‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 215 sur 303 · DECEMBRIS · texte numérisé non relu

DECEMBRIS

0 Nieolai episeopi et confessoris.

m EulîUiïc virginis et niartyris.

l.i Luciœ virginis et martyris.

21 Tliomœ apostoli.

24 Vigilia Natalis Doniini.

25 Sativiias Doniini.

Anaslasije virginis.

26 Sfephani pruthonmvtijris.

27 Joannis ct'anyelistw.

28 Sancloritm innocentnm.

31 Silvcstri papïe et confessoris.

II est facile de voir que ce calendrier reproduit à peu près exactement l'ancien calendrier romain tel qu'il dut être à ])artir du ix' siècle jusqu'au xii^ '. Si nous ajoutons les fêtes de l'Ascension et de la Dédicace, nous avons le calendrier complet, qui comprend ainsi, en dehors des dimanches, trente et une fêtes de douze leçons, dont cinq fêtes de douze leçons simples, dix fêtes de chapitre et seize solennités. A ces dernières il faut joindre F'âques et la Pentecôte, avec, pour chacune de ces deux fêtes, les trois premiers jours de l'octave. Les fêtes avec octave sont Noël, la Pentecôte, l'Epiphanie, l'Ascension et l'Assomption.

Certaines occurrences produisent de curieux mélanges d'ollices résultant du principe de ne transférer aucune fête : ncc iilliim /csliim vcl viyiliam tiansniiilamiis -. Si, par exemple, l'.Vnnonciation coïncidait avec le dimanche des Hameaux, on faisait tout l'ollice de la fête, mais la messe était du dimanche '.

Nous avons relevé au calendrier quatre vigiles. Eu y ajoutant celles de Noël, de Pâques, de l'Ascension et de la Pentecôte, nous arrivons à un total de huit vigiles se célébrant avec messe '.

Au XII'' siècle, on ne célèbre pas chaque jour la messe conventuelle. Guigues nous en donne la raison : Harù quippc hic missa canitiir, quoniain prxcipue sliidiiiin et pioposilam iwstrum est silcnliu et soliliidini celliv vcicare '. Uu reste, tous les moines ne sont pas nécessairemcnl élevés au sacerdoce, eomme en té

' Cf. P. BatilTol. Histoire du bréuiaire romuin, nouv. édit., in-12, Paris, 18'.)3. p. 125 sq. — - Consuel., vi, P. l... t. CLiii, col. 647. — 'Constitutions de Basile. Dijon, nis. 61U (364). fa .39 v». — « Cons(ic(.. vill, 1, P. /.., t. ci.lll. col. 651. — ' Con.5iif(., XIV, 5, P. /,., t. cLiii, col. 65'.). — " Consnel.. IV, 12: vu, I, 1\ L.. t. CLiii, col. 643, 6I<J. — ■ Consml.. toc. cit., conimcnl<trius. — • Consuel., vu, pcr lotum, P. L., t. c.Liii, col.';617 sq. — ' Consuel., ix, 3, P. L., t. ci-iii, col. 653. — "Consuel.. viii, 1, P. L., t. cliii, col. 651. — "Consuel.. iv, 7 sq., /'. /.., t cliii, col. 641 sq. — "Consuel., m, 1, P. /,., t. CLiii, col. 641. — " Consuel.. iv. 31.

moigne le premier nécrologe du monastère. Les Consiicludines font à deux reprises allusion au petit nombre de prêtres ilisjionibles qui était cause parfois que la célébration de la messe conventuelle ne pouvait avoir lieu". Toutefois, il ne faut pas prendre trop à la lettre ce raro, ou plutôt, selon la remarque de Le Masson ', il faut l'interpréter par le contexte. Il s'agit spécialemenl, dans ce passage, des messes pour les défunts. Il y avait messe conventuelle chaque dimanche *, à toutes les fêtes de chapitre ', aux huit vigiles que nous avons mentionnées '", chaque jour de carême à partir du mercredi dis Cendres, le samedi suivant excepte avec celui qui précède les Rameaux ", chaque samedi des quatretemps '^, les trois premiers jours des octaves de Pâques et de la Pentecôte ", le 2 novembre pour tous les défunts", et chaque semaine une fois pour les bienfaiteurs. Il faut ajouter à cela un certain nombre d'anniversaires, mais ils n'étaient pas nombreux à cette époque ", et quelques rares messes dites niutulinales'^'. Nous arrivons donc à un total d'environ deux cents messes dans l'année, en supposant une douzaine d'anniversaires, chiflre qui fut vite dépassé.

