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II. Leclercq

CHEVELURE. — I. Jusqu'au m"' siècle. II. Jusqu'au viu« siècle. III. Les femmes. IV. Cheveux et faux cheveux. V. Barbares.

I. JusQu'.\u m" SIÈCLE. — Dès la haute antiquité la chevelure est un insigne de distinction que nous retrouvons aussi bien chez les peuples civilisés que chez les barbares. Égyptiens, Assyriens, Phéniciens imposent à leurs dignitaires le port d'une chevelure longue et épaisse. Les Grecs, sans doute par l'entre-

*Paul Diacre, De geslis Langobardontm, c. xxxiii, x.xxiv. — - Cf. Pilloy, Véqniiation aux époques franqae et carolingienne, dans le Bull, archéoî. du Comité des travaux lustoriques, 1894. — = A. Giry, op. cit., p. 1138. Cf. Lacurne

mise des navigateurs phéniciens, adoptent cette mode et infligent aux principaux citoyens de la cité les grandes robes de lin et les longues chevelures. Les dieux en sont également dotés. Jupiter parfume d'ambroisie son abondante chevelure. Apollon n'y a jamais laissé introduire les ciseaux, les guerriers portent une encombrante chevelure qui retombe sur leur dos et sur leurs épaules. Femmes et déesses, cela va sans dire, sont encore plus abondamment pourvues. La calvitie est un ridicule.

Mais on se lasse de tout, même d'être à la gêne, l'ne réforme complète s'effectue. La coiffure des hommes est courte: elle diffère désormais de celle des femmes, on renonce aux arrangements symétriques. A .\thènes, les petits garçons portent encore des cheveux bouclés, mais on les leur coupe dès l'âge de l'éphébie et la cérémonie est précédée d'une libation à Hercule, suivie de la consécration des cheveux coupés à Diane ou à Apollon. Au reste, les coiffures d'enfants varient beaucoup ; c'est le privilège des mères et le prix de leur ingéniosité. Celles-ci semblent avoir préféré généralement les longues boucles tombant jusque sur le cou. quelquefois avec une touffe de cheveux se dressant sur le front, ou une longue mèche tressée et ramenée en arrière, partant du front et couvrant le sommet de la tête. Et puis, il y a les modes locales auxquelles on tient fort: nous avons montré un petit Alexandrin avec sa touffe originale jetée sur le côté, c'est la mode d'.\lexandrie pour les garçonnets. Voir Diclionn., t. i. col. 1478, tig. 337.

Les adultes portent la chevelure courte sans être rase, à grosses boucles, c'est la coiffure d'Hermès; l'âge venu, on laisse les cheveux s'allonger et tomber sur le cou, mais sans atteindre les épaules. Il semble que l'extrémité des mèches boucle naturellement.

Les Romains, en fait de coiffure, avaient commencé par être hirsutes : longs cheveux, longue barbe, et entretenus un peu sommairement. Quand un barbier arriva de Sicile, on courut en masse se faire tondre et raser et cet usage devint bientôt si général que les longs cheveux ne furent plus guère que l'indice extérieur d'un grand chagrin ou d'une humiliation. L'engouement passé, les Romains, tenant un juste milieu entre la chevelure inculte des ancêtres et la chevelure complètement rasée, commencèrent à porter celte coiffure qui s'est en quelque façon identifiée avec leur type : cheveux courts, tantôt plats, tantôt crépus ou naturellement ondulés, mais sans frisure artificielle et ne couvrant ni le front ni le cou. Les raffinés imaginèrent la frisure au fer chaud, dont la préparation leur coulait beaucoup de temps et d'argent, et, en outre, la considération. Il faut voir de quel ton Cicéron parle des jeunes patriciens soigneux de leur chevelure toujours bien peignée, luisante de parfums, assouplie en boucles par le fer du friseur : pe.ro capillo nitidos, unguentis affluens. cnlamistra coma, madenles cincinnorum fimbriœ... * Ovide nous peint les élégants de Rome donnant à leur cheveu.x, à l'aide du fer, une disposition savante *. Quintilien dit qu'ils en ètageaient les boucles ('/! gradus atquc annulas '; Sénéque nous les montre passant la journée chez le coiffeur, délibérant pendant des heures sur la position d'une boucle et aimant mieux voir le désordre dans la République que dans leur chevelure. Dans le même temps, et ce luxe dura autant que l'empire, les riches personnages avaient à leur service de jeunes garçons remarquables par leur beauté et particulièrement pour leur coiffure toujours arrangée, parfumée, frisée avec le

