‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 249 sur 303 · III · texte numérisé non relu

III

CHEVELURE

montrer au regret d'être nées Romaines et de n'uvoir point reçu le jour en Gaule ou en Germanie. Le Seigneur dit : " Qui de nous peut noircir un cheveu " blanc ou blanchir un cheveu noir? » Celles-là font ainsi mentir Dieu qui vont réi)étant : « Nous savons rendre fauve une chevelure qui était noire ou blanche. « Mauvais présage que de prêter à ses cheveux l'éclat des feux de l'enfer '. » Mais TcrtuUien eut beau tonner, on continua à teindre les cheveux. Saint Cypricn se scandalise : « Une audace sacrilège, dit-il, change la nuance des cheveux et leur donne, par un funeste présage, la couleur des flammes éternelles, c'est pécher par sa tête -. > Saint Jérôme accourt, au iv siècle, faire la même menace à Lwta, touchant sa fille : « Ne teins pas ses cheveux de cette couleur qui présage les llammcs de l'enfer ^ ■<

Au iii<" siècle, les femmes portent de larges et épais bandeaux aux ondes profondément creusées et qui semblent envelopper la tête, couvrent les oreilles ou sont rejetées par derrière et descendent jusqu'au bas du cou; là, ils se réunissent en tresse aplatie sur la nuque; quelquefois, au contraire, épaisse et lourde comme une sorte de large tourteau appliqué à la partie postérieure de la tête. 'fertuUien n'en veut point : ■' Eh quoi, dit-il aux chrétiennes, ne laisserezvous jamais en repos vos cheveux ? Vous les tirez en bas, vous les tirez en haut, vous les couchez à plat. Les unes se plaisent à en former des frisures, les autres les laissent flotter au hasard et voltiger au vent avec une négligence affectée. 11 y a encore ces énormités, je ne sais comment les appeler, ces ouvrages cousus et tissés en forme de chevelure, qui sont tantôt comme un bonnet servant à la tête de fourreau ou au crâne de couvercle, tantôt sont ramassés sur la nuque '. »

La mode des nattes relevées derrière la tète prévalut au temps d'Alexandre-Scvère; elle eut plus de durée qu'aucune de celles qui l'avaient précédée. Tantôt la natte largement étalée s'avance jusqu'audessus du front, tantôt réduite à une bande étroite et plate, elle suit de la nuque au front tout le contour du crâne, où. plus saillante, nouée et maintenue par des rubans, quelquefois entremêlée de perles et de pierreries, elle ressemble au cimier d'un casque, j C'est la coiffure des princesses dont les elfiyies sont gravées sur les monnaies jusqu'à Constantin et, bien que Hélène, sa mère, et sa femme Fausta en aient une un peu différente, elle reparaît encore après lui; pendant plus d'un siècle on la trouve également figurée dans les bustes et dans les portraits sculptés sur les sarcophages et les autres monuments ^ Ce n'était pas la seule c[ui fut portée cependant, comme on l'a vu par un passage de Tertullien; d'autres paroles du même écrivain témoignent que la coift'ure des jeunes filles, peu diflerente au m- siècle de ce qu'elle était dans l'ancien temps, consistait encore à ramasser les cheveux sur la tête sans les séparer, mais elles attestent en même temps que plus d'une n'attendait pas le mariage pour en changer'. » En ellet, le ttitulus n'était plus exclusivement réservé aux femmes

* Tertullien, De cultii feniinarnm^ 1. II, c. vi, P. L., t. i, col. 13:22. — = S. Cyprien, Z)t' hubilii virtjinis, xvi, P. L., t IV, col. 455; cf. De lapsis, c vi, .xxx, P. L., t. rv', col. 469. — ^ S. Jérôme, Episl., cvii, n. 5, P. L., t. xxii, col. 872 sq. — 'Tertullien, De ciiUu /eminurum, 1. I, c. vu, P. L., t. I, col. 1323. — =• De Rossi, Biilletl. di ardi. crist., 1876, pi. IV; Garrucci, Storia dell'arle crisliana, t. m, pi. 364. — • Saglio, Diilionn. des antiq. ijr. et rom., t. i, p. 1370. — • ' On trouve cette coiffure à une Psyché sur un bas-relief chrétien de la collection du British Muséum. — » S. Jérôme, Epist., cxxx, 18. — ' S. Jérôme, Episl., cxxx, 7 : alienis erinilnis lurritiim veriicem siruere. — " .Saglio, op. cit. — 'Ptissio S. Perpétua;, u. 20, édit. \. Robinson, in-8°, Ox-

marièes. La petite touffe rebelle et flottante de la fillette faisait place à la coiflurc enroulée au sommet de la tête que les anciens comparent tantôt à une borne, 77U'/r/, tantôt à une tour, tunis. Nous en avons des exemples sur des monuments chrétiens, notamment sur une plaque sculptée représentant sainte Agnès. Voir Dirtionn., t. i, col. 946, fig. 233 '.