IV. ori-KE roi n /./;s niiiiyrs. — L'agendc est ou plénicrc, agenda plenaria, ou quotidienne, quutidiana. Celle-ci diffère de la précédente en ce qu'elle n'a pour les neuf psaumes des trois nocturnes qu'une seule antienne, avec seulement trois leçons et trois répons que l'on prend à tour de rôle parmi les neuf leçons et les neuf répons de l'ollice complet. La première ne servait que pour l'oflice récité à l'occasion de la sépulture d'un mort et pour les anniversaires, d'où le nom d'agende propre ou spéeialc qui lui est également donné. Quant à la seconde, elle était d'un usage plus fréquent, iniisque, à l'exception des deux cas que nous venons de dire, elle se récitait chaque jour où l'oflice n'était pas de douze leçons ".

Lorsqu'un religieux meurt, il a, outre l'oflice de la sépulture, un tricenaire. De plus, on inscrit son nom au nécrologe, et son anniversaire se célèbre chaque année". Guigues refusa absolument d'admettre des anniversaires fondés parles séculiers, et cela pour des raisons qu'il expose en quelques lignes empreintes de sévérité : Xomen vero cujiisqiiani in suo non seribcnl marti/rologio, ncc ciijnsquam annii'crsdrinin ex more jacicnt. Audivinms enim, qiiod non prolnimus, plerosque loties splcndidc convivari, inissasqiie faccrc pariitos, quotics aliqui pro suis eis rolucrinl e.rliihcre defiinctis. (Juic consnetudo et altstinenliam tollit cl vénales facil orationes... Xulla quippe die coni'iinnin i>el missa décrit, si qui pascal numquam defucrit^''. Toutefois l'ordre fut bientôt amené naturellement parles circonstances à se départir de cette rigueur, sans pourtant laisser s'implanter les abus que redoutait l'auteur des Consuetudincs.

Le texte de l'ollice des morts se distingue de celui de l'oflice romain par le nombre plus réduit des antiennes, une seule pour vêpres, pour chacun des trois nocturnes et pour landes, en dehors de l'antienne du Magnificat et du liencdieliis. et par leur provenance exclusivement scripturaire.ce qui a également lieu pour les répons.

35, P. L.. t. ci.iii, col. 645, 647. — " Consuel., xi, t, P. L„ t. CLIII. col. 655. — '' Consuel.. xiv, 1, 4, P. L.. t. cLiii, col. 659. — "Consuel., iv, 29, 35; vu, 4; viii, 4. P. L., 1. (Liiii, col. 645, 647, 649, 651. — '''Consuel.. xi, 2, 3, P. ;,., t. CLIII. col. 655. Guigues ne nomme pas l'agendc quotidienne: mais la distinction spéciale qu'il établit pour l'agendc plénicre laisse assez entendre qu'il y en avait une autre. Défait, le bréviaire de Paris, au f 115v°, mentionne expressément Vagcndu quotidiann. — " Consuel., xiv, 1, P. ;.., t. CLIII, col. 659. — '• Consucf., XLI, 4, P. L., 1. CLIII, eol. 721.

CHARTREUX (LITURGIE DES

L'office de la sépulture, auquel les ConsncliKtincs ' consacrent tout un chapitre, est d'origine franchement monastique, et il se rapproche beaucoup de ceux de Cluny ^ et de Saint-Bénigne de Dijon '. Les psaumes récités pendant qu'on se rend au cimetière sont ceux qu'indiquent la plupart des rituels monastiques. La messe Rc(iiiicin n'existe pas chez les chartreux au xu" siècle. On chante à sa place l'oflice Respice, dont tous les éléments, à part la communion, sont pris des offices du temps.

