CHAPELLE-SAINT-ÉLOI
Ainsi, pour résumer : l'excavation présente des traces de feu sur ses parois et sur le canal qui y conduit; elle n'en présente point sur les pierres qui la garnissaient. Celles-ci tapissaient-elles son contour ou étaient-elles placées dans son enceinte de façon à former un mur sans relations avec cette enceinte? On n'en sait rien; mais quand même ces matériaux auraient formé un mur d'enceinte, d'après leurs dimensions, d'après celles de la cuve dont Cli. Lenormant disait posséder les fragments, il semblerait impossible d'admettre que cette enceinte eût été assez vaste pour contenir un seul homme.
Abordons maintenant un autre ordre de faits, et laissons parler la commission.
« Après le départ de Ch. Leiiormant, le sieur Boutel ayant rencontré des pierres au niveau de la vallée, avait suivi leur direction et mis à découvert un canal voûté passant par-dessous le chemin qui conduit de Serquigny à la Chapelle-Saint-Éloi, et aboutissant à une enceinte circulaire maçonnée en moellons avec mortier d'argile. Les pierres étaient calcinées; le mortier avait pris la consistance de la tuile; de nombreuses vitrifications -et une couche de cendres de On'OS à 0°'Û4 prouvaient qu'un feu très vit y avait longtemps séjourné. Des portions assez notables de chaux éteinte nous ont fait croire que nous étions en ])résence d'un second four à chaux. L'intérieur du tour était comblé; au milieu des terres rapportées, à la hauteur de la voûte du canal, Boutel a trouvé un squelette entier dont il nous présente les ossements. Leur parfait état de conservation, la nature des terrains nous ont paru prouver oufflsamment que l'inliuniation de ce corps remontait à un petit nombre d'années. A côté se seraient trouvées une monnaie d'un Antnnin, grand bronze très fruste, deux boucles d'oreilles composées d'un simple fil d'or dont les deux extrémités s'enroulent l'une sur l'autre. » Entre ce trou circulaire, placé en contre-bas du prétendu baptistère, et le canal qui arrive à celui-ci, la commission trouva un « parement circulaire formé de petits cailloux et de mortier complètement vitrifies. »
Fr. Lenormant, dans sa Réponse à la commission, et dans la coupe restaurée qui l'accompagne, fait de ce second four à chaux une crypte à voûte surbaissée, dont un monument occupe le centre, et renferme le corps d'une sainte dont Boutel a découvert le squelette, dont la tête était recouverte par « une inscription sur tuile en grec. » a Dans la couche de chaux intérieure était une tuile imbriquée portant une inscription latine. » Dans le « parement » circulaire vitrifié découvert par la commission, Fr. Lenormant voit « les fondations du mur de l'abside de la chapelle » bâtie sur la crypte et communiquant au baptistère par le passage oblique dont on a parlé plus haut. Cette chapelle, dont il n'existe que ce fragment d'abside, aurait eu ô^SOde long et le plan lui donne 4 "60 de large. Une pierre portant le nom de BAVDVLFV[s], qui n'a point été trouvée avec les autres, étant encore engagée dans une maçonnerie, à un endroit très apparent, a semblé, par sa place exceptionnelle, provenir de quelque édifice du culte.
A cela, la commission répond « que la chaux trouvée n'était point en couche, mais disséminée par places; que nulle part on n'a aperçu la trace d'une voûte pour clore la prétendue crypte; mais qu'au contraire, au-dessus de la maçonnerie grossière de la
' Corpus inscripliomim latinunim, t. .xiii, p. 510, 511, n. 3197, 3204. Cf. Rêver, Mémoire xur les rnînes du Vieil-Éoreux, 1827; Tli. Bonnin, Inscriptions découvertes au Vieil-Évreux, in-fol., 1S40; Antiquités gallo-romaines au Vieil-Évreux, in-4'*. 1S45; Antiquités gallo-romaines des Éburouiques, in-tol., Paris, 1S60; E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. ii. p. 497, n. 1 ; Aug.
base, l'excavation va s'élargissant en entonnoir; que sa surface est couverte de vitrifications boursouflées, irrégulières, minces, empâtant du côté opposé à celui exposé au feu des débris de terre, de sable, d'argile de même nature que le reste du sol ; que ces vitrifications, de 0°'02 d'épaisseur, ne sauraient être les fondations du mur d'une église; que la pierre portant le nom de Baudulfus est dans l'intérieur de la maison de Boutel, forme l'angle d'un manteau de cheminée construite en 1831 avec des pierres achetées loin de là, dans une carrière d'où elles avaient été extraites. Reste le squelette dont les os étaient à l'état gélatineux, ce qui démontre une inhumation récente. C'est à cet unique défunt que se réduit le cimetière mérovingien. Quant aux inscriptions, on doit se rappeler qu'elles proviennent des matériaux arrachés par Boutel du prétendu baptistère, ou qu'elles ont été rencontrées à fleur du sol dans un des prés environnants. Il est au moins curieux de rencontrer une telle profusion d'épi taphes et pas une seule des tombes auxquelles elles auraient dû appartenir. Ces défunts mystérieux se sont résignés à adresser leur carte de visite à la postérité, mais ils ont bien entendu lui dérober leurs squelettes, leurs armes, leurs vases et ustensiles, en un mot tout le mobilier funéraire qu; accompagne la dépouille mortelle d'un Franc. Ainsi, tandis que le cimetière de la Chapelle-Saint-Éloi ne présente que des inscriptions, pas un de ceux fouil- I lés avec tant de soin par l'abbé Cochet dans cette même province de Normandie, pas un seul soit en Allemagne, soit en Belgique, soit en Bourgogne, soit en Angleterre, ne présente une inscription parmi tant d'objets d'un art si caractéristique et si uniformément le même. On en pourrait déduire qu'il ne s'agit aucunement d'un cimetière mérovingien, mais de quelque établissement romain si le témoignage qu'en rendent les inscriptions était rccevable.
III. L'ÉPiGRAPHiE. , — Ces inscriptions sont toutesfausses. La commission de la Société de l'Eure ne faisait grâce à aucune; son premier motif était celuici : ne croyant ni à la colonne de Serquinlus, ni à l'Hercule-Mercure, ni au baptistère, ni à la crypte, ni à la chapelle, ni au cimetière, elle ne pouvait accueillir les monuments épigraphiques ayaut rapport à ces monuments supposés. Au reste, c'était dans la nature même des inscriptions qu'elle puisait ses motifs de conviction.
Nous avons cité déjà plusieurs de ces inscriptions. Celle relative au supplice de saint Taurin est d'une précision étourdissante et réhabilite conjplètement la Vie légendaire du saint; malheureusement, on ne saurait tout prévoir, cette inscription si formelle est en contradiction flagrante avec deux autres inscrii>tions trouvées depuis longtemps au Vieil-Évreux, L'une était dédiée DEO gIsACO, à la divinité topique, c'est-à-dire au dieu qui personnifiait le lieu dont la seconde mentionne un citoyen Gl S ACI Cl VI S'. C'est une coïncidence qui voudrait être au-dessus du soupçon que celle qui fait rédiger en grec l'épitaphe d'EutIcia, mère de Taurin, parce que cette femme serait Grecque d'origine.
Pour justifier l'inscription où saint Germain de Paris relate sur le mur du baptistère la visite qu'il y a faite, on s'autorisait de l'autel de Ham conservé à la bibliothèque de Valognes, mais sans aucun fondement, car les inscriptions monumentales de cet
Le Prévost, lettre à Th. Bonnin, du 20 mai 1852, d.ins Découverte d'un prétendu cimetière mérovingien, 1856, p. 53 sq. Sur un certain nombre de points en Gaule, on a trouvé des dédicaces à des divinités topiques portant le nom du lieu où elles ont été trouvées; il y a là l'indice d'une loi constante: Gisaise trouve bien au Vieil-Évreux et non à Gisai-Ia-Coudre.
CHAPELLE -S AINT-ELOI
autel mérovingien, relalenl le nom de celui qui l'a consacré et la date de la consécration, et non une simple visite que lui auraient faite les personnages dont il porte les noms.
Quant au monogramme de Childebert. c'est la première fois qu'on rencontrait une inscription de cette nature ailleurs que sur une charte.
Enfin, les inscriptions en caractères runiques trouvées pour la première fois sur le sol de la Gaule ont bien semblé un peu extraordinaires. Ce sont des runes germaniques, disait-on, et non des runes Scandinaves. Il serait peut-être plus juste de dire qu'elles sont l'une et l'autre, ou ni l'une ni l'autre. Ainsi Konounk de l'inscription où Clovis consul est mentionné serait Scandinave, et l'auteur, en trouvant ce nom sur des monnaies mérovingiennes, se serait contenté de l'écrire en runes. Le in frid{ou) de la même inscription serait germanique, au contraire, mais n'aurait point le sens que lui attribue l'inscription. Il signifierait bien en paix, à la condition que le mot « paix » signifie l'opposé de la guerre, et non le repos éternel, œlerna quics. Enfin, son Hakn{s), fils de Haken, serait un germanisme moderne. En résumé, A. Fabricius voyait dans ces runes l'œuvre d'un faussaire ignorant et .1. Grimm se déclarait surpris et dérouté par eux.
On a remarqué, de plus, que ces inscriptions, toutes incomplètes, donnent toutes, par un merveilleux hasard, le commencement des lignes et jamais la fin, et que dans ces commencements se trouvent toujours réunis les documents les plus importants.
Enfin, ces inscriptions sortaient de terre pour justifier une conjecture hasardée de Ch. Lenormant. Celui-ci, pour expliquer la i)résence de deux C C dans la légende de certaines monnaies de Clovis imitées de celles d'Anastase, voulait y voir la mention de la dignité de consul dont Anastase envoya bien réellement les insignes à Clovis. Ch. Lenormant fut, sur ce point, seul de son avis. On lui objecta que Clovis avait pu recevoir et revêtir, au jour de leur réception. ces insignes dans la cathédrale de Tours, mais qu'il y avait loin de là à se parer de ce titre sur les monuments, de préférence à celui de roi. ou concurremment avec lui. Or, l'inscription funèbre de Ingomer, fils de Haqen, en paix, {étant) roi Clovis consul, venait donner raison à Ch. Lenormant.
Une attention aimable était réservée à Fr. Lenormant dont on avait remarqué un récent travail sur Des inscriptions tracées à la pointe sur les murs des maisons de Pompé;; l'inépuisable cimetière lui offrait des grafïites à la douzaine.
Le coup de grâce eût été la découverte du faussaire. P.-F. Lebeurrier prononça le nom d'un certain Rouillon, alors enfermé dans une maison d'aliénés, qui, depuis des années, étudiait dans la bibliothèque d'Évreux tous les volumes qu'elle renferme touchant l'antiquité classique, l'épigraphie grecque, latine et Scandinave. La piste était fausse, mais on ne prête qu'aux riches. D'ailleurs c'était Rouillon qui avait, une dizaine d'années auparavant, imaginé Serquinius fondateur de Serquigny et le supplice de saint Taurin à Fontaine-la- .Sorel.
Ce n'était pas un maniaque qui avait combiné toute cette petite supcrclierie scientifique avec assez d'adresse pour tromper un épigraphiste tel qu'Edmond Le Blant, assez de ressources pour défendre longtemps l'authenticité de textes qu'il expliquait avec d'autant plus de lucidité qu'il les avait composés. Par une délicatesse filiale, le mystilicateur donnait raison à
* Nul souvenir de l'incident dans E. Babelon, Adrien de Longpérier, François Lenormant , Ernest Muret. Trois bio-
son père sur un point qui lui tenait particulièrement à cœur, le consulat de Clovis, par contre il l'embarquait dans une aventure sur laquelle il a été d'usage désormais de faire un profond silence '. Aujourd'hui, deux lignes du Corpus inscriptionum latinarum rendent la justice nécessaire : conficti (tiluli) autem sunt omnino a Francisco Lenormant filio, qui his primitiis fraudum suarum Ipsum patrem decepit '. Déposés au musée de Bernay, les originaux soustraits jadis à l'étude de la commission de la Société de l'Eure, sont gardés avec le même soin jaloux qu'autrefois; en 1895, Otto Hirschfeld n'a pu obtenir de les examiner.
IV. Bibliographie. — Arbellot, Dissertation sur l'nposiolatdcsaint Martial,'m-S'>,Limoges, 1855, p. iël- 170. — A. Chassant, Antiquité de la Mère Odue prouvée par une des inscriptions découvertes par M. Ch. Lenormant ù la Chapelle-Saint-Éloi, appendice satirique à la publication de M. Lebeurrier (voir plus bas), p. .59 sq. — A. Darcel, Histoire d'une guerre d'érudition, dans la Revue des sociétés savantes des déparlements, 1857, t. ni, p. 385. — J. Desnoyers, dansle Bulletin de la Société de l'histoire de France, 1855. p. 45 sq. — G. Garrucci, dans Civillà cattolica, octobre 1856, p. 92. — J. Grimm, Bcrichl iibcrdie zur Bekannlmachung geeigneten Verhandlungen der kônigl. Preuss. Akad. der Wissenscha/ten :u Berlin. 185-1, p. 527. — O. Hirschfeld, Inscriptiones Aquitanix et Lu gdunensis. formant le 1" fasc.de lai'''-' partie des Inscriptiones trium Galliarum cl Germaniarum Intina-, dans Corp. inscr. lat., t. xni,p. SGi-.n. 356*-366*. — .A.. Kirchhofï, Wiirdigung der F'raniiisischcn Runen, dans Haupt's Zeitschritt fur deutsches Allcrthum, 1856, t. x, p. 197sq. — P.-F. Lebeurrier, Rapports sur la découverte d'un prétendu cimetière mérovingien à la Chapelle-Saint- Éloi (Eure), dans le Recueil des travaux de la Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l'Eure, 1855, 1856, 1858, III" série, t. iv, p. 297, 309- 312, 327, 345 et 2 pi. Une deuxième édition fut publiée sous le titre : Découverte d'un prétendu cimetière mérovingien à la Chapelle-Saint- Êloi (Eure), par M. Ch- Lenormant, in-8", Évreux, 1858, 64 pages et 3 planches. — E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au viii" siècle, 1856, t. i, p. 186- 224; t. II, p. 600; pi. 66-134. — Ch. Lenormant, Découverte d'un cimetière mérovingien à la Chapelle- Saint-Êloi (département de l'Eure), dans le Moniteur universel, 7 novembre 1854, p. 1231; Découverte d'un cimetière mérovingien ù la Chapelle-Saint- Éloi, dans Le correspondant, 1854, t. xxxv, p. 116-137, c'est la note même dont l'auteur donna lecture et qui fut publiée dans Séance publique annuelle des cinq académies, 1854, t. xxxvin, p. 13 sq. — Fr. Lenormant, De l'authenticité des monuments découverts à la Chapelle-Saint- Éloi, dans Le correspondant, 1855, t. xxxvi. p. 893-920; Lettre à M. Alfred Darcel, sur les inscriptions de la Chapelle-Saint- Éloi et les graffiti de la Gaule, dans la Revue des cociétés savantes des départements, 1858, t. IV, p. 332-342, 462-477. — A. Le Prévost, Lettre à Th. Bonnin, 20 mai 1852, insérée dans Lebeurrier, Découverte d'un prétendu cimetière, 1856, p. 53 sq. — Liliencron, dans la Gazette d'Augsbourg, 22 décembre 1854. — Alf. i\Iaury, dans Alhenxam /ranfo's. 7 octobre 1854, p. 937 sq. — J.-B. Pitra, dans Spicilegium Solesmensc, in-S°, Parlsiis, 1858, t. iv, p. 74. — • J. Q.[uiclieratj, dans la Revue archéologique. 1858, p. 63-64. — Ch. Uoach Smith, Notes on some of Ihe antiquitics of France. — ,1. A. A. Worsaœ, Om nye Opdagelser af Runes i Frankrigc og England, in-S", Kjokenliavn, 1856.
