L. Théodora (Ravenne
M. Eudoxie (Gori).
N. Marie, femme de Nicéphore (de Bastard).
o. Sainte Hélène (Bibl. imp.)
CHAUSSURE
IJ4i
montrent chaussée de sandales qu'une servante •. Les fresques nous permettent tout au plus de marquer une distinction de couleur entre les scarpse des hommes et celles des femmes; les hommes portent des chaussures noires; les femmes en ont de marron, de rouges et de blanches -. Clément d'Alexandrie recommande aux dames le choix de la couleur blanche : -/•^vair- y-^'' 0-jv TÔ 'iz-jy.O'i û-ôoraa Tu/topr.Tiov * et la vision d'Hernias lui montre l'Église sous les traits d'une vierge vêtue de blanc et chaussée de scarpse blanches * : au cimetière de Domitille, une orante (milieu du iv^ siècle) porte des scarpse de couleur rousse et brodées de perles =■ (fig. 2740).
L'urfo est la chaussure donnée de préférence au Bon Pasteur : l'urfo cilicien dont parle Martial " pouvait être une espèce de chausse en poil de chèvre ou en laine; les artistes se sont de très bonne heure donné beaucoup de liberté en représentant le Bon Pasteur.
Le campiigux, qui tenait le milieu entre la scarpa et la sandale, ne paraît sur les fresques des catacombes pour la première fois qu'après le v"= siècle •; les figures des saints Sixte, Optât, Corneille et Cyprien s,ou celle de saint Vincent au cimetière de Pontien ',sont trop tardives pour apprendre grand'chose (lig. '273-1).
VI. Les empereurs. — Entre les chaussures patriciennes et même vulgaires et la chaussure impériale la distinction résidait plutôt dans la couleur et l'ornementation que dans la forme. Caligula porte en public dessoccii/i couverts de perles, Héliogabale fait usage de chaussures couvertes de pierres précieuses et d'intailles, qu'.Vlexandre Sévère supprima dès son avènement '". .\urélien réserve la couleur rouge aux seuls souliers de l'Auguste, Carin revient aux gemmes, habuit gemmas in calceis, et Dioclétien, tout imbu de la pourpre et du goût asiatiques, rend obligatoire la présence des joyaux sur le costume impérial : Ornamenla gcmmanim eeslibas calceamenlisque indidil; nom prias impcrii insigne in chlamyde purpurea tanlum eral. Cependant, parmi tous les empereurs, nul ne poussa plus loin que Gallien le luxe des vêtements, et c'est dans sa biographie que nous trouvons la première mention de deux chaussures affectées après lui aux empereurs d'Occident et aux basileis byzantins : le campugus et la zancha " (fig. 27:i'i, 273(5, 2741).
l^Campagus. — TrebelliusPollion nous apprend que Gallien ealigas gemmalas annexait, quum campagos reticulos appellarel^'^. Julius Capitolinus dit de son côté, à propos de Maximin le Jeune : Calceamenlum ejas, id est, campagam regium... posuerunt... quum de longis alque ineplis hominibus dicerelur, ciUiga Ma.vimini ". De ces deux textes, il résulte que le campagus était une sorte de calige, attachée avec des courroies disposées en réseau sur la jambe et le pied nus. au lieu d'être contournées en cercles parallèles. Voici une description par Corippus qui aide à tléterminer le type du campagus'^'' :
Purpiireo sitrœ résonant fiilgente cottiiirno: Cntruque pimiceis indiixit regia ymcZis,
' Le piltiire, pi. lxii, 2. — 'Ibid., pl.xix; .xxi,2; lxxix; cxvi; ci.xxiv,2; CLXxxv, 3; ccxiii. — » Clément d'Alexandrie, Pwdngogiis, 1. Il, c. XI, P. G., t. vill, col. 537. — * Hermas, Pustor, visio iv, 2, édit. Funk. p. 381. — 'Wilpert. Le i>iUiiie, pi. CCI, n. 2. — ■ Martial, xiv, 14. — 'Sur les autres monuments, le campagus ne se montre pas avant le iv« siècle. — * Le pitture,p\. cclvi. — ^ïbid., pi. ccLViii.
— "Lampride, Ileliogab., c. x.xiii; Ale.vand. Se»er.,c. iv. — " Ch. de Linas, Anciens i}êlemenls sacerdotaux et anciens tissus, fasc. 3, p. 55 sq., que je cite ici presque entièrement.
— '= Trcbellius,6'fii(icnn,s pat ,c. \\i. — "Jules Capitolin, Vita Maximini, c. x.xviii. — " Corippe, De laudeJustini /un., n,104.^"Martial,£pi9r.,xiv,140—'« Digeste,!. XXXIV, Ut. Il, leg. 25 : aïia cauea est odonum quia usum caîceameniorum prœstant; distinguant entre odûncs et chaussons. —
Parlliica Campano dederant quae tergora fuco. Qui solet edomitos victor calcare tyrannos, Romanus princeps et barlitwa colla domare : Sanguineis prœlata rosis laudata rubore, Lectaque pro sacris tactu mollissima plantix : .Augustis solis Itoc cultu competit uti, Sub quorum est pedibus reguni cruor, omne ftro/ecto ^lysterium certa rerum ratione probatur.
Cette chaussure se composait donc de deux parties: en dessous, un cothurne de pourpre; en dessus, des courroies de cuir persan teint en Campanie. Les courroies tiennent au campagus, mais quel nom porte le cothurne'? Serait-ce udo"! Martial donne ce nom à une chaussure en laine ou en poil de chèvre"; LHpien range les odoùes parmi les cK/ccumen/a ''; plus tard, rOrdo romanus V prescrit à deux reprises de chausser le pape des odhones avant le campagus'', et cette place est nettement marquée par Théodulfe " :
Linea crusque pedesquc tegant talaria, ut apte. Qui super addatur, campagus ipse decens.
Les rapports de l'urfo avec le campagus préciseront la nature de ce dernier; en effet, l'jirfo, désigné comme calceamenlum par un jurisconsulte, ne pouvait être à cause de cela inclus sous une enveloppe superposée ; donc le campagus primitif n'était qu'ur.e semelle ou une sandale très découverte attachée au moyen de cordons. On trouvera l'illustration de ceci dans le Ménologe de Basile II", qui nous présente des campagi Aontle pédale est une sandale très découverte oa plutôt une carbalina; on y rencontre, en outre, divers personnages chaussés de campagi, complètement réticulés, où le pied n'est garanti que piw une simple semelle ^°. Partout les udones sont nettement indiqués ; ils s'arrêtent en bourrelet à mi-jambe. L'ne miniature du ms. 510 de la Bibliothèque nationale (ix« siècle), deux peintures byzantines du xi"" siècle " représentent divers personnages dont les jambes et les pieds disparaissent sous des bandages blancs, analogues aux appareils chirurgicaux pour la réduction des fractures. Ces chaussures bizarres ne sont autre chose que des odones et des campagi ou xyrides; ce dernier mot s'explique sans doute parce que les courroies de la chaussure rappelaient la feuille étroite et allongée du glaïeul.