Sainte-Palaye, Mémoires sur rancienne cheimlerie.S vol. in-12, Paris, 175SI et 1781 . — • ' Cicéron, In Catii, il, 10 ; In Pison., .XI, 25; Pro .Seslio, viii, 18; Post redit, in sénat., v, 12. — ' Ovide, .4rsania<., III, 434. — ' Quintilien, Inslit. or., xii, 17.

CHEVELURE

plus grand soin (paeri capillali, comati, calamislrati, cincinnaliili), et les poètes chantaient les boucles ondoyantes des Earinus, des Eucolpus, devenus les favoris de leurs maîtres '.

Les premiers Césars portent une coiffure 1res simple. César, Tibère, Drusus, Caligula, Claude portent des cheveux ni longs, ni courts, sans autre frisure que leur pli naturel. Xéron dispose ses cheveux en boucles étagces, comani in gradus jormatam ^, parfois il U's a laisses croître et retomber sur les épaules. La coiffure de Trajan descend régulièrement unie et peignée du sommet de la tête jusque sur le front. Les Antonins, particulièrement L. Verus, Marc-Aurèlc, Commode, ont une chevelure très frisée à boucles épaisses et serrées. Commode, naturellement d'un blond ardent, se faisait mettre de la poudre dor. Gallien usera du même procédé.

Dès le milieu du ii« siècle, beaucoup d'hommes à la cour de Marc-Aurèle se faisaient couper les cheveux presque ras. C'était la coiffure des sto'i'ciens et de tous ceux qui alfectaient des delicrs austères; ce fut aussi celles qu'adoptèrent les chrétiens.

II. JusQU'.\u viii" SIÈCLE. — Les chrétiens n'avaient guère à hésiter sur la mode à suivre ou à ne pas suivre. Ipsa nalura doccl nos qaod vir quidcm si comam rni- Irial. iijnominia est illi'. C'était saint Paul qui parlât ainsi. Et il est possible que, prêchant d'exemide. l'apôtre ait porté les cheveux ras. Si l'on s'en japporle à ce qu'on peut tenir avec vraisemblance pour son portrait iconique, il était chauve et portait derrière la tête quelques cheveux courts. L'argument serait, il faut en convenir, assez faible puisque les peintures les plus anciennes semblent se préoccuper très peu de conformer la chevelure du Christ aux desiderata de saint Paul; il est vrai qu'on a pu s'imaginer, suivant une opinion répandue alors, que Jésus était naziréen et astreint, à ce titre, à porter la longue chevelure.

La Didascalie n'est pas moins catégorique que saint Paul : ■ A toi. homme fidèle de Dieu, il n'est pas permis de laisser croître ta chevelure, de la peigner, de l'égaliser, ce qui fait les délices du désir ; tu ne l'arrangeras pas et ne l'orneras pas, tu ne la disposeras pas pour qu'elle soit belle, tu ne détruiras pas les poils de ta barbe, tu ne changeras pas l'expression naturelle de ton visage et ne la modifieras pas autrement que Dieu ne l'a créée '. » Dans quelle mesure cette règle est-elle observée? Quelles infractions lui fait-on subir? On est très embarrassé de le dire. Toutefois. il semble bien qu'on ne l'esquive pas généralement. ThasciusCyprianus, en se faisant chrétien, fait couper ses longs clieveux ^ :

De/lua cœsaries com/jescitiir ad brei'cs capittos.