H. Leclercq.
graphies, in-8", Berlin, 1SS3, p. y-21. — 'Corp. inscr. lat., t. XIII, p. 36*.
CHAPITEAU
CHAPITEAU. — I. Rôle. II. Ch.ipitcau composite. III. Chiipiteau tliéoclosicn : 1° Chapiteau-imposte composite; 2° Cliapitcau-imposte ionique; 3" Cliapitcauimposte dorique. IV. SjTie. V. Influence orientale. VI. Gaule. VII. .\triquc. VIII. Espagne. IX. .\nyleterre. X. Palestine. XI. Egypte. XII. Constantinople. XIII. Ravcnne. XIV. Italie.
I. RÔLE. — Le mot chapiteau désigne l'ensemble de moulures et d'ornements qui surmontent les colonnes, les piliers et les antes, et qui sont souvent placés sous l'architrave d'une baie ou sous la retombée! d'un arc. Le chapiteau sert ainsi de transition et auss d'encorbellement entre le support (colonne ou pilier) et l'iirchitrave ou le sommier de l'arc. Quelle que soit la composition, simple ou composée, d'un chapiteau, elle comporte toujours, à la partie supérieure, une tablette plus ou moins épaisse, nue ou ornée, appelée abaque ou tailloir, laquelle est disposée sur un plan carré ou inscriptible dans un carré ou un rectangle, et offre généralement une plus forte saillie que les
2187. — Chapiteau byzantin à Salone.
D'après une pbolograpliie.
parties placées au-dessous d'elle. Dans les constructions primitives dépourvues de tout ornement, celle tablette, véritable chapeau (ce nom lui est même donné en charpente), pose directement sur la colonne ou le pilier en bois ou en pierre, et tient parfois lieu du chapiteau toutentier. Le chapiteau constitue un élément primordial de ces modes d'architecture qu'on appelle les ordres et sert plus encore et mieux que toute autre partie de la colonne ou de l'entablement à différencier ces ordres, surtout lorsqu'il s'agit d'édifices de l'architecture dite classique >.
II. Chapiteau composite. — Les conditions historiques au sein desquelles vécut le christianisme pendant les trois premiers siècles de son existence ne lui permettaient guère de tourner son activité vers une forme d'art en particulier. Nous avons montré ailleurs ' qu'à la faveur des périodes de tolérance, les fidèles purent élever des édifices destinés au culte. Malheureusement ces constructions ont disparu et à défaut de tout vestige ou de la moindre description, nous pouvons croire que ces premières églises ne se différenciaient en rien des autres constructions contemporaines ayant une destination analogue. Bien que Vignole ait légèrement aggravé en les énonçant les principes et les règles appliqués par Vitruve, il n'en est pas moins certain que ces règles étaient dès lors bien nettes, et chaque ordre possédait un type constitutif rigide parfaitement stable. Une fois créés, ces types se retrouvent immuables dans les monuments de la Grèce et de la Rome ancienne sans varia-
tions dans leurs formes génériques. Les Romains du temps de l'empire n'employaient plus, sauf de rares exceptions, que l'ordre corinthien, plus noble et plus riche d'aspect sans être plus dispendieux, ce qui réalisait la double préoccupation des architectes de ce temps et du programme qu'ils avaient à remplir. Mais vers le m" siècle commence l'irrémédiable décadence et les chapiteaux n'y échappent pas. Du chapiteau ionique et du corinthien, on fait « un mélange que l'on est convenu d'appeler le chapiteau composih', mais qui, par le fait, n'est qu'un amalgame assez disgracieux de deux éléments destinés à rester séparés. De même les Romains avaient introduit dans le chapiteau composite des figures, des victoires ailées, des aigles; ils avaient chargé le tailloir d'ornements, et cherché, dans cette partie importante de la décoration architectonique, la richesse plutôt que la pureté
-sAt
2488. — r;hapiteau de S. Giovanni in Fonte, Ravenne. D'après une photograpliie.
du galbe, si bien comprise par les Grecs. Lorsque dans les Gaules, sous les rois mérovingiens, on voulut éJever de nouveaux édifices sur les ruines qui cou\Taient le sol, les matériaux ne manquaient pas; la sculpture était un art perdu, on employa donc tous les anciens fragments que l'on put recueillir dans la construction des bâtisses nouvelles. Des colonnes et des chapiteaux, différents de diamètre et de hauteur, vinrent se ranger tant bien que mal dans un même monument. Les anciennes basiliques de Rome ne sont elles-mêmes qu'une réunion de fragments antiques. Cette variété d'ornementation, imposée par la nécessité, fut cause que les yeux s'habituèrent à voir, dans un même édifice, des chapiteaux fort différents par la composition, l'âge, le style et la provenance. Lorsque les fragments antiques vinrent à manquer, il fallut y suppléer par des œu\Tes nouvelles, et les sculpteurs, depuis le vi« siècle jusqu'au ix', cherchèrent à imiter les vieux débris romains qu'ils avaient sous les yeux. Ces imitations faites par des mains inhabiles, avec des outils grossiers, sans aucune idée de la mise au point régulière, ne furent que d'informes réminiscences des arts antiques, dans lesquelles on chercherait vainement des règles, des principes d'art.
' Ch. Lucas, dans La grande enciiclopcUie, t. x, p. 5G6- 567. — ' H. Leclercq, Manuel d'archéologie chrétienne, in-8°, Paris, 1907, t. i, p. 378.
CHAPITEAU
« Les ordres grecs se composent, comme on sait, (le la colonne avec son chapiteau supportant un entablement, autrement dit, une superposition de platesbandes comprenant l'architrave, la frise et la corniche. Il en est de même des ordres romains. Avant les dernières années du Bas-Empire, pas de colonnes grecques ou romaines sans l'entablement; et ce n'est que fort tard, dans quelques édifices de la décadence, que l'on voit, par exception, l'archivolte romain posé sur le chapiteau sans entablement. Dans les ordres grecs et romains, le chapiteau est plutôt un arrêt destiné à satisfaire les yeux, qu'un appendice nécessaire à la solidité de l'édifice, car la première platebande ne dépasse pas l'aplomb du diamètre supérieur de la colonne, et le chapiteau>st ainsi (au point de vue de la solidité) un membre inutile, dont la forte saillie ne porte rien sur deux de ses faces '. »
2489, — Ch
lapiteau de Saint-Jean rÉvaniîélisle.
D'après une pholographie.
En étudiant la création de Byzance et les monuments de l'art byzantin (voir ces mots) nous avons eu l'occasion de constater la pénurie d'architectes dans l'empire. Constantin s'ingénie à y porter remède, mais l'Occident est décidément épuisé pour longtemps, c'est l'Asie, la Syrie, la Grèce qui lui enverront des artistes. En attendant les grands audacieux du règne de Justinicn, ces rénovateurs intrépides, le personnel du IV» siècle appelé à exécuter les constructions constantiniennes, conservera les procédés antiques, non sans se permettre quelques innovations encore Uiiiides, mais déjà grosses de conséquences et qui marqueront, dans les arts décoratifs surtout, le début d'une transformation profonde.
l'our tout dire, les premiers anneaux de la chaîne nous manquent. La ville de Constantin, bâtie ;\ la
' VioUet-!c-Duc, Diclioiiiiairc raisonné de l'archilecliiie françriixe. 185i), t. ii, p. 4SI. Nous donnons ici une nomenclature des cliapiteaux déjA publiés dans le Dicliomi. I. I, col. :î1)S!), lig. 1097, 1098. 1099, 1100. à Athènes; li;;. 1 101, 11()L>,;1 Chalkis; col. 3095-3097, fig. 1105, imposte (l'Athènes: t. n, col. IGI, (ig. 12.'i8, îles Baléares; col. 22S, lig. laGO.ABaouît; col. 473, fig. 1381, à.Baqouza; col. 831, lig. 1548, liellilèliem; col. 1437, llg. 1772. :\ Suinle-Sopliio <le Constantinople; col. 1442, fig. 1772. à Sainte-Sophie de Constantinnpie, col. 1404, fig. 178.";, ù Saint-Vilal do
hâte, disparut de bonne heure, la ville de Justinicn la remplaça. Les descriptions somptueuses, plus littéraires que techniques, ne nous apprennent rien qui vaille sur la question seule importante et VTaiment essentielle des caractères nouveaux de l'architecture des basiliques, édifices et palais constantinicns. Ce que Constantinople nous refuse, Bethléhem ne nous le donne que dans une mesure insuffisante (voir Bethléhem, t. II, col. 888); au contraire le palais construit par Dioclétien à Salone, en 305, nous renseigne plus abondamment. Ici, nous trouvons de précieux éléments de comparaison et les vestiges imposants conservés jusqu'à nos jours constituent une source du plus rare intérêt. " Ce palais ou château est le monument le plus complet encore existant, de la déca-
2490. — Chaiiiteau de San Spiiilo. D'après une photographie.
dence romaine et du style nouveau qui, modifié petit à petit par les architectes chrétiens, devint plus tard le style dit byzantin. C'est là que, pour la première fois, on vit en Occident l'emploi systématique de l'iu-cade sur colonne sans l'intermédiaire d'une imposte; ce procédé architectonique, d'un usage courant en S}-rie, antérieurement à cette époque, fut appliqué à Salone par des architectes asiatiques et des tâcherons grecs, ainsi que semblent l'indiquer les njarques relevées sur les pierres des édifices '. Depuis 1j bel ouvrage d'Adam en 1763, le palais de Dioclétien a été plusieurs fois décrit et ses (irincipaux aspects reproduits, notamment par MM. Dichl et de Beylié. On ne peut guère imaginer un monument plus riche d'enseignements surtout au point de vue décoratif, l'our nous en tenir ici aux seuls chapiteaux, nous
Havenne; col. 1504, fig. 1804, à Eski-Djouma, Saloniquc; col. 1505, fig. 1805, à Saint-Vital de Ravenne; col. 1506, lig. 1806, à fSaint-Démétrius de Saloniquc; col. 1506, (ig. 1807, à Saint-Vital de Ravenne; col. 1507, fig. 1808. a Sainte-Sophie de Constantinople; col. 1.571. fig. 1S49, au nmscedu Caire; col. 1571, fig. 1850, et col. 1572, lig. 1851, au musée du Caire; col. 1810, fig. 2015, cathédrale d'O- (rante; col. 2292. fig. 2142, à Damous-el-Karita, Cartilage; col. 2679, fig. 2229, à Estchmiadzin, Arménie. — ■■ De Beylié, I.'liahitation byzunline, in-4", Paris, 1902, p. 20.
CHAPITEAU
avons d'excellents spécimens, et encore corrects au point de 'vue classique, dans le péristyle du iV^ siècle, dans le temple octogone, dans le dôme jadis mausolée de l'empereur et aujourd'hui église catholique. L'acanthe pousse encore drue et nerveuse, comme aux meilleurs jours de l'art; cependant, comme s'il fallait que cet inépuisable palais ofEre avec la perfection de ce qui va finir, le pressentiment de ce qui va commencer, outre les voûtes de coupoles en mosaïque, on y rencontre tel chapiteau tapissé de feuillage, coupé en deux dans le sens de la hauteur, orné d'animaux et qui annonce le t\-pe byzantin de la corbeille d'où émergent béliers, lions, aigles et phémx (fig. 2487).
Mais cette apparition à Salone est prématurée. Le type classique, plus ou moins émacié par la décadence, n'a pas fini de fournir des combinaisons aux propagateurs du cliapiteau composite. En effet, le
'Çy:sr*s %
■ Clhapiteau de la basilique d'Hercule.
D'après une photographie.
chapiteau classique n'apparaît dans sa pureté dans aucun édifice chrétien. Dans la basilique de Bethléhem , unique vestige des constructions basilicales de Constantin, nous trouvons sans doute le chapiteau corinthien, mais déjà bien éloigné de la pureté classique (voir figure 1548); l'acanthe est relativement mieux conservée que le reste; déjà le clu'istianisme s'affirme par l'adjonction sur l'abaque d'un fleuron orné de la croix. Le mausolée des filles de Constantin, placé au moyen âge sous le vocable de sainte Constance (voir t. I, fig. 237) fait retomber les arcs de sa rotonde intérieure sur des chapiteaux qui ne sont pas irréprochables, mais dans lesquels quelques licences peuvent, à raison de la correction savante de l'ensemble, être tenues pour des interprétations plutôt que pour des imperfections. Pour peu que nous continuions à sui\Te le iv= siècle, nous rencontrons bientôt à Ravenne les chapiteaux du Baptistère des orthodoxes ou de San Giovanni in Fonte (fig. 2488); ils appartiennent, comme le baptistère lui-même, à l'époque romaine, puisque nous nous trouvons ici dans une ancienne salle de Thermes transformée en vue de sa nouvelle destination par l'évêque Néon, en 449. Ces chapiteaux sont nettement composites, ils sont dans
Voir cependant Diclionn., t. il, col. S31, Cg. 1548. — • " Cattaneo, L^ architecture en Italie du vi" au a/» siécler trad. Le Monnier, Paris, 1S91, p. 37; La basilica di
la meilleure façon du type nouveau et de travail probablement romain. Comparons-leur, sans nous y attarder, mais en notant la décadence de plus en plus marquée, dans la distribution et dans la technique, un chapiteau de Saint-Jean-l'Évangéliste, construit entre 430 et 450 (fig. 2489), et un chapiteau de l'église Saint-Théodose (Santo Spirito) construite avant 526 (fig. 2490). Jetons, sauf à revenir ensuite sur nos pas, un coup d'oeil sur un chapiteau de l'ancienne basilique d'Hercule à Ravenne, qui nous fournira dans un instant le pur type de chapiteau dit théodosien. Ici, nous avons sous sa masse pesante et dans sa structure générale, un chapiteau nettement composite, son échine a conservé les oves encadrées dans d'opulentes volutes, mais le feuillage boursouflé est pleinement byzantin; c'est encore la feuille d'acanthe,
2492. — Chapiteau de la piazza Vittorio-Emmanuele, à Ravenne. D'api-ès une photographie.
mais quel sculpteur ancien eût consenti à la reconnaître (fig. 2491)? Avant d'en venir à ce point, il nous faut maintenant sui\Te l'évolution régulière du chapiteau.
m. Ch.\pite.\u théodosiex. — A défaut de chapiteaux constantiniens ', nous pouvons étudier le chapiteau théodosien -, que M. Strzygowski a défini comme 11 composite, avec deux rangées de huit feuilles d'acanthe épineuse; au-dessus, entre les volutes, des feuilles droites à cinq lobes; au-dessous, un tore de feuilles d'acanthe épineuse placées obliquement '. » Un des exemplaires auxquels cette description s'applique avec la plus rigoureuse exactitude matérielle se trouve aujourd'hui faire partie d'un portique de huit colonnes de granit sur la piazza V iilorio-Emmanuele, à Ravenne (fig. 2492). Dans sa structure générale, ce chapiteau est nettement composite avec des volutes et son écliine découpée en oves; mais ce qui lui donn3 son caractère byzantin, c'est le feuillage plaqué sur l'ossature. On reconnaît sans doute la feuille d'acantlie, mais traitée d'une manière bien différente de la façon des anciens. Tandis que l'acanthe corinthienne s'infléchit gracieusement au sommet, comme si son propre poids l'entraînait, ici la feuille
S. Marco, Venezia, p. 120. — ' Byzantinische Zeitschrifl, 1892, t. I, p. 48. Cf. J. Strz>-gowski , dans Bijzanlinische Denkmiiler, in-4», 1S93, t. il, p. 241.
