Malheureusement, le trône de l'évèque Maximien forme, en quelque sorte, une exception; il ne manque pas de monuments byzantins, créés vers la même époque, dans lesquels on retrouve les mêmes types iconographiques, mais dont l'exécution peu soignée atteste, au contraire, une réelle décadence, par

vi« siècle avait fait de réels progrès; que s'il n'atteignait pas les sommets où l'avait conduit l'art classique des bonnes époques, il était cependant sorti de l'ornière où il croupissait aux bas temps de l'Empire romain. Sur cette chaire de Ravenne, un art nouveau s'affirme en réalité, rempli encore des souvenirs de l'art classique, mais inspiré aussi par des formes provinciales de l'art grec. Ces paons, ne sont-ils pas la copie presque textuelle, mais une copie supérieure à l'original, d'une frise de linteau de porte que M. de Vogiié a reproduite, la porte de Dana, en Syrie ="? >rais ce motif d'ornement, vieux au vi« siècle, qui, en ce moment, est déjà parvenu jusqu'en Gaule depuis de longues années, prend une nouvelle forme sous les mains de l'habile sculpteur qui sait lui imprimer une tournure personnelle. On peut en dire autant de la frise infé-

' Op. cit., t. I, p. 67. — 'De Vogué, Arcltileciure de la Syrie centrale, in-l", Paris, 1866-1S77, t. i, pi. 45.

rieure où l'artiste a su vivifier une formule nullement nouvelle; les lions sont proches parents de ceux qui figurent sur certains sarcophages chrétiens i, mais les lièvres, les canards, les oiseaux de toute sorte qui circulent au milieu d'une végétation exubérante, appartiennent à un autre art, moins encore à l'art syrien qu'à l'art alexandrin, mélangé d'éléments tout à fait orientaux, tel que nous le font connaitre en particulier les tapisseries coptes ^ Ce sont là des rapprochements qui, au premier abord, peuvent paraitre bien osés, mais

pas la place qui devrait être la leur. Les deux panneaux verticaux nous présentent dix bas-reliefs cojisacrcs à l'histoire de Joseph. Le choix du sujet semble déjà une présomption en faveur d'une origine égyptienne, la façon érudite avec laquelle l'artiste se préoccupe de la couleur locale dans le type des ég}T)tiens et de ce qui les entoure, est un nouvel indice favorable à l'opinion d'un atelier alexandrin. Les sujets représentés sont les suivants. Panneau gauclie : 1» Joseph descendu dans la citerne; 2= Joseph vendu par ses

24C9. — Chaire de Maximieii, partie antérieure. D'après une photographie.

qui deviennent fort légitimes si on prend la peine de faire quelques comparaisons. Sur les tissus fabriqués en Egypte, on retrouve mainte et mainte fois ce rinceau courant, abritant dans ses plis alternativement une feuille et une grappe, puis un petit animal, quadrupède ou volatile, qui, le plus souvent, n'est placé là que comme simple motif décoratif, isolé, sans lien ni avec le motif précédent, ni avec le motif suivant '. u

Nous abordons maintenant la décoration des côtés. Il y a quelque désordre dans la disposition des scènes, ou plutôt des interversions, par exemple, la Rencontre de Jacob et de Joseph, le Désespoir de Jacob n'occupent

1 Voir notamment le sarcophage de Tipasa, publié dans la Revue des Sociétés saDonles, 1S73, V« sér., t. vi, p. 123. Voir Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie t. I, col. 735, fig. 165. — - Gerspach, Les tapisseries coptes', in-4<>, Paris, 1890. — ' J. Strzsgowski, Der Elfenbeinsthron des Bischofs Maximian in Ravenna, dans AUgemeine Zei-