2'' Zancha. — Gallien fit présent à ClaHde le Gotique de zanchas de noslris l'arlhicis paria tria '^ et nous savons que ce vêtement n'était pas à l'usage de tous, puisque les fils de Thcodosc prononcèrent l'exil contre tout individu qui se permettrait à Rome l'usage des braies et des tzangues -'. Ce serait donc un vêtement impérial, ce qu'insiime Procope quand il mentionne, parmi les insignes accordés aux satrapes héréditaires d'.Vrinénie, une chaussure rouge, montant jusqu'au genou, que l'empereur et le roi de Perse avaient seuls droit de porter ", Enfin, Georges Codinus décrit la chaussure appelée T;a-;-;a, chargée sur les flancs de la tige et du quartier, d'aigles brodées en or, avec des perles et des pierres pré-
'" Mabillon, Musirum Ilalicum, t. ii, p 04. — " Théodulfe, Pareen. ad episc, V, m, 458. — '"Édit. d'Urbino, 1737, 1. 1, p.7, 47, 51, 114, 115, 199. — =» Ibid., t. ii, p. 79, 208. — =' .T'ignore à quelles peintures Ch. de Linas fait allusion; il dit ' au Louvre , mais ses notes et sa rédaction sont antérieures à 1800 et, depuis un denii-siécle, le Louvre a \u tant de choses... et tant de gens. — " Trebellius Pollio, Claudius, c. .xvii. — ^ Code théodosien, 1. XIV, tit. x, leg- 2 : usam tzangiuum alque l^racharum intra urbem nenerabilem nemini liceal usurpare. — " Procope, De ledif, Justin., 1. III, c. i; Liutprand, Antapodosis. 111,35, donne à cette chaussure le nom de caliges : rubicatanim pelliuni caligis, ut isthic imperatorum moris est uteretur. Guillaume de Tyr, Hist., 1. XV, c. xxiii, emploie ocreie, mais ceci est déjà postérieur à la li.Tiite de nos études.
CHAUSSURE
cieuses. L'empereur eliaussait les tzangues quand il assistait aux processions et aux litanies; l'empereur Nicéphore était sycionis calceamcnlis calcealus en donnant audience aux ambassadeurs d'Otton '. Cette chaussure était d'origine orientale. D'après les objets rencontrés dans les nécropoles de Koul-Oba et de Panticapée. en Crimée, on voit les Scythes portant une chaussure demi-voilée par leurs braies flottantes, ou bien, par-dessus VaiuLvyris collante et bariolée, des bottes molles à entonnoir -. Ces bottes se nommaient certainement Izangues '.
Un médaillon de Licinius (308-323) le représente en costume impérial, chaussé de bottes molles, tzangues à entonnoir *,qui ne différent pas des bottes de Scythes sur le vase de Koul-Oba. Un passage du Chronicon paschale présente, pour cette question, un grand intérêt. On y lit que Tzathius. Tds de Zamnaxis, roi de Lazes, vint solliciter de l'empereur Justin le Tlirace l'investiture des États de son père; il parut à la cour de liyzance vêtu du costume byzantin, mais ayant gardé les tzangues roussâtres de son pays, ornées de perles à la mode persique ^. Justinien, sur la mosa'ique de Saint-Vital à Ravenne, porte des tzangues brodées aux jambes. Basile II (976-1025), sur une miniature du psautier, porte également des tzangues couvertes de perles et montant jusqu'aux genoux. Nous voyons qu'à mesure que le prestige impérial décrut, les grands dignitaires se firent accorder le droit de porter telle ou telle pièce d'habillement jusqu'alors exclusivement réservée ù l'empereur; non seulement les satrapes héréditaires d'Arménie portaient les tzangues, mais encore le préfet de Rome, en diverses circonstances, où II chevauchait à côté du pape, calcealus zanca una aiirea, id est una caliga, altéra rubea '.
Il est malaisé de décrire en détail la chaussure des impératrices, généralement cachée sous l'ampleur des étoffes de la robe ou de la traîne. A Ravenne, les souliers de Théodora sont dorés avec une empeigne très découverte et un quartier bas: ceux d'une sainte Hélène (ix' siècle), arrondis à l'extrémité et de couleur rouge, se distinguent par une bande longitudinale (linea) ornée de pierreries. La chaussure d'Eudoxie, enrichie de perles, ne diffère en rien de la chaussure de son mari, Romain Diogène (1068), également cachée sous une tunique talaire '.
Les grands dignilaires de l'empire portaient une chaussure distinctive. « Les souliers (■j7to5/,!j.a-a) du despote étaient bicolores (SiSo/êo), pourpre foncé (oÇîw;) et blanc, avec des aigles en perles sur les côtes et le quartier; l'empeigne pri'seutait l'aspect d'une mosa'ique. f^es souliers du sebastocrator, bleu céleste (ri^pieva), portaient aux mêmes places des j aigles tissées ou brodées en or sur un fond écarlatc; j ceux de césar, du panhypersébasle et du protovestiaire, sans ornements, étaient bleu céleste, jaune citron et de couleur verte ". Tout haut personnage, déchu de son rang ou tombé en défaveur, échangeait sa chaussure éclatante contre des brodequins noirs; | j'en ai trouvé maints exemples dans fachymère '. »
Vif. ]£x Occident. — En Occident, les tribus germaniques devenues maîtresses de la Gaule, copièrent la chaussure des Gallo-Romains, mais elles ne s'y résignèrent que peu à peu. Au v* siècle, Sidoine Apollinaire décrit ainsi la chaussure des compagnons du prince burgonde Sigésiner : Quorum pcdcs primi perone srtoso, talos adusqur vinciebanlur. Genua, crura, sunequc sine tegmine"; c'étaient donc des bottines velues dépassant à peine la cheville et laissant à nu le reste de la jambe. Il est vraisemblable que l'usage en demeura dans les classes inférieures, mais il faut attendre plusieurs siècles pour rencontrer des monuments. .Aux viii^-ix'' siècles, les belles statues de porphyre rouge représentent saint Georges et saint Déniétrius , sur la place Saint-Marc, à Venise, nous montrant des guerriers portant des culceoli /eneslrati très découverts, attachés avec des courroies croisées dans le genre des anciennes chaussures patriciennes'". A une époque très voisine de celle de ce monument, Einhard rapporte que Charlemagne vestitu patrio id est Francico utcbatur : il couvrait ses jambes de tibialia serrés avec des bandelettes et sa chaussure adhérait fortement au pied. La statuette équestre du musée Carnavalet nmntre ce détail, mais si peu visible sur l'original, qu'il dis|)araît même sur les reproductions les plus soignées; la mosai(iue du triclinium de Latran conlirme cet usage des bandelettes; deux lois seulement, sur les instances des papes Hadrien et Léon, Charlemagne se résigna à porter, avec la tunique et la chlamydc, les calcei romano more jormati : en temps ordinaire, sa chaussure était une sorte de cumpagus. C'était, nous n'en pouvons douter, la chaussure en usage parmi le peuple, puisque Charlemagne ne voulait pas s'en distinguer : aliis aulem dicbus liabilus cjus purum a communi et plebeio abliorrebaf-^; il faut donc en conclure qu'au ix« siècle, le type des chaussures franques primitives était déjà abandonné. Le moine de Saint-Gall est. là-dessus, parfaitement explicite : Erat aniiquorunt orncUus vel paralura Francorum, calceamcnta forinsecus aurata, corrigiis Iricubitalibus iiisignila. /asciola' crurales vermiculalœ, et subtus eas tibialia ac coxalia linea, quamvis ex eodem colore, tamen opère preliosissimu varicda ".
