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Cour

IX. Épigr.\phie. — L'épigraphie du monastère même nous vaut, sur le personnel, quelques détails qui ont leur intérêt. Deux noms reviennent fréquemment, ceux d'apa Jérémie et d'apa Enoch' qui sont comme les patrons du monastère dans lequel leur souvenir et leur culte sont demeurés bien vivants. Un de leurs successeurs, l'archimandrite Alexandre, invoque leur protection pour lui-même et pour deux de ses fils spirituels. Jean et George ' qui furent ses prieurs ' :

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« Jésus -Christ, apa Jérémias, apa Enoch, ; ma Sibylle, gardez notre Père aimant Dieu apa Alexandre, l'archimandrite et abbé ' et [gardez] apa Jean et apa George, les prieurs, et Mena le clerc, le fils du saint apa C\t', le frère de notre père ' et notre frère Lilammon, le clerc. =

Les abbés aiment à se qualifier du nom de n fils » de leurs grands modèles et prédécesseurs Jérémie et Enoch ' et leur dévotion se tourne aussi presque invariablement vers ama SibyUe», vers apa .\lexandre', puis encore vers deux apas, Ambroise et Hor, rapprochés à plusieurs reprises ". Mais on remarque dans un grand nombre d'épit.-\phes la tendance à s'assurer du plus grand nombre possible de protecteurs et d'intercesseurs. Quelques défunts ont eu sans doute leurs dévotions personnelles pour tel ou tel saint et on en aura tenu compte en rédigeant leur mémorial; cependant certaines formules reparaissent plus fréquemment et ont presque la monotonie d'un protocole rédigé d'avance et imposé par l'usage.

le paragraphe consacré aux cartulaires. — 'KG, abréviation pour »jjis et pour KYPe. — ' Jléna était donc le neveu de Tapa Alexandre. — ' J. E. Quibell, op. cit., n. 3. — ' Ibid., n. 1, 5, 23, 26, 29, 30, 31, 32, 43, 44, 48, 50, 53, 54, 59, 62, 65, 75, 82, 83, 120, 150. — 'Ibid., n. 5. — "Ibid., a. 26, 36, 76; \V. E. Crum,dans Proceedings oj the Society a/ biblical archeeology, t. xxix, p. 290.

CHAQQARA

Parmi toutes ces mentions nous voyons reparaître plus ou moins régulièrement : la sainte Trinité : O Père, ô Fils, ô Saint-Esprit S — Jésus-Christ " — Marie ' — Michel et Gabriel *. L'ancien Testament est largement représenté par Adam ' — Abcl * — Seth ' — Jared ' — Mathusalem ' — Noé '" — David " — les patriarches '" — les prophètes " — ; puis viennent les Pères " — les apôtres " — les vingtquatre vieillards " — les martyrs " — et tous les saints ". Une fois seulement on rencontre la mention si fréquente dans l'épigraphie chrétienne du souhait de repos pour l'âme du défunt dans le sein d'Abraham " — et deux fois le sigle XMr ".

D'après cette énumération ou peut juger que l'épigraphie du monastère d'apa Jérémie se traîne à peu près invariablement dans l'ornière de toute l'épigraphie copte (voir ce mot). Une fois l'énumération litanique terminée vient la recommandation du défunt ou la mention de son décès. Il est malaisé de dire si cette litanie a jamais reçu un commencement de réglementation. Sans doute, la mention des trois personnes divines ou\Te toujours la série quand elle n'est pas passée sous silence; jamais un saint personnage, quel qu'il soit, n'empiète sur la Trinité, mais une fois cet honneur rendu on paraît s'inquiéter très peu de l'ordre dans lequel se succèdent saints et saintes. La mère de Dieu, en particulier, est assez souvent reléguée après les saints d'un rang moins élevé '\, mais elle précède régulièrement la Sibylle ". Les archanges Michel et Gabriel précèdent ordinairement les saints ", parfois la Vierge elle-même", cependant on les voit céder la place à apa Jérémie et à apa Enoch ", ou bien encadrer la Mère de Dieu ".

Quelques inscriptions sont inachevées" ou bien elles offrent des distractions manifestes '», mais il y a peu de choses à tirer de là. Une expression fréquente est celle-ci : ... un tel... est allé à son repos, tel jour., et la date". Parfois cepei\dant on interpelle le passant pour réclamer ses prières en faveur du mort :

« O Dieu des esprits et Seigneur de toute chair ". O compatissant, pitoyable et longanime, dont la pitié est grande, aie pitié de l'âme du bienheureux Enoch, le clerc ", le fds du bienheureux Phœbammon le clerc ", qui est allé à son repos en ce jour "... Épiphi 23, de la ...indiction, de l'année 171 " et 503 de l'ère de Dioclétien. Que le Seigneur ait pitié de lui et lui accorde le repos. Que quiconque lira cette inscription[se souvienne de lui] et que Dieu se souvienne aussi de lui h son redoutable jugement. Amen. Amen.