frères; 3" Josepli vendu à Putipliar; 4' Joseph résiste à la femme de Putiphar, et il est mis en prison; .5» Les fils de Jacob lui jirésentent la tunique de Joseph teinte de sang, le patriarche déchire ses vêtements. — Panneau de droite ; 1° Songe de Pharaon; 2° Joseph explique le songe de Pharaon ; 3° Joseph fait donner du blé à ses frères (fig. 2410); 4" Joseph fait arrêter ses frères; 5" Rencontre de Jacob et de Joseph(fig. 2411)'. Le Pharaon, Joseph,les frères de celui-ci, les marchands de Madian, les gardes du corps du Pharaon, ses devins, tout ce monde est bien distingué par des vêtements et des types nettement accusés. C'était une bonne aubaine pour un atelier égyptien qu'une

tixng, beil., n. 209, p. 520, revendique la chaire pour l'art d'Antioche. Cf. H. Grjeven, Fragment eines Iriihchristlichen Bischo/stuhls im Provinzial-Museum zti Trêves, dans Jahrbùcher des Vereins von AUerthumsfreun den ini Rheinlande, Bonn, 1900, t. cv, p. 147-163. — 'Voir Diclionn., t. i, ng.î2411.

CHAIRE ÉPISCOPALE

commande dans laquelle il pouvait ainsi exhiber ses modèles, tout en célétjrant une illustration locale.

On n'a ni preuve ni indice que les ivoires des panneaux latéraux soient l'œuvre du même artiste que les ])anncaux de la face antérieure du siège. Le travail diffère complètement. Tandis que Jean-I'.aptiste et les Évangèlistes sont traités avec un soin minutieux, l'ivoirier s'est accorde de grandes licences en entaillant les scènes de l'histoire de Joseph. La technique ne peut donc servir à fonder aucune démonstration; quant au sens artistique, à la faculté dramatique que révèle ce cycle, on n'en peut rien conclure, sinon que celui qui l'a exécuté était un artisan d'un rare et vigoureux talent, en pleine possession de ses moyens. « Comme ses contemporains, il accepte certaines formules iconographiques; les frères de Joseph sont des bergers antiques, tous de même physionomie, ou à peu près, tous armés

personnelle de la nature se voient encore d'une façon très évidente dans les bas-reliefs qui ornent le côté droit du siège. Dans deux d'entre eux surtout : Joseph expliquant les songes du Pliaraon et Joseph faisant arrêter ses frères, si l'on trouve la représentation de soldats vêtus à la byzantine, on voit aussi des Éthiopiens, au type très caractérisé, figures camardes, cheveux crépus tressés en cordelettes. Les costumes, l'armement de ces personnages ne sont ni romains, ni byzantins; leurs longues épées, larges et droites, sont évidemment copiées sur des armes que le sculpteur avait vues. Si, au point de vue du mouvement des personnages, de la composition, il n'y a rien à dire de particulier de ces bas-reliefs, on peut donner quelques éloges à la Rencontre de Jacob et de Joseph. Cette sculpture, où nous voyons Jacob vieux et infirme serrer contre sa poitrine son lils enfin retrouvé, est une

2410. — Joseph fait donnef du blé à ses frùres. Panneau cùtt': droit de la chaire de Jlaximien.

lie l'inévitable pcdiun. C'est ainsi qu'il était de mise de re])résenter des bergers, nous ne devons pas nous en étonner. Jlais aussitôt qu'il peut reconquérir sa liberté, comme il en profite I II varie les attitudes, les types pour mieux taire comprendre la scène et en faire ressortir le côté pittoresque. 11 y aurait là de curieuses comparaisons à faire avec un manuscrit célèbre, le manuscrit de la Genèse, conservé à Vienne, où, sous une forme plus grossière et plus maladroite, se retrouvent, à côté de morceaux absolument insignifiants l)arce qu'ils ne font que reproduire un thème iconographique connu, des tendances au réalisme qui ne laissent pas de surprendre chez des artistes de décadence, mais indiquent très nettement qu'on est en face d'œuvres produites à une époque de transformation. Le bas-relief, représentant le désespoir de Jacob est peut-être, à ce point de vue, l'un des plus intéressants; s'il n'est pas l'un des plus beaux, il est certainement l'un de ceux où l'on rencontre quelque chose d'inattendu. L'attitude résignée de Uachel, assise, les mains croisées sur l'un de ses genoux, n'est pas absolument la reproduction d'une formule; on y sent plus qu'une tentative d'observation de la nature, une réussite presque complète, un essai pour sortir du chemin battu (fig. 2411). Ces tendances réalistes, cette étude

