CHEVELURE — CHÈVRE, CHEVRIER
venus du nord, à des cheveux noirs qu'on ne trouvait plus à la mode, gris, ou trop peu fournis '. TcrtuUien ne sait quel nom leur donner : Xcscio quas enormitales lutiliiim alqiie lexiilium capillamcnlorum, quasi vaginam capilis et operciilum vcrlicis ^. Saint Grégoire de Xazianze loue sa sœur, sainte Gorgonie, de n'en avoir jamais porté : non coma relorta et supposilitia. Toutes ne l'imitaient pas, car saint Jérôme rappelle à Dcmétriade qu'elle avait porté de faux cheveux, diligebas... alienis capillis turrilum verticcm strucrc. Elle n'était pas la seule. Bokletti dit avoir trouvé, dans une tombe du cimetière de Cyriaque, une perruque composée de clieveux cliâtains '. Les hommes euxmêmes portaient de faux cheveux, soit pour remédier à la calvitie, soit par coquetterie. Avienus raconte l'aventure d'un chauve qui sentit le vent emporter sa perruque * ;
Cuîoiis eques capiti solittts religcire capillos Atqitc aîiiis nitido verlice ferre comas
Utifiis ab adtferso Boreee spiramina pra^slaiit Ridiculiim populo conspicienfr caput.
V. Barb.\res. — Les l)arbare'^^ conservaient de longues boucles de cheveux sur 1;. partie antérieure du crâne.
Hic qiioqite monstra domuty riitili quilnts arce cerebri Ad frontem coma tracta jacet, niidataque ceruix Setnrum per damna nitet, tam Itimine glaitco Aîbet aquosa actes, ac viiltibus undique rasis, Pro barba tenues perarantur pectine cristx ^.
Selon Agathias « et Grégoire de Tours ', le port de la longue clievelure aurait été l'apanage des rois francs, qui durent à cette particularité leur titre de rois chevelus; il est fort possible, ainsi qu'on l'a proposé, que ce privilège fût moins exclusif qu'on l'a cru et s'étendît aux chefs, aux hommes nobles, en un mot, à tous les hommes libres '. Les Romains, qui comprenaient à grand'peine tout ce qui ne se taisait pas parmi eux. s'extasiaient devant cette longue crinière royale et disaient que l'insigne de la royauté franque consistait en soie de porcs derrière la nuque.
S'il fallait accorder une confiance sans réserve à l'anneau trouvé dans le tombeau de Childéric I"', nous y pourrions prendre quelque idée de l'arrangement de la chevelure. Car si le fait de porter les cheveux est liors de doute, nous sonnues moins renseignés sur la disposition qu'on leur donnait. Sur les sceaux conservés des rois mérovingiens, l'abondante chevelure est invarialdement partagée par une raie au milieu de la tête et retombe sur les épaules. Les clieveux étaient-ils nattés ou flottaient-ils librement"? Les Suéves, au dire de Tacite, et les Sicambres, au dire de Martial, roulaient leurs cheveux sur la tête; Sénèque étend cet usage à tous les peuples de Germanie qu'il n'a jamais vus et ne connaît guère. Les textes sont vagues, les monuments si frustes qu'il semble
* On trouvera les citations copieuses et ciuieuses dans J.-B. Thiors, Histoire des perruques, oii l'on fait voir leur origine, teur usage, leur forme, V abus et l'irrcgutarité de celtes des ecclésiastiques, in-12, Paris, 1690, p. 1-15. — = TertuUien, De cultu feminarum, I. II, c. vu, P. L., t. i, col. 1323. — *Boldetti, Ossen>azioni sopra i ciniiteri, in-fol., Roma, 1720, t. I, p. 297. — *Rufus Festus Avienus, Carmen, x. Au n^ et au iii^ siècle, il y eut même des perruques postiches pour les statues ou les bustes, on les enlevait à Aolonté, ainsi on pouvait avoir son portrait toujours coiffé à la mode du jour. CI. S. Reinacli, dans Saglio, Dic(. des antiq., t. il, p. 1453. — *■ Sidoine Apollinaire, Panegyr. major., vs- 238-242, P. L., t. Lvni, col. 666. — • Agathias, Histor., I. I, édit. Bonn. — ' Grégoire de Tours, Hist. Frcmc, 1. \ï, c. xxiv; cf. 1. III, c. xviii; 1. VIII, c. x, P. L., t. lxxi, col. 392. — * Scliayes, La Belgique et les Pays-Bas avant et pendant la domination romaine, t. i, p. 170; C. Barrière-Flavy,
bien hasardeux d'en vouloir tirer les éléments d'un classement rigoureux. S'il était possible d'invoquer sans hésitation le sceau de Childéric, on pourrait dir« que les Francs portaient la tresse et la cadenette; ils seraient les premiers vrais modèles des hussards de l'Empire. Une plaque de ceinturon provenant de Saint-Léon (Haute-Garonne) semble avoir voulu représenter une coiffure nattée terminée par un rouleau ou un nœud à liauteur de la bouche '; ce qui est plus notable, c'est que ce monument, tout grossier qu'il est, confirme ce que nous apprend Sidoine Apollinaire sur le port de la chevelure chez les Wisigoths, qui descend, dit-il, en boucles sur les oreilles '".