CHAPITEAU
s'étale et parait se diviser en deux parties qui s'épanouissent dans leurs moindres détails avec la correction méticuleuse et froide de la plante desséchée dans un lierbier. La feuille, d'ailleurs, est moins élancée et la sculpture marque plus de dureté de dessin. Ce type a été retrouvé sur divers exemplaires, notamment sur des fragments sortis des fouilles de Delphes, fragments recueillis aux quatre coins des fouilles et qui ne peuvent être rapprochés; mais la forme générale du chapiteau, le tore du bas, le bourrelet lisse qui se trouve à la naissance des feuilles, le déchiquetage de l'acanthe épineuse, les stries obliques de l'abaque sont identiques. I. 'habile metteur en œuvre des moindres fragments chrétiens de Delphes, M. J. Laurent, a fait au sujet du type théodosien des observations <iue nous reproduisons ici.
« Est-ce à dire que ces chapiteaux remontent exactement au règne de Tliéodose II, entre 408 et 450? Interpréter ainsi la défmition''de M. Strzygowski, ce serait lui enlever une partie de sa valeur et la mettre
24y3. — Chapiteau théodosien à Saint-.Iean-Stiulite, àConstantinople. D'après une phûtograpliie.
en contradiction avec un fait, puisque le seul chapiteau théodosien daté que nous connaissions, celui de Saint-Jcan-Studite, à Constantinople ' est de 463 (lig. 2493). M. Strzygowski pense du reste que cette sorte de chapiteau a été en usage pendant presque tout le cours du v= siècle '. En les nonnnant théodosiens, il n'a donc pas entendu les enfermer dans les limites clironologiques du règne de Théodose IL mais indiquer l'époque de leur apparition. 11 y a des chapiteaux théodosiens postérieurs à 450; le nom rappelle seulement que c'est avant cette date que le type en fut fixé et fit fortune. Précisons davantage : couvert exclusivement d'acanthe épineuse, le chapiteau tliéodosien doit appartenir aux années où cette sorte (l'acanthe fut le plus en honneur. Il ne faut donc ni !e rapprocher trop de la timide apjiarition de cette acanthe vers 391 ', ni le reculer beaucoup au delà de l'année 403, (|ui, pour être la seule date de chapiteau théodosien connue, n'en est pas moins très i)roche de
' II n'a pas Icniênipasiicct dans Salzenberg, .IHc/uisï/ic/ie Haiidcnl^iiutlcr von Kottstantiiuiprl. Berlin, îSrj.">, pi. m, n. 1. (lue dans Piilghcr. les tiinifimes égiisca hiizanlirtea de Conslanlinoplc, Vienne, ISSU, pi. i, n. 2. La basilique de Stoudioiiest aujourd'hui Kmir-.\chor-djami. — -Byzantinischc Zeitschri/I. 1S'J2. p. OS. — ' .\ la Porte d'Or de Constantinople, Jalirhuchcr, IS'.Ki, I. vin, p. 27, lig. 17. Ci. l'histoire de l'acanthe du iv au vi' siècle, élKiuchèe en plusieurs fois par M. Slrzygowski, dans Atltenische
l'époque où l'acanthe épineuse a cessé d'être universellement employée. Dans ces conditions, il est probable que le chapiteau théodosien fut particulièrement en usage dans les années voisines de 450, entre 4'25 et 475. Les chapiteaux théodosiens de Delphes sont donc vraisemblablement du milieu du V siècle. « Ils augmentent d'une manière sensible la liste des chapiteaux théodosiens connus. Elle n'est du reste pas aussi longue que l'a dit M. Strzygowski *, auquel il est arrivé de parler de tous les chapiteaux du Vsiècle, comme s'ils devaient être appelés théodosiens. Cela tient à ce qu'il ne s'est jamais astreint à réserver ce nom aux seuls chapiteaux, où l'on peut retrouver tous les caractères énumércs dans la définition que nous lui avons empruntée. Ainsi, après avoir présenté ' le chapiteau de la citerne entre Gui et Eski- Djaihi à Constantinople comme un exemple très pur
2494. — Chapiteau théodosien avec imposte à Eski-Djouma, à Salonique. D'après une photographie.
de chapiteau théodosien, il cite, parmi les chapiteaux qui lui ressemblent, celui de ïhéodose II à la Porte d'Or, qui n'a, du premier, ni les deux rangs de feuilles d'acanthe, ni le tore inférieur avec ses feuilles obliques. Sans l'avoir jamais dit exiiressément, M. Strzygowski donne deux sens au mot théodosien, l'un, plus étroit, qu'il a exprimé dans la définition déjà donnée et dont le chapiteau de la piazza V iltorio-Einmanucle donne une idée exacte; l'autre, plus étendu, qui comprend toutes les variétés du chapiteau composite, pourvu qu'elles soient ornées de l'acanthe épineuse, simple ou coiupliquée. En réalité, pour M. Strzygowski, il y a beaucoup plutôt une acanthe théodosienne qu'un chapiteau théodosien ^. Cependant, comme il a une fois défini d'une façon très heureuse une des espèces du chapiteau composite à acanthe épineuse en l'appe-
Mitlheilungen. 1S89, t. xiv.p. 2S1-2S2: Rômisr/ie Qiiarlalschrift 1S91, t. IX. p. 1-11. 07-10!): Biizanlinische Zeitsclirifl, 1892, 1. 1, p. 68-00: Jahrbuclier. ISOIi, t. viii, p. 10. 2S. — • Bijzaniinisclie Zcilsclirijl, 1802. t. i, p. 08 : le chapiteau théodosien est ■• répandu par centaines sur toutes les côtes de la iléditerranèc " — ' Biizanlinische Deriktiuiler. 1803, t. il, p. 211-212. — 'Cela est surtout sensible dans l'article des Alhcnischc Millheitimgen, 1889, t. XIV, p. 281-282.
CHAPITEAU
lant chapiteau théodosicn; comme cette définition est commode pour désigner cette espèce de chapiteau, qui doit être, en effet, distinguée des autres, nous l'avons adoptée après lui : il nous a seulement fallu, pour éviter toute équivoque, rendre au mot le sens très précis qu'il doit avoir.
« Si donc nous nous en tenons strictement à la définition donnée plus haut, nous voyons que 51. Strzygowski a signalé de purs chapiteaux théodosiens 1 à Constantinople, à Athènes ' et, en Italie, à Venise, à Ravenne, à Rome. Il faut ajouter à cette énumération un chapiteau déjà publié de Mésembrie ' et d'autres exemplaires à Constantinople*, à Salonique", à Brousse' et à Sofia'. L'Italie non grecque n'est pas aussi dépour\'ue qu'on l'a cru ', et la Syrie même en possède quelques spécimens ', dont l'exécution trahit une technique locale, mais qui sont de tous points semblables aux autres. Enfin, les fragments de Delphes ont révélé la présence du chapiteau théodosien sur un point de plus de l'ancien
signalé un monogramme du Clirist sur un chapiteauimposte ionique de Chalcis; mais ce chapiteau, pour dater du V siècle, et pour être orné d'acanthe épineuse, ne ressemble guère au chapiteau théodosien". Une croix carrée'^ enfermée dans un cercle sur le tore inférieur du chapiteau de Saint- Jcan-Studite à Constantinople", et d'un autre à Saint-Marc de Venise"; une croix longue sur l'abaque d'un autre chapiteau de Saint-Marc, au-dessous du cabochon, et, en même place, sur deux chapiteaux de Saint-Demetrius à Salonique, voilà les seules marques précises de christianisme rencontrées jusqu'à présent sur des chapiteaux théodosiens. Voilà pourquoi les deux seuls fragments de Delphes qui se raccordent prennent une importance particulière; car ils forment le haut d'un chapiteau théodosien qui porte sous le cabochon une croix longue, au bas de laquelle se rattachent des palmettes alternativement disposées de bas en haut et de haut en bas. C'est, à proprement parler, une assez mince plaque de marbre blanc, qui
2493. — Chapiteau-imposte à Delphes. D'après le Ballet, de correspondance hellénique, 1899, t. xxni, p. 223-22'i.
monde romain : se rapportant à dix chapiteaux au moins, ils constituent, comme ceux d'Eski-Djouma à Salonique (fig. 2494), une importante série de chapiteaux théodosiens, et ils prouvent qu'avant d'être réemployés, isolés et dépareillés, ces chapiteaux ont pu composer à eux seuls le couronnement des colonnes dans de grands édifices chrétiens.
« Chrétien, le chapiteau théodosien l'est assurément, puisque, de par sa forme, de par son acanthe épineuse, il est du v« siècle. Mais on en connaît peu d'exemples auxquels une inscription ou une croix donne un aspect extérieur indubitablement clu'étien. M. Strzj'gowski, en faisant cette remarque '", a bien
'Athen. Mittheil, 18S9, t. xi\,-p.2Sl-282:Btjzant.Denkm., t.ii,p.241-242. — »VoirD!c(ion.,t.i,col.3089 sq., fig. 1097- 1102. — * Hommaire de Hell, Voyage en Turquie et en Perse, in-S», Paris, 1S54-1S60, pi. xi. — ' Un à l'église de la Théotokos, Salzcnberg, op. cit., pi. xxxv, fig. 2; deux dans une cour du vieux sérail (photogr. du musée, n. 177).
— ' Plusieurs exemplaires à Saint-Démétrius (ma! donnés par Texier, L'architecture bijzantine, in-folio, Londres, 1S64, pi. XXII, .XXIII, et à^Eski-Djouma. d'après des photograptiies communiquées par M. Gabriel ÎNIiliet. Or, la construction primitive de ces églises est delà première moitié du v« siècle. Schultze, Arclmeologie der altchristliclien Kunst, in-S°, Jlûnchen, 1895, p. 88. — « Dans le vestibule de la mosquée verte; im'aUjtombeau du sultan ]\Iahmoud.
— " Le musée renferme cinq chapiteaux théodosiens en très bon état; ils ont été apportés de Baltchick, sur la mer
était appliquée, pour figurer un chapiteau, au haut d'un pilastre; elle n'a donc pas la forme massive et arrondie du chapiteau théodosien; mais son ornementation est la même, composée de l'acanthe épineuse, de palmettes et de la croix longue, cpi'on retrouve telles quelles sur un chapiteau de Saint-Marc ", et d'un abaque orné de stries obliques et coupé en son milieu par un cabochon très saillant. Xous avons donc bien affaire à un chapiteau théodosien. cpii présente la singularité d'être un chapiteau de pilastre et de nous ofi'rir un nouvel exemple de croix sur une sorte de cliapiteau du v« siècle, où l'on s'étonnait à bon droit de ne guère rencontrer de sjTnboles chrétiens ". »
Noire et viennent des ruines de Dionysopolis ou d'Odessas. II faut noter la proximité de Marcîanopolis. — ' Cf. Alhenische Mittheilungen, 1889, t. xiv, p. 282 ; — il y en a à Santa-Maria in Cosmedin à Rome, Cattaneo, Archilect., p. 37, mî»is ce fut l'église des Grecs; — un au musée de Milan, n. 1876 de l'inventaire. — • ADeir-Séta, de Vogué, Syrie centrale. Architecture civile et religieuse du i^' au \ii' siècle, pi. cxvi. — " Athenische Mittheilungen, 1889, t. XIV, p. 288. — ^^ Voir Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, t. i, fig. 1101. — '- La croix fut, dés le v siècle, d'un usage commun. Cf. V. Schultze, Archœol. d. altchristl. Kunst, p. 266. — " Oncagna, La basilica di S. Marco, pi. L, n. 77. — " Ibid., pi. .xi.ix, n. 76. — ^^ Ibid., pi. xnx, n. 7G. — *■ J. Laurent, DeZp/iesc/iré/ien, dans le Bulletin de correspondance hellénique, 1899, t. xxm, p. 209-212.
CHAPITEAU
Nous verrons au cours de cette dissertation le chapiteau passer par une évolution marquée au cours de laquelle, principalement dans le chapiteau appelé . byzantin », apparaît un élément nouveau en apparence destiné à caractériser le cliapitcau qu'il redouble en quelque façon. Le tailloir prend des dimensions si considérables ' qu'il semble constituer un deuxième chapiteau superposé sans intermédiaire au chapiteau primitif, et c'est sur ce tronc de pyramide posé à l'envers que vient aboutir la retombée des arcs. Comme bien on pense, on n'en est pas venu tout d'un coup ïi cette excroissance énorme. Le tailloir des chapiteaux composites ne pouvant suffire à sa destination qui est de recevoir la retombée des arcs, on imagina d'y suppléer par l'imposte qui, dés le V siècle, fut d'un usage général. L'imposte « était une pierre en forme de pyramide ! quadrangulaire tronquée, dont la petite base reposait sur le tailloir du chapiteau, sans en dépasser les arêtes. Deux de ses faces
■ Chapiteau <ie la citerne de Ischukur-Cosjàn, à Constantinople.