très belle chose digne de l'art classique auquel, du reste, bon nombre des gestes et des attitudes des personnages sont empruntés. L'exécution en est rude, presque sauvage, mais les attitudes sont si justes, l'opposition entre ce vieillard fatigué par l'âge et la douleur, aux formes alourdies, et ce jeune homme, à l'allure élégante, est si bien ménagée qu'on s'arrête à contempler ce bas-relief comme on examinerait la première idée, le croquis d'un tableau de maitre(fig. 2412). -Auprès de lui, les autres compositions, Joseph donnant du blé à ses frères, le Songe de Pharaon, quel que soit leur mérite, ne sont que passables'.»

Dans ce rare ensemble décoratif, on est tenté de négliger les larges bandeaux qui tracent sur le dossier du siège une série de huit cadres à l'intérieur, et une autre série de seize cadres à l'extérieur. D'un relief moins accusé que celui des inimitables frises du panneau antérieur, ces bandeaux ne laissent pas de mériter presque tous les mêmes éloges. Le type ornemental est celui des frises et des montants de la chaire : des pampres s'échappant de vases et, dans leur végétation luxuriante, des oiseaux et des quadrupèdes vifs, légers, alertes, passant et repassant. Ici encore, nous

' E. Molinier, op. cit., t. i, p. 70.

CHAIRE ÉPISCOPALE

avons à admirer l'œuvre d'une main à peine moins habile que celle dont nous avons déjà décrit les ouvrages.

Ces bandeaux sont du même art que ceux du panneau antérieur. Les tableautins qu'ils sont destinés à encadrer sont bien loin de présenter le mérite des morceaux qui viennent d'être énumérés. Sur les vingtquatre petits bas-reliefs, la chaire en conserve sept, les collections privées et les musées cinq autres, il nous manque donc, en tout, douze bas-reliefs. Voici l'cnumcration des douze qui sont conservés : 1» L'Annonciation (musée Olivieri, à Ravenne); 2" Im Vierge subissant l'épreuve des eaux améres, en témoignage de sa conception virginale (en place); 3° Le voyage à Belhléhem (dôme de Ravenne, détachée); 4" La Xalivilé (ancienne collection Tri\'ulzio, puis Trotti.à Legnano); 5° L'adoration des mages (en place); 6» Le baptême du Christ (en place); 7° L'entrée du Christ à Jérusalem collection Trotti;) S" Le miracle de Cana (au dôme de

dans lesquels on reconnaît les olives et les perles de la décoration classique.

«On trouvera peut-être que nous nous sommes étendu bien longuement sur cette chaire épiscopale de Ravenne; mais son importance est tellement grande, on y trouve la clé de tant de petits problèmes que soulève l'étude des premiers ivoires franchement byzantins, qu'on peut s'étonner qu'elle n'ait pas donné lieu à une publication complète véritablement digne d'elle; on n'en connaît guère communément que la partie antérieure, la plus belle sans doute, mais les autres bas-reliefs, pour être plus grossiers, ne le cèdent pas en intérêt, et surtout leur étude permet de formuler, sur l'ensemble, des conclusions. La chaire épiscopale de Ravenne est, à notre avis, un monument sorti d'un atelier alexandrin, conçu par un seul artiste qui en a exécuté lui-même les meilleures parties et fait sculpter le reste sous sa direction, soit par des Byzantins, soit par des Italiens. Mais la conception, le parti pris déco-

iifaïSi-'/i

2411. — Désespoir de Jacob. Panneau du côté droit de la chaire de Maximiei;.