L'usage du campagus persista sous les successeurs de Charlemagne. Un poète contemporain, narrant les circonstances qui accompagnèrent le baptême d'Hérold, roi de Danemark, accompli en présence de Louis le Débonnaire (826). revêt le néophyte de chaussures à courroies dorées et lui donne des gants blancs " :
Perslringunlqtie pedes mtrea pleclni suos. Aurea per dorsum respleiuleiil teqminu laluni Ornanliirque nmnus legmine candidato.
Plusieurs miniatures représentent l'empereur Lothaire, Charles le Chauve et leurs ofliciers avec le campagus, soit fermé, soit laissant les orteils à nu: on le rencontre encore au i\' et au .x" siècle sur divers monuments et, jusqu'au xu'= siècle, sur des miniatures ".
' Liiitpraud, Légat. Const., ui;l)e o/lic. ConsL, v, 14. — ^ Dubois (le Monpéreux, Voijnoe (uiUiar du Caticase. — ^ Elles étaient fabriquées a\'ec le cuir roiissâtrc que John tle Man(Ie\ille \'jt préparer en Tartaric el que nous appel<ms « cuir de Hussio". — * Maillot, Rcclicrclws sur les cnsliniini, in-4'>, Paris, 1809, t. i, pi. xi.ix, n. 1. — ' Chronicon paschale, acl ann. 520. — " i>rdo romanas XI J, dans Mahillon, Musœunt ItalU'um, t. ii, p. 170. — ' C'.h. de Linas, op. cil., p. 61-62. — " Codinus, De olficiis Const., m, 6, 17, 2:i; iv, 1, 5. — * Ch. de Linas, op. cit., p. 61. Vnc forme de chaussure destinée à un Uiiig usage et dont l'aspect bizarre arriva vers le xiv^ siècle :'i mie vraie fnlie, les soidiers à tu poalainc, pourvue d'une pointe aiguë et recourbée, a une
origine orientale. Les l'''.trusques acclimatèrent ce type en Italie, où il se conserva jusqu'après la élude de l'empire. On trouve les calcei rosirati mentionnés par les auteurs liyzanliiis. L'eniperein- .Maurice (vi-vu<' siècle) nomme ces pointes i.:.(j..'.v^v ; Léon le Philosoplie (x*" siècle! les appelle jlii'jix; .\nne Clonuiéne (xii'' siècle), -s^ri-wv r.y^at.itnzv. — **■ Sidoine Apollinaire, Epistiil., 1. IV. epist. xx, P. L.. t. LViii, col. .■)21. — " \'oir Dictionnaire d'archéologie chrétienne, t. II, fig. 2250. — '= Vila Caroli. c. xxiii. — "De gesli.s Caroli Magni, I. I, c. xxxvi. — " Ermold le Noir, (■.'(irmcn, v, 382. — '-Il disparaît alors pour se conllncr dans les montagnes de l'Ecosse où il est demeuré la chaussure natiiiiiale des hightandcrs.
CHAUSSURE
Après le ix« siècle, il semble que les hauts libialia, laissant les orteils à découvert, et maintenus par des courroies horizontales, soient abandonnes même par les paysans et les gens du peuple. Le cothurne lui fait concurrence et nous voyons cette chaussure sur deux personnages de la Bible de Charles le Chauve : l'une atteint le genou, l'autre, arrêtée à la naissance du mollet, est ornée d'un supplément de bandelettes croisées qui rappellent le campagus. A partir du ix" siècle, une chaussure devient de plus en plus commune, c'est la pero, sorte de bottine recouvrant plus ou moins la jambe. Tantôt retenues par des jarretières^ tantôt flottant sur les chevilles, ces bottines, confectionnées en matière souple, ont l'aspect d'un bas ou d'une chaussette, et finissent par prendre un nom nouveau : Tybialia dicuntur gallice « estirans », écrit Jean de Garlande, au xii^ siècle. Les libialia du IX' siècle ne dépassaient guère la naissance du mollet ;au x» siècle, ils montent jusqu'aux genoux; on les fait de couleurs varices, le blanc, le noir, le vert, le jaune, le rouge; on les taille dans le cordouan ou la basane.
Dans un capitulaire de 817, Louis le Débonnaire impose aux moines subtalares per noclcm in a'slalc duas, in hiemc vcro soccos. Celte chaussure rustique appelée socciis était alors bien différente de la chaussure ainsi nommée par les anciens. C'était une galoche en feutre à semelle de bois, peut-être même un sabot; elle ne rappelait le soccus romain que par l'absence de cordons et elle emboîtait complètement le pied pour le préserver du froid ^. Les subialares étaient en cuir, à large empeigne, véritables sandales faciles à rehausser ^
VIII. Chaussure liturgique. — Les prêtres juifs avalent toujours les pieds nus dans le Temple pendant l'exercice des fonctions sacerdotales; les prêtres pa'iens officiaient pieds nus ou chaussés, selon la divinité qu'ils servaient. Les prêtres chrétiens n'ont probablement jamais songé aux questions superflues qu'on a échafaudées sur leur chaussure. Les textes évangèliques ont été tiraillés pour leur faire dire ce qu'on en voulait tirer; ils sont cependant bien clairs. Jésus-Christ, confiant aux apôtres la mission d'enseigner les peuples, les avertit de ne pas entraver et alourdir leurs déplacements par le souci d'un bagage compliqué : « Vous ne posséderez {u.y, ■/.-ri'jri'jflt) ni besace, ni deux tuniques, ni chaussures',» c'est-àdire pas de vêtements de rechange, pas de bagage; nous ne savons comment on a pu trouver dans saint Luc autre chose que dans saint Matthieu ; voici ses paroles ; « Vous ne porterez ni bourse, ni besace, ni ch ussure*» (uv, ga<7Ti;£Te êa'/./.ivTiov, \:.f,-t j;-/,pa-(, fiY,T£ iraoôr|U.»Ta). N'avoir pas de souliers de rechange n'interdit pas d'en avoir une paire aux pieds et la charité des frères pourvoira à fournir en temps opportun la chaussure aux apôtres qui n'en auront plus; on en avait eu la preuve au cours des missions en Palestine, tellement qu'après la dernière Cène Jésus pouvait interroger ; • Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans besace et sans souliers, avez-vous jamais manqué de quelque chose '? » Il suffisait d'une paire
pour la route : calceati sandaliis =. Ainsi lestés, à leur arrivée dans une communauté, les apôtres n'avaient pas grands préparatifs à faire pour leur toilette avant de célébrer la liturgie; ayant fait tomber la poussière de leurs habits et secoué ou brossé celle de leurs souliers, tout était dit '.
