III
CHAPITEAU
l'a taillé était peu^habile; il peut appartenir au v« ou au vi= siècle, et cette date tardive ne répugne pas absolument à l'emploi de l'alphabet du type phénicien tombé en désuétude depuis plusieurs siècles '. XI. Egypte. — En Egypte, il faudrait nous attendre à rencontrer quelques chapiteaux appartenant aux ordres classiques, sachant qu'Hadrien prodigua à Antinoé les portiques, les colonnades et les édifices d'un style étranger au style égjptien. En dehors de cette source, l'Ég>'pte byzantine nous a conservé quelques beaux spécimens corinthiens qui forment au
église d'Alinâs présente d'ailleurs un intérêt particulier en ce que le gros œuvre paraît avoir été entièrement apporté soit des carrières de Proconnèse soit d'ailleurs, mais être en tous cas étranger à l'ÉgjTJte, comme matériaux et comme technique. Si on veut trouverdes points de comparaison, il faut les chercher en dehors de ce pays, mais aller à Ravenne, à Parenzo ou à Salonique..\u contraire, les productions indigènes ne sont évidemment pas articles d'exportation, leur rudesse et leur peu de valeur — ils sont taillés dans le granit rouge ou dans le gré brun du pays — indiquent
2554 à 2557. — Cliapiteau-iraposte et chapiteau ionique, avec leurs tracés géométriques, de Sainte-Sophii D'après Lethaby et Swainson, Sancta Sophia, 1894. fig. 50, 52, 56, 57.
musée du C;ure une intéressante série sur laquelle on peut sui\Te la décadence rapide de l'ivrt. Toutefois il faut réserver dans cette série les doux types les plus complets qui sont taillés dans des blocs de marbre de Proconnèse, témoignant ainsi de leur importation -. D'autres exemplaires, plus tardifs et également venus des carrières de Proconnèse, montrent que la décadence se précipitait même à la source'; on s'étonne moins dès lors de voir l'acanthe épineuse d'.\linâs (fig. 2547-2548) perdre toute légèreté et se transformer en un motif foUiolé couvert de ner\'ures fantaisistes (fig. 2549-2550). 11 est \Tai que les chapiteaux d'Ahnâs appartiennent encore au iv'-V siècle, ils sont taillés dans la pierre calcaire du pays *. Cette
' Cette inscription a été publiée et commentée par M>I. Barges, Clermont-Ganneau, Guillemot, J. Durand, etc. Cf. H. Leclercq, MonueZ d'archéol.chrét., 1907,t. i, p. 496,
assez que leur emploi doit être tout local. Dans une église d'Erment on prend encore la peine de les polir, mais bientôt on y renonce. A mesure qu'on s'enfonce dans l'époque copte le ciseau se fait de plus en plus rude, il entaille le gré et se borne à modeler des volutes ou des acanthes énormes; le souvenir et les modèles de l'époque brillante du iV-V^ siècle ne sont pas entièrement abolis, mais la main et loutil ne peuvent plus exécuter. Les dimensions sur lesquelles l'habile fantaisie des sculpteurs se trouvait jadis à l'aise ne suffisent qu'à grand'peine à loger la moitié ou le quart des ornements jadis prodigués avec la plus capricieuse opulence. Ce qu'on perd en grâce on ne le regagne pas en force, car cette pesante exécution
note t. — = J. Strzj-gowski, Koptische Kunsl. in-fol.. Vienne, 1904, p. 75, n.735C,flg.l02;p. 76, u. 7351, flg. 104. — 'I6!d.,p.79, n.7354, flg. 107. — ' Ibid., p. 72, 73, fig. 99, 100.
CHAPITEAU
n'a rien à voir avec la force, ce n'est que lourdeur ' (fig. 2551-2552).
XII. CoNST.VNTi.voPLE. — Au jugement du général de Beylié, le palais de Dioclétien à Salone dut servir de modèle à Constantin p our le palais impérial de Byzance. Ceci, remarque avec raison M. Van den Gheyn, peut n'être qu'une simple conjecture, basée évidemment sur des p.jbabilités dignes d'être discutées -. La ville de Constantin fut rebâtie en partie sous Théodose et acheva de disparaître sous Justinien, mais, pour ce point spécial des chapiteaux, nous pou-
tation des marbres épannelés et parfois même terminés sur place se faisait sur une grande échelle et il est clair que si quelques malfaçons étaient écoulées vers les chantiers de province, si on réservait les pièces irréprochables à la capitale, le style des unes et des autres était le même, l'exécution variait seule peutêtre. La basilique d'Ahnâs en Egypte, construite avec des matériaux importés, nous a conservé un magnifique chapiteau venu des mines et des ateliers de Proconnése» (flg. 2553). II mesure 0'»45 de hauteur, 0'"517 de diamètre à la base et O^'ô au tailloir. Ce
2x». — Cliapileau de Saint-Marc, à Venise. D'iipris J. Fluskin, The Stoiies 0/ V^nice, 1853, t. il, pi. ix.
vons pren<lre une idée de ceux qui ornaient les édifices de la jeune capitale. Le style corinthien dut y être à peu près exclusivement employé; des débris retrouvés plus ou moins mutilés peuvent être rapportés à cette époque et c'est déjà un indice, quoique bien vague. Le oorinihicn, au iv-siècle, était encore sans rivaux sérieux et son exécution parfois digne de l'époque classique. Les carrières de marbre de Proconnèse étaient en pleine exploitation, les empereurs s'y approvisionnaient pour les chantiers impériaux aussi bien à Byzance que dans le reste de l'euipire. L'cxpor-
' I!'i<l.. p. 80, fig. 1(17, chapiteau d'importation fait bien pressentir vers quelle destinée on s'aciieniino; pi. iv, n. T.t.^O, chapiteau de Théhes. dont noire figure 2,^10. 2550 reproduit deux faces, marque (pi'iin est engagé détiniti— vemcnt dans celte voie; p. SI, fig. 10'.), noire figure 2.)51 est une simplification :\ oulrancc du corinthien réduit à offrir une vague ressemblance avec, l'ionique : les tlécadences ménagent de ces surprises; enfin, p. 82, fig. 112, notre
beau spécimen peut appartenir'au iv« siècle; il nous montre le talent et le goût des marbriers de Proconnèse, pourvoyeurs attitrés et débordés des édifices de Constantinople.