D'après Strzygowski, Bijzant. Denkiiiuter, 1893, t. n, p. 62, lig. S.
avaient une pente assez raide, mais les deux autres s'allongeaient par une pente très douce, en sorte que la seconde base, la grande, était de beaucoup plus étendue que la première et pouvait recevoir un massif de maçonnerie qui aurait notablement dépassé les arêtes du chapiteau. L'imposte fut donc nécessaire aux architectes chrétiens, du jour oii l'on abandonna l'architrave pour employer presque exclusivement les arcs. Née en Syrie ', elle fut peut-être d'usage fréquent au iv« siècle, mais la destruction des monuments de cette époque ne permet pas de le savoir'; sa vogue incontestable fut au v<= siècle ', auquel elle ne survécut guère; car elle disparut en se transformant dès les premières années du vi''^, après avoir été pendant une centaine d'années un intermédiaire presque obligatoire entre les arcs et les chapiteaux composites '. »
ï Par exemple,;"! Saiat-.\poUinaire Neuf et ù Saint-Vital de Havenne. — ■ Il y a des impostes au prétoire de Mousniicli. DeV()î4ué, Sijric ccnfrale, pi. viî. — ' J.-B. De Rossi a signalé des impostes à Rome dès 353, Bull, di archeoh crisl., 1880, p. 1.53; et il y en avait sur la colonne de Tliéodose ù Constantinople. Cf. Scroux d'.\gincourt, Ilisloirc de 1(1 décadence de l'itrl. Snilitliire, pi. xi, n. J. — ' Im;postes du v siècle : à Rome : S. Stefano Rutondo, Bunsen, J-es Imsiliiiues chrétiennes de Rome, Paris, 1872, pi. .xxi; San Lorenzo tiiori, id-, pi. xiii; Sanf Agnese, id., pi. xvn; Santa Maria in Cosmedin, /</., pi. xxui ; — à Ravenne :
DICT. D'AnClI. CimiCT.
Nous avons déjà décrit et figuré'une imposte conservée au musée du Louvre et i)rovenant]d'Athènes ', on peut la rapprocher des impostes trouvées à Delphes, tant pour les dimensions et la forme générale que pour la décoration. Nous y reviendrons (voir • Imposte), mais dés maintenant nous pouvons admettre comme prouvé que ce membre^fit géné'ralemcnt partie, au v siècle, de la décoration architcctonique. Cette indication sommaire, et les monuments qui vont suivre suffiront à justifier l'appellation de chapiteau-imposte aj^pliquée à un"groupe dont la caractéristique est de réunir les rôles du chapiteau et de l'imposte, tels que nous les avons décrits. Cette nouvelle disposition entraînait, on le conçoit sans peine, une modification importante. Le chapiteau et l'imposte formant bloc, il devait s'ensui\Te un élargissement considérable de la base supérieure puisque la
^ -^ S « lit ' 'jhC ^
2497. — Chapiteau à Saint--4polIinaire in classe, Ravenne. D'après une photographie.
base inférieure circulaire continuait à s'adapter à la colonne, tandis que le tailloir offrait à la retombée des arcs l'assiette étendue et rectangulaire de l'imposte (fig. 2495).
Nous continuerons à laisser a M. J. Laurent le soin d'exposer celte nouvelle évolution ' :
1 » Chapiteau-imposte composite. — Très en honneur au temps de Justinien, il avait alors deux formes principales. L'une, se rapprochant de l'imposte, ressemble à une pyramide quadrangulaire tronquée, arrondie vers sa petite base; on l'appelle chapiteau cubique. L'autre tient davantage du chapiteau composite; elle en a la masse arrondie: c'est le chapiteau dit corbeille que, par analogie avec le précédent, nous appellerons chapiteau conique.
« Chacune de ces deux espèces a des variétés : tous les chapiteaux coniques, par exemple, ont un
S. Apollinare Nuovo, S. Giovanni Evangelista, SS. Nazaro e Celso, S. Apollinare in Classe, S. Vitale, S. Francesco, SanfAgata; — à Xaples : S. Giorgio Maggiorc, antérieurement à 411, cf. De Rossi, Bidl. di archenl. crist., 1880, pi. X, p. 154; — à Salonique : quelques-unes des impostes do Saint-Démétrius, d'Eski-Djoimia et de Sainte-Sophie. — • Strzygowski, dans Bijzanl. Zeilschri/I, 1892, t. i, p. G9. — ^^ ' J. Laurent, dans le Bull, de corresp. liellén., 1899, t. XXIII, p. 214. — ' Voir Dictionnaire, t. i, col. 3095- 3097, fig. 1105. — " J. Laurent, Delphes chrétien, dans lo Bull, de corresp. hcV.en.., 1899, t. xxiii, p. 221-238.
CHAPITEAU
corps arrondi, mais tjui ne s'élargit pas partout de la même manière pour aboutir au tailloir. A Sainte- Sophie de Constantinople ce résultat est obtenu avec d'énormes volutes réunies deux à deux par un gros rouleau, disposées par conséquent, non plus comme dans les chapiteaux composites, mais comme dans les ioniques'; ailleurs, ce sont des aigles ou d'autres oiseaux qui jouent le même rôle '. De leur côté, les chapiteaux cubiques ne conservent pas toutes leurs arêtes vives jusqu'au cercle de la base; le plus souvent, elles sont un peu arrondies et comme usées'; d'autres fois, elles sont abattues sur la moitié de leur longueur et le bas du chapiteau ne présente plus que des surfaces courbes '. Mais, quelle que soit la variété de leurs formes, ces chapiteaux ont une base ronde et un tailloir rectangulaire, ils reposent sur la colonne et ils supportent directement les arcs : ce sont bien des chapiteaux-impostes.
8 11 semble moins juste de les appeler composites,
2498. — Chapiteau de Saint-Marc, à Venise.
D'apiès le Bull, de correspond, hellénique, 1899, t. xxHi, p. 228.
car ils n'ont plus du composite, à première vue, ni la forme, ni l'ornementation. On voit encore assez facilement comment le chapiteau conique, avec son corps central très élevé, surmonté d'aigles ou de volutes, peut venir d'un chapiteau composite dépouillé (le ses feuilles d'acanthe, mais on comprend moins qu'il faille rattacher à cette même origine le chapiteau cubique. Et cependant le chapiteau conique de Sainte-Sophie, par exemple, aurait offert des arêtes à sa partie supérieure, s'il était resté inachevé et si l'on n'en av;iit pas sculpté les volutes; sa forme, par suite de ce simple changement dans sa décoration, se fijt beaucoup rapprochée de celle d'un chapiteau cubique de la même église ' dont les arêtes sont arrondies vers le bas. A Saint- Vital de Ravenne, les chapiteaux de la galerie septentrionale du chœur rappellent encore d'assez près le composite avec leur cabochon monstrueux et les volutes primitives dessinésssurleur tailloir, mais il suffit d'aplanir leurs
' Saizenberg, AUchrislliche Baudenkmàler von Konstantinopel, 1855, pi. xv, n. 1, 3. — ' Ibid., pi. xx, n. 1. — » Par exemple dans les chapiteaux de Saint-Vital. Cf. Lûbke, Geschicble der ArchilekUtr^ in-S", Leipzig, 1S75, p. 263. fig. 259, 260. — ' Saizenberg, op. cil., pi. xx, n. 8. On peut douter après cela de l'origine occidentale et indépendante du chapiteau roman; la comparaison entre le chapiteau
faces et de ne pas arrondir leurs arêtes pour leur donner la forme des chapiteaux cubiques qui leur sont sjTnétriques de l'autre côté du chœur. Enfin, comme la transformation du composite consistait à relier un tailloir rectangulaire à une base ronde, parmi les moyens inventés pour y réussir devait forcément figurer, à cause de sa simplicité, celui de faire partir des arêtes du tailloir quatre faces planes, qui, en s'abaissant, se recourbent et dont les angles s'arrondissent au point d'aboutir sans heurt à la circonférence de base. Un tel chapiteau ressemble davantage à mie pjTamide déformée qu'à un chapiteau composite; c'est, si l'on veut, une nouveauté plus byzantine que chrétienne, destinée à une belle fortune dans les basiliques romanes; mais, comme rien ne se crée, il
«îîfîHl^
Mx&&ëàêy^^0S^
2499, — Chapiteaux-impoàles ioniques de la citerne
de Bitile-house.
D'après Strzygowski, Byzant. Denkmiiler, 1893, p. 100.
a une origine qui, nous venons de le voir, se trouveêtre en partie l'ancien composite. Chapiteaux cubiques et coniques sont donc sortis des efforts tentés pour réunir en une seule pierre le chapiteau composite et l'imposte; c'est ce que nous voulons rappeler en les qualifiant de chapiteaux-impostes composites.
« Leur forme ne semblerait pas si différente de celle du composite si, en même temps qu'elle, l'ornementation du chapiteau n'avait entièrement changé. Sans insister sur la décoration, composée d'encadrements', renfermant des croix ou d'autres objets, qui est bien nouvelle et qui s'adapte naturellement à la forme du chapiteau cubique, les méandres, les entrelacs et toute la végétation compliquée des chapiteaux de Justinien semblent bien éloignés de l'acanthe composite. Et pourtant c'est l'acanthe qu'on retrouve sur ces festons du vi= siècle, mais une acanthe aplatie, collée contre la pierre, divisée en moitiés ou en quarts de feuilles profondément entamées sur leurs bords et
de Lûbke, op. cit.. p. 338, fig. 309, et celui de Sainte-Sophie, complétée par les intermédiaires italiens donnés par Cattaneo, Archilect., p. 8S. 107, 113, établit, en effet, que le chapiteau à huit pans est une trouvaille byzantine du vi'siécle. — ' Saizenberg, op. cit., pi. xx, n. 8. — 'Cf. entre autres le chapiteau de Saint-Vital, dans Lûbke, op. cil.^ 1875, p. 263, fig. 259.
CHAPITEAU
disposées par séries, qui s'étendent parallèlement, se nouent, puis se quittent pour se retrouver plus loin. C'est le résultat d'une suite de transformations subies par l'acanthe au cours du V siècle et dont on trouve les traces sur les chapiteaux et sur les impostes. Elles ont été relevées et systématisées en partie et à plusieurs reprises ' par M. Strzygowski (fig. 2496), dont voici en résumé les idées.
« A partir du iv» siècle, les feuilles d'acanthe ont d'abord été faites d'une manière plus indécise, produisant des oppositions moins nettes d'ombre et de lumière, telles qu'on les trouve sur les chapiteaux de pilastre à la Porte d'Or'»^ de Constantinopic (entre 388 et 391); c'est l' acanthe molle. La tendance des feuilles à se coller contre le chapiteau s'est ensuite accentuée, en même temps qu'on creusait davantage
Chapiteau de Saiiit-Démétrius, à Salonique. D'après une photographie.
réunis en un seul qui s'est étendu sur toute la hauteur de l'imposte; les feuilles se sont aussi rapprochées latéralement les unees des autres et elles ont fini par se rejoindre dans tous les sens. En même temps, leurs détails intérieurs sont devenus plus minutieux, plus profonds et plus secs d'exécution. On en est arrivé à sculpter, non plus des feuilles, mais des festons continus de diverses formes ou des entrelacs variés. L'évolution aboutit sous Justinien aux tresses, aux rinceaux et aux enroulements des chapiteaux coniques et cubiques, mais elle était partie de l'acanthe molle du chapiteau composite. Pour leur décoration comme pour leur forme, les chapiteaux que nous considérons ont donc eu un mélange du composite et de l'imposte pour origine lointaine. Cette parenté n'est plus très sensible au vi» siècle, parce que les intermédiaires ont disparu; il suffit cependant qu'elle existe pour justifier leur réunion sous la dénomination commune de chapiteaux-impostes composites. « Les intermédiaires, au reste, ne sont pas tous
leurs détails intérieurs; cette acanthe sèche, ciselée, aux arêtes menaçantes, a été justement nommée acanthe épineuse. Elle apparaît au commencement du \- siècle; elle est très employée vers le milieu de ce siècle, où elle domine sur les chapiteaux théodosiens. Puis, elle se diversifie, soit qu'elle prenne l'aspect d'une feuille gonflée par le vent, comme à Saint- Apollinaire in classe (fig. 2497) ', soit qu'elle aille en se déchiquetant encore. Sur une imposte de Saint- Jean-Studite *, qui est de 463, il y a aux angles, non des feuilles, mais des demi-feuilles d'acanthe minces et longues, disposées parallèlement les unes aux autres; mêmes feuilles sur des impostes à Venise et à Saint-Démétrius de Salonique. Devant cette nouvelle manière de sculpter les feuilles, favorisée par les surfaces planes de l'imposte, l'acanthe ancienne disparut de plus en plus. Les feuilles, sans saillie, collées aux surfaces, se sont allongées démesurément; les deux rangs de l'ancien composite se sont
' .lllwn. ^tillI,c:t.. 1.SS9. t. xiv. p. 281-2S2: B'i;;i. Quartais., 1891, t. IX, p. 1-11, 97-109; Biyranf. Xcits.. 1,892, t. i. p. 08-69; Jaftrfr., 189;î, t. viir, p. 10, 28. — ' .\ux exemples d'Italie, de Salonique et de la Grèce donnés par ^[. Str/.y- Sowski, -Uft. Millheil., 1889, t. xiv, p. 28(5 s(i.,niouter un chapiteau vu dans la cour (ieI'éîJ;lise<iela 7vo(/ne5i.s àNicée; unautreù Aladselia Kislc, près de llyra, décrit par Pctcrscn et Luschan, lijkien, p. 39; des deux chapiteaux de Sy-
éémM
2501.. — Chapiteau de Deir Sela, VI' siè:le. D'après de Vogiié, Syrie centrale, pi. 116.
détruits; il en subsiste au moins un, rendu à la lumière par les fouilles de Delphes donné plus haut (voir fig. 2495). Il a du chapiteau-composite les lignes arrondies de sa base, les surfaces courbes de sa masse, qui s'évase vers le haut, et les deux rangs d'acanthe molle; mais il se termine en imposte à son sommet par un tailloir massif, aux arêtes rectilignes, sans volutes pour le soutenir, sans cabochon, orné d'une tige ondulée, et il porte sur sa petite face la croix liabituelle des impostes. C'est donc bien un chapiteauimposte composite. On ne peut cependant les ranger dans aucune des catégories de cette sorte de chapiteaux, car il ne ressemble, ni par sa forme, ni par sa décoration, aux chapiteaux cubiques ou coniques. C'est qu'il leur est notablement antérieur. Sa base, en effet, n'est pas ronde, mais elliptique, avec un redressement sensible de la courbe aux points d'aboutissement du petit diamètre; ces parties droites correspondent à une portion du chapiteau restée brute à
rie qui représentent la naissance ou la décadence de cette technique, l'un est à Betoursa, de Vogué, .Syrie ecnirale, pi. XLVIii, n. 4, le second ;■> KahU-Scman. Ibid.. pi. cxLvi. — » Pour celui de la basilique d'Hercule, cf. Diehl, Raucrme, 190;î. p. 42; pour celui d'Eski-lIjouina :i Salonique. D;clionn., t. II, col. 1504, fig. 1804. — ' Mauvaise reproduction dans Saizenberg, op. cit., pi. m, n. 12, 13, p. 40; meilleure dans Strzygowski, Ju/irî'iic/icr, 1893, t. VIII p. 10. .
CHAPITEAU
laquelle s'adossent dcuxdenii-chapilcaux composites. La base elliptique est une particularité rare dans l'architecture clu-étienne et dans la byzantine, où les colonnes à section elliptique ne furent guère employées que comme meneaux de fenêtres. Mais il ne peut être question d'attribuer à une fenêtre un chapiteau aussi
mM?^!fm
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2ÔÙ2. — Cliapiteau d'El-Barah.