— Enoch, rUs de Nishteroou »^ » Une autre inscription très semblable h celle qu'on vient de lire recommande Philotheos, autre clerc- notaire, c'est-à-dire secrétaire de l'abbé. Ce texte, postérieur de vingt ans au précédent, a été copié sur lui, on y lit cependant cette légère variante : « Que le Seigneur ait pitié de lui et lui donne le repos dans le sein d'Abraham , d' Isaac et de Jacob et lui accorde de siéger dans l'assemblée des premiers-nés =«. Ces deux inscriptions, par leur longueur et leur formulaire, se distinguent des autres;

' J. E. Quibell, Excavatione al Saqqara (19C7- 190S), Le Claire, 1909, n. 3, 12, 18, 20, 21, 22, 23, 27. 2S. 29 30 31, 32, 33, 35, 3G, 38, 40, 41, 42, 44, 45, 48, 49, 50, 52,' 53* 54, 58, 59, 62, (55, 74, 70, 77, 80, 81, 82, 85, 88. 167. — 'Ihid., n. 1, IG, 35, 43, 60, 64, 66, 67, 84, 91, !U, 99 loi 116, 121, 133, 131. 144, 149, 150, 155, 167. -~ ' Ihid. n 1 23, 26, 27, 30, 32, 42, 43, 44, 50, 52, 53. 54, 65. 77, S''' 83, 85, 93. — « Ihid., n. 26, 27, 28. 31. 42, 44, 48, 49, 5o! 52, 53, 59, 63, 75, 80, 82. — ' Ihid., n. 27, 28. — « Ibid., n. 27. — ' Ibid., n. 27. — • Ibid., n. 27. — • Ibid., n. is' 27. — " Ibid., n. 15. — ■■ Ibid., n. 29. — '= Ibid., n. 15, 27. — " Ibid., n. 15. — ■' Ibid., n. 15. — " Ibid., n. 4, 27.

— " Ibid., n. 27. — ■' Ibid.. n. 27. — ^' Ibid., n. 15, 27, 29, 42, 43, 54, 55, 65, 80. — " Ihid., n. 11. — " Ibid., n. 26, 47

— =' Ibid.,n.27,30,52,54. — " Ibid., a. 5,23, 26. 30,43.49i

il est fort probable que les deux secrétaires de l'abbé ont été bien aises de montrer leur savoir à des confrères qui, vraisemblablement, l'appréciaient assez peu et les jalousaient à l'occasion.

L'ne formule plus usuelle est celle-ci : Père, Fils,

HNAÇ TO YAPvB ATIAI6 PHMfACATTAeMU/X 0 AV r 0 CMIXAHA OAVlQCm eP IMAOAn AM API ATTiN TCUTAAAM n<cNiœTA

??NIU; lATTAATTOAAU)

ATTAKAKAPeArrACoy gP/S ATTAlLUiANHCM X^,AKeATrAM«.^yCHC

fpaaïSa

•JGIO. — Épitaphe d'ama Susanna.

D'après Quibell, oji. cit., pi. XLVi, 2.

Sainl-Espril... (une litanie)... ai/ez pitié de l'âme de mon jrère un tel qui est allé à son repos " et la date,

53.54, 82, 83. — " Ibid.,n. 31 , 49, 50, 52, 80. — " Ibid., n. 27, 32, 44, 82. — " Ibid., n. 21 , 27, 42, 44. — " Ibid., n. 42. — " Ikid.,n. 3.— " Ibid.,n.3.— =' Ibid., n. 3,8, 21, 22, .57. — " Num.. XVI, 22; xxvii, 16; S. Clément, .4d Corinlli.,i, 64; Annales du Service des aniiq., t. viii, p. 80, 87; H.1II. Greek and coplic Texis, p. 3, 7. — '* X'.Td^-o;, le secrétaire de l'abbé, LeipohU, Schenute von Atripe, p. 135. — " N',tvv;o; lui aussi. — " Deux signes iniatelligibles; peut-être est-ce le jour de la semaine. Cf. G. L,eleh\re, Recueil des inscr. gr, chrét. d'Êg:jple, n. 663. — " Année de l'hégire, par conséquent entre le 22 juin 787 et le 10 juin 788 de notre ère. Epiphi 23, c'est le 17 juillet. — " J. E. Quibell, op. cil., p. 30, n 10, pi. xi.iv, n. 1. à gauche. ^ " Ihid., n. 11, pi. XLiv, n. 1, à droite. — " Ibid., n. 21, 22, 28, 30, 40, 41, 45, 49, 51 , 52. 53, 54, 55, 59, 62, 75, 80, 82, 83 85, 87 88.