Ce qu'était cette chaussure des apôtres? Tout bonnement, celle des gens du peuple. Quand saint Pierre sortit de prison pendant ia nuit, il s'était déchaussé pour doriuir, l'ange lui dit : Calcea le caligas luas, quelque solide soulier comme en portaient des courriers, des soldats, obligés aux marches longues en de mauvais chemins. En Orient, la chaleur, la poussière, l'état des chemins, les reptiles ne laisseraient pas faire un long trajet sans avoir les pieds bien protégés; aussi, quand nous entendons Tertullien recommander la nudité despieds«,et Clément d'Alexandrie èpiloguer sur le même sujet ', nous devons nous rappeler qu'ils s'adressent à des gens vivant en ville et quelque peu désœuvrés. Jésus, les apôtres, les évangèlistes, les pèriodeutes, les évêques ruraux n'avaient pas le temps de tant discuter, ils se chaussaient et partaient. Cette chaussure, nettement décrite d'ailleurs, et dont saint Jean-Baptiste se déclare indigne de délier les cordons, était le calceamenlam grossier des pauvres et des artisans, la solea ou une sorte de carbalina en cuir travaillé à laquelle, par analogie, saint Marc et saint Luc donnent le nom de o-ïvôiXtov ".
Les plus anciens monuments nous montrent Jésus et ses apôtres c ;aussés de sandales. Il est vrai que cette chaussure laissait le dessus du pied à découvert, qu'elle se composait ordinairement d'une semelle rattachée par des courroies passées entre l'orteil et le doigt voisin, derrière les chevilles, et rattachées au cou-de-pied. Il nous paraît impossible de tirer parti de quelques peintures des catacombes dont la signification reste douteuse pour en conclure à un usage liturgique. C'est le cas pour une fresque de la " Chambre des Sacrements» qui peut représenter, au dire des uns, un prêtre consacrant l'eucharistie, et, au dire des autres, toute autre chose. De même, au cimetière de Priscille, la consécration d'une vierge a reçu une interprétation différente. Xous nous abstiendrons donc d'interroger les fresques sur l'usage liturgique des chaussures avant la paix de l'Église.
Les mosaïques ne sont guère plus instructives que les fresques; cependant, à Ravenne et à Rome, elles nous montrent le Christ triomphant dans les cieux, chaussé de la solea 'i. A Saint-Vital de Ravenne, saint Ecclesius, dans la mosaïque de la tribune, porte une chaussure assez riche; on y voyait, au cou-de-pied, des ornements qui paraissent appartenir au bas plutôt qu'à la carbalina; l'empeigne de celle-ci est garnie de deux galons perpendiculaires l'un à l'autre. Dans la mosaiique représentant Justinien et Maximien, la suite impériale porte les mêmes chaussures que les clercs, une carbalina semblable à celle d'Ecclesius; d'ailleurs, l'archevêque n'est pas chaussé autrement que son clergé. A Saint-Apollinaire in Classe, le trumeau représentant l'èvêque L^rsicinus nous le montre chaussé de la carbalina, à l'empeigne de laquelle est ajoutée
' Mabillon, Annales, Sa'C. IV bened, paii. I, p. 639. La Vita S. Lupicini, n. 2, contient ce texte : In monasierio vero eiiamsi prolixius egrcssiis est ad ciilttirani, lignea tantum. sola, quœ oulgo soccos monasleria vocant Gallicana contînuato potilus est usa. Louis le Débonnaire, Capilulive nwnasiicum, 10 juillet 817, n. 22, dans Capital, regum Francorum, édit. Boretius, t. n, p. 345 — = Du Cange, Glossaiium, cite le Lib. ord. S. Victoris F^aris. : Sahtalares non nimis stricii sint, sed competenter ampli... desuper uero alti sitfficicnter. Il est évident que les termes subtalares, sotitlares, appliqués d'aboi-d au.\ chaussures ouvertes par opposition aux socci, désignèrent plus tard toute espèce de souliers. — 'Matth.,
III, 11; X, il, 10. — 'Luc , m. 16; x, 4. — 'Luc, xxii, 35.
— ^ Marc, vi, 0. — ' Rinaldi-Bucci, De insif/nibus episcoporuni commentar., in-S^, lîatisbonna?, ISOl ; on y lit que : sandalioriim origo ab aposlolicis teniporibus esse repetenda scriptores onines rerum ecclesiasticurum unanimiter uHtrniant. On serait bien embarrassé d'en fournir les preuves. — ' Tertullien, I>epa//io, c. v, P. L.,X. ii, col. 1045.
— * Clément d'.\lexandrie, Psedag., 1. II, c xi, P. G-, t. vm, col. 535. — " Marc, vi, 9, 'jT.'jliiv,i.iwj-, uaïSiii», caZccntos sandaliis; .\ct.,xii, 8 : -ijrÇwTcei m\ j-ôSr.oa-. t» sav5à).:à o-.j Prœcingere et calcea caligas tuas. — " Cianipini, Vetera monumenta, t. i, pi. 46; t. il, pi. 16, 19, 28.
CHAUSSURE
une petite croix dccoiipce. Rocca a restitué, d'après la mosaïque de Saiiite-Agnés-liors-lcs-Murs, la cliaussure du pape Ilonorius I" (626-638), c'est un (■«;;!parjiis (fi<^. 274'i).
La sculpture est représentée par la statue de saint Hippolyte, du iir' siècle, dont il est dillieile de dire si elle représentait primitivement un évcque. La statue de bronze de la basilique du Vatican reiirésentant saint Pierre est de date trop incertaine pour être invoquée; |)récisément, le type et le faire des sandales sont une des données invocjuées tantôt pour, tantôt contre l'antiquité de cette statue. Contrairement à ce qu'on serait en droit d'espérer, les sarcophages nous apprennent peu de chose; les scènes évangéliqucs qu'ils représentent permettent bien de petites licences avec la vie courante qui semble représentée dans son plus minutieux détail. De plus, ces scènes reproduisent un modèle adopté et à peu prés immuable. Le Christ, les apôtres sont vêtus selon un type convenu. — Devant une pareille indigence, on n'a plus le droit de se montrer trop rigoureux; aussi ferons-nous bon accueil à ce spécinuMi de so/crt crucifère certainement très ancien, ce qui est le plus qu'on en puisse dire; ce fragment de marbre, trouvé dans la Sabine, faisait
2T'i2- — CaiHpaijHS du pape Ilonorius.