Ravenne. détachée;) 9° La multiplication des pains (en place); 10» La multiplication des pains et le repas du peuple (musée Olivieri, à Pesaro); 10" Le Christ et la Samaritaine (musée de Naples); 11" Gucrison de l'aveugle-né (musée Brcra, Milan) i.

Ces bas-reliefs, les deux derniers surtout, sont d'une facture rapide et grossière, ce n'est presque rien de plus que des ébauches. Très probablement on n'a pu confier à un seul artiste une commande aussi considérable; on a été obligé de répartir le travail entre plusieurs mains et celui ou ceux qui furent chargés du panneau antérieur, des panneaux de côté, des bandeaux et des frises n'ont pu rencontrer des tabletiers d'un mérite égal au leur pour exécuter les vingt-quatre petits bas-reliefs. Force fut donc d'accepter des apprentis auxquels on passa le cahier de modèles. C'est ce qui expliquerait cette espèce de contradiction qui rapproche des morceaux d'un style byzantin très franc d'autres morceaux encore bien empreints du style classique; c'est ainsi que la plupart des plaques portent à la partie inférieure ou à la partie supérieure une ornementation composée de losanges et de disques,

lA. Venturi, op, cil., t. i, fig. 296-307. Nous avons donni* plusieurs de ces figures dans le Dictionn., t. i, flg. 600, 834, t. n, Cg. 1303. — = E. .Molinicr, op. cit., t. i, p. 72-73. En adoptant cette conclusion, nous avons substitué les mots : sorti d'un atelier alexandrin à ceux-ci, un rao- Qument complètement byzantin. D'après C. Diehl, .A/a-

ratif, la distribution des bas-reliefs, le choix des ornements, tout cela revient à un seul et même artiste qui a conçu toute l'entreprise. On peut dire que la chaire de Maximien est une sorte d'étalon de la sculpture byzantine, du milieu du vi* siècle, à laquelle il faut toujours se rapporter pour juger des monuments d'ivoire de cette époque ^. »

Depuis que cette notice a été écrite on a constaté de nouveau la tradition qui attribue la chaire de Ravenne au contemporain de Justinien, et, par des raisons assez plausibles, on a tenté d'établir que le meuble ne vint à Ravenne qu'au xi" siècle. M. Martroye, dans une Communication faite à la Société nationale des cmtiguaircs de France' a présenté ainsi la question dont je cite le résumé transmis par lui-même, o La chaire épiscopale conservée à Ravenne, précédemment dans la sacristie de la Cathédrale, actuellement dans la chapelle de l'évêché, ne peut être celle de l'évêque Maximien, sacré en 546, car il est certain qu'elle fut apportée à Ravenne en l'an 1001 par le diacre Jean, ambassadeur du doge de Venise, Pierre Orseolo II, et offerte au nom du doge à l'empereur Othon III.

miel d'art byzantin 1910, p. 281 « La chaire est sortie d'un atelier ég>ptien, mais en lui temps où la tradition alexandrine était déjà fort pénétrée d'influences orientales, non seulement syriennes, mais persanes. » — » Bidtelln de la Société nalionule des anliq. de France, S juin laiO.

CHAIRE ÉPISCOPALE

« Le diacre Jean avait mission d'obtenir de l'empereur la reconnaissance du titre de duc de Dalmatie que Pierre Orseolo II avait pris au retour de son expédition de 997 dont le succès avait établi dans ce pays la domination vénitienne. Pierre Orseolo, ayant intérêt à rendre manifeste de toutes façons l'assentiment de l'empereur, ne dut point négliger une occasion de lui faire agréer publiquement, en présent, un objet rappelant par sa provenance la conquête dont il sollicitait la consécration. Il y a donc lieu de penser que l'objet offert, dans ces circonstances, à l'empereur par Pierro Orseolo avait été rapporté par lui de Dalmatie et faisait partie de son butin. Il n'avait pu faire aucun butin ni en Istrie, ni en Dalmatie jusqu'à Spalato, car il avait eu à ménager des populations qui s'étaient soumises volontairement. 11 n'en avait point été de

toutes les lettres donnant MAXIM US SALON/E EPS, une des barres inférieures du signe x, présentant la forme d? la lettre l.

