II. L\ FÊTE DE L.V CH.\IRE DE SAINT PlERRE XV
IS JANVIER. — Qu'il n'y ait eu à l'origine qu'une seule
' Mgr Duchesne, Les origines du cuUe chrilicii, i' édit., p. 284. — 'Thomassin, Traité des fesles de l'Église. Paris, 1697, p. 281, 283. — ' Sacrcimentariurn Leonianum, éd. Feltoe, Cambridge, 189G, p. 123 sq. — ' Cicéion, De o/Ticiis, 1, 17, 59; Ovide. Fast., ii, 617; Martial ix, 56. Cf. W. Warde Fowler, The roman festival o/ Ihe period of the Repuhlic, London, 1899, in-S», p. 306-310; J. .\.Hild, Parenlalia, Parentatio, dans Daremberg et Saglio, Dicldes antiquités, t. iv, p. 333-334; P. Saintyvcs, Les saints successeurs des dieu.T, Paris. 1907, p. 79, 80. — 'Cf. en particulier les sermons cxc-cxcii dans l'appendice aux sermons de saint .\uguslin. Au sujet de ces homélies, voir le III. — 'Rationalc divinoruin olfieiorum, P. L., t. ccii.
fête de la Cathedra, c'est un fait prouvé par l'examen des calendriers, martyrologes et autres livres liturgiques anciens. Missis innumeris propemodum niaiiijrologiis, kaleruiariis, aliisque lilurgicùrum librorum monumentis, dit Vezzosi, illud idem constat et ex cdiis a ven. nostro Thomasio vulgalis anliphonarii, gradalis, evangeliarii, leclionarii locis, in quibus, quum unicum occurrat Cathedra: S. Pelri festum, nullo signo indigitatur quœnam cathedra inlelligi debeat, an antiochena, cm poilus romaïui. Il conclut de l'examen de ces livres, que dans l'antiquité il n'y avait qu'une seule fête de la chaire de saint Pierre, célébrée dans l'Église romaine '. C'est aussi l'opinion des boUandistes », de Menard % de Cenni '° et d'autres auteurs cités par Vezzosi". Ce dernier semble admettre (pie s'il n'y eut d'abord qu'une fête de la chaire de saint Pierre à Flome, dans d'autres églises, notamment eu Gaule et en Espagne, il peut y en avoir eu deux. Mais il suflit d'étudier les anciens livres liturgiques ou les calendriers de ces églises, pour constater qu'il n'y eut là aussi d'abord qu'une fêle de ce genre. C'est le cas, par exemple, pour le Missale Gothicum, pou le lectiomiaire de Luxeuil, pour le ni'ssel de Bobbio'^. Ces témoignages seront corroborés par ceux des manuscrits des martyrologes et des calendriers que nous donnerons au n° IV.
Cependant, il faut remarquer que dans les documents gallicans, cette fête de la chaire ne semble pas, au premier abord, avoir été célébrée au 22 fè\Tier. La date est le 18 janvier,dit MabiUon". C'est en efîet celle que lui assignent d'anciens martyrologes et calendriers. Mais le Missale golhicum que nous avons déjà cité, la met après la fête de la conversion de saint Paul, donc après le 25 janvier; et le Missel de Bobbio, avant la fête de l'Assomption, assignée d'ordinaire dans ce rite au 18 janvier.
L'Espagne qui est aussi un des témoins de l'usage gallican n3 connaît que la fête du 22 février.
De plus, dom Wilmart fait à propos de la date cette remarque : c'est grâce à la revision gélasienne de la deuxième moitié du viii' siècle, qui a eu une si grande influence liturgique, que cette fête de la chaire, oubliée ou perdue à Rome, a fait sa réapparition dans la liturgie. Or, cette revision ne connaît qu'une fête de la Cathedra, celle du 22 février. Mais cette date et cette fête, la revision gélasienne ne pouvait la tenir que de l'usage gallican, ou, pour spécifier, de l'usage franc. C'est donc là encore, comme en Espagne, la date du 22 février et non celle du 18 janvier, que nous retrouvons. Et il ne parait plus aussi clair que cette dernière date représente l'usage gaUican.
D'autres témoins gallicans mettent la fête au 22 février, par exemple, certains sacramentaires gélasiens des Gaules (révision gélasienne du viii» siècle), sacramentaires de Saint-Gall, de Rheinau (Zurich), de Gellone, d'.\ngoulême, de Keims ".