D'après Cli. de Linas, op. cit., pi. 90, n. 2.
partie, au xvii= siècle, de la collection du cardinal Brancaccio (Tig. 2743).
Ou voit que la chaussure est une des parties du vestiaire liturgique sur lesquelles nous sommes le moins instruits. Tout porte à croire que, dès les origines, on procéda les pieds chaussés à la célébration du culte, mais on n'est pas en mesure de rien affirmer. La lettre de saint Grégoire !'■■ à Jean de Syracuse favorise l'opinion de l'usage des chaussures; nudheureusement, au point de vue historique, cette opinion n'a pas de soutiens. On ne peut dire si la chaussure était employée exclusivement pour la messe ou bien encore pour d'autres cérémonies. Cette dernière thèse se réclame d'une bulle d'Alexandre III accordant à Henri de Técamp de participer chaussé à la procession; un texte si tardif est fort sujet à discussion.
Enfin, on a ijuaginé découvrir entre la chaussure liturgique et la chaussure sénatoriale une filiation qui serait, à elle seule, toute une révélation. On sait que les sénateurs iiortaient, et cela dès une épo(|ue très reculée, des souliers particuliers. Parmi les sénateurs de la plèbe, les seuls consuls étaient autorisés à les porter, concession étendue à tous dans la suite. Il semble qu'à l'origine de ces marques privilégiées, une différence ait existé entre les souliers des sénateurs patriciens et ceux des sénateurs plébéiens, mais on ne peut arriver à préciser cette différence. On croit avoir retrouvé ce calceus scnalorius sur un certain nondjrc de monuments où le soulier couvre le pied entièrement et monte jusqu'au nu>llct. Deux courroies, partant de la pointe du pied, se croisent sur le pied, entourent son articulation et viennent se lier en avant. D'autres cordons, placés plus haut, attachent
DiCT. d'arcu. cumcT.
la partie supérieure du soulier. Quoi qu'il en soit de cette origine, il est bien difficile de voir dans cette chaussure sénatoriale le modèle de la chaussure liturgique du vi'= siècle. Les feux types s'écartent trop l'un de l'autre.
Si l'on combine le peu que nous savons avec les vraisemblances dont on n'a guère le droit de s'affranchir, il faut a 'mettre que la solea fut la première en date parmi les chaussures épiscopales. Ensuite, on passa tout naturellement à la carbalina qui, vers le vi= siè-
2743. — Sulca ci-ucifère, d'après un marbrt antique. Ch. de Linas, op. cit., pi. p. 90, n. 1.
de, était généralement appliquée à la chaussure, et au vii= siècle seulement, s'il fallait s'en tenir rigoureusement aux textes, à la chaussure pontificale, bien que tout porte à reculer cette application jusqu'à une épocjue plus éloignée. Tous les campagi figurés sur les mosa'iques (sauf ceux de Maximien à Ravenne) se ressemblent entre eux. Ils consistent en une semelle munie d'un quartier, de flancs bas et d'une courte empeigne, soit taillée carrément, soit découpée en cœur; des courroies croisées ou une bride transversale les attachent au pied. La sandale antique gardée à Saint-Martin-des-Monts, à Rome, qu'elle provienne ou non du pape saint Martin (649-654), constitue un campagiis remontant à une époque très reculée.
- Sandale de l'égliso >.iii.t-.Mai tin-des-Monts. D'après Ch. de Linas, op. cit.,p\. 90, n. 4.
Cette chaussure a dû avoir | rimitivement des cordons et un quartier qui ont disparu (fig. 2744).
L'ue lettre de Grégoire ï"' à Jean, évêque de Syracuse, nous montre que les campagi étaient une chaussure liturgique. « Il nous est revenu, écrit le pape, que les diacres de l'Église de Catane ont eu la hardiesse de se chausser de campagi, ce que personne en Sicile, jusqu'à ce jour, n'a été autorisé à faire, sinon les seuls diacres de Messine, auxquels la permission fut jadis concédée en bonne forme par nos prédécesseurs. L'n acte de pareille audace ne doit pas être accueilli légèrement, mais votre fraternité doit faire à ce sujet l'enquête la plus soigneuse. Il faut savoir si cette présomption leur est venue d'eux-mêmes '. » .lean Diacre, dans la description qu'il donne du portrait de saint Grégoire au monastère de Saint-André, ne dit rien des chaussures; heureusement, à défaut de ce ren-
' S. Grégoire, Episl., 1. VIII, cp. xxvii, P. L., t. Lxxvii,
col. 92S.
CHAUSSURE
seigncnicnt, nous en possédons quelques autres. Les campagi de Maximien de Ravenne sont entièrement noirs et sans ornements; ceux d'Honorius I"^' et de Symmaque, dans la basilique de Sainte-Agnes, sont noirs avec une croix blanche : Jean IV, Théodore I"', saint Venance et saint Domnion, évêques, représentés au Latran dans l'oratoire de Saint-Venance, de même qu'Honorius I*' et saint Grégoire f', figurés à Sainte- Martine au forum boarium, enfin Jean VII à Saint- Pierre du Vatican, portent des chaussures timbrées d'une petite croix noire. Ces sandales sont blanches à croix rouge sur la copie du portrait de Léon III, peinte dans un manuscrit du Vatican d'après la mosa'ique de Sainte-Suzanne^. Il n'y a pas à tenir compte des calcei crucifères de Félix III à Saint-Cônie-et-Saint- Damien, la figure ayant été tardivement restaurée. Les quartiers des campagi de saint Domnion sont relevés par un fleuron, et la languette des sandales du pape Pascal, à Sainte-Cécile oflfre une découpure semblable dont le dessin reparaît sur l'empeigne.
