Krt'jif.7.- = \-jpoL = o'/.x
il ou '/.ai oTt'yor* Ko-rai; àzo-jo» /.a: ).--sa •J^r.^î^ojj.a:. Il Cosmas ^ lyre, d'où ce vers : J'entends Cosmas, et je calcule : lyre. » [Il s'agit évidemment d'un poète.)
Berose, auteur d'une Histoire de la Chaldée, a employé l'isopséphie, si nous en croyons George le Syncelle ^*. Après avoir traité des premiers temps du monde, il poursuit en ces termes, nous dit George : apy=!v oÈ TOUTtov TrivTwv yjvaT/.a r, ovojj.3c 'Otibpw/.a' S'.vaî ok toCto /a/oai'aT'i [j.£v, Ga/âtô, 'E'A/.rjV.CTi os jjLïôïf- [ir.vsjETa; OïAKjija, y.aTà ôs '.TO'Vr.sijv !7£>.r,vr,. o A toutes ces choses commandait une femme du nom d'Omoroca, ce qui se dit en chaldéen thalat, et se traduit en grec par thalassa, c'est-à-dire -Sélèné [la lune] selon son isopséphie. »
En effet, si l'on admet la correction de Scaliger, 'O\j.rjo-/.x pour 'Oiiopto/.ï, on obtient pour nombre de ce mot la valeur : 301 (-%').
Le commentaire de Cornélius a Lapide sur notre passage de l'Apocalypsecite un exemple assez piquant d'isopséphie épigranimatique : un Grec démontra un jour qu'un certain Damagoras était ime peste, un fléau, par un irréfutable calcul '».
Il est possible d'interpréter le sigle XMr, étudié par dom Leclercq -% au moyen de l'isopséphie.
Voici l'explication que M. Perdrizet propose, sans vouloir l'imposer à l'exclusion des autres. On voit communément dans XMT les mots : Xpiirro;, JL/ir,)., l'aôp'.r,"/,, mais certains lisent : Xpiir-bv Mapis v£vv5, d'autres : Xpioib; ô iv. Mïpîa; yvi-iTfitii. M. Perdrizet cite encore l'ineipil d'une ancienne prière peinte sur une paroi des catacombes de Kertsch " : Xapà a£vi),y) ■.■'•,!)■;■>. Voir Diclionn., t. ii, fig. 2212. Mais ce qui le frappe surtout, c'est que X|iv' (643) est le nombre (!/r,?o;) des trois premiers mots du Trisaghion : iyto; ô 0e6:, à condition d'orthographier i-,E!o;. Cet iotacisme n'est pas rare cliez les adeptes de la yhemalria et de l'isopséphie. Nous le rencontrerons dans beaucoup de mots proposés pour le nombre 666,
Kérameus, Hom.,xxxvi, P. G-, t. cxxxii, col. 696. — '^ Joa., XXI. — "Boissonadc, Anecdola grœca, Paris, 1S29-1833, t. II, p. 450. — '-Sogliano, toc. cit., p. 258. — '* Georgius SynccUus, éd. Dindorf, Bonn, 1829, t. i. — " i + a -r ;«
+ 100 + 1 + 20b = 420. De même /.orio; donne : x + o + i 4- ,j. - „ -I- ; = 30 + 70 + 10 + 40 + 70 + 200 = 420. Corn. a Lapide, Commentarii in sacram Scripturani, Lyon, 1840, t. X, p. 1238, col. 2. — =" VoirDic/tonii, au mot Abrévi.\tions. t. i.col. 180-182, et la note additionnelle, l. i, col. 1692. note 11 , et col. 1G93, note 4. — =' Perdrizet, loc. cit., p. 359, d'après Koulakowsky, Eine altchristliche Grahkanuner in Kertsch ans deni Jalu-e 69i, dans Rôm. Quarlalschrill, 1S94, p. 58.
tyiô
CniFl'IiE DE LA lîKTE
par exemple : TïïTav. pour -■.li-i, Ix-ti-'o:, au lieu cle lat.-'.-io:. Et Visopséphic de Mithra et d'Abrasax, dont il a été question plus haut, suppose la graphie: JUitipa.-. On peut encore interpréter isopséphiiiiicment le sigle XMr par la formule : r, ôyi'» Tpii; '.
