XIII. Ravenne. — M. Van den Gheyn fait une
de la colonne que l'on appelle sommier ou dosserel (on imposte). — ' Appelée citerne de Philoxène. de Bin-bir- Direlv. — ' J. Strzygowski et P. Forsehheimer, Bi/zantinische Denknuder, in-S», Wien, 1893, t. il, p. 57. — * \V. R. Letliaby et II. Swainson, The cîntrcli o/ Sancla Sopliiit Conslanlinople. A sliidij of bij:(mline building, in-S", London, 1894, p. 249. — '• II en existe deux exemplaires A Sainte-Sophie, nous parlerons de ceux du ciboriuni de Saint-Clément à Rome, j
CHAPITEAU
remarque sur huiuelle il y a lieu d'insister '. Tandis que Tiiéodoric fait construire à Ravenne la basilique de Saint-Apollinaire in classe entre 531-549 et la basilique de Saint-Apollinaire Niiovo avant 550, dans la même ville, à la même époque, l'évêque Ecclesius fait élever la rotonde de Saint- Vital. On le voit, à la même époque et dans la même ville, un double courant artisti(iue faisait sentir ses influences. C'est un tait sur lequel il importe d'appuyer, si l'on veut bien saisir la genèse de larcbitecture byzantine. En effet, tandis que d'une part on constate, comme nous venons de le faire précédemment, les influences orientales sur les données préexistantes d'un art ancien qui se rajeunira ou se modillcra, mais pas au point de taire oublier les traditions classiques, concurremment s'affirment en matière de décoration surtout, des principes absolument étrangers à l'Occident, et qui iront se développant sans le moindre alliage avec les éléments latins. L'architecture même de Saint-Vital,
2562. — Cluipîteau de Saint-Apolliuaire Nuovo. D'après une pliotograiihie.
qui a la forme d'un octogone régulier de 31 "70 de diamètre, auquel se rattache à l'est une abside ronde à l'intérieur et triangulaire à l'extérieur, tranche nécessairement avec celle des basiliques de Saint-.Apollinaire à Ravenne. Mais nous n'avons pas à nous en occuper pour le moment. Les chapiteaux de Saint- Vital présentent ces caractères bien distinctifs, dont nous aurons à analyser les détails et à dégager l'origine. Nous relèverons d'abord ceux de forme cubique, el dont les contours extérieurs imitent les arêtes d'une corbeille tressée en osier; l'intérieur des parois est orné d'une double feuille de palme, au centre s'épanouit la Heur: le bas est garni de deux boutons réunis à la feuille par une tige qui repose dans le calice même de la fleur (Mg. 1785, 1851). Nous avons rencontré plusieurs fois ce même chapiteau à l'extérieur de Saint-Marc à Venise (lig. 2558). à .\lexandrie, à Kairouan " (fig. 2559). Il est évidenunent d'origine orientale : le décor végétal en indique clairement la provenance, et cependant ni de Vogii.', ni la mission américaine n'ont signalé aucun modèle semblable en Syrie. Nous ne pouvons ici reconnaître la moindre
* Van den Gheyn, Le chapiteau byzantin, dans le Bulletin de l'Académie royale d'archéologie d2 Belgique, 1903, p. 137 sq. — ° Le chapiteau du musée du Caire, fig. 1851, un marbce de Procjnnése, vient d'.Xlexaiidiie; celui de
affiliation avec le chapiteau classique. Nous nous trouvons devant un type absolument nouveau et qui n'a rien de commun avec ceux qui l'ont précédé. D';iilleurs l'emprunt fait à une végétation différente de celle de la Grèce, où la feuille d'acanthe reste seule en usage, déterminera une évolution toute différente de celle que nous avons constatée précédemment, et qui consistait uniquement dans l'interprétation plus ou moins heureuse du type conventionnel.
Nous croyons devoir insister sur ce fait, parce que l'opinion de M. Choisy nous parait trop absolue dans ses termes et trop générale dans son énoncé. En eflet, voici comment il apprécie la sculpture byzantine : « La sculpture byz uitine n'est en réalité qu'un dessin cluimp-levé. Elle a son originalité, mais jamais elle ne s'inspire directement de la nature; ses dessins de
2563. — Chapiteau de Saint-Vital avec monograoïiue. D'après une photographie.
feuillage, d'un contour tout à fait conventionnel, s'étalent en rinceaux sans modelé, sans reliefs, et se détachent sur leur fond comme des broderies à jour. « On le voit, cette description ne peut s'appliquer au chapiteau que nous venons de décrire, car son décor s'inspire directement de la nature. D'ailleurs, on nous permettra de le faire remarquer : beaucoup d'auteurs sont trop exclusifs dans leurs appréciations sur l'art byzantin, et la classilication à outrance qui sévit ici comme ailleurs, répond nu)ins aux faits établis qu'aux idées préconçues. Voici, par exemple, un chapiteau qui se trouve dans celte même église de Saint-Vital à Ravenne (tig. 25t)0). Sa forme évasée rappelle le chapiteau précédent, mais ses arêtes au lieu d'être marquées par les contours d'une corbeille tressée en osier, sont ornées d'une élégante feuille de palmier. L'une des faces porte im vase de forme byzantine bien connue, dont le pied repose sur l'astragale; du col s'échappent des rinceaux de feuillage qui à notre sens s'inspirent bien de la nature, mais qui, naturellement, doivent se plier aux cxig nces de l'architecture. Ne faut-il pas en dire autant du chapiteau conservé au
Kairouan, mosquée de Sidi-Okba, fig. 2559, provient probalilement de Carthage. Celai de Venise a pris, depuis Rusliin, le nom de Li/i; capital. Cf. J. Rusijin, The Sliines 0/ Venice, London, 185:$, t, il, p. 137, pi. tx.
CHAPITEAU
musée de Ravonne, sous le n» 491, et qui provient de l'église détruite de San Miclicle (fig. 2561)? Évidemment nous n'nvons pas ici l'imitation scrvile de la nature, le feuillage nous apparaît admirabkment stylisé. Ne quittons pas encore Saint-Vital de Ravenne, sans signaler le chapiteau que la plupart semblent admettre comme le type du chapiteau byzantin (fig. 1805) Il difTère, somme toute, très peu des précédentes dans sa forme constitutive, mais à coup sûr les arabesques et les entrelacs, auxquels il emprunte sa décoration originale, indiquent clairement le souci du dessin géométrique, plutôt que l'idée d'imiter la nature. Le motif géométrique choisi ici est le cercle, sur un cha-
toire que soit l'ornementation, l'intcrct du chapiteau cubique est dans son rôle et l'heureuse adaptation de son type à ce rôle. Leur corps présente la forme d'une corbeille évasée, presque aussi haute que large, circulaire à la base et carrée au sommet, avec de petites volutes très peu saillantes aux angles du carré, volutes qui disparaissent complètement à Saint- Vital où le chapiteau s'évase au point d'offrir au sommet le double de la largeur du fût (fig. 2563). Tandis qu'à Sainte-Sophie il repose sur le fût de la colonne par une épaisse astragale, celle-ci a disparu à Saint-Vital où le fût présente à son extrémité deux i\'nllements successifs dont le dernier se raccorde avec
k /. ~R^ U 7t\'*-^'-\^\ 7//Â^<df^' J^l^SfW'
!.-• 'VUrtNV