Au iv siècle, « saint ,Jcrôme blâme le dérèglement de celles qui laissaient flotter leurs cheveux et y ajoutaient des ornements '. Les femmes avaient repris les hautes coiffures formées de tresses enroulées, et cet exhaussement ne se faisait pas sans qu'on y mit des cheveux d'emprunt '■•. On peut observer les commencements encore modestes de cette coiffure dans les peintures des catacombes, où des saintes et des orantes ont les cheveux disposés en bandeaux unis qui descendent le long des joues et jusque sur le cou, et relevés en nœud, plus souvent en torsade placée comm? une couronne sur le sommet de la tête. On remarque la mêm:! simplicité dans le plus grand nombre des monuments chrétiens; quelques-uns cependant, qui montrent, au iV siècle, la simple torsade remplacée par un triple ou quadruple enroulement, et les bandeaux unis par des frisures qui entourent tout le visage, nous font comprendre les expressions des écrivains contemporains qui parlent de constructions comparables à des tours et de boucles éparses retombant sur le front. On peut voir ce que devinrent les hautes coiffures au v* siècle, par la figure de dalla Placidia ('?) sculptée sur le beau diptyque de la cathédrale de IMonza, où les cheveux enroulés font l'effet de deux diadèmes superposés. Ailleurs la fille de Théodose porte la natte relevée en forme de cimier, coiffure qui continue à être figurée sur les monnaies jusqu'à la fin de l'empire d'Occident ". »

Ces coiffures que nous voyons représentées sur les portraits, sur les figures d'apparat des fresques, des mosa'iques et des sarcophages sont sans aucun doute l'image de la réalité, mais non pas de toute la réalité. Les femmes, alors comme de tous temps, avaient des degrés dans leur toilette. Le matin, dans un moment de liâte, elles ne procédaient pas à cette coiffure compliquée et bien équilibrée qu'on s'inflige pour poser dev.ant un artiste ou se rendre dans la société. L'ne torsade rapide faisait l'affaire. Nous avons de cette coiffure improvisée un exemple trop célèbre pour être passé sous silence. La Passio S. Perpétuée nous la montre dans l'amphithéâtre à l'instant où elle vient d'être lancée en l'air par une vache furieuse : Prior Perpétua jaclala est, et cotjcidit in lumhos, et ubi scdit tunicam a lalcre discissam ad l'elameiitum fenwris redu.vit, pudoris potins memor quam doloris. Dehinc requisita et dispersas eapillos in/ibulavit; non cnim decebat marlijramsparsis capillis pati, ne insua gloria plangere videretur^K Ainsi, rapidement, à l'aide de quelque épingle, d'une broclie peut-être, on pouvait relever, plier et fixer la chevelure.

Longtemps la femme ne put se couper les cheveux sans s'exposer au mépris et même à des pénalités,

ford, 1891, p. 90. Clément d'.-Mex.andric, Pa'dagogiis, 1. III, c. XI, P. G-, t. VIII, col. 625 sq , conseille aux femmes de ier leurs cheveux sur le sommet de la tête i,%)i'.-.r'iy.: -r, «<;;*.•,•/ ii-.i'i.roi T.mrr, Tivî V.it;; T^afà Tr.v «à/!/. Cf. Lami, De eruditione apostàlomni, in-8», Florentise, 1766, t. i, p. 129. C'est cette façon que saint Zenon de Vérone déclare : decorosa et lionorata, tract. VI, 8 : Tu specialiler oinncm populiim divinasque virlutes quasi crines diffusas in luiius verticis nodum Iwnorem decoremque conducis. Les Conslilutions aposloliqucs, 1. I, e. III, se bornent à déclarer que c'est l'usage des dames de nouer les che\eux sur le sommet de la tête, de même d'ailleurs que di\isés en boucles et pendant jusqu'à la ceinture. Il y a pour tous les goûts.