Les dissertations de Corssen, Sogliano cl Perdrizet nous ont permis de donner un lion nombre d'exemples de (jhemalria et d'isopsépliie, mais il importe de distin- , !|uer, mieux que ces auteurs ne semblent l'avoir fail. ces deux procédés.
Si nous voyons dans le chiffre de la Bête une apiilication de la ghcmalria, nous y chercherons un nom, et un seul, l.'isopséphie, en permettant de lire à la fois plusieurs noms sous le même chiffre, fournira du problème que nous étudions une solution moins simple assurément, mais peut-être plus vraie, d'autant plus vraie qu'elle sera moins simple. L'auteur de l'Apocalypse se plaît à accumuler l'ombre et à envelopper ses paroles de mystère. Encore une fois, une solution complexe, synthétique, largement eompréhensive. court les plus grandes chances d'être la bonne.
III. Interprét.\tions .\nciennes. — Après avoir défini les méthodes que les commentateurs ont appliquées à la résolution de l'énigme du chiffre, nous allons passer en revue les résultats obtenus, en suivant l'ordre chronologique. Les anciens commentateurs de r.\pocalypse se sont moins souciés que les modernes de faire montre d'originalité, et souvent nous les verrons se répéter. (,'.à et là. cependant, le lecteur trouve à glaner une réilexion intéressante et personnelle. Saint Irénée - présente sur notre texte quelques considérations qui ont inspiré les écrivains postérieurs. Il ne propose pas une solution unique du prolilème, mais il a recours en même temps au symbolisme et à la (/hemairia. Le chiffre 6 a une valeur allégoriciuc qui s'accorde avec le caractère de r.\ntéchrist : Conijruenler aiilem nomcn cfus liabebil namcrum sexcenlas sexaginta sex^. L'Antéchrist est très justement désigné par le nombre GG6 : in recapilulalionem universse apostasiœ cjus \Anleclirisli]. quœ facta est in scx millibus annorum '. Saint Irénée ne se contente pas de cette explication allegorisante. Il connaît la Hbcmalria, s'il ne la nomme pas, et il écrit ' : Milita noniina infcniri possunt habenlia prœdictiini niminum. Entre ces nombreux noms, saint Irénée préfère T:;Ta/' et '/.xTeîvQ; '. TiCrïv, le Titan, marque la puissance de l'Antéchrist: .Virsïvo: désigne l'empire romain. Saint Hippolyte ne nous apporte pas de témoignage plus décisif que saint Irénée. Comme lui, il lit 66G: il y voit le mot ap'O'jiji; = i'pv'jO|j.»i qu'il explique ainsi : j-î'.5r, y.x: 7tpwïiv..,T0Ï? [>.iç,fj'ji ToO XpiutoO rpo ÉTps-ov ni àvou-oi -VpvriTac, ©OTt, tôv Ôeov i70-j tôv âTTayptotj-Évov ^■ Saint Victorin de Pettau est le plus ancien commentateur de l'Apocalypse dont l'ouvrage nous soit parvenu. Le texte publié par Migne ' est fort incorrect, et l'on est heureux d'en trouver une version satisfaisante dans Apringlus de Béja'". Ce dernier n'a étudié que les cinq premiers et les cinq derniers chapitres de l'Apocalypse, et s'est contenté de reproduire, pour les autres, l'ouvrage de saint Victorin. Celui-ci propose,
' Perdrizet, ibid.; Krall, Milllt.aiis der Samm. Bainer, t. i, p. 127. — = S. Irénée, Adv. hœr., I. V, c. x.wni-xxxvi, P. G., t. VII, col. 1197-1224. — = Op. cil, P. G., t. vu, col. 1202. — • Op. cil., col. 1199. — ' Op. cit., col. 1205-1206. — « tj-t», = T -f î -F , -f- T -L -y -!- V = 300 -h 5 + 10 ^ 300 -f- 1 -f 50 = G66. — ',. -:- 'j - - - i -:- , .^ ,, -u ,, -;- ; = 30 .- 1 -I- 300 4- 5 -f 10 + 50 -I- 70 + 200 = 660. — 'P. de Lagaide, Hippolijli Romaiii quas jenmtur omnia, in-S», 1858, p. 110 sq. Ce mot doime : 1 -f 100 -f 50 -(- 70 -H 400 — 40 -t- 5 = 666.