CIIAQQARA

parfois suivie de Amen '. On rencontre aussi, bien que rarement, la formule : iv Etprivr,, àjiriv, une fois en grec ', six fois en copte '.

Plusieurs cpitaplies nous font voir deux ou trois noms commémores sur la même stèle *. Est-ce par économie? Est-ce pour indiciuer des inhumations contiguës? Est-ce un témoignage suprême d'amitié de ceux qui qiiomoilo in nita sua dilexcrunl se, ita et in morte non stint separati? On ne sait que répondre. La majorité des inscriptions mentionne des défunts, quelques-unes cependant rappellent des défuntes. Y aurait-il eu à Cliaqqara comme sur plusieurs autres points de l'Égj'pte monastique ^ des communautés d'hommes et de femmes assez rapprochées? C'est possible et même vraisemblable. Mais le cimetière du monastère d'apa Jérémie a été bouleversé, les épitaphes ont été retrouvées en tous lieux, servant souvent de dalles de pavement; il est donc impossible de dire si un monastère de nonnes vivait à quelque distance du monastère des moines. Quoiqu'il en soit, l'épitaphe dama Susanna (fig. 2610), l'abbesse du grand couvent, mérite d'être citée' :

I! O Père, ô Fils, ô Saint-Esprit, apa Jérémie, apa Enoch, saint Micliel, saint Gabriel, sainte Marie, notre père Adam, notre père Abel, notre père Seth, notre père Jared ", notre père Mathusalem, nos pères les Patriarches, nos pères les Apôtres, les vingt-quatre Vieillards ', nos pères (les) MartjTS, notre père apa ApoUo ', apa Anoub, apa Phib, apa Macaire'", apa Sourous", apa Jean de Pake, apa Moyse 'SapaAbraham le robuste, apa Apollo le brillant (et ) tous les saints suivant leurs noms, ayez pitié d'Ama Susanne, la mère du grand monastère, qui est allée à son repos le 22* jour de Payni, dans la douzième indiction. Sa sœur INIartyria est allée à son repos le 8^ jour d'Athyr de l'iiidiction. .loseph son fils est allé à son repos le... jour. " On serait porté à croire d'après cette date laissée en blanc que l'épitaphe de Susanne a été l'œuvre de Joseph qui comptait venir un jour reposer à côté d'elle.

X. Le cautulaire. — Une autre série de documents nous restitue quelques pages du cartuUùre de Saint-Jérémie. La situation économique de l'Égj'pte à l'époque romaine et à l'époque byzantine fut souvent difficile par l'eflet d'un régime fiscal écrasant. Le domaine du prince était, en tout, premier avantagé ; l'État était à peine moins bien traité et les contribuables avaient à fournir ce budget formidable publié dans chaque province aussitôt fixé et reçu. En le lisant, les sujets de l'Empire savaient aussitôt ce qu'ils auraient à payer et ils avaient la consolation de savoir à quels usages le Trésor emploierait leur argent. Cet impôt que l'empereur fixait d'après les besoins de l'État était l'impôt réguUcr par excellence, le canon; le seul, ou peu s'en faut, qui pût atteindre les biens des Églises auxquels les biens des monastères étaient assimilés. Ils se trouvaient donc en principe également soumis à l'impôt foncier, ils lui échappaient généralement en fait. L'impôt foncier n'atteignait d'abord que les terres pouvant donner un revenu appréciable, champs, vignes ou prairies. L'estimation de ce revenu