D'après de Vogiié, Syrie centrale, pi. 62.
massif que celui de Delphes •, c'est avec des chapiteaux de colonnes qu'il faut le comparer. Or, Olympic est le seul endroit où l'on connaisse un chapiteau, des bases et des colonnes à section elliptique ayant appartenu à une basilique chrétienne. Ils datent du v'siècle, peut-être même du iv^^, et voilà une première
2503. — Chapiteau de Baqouza, vi' siècle. D'a[rès de Vogiié, Syrie centrale, pi. 118.
raison de croire que le chapiteau de Delphes est antérieur au vi= siècle. On arrive à la même conclusion en considérant que l'acantlic molle dont il est orné ne se concilie guère, nous l'avons \ii, avec le vi» siècle. Elle est, en outre, disposée sur deux rangs superposés, habitude relativement ancienne qui était presque abandonnée au temps de Justinien et qui ne se trouve déjà plus sur l'imposte de Saint- Jean-Studite, datée de 463. Or, tout ce qui, dans ce chapiteau, tient de
' Il mesure à la base 33 x 45, au sommet 46-65; hauteur 40. — = Strzygowski, dons Rômische Qiiarlalschrifl, 1890, t. IV, pi. II. — ' Oncagns, La basilica di S. yiarco, pi. cciii.
l'imposte, le rapproche de celle de Saint- Jean-Studite. On s'en aperce\Ta par la figure 2498 qui représente, non l'imposte de Constantinople, un peu endommagée, mais une imposte toute semblable de Saint- Marc de Venise, qui est en bon état. Il lui manque seulement la croix qui était découpée à jour dans le
2504. — Chapiteau à Kaîat-Seman, v siècle. D'après de Vogiié, Syrie centrale, pi. 146.
médaillon de la face antérieure, comme nous l'apprend une autre imposte de Saint-Marc, publiée par Oncagna 2. Les feuilles d'acanthe molle y ont des formes plus compliquées qu'à Dclplies, mais leur division en détails ou quadrilobés est la même; la tige ondulée de l'abaque semble sortir du même atelier, au point
2."j05. — Chapiteau à Beloursa, V-vi' siècles. D'après de Vogué, Syrie centrale, pi. 48.
qu'elle se termine sur les deux pierres par une feuille trilobée semblable; enfin, dans les deux cas, la croix orne la face la moins large et la moins abrupte. A Venise, cette croix est dans un médiiillon qui la détache complètement du fond de l'imposte; à Delphes, elle est appliquée directement sur le corps du chapiteau, mais c'est la même croix longue, pattée aux extrémités, creusée d'une rainure dans chaque bras et ornée d'un bouton central en relief. Le système de
Cette croix est faite et disposée comme à Delphes sur les impostes de Saint-Démétrius de Salonique, si infidèlement reproduites par Texier, Archit., pi. xxii.^
CHAPITEAU
décoration est donc à peu près identique. Quant aux particularités, telles que, sur l'imposte de Venise, la complication des formes de l'acanthe molle, la présence de l'acantlie épineuse, la croix découpée à jour, et, sur le cliapiteau de Delplies, les feuilles dans les cantons supérieurs de la croix, elles montrent seulement que le chapiteau de Delplies, très voisin des impostes de Venise et par conséquent de celle de Saint- Jean-Studite, leur est cependant un peu antérieur. Il doit dater des environs de 450 '. On s'explique dès lors pourquoi sa décoration est si différente de celle des chapiteaux-impostes composites du temps de Justinien;mais on voit aussi qu'il est, par sa forme, un premier et timide essai de réunion du chapiteau composite et de l'imposte, d'où a pu sortir le chapiteau cubique aussi bien que le chapiteau conique. Cette forme de chapiteau double, allongé par une partie centrale restée brute, facilitait en effet la transition de la base au tailloir, qu'il était assez difficile de réussir en partant d'une base de diamètre ordinaire pour aboutir
comment le cliapiteau de Delplies, exécuté vers le milieu du v= siècle, explique eu partie les formes que le chapiteau-imposte composite revêtit au vi=.
II Du reste, à Delplies même, le chapiteau que nous considérons n'est pas le seul qui ait une base elliptique. Sept autres chapiteaux de diverses tailles, constituant comme lui des dérivés du composite et de
2506. — Chapiteau à Serdjilla, v-vr siècles. D'après de VogiJé, Syrie centrale, pi. 47.
à un tailloir capable de recevoir une maçonnerie, dont la plus grande dimvnsion, l'épaisseur du mur à soutenir, ne pouvait guère, dans la plupart des cas, être inférieure à 0°'70. L'élargissement nécessaire s'obtenait si difficilement sans exagérer l'importance du chapiteau que, sur des chapiteaux cubiques comme ceux de Saint-Vital à Ravenne, qui sont pourtant de vérilables impostes, on a dû placer une autre imposte pour obtenir une surface capable de recevoir la retombée des arcs -. On comprend donc qu'on ait commencé ù réunir le chapiteau composite et l'imposte dans le cas où il s'agissait de couronner une double colonne sui)portant latéralement une cloison. On profitait ainsi [lour le tailloir de l'allongement factice produit par la partie du chapiteau qui devait correspondre à la cloison et qui s'interposait entre les deux demi-chapiteaux. Mais on voit bien comment ce chapiteau a conduit aux deux autres : avec une décoration moins en relief, il suffirait de ne pas abattre les angles des petites faces pour faire du chapiteau de Delphes un chapiteau cubique. Que l'on continuât au contraire les feuilles sur toute l'étendue des longues faces, en augmentant un peu la pente des petites, c'est-ù-dire en amenant l'ellipse de la base aussi près que possible du cercle, et l'on obtenait un chapiteau conique. Voilà
'Conclusion cou filmée par la très grande ressemblance du chapiteau de Delplies avec les impostes de Saloniquc
2507. — Cliapiteau à Ei-Barali, \'-\v siècles. D'après de Vugué, Syrie centrale, pi. 47.
l'imposti, présentent celle même particularité. Ils ne sont pas aussi ornementés que le premier et leurs surfaces planes ou courbes sont lisses. Les petites faces seules sont ornées, sur l'un d'eux, de feuilles d'eau, sur les autres, de croix, de monogrammes et de palmettcs. Or, ces ornements sont fréquents au W siècle sur les impostes de Salonique, de Ravenne et de Rome, et nous savons qu'à Delphes les feuilles d'eau sont de la même époque. Remarquons de plus que deux de ces chapiteaux ont exactement la forme
2508. — Cliapiteau à Moudjelèia, v*-vr siècles. D'après de Vogiié, Syrie centrale, pi. 49.
des chapiteaux qui couronnent les meneaux des fenêtres ouvertes dans l'abri de d'Olympie. Ce rapprochement entre Delphes et Olympie, qui revient ici pour la seconde fois, se complète par l'existence à Delphes de trois bases à section elliptique grossièrement exécutées, mais décorées à la romaine et présentant, comme celles d'Olympie, une partie non sculptée sur les grandes faces. Il est donc très probable que les chapiteaux à base elliptique dont nous parlons sont du v^ siècle. Quel rôle ont-ils joué? ontils appartenu à un édifice spécial, ayant des bases et des colonnes à section elliptique, ou bien ont-ils été répartis dans l'atrium, les galeries ou les fenêtres d'une grande église qui aurait aussi possédé les eha-
qui sont de la première moitié du v siècle. — 'Schnaase, Geschichte d. bild. Kunsl, 2' édit., t. ni, p. 148, fig. 38, 39
CHAPITEAU
piteaux théodosiens et les impostes étudies plus liauf? Les cliapileaux eux-mêmes, toute trace de construction ayant disparu, ne permettent pas de répondre à cette question. Retenons seulement qu'ils sont du v"> siècle, que le plus beau et le plus gros dcntrc eux, qui semble dater des environs de 450, explique en l)artie l'apparition des chapiteaux du temps de Justinien.
2° Chapiteau-imposte ionique. — " La réunion du chapiteau composite et de l'imposte en une seule pierre n'avait pas permis de conserver à chacun d'eux sa forme primitive; l'ensemble eût formé une masse trop volumineuse. On dut leur faire subir des modilications après lesquelles on obtint, nous l'avons vu, un nouveau chapiteau, où l'on retrouve difficilement les traces de sa double origine. Il n'en fut pas de même pour le chapiteau ionique. Son petit volume facilita sa réunion avec l'imposte; on put les tailler dans la même pierre sans avoir à les fondre en une nouveauté; l'ensemble conserva les caractères distinctifs du cluipiteau ionique et de l'imposte. Cette exécution simple et commode du chapiteau-imposte ionique lui valut
tiques avec de grosses volutes séparées par une sorte d'échiné décorée d'oves; l'imposte restait lisse ou recevait une croix monogrammatique ou non, avec ou sans feuilles d'acanthe. Dès le vi' siècle, les volutes diminuent et ne dépassent plus l'échiné à oves; leurs spires, constituées autrefois par de larges rainures taillées dans le marbre, à arêtes vives, sont indiquées par de lourds bourrelets, aux courbes inélégantes, qui ressemblent à des coquilles d'escargots. L'imposte garde encore parfois une décoration d'aspect ancien, mais le plus souvent clic se couvre de rinceaux et de festons stylisés du temps de Justinien. On voit, auvii'ct au vni= siècle, la négligence augmenter dans l'exécution du chapiteau ionique, les oves disp;u-aître de son échine, l'imposte revêtir des dessins variés : l'évolution aboutit, avec Basile le Macédonien et ses successeurs, aux cliapiteaux de la citerne de Biblehouse (fig. 2-199) dont les rinceaux capricieux, les oiseaux et les croix sont des exemples parfaits de l'ornementation de cette époque. Mais ces modifications n'avaient pas atteint la forme; les impostes purent être plus ou moins écrasées et ressembler à des cha-
2509, 2510, 2511. — Chapiteau.x à Kokanaya, v'-vi* siècles. D'après de Vogiié, Syrie centrale, pi. 103.
une longue fortune : création du v« siècle, il fut employé sans interruption jusqu'aux empereurs macédoniens qui le multiplièrent dans leurs constructions : ce fut le chapiteau Iiabituel au ix' et au x« siècle ^ Il fut répandu dans tout l'empire : l'Italie en possède les plus anciens exemplaires; la Syrie vient d'en fournir un très beau spécimen^ et l'on sait depuis longtemps que les pays grecs en sont pourvus '.
a Durant cette longue période de succès, il se transforma. Ces modifications ne portèrent pas atteinte à l'aspect général du chapiteau qui resta visiblement composé d'un chapiteau ionique et d'une imposte, mais les détails de la portée ionique furent exécutés d'une manière de plus en plus fantaisiste, tandis que l'ensemble se cou\Tait d'une riche végétation variant avec les temps et les lieux. Au v« siècle la partie ionique fut encore sculptée selon les habitudes an-
' Cf. Stizygowski, By:anl. Denkm., t. i, p. 7; t. il, p. 230, 233 et pussim; Bijzant. Zeitsehri/t, 1894, t. m, p. 14. Exemples de chapiteaux-impostes ioniques du v^ siècle : àEtchmiadzin,Z)ic(ionn., t. ii.fig. 2229;àRavennc, Saints- Nazaire-et-Celse:t> Rome,Saint-Étienne-le-Rond; à Chaleis, cf. Dictionn., t. i, fig. 1101; à Saint-Marc de Venise, voir fig. 2198; à l'abbaye de Pomposa. — Exemples du vi*' siècle : les impostes ioniques de Sainte- Sophie. Salzenberg, op. cit.. pi. xvii, n. 12; et des Saints-Serge-et-Bacchus, à Constantinople. Id. pi. v, n. 3, 4. — Exemples <lu v!i^ ou du viii'^ siècle: imposte d'une citerne à Constantinople publiée par Paluka dans Bijzanl. Zei/s.,1895, t. iv, p. 598; de Sainte-Sophie, Texier, Arcliil..p\. xx.xix.ct de Saint-Dt''métrius, 1*^' étage, ibid., pi. xxiv; àSalonique(la reconstruction de la seconde église et l'achèvement de la première datent du vii= siècle, cf. J. Laurent, Byr. Zeits.,
piteaux cubiques dont la base, au lieu d'être simplement arrondie, aurait été taillée en chapiteau ionique; l'aspect général resta sensiblement le même. » 3» Cliapileau-imposte dorique. — Les combinaisons de l'imposte avec les chapiteaux composite et ionique, telles qu'on les a présentées dans les exemples qui précèdent, reparaissent plus ou moins accentuées suivant l'époque à laquelle appartiennent les divers spécimens. Il n'en est pas de même pour le chapiteau-imposte dorique dont cinq spécimens ont été rencontrés à Delphes; ils font connaître un type resté ignoré jusqu'à ce jour. Le chapiteau dorique simple parait n'avoir été employé par l'art chrétien que d'une manière tout à fait exceptionnelle. On le signale à Rome, au v= siècle, à Saint-Pierre-ès-liens; mais on ignorait qu'il se filt combiné avec l'imposte. Nous en avons maintenant cinq exemples à Delphes, un autre
1895. t. IV, p. 431 sq.); de Schcikh-Musà en Syrie. Qiiarlerlij Slalement, avril 1899, p. 125 (imposte absolument identique au couvent des Blakhernes en Éîide). — Exemples des ix° et x' siècles : citernes de Constantinople, dont le tj-pe le plus parfait est la citerne de Bible-house, Btj-anl. Denl;m.. t. ii, p. 228 et p. 100, n. 4; des fenêtres de Saint- Luc enPhocidect delacoupolcdeSaint-Spyridon.ùSilivri en Thrace. — ' Peut-être faut-il y ajouter d'autres exemples en Galatie, Annual o/ t!ie Biilish Sclwol al Allwns, 1897-1898, t. IV, p. 92; mais on ne peut le savoir au juste, car, si la figure semble réunir en une pierre chapiteau et imposte, le texte de M. Crowtoot en fait deux morceaux distincts. — ' Ajouter aux chapiteaux ènumérès dans les notes ci-dessus d'autres exeniplaircsn^n moins intéressants du musée de Constantinople, a l'acropole d',\thènes et à Paléochora d'Égine.
CHAPITEAU
à Égine, dans les ruines de Paleochora. Ces divers chapiteaux appartiennent au v= siècle.
Nous avons dit que l'imposte semble être née en Syrie, on la rencontre au prétoire de Mousmieh ' et peut-être est-elle d'origine perse; en tous cas, elle devint, dès le V siècle, d'un usage courant dans les monuments syriens comme dans les monuments africains -, à Saionique ' (fig. 2500) comme en Italie, où l'imposte se conserva même jusqu'au vi'^ siècle, à Saint- Vital de Ravenna ou à Parcnzo. Son adoption et son expansion se firent sous l'influence prépondérante de Constantinople. C'est dans cette ville que nous trouvons le plus ancien exemple daté d'un eliapiteau-imposte en ime seule jjièce, ce qui ajoutait beaucoup à la stabilité dans une ville sujette aux secousses de tremblements de terre. Cet exemple, encore dépourvu de toute décoration, apparaît en 528, dans la citerne Bin-bir-Direli. La décoration exubérante vint bientôt tapisser le cube, en rogner les 4>nglcs, en etlacer les arêtes, en niveler les aspérités
2512. — Chapiteau à Saint-llarc de Venise. D'après une photographie.