— 'Scholiu in Apocalypsin. P. L., t. v, col. 317-344.
"Apringius de Boja. .San cnmmcntaire de l'Apocalupse. public pour la première fois... par dom Marius l'crotin, Paris, 1900. — "DomFérotin, op. ci/., p. XXI.— "D - I-j-C — L ,■ V -f X = 500 4- 1 -f- 10.) -r 50 -|- 5 -f- 10. — "P. L., op. cit.,
DICT. D'ArXll. CIllU'iT.
d'après saint Irénée, d'interpréter le nombre 666 par TîTrav, en grec. et par diclvx" en latin, ces deux noms convenant en même temps à l'Antéchrist, par isopséphic: saint Victorin donne de diclvx'^ une explication étymologique passablement fantaisiste : [lioc] nomine per antiphrdsin cxprcssuni inlelligimus Anticlirisliim; qui ciim a luce siiperna abscissus sil ea privalus, transfigurai tamen se in angelam lucis, aitdens scse dicere lucem ".
.\pringius omet deux autres interprétations citées par saint Victorin, selon le texte de Migne (t. v) et selon une recension des Sclwlia, attribuée à saint Jérôme par dora Morin" et le professeur Haussleiter'^qui se trouve aussi dans laPo/roto^ïc". Le nombre 666 pourrait signifier ".\'(Tsao;", honori contrariiis, ou encore Yfia-r,o;- /-o:, « Genséric », qui peut s'interpréter : Gentiuni sediiclor, nom très approprié à l'Antéchrist, puisqu'il s'oppose à Gentium salvator.
Dom G. Morin a édité, à la suite de l'article de la Revue bénédictine que nous venons de citer, un opuscule" qu'il n'hésite pas à attribuer à saint Jérôme, et qui contient une explication originale du chiffre de la Bête. Saint Jérôme, admettant que le chiffre est 616, remarque que ce chiffre, si on le ramène à un monogramme, quasi in iinam litteram, donne le signe
suivant: UV' (X 4- I -f- S). II y voit le nom du Christ, représenté par les lettres X et t, et que l'Antéchrist s'arroge, quod sibi usurpât Anticliristiis. L'n des deux jambages du X est incurvé de manière à former Vépisimon,\e signe du chiffre 6. Noir Chiffres. Pourquoi ce signe représente-t-il le nom du Christ en latin, et au génitif (C/ir;s;i)'? Saint Jérôme ne s'embarrasse pas de cette question. De fait, cette forme du monogramme du Christ, consistant en un I et un X, représente, de l'avis général. les initiales de 'lr,rs',~j; Xpiirtor, et non le génitif du latin Cliristiix ".
Saint Jérôme rapporte ensuite les interprétations que saint Victorin donne du chiffre 666, et que nous connaissons (tîÏTzv, ïvTEao:) et préfère celle de saint Hippolyte : àpvoCij.: = ipvoCaa;, « je nie», quo jam uocabulo digmts est Antichristus, id est, negationis.
Primasius, évêque d'Hadrumètc au vi"' siècle, auteur d'un commentaire sur r.\pocalypse, ne formule pas d'hypothèse nouvelle, et se contente de choisir parmi les explications de Victorin et de Jérôme les deu.x suivantes : ïvtî;j.'>; et ipvoCij.î •'>.
Cassiodore.dans ses Complexiones in Apocalypsin -', garde le silence sur le point qui nous occupe.
Les Homilise in Apocalypsin, rangées parmi les œuvres de saint .\ugustin--, reproduisent, avec quelques différences de rédaction, l'explication préférée par saint Jérôme, celle du monogramme représentant le nom du Christ.
Bède, dans son Explanalio Apocatypsis, cite les conjectures avTS|j.o; et àp-zoCaE, mais semble préférer tîrtïv ='.