Le pape Damase s'indigne contre ceux qui ont ordonné évêquede Constantinople IMaxime le Cynique, qui portait la chevelure enibroussaillèe. « Ils n'ont pas lu l'apôtre? » demandait le pape. D'ailleurs, depuis la réaction qui coincide avec l'avènement d'Alexandre-Sévère, les mœurs efféminées et les modes qu'elles avaient amenées étaient en mauvaise posture. Pendant toute la seconde moitié du iii^' siècle, on revient aux cheveux ras. Avec le iv siècle apparaît une mode nouvelle, les cheveux aplatis sur la tête, coupés seulement par leur extrémité et arrondis autour du visage, in rolœ spécimen'. Cette coiffure nous est comiue par une foule de monuments, sculp-

* Daremberg et Saglio, Divt. des aiitiij. f/r. et romaines diaprés les tt'xtcs et les monuments, t. i, cul. i;i(>G. On connaît le type de coiffure d'Antinous. — 'Suctune, -Vero, c. li. — 'Corintli., xi, 14. — * La Didusealie, c'est-à-dire l'enseignement eutltolique des douze a[>ôtres et des saints itiseiples, trad. Xau, Paris, 1902, p. 11. — '' Prudence, l'eri Stcphanon, hymn. xni, vs. 30, P. L., t. lx, col. 573. — 'Sidoine

tures, fresques, mosa'i'ques et par les effigies frappées sur les monnaies impériales. Toutefois, remarquons bien que cette coiffure ne se retrouve que sur les monuments qui peuvent passer pour des portraits; dans les monuments chrétiens, le Christ conserve ses clieveux longs '. Lorsque nous voyons cette coilîure, nous pouvons supposer que nous sommes en face d'un portrait. Constantin et ses successeurs portent les cheveux de moyenne longueur, ramenés en avant, taillés en rond et descendant sur le cou qu'ils couvrent parfois entièrement.

Julien porta la barbe et les cheveux incultes, ce fut une bizarrerie de plus dans sa courte et triste carrière. Sous Valentinieu et Valens, les barbiers et friseurs reprirent leur métier. Néanmoins l'Église continuait à recommander et, au besoin, à prescrire la chevelure courte. Les Slatuta Ecclesiœ antiqua promulguent celte prescription : Clericus nec comam nu- Iriat nec bcirbum [londeal?] et il faut croire que les clercs n'étaient pas les seuls qu'il fallût rappeler à l'ordre; les moines eux-mêmes laissaient pousser leur chevelure, saint Augustin les appelle criniti fralres », c'était sans doute pour s'épargner les quolibets des gens de Cartilage que la vue des têtes rasées mettait en liesse : Qiwd intra Africœ civilates el maxime inlra Carlluujinis niiiios pallialiimet pallidum. et rccisiscomarum /htenliiim jubis ad entent tonsum videre lam infelix aie populus qiiam inftdelis sine convicio alque exeeralione vix paierai ''. En Gaule, Sidoine Apollinaire loue dans le prêtre Maxime : sermo religiosus, lum coma brci'is. barba prolixa '".

Si l'on parcourt la série de portraits de papes, d'évêques. de prêtres, de clercs qui nous est conservée ])ar quelques fresques et surtout par les mosaïques, on peut se convaincre que l'usage de la coiffure plate et rase est général et continu. Telle ou telle exception, si tant est qu'exception il y ait, ne modifie pas la règle et n'atteint pas l'usage. Quelques canons de conciles s'échelonnent de siècle en siècle pour raviver la prescription. En 743, le canon S- du concile de Rome jette encore l'anathème au clerc ou au moine qui laissera croître ses cheveux.

III. Les femmes. — Pendant les cinq premiers siècles de Home, les femmes gardèrent dans la coirture une grande sim])licité. Encore au temps de Plante, les frisures, les pommades étaient considérées comme l'apanage des femmes étrangères et des courtisanes. Les jeunes Romaines, jusqu'à lcurmariage.se contentaient de ramasser leur chevelure en nœud derrière la tête et de l'assujettir au moyen de bandelettes ou d'une épingle; .simplicité que Iplusieurs conservèrent jusqu'au milieu du dévergondage des modes de l'empire.

