NONO DECIMO AETATIS ANNO
Les lettres grecques sont également employées avec une valeur numérale dans l'épigraphie cliré-
Reinesius, Stjntagina, cl. -\.\, n. 238; Boldetti, Osseruazioni, p 232. — «Boldetti, Osseruuzioni,p. 546. — >/(iid., p. 470. — '".Muratori, op. cit., p.ccciv, n. 5. — " Bosio, De cruce triiimpliante, 1. VI, c. xiii, p. 630. — ^- Instit. gnwim., édit. Putscti, I. I, p. 55. — "Priscien, édit. Putsch, 1. XVIII, p. 1170; .S. Jérôme, In Daniel., c. ix ; \os ja.vta proprietalem lingaîe noslne nanc dicinuis : Abralmm vi.vit annis centum septaafjintu quiiu/ue : illi des Héljreux 1 e contrurii loqunntar; ui.vit Abraliam annts quinque et .septuaqinta et centum. — "Fabretti, op. cit.,c. .x, n.505. — " /iiid., c. iv, n. 42. — '«Boldetti, Osservazioni, p. 547. — " .Marangoni, -4c(a 6\ Victorini, p. 107. — " Grutcr, p. 449, n. 7.
CHIFFRE — CHIFFRE DE LA BÈTE
tienne, par exemple' : WIAPKIANOC OXPHCTOC EZHCEN ETH.AN.MENAC : KATATE0EITAI nPO O.KA.AEKENBPI. Marcianus Chrcsliis uixil nnii. Ll nicnscs X, (li'[i(jsiUis esl ti. il. VIII kal. dcc.
H. Leclf.iîcij.
CHIFFRE DE LA BÊTE. — I. Le texte. II. DilTérents princiiies d'explieution : 1" le symbolisme; 2" la ghematria; .3° l'isopséphic. III. liileriirélations anciennes. IV. Interprétations modernes. V. Biijliographie.
I. Le texte. — Parmi les obscnrités nombreuses de l'Apocalypse, il en est une qui mérite plus que toute autre d'être appelée la» croix des interprèles-». Elle se rencontre au verset 18 du chapitre xiii : mcô r, cof l'a zn'vr ô ^'/^wv voOv •Ijrj^tTXTO) tôv àpiOu-ov toC Orjpiou' àp;(l|;."oc "càp à-/6pw7ûO'j èot!'/, xai 6 «ptOno; aÙToO sÇay.o- 5101 ï'çtiy.vi-.rt 'il'. « Ceci est la Sagesse. Que celui qui a de l'intelligence calcule le chiffre de la Bête; car c'est le chiffre d'un homme. Et son chiffre est six cent soixante-six. >
Tel est le chiffre qu'il s'agit d'interpréter. 11 faut toutefois signaler une variante intéressante : lilU au lien de 666 *, attestée par Tichonins et le ms. grec oneial C. Saint Irénée la connaît, mais n'en parle que pour la rejeter : In omnibus anlùiiiis ri probatissimis et vcleribus scriptwis numcro hoc [666] posilo, et testimonium perhibenlibus his qui facic ad faciem Joannem vidrnint, iijnom quomodo erravi-runl quidam.. . médium frnalrii/ilcs inimerum liomiuis, quinquaijinlti numéros deducentes, pro se.v decadis unam deeudem volentes esse. Hoc autem urbitnir sciiptorum peccatum fuis.'ie... '. Peut-être conviendra-l-il de teiur compte néanmoins de la leçon G16, i> la suite d'un certain nombre de commentateurs.
II. Différents principes d'explication. — Avant d'cnumérer les interprétations du cliilïre qui ont été proposées depuis les premiers siècles de l'Église jusqu'à nos jours, résumons les systèmes d'explication employés par les commentateurs, les divers moyens dont ils ont fait usage pour résoudre l'énigme du nombre 666. Ces systèmes d'explication sont au nombre de trois : le symbolisme, la gbemalria, l'isopséphic. Certains interprètes les ont employés simultanément; d'autres s'en sont tenus à un seul et l'ont appliqué à l'exclusion des autres. Voici de chacun une brève délinition.
1" Le symbolisme. — Le premier système ne elierche pas de nom, ni nom propre, ni nom commun, sous le chiffre 666. Il consiste à examiner le chilïre en lui-même, et à en déterminer la signification mj'stique, telle que le chiffre 6 peut la suggérer. Les solutions
où ce système conduit les interprèles sont fort diverses, et bien qu'elles se rencontrent plus fréquemment chez les commentateurs anciens, elles n'ont pas été complètement abandonnées par les modernes *.