Ambroise Autpert, auteur d'un commentaire intitulé : In Apocalypsin libri X, non réimprimé dans la Patrologie latine, fait cette ingénieuse remarque
col. 339; dom Férotin, op. cil . p. 50. — " Dom G. Moriii, Hieroninuis deiiionoqranimale,(lniis Reutte bênédicline, 1903, t. XX, p. 230. — " Zeilsclirilt fiir AircZi/. Wissen.<:clmll, 1886, t. VII, p. '239-257. — '• P. L., t. viii, col. 317-344. Ce texte, nous dit dom Morin, est -des plus défeclueiix ■ D. .Morin signale deux mss. beaucoup plus satisfaisants. Op. cit., p. 226 et 228. — " » -f- , -f T -f ! -^ ;• -^ s -r ; = 1 -r 50 -r 300 4- 5 — 40 — 70 -r 200. — "Dom G. Morin, op. cit., p. 232-'236. — "Cette remarque est faite par dom Morin, op. cil., p. 233 (note sur la ligne 14 de cette page). — "P. L., t. Lxviii, col. 884. Le texte de P. L. est d'ailleurs fautif, et porte : io.»;|i;, ce qui n'a pas de sens. — " /'. /.., t. I.xx, col. U05-1118. — -' Iloniilia, xi, P. / ., t. XXXV, col. 24'37. — - P. / ... t. xciii, col. 172.
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CUIFrr.E DE LA BKTE
que le nom cht-rché doit être un nom grec parce que saint Jean, dit-il, angclum in pcrsona Christi dicentem secumlum itlioma ejnsdem linguœ introducil, dicens : Ego sum -a el lu'. Il indique ensuite les conjectures déjà connues: -lin }.'j-, i.yi','j-j.t. -zil-c-ji-i, diclux, vsv<7ripi/.or, et note qu'elles conviennent toutes également à l'Antéchrist ; qu'on l'interprète de telle ou telle manière, ce nombre s'applique toujours : non incongrue ad Anlichrisli personam referlur '. II ébauche ensuite unes\Tnbolique du chiffre 6, qui ne ressemble pas à celle de saint Irénée '.
Nous pouvons laisser de côté les commentateurs suivants, qui ne présentent aucune indication nouvelle : Haymon d'Halberstadt ', Walafrid Strabon^ Berengaud =, qui se déclare fort embarrassé : De re tam ineerla nihil audeo definire; Anselme de Laon ', Bruno d'Asti ', Rupert ', Richard de Saint- Victor", saint Martin de Léon". Tous s'accordent à penser que le nombre 660 représente l'Antéchrist, tous acceptent les noms que nous connaissons déjà, tous enfm s'attachent à donner du chiffre de la Rêtc une interprétation symbolique, mais chacun la tourne à sa manière.
La Palrologie grecque ne nous offre guère que deux commentaires, ceux d'Andréas de Ccsarée et d'Aréthas. Encore ce dernier s'est-il à peu près contenté d'abréger son prédécesseur.
Voici les noms proposés par Andréas de Césarée " : -i-.-.%-i. '/.x'j.T.i-r,; (brillant), B;v = o:-/.to.:, xazô; 6'jr,-;6- (le mauvais guide), ï'r/Jôç pXaôïpo; (vraiment nuisible), -i'/x: 3i(rxxvoç (jaloux depuis longtemps), iijivb: iô-./.'j; (agneau injuste). Aréthas ajoute : 6 viy.T|Tr,; (le vainqueur) ".
Nous pouvons passer rapidement sur les commentateurs du moyen âge et de la Renaissance, qui ont obéi à leurs idées ou à leurs préjugés personnels et ont lu dans l'Apocalypse ce qu'ils ont voulu y trouver. Pour Joachim de Flore, l'Antéchrist n'est autre que la papauté. Pour Nicolas de Lyre, c'est Mahomet. Luther, dans sa Préface à l'Apocalypse de 1534, trailuit >3cT£:-<o: par : le pape. Il faut attendre le xvii« siècle pour trouver des tentatives d'interprétation vraiment objective-..