entrait pour beaucoup dans le classement de ces terres sur le cadastre,dans l'évaluation de l'impôt dont elles devaient être frappées. Or, des moines ne vivant pas en communauté compacte, mais disséminés, ne s'associant pas pour le travail des champs,recherchant de préférence les lieux incultes et les cantons arides etdéserts, ne devaient pas tirer grand profit du sol. Avec un peu de bienveillance, surtout en Ég>-pte où la terre a besoin d'être cultivée pour être productive, on pouvait classer leurs possessions parmi les territoires incultes et les soustraire ainsi à l'impôt. « D'ailleurs, jusqu'au temps de Justinien, l'Egypte, sous l'autorité de l'Augustal et du patriarche, était, en quelque sorte, dans l'empire un pays à part. Ainsi qu'on peut le voir dans un édit de ce prince sur les Alexandrins et les provinces d'Egypte, le patriarche intervenait souvent dans le paiement des contributions, pour obtenir au moins des délais, et il arrangeait un peu les choses à sa guise, de bonne entente avec les magistrats. Du reste, une loi édictée par l'empereur Théodose II, dans le but d'encourager l'agriculture, permettait de fermer les yeux sur les défrichements opérés par les moines. En effet, cette loi défendait de rechercher pour les porter sur le cadastre et les imposer d'après leur valeur, les portions de terrain nouvellement plantées ou mises en rapport d'une manière quelconque. On devait également omettre au cadastre les terrains que le Nil laissait à découvert, quand il lui arrivait de modifier son cours, ce qui n'était point rare ". » Grâce à la multiplication de ces concessions, de ces privilèges; les revenus que le rendement de l'impôt fournissait à l'empire étaient très réduits. Quand le conflit théologiquesi imprudemment soulevé par Justinien agita l'Égjpte, la mauvaise volonté ouverte réduisit encore le revenu et les moines prenant parti en masse contre la théologie du basileus contribuèrent pour une large part, grâce à leur influence, à ce fâcheux résultat à un moment où les besoins d'argent croissaient chaque année. Alors ce fut fini des exemptions. Justinien décida que tous ceux qui avaient fait profession d'abandonner la vie séculière devraient vi\Te réunis en communauté, sous un supérieur, dans l'enceinte d'une clôture. Il s'en fallut que les ordres fussent appliqués partout, beaucoup de « macariens » échappèrent et gardèrent leur genre de vie; le reste, bon gré mal gré, dut plier et se résigner à l'embrigadement, à la clôture et au payement régulier de l'impôt; c'était là surtout ce qu'on demandait d'eux. Justinien, acculé aux expédients financiers, imaginait alors de réunir par Épibolèles terres stériles avec les terres fertiles voisines, d'en former des lots indivisibles dont on étabUssait la contribution non d'après le rendement, mais d'après la contenance totale: le paiement des arriérés était assuré par la garantie prise sur tout ce qui appartenait aux corps municipaux des villes. Dans les campagnes éloignées de toute grande ville, il existait des méirocomiM, sorte de bourgs associés ne formant qu'un seul canton ou ; plutôt un seul tout administratif, dont les membres^ répondaient collectivement les uns des autres. D'après les vues de Justinien, les moines épars, « macariens »

'//>irf. n.21,30,31,32, 33,41,81, 82.—' Ibid., n. 37.— » Ibid., n. 32, 49, 56, 75. 84, 86. — « Ihid.. n. 8, 28, 30. — ' Diclionn., t. il, col.3110sq. — • Quibell, op. ci/., pi. XLvn, 2, p. 36, n. 27. — ' Gènes., v. 15-20. — • Apoc., iv, 4. — • Apollo, Anoup et Phib, patrons du monastère de Baouit. A'oir ce mot. Cf. W. E. Crum, Zeilschrift fiir agyptische Sprache, t. xl, p. 60. — '° Les apa Macaire ne se comptent pas. — " Peut-être celui que Pakhôme mit à la tête du monastère d'Esneh. — " Peut-être celui d'Abydos. — "^ E. Révillout, Huit papyrus coptes du musée égyptien du Louvre, provenant du monastère de Saint-Jérémie de Memphis et relatifs aux intérêts de Fempire bysantin, dans

Congrès international des orientalistes. Compte rendu de la première session, Paris, 1S73, in-8°, Paris, 1876, p. 471- 524; 1878, t. m. Supplément aux mémoires; t. m, p. 55-68. Lemêmeauteursignalaitaumuséeég>-ptien de Turin • une série de petits papyrus en cursive qui appartiennent également au cartulaire de Saint-Jcréniic. ■ Il en avait égaré les copies. Les originaux ont été publiés par E. Révillout, Papyrus coptes. Actes et contrats des musées égyptiens de Boulaf et du Louvre, dans Études égyptologiques, 5« livr., Paris, 1876, p. 100-108, n. 3-10, correspondant à la publication précédente dans l'ordre suivant :1=3;2 = 4;5=5^ 3 = 6: 4 = 7; 6 = 8; 7 = 9; S = 10,et pi. 16, 17, 18.

CHAQQARA

ou « sarabaïtes » comme on les appelait, ne fuient pas distingues des cénobites, vivant en communauté. On les relança individuellement et on les joignit aux autres habitants composant une mélrocomie, mêmes impôts, mêmes corvées, mêmes charges. Nous allons voir, grâce au cartulaire de notre monastère, comment ies moines de Saint-Jérémie s'arrangèrent pour s'acquitter de l'impôt.