La lettre de saint Grégoire It à Jean de Syracuse ne dit pas si les diacres, à Rome, avaient le privilège déporter les ranipr/flf. mais il est peu probable qu'on leur eût refusé ce qu'on avait accordé aux diacres de Sicile, et il reste probable qu'au début du vu'' siècle et même plus tôt, il existait une chaussure proprement liturgique. Le pape n'était pas en droit d'en faire usage, comme l'ont avancé, à tort, les moinesThéodose et 'Théodore, auteurs de V Hypomneslicon, en 670 *, puisque nous rencontrons cette même chaussure que portent déjà les papes Honorius !'■ (625-638) et Symmaque (498-51-1), sur la mosaïque de l'abside de Sainte- Agnès-hors-les-Murs (630), à Saint-Vital de Ravenne, et même, dès le v siècle, sur les trumeaux de mosa'ique de Saint-Satyre, à Milan, représentant saint Anibroise (voir t. III, fig. '2716) et saint Materne. A Rome même, au vi«-vii« siècle, une fresque du cimetière Calliste, représente le prêtre Vincent avec cette chaussure. Ce qui est probable, c'est cjue la chaussure papale portait quelque ornementation distincte et spéciale; le fait, toutefois, resterait à prouver, car on ne peut rien conclure à la rigueur de plusieurs faits allégués : lorsque l'empereur Valens fait dépouiller le pape Martin 1" (649-655) des insignes de sa dignité, il lui fait arracher la pallium et couper les cordons de ses campagi '. Le Liber ponlificalis, dans la notice d'Etienne IV (768-772). nous montre le diacre Macerianus enlevant le pallium et arrachant les campagi au pape intrus Constantin, en signe de dégradation ■*. La concession accordée par le pape Etienne III (752- 757) à l'abbé Fulrad de Saint-Denis de faire usage de l'udonis ac subtalaris calciamentnm, désigne cette pièce comme ornalum aposlolici veslimcnli ^i de ce que le pape en usait, on n'a pas le droit d'en conclure qu'il en usait exclusivement. — Jusqu'au xii' siècle, la chaussure liturgique fut désignée à Rome sous le nom de campagus et subtalaris.
Nous venons de rappeler deux trumeaux de niosa'ique à Milan; ils représentent saint Anibroise et saint Materne, évêques, chaussés des campagi: les autres
trumeaux représentent les saints Gervais, Protais, N'abor et Félix, martyrs, chaussés de sandales; il est peu probable que cette distinction soit l'effet du hasard, ici les campagi sont bien des chaussures liturgiques. A Ravenne, évêques et diacres représentés sur les mosaïques portent également les campagi; on n'a pas de témoignages monumentaux pour le reste de l'Italie. Néanmoins, on peut rappeler que c'est un Romain, le moine .\ugustin,qui introduit le rite et les usages de Rome en Angleterre; on en aurait donc un écho dans un passage du Pénilenliel de Théodore de Cantorbéry (f 690), ainsi conçu: In ordinalione abbatis episçopus débet missam cantare et eum benedicere... et dal ei baculum et pedules '. C'est à tort qu'on a pensé voir la mention des chaussures liturgiques dans Bède '. — En Gaule, la première mention d'une chaussure liturgique se lit dans la concession mentionnée ci-dessus, faite par Etienne III à Fulrad de Saint- Denis. Il ne faut faire aucun cas de la mention des subtahires qui se rencontre dans les Gesta episcoporum Cenomanensium. On y lit. sans doute, que les évêques Innocent (543), Hadoin (655), Béraire (670), Gauziolène (770) laissèrent, par testament et en usufruit (precaria), à divers abbés ; ad opus episcopi cambutta I et subtalares 11. Le dernier legs était même fort riche : cambultam 1 opiimam et subtalares 11 bene ornatos *. Malheureusement, rien de tout cela ne supporte la discussion '', et il faut mettre sur le même pied la donation de Léodebod d'Aniane mentionnant sandalia duo ad missam '°. Rien ne permet de croire que le rite gallican ait fait usage d'une chaussure liturgique spéciale; ce serait faire dire aux textes plus qu'ils ne contiennent que de tirer cette conclusion d'une prescription du concile d'Agde en 506 et du concile de Mâcon en 583, interdisant aux clercs de porter calciamenta sœcularia, nisi qua' rcligionem décent ". La réforme opérée par Charlemagne détermina l'adoption de la chaussure liturgique suivant ce qui se pratiquait à Rome; c'est ce que mentionne un capitulaire du 23 mars 789 dont il ne subsiste que les sommaires ; n. 24. De calciimwnlis secundum romanum usum ".
Les chaussures liturgiques représentées sur les miniatures ne sont pas des sandales; elles sont généralement pourvues d'une empeigne de dimensions variables. Sur la Bible de Charles le Chauve, nous voyous des chaussures assez découvertes avec une empeigne terminée en accolade. Dans le Sacramentaire d'Autun, tout le pied sous la cheville parait enveloppé. Sur l'ivoire d'Amiens, où se trouve sculptée l'histoire de saint Rémy, le soulier a des ajours sur le cou-dcpied,et il est attaché par des cordons qui s'enroulent autour de la jambe. Sur le psallerium aureum de Saint- Gall, saint Grégoire porte des souliers d'or garnis de festons violets avec, au centre, un trèfle de même couleur et, au-dessus, deux pois verts.
Amalaire enseigne que les sandales liturgiques étaient, de son temps, confectionnées en cuir noir, qu'une bande étroite, travail du cordonnier, partait de la languette supérieure pour aboutir à la pointe du pied et que. de chaque coté de cette bande, s'échap-
' Voir Dictionniiire au mot Ctiorlemagnet col. 928. — - P. G-, t. cxxix, col. 685. « Les termes absolus de VHypomnesticon ne peuvent toucher qu'à un minime détail d'ornement ou de couleur. Ch. de Linas, op. cit., p. 93. — ' P. G., t. cxxix, col. 595. — * /./(fer ponlificalis, édit. Ducliesne, t. i, p. 472,482, note 21. — = Jallé, Regesia pontif. roman., n. 2330; l'authenticité de cet acte est discutée. Cf. Hislorisebes Jalirbiicli, 1S83, p. 587: Oelsner, Jahrbiiclier des /rtinkisclwn Heiclws, in-S", Leipzig, 1871, p. 287. — ' Il est possilile que pedules soit une mauvaise lecture pour régulas. .\u reste, pedules désigne plutôt des bas que des souliers et se présente plusieurs fois avec ce dernier sens dans les règles monastiques; on trouve ce mot
pour désigner les bas pontificaux, mais ceux-ci n'ont été portés par les abbés que beaucoup plus tard. — " Bède, De talternaculo, I. III, c. viii, P. L., t. xci, col. 480. C'est l'inlerprctation erronée de Ch. de Linas. op. cil. Cf. J. Braun, op. cit., p. 390. — ' Mabillon, Vêlera analecla, t. m, p. S5, 105, 163, ISl, 233. — ' Paul Rotli, Benefi^ialwesen, ia-S", Erlangen, 1850, p. 451 ; J. Havet, Les cliartes de Siiinl-C.alais, dans la Bihl. de l'École des diarles, 1887, t. xi.viii, p. 5 sq. — "P. L.. t. Lxxxvni, col. 1188. — " Conc. Agaltiense, can. 20, dans Hardouin, Conc. coll., t. II, col. 1000; Conc. Malisc, can. 5, dans Monum. Germ. hisl , Conc. œvi merovingici, p. 156. — " Capilularia, édit. Boretius. t. l, p. 64.