■et s'écarter de plus en plus du cercle pour tendre au tronc de cône. Cet ornement inexorable perd rapidement le caractère plastique; beaucoup de ses motifs préférés, l'acanthe mise à part, « furent empruntés du reste à l'Orient par l'intermédiaire des tissus et des mosa'iques. Mais, ici encore, sur ces données étrangères, Constantinople, au v= et au vi^ siècle, travailla pour en tirer des créations originales. Le voisinage des carrières de marbre de Proeonnèsc lui fournissait à point nommé, avec des matériaux admirables, des artisans expérimentés : elle put ainsi imaginer le chapiteau théodosien, inventer le chapiteau-imposte et les répandre à travers le monde. C'est en marbre de Proconnèse — chose significative — que sont exécutés les nombreux chapiteaux répandus dans tout le bassin méditerranéen : preuve évidente du rôle que joua Constantinople dans cette évolution et <lc l'influence que par là elle exerça *. »
IV. Syrie. — A côté de oes témoins de l'évolution du chapiteau sous l'influence l)yzantinc, nous croyons devoir faire une place ;\ quelques indications
' De Vogué. .Syrie ccnlrale, Architrcliire civile et religieuse dm" au Ml' sicrlc. in-4'>, Paris, lS(i.")-lS77,pI. vu. — = Voir Dictionn., t. i. col. 683, ù Tébcssa, à Tigzirt. — ' Saint- Déniélrius. — * Ch. Diehl, Mtmiicl d'art byzantin, in-S'^, Paris, l'JlO, p. 131-132. — 'De Vogué, op. cit., Introd.,
fournies par les édifices de la Syrie centrale, où une centaine de cités, dispersées sur un espace de trente à quarante lieues, forment un ensemble dont il est impossible de rien détacher, où tout se lie, s'enchaine, appartient au même style, au même système, à la même époque enfin qui s'étend du iV au vu" siècle de notre ère '.
En SjTie, aux iv''-v= siècles, nous voyons encore l'acanthe classique, mais d'une exécution déjà gâtée, notamment à El-Barak"; le modelage est correct, mais la ligne sèche et dure, relevée encore par l'ombre vigoureuse du fond. Ce qui se remarque, ici comme à Deir-Seta ' (fig. 2501), comme à Kalat-Seman ', c'est la longue tige qui se dresse entre les feuilles de la rangée supérieure et forme un troisième rang, mais non plus épanouie, simplement une sorte de parasol qui
Chapiteau à Saint-Démétrius de Saionique. D'après une photographie.
aidcàporter le tailloir, taïuiis qu'à El Barak (fig. 2502) cette disposition soutient la volute qui n'a pas encore disparu et à Baquouza (fig. 2503). ce parasol privé de sa tige devient une sorte d'arabesque. A Kalat-Seman (fig. 2504), dont nous avons longuement parlé ', le porche méridional nous montre des acanthes dont le faire est absolument antique, mais la disposition des feuillages est très originale; cette direction oblique donnée au retour des feuilles fera fortune dans l'architecture byzantine; rappelons-nous les chapiteaux gonflés par le vent à Saint-Apollinaire de Ravenne, mais l'acanthe parasol ne passera pas en Occident "". L'acanthe n'est pas seule utilisée. Des combinaisons ingénieuses se font jour, mélangeant l'antique à des motifs nouveaux. « Ici c'est l'ionique, là le dorique ou le corinthien romain qui ont fourni le thème. Partout éclate cet esprit de logique qui n'est jamais plus manifeste que dans l'ajusteuuMit de ces chapiteaux munis de consoles latérales pour recevoir l'extrémité de l'architrave (fig. 2,500,2507,2508)»'. A Kokanaya, aux iv=-v= siècles, nous assistons à de
p. 7. — «/6id.,pl.I,xii, p. 101, basilique; pi. Lxxvir, p. lOU. tombeau. — ' Ibid.. pi. cxvi. — ' Ihiil.. pl.cxLvi. — «Dir- (ionn., 1. 1, col. 2380. -V Kalat-Seman, nous sommes vers la deuxième moitié du v" siècle. — '"De Vogue, op. cit., pi. cxLvi, p. 151. — ''Ibid., pl.xLvii, XLViii,XLix,p. 92.
CHAPITEAU
cuiùeuses tentatives pour i airanger » le~classlque, sans rompre avec lui (fig. 2509, 2510, 2511)'. A Tourmanin ^, un cliapitcau réticulé n'est pas sans avoir quelque parenté lointaine avec les chapiteauxcorbeilles byzantins.
V. Influence orientale. — Byzance et la SjTie ne sont d'ailleurs qu'une étape qui nous achemine vers l'Orient, vers la Perse, dont nous allons retrouver
îr-i?F^^-
- Chapiteau de l'ancienne basllica Ursiana, à Bavenne. D'après une photographie.
les ty]îes qui semblent avoir ricoclié jusqu'en Occident, et ressaisir l'influ^'nco manifeste dans une riche série de chapiteaux qui appartient encore à la période que nous étudions et se voient à l'église Saint- Marc de Venise, laquelk-, bien que postérieure au x« siècle, n'en fut pas moins bâtie et ornée en grande partie avec des matériaux de remploi. On mit notamment à contribution k-s restes antiques des vilies
Chapiteau du palais archiépiscopal de Ravenne. D'aprd.5 une photographie.
d'Aquiléc et d'Altiimm détruites par les Barbares ; puis encore, des chapiteaux, des bas-reliefs et plus de cinq cents colonnes, qui ornent tant l'extérieur que l'intérieur de la basilique, proviennent de l'Orient. Ceci explique pourquoi nous retrouvons à Venise le double Xypft de chapiteau byzantin que nous avons rencontré dans les deux basiliques de Ravenne (fig. 2497- 2514).
Avant de passer à l'époque postérieure nous citerons deux monuments, dont l'importance est à peine moindre que celle des types mentionnés précédemment.
■ ' /6id., pi. cm, p. 124. — = Ibid., pi. cxxxvi, n. 1.
C'est d'abord le sarcophage de l'archevêque Libère, mort en 378, qui sert actuellement de devant d'autel dans l'église San Francisco, à Ravenne. Ce sarcophage offre de très jolis spécimens de chapiteaux corinthiens à rangée unique de feuilles d'acanthe. Il est donc contemporain des chapiteaux de Ravenne que nous venons de signaler et peut être attribué au IV siècle. Un autre sarcophage, celui qui se voit à
251G. — Chapiteau du vestibule de l'église Saint-Marc, à Venise. D'après une photographie.
l'entrée de Saint-Apollinaire in classe, offre le type de chapiteau à feuille d'acanthe amaigrie que nous avons signalé dans la basilique de Saint-Apollinaire Nuova, Dans cette même église nous trouvons notre second monument; c'est la mosaïque de la nef qui représente le palais de Théodoric (fig. 591). La colonnade qui y est figurée présente le type du chapiteau corinthien identique à celui du sarcophage dz l'évêque Libère.
2517. — Chapiteau de Hommes (Gironde).
D'après J.-.\. Brutails, L'archéologie du moyen âge, 1900, p. 62.
Ainsi amaigri, étriqué, le chapiteau hellénique végète quelque temps. Mais c'est à ce moment que se produit la transformation décisive.
« En suivant avec soin, dit Lenoir, dans les basiliques latines de l'Italie, la marche successive des innovations clirétiennes, on les voit d'abord timides et ne s'attachant qu'à modifier le fleuron du chapiteau corinthien ou quelques-unes des moulures ornées de l'ionique; puis, dès le v<^ ou le vi= siècle se présentent des compositions complètes, dans lesquelles l'aigle ou la colombe viennent remplacer la volute corinthienne pour soutenir l'abaque; on voit aussi des chapiteaux dont le bas offre l'aspect d'un panier
tiL'Ssé en remplacement des nombreuses feuilles épanouies. Le travail du ciseau et de petites croix grecques mêlces aux ornements ne peuvent laisser aucun doute sur l'authenticité de ces sculptures '. » On ne saurait énoncer avec plus de concision et d'exacti-
qu'on ne saurait définir; dans l'autre, aux quatre coins, se dressait un aigle dont les ailes déployées étaient séparées par un fleuron; ce dernier type se retrouve à Saint-Démétrius de Salonique (fig. 2513). A Venise, à Rome, en Sicile, en Égj'pte, nous rencon-
2518 et 2519. — Chapiteaux provenant de l'église Sant'Andria. Musée de Brindisi. D'après E. Berteaux, L'art dans l'Italie méridionale, 1904, t. i, fig. 21, 22.
tudc un fait qui ne se rencontre pas dans les basiliques latines d'Italie, et que nous avons eu occasion de noter soit en Ég>-pte soit en Orient. Parmi les chapiteaux déjà reproduits ^, quelques-uns réalisent parfaitement la description de Lenoir, néanmoins nous prendrons ici pour exemple celui que choisit M. Van den Gheyn; il s'agit d'un chapiteau qui se voit à l'intérieur de Saint-Marc à Venise (fig. 2512). La feuille d'acanthe le couvTe d'une double rangée, mais la volute est remplacée par des boucs sculptés à mi-corps dans le chapiteau, et dont les
2520. — Chapiteau doritiue gallo-romain, Boulogne-sur-Mer.
D'après Enlart, Manuel d'archéologie française, 1902,
t. I, p. 22, fig. 8.
pattes reposent sur les rebords du feuillage. Dans la même basilique on remarque deux modèles du même genre; dans l'un les têtes de chèvres servant de volut s étaient séparé s par un oiseau
'A. Lenoir, Architecture monastique, 1. 1, p. 216. — ' Dietionn, — ' Cattaneo, L'architellnra in Italia dal secolo vi al mille circa, in-8», Venezia, 1889, p. 34.
irons le chapiteau offrant l'aspect d'un panier tressé d'où émergent des feuilles, des fleurs, des animaux » (fig. 2514).
Bientôt cette innovation allait donner au chapi-
2521. — Chapiteau ionique carolingien à Saint-Germain
d'Auxerre.
D'après Enlart, op. cit., fig. 9.
teau byzantin une allure toute nouvelle, et absolument indépendante de l'ancien modèle suivi jusqu'alors, car non seulement la partie supérieure du chapiteau sera complètement modifiée, mais la rangée de feuilles d'acanthe sera remplacée par un enroulement végétal, où figurera la feuille de vigne avec la grappe de raisin. Sous le n. 420 du musée de Ravenne, le catalogue manuscrit renseigne un capilcllo bizan-
CHAPITEAU
tino ornalo con iesle di animali simbolici provenant de l'ancienne basilique Ursiana, cathédrale fondée par l'évêque saint Ours, mort en 369 (fig. 2514). Il répond au type que nous venons de décrire, de même que le chapiteau que renferme une des salles du palais archiépiscopal de la même ville (fig. 2515). Cet édifice réédifié au xvi« siècle, conserve cependant encore quelques vestiges de la , construction primitive qui remonte au v^ siècle.
fantaisie souvent heureuse de motifs orientaux stylisés à l'excès. On ne peut, croyons-nous, apporter une démonstration plus évidente de cette influence que dans un chapiteau de Bommcs (Gironde). C'est que » les voyages et le trafic n'apportaient pas seulement des idées, mais aussi les formes elles-mêmes, grâce au commerce des produits aisément transportables de l'art et de l'industrie : l'orfèNTerie, les étoffes, les ivoires, enfin les miniatures, toucs choses qui ont
0522 et 252o. — Cliapileau.\ au musée d'Issoudun. D'après Enlart, op. cit., t. i, p. 373, fig. 16i).
Ch. de Linas s'est demandé l'origine de ce système d'ornementation, et sa vaste érudition lui a permis de présenter des rapprochements d'après lesquels on peut répondre que l'ornement végétal historié d'animaux est d'origine asiatique '. On ne pourrait citer de meilleures preuves pour corroborer cette opinion que les deux chapiteaux qui se voient
mi
fourni tant de motifs aux ornemanistes et dont M. Ém. Mo'inier a pu affirmer avec autorité le rôle important dans la constitution de notre décoration monumentale -. Ainsi s'est fait sentir dans nos pays, l'influence la plus certaine peut-être et dans tous les cas la plus concrète et la plus facile à saisir de l'art oriental. Sur tels chapiteaux, comme ce chapiteau de Bommes (fig. 2517), le sculpteur a reproduit mani-
2524. — Chapiteau à Sainl-Martin de Canigou. D'après Enlart, op. cit., p. 374, fig. 168.
dans le vestibule de l'église Saint-Marc, à Venise (fig. 2516).
Mais cette origine orientale de la décoration zooniorphiquc des chapiteaux, ])our évidente qu'elle soit, appelle quelque développement. Nous avons vu que le chapiteau roman à huit pans est une trouvaille byzantine du vi« siècle; l'Occident, au moyen âge, si original sur bien des points, l'est moins qu'on l'a voulu croire en matière de décoration des chapiteaux. La flore et la faune, tour à tour grotesque ou ravissante, qui s'y développe ne fait que tirer parti avec une
' Ch. de Linas, dans la Rev. de l'art chrétien, 1S85, 2"liv. — -E, Molinier, Hist. gcn, des arts industriels, t. i, Les Ivoires, p. 131 sq.;Gaz. des beaux-arts, ISOS, 2' sem. p. 4S1- 482-492. La même thèse a été soutenue, en ce qui con-
2525. — Cbapiteau au musée de Reims.
D'après le Bulletin monumental, 190D, t. LXix, p. 224.
festement un tissu d'Orient. Le musée de Toulouse possède des tailloirs couverts d'entrelacs très menus, exactement pareils à ceux qui décorent certains ivoires byzantins '. »
Ne nous méprenons pas toutefois sur la portée de cette influence et de ces imitations tour à tour servîtes ou très libres. Voici, par exemple, l'Italie, mieux placée qu'aucune province pour recevoir l'influence byzantine jusque dans ses moindres détails. Qu'y voyons-nous'? « A Naples et dans les villes voisines deux décors semblent se succéder, sur les transennse
cerne la sculpture romane toulousaine, par M. Roschach. Sur rinlluence des courants commerciaux, voir Colonies. — ' J.-A. Brutaiîs, L'archéol. du moyen âge et ses méthodes. Études criliq., in-8°, Paiisl 1900, p. 62.
CHAPITEAU
sculptées des basiliques entre le vii= et le x« siècle. Le décor où les végétaux ne sont pas plus vivants que les entrelacs, et où les animaux sont réduits à de pau\Tes silhouettes, fait place à un décor végétal exubérant et à un décor animal riche de relief et de vie. Il semble que renaissent, dans les marbres des sanctuaires, les animaux et les feuillages qui se modelaient dans l'ivoire profondément refouillé des contemporains de Justinien. Seulement les lions et les chevaux, debout ou cabrés dans des attitudes symétriques, ont pris des ailes de griffons. Les animaux gi-éco-romains ont fait place à des animaux grécopersans.