Mais d'où viendrait alors la date du 18 janvier? où le recenseur auxerrois l'aurait-il prise? Selon Baîllet, ce serait la date d'une dédicace d'église à saint Pierre, mais il ne donne pas de preuve '^. Pour Mgr Du-
col. 87. Durand de Jlende ne fait guère que répéter les mêmes paroles, Rational, trad. Barthélémy, t. i, p. 47. Cf. aussi les homélies qui portent la trace de ces coutumes, g VI. — ' Loc. cit., t. IV, p. 3. — ' Acia sanelorum junii, t. v, p. 459, 460. ^ » /;i noiis ad S. Gregorii sacranientnriiim, P. L., t. Lxxviii, col. 50,303. — "Disserl. de ronu caliicdra. in tom. iv .-Inas/asii, p. 150 sq. — "Loc. ci(.,t. iv, p. 4; cf. aussi, t. vi, p. 267, note 2. — " Tliomasi- Vezzosi, Opéra, t. vi, p. 267, note 2; Mabillon, Musœum italicuni, Lutetiœ. Paris, 1724, t. i. p. 297 — "Mabillon, Liturg. gallican., I. II, p. 120 et 121. - "Voir pour ces témoignages des calendriers et des sacramentaires le IV. — ■s Baillct, Les uies des saints, 1704, t. i, p. 230.
CHAIRE DE SAINT PIERRE A ROME (FÈÏE DE LA
chcsnc, le 22 fcviit-r tiimlianl souvent en carême, et la coutume, à laquelle les gallicans étaient très fidèles, ne voulant pas qu'on célébrât de tête durant cette saison de l'année, on évita cette occurrence en plaçant la fête en janvier.
Par suite de la fusion des deux usages, gallican et romain, les fêtes du 1.S janvier et du 22 février auraient pris place l'une à côlé de l'autre, et, pour les distinguer, mais sans aucun fondement historique, on appela celle du 22 février la fête de saint Pierre à Antioclie; ce serait simplement un doublet liturgique. Telle est du moins l'explication adoptée par Mgr Duchesne. .Mais, comme nous le disions tout à l'heure, est-il bien sûr que les gallicans n'aient pas célébré primitivement cette fête à la même date que les romains, étant donné surtout qu'ils empruntèrent, certainement, cette fête au calendrier romain'? Faut-il chercher l'origine de la date du 18 janvier dans ce fait que c'est à ce jour que se célèbre la fête de sainte Prisque, dont l'église sur l'Aventin eut l'honneur de garder à l'origine la chaire de Pierre'? Voir § V.
Ou bien, faut-il récourir il l'explication du D' Erbes, qui a essayé de trouver un autre fondement au choix de cette date'?
Selon lui, elle repose sur un calcul chronologique'. La durée de l'épiscopat de saint Pierre aurait été de 25 ans 1 mois 8 jours; si l'on admet le 18 janvier comme date initiale, on obtient par l'addition d'un mois huit jours, le 22 février. La coïncidence est curieuse, mais comme le montre P. Lejay, l'hypothèse repose sur des bases trop fragiles, et du reste le chiffre additionnel est en réalité non pas 1 mois 8 jours, mais 1 mois 9 jours ^.
Quoi qu'il en soit de la date et de l'origine, les livres gallicans nous ont conservé pour cette fête un formulaire liturgique qui mérite que nous l'étudiions à part.
III. Le formul.mre gallican et le romain. — Le Missale Gothicum pour la Mhsa in Cathedra sancli Peiri apostoli contient un ensemble de formules très intéressantes, que l'on retrouve du reste à peu près intégralement dans le Missale de Bobbio. Le cadre est gallican, comme on s'en rendra compte par le tableau suivant où l'on voit les deux textes parallèles :
MISS.\LE GOTIIICU.M
MISSA I\ CATHEDR.i S. PETRI APOSTOLI
Soïemn îtas pvœdicandte diem prœciptie nobilem...
COLLEi'TIn SE'.iriTrit. DcitS
qui hodierna die Beattim Petrtim post te dedisli caput ecclesiœ...
Posr .\oMi\A. Dettm qui leato Pelro lantam potestalem discipulo contulit...
CoLLErnO Ail PACEM. Cle~
mentissime conditor, qui lanta caritate succendisti discipulum...
Co.xrESTATto. Dignum et justum est qui dives infînitse ctemcntiœ...
PùsT sA.\cri s. Suscipe, Domine, inter angelieœ vocis officium. . ,
PoMT ^^Y.'iTEnlr^f. Ilœc gilur prœcepta semantes sacrosttnctii munera...
' Die Todestuge der Aposlel Paulus u. Petrus, u. ihre romisclieu Denl<miiler, Leipzig, in-S°, 1S99, — - Cf. Revue d'Iiist. et de littérature retigieuses, Paris, 1902, p. 363. — •Le Missale indique comme épitrc la 1" épître de saint
missale BOBBIENSE'
MISSA /.V CA TnEDR.\ S. PETRI