2''La ghcmaltia. — Le chiffre de la Bête peut s'expliquer aussi par un procédé cryptographique connu sous le nom de yhenmlriu. La (jhcmidria est d'usage commun dans la Kabbale juive. Dom Leclercq a eu l'occasion de la déliuir •, d'après M. Wogue*. Elle consiste à additionner les valeurs numériques des lettres dont un nom se compose, et à désigner le nom en question par le total '. Les gnosti<[ues du w siècle pratiquent couramment ce jeu l<abbalistique'». Les Grecs d'Asie" ne l'ignorent pas. Trois gralliti retrouvés k Pompéi et publiés par Mau'^ montrent <iu'ilétait connu desGrecs d'Italie. Voici ces inscriptions, d'après Sogliano ".
i. Ajj.sp;(j.vrj(; £(iV7|/;9r, â(>u.ov!x; tt.; iSiàç •/.(u)p!'a(;) èït' iyaOrû, -r,; 6 ipiOii'o; n£'(ou a/.e') toC -/.a/'j-j ovôiiXTo:. 2. ç;),fu r,; àp',(Jîj.b; '^\J.z' .
o. z:t,to r; ip'.Qaôç...
La première parait pouvoir se rendre ainsi : « Amérininos s'est souvenu pour sa joie [;7r'à-,-a^<Û, pour son bien "] de la beauté de sa bien-aimée, dont le nom charmant a pour nombre fô (ou 103.5) ".
I^a seconde est plus simple et plus concise : • .T'aime celle dont le nombre est .54.5. » La troisième est semblable à la seconde, mais le nombre manque.
De la même manière les I.irres sibtjlli-is représentent 'If.Toj; par le nombre 8SS.
or, TOTE ■/.%': [i.z-:y.'i.oia @ea\i tîxî; iv'jf'ii-o'.'7i-/ v;Çï! lap/.fjjdpo; Ov-fiToT; oçiOio-JjiEvo; iv -.■/,, TÉo-caepï ywvriîvTa fEpwv, -rà o'à'sMva Èv a-j-<ô ocT^j. t' aYY=>.).f<), aptOfxôv ô' o'/.rr/ È^070tAr,vw ox.Ti'r) vip aovdtôa;, TOTTa; ôsxci&a; S' ÈTr\ Ta'JTa:;, r,û' éy.a-ovT7.oa; ôy.tto àTriTTOxôpot; àvOpfÔTTO'.; O'j'vofj.x orj/ojTi'. '•'.
^1 Alors viendra le fils de Dieu tout-puissant, ayant revêtu la chair, semblable aux hommes mortels [qui vivent] sur la terre, portant [un nom de] quatre voyelles; quant aux consonnes [de ce nom], j'annonce qu'il y en aura deux >■, et je nomme le nombre total [de ce nom] : huit unités, et autant de dizaines en sus, et huit centaines, voilà ce que ce nom montrera aux hommes enracinés dans l'incrédulité, i
Dante se souvient de notre passage de l'Apocalypse cjuand il écrit '* :
Ch'io ncfff/io ccrfaniente, e perâ'l nurro, .A (tiirne lernno ffià slflle i>n>i>intfiic, Sicuro d'fKjnt intoppi} e d'otjni slnirro;
* ^larini, Lelteruy p. iitil, nute î). — - Senieria, dans liei'ue biblique, 1893, p. 29(i. — ^ Texte cimraill, accepté par B. Weîss, Die Johannes-.ipokaltjpse. Textkrili.scbe l'nlersacliuni/en mut Te-xlliersleltuiKj, dans Te.vle mut i'nlerstu-lmngen, Leipzig, 1891, t. vu, part. 1, p. 195. Signalons pour niénioire les conjeeliu'es aussi aventureuses (iii'inuliles de Volter, Uus l'roblem der Apocalypse, 1893, p. 213, qui lit : t., '.n-/.-!. au lieu de t>,/ 4ftO;i.;. et traduit r',?-''"- : " écrire le nom sur une pelilo pierre, puis jeter celle-ci dans une urne, et, de la sorte, désigner la personne qui porte le nom eu question. " — •P. Bultmann, .VijoiiHi Testamenlam, in-8°, Leipzig, 18G0, p. 52G, observe que la variante Utixiirio: S/xa i- est admise par C Laclimann (tans la marge de son édition du X. T., Berlin, 1812-18.50. Pour Ticlionius, voir P. L., t. xx.w, col. 2437. — ' .S. Irénée, .\rln. luvr, 1. V, e. xxx, n. 3, l'.G., t. VII, col. 1203. Texte indiqué par I". Duslerdicck, Kritisch-exeqelisches Ilandbucti iiher die Offcnbarmiq Jahannis, 3''édit., Gotlingen, 1877, p. KiS : Olme <dlni y.iiicilct lautct die :a deidemlc Zidd /:-; , '/• li 660. S. Irénée attribue cette faute à une errem' de copistes qui auraient pris te second chiffre l pour un ;, mais celte confusion seml>Ie iinproljablc à Swete, The .ipueahjpsc <>/ .S7. John, iii-H", London, 1907, p. 175. — • " Par exemple Porter accepte une solution symboliste de la difTiculté. V. Hastings.Dic/ioniO!/ n/ tltc Uibtc,