II. PÉRIODE d'évolution (circa 1142-1259). — Nous abordons la première et principale phase d'évolution, dont le fait saillant est l'institution du chapitre général par saint Anthelme, en 1142*. Nous avons déjà entrevu quels tâtonnements se produisirent dès le début dans la constitution de la liturgie cartusienne; delà, un manque d'uniformité contre lequel le premier acte des chapitres généraux sera de réagir : Primum capilulurum (capituliim) hanc habct coiilinentiam, ni dU>iniun Ecclesiœ ofjicinm promus per omncs domos iino rilu celcbrctur. et ornnes consuftiidincs Carthiisicnses (Carlhusicnsis) donms, qua; ad ipsam religionem pertinent unimodc habcantur ^.

Deux dates bien précises marquent, l'une le plein épanouissement et l'autre le terme final de cette évolution. La première est l'année 1222, qui vit naitre une compilation à laquelle nous donnerons le titre de Stuluta Jancclini, du nom du prieur de l\ Chartreuse, Jancelin, auquel nous la devons. Elle fut approuvée et promulguée par le chapitre général en 1223 ". On peut dire que dès cette époque la liturgie cartusiennc est à peu prés constituée et l'évolution princi- ])ale proche de son terme. La seconde date est l'année 1259. où Hiffier lit approuver par le cliapitre une nouvelle compilation qui est une fusion de tout ce que comprennent les Consncliidines. les Slatiitn Janeelini et les ordonnances capitulaires promulguées de 1222 à 1259. Cette nouvelle collection, qui reçut primitivement le nom de Consuetudincs Cartiisiœ, par lequel elle se distinguait sullisamment des Consuetudincs Guigonis, fut appelée plus tard Statulauntiquii, dénomination qui lui est restée '.

/. DliVELOrPEMEXT DU CALEyoniEn ET [lES MESSES

rn.wE.MLELi.Es. — Voici la liste des nouvelles fêtes de douze leçonsreçues dans cette période: saint Nicolas, saint Thomas de Cantorbéry", saint Thomas apôtre, saint Grégoire pape, saint Ambroise (le 4 avril), saint Marc, sainte Marie-Madeleine, saint Augustin, la Décollation de saint Jean-Baptiste, l'Exaltation de la sainte Croix avec solennité, saint Maurice, saint Luc, et les Heliques aussi avec solennité. Toutes ces fêtes sont mentionnées dans les statuts de .Jancelin; donc, leur introduction n'est pas postérieure à 1222. Ajoutons, entre 1222 et 1259, les fêtes suivantes, indiquées dans les Slatutu anliqua ' : saint .\utuine, la Conversion de saint l'aul, saint Mathias, saint Hugues de Grenoble, l'Invention de la sainte Croix (1219), saint Pierre-és-licns, saint Hugues de Lincoln, auxquelles il faut joindre saint Barnabe, les saints Jean et Paul, saint Denys et saint Clément, qui ne figurent point dans les Statuta antiqua, mais

qui sont citées dans une autre collection inédite antérieure à 1200. Nous devons compléter cette liste par quelques fêtes de trois leçons : saint Bernard et l'Invention de saint Etienne dès 1222, saint Dominique et saint François en 1249, enfin sainte Catherine, dès 1259. La fête de la sainte Trinité est introduite dès 1222, mais d'une manière incomplète; la messe seule est de la fête, et tout l'oflice reste celui de l'octave de la Pentecôte". De nouvelles octaves sont reçues, à savoir celles de saint Jean-Baptiste, des saints Pierre et Paul, de saint Etienne, de saint Jean et des saints Innocents".

Chaque jimr a dés lors sa messe conventuelle : voici comment . Outre les fêtes de douze leçons dont le nombre s'est accru et qui toutes ont la messe, plusieurs fêtes de trois leçons l'ont aussi '=. De plus, le ])ropre du temps s'enrichit de certa nés messes qui n'avaient pas été admises à l'origine, à savoir, dés 1222. celles du mercredi et du veniiredi des quatre-temps ", des deux jours qui suivent la fête de saint Thomas de Cantorbéry ", des trois derniers jours de l'octave de Pâques ", du jeudi de l'octave de la Pentecôte", enfin des deux jours des Rogations ".

Les messes votives font aussi leur apparition; c'est, pour le lundi, la messe du Saint-Esprit,pour le vendredi, celle de la Croix, et, pour le samedi, celle de la sainte Vierge". Si nous ajoutons à cela, outre la messe des bienfaiteurs le lundi, une autre messe pour les défunts le mardi ainsi que le mercredi^', nous voici arrivésdès 1222 à la messe conventuelle quotidienne. Enfin on abandonnebientôt le principe posé par Guigues de ne pas accepter d'anniversaires étrangers : Annii'ersariu e.vterna sunt de cn'leroper totiim ordinem, sicut sunt apud Carlusiam, lisons-nous dans la carte capitulaire de l'année 1249.