IV. Interprétations modernes. — Le premier comniLMitateur que nous rencontrons, selon l'ordre chronologique, Viegas, auteur de Commenlaria in Apocabjpsin parus trois ans après sa mort, en 1602, ne traite pas la question dans un esprit bien scientifique, mais aventure d'inacceptables explications : Jean Calvin, si l'on écrit son nom en caractères hébreux, ou Martin Luther, si on le fransposf en lettres grecques ".
Alcazar, cité par Cornélius a Lapide, formule une hypothèse intéressante. Les solutions que les Pères donnent du chiffre de la Bête sont toutes esehatologiques. La Bête, c'est l'Antéchrist, dont la venue iloit précéder le second avènement du Christ, et les noms que le nombre 666 (ou 616) traduit et dissimule tout ensemble, sont les noms divers qui peuvent convenir à l'Antéchrist. Avec .\lcazar apparaît pour la première fois une interprétation historique, qui s'appuie sur les faits contemporains de l'auteur de l'Apocalypse. Pour lui. le chiffre représente l'empire romain persécuteur de l'Église, désigné par les mots :
* Maxima bibliothcai velerum Putrum, in-fol., Lugduni, 1677, t. xm, p. 552, col. 1 (t. ix de l'édit. de Cologne, 1618). — = Ibid, col.2. — 'Le nombre 6, selon lui, est parfait: qiiia primas in mimeris completar partibus suis, id est sexia sui parte, tertia et dimidia qaœ sunt uaam et duo et tria. — * P. L, t. CKvn, col. 1102. — 'P. L., t. cxiv, col. 734. — ' P. L., t. xvu, col. 887. — ' P. L., t. clxii, col. 154!». — » P. L., t. CLXV, col. 678-679. — • P. L., t. ci-xix, col. 1083- 1088. — " P. L., t. cxcvi, col. 808-S09. — '■ P. L., t. ccix, col. 371. — "P. G., t cvi, col. 339-340. — " Ibid., col. 679-
r, i/ïïivEiï fl:'jj (superbia vilse'^). L'n érudit contemporain. M. Clemen. a récemment donné, comme nous le verrons, une explication analogue. Mentionnons en passant la conjecture de Grotius : Oj'âtiioç, prénom de Trajan, qui, le premier, lit sous le chiffre de la Bête le nom d'un empereur, et venons-en à Bossuet. Bossuet remarque que la défense d'acheter et de vendre dont il est tait mention dans l'Apocalypse au verset 17 du chap. xiir, fut édictée par Dioclétien. Le nom de Dioclétien était Dioclès avant qu'il devint empereur, et l'on peut faire le calcul suivant, en ajoutant à ce nom le titre d'.\uguste": D I o CL es a V g \ si \ s = DCLxvi ou 666. De la Chétardie suppose que le chiffre représente Julien l'Apostat : C. F. Julianus Cœsar Alheus ^K Dom Calmet s'occupe de notre passage dans son Commentaire littéral où il semble préférer, à celle de la Chétardie, l'interprétation : C. F. Julianus Cœs. Aug. ", tout en remarquant : « Je croirais que l'intention de saint Jean a été qu'on cherchât plutôt le nombre du nom de la bête dans son nom grec, il Dans son Dictionnaire de la Bible, dom Calmet n'indique pas moins de quatorze interprétations différentes". Xous connaissons déjà la plupart, mais d'autres valent d'être citées, au moins pour leur étrangeté : 'S'iN sr:--,- -i-zs, Abinu Kadescha Papa, « Notre Saint- Père le Pape -. — t--. ---> ';-s ^-''-7, Elion Adonai Jehovah Kadosch, « le Très- Haut, le Seigneur, le Dieu saint ». Notons encore: r"--~, Romiit, a Romaine », F.ixi'iiz, que saint Irénée cite déjà, et enfin : -r-'- (Luther). On comprend que dom Calmet conclue : « Le plus sage et le plus sûr est de demeurer dans le silence à l'égard de ce caractère et de ce nom. »
Nous nous rapprochons maintenant de l'époque contemporaine, et nous allons voir les hypothèses se multiplier et s'opposer sans qu'au fond le pas décisif ])araissc franchi.
