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CHARTREUX (LITURGIE DES
mention de la tête de la Conception. On permet à la Chartreuse de Sainte-Aldegondc, au diocèse d'Arras, de la célébrer avec solennité et,rannée suivante, cette permission est étendue à tout l'ordre. L'oflice est celui de la Nativité. En 1341, il se produit un revirement d'opinion au sujet du vocable à donner à la fête, et le chapitre général prescrit de substituer le titre de Sanctificalio à celui de Conceptio : In feslo conccptionis bcalœ Maris: dicaliir ubique loco Conccptionis, Sanctificalionis '. De fait, l'ordre paraît s'être alors solidarisé avec celui de saint Dominique dans sa manière de concevoir l'objet de la fête -. Quoi qu'il en soit d'ailleurs de la pensée qui inspira cette substitution, nous voyons le vocable Conceptio reprendre place peu à peu dans les livres liturgiques de l'ordre, probatilement sous l'inlluence de la déclaration du concile de Bâle,jusqu'à ce qu'une nouvelle intervention officielle du chapitre général de l'année 1470 vienne les rétablir pour toujours. .Mentionnons encore en 1339 la solennité de saint Hugues de Lincoln, en 1352, la fête capitulaire des Onze Mille Vierges, et en 1361, celle de saint Bernard.
Avec l'année 1380, nous entrons dans la période du schisme qui partagea l'ordre comme il divisait l'Église entière. Chaque branche de la famille cartusienne eut son chapitre général. Plusieurs fêtes furent alors instituées; mais en 1411, après l'extinction du schisme, on fit une revision des ordonnances qui avaient été promulguées de part et d'autre.
La fête de la Visitation avait été admise avec solennité dès 1390 par une des dcu.x branches de l'ordre. Le chapitre de 1411 en permet la célébration avec octaveaux maisons qui se trouvent dans les pays où elle est célébrée. Plus tard, en 1468, elle devient obligatoire pour tous. En 1474, c'est la solennité de la Présentation qui est instituée, et en 1477, celle de la Compassion. La canonisation de saint Bruno amène naturellement sa fêtcen 1.515. Sur la fin du siècle, les fêtes tendent à se multiplier. C'est, en 1567,1a solennité de saint Joseph; en 1568, la fête de saint Thomas d'.\quin élevée au rang de fêtede chapitre; en 1569, celle de sainte Anne qui devient solennelle ainsi que celle de l'Invention de la sainte Croix, en 1577.
Le schisme aidant, la porte avait été ouverte aux innovations, et, malgré les mesures énergiques prises par le chapitre général, la tendance à se singulariser dans la liturgie se fait sentir. En 1422, les religieux de Witham, dans le comté de Somerset, adressent au chapitre général une supplique pour obtenir des fêtes spéciales. On leur répond de se conformer à ce ce qui se fait dans l'ordre. En 1424, c'est encore une Chartreuse anglaise, celle de Conventry, au diocèse de Warwick, qui demande à remplacer, le samedi. l'oflice de la férié par celui de la sainte Vierge, en mettant en avant la raison de se conformer à ce que font les religieux et les clercs du pays. Le chapitre accompagne son refus d'une sanction sévère : Si alias capitulum générale infestaverint super hoc, qui culpabiles fuerint facianl ires abslinentias in pane et aqua.
1 Cette prescription se trouve renouvelée en 1368 dans les Slalala noua, part. I, c.ii, 8, compilation laite en cette année 1368 d'ordonnances capitulaires promulguées depuis 1259. Les Slatuta noua viennent après les Staltila antiqua, dans le volume de 1510. Pour n'avoir pas à y revenir, disons qu'il contient en outre, à la suite des Slaluta nova, un troisième recueil intitulé Tcrtia compilalio slalulorum, qui résume les ordonnances promulguées par les chapitres généraux de 136S à 1509.— = Cf. Raphaelis de Pornasio, Tractaliis de prierogalivis D. .V. Jesu Chrisli ; Quétif-Echard, Scriplores ordinis prsedicalorum, in- toi., Lutetis Parisiorum, 1719, t. I, p. 832, n. S. — ' Libellus declaraiionis tam confirmalionum qiiam caremonianim ordinis Carlusiensis Grande-Chartreuse, ms. C. /. 762. — • Le Vasseur, Eplie-
Plus nous avançons dans le xv« siècle, plus se développe cette tendance. Il est à remarquer que c'est surtout dans les provinces les plus éloignées de la Grande-Chartreuse que s'implante ce nouvel esprit, qui, s'il n'avait été combattu, eût promptement amené la ruine de la liturgie cartusiennc. En 1469, c'est la Chartreuse de Mayence qui introduit une procession qu'on lui fait abandonner : Ampliusque nihil talium contra Statuta acceptent, dit la carte capitulaire. En 1504, les moines d'Astheim, au diocèse de Wurzbourg, reçoivent l'admonition suivante : Consuetudinem introductani in domo in Astlieini de legendo certas horas in ecclesia tempore quadragesimas tamquam Statuto contrarianicassamus.Kn 1534, c'est toute la province du Rhin qu'on rappelle à l'uniformité, et on annule à cette occasion toutes les concessions qui pourraient avoir été faites ju.squ'à ce jour. En 1564, c'est une autre province d'Allemagne qu'on somme de lire au chœur les leçons, non pas telles qu'elles sont écourtées dans le bréviaire, mais tout au long, telles qu'elles se trouvent dans les livres servant à l'ofTice, juxta ritum et consueludincm ordinis, tant il est vrai que c'était le même esprit d'innovation, plutôt que la piété, qui ajoutait d'une part pour retrancher de l'autre.