C'est aussi dès cette époque que devient relativement fréquente la célébration de deux messes conventuelles le même jour =°. Dans certaines circonstances il n'y aura qu'une seule messe chantée; mais on lui adjoindra ce que l'on appelle le nudum ( fjieiiini. qui n'est autre que la messe sèche.

;;. niTE de la messe et usages nivEiis. — Le rite de la messe, dont nous savons peu de chose par les Consueludines.se précise; il est décrit tout aulong par Jancelin ". Relevons certains points plus spécialement intéressants. Le prêtre, avant de célébrer, revêt la cuculle ecclésiastique ". Il fait la confession au coin del'évangile, jjuis il récite le P«/fr incliné devant le milieu de l'autel. C'est au coin de l'épitre qu'il dit le Kyrie avec le Gloria in excelsis, ainsi que le Dominas robiseum. A Ht liomo factas est, il baise simplement l'autel, car le texte a bien soin de dire qu'il ne doit jamais se mettre à genoux (juand il est à l'autel. En se retournant vers les assistants, il dit en silence : Orate, /ratres, jiro me peceatorc ad Domitmm Deum nostrum, ce à quoi il n'est rien i-épondu. Durant tout le canon, il tient les mains élevées et étendues, leralas et expansas, pluti tard on dira in niodam eruei/ixi. L'élévation de l'hostie est ici mentionnée expressément et pour la première fois. La consécration du vin se fait retractis paululnm corporalihus et rcslriclis inter

' Consuel., xiii. P. /.., t. CLiii. col. 657 sq. — ^Uldarici s, Consiieludines Cluniacenses, 1. III, cxxi.x, P. Z,., t. cxLix, col. 774 sq. — * Martènc, De anliquis nionaclwnim ritibiis, 1. V, ex, n. 11-19, in-tol., Antvcrpi;r,17G4,t. iv,p. 256 sq. — ' Le Couteulx, Ann.. t. il, p. 5 sq. — ' Aela primi capiluU (irdinis Carllnisiensis. P. L., t. cliii, col. 1126. — « Le Couteulx, .-In;!., t. III, p. 468. La collection de Jancelin est demeurée inédite. Nous la citerons d'après un manuscrit de la Grande-Cliarlreusc, B. I. 551, qui est de la seconde moitié (lu xili'" siècle. — = Slidiiln (i;i(ir;n./. iii-Iol., Basilcie, 1.">1U. — » l'rubableincnl dos l'année du sa canonisation, llTo, ou peu après. Le Couteulx, Ami., t. ii, p. 370. —

'Slal. aiil., p^is&im. — '» Slaliilii Jiinielini, c. v. — " Loc. cit., c. XXI, xxii; Stal. anl., I. P., c. v, 56 sq. — " Stat. ani., c. XXX, 12 sq. — " Stat. Janrclini, c. xxx. — " I.oc. cit., c. IV. — '^ Loc. cit., c. xxxiii. — *^ Loc. cit., c. xix, XXXIII. — " Loc. cit., c. xxxiii. — '• Loc. cit., c. il, xxxiii; , — " Loc. cit., c. XXXIII. — ■" Loc. cit., c. .xiii. xvi, xxx. Stat. ant., passim. — "Le chapitre xxxiii des Statuts de .Jancelin est tout entier consacré au rite de la messe. Nous complétnns ses indications par quelques détails qui se lrou\ent ailleurs. Cf. .S7(f/. (ud., I. P..c. xi.ni eu entier. — =■ ^(fi(. Jiaiccliiii, c. Mil. La cuculle ecclésiastique n'est autre qu e la coule bénédictine, mais en laine blanche.

CHArvTREU.V (LITURGIE DES)

diyilus cl oram calic's ne décidant; de fait, c'était, coninie de nos jours encore, le corporal <iui recouvrait le calice. La communion est précédée de la seule oraison Domine Jesu Christe. Enfin, après le Placcal, le célébrant dépose les vêtements sacerdotaux, et il récite le Pater sur le degré de l'autel.