CHEVELURE

exception faite pour celles qui entraient dans la vie religieuse, car saint Jérôme nous apprend : Moiis est in .Egijpli et Sijriœ monasteriis, ut lam viryo quani vidua, riuiv se Deo l'ovcrinl et sccuto reniintiantcs omncs dcliciiis sœculi conculcarint, crinem monaslcriorum matribas offcrcint dcsecandum, non intecto postea contra apostoli volantalem incessnrœ capitc sed ligalo pariter ac velato ', et saint Anil^roise dit également '.AmpHicniur crincs, qui per vanam gloriuni occusioncm luxuriœ prxslitcnmt -. Pour les gens du monde, c'est tout difïérent. Une loi de l'an 390 déclare que : /eminie, qiiœ crinem suum contra divinas Immanasquc Icges instinctu persuasx professionis absciderint, ab ecclcsiœ foribns arceantnr'; l'Église y veille de son côté, les Slatuta Complulensia décident que : si qnie millier quasi propter religionem capillos siios detonderit, anathema sit '. Cette sévérité était tout autre chose qu'une taquinerie, elle visait à prévenir une lorme spéciale de la prostitution : Aliœ virili habita veste mutata eruhescunl esse feininœ, quod natte sunl, crinem amputant et impudenter erigunl faciès eunuchinas *.

Les figures annexées à cette dissertation ofïriront divers types de coilTure et seront comme un rapide commentaire. Nous renverrons principalement aux fonds de coupe dorés qui présentent des portraits avec un souci évident de réalisme '. On trouvera déj^ dans le Dictionnaire un certain nombre de figures que nous rappelons ici, fig. .56, .57, 81, 152, 156, 232. 233, 270, 337, 346, 317, .360. 360. 370-413. 49G, 600, 603, 656, 671, 831, 948, 983, 984, etc. D'ailleurs, il ne se passe pas vingt pages qu'on ne rencontre quelque type qui puisse être noté et c'est déjà une documentation eonsidéraljle mise à la portée de ceux qui voudront traiter en détail le présent sujet.

La figure 2789 / ofl're un intérêt particulier. C'est une famille composée des parents et de quatre enfants, deux garçons et deux lilles '. On ne saurait souhaiter rien de plus clair et de plus satisfaisant comme chevelures . On lit : ... ciim ohiNi'BVS VESTRIS-Pic lèses.

IV. CiiEVEU.x ET F.vux ciiEVEU.x. — Daus les documents chrétiens nous rencontrons divers termes pour désigner la chevelure : coma, capilli. marquent d'une façon générale les cheveux, indépendamment de la disposition et de la coupe qu'on leur donne; coma indique plus particulièrement la chevelure non coupée; aesaries implique plus ordinairement l'idée d'une abondante chevelure et ce terme est parfois étendu jusqu'à la barbe. Crincs désigne de préférence les mèclies séparées naturellement ou par le moyen du peigne.

Le luxe excessif qui commença avec l'empire n'excepta pas les cheveux et on peut supposer que l'aversion cjue les plus anciens écrivains chrétiens témoignent à la chevelure s'explique par la coquetterie <[ue beaucoup de femmes, même parmi les fidèles, ne s'interdisaient pas dans leur coilTure. Cependant,

la chevelure avait contre elle des préventions; 'i qu'un apprêt l'eût ou non transformée, elle était, par son charme même, tenue comme un danger pour les femmes. C'était l'un de ces attraits funestes par lesquels les anges révoltés avaient été séduits, lorsqu'ils s'étaient unis aux filles des hommes ! » Aussi la femme, dans la prière, devait-elle se voiler à cause des anges, tandis que l'homme tenait découverte sa tête innocente de leur péché '. Telle était la règle chez les chrétiens. Les Juifs se montraient encore plus absolus dans leur rigueur. Au traité de Bcrachot, le Talinud de Jérusalem parle de la chevelure comme d'une nudité pareille à celle des épaules '. Le diable, disait-on, danse sur les cheveux des femmes dont la tête n'est pas voilée '°. Un contemporain de Marc- Aurèle, Tatien, enseignait qu'un être surnaturel, « une puissance », îJvatJ.;;, était préposé à la chevelure : " E:fai<jy.fi il xa'i v.'x T»; Tp;/a; xo'/.i^c^Ox! xa't rbv xoG-fj-ûv là; "fjvaï/.a; "jtio o'j'iy.p.zui^ r-fj; kizi to'jtoi; TÉtay- [j.Évr,ç, r, y.ai Tm Sa^a-^wv oûvapicv TzxpzXy^z loX^ Qpi^îv, rjTt; xo/.(i}Çïi Ta; 5:à xôa!j.o'j ~piy/<rj ettî TTopvEtav opt^.woaî ". « Ce fut cette puissance qui prêta à Samson une force invincible; c'est elle qui châtie les femmes coupables de chercher dans ce bel ornement un moj'en d'enflammer les cœurs. -