Un premier papyrus s'exprime ainsi :

7 Au nom de Dieu, moi Pachanos Tds..., habitant d'Éité, j'écris à l'apa Kire, archimandrite (du couvent de S.) Jérémie, et à l'apa Enoch, fils de Pierre (?économedu monastère de) l'apa Jérémie, à savoir. Puisque rempi'reur(aordoniié) à votre égard (que vous

paieriez un impôt de holo)cots ' d'or... Puisque

(moi... je cautionne) sans aucune amphibologie, en sorte que, quand bien même (l'impôt) arriverait à atteindre son... ['?maxinium], je vous en délivrerai, et je le prendrai ;\ ma charge, selon la manière que l'empereur le fixera sur moi. Comme garantie j'ai fait ce contrat en votre faveur, aujourd'hui, quatrième [du mois] de Paj'ni, de cette année, deuxième de ï'indiction. Je vous jure, par Dieu tout-puissant, que j'observerai cet acte selon sa teneur.

7 Moi, apa Isaac, économe de Saint- Horon de Persis de Babylone, je suis témoin.

7 Mol. Élie, fils du bienheureux Aléna, habitant de Paa..., territoire dans le nome de Memphis, je suis témoin.

Moi, le soldat de l'Antidux, je suis témoin.

7 Moi, apa Énoeh, de Saint-Ba... de Persis de Babylone, j'ai écrit de ma main cette charte et je suis témoin.

Le moine Enoch, rédacteur de la charte, était un citadin. « La langue qu'il emploie, remarque E. Kévillout, est définitivement plus correcte, plus régulière, plus analogue au bon copte que le patois des autres actes rédigés par les habitants de Saint-Jérémie ^; son écriture est aussi plus belle et mieux formée. Peut-être est-ce lui qui avait découvert et amené le bienfaiteur Pachanos et qui, par surcroît de prévoyance, tint à rédiger l'acte qui engageait ce dernier. Dans d'autres circonstances, les moines de Saint-Jérémie auraient peut-être dillicilement rencontré quelqu'un pour les tirer complètement de peine par un tel acte de libéralité. » En général, les moines qui s'isolaient dans leurs cellules, les macariens et les sarabaïtes, provoquaient peu la charité de leurs voisins à leur profit. Dans les papyrus qui proviennent des moines établis dans les ruines de 'Thèbes et qui se trouvent dans les collections de Boulaq, de Londres, de Paris, etc., et qui sont tous postérieurs en date à l'époque de Justinien, on trouve un grand nombre de contrats de vente, de partages testamentaires entre descendants, d'assignations d'enfants à un monastère, etc., etc., mais pas un seul legs pécuniaire, pas une donation vraiment importante en faveur de ces moines. Ce qui ressemble le plus à une donation, c'est l'abandon définitif qui leur est fait, conformément à la loi romaine, d'un terrain défriché par eux après avoir été longtemps abandonne et être devenu stérile. Mais il faut voir dans les documents coptes à quel point les monophy,sites d'Égj'pte s'étaient exaltés dans la lutte contre l'emijereur, dont un de leurs auteurs parle en ces termes : « l'impie et impur Justinien, qui bouleverse le nujndc entier. » Comme il avait entre les mains la force, et comme il l'avait fait sentir cruellcmenl, on avait renoncé aux séditions ouvertes; mais on criait à la persécution, on maudissait le prince et on se groupait pour assister

' ISholocot correspond au solidus, — = K. Revillout, 'Papyrus copies, p. 507.

le mieux possible ceux qui semblaient menacés par les lois. Dans de pareilles conditions, un nouvel impôt sur un monastère devait paraître une mesure hostile, une vexation préméditée, une persécution religieuse, déguisée sous une apparence purement fiscale. De là le zèle extrême du répondant cherché, qui, ne se bornant pas à une simple caution, prenait tout à sa charge, sans vouloir en être jamais remboursé. De là, le concours de tous ceux dont les noms figurent au bas de cet acte. Les monophysitcs espéraient encore un nouveau retour de fortune oomme ils en avaient eu dans le siècle précédent, et ils ouvraient leur bourse sans compter, comme on l'ouvre dans une crise nationale.