CHAUSSURE
paient des galons transversaux. Honorius d'Autun écrit que l'empeigne des sandales, faite avec la peau d'un animal mort, était noire, après avoir donné plus haut à entendre qu'elle était rouge orangé. Sicard de Crémone admet des sandales eu cuir, soit noires, soit rouges, doublées de peau blanche, piquées, galonnées et ornées de pierreries. Durand ne parle également que du cuir comme matière des chaussures liturgiques: mais, outre le rouge et le noir, l'évêque de Mende reconnaît qu'elles étaient parfois d'autres couleurs. Les Ordi nés romani I et /// ne disent rien, pas plus des campagi que des soleœ; VOrdo V assigne aux chaussures la dernière place dans la vestition. Amalaire ne détermine pas exactement leur rang parmi les vêtements pontificaux, tantôt il les classe après tous les vêtements, tantôt il leur donne le troisième rang; les autres liturgistcs du moyen âge sont aussi peu d'accord entre eux. D'après l'Ordo VIII, dont le pontifical de Salzbourg reproduit exactement le sens, il semblerait que l'archidiacre dût chausser les sandales au prélat consacré.
Jusqu'ici, ce sont presque exclusivement des papes et des évêques qui étaient en cause, et nous avons vu que l'adoption de chaussures liturgiques à leur usage a commencé de bonne heure: elle s'est maintenue, pour eux seuls, jusqu'à nos jours. L'évêque de Toul, Du Saussay, s'est demandé si ce privilège des chaussures liturgiques fut étendu aux simples prêtres, non par le fait d'un empiétement ambitieux sur les prérogatives épiscopales, mais par l'effet d'une précaution naturelle, à savoir qu'il était inconvenant de célébrer les saints mystères avec des souliers crottés; — ce qui, en effet, ne devait pas être rare en des âges où l'absence de routes entretenues mettait entre la maison du prêtre et l'église de véritables fondrières.
Amalaire donne sur les sandales liturgiques du clergé quelques détails curieux : Varieias sandaliorum varietdicm ministrorum pingil. Episcopi et sacerdods pêne unum est ofjicium. Al quia nomine et honore diseernuntur, discernuntur eliam varietate sandaliorum. L'évêque, qui parcourt son diocèse, porte des sandales à courroies, de crainte qu'elles ne tombent pendant la marche: le prêtre, stable dans sa paroisse, sceurius incedil, aussi n'a-t-il pas besoin de ligatures. Le diacre qui accompagne l'évêque dans ses courses portera, lui aussi, des chaussures à courroies: enfin, le sousdiacre aide le diacre et se rapproche de ses fonctions; il aura en conséquence des chaussures un peu difïérentes. Tout cela est probablement affaire d'imagination. Nous n'avons pas le courage de transcrire la description symbolique du soulier liturgique, c'est du délire. En réalité, si on s'en rapporte au témoignage des monuments, on n'aperçoit aucune difiérence entre la chaussure épiscopale et la chaussure cléricale. A Saint- Vital de Ravenne, un diacre et un sous-diacre sont exactement chaussés comme leur évêque Maximien; à Sainl-Laurent-hors-les-Murs, à l'oratoire de Saint-Vcnancc, les saints Laurent. Etienne et Septime, diacres, les saints Astère et iMaur, prêtres, portent la solea: â Saint-.Marc et à Sainle-Praxède, les saints Félicissime et Agapet, diacres, et Zenon, prêtre, ont le eampagus. A la cathédrale de Capoue, les ealeei de saint Etienne, diacre, sont brodés sur l'empeigne.
La pièce dite Donation de Constantin attribue au clergé romain : cliTicis diversis ordinibus eidem roniante Eeclesiœ scri'icnlibus sicul noster scrudus ctdceamcnta uti eum uilonibus, id est candido linteamine. Nous savons, sans doute, le cas qu'il faut faire de cette pièce, mais VOrdo romanus V accorde au prêtre romain, outre les subtalares quos niitlit presbyler et
diacomis, la même chaussure qu'an pape : caleiamenta sicut ponlifex. De plus, il donne aux acolytes : ealciamenla, odhones et subtalares sicut et subdiaconi. Enfin, il ajoute : Caleiamenta vero, tani ponlifex, quam etiam et omnes reliqui, sive feslis diebus, sive quolidianis uno modo induuntur. Item diaconi. Les diacres de Messine avaient la permission de faire usage du eampagus, ceux de Catane l'avaient usurpé, et leurs collègues d'Espagne faisaient probablement de même, puisqu'en 633 le IV" concile de Tolède interdit aux diacres l'usage du eampagus : ccmipagis vero calceari absque aposlolica lieentia non permittilur diaconis.
IX. Chaussures historiques. — Il nous reste un nombre infiniment petit de chaussures historiques. Avant de les énumèrer, nous citerons ce qui a rapport à celles de saint Cuthbert ( f 687) de qui nous savons qu'avant de parvenir à l'cpiscopat, il était caleeatus tibracis, quas pellieeas habere solebat; il célébrait donc en bottes fourrées et en guêtres. Lorsqu'en 1104 on ouvrit le tombeau du saint, Réginald de Durham nous parle des sandales qu'il avait aux pieds : In pedibus caleiamenta pontificcdia gerit quee vulgiis vocare scmdatia eonsuevit. Quœ, ex regione superiori mullis foraminibus minimis palere videntur quorum operamina arlificiosa ex industria lalitcr comprobantur. Ces sandales n'avaient d'ailleurs pu être chaussées au saint qu'en 698 lorsqu'on éleva son corps : Omnia autem veslimenla et calceamenla... altrila non erant... et ficones novi quibus caleeatus est, in basilica nostra, inter reliquias pro testimoniis usyuc liabentur '.
Ou ne peut rien dire de certain touchant la sandale dite de sainte Aldegonde, conservée à Maubeuge ^.
A Chelles, on conservait avant 1792 de précieuses reliques dont une partie fut sauvée et se trouve aujourd'hui dans l'église paroissiale '. De ce nombre se trouvent trois chaussures en cordouan noir; une isolée, une paire : le tout à l'intérieur maroquinc de couleur fauve, à l'empeigne brodée en soie au point refendu ou de chaînette. «Le soulier dépareillé mesure Om'28 de longueur: l'empeigne, élégamment taillée en fer-blanc, remonte sur le cou-de-pied; deux courroies faisant corps avec le reste se croisent pour aboutir à des oreillettes (ansœ). correspondantes, à droite et à gauche du quartier. L'ornementation consiste en deux palmiers inégaux, posés bout à bout, l'un sur l'empeigne, l'autre sur la languette, le premier, chargé de fruits: l'ensemble esquissé en blanc, rouge et vert : un léger filet blanc suit à distance le contour des solutions de continuité.
La paire a 0'"27. Le passage du pied, bordé aussi d'une baguette blanche, dessine une sorte de cœur arrondi par la base. Des fleurons découpés comme à l'emporte-pièce, appliqués sur le fond de cuir doré et rechampis de traits polychromes, blanc, rouge, vert, décorent l'empeigne.