Cependant le type de chapiteau qu'évoque le nom de Constantinople c'est celui qui, contemporain de Justinien, resplendi t à Sainte-Sophie. Pour des hommes de génie tels qu'An'hemius de Tralles et Isidore de Milel et pour leurs vieux maîtres anonymes, le corinthien et l'ionique avaient fait leur temps parce qu'ils ne répondaient i)lus aux audaces ni aux exigences que
fi,?. 2552, montre le dernier degré d'étiolen>ent de l'acanthe; rien ne permet de supposer qu'on ait eu l'intention de ravaler le fond du chapiteau qui présente une sorte de gaufrier. — ' Van den Gheyn, I.e chapiteau hnzanlin, dans le Bull, de VAcad. royale d'archéoloqie de lielf/ique. 19r>:!, p. 137.— ' J. Strzygowski, Kopd'.sc/ie Kim.s/, in-fol., Vienne, 1901, p. 75, n. 7350, fig. 102; R. MaviUe. .Xhnns el Medineh. dans Egijpl Erploralion Fund, ISOt, l. xi.pl. xvii.
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comportait la construction en l)riques. Les chapiteaux des ordres classiques suffisaient tandis qu'il ne s'agissait que de supporter une arcliitrave, mais le système des arcs réclamait autre cliose; leur retombée exigeait que la colonne et l'arc fussent en quelque manière unis en un seul élément. Pour y parvenir, il fallait obtenir une cohésion telle que le chapiteau fût \Taiment un membre intermédiaire, on oserait presque dire ['articulation entre le plan carré et le plan circulaire. Une décoration riche et charmante fait oublier cette destination primitive et exclusive du chapiteau byzantin, que nous avons décrit et étudié dans ses premiers rudiments sous le nom de « chapiteauimposte'». Il faut souhaiter qu'on n'encombrera plus désormais l'archéologie d'une opinion de Pierre Gilles attribuant à Constantin la citerne des « Mille et une colonnes = » construite par Justinien en .528 '. Binbir-Direk est donc contemporain de Sainte-Soiihie et
2559. — Chapiteau de la mosquée Sidi-Okba, à Kairouan. D'après Ch. Diehl, Justinien, fig. G6.
ces deux édifices, en des genres si divers, témoignent d'une égale hardiesse et d'un talent égal, on n'y a pas employé pour la première fois le chapiteau-imposte ', mais on en a fait un usage si général et si raisonné qu'il y reçut sa consécration délinitive. Lorsque nous le rencontrons à Saint-Serge, à Parenzo, à Saint-Vital de Ravenne, à Venise, à Salonique, nous ne faisons que multiplier les aspects décoratifs, le type reste immuable. Les chapiteaux à huit lobes que nous voyons à Saint- Vital(tîg. 1807). à Saint-Mare de Venise, à Saint-Serge de Constantinople, à Saint-Démétrius de Salonique offrent sans doute une heureuse idée de décoration, mais sont évidemment dérivés du type rigide.
Au contraire, certains chapiteaux de Saint-Serge et du palais d'Hormisdas ;\ Constantinople, comme aussi de Sainte-Sophie de Salonique et de Saint-Marc de
'F. de Darteln, Élude sur l'iirchil. lombarde el sur les origines de Varchit. romnjio-hijzantine, Paris, 1865-1882, p. 39 « La forme massive du chapiteau convient au genre de construction qu'il supporte: son évasement considérable relie bien la maçonnerie grossière des arcs avec le fût de la colonne. Le tailloir surtout joue un rôle spécial au point de vue de la stabilité. Aussi verrons-nous que, dans les constructions byzantines, on l'a séparé en général du corps du chapiteau. Il forme alors un membre particulier
Venise appartiennent ainsi que le chapiteau deChalkis (fig. nul) à V ordre ionique.
Quant aux chapiteaux-corbeilles d'où surgissent quadrupèdes, oiseaux, fleurs ou fruits, ils ne forment guère qu'un groupe dont les spécimens peu nombreux ne marquent ni un nmnient ni un type dans l'histoire du chapiteau (fig. 1850, 2015) =.
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2560. — Chapiteau de Saml-Vital.
D'api'ès une photographie.
Le~chapiteau imposte et le chapiteau ioniqi'.e que nous donnons ici avec leurs tracés géométriques (fig. 2554 à 2557) montrent les deux combinaisons principales qui ont prévalu à Sainte-Sophie. Mais pour connaître toutes les ressources et toute l'étendue de la nouvelle combinaison, il ne faut pas s'enfermer à Constantinople. Si riche soit-elle, l'incom-
2561. -- Chapili--..- .^ ^ ....c in .\fracisco
(musée de tiavenne).
D'après une photographie.
parable ville pâlit un peu en regard de ce que nous a
conservé une simple « colonie byzantine » à Ravenne.