« Les fiers hippogriffes et les oiseaux puissants des marbres napolitains du ix«et du x= siècle n'ont point peuplé les églises de Ravenne et do Rome. Dans la ville où le pape avait supplanté le représentant du basileus, la décoration orientale ne se renouvela pas.
252G. — Chapiteau corinthien composite dans hi crypte
de Saint-Brice à Chartres.
D'après Enlart, op. cit., t. i, p; 23, fig. 10.
et les médiocres motifs du vii° et du viii'^ siècle se reproduisirent jusqu'au xi''. Il en est de même dans l'ancienne capitale de l'Exarchat, sous la domination lombarde'.
« Le groupement des animaux ailés, opposés deux à deux, comme on les voit sur les étoiles de soie persanes ou byzantines, fut reproduit même en pays lombard : les figurines qui couvrent les archivoltes et les trcmsennsc du baptistère de Cividale, en Frioul, sont disposées comme les oiseaux et les griffons des niiU'bres de Sorrente. Mais sous le ciseau maladroit du marbrier barbare, les bêtes orientales se sont aplaties connne des baudruches dégonflées.
« En Grèce, l.i petite cathédrale d'Athènes -, tout incrustée de marbres chrétiens, qui en font un musée unique de la sculpture byzantine antérieure au x« siècle, contient dans sa façade des fragments de Iransenna, avec des oiseaux, des griffons et des sphynx affrontés, semblables pour le dessin et pour le relief aux sculptures de Sorrente. Le décor animal, composé de motifs sassanides, qui, vers le-i.x'' siècle, rem-
' Le cheval ailé, comme lo grifTon, est figuré sur les monuments de Ninive : c'est l'un <lc ces monstres que les artistes persans de la dynastie sassanideont connu d'après les originaux ass>Tiens, et non d'après les traditions grecques. Aux animaux, dont les premiers artistes grecs avaient copié les silhouettes d'après des coffrets ou des tapis venus d'outre-mer, fimagination lielfénique avait prêté des fcgcndes fumineuses qui en faisaient les compa-
plaça à Naples le décor géométrique, a donc été, comme ce dernier, employé dans la sculpture chrétienne d'Orient. En pays byzantin, les animaux et les oiseaux furent même adaptés par les marbriers
" !Ii^('''Jf ■
2527. — Chapiteau de Saint-Laurent de Grenoble. D'après une photographie.
à des décorations plus compliquées que les reliefs sculptés dans les plaques des clôtures de chœur. On en trouvera la preuve, non point dans la Grèce propre, mais dans une ville apulienne. àBrindisi,qui,
.,•, ti-lû ,
2528. — Chapiteau à Lamta.
D'après les Archives des missions scientifiques, 1887,
t. xni, flg. 13.
si elle n'appartint pas à l'Empire d'Orient avant le x" siècle, resta ouverte aux infiucnces orientales. Les
gnons des dieux. Mais les sculpteurs byzantins, qui ont représenté des clievaux ailés, sur des pfaques de chancels, ne songeaient pointa Pégase, pas plus que l'imagier occidental, qui taiffait une manicore, ne se souvenait des harpies : l'Orient leur avait directement transmis ses vieilles créations, dont le sens primitif était perdu depuis de fongs siècfes. — - Dictionn. d'archèototjic chréiienne, t. i, col. 3053, fig. 1073.
CHAPITEAU
grands chapiteaux de marbre grec qui gisent à terre, tout mutiles, dans le baptistère ancien transformé en musée, et qui proviennent d'une église détruite, Sant'Andrea ' (fig. 2518-2519), sont ornés de rameaux de vigne entrelacés, de grappes, d'oiseaux affrontés, de quadrupèdes adossés *, » attestant l'existence d'un art décoratif, né en Orient, qui a été aussi riche en figurines animales que l'art « roman » d'Occident. Cet
revinrent au modelé souple, aux feuillages vigoureusement enlevés, ce n'est pas pour imiter les chapiteaux des bonnes époques, mais parce qu'ils étaient sûrs de leur ciseau, parce qu'ils pouvaient lui demander des effets qu'ils étaient auparavant impuissants à obtenir «. » Après avoir dans le paragraphe précédent montré les monuments qui établissent le fait de linflucnce orientale en Occident, nous devons rame-
fV:^>^fî^-^f«5P*:
2529 à 2532. — Chapiteaux de la mosquée de Sidi-Okba. D'après les Archives des missions scientifiques, 1887, t. xni, fig. 33-37.
art a donné, sans doute, plus d'un modèle aux sculpteurs des abbatiales de France et d'Allemagne.
Nous voici de la sorte ramenés vers l'Occident dont nous ne nous éloignerons plus.
Ici, en apparence, tout ne semble d'abord que confusion et incohérence. On n'a pas imaginé de meilleur moyen pour introduire un peu d'ordre que de confier la police artistique de l'Occident aux Byzantins. Louis Courajod, voulant rattacher ù l'art oriental la facture des chapiteaux mérovingiens, a noté les analogies qui lui paraissaient légitimer cette opinion. « La feuille du chapiteau, par exemple, ne se détache
ner cette influence à ses proportions vraies et nous garder de ces appréciations vagues qui sur des faits évidents élèvent des conclusions douteuses. « Avant d'affirmer qu'une formule a été prise à une école par \me autre école, il est bon de soumettre cette opinion à l'épreuve, et de chercher si une formule semblable n'existe pas dans une troisième école qui n'a eu avec la première aucun rapport. Si M. Ruprich-Robert avait recouru à ce procédé de vérification, il n'aurait pas dit que le chapiteau cubique normand dérivait des poteaux de bois de l'architecture Scandinave *. Sa dissertation est appuyée de jolis dessins qui repré-
2533 à 2535. — Chapiteau.v d'Haouch-KIiima-Mita-Darrjùuia. D'après les Archivss des missions scient., 1887, t. xili. p. 140.
plus de la corbeille de celui-ci; elle le tapisse presque entièrement et se profile, maigrement et souvent sèchement, suivant un contour plein de raideur '. » Mais « il tombe sous le sens que cette sculpture, maigre, sèche, raidc, sans saillie, s'explique suffisamment par l'incapacité des tailleurs d'images. Les sculpteurs byzantins ont ainsi travaille, parce qu'ils étaient maladroits; les sculpteurs de nos pays ont fait de même, non pas pour imiter les Byzantins, mais parce qu'eux aussi étaient des maladroits. Les influences n'ont rien à voir dans ces dégénérescences, et le jour où, pendant la période gothique, nos artistes
" V. di Meo, Annali crilico, diptomatici del regno di Napoli délia mezzana elà, in-4">. Napoli, 1795-1S19, ann. 1056, n. 8; 1091, n. 2; nos, n. 2. — = Em. Bertaux, L'arl dans l'Italie méridionale, in-4'', Paris. 1904, p. 80-82. — • L. Courajod, Les origines de l'art gotliique, dans le Bul-
scntent les chapiteaux et les têtes de poteaux de bois d'où ils dériveraient. Le rapprochement prouve, une fois de plus, que les arcliitectes peuvent fortuitement se rencontrer dans l'adoption d'une même forme. Le chapiteau cubique, en effet, a été employé dans d'autres écoles, qui ne l'ont sûrement pas copié sur les cliarpentes : sans parler de l'arcliitecture byzantine, il est très fréquent dans les églises de l'Angoumois et de la Saintonge. Si on cherclie pour quel motif les maîtres d'oeuvres de ces dernières provinces ont fait de tels chapiteaux, on constate que c'est l'effet d'un procédé d'exécution : les ouvriers donnaient d'abord
letin monumental, 1892. — • ' J.-A. Brutails, L'archéologie du moyen âge et ses méthodes, in-S', Paris, 1900, p. 42. — ^ V. Ruprich-Robert, L'architecture normande aux .t/« et xn^ siècles en Xormandie et en Angleterre, in-fol., Paris,
473 CHAPITEAU
au bloc la section que devait avuir la partie supérieure de la corbeille; après quoi, lutttanl le bloc sur le tour, ils tournaient colonnctte et chapiteau ', celuici se reliant à celle-là par un tronc de cône renversé, auquel on donnait un galbe plus ou moins infléchi, concave ou convexe. La forme cubique est la forme première du chapiteau, la forme du chapiteau qui est
une autre; mais la mer et les rivières étaient des chemins toujours ouverts que le pouvoir surveillait de moins en moins, aussi le dépècement des édifices et leur exportation lointaine continuèrent jusqu'au xii« siècle environ. « La Gaule était pau\Te en artistes autant qu'en carrières de marbre. Il est certain que les beaux sarcophages chrétiens du Midi de la France
■2oil
253G. — Chapiteau de lu basilique de Tébessa.
D'après S. Gsell, Musée de Tébessa, 1902, pi. vn, fig. 2, 3, I.
Chapiteau de la ville de Tébessa.
de Tébessa.
simplement épannclé '; le chapiteau cubique est un chapiteau complet, moins l'ornementation '. »
Un point mérite d'ailleurs d'attirer l'attention. L'importation de gros matériaux n'est pas un fait très rare à l'époque impériale et, afin d'en réduire le poids d'autant, ces matériaux sont généralement travaillés et sculptés sur place avant de quitter la carrière. Au xi" siècle, des chapiteaux tout taillés sortent des carrières de marbre de Proconnèse à destination
ont été travaillés en Italie et importés; il est certain que l'Italie et l'Afrique ont reçu par mer des chapi-
■J539. — c;hapiteau d'Henchir— Zirara.
D'après De Rossi, La Cappella argentea africana, pi. m, n. 4.
de tous les pays riverains de la Méditerranée; il suit que le style d'une sculpture est souvent celui du lieu où la pierre a été extraite plutôt que de celui où elle a été employée. Le transport des matériaux, tels que colonnes, sarcophages, chapiteaux, était devenu un commerce si prospère que, dès le iv" siècle, les lois impériales s'elïorccnt de le prohiber afin de sauvegarder les édifices anciens qu'on démolissait sans pitié pour subvenir à l'exportation *. Il fut interdit de transporter les ornameiita pnblica d'une ville dans
* La corbeille du chapiteau et le haut du tût sont souvent tournés dans le même bloc. On trouve même des colonnettes monolithes, corbeille et bases comprises, ou en deux morceaux. — ' VioIIet-Ic-Duc, Dktionn. d'architecl..
2540. — Chapiteau de Henchir es-Zàatli.
D'après les Archives des lyiissions scieiuiftques, 1887,
t. XIII, p. 120, fig. 224.
teaux tout travaillés dans les carrières de marbre de l'empire d'Orient : des chapiteaux et même des fûts
-^fSl ^g E^ E5) t^-
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2ôil. — chapiteau de liir Oum-.Mi.
Ibiilem, p. 149, fig. 260.
étaient aussi Iranspnrtables que des sarcophages; lorsque des chapiteaux, comme ceux de la crypte de
t. II. p. 4SS. — ' J.-A. Brutails, op. cil., p. 45, S1-S2. — «Code théodosien.I. XV.tit. i, leg. 1. Lois de Constantin en 313,de Valentinicnen365, d'Arcadiuset Honorius en39S; leur réitération montre à quel point elles sont peu obéies.
CHAPITEAU
Jouarrc, semblent dénoter une habileté supérieure à celle des artistes du pays où ils se trouvent, et se rapprochent par leurs formes des chapiteaux des basiliques orientales du vi" siècle, plus que des œuvres gallo-romaines ou mérovingiennes, il semble abso-
très capricieusement les ordres antiques. Il s'en faut que tout soit à blâmer dans ces variations dont le défaut le plus ordinaire est de s'éloigner de la sobre beauté des lignes classiques; il est vrai que certaines trouvailles trop riches ont bien de la grâce et distraient
— Chapiteau de Bracebridge, pi-ès Liccoln.
2Ô43. — Chapiteau de Scartlie, près Grimsby.
fe..fs31§^
25i4. — Chapileaii de Barton on Hundaer.
D'après Baldwio Brown, The arts in earty England, 1903, t. il, p. 180.
lument certain qu'ils fiu-ent exportés par mer et par les rivières, et parfois d'Orient en Occident, ce qui explique à merveille l'unité de style et la présence de tant de dessins orientaux. La solution de cette ques-
3SsTi5*. ■
•2545. — Chapiteau de réjjlîse du Saint-Sépulcre.
D'après Clermont-Ganneau, Archeolot/icat rcsearclies
in Pak'Siiiie, 1899, t. i, p. 87.
tion est dans ridcntification des provenances des marbres '. »
VI. G.iULE. — Dès la fin du ii« siècle de notre ère, les artistes gallo-romains commencèrent d'interpréter
1 C. Enlart, i\/aniteZ d'archéologie française, in-S", Paris, 1902. t. I, p. 7S, 133-131.
de la superbe monotonie du dorique, de l'ionique et du corinthien. Les anciens édifices de la Gaule romaine et mérovingienne nous permettent de prendre idée des tentatives faites pour secouer les règles d'école. L'n chapiteau dorique gallo-romain à Boulognc-sur- ^Mer nous montre une innovation remarquable dans l'emploi des feuillages (fig. 2520), mais cette ressource ne sauvera pas un type destiné à disparaître à l'époque
2546. — Chapiteau bilingue d'.\rawâs.
D'après Conder et Kirchener, The Survey of Western Palestine, t. m, p. 65.
mérovingienne. L'ionique s'obstinera à durer jusqu'à l'époque carolingienne et se laissera reconnaître très imparfaitement dans certaines volutes de chapiteaux du XIII'' siècle : toutefois on peut le considérer comme à la veille de disparaître lorsqu'on le rencontre dans la crypte carolingienne de Saint-Germain d'Auxerre (fig. 2521). Le byzantin, tel que nous le caractériserons dans sa viu-iété de prismes recouverts d'un ornement champlevé, inspirera sans doute quelques chapiteaux romans (fig. 2522-2523-2524), le style arabe lui-même aura son infiuence, mais si restreinte qu'on
CHAPITEAU
peut dire que les chapiteaux du moyen âge dérivent tous du type corinthien '.
La première place parmi les cluipiteaux cliréticns d? la Gaule ^, appartient, croyons-nous, à un chapiteau entré, depuis peu d'années 'seulement, au musée de Reims (fig. 2525). Ce chapiteau « a sa corbeille garnie de quatre larges feuilles découpées, dérivées de la feuille d'acanthe, entrelacées de bandelettes tressées et croisées entre elles. Ces feuilles sont séparées par des cordons de perles verticaux, que surmontent des vases arrondis, ornés de godrons et munis d'anses, placés entre deux dauphins alïrontés. Ce motif se répète sur chacune des quatre faces. On doit y voir [sans hésitation] un symbole chrétien. Les caractères et le style de la sculpture peuvent en fixer la date au commencement du V siècle'. « Ici, on s'est à peu près complètement affranchi du chapiteau corintlilen; généralement l'écart n'est pas aussi marqué et la transition se fait doucement. Il est vrai que nous sommes bien peu pourvus pourenjuger.Làoù on croit constituer une série. la question d'importation vient se
de chapiteaux qui appartiendraient à la période mérovingienne; après lui Albert Lenoir et l'abbé Cochet ont allongé la liste '.