«D'une rare élégance, ces trois souliers ont le quartier élevé; la semelle, très étroite, sans renfort, est aussi souple que les autres pièces auxquelles elle se noue par une couture cachée sous un passe-poil. En marchant, le pied devait appuyer en grande partie sur l'empeigne et le quartier qui, cependant, n'olïre aucune trace de frottement, en dépit de crevasses au talon, marque certaine d'un fréquent usage. C'étaient donc des chaussures de cérémonie et non destinées à la vie ordinaire *» (fig. 2715).
Les dimensions de ces souliers rendent peu vraisemblable leur appartenance à une femme: ce sont, néanmoins, des chaussures auxquelles on attachait un grand prix puisqu'on les gardait dans une châsse. Leur origine liturgique paraît probable, d'autant que
'Ch.dc Linas,.! ne j>r(s ortcnwnls sueerdolatix, III, La c/iai/ssure,p- 100. — = Ibid., p. 3-0. — » lbid.,p. 6-13; E. Grésy,
dans Heviie archéologique, 1856, t. xii, p. 60.'î-610, pi. 273. — ' Cil. de I.inas, op. cit., p. 7-8.
CHAUSSURE
la semelle, aussi souple que les autres pièces, indique que leur usage n'avait rien d'extérieur.
Les sandales du bienheureux Éginon, cvêque de Vérone(80'2)(rig. '274(5), étudiées par Gerbert dans l'abbaye de Reichenau, ont l'aspuct de chaussons sans seniellecaractérisée;elles sont faites d'une seule pièce de cuir souple, rouge vif : leur quartier est relativement élevé; une languette {lingua supcrior), taillée en fer de lance et issanl d'une base rectangulaire, avance sur le cou-de-pied; deux courroies (/(jahira'), ménagées dans les flancs aune faible distance de la languette, venaient se croiser de manière à passer à travers deux oreilles {ansœ. ligulx) correspondantes, ouvertes sur le bord supérieur du quartier. Une élégante piqûre contourne le passage du pied (supcrior parssandalium, pcr quant pes intral. miillis filis consiita est). L'empeigne, suivant les formules liturgiques, est ornée d'un galon vertical d'où s'échappent, vers le haut, deux branches courbées en S; vers le bas, deux prolongements latéraux
2745. — Sandales de Clielles.
D'après Ch. de Linas, o;). cit.. p. 3.
étalés en croix sur la pointe du pied >. Cette disposition cruciforme, d'après Gh. de Linas =, serait purement accidentelle. Chez les Romains, nobles et plébéiens se reconnaissant parliculièrement aux chaussures, ces galons ne seraient autre chose qu'un souvenir des quatre courroies, marques distinctives du calceus palricius.
X. Chaussures b.\rbares. — La chaussure portée par les Barbares, hommes ou femmes, à l'époque des invasions, est mal connue. Dans les fouilles de Selzen, Lindenschmidt rencontra sur les membres inférieurs de certains squelettes, notamment dans la tombe d'un riche guerrier franc, des objets de dimension minime, auxquels il attribue une destination coufirme à ce qui a été, plus tard, observé dans les fouilles de la Belgique et de l'Aisne. C'étaient, « à la jointure des pieds, des débris de cuir garnis de métal blanc et une fine bouclette sur chaque genou '. » Selon lui, « les petites boucles et lanières peuvent avoir servi à fixer,
'M. Gerbert, lier Alemanicum, in-4", San Blasiis, 1773, p. 275, pi. IX ; Velus liliirgia Alemaniie, in-4°, San Blasiis, 1777, t. I, p. 25U, pi. IX. — = Op. cit., p. 100. Les évoques en perdirent le sens, pensèrent figurer l'instrument du salut et les commentaires mystiques allèrent leur train : O quam spcciosi pedes ei>angelizunliiim /En lait, les lineœ procedenles ex iilraque ne sont jamais destinées i'i aboutir in jormam criicis. Quand l'épiscopat devint une des principales charges de l'empire, ses titulaires lurent bien aises d'adopter
tendu jusqu'au genou ou même plus haut, une sorte de bas-culotte qui était maintenu depuis les chaussures vers le haut, par des bandelettes croisées '. »
Ces menus objets n'ont été signalés que dans des tombes de femmes, et peut-être faut-il admettre une différence entre la chaussure des hommes et celle des femmes. Pour l'homme, à quelque peuple qu'il appartienne, c'est la peau de la bête fixée par des lanières Pour les fenmies, le cuir découpé, orné, adhérent au pied au moyen de bouclettes et peut-être aussi de bandelettes croisées autour de la jambe et se terminant par deux ferrets de bronze retombant gracieusement sur le côté du mollet, ferrets que l'on rencontre encore parfois au-dessous du genou, par exemple au Jardin-Dieu de Gugny (Aisne) ^ Ces agrafes au-dessous du genou avaient été rencontrées en Savoie ^; enfin, dans les sépultures de Vaudesson où ces plaques, contre-plaques, boucles et aiguillettes ont été trouvées dans des sépultures de femmes. Ces garnitures se
2746. — Sandales d I-^ijinon de Vérone. D'après Cti. de Linas. op. cil., p. 100. n. 5, 6.
trouvaient sur les tarses et le bas des tibias. Suivant Sidoine .\pollinaire, les Francs avaient la chaussure attachée par de longues courroies se croisant sur la jambe. Ce mode d'attache était donc généralement employé par les femmes, puisque nous trouvons l'aiguillette, terminaison de la courroie de cuir. Les sandales ou brodequins étaient sans doute munis de chaque côté d'une courroie qui, après avoir fait plusieurs fois. en se croisant, le tour de la jambe, venait se fixer sur le torse où brillaient les boucles, plaques et contre-plaques analogues à celles de la ceinture, mais de plus petites dimensions, et l'aiguillette se balançait, attachée probablement sur le côté de la jambe.
On a trouvé ces boucles à Sérancourt et dans d'autres cimetières de l'Aisne, à Caranda, à Charnay, à Andernach, à Meckenheim, à Herpès (Charente), en Belgique sur plusieurs points, à Resteigne, etc. '.
sur une partie de leur vêtement les insignes de leur haute dignité civile. — ^ Lintienschmidt, Das (jermanische Todlentager bel Selzen. in-S'^, ^lainz, 1S48, p. 5. — * Ibid., p. 13. — ^J. Pilloy, Étude sur d'anciens Iicu.v des sépultures de l'Aisne, ISSG, t. i, p. 53. — 'Gosse, Solice sur d'anciens cintetiéres trouvés soit en Savoie, soil dans te canton de Genève, 1853, p. 13, pi. i, fig. 7-10. — 'C. Barrière FIa\-j'. Les arts industriels des peuples barbares de la Gaule du i7« au vn' siècle, 1901, t. i, p. 230 sq.