Se nous hâtons pas cependant d'accuserlesehrétiens de manie surnaturelle; les païens imaginaient eux aussi que les cheveux étaient le siège d'une vertu magicpie. « A voir des chrétiens qui, impassibles sous la main des bourreaux, défiaient la torture et ses angoisses, ils imaginaient que quelque pratique secrète, quelque tour de sorcellerie énioussait chez leurs victimes le sens de la douleur. Nombreux étaient les moyens employés pour rompre le prétendu charme; des aspersions, des onctions, certains breuvages administrés aux patients devaient, croyaient-ils, raviver la soull'rance. Il est, dans de vieux actes de martyrs vus et copiés au ix" siècle par Adon, l'évêque de Vienne, un récit qui nous montre les bourreaux, irrités de leur impuissance, s'y prendre encore d'autre sorte. Vne vierge romaine, sainte Martine, résiste aux violences des pa'iens; le chevalet, les ongles de fer sont impuissants sur la chrétienne dont l'âme est perdue en Dieu. Dans sa chevelure, pensent les gentils, doit résider quelque vertu magique, et l'on rase la tête de la sainte, imaginant qu'on , va la désarmer '-. »

Si le tour coquet donné à la elievelure est une œuvre de péché, une excitation à la débauche; si la teinture des cheveux est un reflet des flammes de l'en- I fer, on pense bien que les faux cheveux ne sont guère I mieux traités. Leur usage était répandu surtout aux I époques où la mode imposait l'adoption d'une volumineuse coilïure; il avait été accepté à Rome au moins dès le début de f empire '^ et bientôt on fit I usage de perruques entières qui permettaient de I substituer d'abondants cheveux blonds ou rouges

' S. Jérôme, Epist., c.xi.vii, ad Sabiniumniiy n. 5, /*. L., t. -xxii, col. 1199. Cf. Garrucci, Tc/ri ornali di figure in oro, 1858, p. 49. — ' S. .\mbix(ise. De t(tpsu uiryinis conseiTrt/a', c. VIII, n. 35, P. 1.., t. i, col. 377. — - ^ Code Ihéodnsien, I. XVI, lit ii, Icg. 27 : Imp. Valeiitiniaiius, Theodosius et .\rcadius Tatiano pr. p. (préfet du prétoire). — * Slatuta Coniplutensia, Lxxxii, dans Mansi, Coitc. ampliss. coll., t. IV, col. 536. — 'S. .Jérôme, Eiiisl.. .xxii, ad Eiislodiiian, P. /.., t. XXII, col. 394 sq. — "Gariucci, Vetri ornati di figure in oro, in-fol , I\oma, 1858, pi. i, n 4; pi. ir, n. 1, 2; pi. ix, n. 6, 7, 8, 10, 1] : pi. xix, n. 7; pi. xxi, n. 1-0; pi xxii, 1-8; pi. XXV, n. 4; pi. xxvi, n. 2, 6, 8, 11, 12; pi xxvii, n. 1-7; pi. xxviii, n. 1, 2, 3, 5, 6; pi. .xxix, n. 1-5; pi xx.x, n. 1-0; pi. xxxi, n. 2, 4, 6; pi. xxxii, n. 1, 2, 3, 0; pi. xxxv, n. 1; pi. xxxvi, n. 1, 2, 3; pi. XL, n. 3, 4, 0,7,8,9; pi. XLii,n.3; tavola d'aggiunta, n. 4. — ' Buonaiotti, Vetri, pi. xxvi; Pauli, De pu/cra argentea Foro corneliuna, p. 21'.); Garrucci,

Vciri urauli di figure in oro, 1S5S, pi. xxxiii, n. 3, p. 61 ; Saglio, Dictionnaire des cmtiqiiités grecques et romaines, t. i, p. 1371, fig. 1876. — • I Cor., xi, 10. Cf. TertulUen, De oralione, c. xxii, P. L., t. i, col. 1185 sq. : propter angelos ait {Paillas) veluri oportcre, quod angeli propter fitius liouiiniim desciiH'nint a Deo. — " Le Talntiid de Jérusalem, Uad. M Schwab, p. 317; Beraehol, fol. 24 a. — '• Chiarini, Tliéorie du judaïsme, in-8", Paris, 1830, t. i, p. 257. — I' Eglogœ ex seripturis prophelieis, n. 30, daus Clément d'Alexandrie, Opéra dubiu. Cf. K. Le Blant, Quelques notes d'archéologie sur la elievelure féminine, dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscriptions, ISS.S, IV' série, t. .xvi, p. 419-425. — '= Ibid., p. 423-424. — " Ovide, .4rs itmat, m, 165; .4mor., i, 14, 15; Martial, Epigr., v, 08; vi, 15; VI, 57. On ^oil aussi dans un texte du Digeste, 1. XXXIX, til. iv,li'g 16, n. 7, les cheveux indiens, c«piHii/!(/i<i, frappés d'un droit de douane.

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