Les chapiteaux de la chapelle Saint-Laurent à Grenoble ne peuvent être étudiés ici séparément de l'édifice auquel ils appartiennent '(fig. 2527). Le souvenir des formes romaines permet de dire qu'ils ne sont guère postérieurs aux invasions des Barbares, ce qui nous reporte au vi*" ou au vii<: siècle. Le développement excessif des abaques confirme cette date, car les édifices de Ravenne nous montreront la même forme dans son plein épanouissement. Avec des colonnes de remploi on a égalisé les hauteurs en calculant les chapiteaux et les abaques pour racheter ce qui manque aux colonnes, ce qui invite à croire que ces chapiteaux datent probablement de la construction de l'édifice. On peut, outre les chapiteaux de Ravenne, ceux de Rome (Saint-Étienne-le-Rond et Saint- Laurent-hors-les-Murs), comparer avec les chapiteaux de Grenoble ceux de la basilique de Tébessa et de la basilique d'Henchir el Begueur en Afrique.
'^lÉ^^V'^iMi
2547 et2.")48. — Chapiteaux d'.Vlinas. D après Slrzygowsl;!, Ao) tibche hunst 1104 li IJ et -100
poser, par exemple, pour les chapiteaux de la crypte de Jouarre, construite très probablement entre C2S el 685. « Les chapiteaux sont très proches des modèles antiques et absolument semblables à ceux de plusieurs basiliques africaines de même époque ou un peu antérieurs. Mais ils peuvent avoir été apportés d'Orient^.» A Jouarre, les volutes sont parfois tournées de bas en haut, anomalie que nous retrouvons dans la crypte de Saint-Brice à Chartres (fig. 2527) et qui se conservera dans certains chapiteaux jusqu'à la fin du xir" siècle.
Il n'y a pas lieu de nous arrêter à des chapiteaux dont la décoration n'a rien à voir avec la période mérovingienne, comme c'est le cas pour celui de Braisne-sur-Veslcs ', et pour la série de Chivy'. A. d; Gaumont a réuni, avec quelque hésitation, un groupe
' M. C. Enlart, op. Ci7., 1. 1, p. 22-23, tait observer que «ce qui distingue le plus souvent et le plus absolument les chapiteaux du moyen âge de ceux de l'antiquité, c'est d'abord qu'ils portent à faux et directement la retombée, ce qui est incomparablement plus logique que de laisser l'évascmcnt du chapiteau inutile et de lui superposer un tronçon d'entablement, comme faisaient les Romains; c'est, en second lieu, que l'astragale fait généralement corps avec le chapiteau et non avec le fiit. — - Exception faite pour le temple Saint-Jean, A Poitiers. — ' L. Demaison, Trois chapiteaux de l'époque chrétienne primitive, au musée de Reims, dans le Bulletin monumental, l'.)05, t. LXix, p. 225. — *C. Enlart,/.a scii/pdire en Om'rfenf, dans .\. Michel. Histoire de l'art depuis les itrcmicrs temps chrétiens, Paris, 1905, t. i, p. 111. — ' S. Prioux, S'oticc sur un chapiteau présumé mérovingien trouvé à liraine, dans le Bull, de la Soc. acad, de Laon , 1SS'.> , t. ix, p. 13-45. — * Ed. Fleury ■
Nous ne ferons pas usage dans cette dissertation deschapiteaux figurés dans los miniatures de Canons d'Eusèbe ', l'arcliitecture n'y est qu'un prétexte à la fantaisie.
VII. Afrique. — L'Afrique ne fournit pas un contingent bien appréciable à notre étude. Xous avons eu déjà l'occasion de faire remarquer l'influence syrienne dans certaines dispositions adoptées pour la décoration des basiliques africaines; il y a plus, l'emploi du moyen appareil, l'usage de colonnettes courtes portées en encorbellement, certains chapiteaux ou profils de moulures montrent que des architectes plus savants que ceux du vieil Occident tirèrent, plus tôt que ceux-ci, des enseignements romains, certaines déductions auxquelles les Occidentaux devaient arriver à leur tour. A Tigzirt, nous avons signalé l'emploi
Les chapiteau.v mérovinffiens de l'éfilise de Chivij, dans le- Bull. Soc. acad. Laon, l.S(i(î, t. xviii. p. 1 ; Annuaire instit. provinc., 1S70, 11"^ série, t. xii, p. 162: I.'éfjlise primitive de Chioij étudiée au point de vue des oriçiines de l'architecture chrétienne, dans Bull. Soc. acad. l.aon. 1871. t. XX. p. 419-477; .J. de Laprairie, Les chapiteau.v de l'église de Chivij, dans le Bult. de la Soc. archéol. de Soissons, 1875. 11= série, t. v, p. 203; E. Lefévre-Pontalis, Étude sur les chapitcau.v de i'église de Chiufi, dans la Gazette archét>huique, 18S7, t. XII, p. 29-36; ils sont du xi" siècle. — " Cochet, Note sur quelques cliapitcatLK mérovingiens, dans la Revue de fart chrélien, 1859, t. m, p. 231-234. — ' M. Reymond et Ch. Giraud, La chapelle Sainl-^.aurent à Grenoble, dans le Bull du Comité des Irav. hisl., 1S93, p. 1 sq., pi. iii-viii. — ' Voir Canons d'Eusèbe et les planches servant d'illustration à la dite dissertation. L'architecture n'y est pas plus réelle que sur les fresques de Pompéi.
des « dosscrcts » ou coussinets qui remplissent le rôle de l'imposte en combinaison soit avec l'arcliitrave, soit avec les arcs '. Quant aux chapiteaux, nous en sommes suffisamment pourvus et ce qu'on en possède marque encore la prépondérance du style corinthien plus ou moins altéré. M. Saladin a signalé dans les ruines de Lamta un chapiteau en marbre blanc très bien conservé (fig. 2528), d'ordre corinthien, et presque complet, excepté aux angles du tailloir, où les volutes des caulicoles sont brisées; il est d'un fort beau travail, de la première époque de l'art bj'zantin. Il rappelle le beau chapiteau du Sérail à Constanlinople et celui de l'église de la Nativité àBethléhem'. Le même voyageur dit en avoir rencontré d'analogues à la grande mosquée de Kairouan, portant les mêmes fleurons et feuillages de la même manière. A Lamta, on a trouvé mi chapiteau de pilastre ionique; à la mosquée principale de Mehdia des chapiteaux
bandes verticales, ovale, triangle, branche à rameaux symétriquement divergents. La hauteur moyenne est de O^Se.
Plus intéressante est l'église d'Haouch-Khima-Mta- Darraouïa ' dont l'exécution, purement romaine, doit remonter à la seconde moitié du iV siècle; malheureusement les fouilles n'y ont pas été conduites méthodiquement et, dans cette même localité, nous devons nous contenter d'une église d'époque bien postérieure. Les fragments qu'on y a relevés, les chapiteaux sont pcrsévéramment corinthiens, « mais le piédestal et l'abaque sont déjà d'un art bien différent de l'art antique romain ou gréco-romain (flg. 2533- 2535). On n'y retrouve plus les ornements [de l'architecture classique. Le caractère de cette sculpture chrétienne est très particulier dans l'Afrique du Nord. On y trouve presque un accent réaliste dans l'interprétation des feuillages et des ornements « ; •
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t==ia
2549 et 2.550. — Chapiteaux égyptiens. D'après S. Strzygowski, Koptische Kunst, pi. iv, n. 3, 4.
romains ou byzantins; à Kairouan, dans la mosquée de Sidi-Okba"(fig. 2529 à 2532) plusieurs chapiteaux dont un ionique, et des byzantins de diverses époques et du plus grand intérêt à cause de leur bon état de conservation. » Ils permettent de comparer l'école africaine à l'école orientale et de retrouver ici, comme en Asie, les dégénérescences du corinthien et de l'ionique : les chapiteaux à corbeille comme à Jérusalem et à Constantinople et les feuillages secs et repercés que l'on retrouve jusqu'en Égj-pte, à la mosquée d'Amron, par exemple. Le faire de beaucoup de ces chapiteaux, la matière dans laquelle ils sont sculptés, tout nous porte à croire que plusieurs d'entre eux sont l'œuxTC d'artistes grecs ^ »
Les enquêtes archéologiques poursuiviespar M. Siladin en Tunisie et M. Gsell en Algérie ' ont donné un nombre respectable d'exemplaires, mais aucun type vraiment nouveau. A Tipasa, la basilique de Sainte-Salsa a rendu quelques chapiteaux, formés d'un mince tailloir de Û'°52 de côté en moyenne, et par-dessous de deux volutes très grossières; entre ces volutes se voit un ornement qui varie selon les chapiteaux : bande verticale, filets horizontaux entre deux
■ Dictiorm., 1. 1. col. 683, fig. 130, 131, 133. — = H. Saladin, Rapport sur la mission [dite en Tunisie de nov. 18S2 à avril 1SS3, dans Archims des miss, scienti/., lSS7,t. xm, p. y-10, fig. 13. — 'Ibid., p. 31.— 'S. Gsell, Recherches archéologiques en Algérie, in-S", Paris, 1893, p. 184, 204,
comme dans les fragments conservés à Tébessa. Parmi les morceaux d'arcliitecture conservés au^musée de Tébessa, citons quelques chapiteaux corinthiens en marbre '; « plusieurs viennent de la basilique, ils offrent divers types, plus ou moins dégénérés, de l'ordre corinthien. Dans les uns, les feuilles, simplement épannelées, ne présentent pas de découpiu-es et elles ressemblent à de larges crochets. Dans les autres, les contours pointus des lobes se détachent avec netteté et sécheresse; le corps même de la feuille est comme collé à la pierre et, seule, l'extrémité supérieure forme une forte saillie; les nervures sont indiquées par des traits profonds. Tantôt les volutes des chapiteaux classiques subsistent; tantôt de longues feuilles à tête recourbée remplacent les volutes extérieures ; à la place des volutes intérieures se dressent de petites feuilles. LTn motif isolé est sculpté sous le tailloir au milieu de chaque face : feuille droite, branche ondulée, deux branches entrelacées de manière à former une tresse, vase ou calice, grappe de raisin (flg. 2563). Des chapiteaux semblables se voient dans les ruines de la basilique, sur la place qui précède l'entrée du quartier militaire, etc. Ils fai-
229, 243, 265, 278, pi. vn. — '' Diclionn., 1. 1, col. 693, fig. 137. — ' Saladin, op. ci7., p. 138-139. a. S. Gsell, ^[iisée de Tébessa, p. 46, note 5, et les planches montrent que cette affirmation est peu exacte. — ' S. Gsell, Musée de Tébessa, in-4'>, Paris, 1902, p. 45. ^
CHAPITEAU
saicnt partie des colonnades du premier étage de Valriuni et de celles des tribunes des bas-côtés, constructions paraissant dater du V siècle '. Deux chapiteaux de pilastre, trouvés dans la ville de Tébessa, sont du même style, mais d'une facture plus grossière (fig. 2537), on y voit un vase d'où s'échappe un bouquet. On a recueilli dans les thermes du quartier de cavalerie un petit chapiteau de basse époque très mutilé (flg. 2538). Les feuilles ne sont pas découpées; les angles, au lieu de volutes, présentent des dauphins retournés. Au centre de chaque face, il y a un ornement végétal. Dans la petite basili<|ue chrétienne
torié de Haram esli Shérif. Voir Ch.^ndeleuiî, t. iir, col. 2466. .\ l'église du Saint-Sépulcre nous signalerons un chapiteau byzantin (fig. 2545), dont l'intérêt est dans l'absence de toute décoration", à Khurbet Beit Sakhra', le chapiteau conique enlacé d'une treille qui rappelle celui de Saint-Clément à Rome. Rien dans tous ces exemplaires ne mérite de retenir longtemps l'attention. Au contraire, nous devons nous arrêter au chapiteau d'Amwâs (fig. 2546) qui a dû appartenir à l'église byzantine de cette bourgade. C'est un chapiteau de l'ordre ionique, tel qu'on pouvait l'exécuter vers le V' siècle. Il porte une inscription bilingue; la
2551 612552. — Chapiteaux coptes. D'après Slrzygowski, KoiUischc I\i<nst, fig. 100, 112.
d'Henehir-Zirara, les volutes sont remplacées par des poissons (flg. 2539) ^.
Enfin, deux chapiteaux provenant l'un de Henchir es-Zaâtli, l'autre de Bir Oum-Ali, doivent appartenir au v« siècle; ils nous montrent l'aboutissement roide et prétentieux du chapiteau corinthien en Afrique (fig. 2.540-2541)
VIII. Espagne. — L'Espagne a été si complètement ravagée et ruinée que les rares édifices et les débris de l'époque wisigothique ne nous peuvent rien apprendre.
IX. Angleterre. — En Angleterre, les constructions remontant à l'époque saxonne nous montrent l'emploi de chapiteaux d'un art très rudimentaire. La plupart ont été mis en place et décorés sur la partie seulement qui était visible. Ce serait s'exposer à faire fausse route de prétendre établtr une succession chronologique d'après les types ou d'après l'ornementation. Ici, comme nous l'avons déjà vu pour le chapiteau cubique normand, le problème consistait à passer d'un plan circulaire à un plan quadrangulaire sur un espace très limité; et le problème a été résolu par les coins coupés ou par l'usure régulière. Les artisans plus habiles ont réservé quelques torsades, des volutes, ou bien ils ont sectionné les faces; tout cela, en vérité, ne vaut guère qu'on s'y attarde. Souvent sur la masse à peine dégrossie on a entaillé une figure grimaçante. Ces humbles essais sont aux merveilleuses combinaisons décoratives de la Grèce antique et de la Byzance de Justinien, comme les monstrueux fétiches sont aux statues d'un art excellent (fig. 2542 à 2544).
X. P.\LESTiNE. — En Palestine, le chapiteau corinthien a connu la même vogue prolongée qu'en Occident. Nous le rencontrons à Jérusalem même ', à Khurbet Beit Salvhra ', à .Térieho ^, etc.
Nous avons décrit et figuré déjà un chapiteau his-
'Cf. en particulier un chapiteau trouvé ù Bénian, province d'Oran, dans une église bâtie vers 435. — ' H. Gsell, Musée de Téhessa, p. 48-49. — ' Séjourné, La Palestine chrétienne. Dèeniwertes récentes et explorations, dans la Revue biblique, 18'.)2, t. i, p. 121, 122; Clermont-Ganneau,
DICT. D'aRCH. CIIHÉT.
plus remarquable est en caractères s;miritains: elle occupe deux registres d'un cartouche fixé entre les deux volutes par des queues d'aronde simulées, preuve que l'inscription était prévue dès la taille du chapiteau. Voici le texte hébreu : Z~ iu'. " Q"*' ^O" "O"* soit l)éni dans l'étornité '. L'autre face du même cha-