XII. Occupation .\ii\nE. — En 182.'ï, Silvestre de
'E. ReviUout, op. cit., p. 513-619. — » S. de Sacy,
Mémoire sur quelques papyrus écrils en arabe cl réceni-
Saey édita et commenta deux textes arabes =. L'auteur de la découverte lui écrivait : « J'ai trouvé ces manuscrits à la surface d'un tombeau (ou puits), enfermés dans xm petit vase de terre cuite et cacheté, le tout enfoui dans le sable, aux montagnes de la ville de Memphis, près des pyramides de Saccara... »
Voici le texte de ces curieux documents, des passeports remontant à l'époque de l'occupation arabe et accordés à des habitants du monastère d'^lpa Hieremias devenu Abou Henm's. Ce sont des gens mariés, et on peut en induire que peu à peu les bâtiments jadis occupés par les moines avaient été envahis par de pauvres ménages qui y trouvaient des logements peut-être plus confortables et plus solides que ceux qu'ils eussent su se construire.
En haut du premier passeport, il y a un mot isolé qui doit être lu : // a été transcrit.
« .\u nom du Dieu clément et miséricordieux.
« Ceci est un écrit donné par moi, Djaber fils d'Obeïd, intendant de l'émir Abd.\lmélic, fils de Yezid, et préposé à la province de Memphis, à Samia FeUbek, imberbe, corpulent, roux, ayant le nez relevé en bosse, louche, incirconcis ; et à Féloudj Halbé, imberbe, roux, louche, incirconcis : tous deux habitants du (lieu nommé le) monastère d'Abou Hermès, du nome de Memphis; attestant que je leur ai permis de se transporter dans le Saïd, avec leurs femmes, leurs provisions et leurs marchandises, jusqu'à la fin de schawal de l'année 133. .Si donc quelqu'un des intendants de l'émir, que Dieu lui accorde le bonheur I les rencontre, il ne doit leur apporter aucun empêchement... Écrit par Ibrahim... le premier jour de la lune de schawal de l'an 133. »
Le deuxième passeport est accordé en la même année, par le même intendant, à un autre habitant du monastère qui se rend, lui aussi, avec sa femme dans le Saïd.
La date est certaine et se trouve vérifiée par celle du deuxième document. Le bas du premier papyrus a été roulé et retenu par quelques filaments qu'on a repliés sur la partie roulée, et arrêtés par un cachet en argile sur lequel on lit en caractères coufiques : " Djaber a remis tous ses intérêts au (Dieu) clément (et) miséricordieux. »
D'après la chronologie de Makrizi, on voit qu'Abd Alméhc gouvernait l'Egypte depuis deu.x mois quand furent délivrés ces passeports, en 133 de l'ère musulmane, par conséquent en 755 après Jésus-Clirist. « On pourroit s'étonner que des Égyptiens, habitans du canton de Memphis, aient eu besoin d'un passe-port pour faire un voyage dans le Saïd; mais je dois observer que l'époque de laquelle ces passe-ports sont datés coïncide avec celle de la chute des Ommiades et le commencement des Abbasides; que le dernier khaUfe ommiade avoit cherché un asile en Egypte, et que le changement de dynastie occasionna des troubles et des hostilités dans ce pays. Il n'est pas surprenant que, dans de telles circonstances, on ait soumis les chrétiens indigènes de l'Egypte à une surveillance qui pouvoit ne pas avoir lieu dans des temps plus tranquilles '. »
H. Leclf.rcq.
CHARAGAN. Parmi les livres liturgiques de l'Église arménienne nous devons accorder quelques instants d'attention à un grand recueil hymnologique appelé le Charagan, qui s'est accru successivement du v» siècle, où il a été commencé, jusqu'au xiv", où le cycle a été clos. Le Charagan est composé de chants dits « charagans », tour à tour reçus dans la célébration publique ou la récitation privée de l'olTice des fêtes. Vingt auteurs ont
ment découverts en Égijpte. dans le Journal des sauans, 1S25, p. 402-172. — ' îlnd.. p. 463.