La prcsenced'un évéque auchœur donne lieu à tout un cérémonial spécial'. Nous y relevons, entre autres choses, ce passage relatif aux bénédictions : Episcopales nias benedictiones ijux ante Agniis Dci fiunl,inlcr nos, si volant, faciunt cpiscopi.

Les statuts de Jancelin s'occupent du luminaire : In anniversariis, ad inissam, duie iantuin candehe accenduntur, quorum una in candelabro, altéra in lanterna ponitur. Ab omnibus etiam qui hoc faccre possunl idem observatur in omnibus missis conventualibus... Ad priualam missam una tantum candela aceenditur et ipsa ponitur in lanterna'. Un peu plus tard, les Staluta antiqua augmentent encore le luminaire '.

Vers le même temps on permet un cierge spécial pour l'élévation. Voici ce que nous lisons dans un recueil d'ordonnances promulguées entre 1222 et 1260 : Quando non polest videri corpus Christi eo quod mane celebretur, possit diaeonns tenere cereum bene ardcnlem a rétro sacerdote ut corpus Christi in hac parte possit videri. Hoc tamcn non est prœceptum '.

Comme nouveaux textes liturgiques signalons, outre plusieurs hymnes, quelques compositions en style ecclésiastique, à savoir, d'abord, deux messes dont nous avons déjà raconté l'introduction, celle de la sainte Vierge, Salve sancta parens, dès 1222, et celle de la Trinité en 1259 au plus tard, puis l'alleluia Yeni Sancte Spiritus, que nous trouvons déjà en 1222 ', et l'antienne Salve Regina, dont on constate la présence en 1259 «.

Pour les objets servant au culte, on se relâche un peu de la sévérité des Consueludines sur l'emploi de l'or et de l'argent, sans doute par suite d'une diminution dans la rareté de ces métaux précieux. C'est ainsi qu'on permet de les employer non seulement comme auparavant pour le calice, mais encore pour les étoles et les manipules; bien plus, pour les signets des livres, in signaculis librorum, ce qui était déjà un certain luxe. Quant aux chasubles, on tolère celles de bougran et de soie blanche, de boccaran et de serico albo; mais les orfrois n'y sont pas admis. De fait,c'étaient souvent de véritables œuvres d'art qui coûtaient fort cher '. Remarquons en passant que les Statuta antiqua, dans le passage allégué, ne mentionnent plus le chalumeau, avec le calice, parmi les objets sacrés pouvant être d'or ou d'argent, comme le faisaient les Consueludines ". C'est l'indice qu'en 12.59 l'usage du chalumeau avait disparu; en réalité, il n'en est plus question désormais.

La prostration, dont nous n'avons pas trouvé trace à l'origine, est prescrite dès 1222; par exemple, pour la messe, à l'élévation de l'hostie et depuis VAgnus Dei jusqu'au chant de la communion '. Il faut remarquer à ce sujet qu'on restaitdebout pendant la consécration : Quando autem clcvatur hoslia, si stcmtes oramus, accipimus veniam, disent les statuts de .Jancelin. Ils ne parlent donc point de se mettre à genoux avant l'élévation. Au xvi" siècle encore,

» Slat. Jancelini,c.y.xxiii, xlii; cf. Slal. anJ., part. U.c. ix, 5 sq. — ^ Stat. Jancelini, c. xxxii. — 'Slal. nnl., part. I. c. XLI, 29;c. XXXII, 2. — • Grande-Chartreuse, ms. Ù.I.ôSl, I" 108 v. — ' Slal. Jancelini, c. xxiv, xxxiii. — • ' Slal. ant., part. I, c. xxxvi, 20. — ' Slal. Jancelini, c. li\; Slal. anl., part. II, c. xxxii, 1 sq. — • Consuel., XL, 1, P. /... 1. CLiii, col. 717. — 'Slal. Jancelini, c. xxxiii, XLiv; cf. Slal. ont., pari. I, c. iv. 11; c. v. 25; c. xii, H ;c. xxviii, i),37;c.XLUi, 22. — "» Marténe,i>e anliqtiis Ecclesiœ rilibus, 1. I, c. IV, a. 8, n. 22, iu-fol., Antvcrpise, 1763, t. i, p. 149.