■Saint Paul recommandait à la femme de garder ses cheveux : qitoniam capilli pro velamine ci dali snnt. La Didascalie se borne à prescrire à la femme de ne pas tresser sa chevelure comme celle des courtisanes. Mais il y avait bien d'autres artifices contre lesquels s'insurgeaient les Pères de l'Église. LTn des moyens de blondir une chevelure trop foncée consistait à laver les cheveux et à les exposer ensuite au soleil. Un passage de Tertullien signale les coquettes de son temps qui s'exposaient à une insolation afin d'être plus rares et plus belles : > On souille ainsi, leur dît-il. ce qu'on croît embellir. La force des drogues brûle les cheveux que desséche encore le soleil aux feux duquel on les vient exposer... Faire de la sorte, c'est se

.\pollinaire, Epistolar., 1. IV, cpist. xiii, /'. /, , t. lviii, col. 51S. — 'Garrucci, Storia dell'arte cristitma, in-fol., Prato, 1872, t. i, p. 84. — ' S. .\ugustin, lietractationes^ 1. II, c. xx.M, P. /,., t. xxxii, col. 643 — • Salvicn, De providentia Dei, 1. VIII, c. iv, /'. L., t. lui, col. 156- — '" Sidoine .\pollinaire, tpistolar., I. IV, cpist. xiii, P. L., t. Lviii. col. 518.

2788- — Coififures d'après divers monuments chrétiens.

a. Sarcophage da Latran. D'après 0. Marucchi, / monumenti ilel tniiseo cristiano Lateranense, pi. xv, n. 2. — b. Sarcopha^'e- D'après O. Marucchi, op. cit., pi. xxx^^Il, n. 8. — c. Sarcophage. D'après O. Marucchi, op. cit., pi. xxx, n. 1. — d. Fresque du cimetière de Calliste, fin du lir siècle- D'après Wilpert, Le pitture délie catacombe l'omane, pi. 111. — c Fresque du cimetière de Priscille, 2' moitié du iir siècle. D'après Wilpert, op. cit., pi. 79. — /". Fresque du cimetière de Domitille, 2* moitié du iir siècle. D'après Wilpert, op. cit., pi. 84. — g. Fresque du cimetière de Calliste. 2* moitié du m* siècle. D'après Wilpert, op. cit., pi. 88. — h. Fresque du cimetière de Domitille, vers 360. D'après Wilpert, op. cit., p!. 213. — i. Fresque de la Vigna Massimo, milieu du iv siècle. D'après Wilpert, op. cit., pi. 204. — j. Fond découpe. D'après Garrucci, Vetri ornati, 1858, tay. d'aggiunta, n. 4. — k. Fresque de la Vigna Massimo, milieu du iv' siècle. D'après Wilpert, op. cit., pi. 174, n. 2. — l. Sarcophage. D'après Marucchi, op. cit., pi. xxxviii, n. 3.

„ „■ . • "^*^' " '^"'"'"''es d'après divers monuments chrétiens

a. Vierges construisant la tour. Garrucci, Storia del arte t M ni qr ; m ''""'""^^•

t. V. pi. XV, 1. c. Fond do coupe. Garrucc" r'r,iô™a/i,•«;,„n^^vv '',"'''* d'Hélène. Cohen, ^fonnaie3 impériales.

m. Ibid., pi. XIX. n. 7. -„. Ibid., pi. xxvri n 2 -ô SirLnhL /' 7 ''"''^P'' ''^"' °' *• " '• ''"''•' P'- ^'^''"1. "• 3. de Brescia.Leclercq,.l/a„. d■arclLogie^ lA m f^'^'^'X^r.!^''''^ m^'''"' ^''=«°«"- '• '• «g- 1873. - p. Musée - r. Diptyque de Vienne. Ibid., p. 368, fig. 340. ^" ~ ^' '^'l"i1"« <!<= "-"iza- Ventura. Sforia, t. i, p. 359, fig. 332.

DICT. D'ARCIt. CIIRÉT.

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