Le vase de Gundestrup en Jutland offre, dans son ornementation variée, des types frappants de comparaison. On y voit des personnages dont le chef est entouré d'un bandeau ou d'une natte; la chevelure s'échappe de chaque coté et vient retomber en avant des épaules. Une autre scène de ce clumdron d'argent représente un personnage donnant sa chevelure à peigner à im serviteur. La coiffure de ce dernier est particulièrement bizarre; car, relevée d'abord sur le sommet de la tête,rejelée ensuite en arrière, elle donne l'illusion d'un casque à crinière ". Le musée national de Copenhague conserve un fragment de vase offrant un masque humain dont la coilTure se rapproche de celle de la plaque de Saint-Léon. Qu'ils viennent ou non de la Gaule, ces objets n'en sont pas moins postérieurs de deux ou trois siècles aux pièces que nouj avons précédemment étudiées.
Au dire de Pline, certains peuples germains avaient contracté l'habitude de se teindre les cheveux d'une couleur rouge qui leur donnait un aspect féroce "; les Goths faisaient usage de la sanguine ".
Aucune indication ne nous a été transmise sur la coiffure de la femme franque. D'après les constatations faites dans les tombes ouvertes en si grand nombre depuis un demi-siècle, en peut avancer que les jeunes fdles devaient porter les clieveux flottants, d'où le terme in capillis esse par lequel les lois germaniques désignent leur état-civil. Les femmes mariées les relevaient vraisemblablement en forme de nœud sur le luiut de la tête ".
H. Leclercq.
CHÈVRE, CHEVRIER. Quelques fresques des catacombes représentent des cliévres. Nous ne croj'ons pas qu'elles attachent à cet animal une pensée symbolique; les rares circonstances où nous rencontrons une chèvre nous la font voir remplissant un rôle purement décoratif. Par exemple :
Au cubiculiim d'Ampliatus, cimetière de Doniitille. L'ornementation de cette chambre souterraine comporte une suite de petits tableaux de genre dans lesquels le peintre s'occupe exclusivement de figurer des scènes pastorales dans le goût campanien. L'n de ces tableautins montre une chèvre coucliée, la jambe déjà tendue poxu' se mettre debout, et deux
Les arts industriels des peuples barbares de la Gaule du r*" au viW siècle, in-4°, Paris, 1901, t. i, p. 75. La loi salique protège les cheveux des enfants à qm on ne pourra les couper sans le consentement des parents. Lex salica, c. xxxiv.
— ' C. Barriére-Fla\^', \ote sur six stations barbares de l'époque mérovingienne, récemment découvertes dans le sudouest, 1894, p. 14. Cf. Le même. Les arts industriels, t. i,. p. 77, pi. xx.Yii, fig. 1. — '"Sidoine Apollinaire, Epi5/. ad Agricot. P. L., t. Lvui, col. 445 : Aurium tegulw, sicut mos gentis est, crinium superjacentium ftagetlis operiuntur .
— " Musée national de Copenhague. Sophus .Muller, Del Store solukar fra Garnies trup i Jijltand, pi. xui. Cf. C. Barrière-Flavy, Les arts industriels, t. i, p S. — " Pline, Hist. natur., 1. XXVIII, c. i. — " S. Isidore, llistoria GoUtorum^ P.L., t. LX.X-xiii, col. 1059. — " A. -G. Schazcs, La Belgique et les Pays-Bas avant et pendant la domination romaine, t. i,. p. 172; C. Barriére-Fla\'j', Les arts industriels, t. i, p. 80.