«Mais la crise se prolongeant, les moines de Saint- Jéréniie ne pouvaient pas rencontrer toujours autour d'eux les mêmes sentiments de générosité émue, alors qu'on se serait habitué à les voir atteints par l'impôt. En effet, les sept autres actes ne ressemblent plus au premier. î.es moines avaient dû trouver par eux-mêmes le moyeu de faire face à cette charge nouvelle et à toutes les autres dépenses dont les grevaient les lois de Justinien sur la vie monastique. Obligés par ces lois d'avoir une clôture, une enceinte fermée, des portes. peut-être des grilles: obligés de cultiver le sol pour en payer l'impôt au moyen de ses produits, et, à cette fin, de multiplier les instruments aratoires; obUgés,du reste, de paraître sous la domination absolue d'un abbé, alors même qu'en fait ils conservaient l'indépendance relative du macarien ou du sarabaïte, le droit pour chacun d'avoir sa cellule, son pécule, etc., ils avaient pris pour y parvenir des arrangements curieux à étudier. Celui d'entre eux qui remplissait le rôle d'abbé les représentait seul au dehors. Seul il s'obligeait pour payer les instruments de labour, les ferrures des bâtiments, etc., qu'il achetait au mieux des intérêts communs. Seul il répondait des emprunts qu'il pouvait être contraint de faire pour acquitter l'impôt. Mais il avait pris ses précautions par rapport aux autres religieux, de manière à faire supporter à chacun une part contributive.

I Aussi, dans les sept actes dont nous parlons ici, le fond est-il toujours à peu près identique. Un même supérieur y figure comme spécialement cautionné pour l'impôt, et, en outre, pour toutes choses, soit au dedans, soit au dehors du monastère. Ce supérieur, le prêtre apa David, est qualifié archimandrite et higoumène. Non seulement, on le cautionne pour les dépenses à faire, les obligations à contracter, mais les religieux déclarent que, partout où il ira, il fera avec eux, au point de vue juridique, une seule et même personne. Il sera leur représentant à tel point qu'il les obligera, par les contrats qu'il pourra faire, comme s'ils figuraient eux-mêmes nommément dans lesdits contrats. A ces conditions il agissait pour eux comme s'il eût été, en effet, le chef réel et tout puissant d'une communauté véritable tel que Justinien le voulait. Il traitait seul avec les tiers, sauf à se faire indemniser par les ressources personnelles de chacun des intéressés. Rien ne pouvait être mieux imaginé pour conserver dans la réalité, aux moines de Saint-Jérémie, leur règle propre, leur vie traditionnelle, tout en leur donnant les apparences de la soimiission aux ordres formels d'un empereur exécré.

II On avait arrangé tontes choses de manière à couvrir apa David pour l'éventualité la plus à craindre alors. Les évêques ayant reçu de Justinien le droit de surveillance et de juridiction directe sur les monastères et leurs abbés, il pouvait arriver un jour ([u'un cvêque de Babylone d'Égypte(voir Cvinr;, t. ti, col. 1552), désigné par le patriarche orthodoxe d'Alexandrie, voulût visiter par lui-même les moines do Saint-Jérémie, et qu'il fît du zèle dans le sens des prescriptions impé-

CHAQQARA

riales. Ne les trouvant pas dans les dortoirs, dans les salles communes, mais dans des cellules séparées, il pouvait fort bien leur contester leur caractère de religieux et, les traitant comme des séculiers réunis momentanément dans une association plus ou moins illicite, les forcer peut-être à se séparer, de même que les moines de Scété expulsés vers ce temps par les ordres de Justinien. En pareil cas apa Da\id, privé de la qualification d'archimandrite ou d'higoumène, n'eût pas été censé l'avoir jamais reçue et possédée légalement. Mais tous ceux qui avaient contracté avec lui auraient conservé leur recours contre lui. Car, redevenant simplement dans le présent et dans le passé le prêtre David, il ne perdait pas à ce titre la faculté de s'obliger envers autrui, d'être débiteur, pas plus que celle d'être créancier et d'exercer ses droits contre ceux qui s'étaient personnellement obligés envers lui. Les habitants du monastère de Saint-Jérémie se seraient trouvés dans une position analogue. Ayant traité chacun en son nom personnel avec l'abbé David, ils ne cessaient pas d'être liés envers lui, d'avoir à tenir compte de ce qu'il avait fait avec leur mandat et leur caution, en cessant d'être considérés comme moines au point de vue juridique.

€ Toutes les fois qu'une association a craint de se voir contester rétroactivement l'existence légale, le caractère de personne civilC; elle a recouru n des procédés de ce genre. Tous les religieux de Saint-Jérémie ne figurent donc pas dans un seul et même acte. Il était peut-être, en efiet, mieux entendu de les diviser en plusieurs groupes pour mieux faire ressortir le caractère personnel et indélébile de l'obligation que chacun d'eux contractait en son propre nom, et non pas seulement en tant que moines de ce monastère, envers celui qui y figurait comme archimandrite. Deux de nos actes portent expressément la mention que tous les souscripteurs sont moines de Saint-Jcrémie. La question est donc d'une netteté absolue en ce qui les touche. Au contraire, dans d'autres pièces, les parties contractantes ne prennent pas le titre de moine. Mais il est clair que s'il ne se fût pas agi d'habitants du Heu même où l'acte était passé, on ne se fût pas contenté de désignations aussi succinctes que celles-ci : » l'apa un tel » ou même simplement « un tel n et on aurait ajouté soit le nom patronj'mique, soit le lieu d'origine, comme dans le contrat de Pachanos. Nous pouvons donc être assurés que, soit moines, soit laïques, tous ceux qui figurent dans nos papyrus coptes résidaient dans le lieu dit Saint-Jérémie et répondaient pour l'apa David comme co-intéressés. »