art. Revelalion, t iv, p. 258, col. 1. — 'Voir Uiclionn., au mot -Ifcrnsni, t.i, col. 137. — * L. Wogue, llist.de tu Bible, in-8», Paris, 18S1 , p. 274. — • E. Renan, L'AnIhliri.st. 1 " édit., in-S», Paris, 1873. p. 41(;. — '« E. Renan, Inc. cit. — '■ E Renan, toc. cit. — '- Mau, liattcttiiw det Inslitato di corrispoadenza (ircheolorjicu, 1874, p. 90. — " .-V. .Sogliano. Isopscphia l'onipci«/(a, dans Hendiconli dellu rente nceademia dei Lincei. Clas.*ie di sciente niuruli,sturichc e /îtoto(/ir/ie,Roina,1901,t..x,p.25G. — '« Cf. Xénophon, Cyropidie, VI, nr, IG, I=; -ô, ty-i-if:' t'oH--. ' .\-,-^-,-'jl; if.A'iniii,. t C'est pour notre bien qu'Araspas a couru ce danger. ■ — " Sogliouo, loc. cit. — " l.ib. sibyll.. I, .324 sq. Ce texte est cite par P. Corssen, .Voi/i eimiuil die Zahl des Tieres in der Apokabjpse, dans Zeitsclirift fur ncatcstamenlliche Wissenschull, 1902, t. m, p. 239. M. l'erdrizet, [sopsâphie, dans la licimc des éludes grecques, 1904, t. x\ii, p. 357, signale, d'après Sniirn(»tT, une signature ou dédicace de mosaïque au couvent de Klioziba, prés Jéricho, qui débute ainsi : j ' >.' c' ^,;.-i4,.-, t<.3 SoOV.r.j <jr,,... M. Smirnolï a trouvé que ce chiffre signifuiit «is-i (zi.i' et ««n = 535). C'est de la (jlienuitriu. — " Les quatre voyelles sont, I, II, (I, V, et les deu.x consonnes, les deu.x i:. Le calcul est le suivant :■.— ,, + f, ~- „ ~ j + , = 10 — 8 - 2(H) — 70 r- 400 + 200 = 888. — '• Dante, Purgal., ch. XXXIII, vs. 40-45.
CHIFFRE DE LA BETE
\el qiialc un cinquercrito tlicci et cinqne, Messo tli Dio, (inciderà lu fiiiu, E quel qiganle che eon lei delinque.
( Car je vois avec certitude, et c'est pourquoi je le raconte, des étoiles qui s'approchent sans craindre ni rencontre, ni olistacle. pour nous amener le temps.
«Où un noml)rc cinq cent quinze, envoyé de Dieu, tuera la scélérate [le pape] et le géant [Philippe le Bel] qui pèche avec elle '. »
Le nombre .515 s'écrit en chiffres romains : dxv, ou, en intervertissant les deux derniers caractères : Dvx, le chef -.
L'usage de représenter un nom par un chifïre se rencontre, comme on le voit par les exemples qui précèdent, en des milieux divers, à des époques bien dilïérentes. 11 est naturel d'en cherclier l'application dans l'Apocalypse. L'auteur a pu recourir à cette façon mystérieuse, et volontairement obscure, de désigner un personnage qu'il avait en tête, pour beaucoup de raisons. Raisons littéraires, car il s'est peutêtre plu à envelopper d'ombre le nom qu'il voulait Jaire connaître à ses lecteurs, au lieu de l'énoncer directement. Raisons de prudence pratique, fort opportunes dans les temps troublés que traversa l'Église au i'-' siècle. Aussi la ghematria a-t-elle été fréquemment employée par les commentateurs pour résoudre le problème du chiffre.
11 nous reste à examiner une dernière métliode d'interprétation : l'isopsépliie.