Ces exemples, que nous pourrions nmltiplicr,montrent que, si l'ordre a échappé à la déformation liturgique qui est devenue trop générale à cette époque, c'est à la vigilance et à la fermeté des chapitres généraux qu'il le doit. Ajoutons que c'est aussi en grande partie à l'exemple de la Grande-Chartreuse, qui ne se laissa pas gagner par l'esprit nouveau. C'est ainsi que non seulement elle s'opposait, pour autant qu'il dépendait d'elle, à la multiplication des fêtes en général, mais même elle résistait énergiquement aux sollicitations qui lui venaient de différents côtés pour promouvoir la canonisation de ses religieux morts en odeur de sainteté. Boniface Ferricr, frère de saint Vincent Ferrier, qui gouverna l'ordre de 1402 à 1410, nous a laissé, dans un traité demeuré inédit, une page admirable dans laquelle 11 montre fort bien comment cet esprit convient parfaitement à un ordre érémétique comme celui des chartreux, quoique la pratique contraire soit tout à fait justifiée pour les autres ordres qui sont mêlés au monde ^. Un peu plus tard, un célèbre prieur de la Chartreuse de Bâle, Henri Arnold, mort en 1480 ', en écrivant une vie de saint Bruno également inédite, constate, lui aussi, ce même esprit dans l'ordre, et il le justifie dans un chapitre intitule : Batio cur ordo Carlusiensis parum curel de miraculis et canonizatione suorum. Il se garde bien d'ailleurs de vouloir imposer aux autres cette réserve qui sied à son ordre à cause de son genre de vie tout spécial : Hœc humilitas in Cariusiensibus speralur placere Dco, nec per eam derogatur ordinibus aliis quibus aliud videtur de sanclis suis quorum canonizatio sollicite procuraiur pro Dei honore, pro Ecclesiie ulilitale et aliorum œdificatione ^ C'est dans le même esprit que Benoit XIV, constatant cette
merides ordinis Cartiisiensis, t. il, p. 296. — ^ Henricus de Alvedia, Chronicon de B. Brunone. Sutor a consacré tout un chapitre à cette attitude d'abstention de l'ordre, qu'il résume en ces quelques mots : Xon enim de hujusmodi negotio quondam soUiciti fuentnt, sed nec curare quidem nunc volant. De vila Cartusiana, I. II, tr. III, c. vi, in-12. Colonise Agrippinse, 1609, p. 580. D'autres chartreux ont écrit sur le même sujet et dans le même esprit. Un chartreux de Venise l'a même fait en vers. Quare Carlusiani non cotant proprios sanctos: Morrozzo, Thealrum chronologicum sacri- Cartusiensis ordinis, in-foI.,Taurini, 1681, p. 118 Gerson a aussi traité cette question et toujours dans le même sens, Opuscitluni contra impugnantes ordinem Cartbusiensîitm. Upcra, éd. E. du Pin, Antwerpiœ, 1700, t. ii, col. 711 sq.
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abstention des chartreux qui leur était commune avec les cisterciens, dit qu'on ne saurait rien en conclure contre la légitimité et même la grande utilité de la pratique contraire dans l'Église '.
C'est à cette sévérité que l'ordre doit d'être le seul à posséder aujourd'hui encore.sinon intact, du moins sauvegardé dans de notables proportions, le cursus ferialis qui était l'aliment liturgique ordinaire des anciens moines. Le doyen de Tongres, Raoul de Rivo, l'un des plus ardents défenseurs de l'ofTice férial au xiV siècle, ne manque pas de citer cet exemple des chartreux et d'autres ordres encore : Ei videmus in usu Cartiuisiensium, Cistercicnsium. Prœdicatorum cl cœlerorum quod paucas habent fcstivilalcs singulares scu spcciales... Sit cliam ad hoc summa ralio ul pstdlcrium continuchir in quo principaliicr oflïcium cxislil. Il va même jusqu'à dire que cette manière de faire peut être plus agréable aux saints eux-mêmes, parce qu'elle sauvegarde certaines pratiques liturgiques qui disparaissent en même temps que l'ofTice férial : El crcdendum csl hujusntodi observalionem maijis gralam esse ipsis sanclis Dci ad fincm ul psalterium, sacra Scriplura, ojj'icium morluorum, seplcni psalmi pœnilcnliales, quindccini psalmi graduâtes cl huiusmodi servenlur fuslo ordine cl paucic fianl fcslivilales '.
Nous avons mentionné parmi les oirices nouveaux celui du Corpus Chrisli. Il faut y ajouter la messe Requiem qui fait son apparition dans l'ordre au xiV siècle'.
En 1337, le chapitre décrète que. chaque jour après la messe conventuelle, il soit dit une messe privée De bcala. Les messes du Saint-Esprit sont également fréquentes dans l'ordre. A partir du xiv<^ siècle, les chapitres généraux prescrivent même des tricenaires du Saint-Esprit à certaines intentions*. Sur la fin du xV^ siècle, d'autres messes votives, dont plusieurs assez curieuses, sont introduites dans les missels de l'ordre.
Nous avons vu combien était répandue la pratique du nudum ofjicium conventuel; il est bon de dire un mot de son mode de célébration ^ Il suivait toujours une messe à laquelle il se rattachait sans interruption, et le même prêtre qui avait chanté la messe célébrait aussi le nudum o'Iiciuni^. Pour cela, les cierges restant allumés, il différait la complcndc et le Placcat. Après l'évangile, le prêtre disait au milieu de l'autel, sans se tourner. Dominas vobiscum, Orcmus, puis, ad cornu cpislola; l'offertoire et la communion que suivait la complcndc ou postcommunion de la messe qui avait précédé le nudum officium. L'ollice se terminait par le Dominus vobiscum, le Benedicamus Domino et le Placcal.