Papyrus 2 : j George, Ounnofre, Jérémie,Abecemon, Mena, Apollon, nous écrivons à notre Seigneur et Père apa David, prêtre archimandrite et higoumène du monastère de Saint-Jérémie, à savoir : Nous cautionnons entre tes mains... pour lui [le monastère], et en toutes choses en dehors de lui, pour son impôt et pour toute chose. Des frères en témoignent : moi Cosma Djimous, je suis témoin; moi, George Xeré, je suis témoin.

Papyrus :i : [f Nous... apa David...] du monastère de Saint-Jérémie, de la montagne de Memphis, à savoir : Nous le cautionnons... dans le pays d'Ég^-pte et en dehors de lui [pour l'impôt] que l'empereur fixera à sa charge, et nous sommes ses ayants-cause en tout lieu où il ir:i. Et des personnes sont témoins : moi. Mena Alxaï, je suis témoin. Écrit le S du mois de Paophi, indiction 3' .

Papyrus 4 : y Au nom (de Dieu, nous Pinoch), apa Orion et apa Jean, nous tous (moines) du monas-

' J. Krall, Neue koptische und griechische Papyrus, dans Recueil de travaux relatifs à la pliilologie et à l'arcliéologie éggpliennes et assyriennes, 1885, t. vi, p. 63-66. — ' Stern,

tére(de Saint-Jérémie, du mont de Memphis, nous convenons) avec notre père aimant Dieu, apa David, prêtre, archimandrite et higoumène, à savoir : Ntus sommes caution pour loi, nous Pinoch, Orion (et apa Jean)... (dans ce pays d') Égj'pte, et nous le (sic) cautionnons en toutes choses... et pour ce que l'empereur fixera à sa charge en tout lieu. Et des personnes sont témoins : Moi Victor Isak, je suis témoin; -j-moi, Joseph (je suis témoin); moi. Mena Alxaï, j'ai écrit de ma main et je suis témoin. Écrit dans le mois de...

Papyrus ô : Au nom de Dieu, d'abord, moi... (et moi] Calipeche Anoub, nous tous... qui souscrivons ici nous disons à l'apa David, prêtre, (archimandrite) et higoumène du monastère de (Saint-Jérémie) du mont de Memphis, à savoir ; Nous cautionnons pour toi... dans le pays d'Égj-pte et nous le cautionnons pour toute chose en dehors de lui et pour ce que l'empereur fixera à sa charge, et nous sommes ses ayants-cause en tout lieu où il ira. El d'autres personnes sont témoins, dont voici les noms : moi, .\braham Atok, je suis témoin; moi, Daniel, je suis témoin; moi. Mena Alxaï, je souscris 77.

Papyrus f> : Au nom de Dieu, d'abord, moi Élie Colthe... et Jean, apa Kire, nous écrivons au Père aimant Dieu, apa David (prêtre), archimandrite et higoumène du monastère de Saint-Jérémie de Memphis, à savoir : Nous sommes caution pour ta paternité... Jacob, pour son impôt et pour ce que l'empereur fixera à sa charge... En garantie... pour ta paternité, d'autres frères sont témoins : Moi... Jacob, Paul... et Abraham..., nous sommes témoins...

Deux autres pap^Tus sont trop fragmentaires et d'ailleurs sont aussi des cautionnements (Pap. 7 et ï). Quatre autres actes copies sur papyrus provenant de monastère ont été publiés d'après les originaux du musée de Berlin '. "Tous ces textes coptes appartiendraient, d'après Révillout, à une époque très rapprochée sinon contemporaine de Justinien, tandis que Stern ne les croit pas antérieurs au viii» siècle •. Malheureusement, les personnages mentionnés ne sont pas connus par d'autres pièces historiques: la paléographie fort médiocre du scribe Mena Alxaï permet diflicilement de fixer une date que d'autres découvertes pourront préciser.