3» L'isopséphie. — Nous savons que la ghemiilria consiste à jouer sur l'égalité numérique entre un nombre et un mot; l'isopséphie, par un raffinement de plus, consiste à jouer sur la valeur numérique égale de deux ou plusieurs mots. Dom H. Leclercq a noté l'égalité numérique entre i^pa-jx; et ii.s;6fï;, qui valent tous les deux 365 ^ Étant donné que le nombre ou le chiffre d'un mot (t'o ■lr,z.o:, •', àp;6i;.oç) égale « la somme des valeurs numériques représentées par les lettres de ce mot, » deux mots sont isopsèphes quand ils ont même iTijo; S même nombre. 'Agjïiac? et [j.ï:6oa; sont donc isopsèphes. Ces deux mots sont encore isopsèphes avec ây.ov moii.x, expression qui servait souvent aux guostiques pour désigner Dieu ^ On sait que la gnose cherchait le moyen de contraindre Dieu à laisser l'homme s'élever jusqu'à lui. Dans ce dessein, elle voulait savoir le nom de Dieu, car le nom est identique à la personne qu'il désigne, il est la personne même '. Mais comment savoir le nom de l'Ineffable, de Celui qui ne peut pas être nommé'? Les gnostiques ont cru possible d'en déterminer du moins la formule, et cette formule est le iif,:fo; du nom divin. Ce 'iïiço; se trouve dans i'/oa^i:. u.s;8pa:', a— .0-1 OVOU.I *, ou encore Xiî/.o; '. La gnose tend au syncrétisme et retrouve l'Être suprême dans le dieu de l'Égj'pte, le Nil, ou Osiris, dieu de l'année, «car la régularité de ses crues correspond au cours régulier des ans ". »
Par l'isopséphie, le gnostique sait ce que veut dire la parole de l'Apocalypse : - Je suis l'a et I'm. >• .\u baptême du Christ, le Saint-Esprit descendit du Père
* Traduction de .^. -F. Ozanam. Le Purgatoire de Dante, in-8», Paiis, 1SG2, p. 527. — = V. Sogliano, toc- eit., p. 258.
— = Voir Z>ic/ionn., au mot ABR.\SAX,t. i, col. 132. — * Perdrizet, Isopséphie, dans Bevuc des études grecques, 1904, t. XVII, p. 350. — ' Perdrizet, toc. cit., p. 353. — • Lefébure, dans Mélusine, t. vm, col. 227 sq.; Maspero, Histoire ancienne de rOrient, t.i, p. 162. — 'Voir Dictionn., au mot Abr.\sax, t. I, col. 132. — '<>. + ■: + .-i-o+'. + o + v+o + ;^ -« = 1 + 3-1-10-1- 70 ^50 + 70 +50 +70 -h 40 + 1 = 365. — 9 V + f +•. + ). + o + 5 = 50 + 5 + 10 + 30 -I- 70 + 200 = 365. — " Perdrizet, toc. ci(.,p. 355. — " Ibid.,p. 352.
— '= Zeller, Philosophie des Grecs, traduction de E. Boutroux, t. I, p. 338. — " Homilia, .XLV, P. G., t. cxxxii, col. 840-441; V. Perdrizet, loc. cit., p. 352. — ^» Théophane
sur le Fils sous la forme d'une colombe, en grec -;p;cTïpi. Or la somme des valeurs numériques des lettres de ce mot est 801, ou ctw'. Par conséquent, la parole de l'Apocah-pse est une figure dudogme de la Trinité-". Les Pères eux-mêmes se livrent à cette magie des nombres, que l'école pytliagoricienne connaissait déjà'^. Tliéophane Kérameus insiste sur l'isopsép/iic de &C.6- et d'iyaV;; ". Il voit dans Rébecca une figure de l'Église universelle", parce-que le if.so; de 'Ptoh.v.x est 153, c'est-à-dire le nombre des espèces de poissons que renferme la mer, et que contient le filet, lors de la pêche miraculeuse rapportée dans l'Évangile de saint Jean^'. Voici d'autres exemples d'isopséphie, qui se trouvent dans les Anecdola de Boissonade ''.
1. ÎG-iù'j oz'. To MwJ^T-f,; ovo[j.a -Vr.si^ofASvov «juvàyE: às;- 6u.ôv xyii.r,. etc. « Il faut savoir que le nom de Moïse, si on le calcule, donne le nombre 1648,» et la loi mosa'ique resta en vigueur durant 1648 ans précisément, selon une date traditionnelle '". »