« On estime, il est vrai, que les plaques d'ivoire du siège de Ravenne ne peuvent être antérieures au vi« siècle. Cette appréciation semble parfaitement exacte pour une partie de ces plaques, mais non pour toutes. Celles de la partie antérieure du siège, où se trouve le monogramme, présentent, au contraire, les caractères de l'art du iv« siècle, et la différence de qualité entre ces dernières plaques et celles du dossier permet de supposer que la chaire a subi, au VI* siècle, des restaurations et que des plaques anciennes ont été, à cette époque, remplacées par d'autres.

I Si la chaire était du vi* siècle, et si on admettait

2'il2. — Rencontre de Jacob et de .loseph. Panneau coté droit de la chaire de Ma.'simieii.

même après la soumission de Spalato. Il avait fallu vaincre des résistances, agir en conquérant; et la région entre Spalato et Raguse n'est pas éloignée de l'emplacement de l'antique Salone, d'où furent tirées de nombreuses reliques, après la destruction complète de cette cité dont l'Église avait été régie en 342 ou 343 par cet évêque Maxhnus qui figure au nombre des destinataires de la lettre encyclique des évêques eusébiens dissidents du concile de Sardique.

« Or, parmi les localités qu'occupa Pierre Orseolo, il en est une dite « l'église de Saint-^Iaximus » qui devait apparemment son nom à l'évêque .Maximus, considéré comme un saint parce que sur sa sépulture on avait dû lire le qualificatif .sonc/in, généralement attribué aux évêques dans les inscriptions de leurs tombeaux. Parmi les reliques de ce prétendu saint, apportées de Salone, Pierre Orseolo a pu trouver sa chaire épiscopale, la recevoir en don ou s'en emparer.

« Le monogramme dont elle est ornée et où dom Bacchini, en 17'23, avait lu : MAXIMIANUS EPIS- COPUS, parce qu'il y clierciiail le chiffre d'un ancien évêque de Ravenne, fournit une jjrésomption en faveur de cette hypothèse. Non seulement on y peut lire MAXIMUS, mais on y peut aisément trouver

DiCT. d'arch. chrét.

qu'elle provient de Salone, on serait obligé de l'attribuer à Maxhnus II, évêque de cette ville de 592 à 620. Ce n'est guère possible, car Maximus II prenait le titre d'archevêque. Or, le monogramme donne episco;}us, non archiepiscopns, et ce personnage, dont les lettres de saint Grégoire le Grand nous font connaître le caractère, n'était pas homme à négliger ses prétentions.

« Cette communication a été suivie d'observations présentées par MM. Cagnat et de Mély. M. de Mély a fait remarquer que la décoration des plaques antérieures au siège de Ravenne rappellent d'une façon saisissante d'autres monuments qu'il a fait connaître par ses publications et qui sont certainement du iv* siècle, ce qui viendrait à l'appui de mon hypothèse. M. Cagnat a fait des réserves au sujet de la lecture MAXIMUS SALON/E EPS et a insisté sur ce point qu'un monogramme susceptible d'interprétations diverses et où, selon son expression, on peut trouver ce que l'on veut, ne peut fournir une preuve.

« Cette observation de M. Cagnat est extrêmement judicieuse. Aussi ne peut-on présenter la lecture MAXI- MUS SALON/E EPS qu'à litre de présomption, destinée surtout à établir que le monogramme ne fait point

CHAIRE ÉPISCOPALE

obstacle à l'hypothèse tirée des faits attestes par les chroniques de Venise. »

Voici la disposition des ivoires du dossier :

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