XI. DERNif-RE PERIODE. — Rufiu, dès la scconde moitié du iv siècle, signale dans les parages du monastère que nous étudions la présence d'un grand nombre de moines : Vidimus aiitem in regionibus Mempheos et Babylonis innumerabiles multitudines monachorum apud quos cl divilias virlutum, grattas acmorum ornamenlaperspiciwus '. Ce dut être l'époque la plus prospère pour le monastère d'apa Jérémie. Dès le VI' siècle, les moines obligés de payer l'impôt voyaient précisément à celte époque la viUe voisine de Memphis s'ensabler peu à peu et se réduire au rang d'un misérable village; même le siège épiscopal avait été transféré dans la forteresse de Babylone d'Égj'pte; et le monastère semble avoir hérité un moment de la prospérité qui désertait la ville. C'est ce que permet d'entrevoir un papyrus grec du Louvre tracé sur plusieurs colonnes et mesurant 2'°ô0 sur 0°'20. D'après la paléographie, ce long monument opistographe semble remonter au vii= siècle environ. Le premier titre, d'un déchiffrement difficile, annonce des noms de paysans : ovoaaTa FT' (= ycupyiwv), se rapportant « aux alentours ou aux bourgs voisins de Memphis, > et dont la liste a été dressée le 4 du mois de Pharmouthi, indiction 5^ Suit une autre liste rédigée le lendemain; puis une troisième rédigée l'année sui-

dans Zeitschrijt /ûr àgyptisclie Spracite, 1885, t. xxiii, p. 155. — • Vitœ patruni sive tiistoriœ lieremiticîe tib. X, Antuerpise, 1628, édit. Roswcydc, p. 170.

CHAQQARA

CHARAGAN

vante au mois de Pachons, enfin une quatrième liste.

n semijlc vraisemblable que ces listes se rapportent à quelque corvée imposée aux habitants, car chaque liste mentionne avec soin les bourgs et les villages et met en regard les noms d'un certain nombre d'hommes désignés comme dans le premier titre TP etaprès lesquels on voit figurer souvent « un chameau » ■/.xtir,'). ot. suivi d'autres sigles dont le sens échappe, mais qu'on ne désigne individuellement, mais par unités comme on ferait pour des animaux. Les hommes de corvée variaient à chaque liste et ces mutations exigeaient la rédaction de listes nouvelles. Mais le chiffre total de la corvée était fixé, ce qui indique qu'il était proportionnel au nombre des habitants. Ce nombre, indiqué dans l'addition numérale des hommes demandés pour chaque bourg, répond toujours avec une remarquable exactitude à celui des individus indiqué dans la hste. Il n'en était pas tout à fait de même pour les autres chiffres portés dans l'addition de ce qui était demandé pour chaque bourg après le nombre des hommes et dont au moins une partie 'varie à chaque liste et ne semble pas établie d'après un calcul proportionnel. La seule exigence de ce genre, c'est celle d'un chameau, /.aiiï]). a., pour le monasière d'apa Jérémie, d'un autre pour la ville de Memphis, d'un autre pour le bourg d'Aniaguè et d'un autre pour le bourg de Boutô.

Voici le tableau comparatif des différents centres avec le chiffre de corvéables requis :

Monastère d'apa .Jérémie. 18 hommes.

Ville de Memphis 8 —

Bourg de Psyché 2 —

Bourg de Ptolémée. ... 4 —

Bourg de Pkmè 5 —

Bourg de Pinarch 5 —

Territoire de Pinarch... . 3 —

Bourg de PentasÔ .... 2 —

Bourg d'Aniaguè 12 —

Bourg de Chemma .... 2 —

Bourg de Themma .... 5 —

Bourg de Paabé 11 —

[ Villa neuve 1 —

Villa d'Ermai 1 —

Bourg de Pitô 2 —

Bourg de Chempabi ... 6 —

Bourg de Boutô 12 —

Bourg de Taam 2 —

Bourg de Per 3 —

Villa de Parorios 12 —

Villa d'Aphrodite .... 2 —

Bourg de Bousiris .... 2 —

On voit d'après cela que le monastère était devenu le principal centre de population du pays. Notons que dans la première de nos listes, avant la désignation des paysans de chaque bourg, on trouve ordinairement un ttigtiz {= niaTizo;), homme de confiance ou conducteurdes travaux, un contremaître, qui n'est jamais. compris dans l'addition; son nom précède les autres en face du lieu dit et fait un alinéa séparé. Les moines n'étaient pas exempts de ce genre de corvée, car on indique souvent un titre ecclésiastique comme acvra, Tip (= 7rp;(jr5-JTîpo;), 5tax (oiixovo;). oix (ot/.ovo|j.o:). Parfois on trouve la mention d'un remplaçant indiqué par un sigle entre deux doubles noms et alors dans l'addiUon on compte une seule unité et non pas deux. Souvent ce remplaçant habitait un bourg différent, soigneusement indiqué dans la liste '.

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