CHARAGAN
concouru à former ce recueil, et parmi eux se lisent Jes noms d'écrivains renommes qui ont toujours été en possession du plus profond respect. Les écrivains les plus autorisés y figurent, patriarches, évêques, vartabieds; ce sont : Sahag ou Isaac I" katholicos d'Arménie (390-440); — Mesrob dit Maschtotz, vartabietl (468); — Jean I<", katholicos, de la race des Mantagounis (485); — Moïse de Khorène, historien; — Ananie de Chirag (553); — Kornidas, katholicos (629); Isaac Dzoraphoretzi, katholicos (681); — Jean Odznetzi, katholicos, dit le Philosophe (718); — Etienne, archevêque de Siounie (772 ); — Grégoire Slaghistros, polygraphe (1058); — Pierre I"' Kédatardz, katholicos (1019): — Xersés de Klah, katholicos, surnommé Schnorhali (1169); — Xersès Lampronatzi, archevêque de Tarse, en Cilicie (1200); — Grégoire le Jeune, katholicos (1197): — • Vartan, vartabied (12(8);— Jocques de Klah, vartabied (1270); Jean Blouz, vartabied (1300). Le canon des « charagans » fut définitivement arrêté à cette date par Arakel, évêque de Siounie, aidé par un prêtre nommé Etienne. Leur travail a fait autorité, il ne reste de doute que pour un fort petit nombre de personnages. La plupart des écrivains dont on vient de lire les noms ont composé la notation musicale suivant laquelle les cantiques dont ils sont les auteurs sont exécutés conformément à un usage ininterrompu.
Le Charagan forma un supplément officiel au psautier et aux cantiques de l'Ancien Testament; il rendit à l'Église arménienne un service analogue à celui que les hymnes rendaient aux Églises occidentales; c'était une forme nouvelle, plus conforme au génie indigène, d'exprimer des croyances et des vérités que les chants bibliques ne pouvaient exprimer. « 11 n'y faut pas chercher une versification savante, ni même l'essai d'un système de prosodie et de métrique. Ce sont des stances rythmiques qui semblent des amplifications du verset hébreu, et qui se meuvent avec uie certaine liberté : elles sont appropriées au chant avec des modulations fort diverses, suivant le sens des paroles. Le plus souvent les auteurs ont pourvu eux-mêmes à l'exécution musicale de leurs cantiques : on a conservé dans les manuscrits de nombreux signes qui marquent les différentes intonations affectant les mots et les syllabes, et cette antique notation est reproduite jusque dans les éditions imprimées du Charagan. La phrase est assez souvent périodique; mais le style n'est que rarement travaillé à l'excès. La forme s'élève quelquefois à une grande beauté; cependant elle n'a rien de compassé ni de symétrique, comme il en sera plus tard dans les œuvres poétiques du moyen âge arménien asservies au calcul des syllabes et même aux lois de la rime. Les cantiques de saint Nerses Schnorhali, qui ont été admis dans l'hymnaire, sont écrits en vers se succédant en mesures syllabiques, mais distribuées en stances de quatre vers pour la plupart '. »
On distingue huit modes principaux dans l'exécution quotidienne des « charagans »; quatre sont les tons authentiques et quatre plagaux =.
1=' ton auth. Lun^u,il!ii Aujii (arradschin tsain); abrév. : <"•>•
1" ton plag. uin-u,^l/i, linqlTb {anadschinkoghmm); abrév. : «"^•
2" ton auth. /.-pJ/(,:,p.i ^uiji, (Jerkrord tsain); abrév. : p->-
' F. Nève, L'hymnologie arménienne. Le eharagan, dans Le Muséon, 1S85, t. iv, p. 359-368; F. Xève, L'Arménie chrétienne et sa liltérature,in'8o, 1886, p. 46-58; Barthélémy Saint-Hilaire, dans le Journal des savants, 1886, p. 734.
2'- ton pjag. u/i u/Y 4„,^yi {anag kogbmm); abréviat. : p^.
3' ton auth. I^pp-pt ^ut/u (Jerrod lsain);ahré\. : '/•!.
3^ ton plag. i/uin- (wniT); abrév. : f^-
4" ton auth. ^"/»/»"/>7- Auj/i, {tschorrord tsain); sb^éviat. : 7<».
4' ton plag. '[tp^ (wferdsch); abrév. : qlf
Des signes particuliers, au nombre de vingt-quatre, ont été mis en usage pour indiquer l'accentuation et la tonalité des syllabes. Ce sont :