DICT. D'ARCH. CHRÉT

les chanoines de Lyon adoraient debout pendant l'élévation et, à cette époque, le doyen ayant voulu changer cet usage, les chanoines en appelèrent à l'autorité et obtinrent le maintien de cette ancienne coutume 1°. De même, le conventus restait debout pendant qu'on distribuait la communion ". I! est d'ailleurs établi que les fidèles communiaient autrefois dans cette même attitude '".

Quand on n'est pas présent au commencement de l'ofTice, il faut une permission du président pour y assister si l'on arrive avant qu'on ait chanté les trois premiers versets du premier psaume. Le premier psaume étant entièrement chanté, on ne peut plus d'aucune manière entrer à l'église. Pour la messe, on peut entrer jusqu'à l'évangile, mais pas après".

Les donneurs incorrigibles encourent une pénalité spéciale, qui est en même temps une mesure efficace. Nous la trouvons dans un texte qui n'est pas postérieur à 1260 : Illi qui consnetudinarii sunl ad dormiendum in ecclesia, stalutum est ut priores eorum faciant cos store ad lectorium et vidcre psalmos ad arbilrium ipsorum priorum". Les derniers mots videre psalmos font allusion à la pratique alors existante de chanter les psaumes et même tout l'ofiice par coeur, comme nous le dirons à propos du chant.

III. Dernière période du moyen .\ge (1259-1581). — L'année 1259 marque la lin de la principale évolution de la liturgie cartusienne. Les textes et les rites en sont désormais fixés jusque dans leurs moindres détails, et pendant plus de trois siècles, en dehors des accroissements du calendrier, aucune modification importante ne surviendra. Aussi l'ordre va-t-il revenir avec insistance sur la mesure prise par le premier chapitre général en 1142, en vue de maintenir l'unité liturgique. On décrète donc que tous les livres qui servent au culte ne peuvent être corrigés que d'après des exemplaires reconnus irréprochables : libros quoqueVeteris ac Novi Tcstamenti essve cum quibus divina celebranlur officia sine ejusdcm capituli consilio nuUus emendare prœsumat, nisi cum excmplariis in ordine nostro cmendatis, nisi judicio prioris et monachorum discrelorum error cdiquis manifestus appareret '^. C'est grâce à ces mesures eflficaces que l'on trouve, à partir de cette époque, entre les manuscrits cartusiens, une concordance qui n'existe point à l'origine. Nous allons parcourir rapidement cette période de plus de trois siècles qui nous conduit jusqu'à l'année 15S1. /. LE i ALEyDniEi>. — Jusque vers la seconde moitié du xv" siècle, les accroissements sont peu nombreux. En 1282, la fête de sainte Madeleine est reçue avec le rite solennel. Même chose vers 1318 pour le Corpus Christi; la. date exacte de l'institution de cette fête dans l'ordre n'est pas connue avec certitude, les actes des chapitres généraux n'en faisant pas mention". Toujours est-il que, dès l'année 1332, on la voit célébrée avec toute son octave ".

En cette même année 1332, pour se conformer au précepte de l'Église qui prescrivait de les chômer, on élève au rang de fêtes de chapitre celles des douze apôtres et des quatre évangélistes, dont plusieurs, on s'en souvient, sont déjà classées comme telles dans les Consueludines, et les fêtes des quatre grands docteurs latins. En 1334, apparaît dansl'ordrela première

Cf. Benoît XIV, De sacrificio missœ, 1. II. c. xv, n. 33: Marténe, Thésaurus novus anecdolonim, in-fol.. I.utetice Parisioriim, 1717, t. iv.col. 155, can. 46. — "Cf. Le Couteulx, Ann., t. m, p. 470. — "Martène, op. cil., I. I, c. rv, a. 10, n. 7, t. I, p. 155 sq. — " Slal. anl., part. I, c. XLV, 11 sq. — "Grande-Chartreuse, ms. B. I. 5S1, fol. 112 v". — ''Slal. an(., part. I, ci: part. H, c. m en entier. — ■' I.e Couteulx, ^nn., 1. 1 V, p. 250, donne cette date de 131S d'après une glose marginale d'un manuscrit dont il ne nous lait connaître ni l'âge ni l'autorité. — '■ Le Couteulx, Ann., t. v, p. 320.

Page 1