Depuis 1835 cependant, une hypothèse domine le débat. C'est à cette date que plusieurs savants : Fritzsche, Benary, Reuss, Hitzig découvrent simultanément une explication nouvelle, qui rallie en somme les plus nombreux suffrages. Le chiffre 666 représenterait bien l'Antéchrist, mais sous le nom de Néron, écrit en lettres hébraïques : -c- r~: "■
Renan -» présent e de l'hypothèse un résumé séduisant. 11 fait observer que les monnaies d'Asie portaient la légende : NEPÛX K.\IÏ.\P et qu'il était naturel delà transcrire en hébreu sous la forme préposée. Il y a bien une petite irrégularité, le iod qui de^Tait représenter Viola de -/.l'^aj fait défaut. Renan invoque -les inscriptions de Palmyre du m"' siècle, d'après Vogiié ", et remarque : < Il est probable que l'auteur a supprimé à dessein la lettre « afin d'avoir un clûffre symétrique... Avec le ■ il aurait eu 676, ce qui avait moins de physionomie. » D'autre part, cette explication permet de rendre compte de la variante 616, qui représenterait -z- i-; Nero Cœsar, sous sa forme latine ".
L'hjTJothèse s'appuie sur d'autres passages de l'Apocalypse, qui se rapportent à la Bête désignée au >. LS duch. XIII. Dans ce même chapitre, on lit : « Puis je vis monter de la mer une bête qui avait sept têtes... et l'une de ses têles paraissait blessée à mort; mais la blcs-
082. — " Cf. Cornélius a Lapide, op cit., p. 1238. — " Cornélius a Lapide, ibid. — "Bossuet, Œuures, in-4», Bar-le- Duo. 1863, t. III, p. 633, 634. — "Ct. djm Calmet, Commentaire littéral, in-4°, Paris, 1716, t. viii, p. 551. — " Ibid., p. 552. — "Dom Calmet, Dictionnaire de la Bible, in-fol,, Paris, 1722, t. i, p. 82, art. Antéclirist. — =• ; + i -f. •; -f ; -r -, -t- D + T = 50 + 200 -f 6 + 50 -^ 100 + 6(1 -f 200 = 666.
— "E. Renan, L'Antéchrist. in-8°, Paris, 1873, p. 414-416.
— " Ibid-, p. 415, n. 4 — '' Inscriptions sémitiques de la Syrie centrale, p. 17. 26. — -'L'Antéchrist, p. 41C, n. 1.
CIIIFKRE DE LA lîÈTE
sure mortelle fut ijnérie '...,« et, plus loin : -Puis ji! vis monter de Ui terre une autre bète,... qui disait aux habitants de la terre de dresser une image à la bcte iiui porte la blessure de Vépée et a véen - de nouveau ... ■ Enfin, au ch. xvii : « La béte que tu as vue était et n'est plus; elle doit remonter de l'abîme... et les habitants de la terre seront étonnes en voyant la bête, pai-ce qu'elle était, qu'elle n'est plus, et qu'elle reparaîtra. C'est ici [qu'il faut] un esprit doué de Sagesse. Les sept têtes sont sept montagnes... et ce sont sept rois : cinq sont tombés, l'un existe, l'autre n'est pas encore venu... et la bête qui était et qui n'est plus en est elle-même un huitième et elle est des sept '. > Tous ces traits peuvent s'appliquer à Néron, cinquième empereur depuis Auguste, mort de mort violente, et dont on attendait la résurrection et le retour ^ On croyait très communément en Orient que Néron n'était pas mort, mais réfugié chez les Parthes ^. En même temps un faux Néron agitait cette partie de l'empire '. On a objecté fréquemment qu'il était peu naturel de représenter un nom latin par sa traduction grecque transposée en caractères hébreux, alors que l'auteur écrit en grec, et s'adresse à des lecteurs grecs de langue '. -\ plusieurs reprises l'Agneau divin se désigne lui-même par A etO.Apoc, i, 8, 11; xxi, 6; xxii, 13. Mais l'on peut répoudre que l'auteur était juif ', et pensait en hébreu tout en écrivant en grec, et que la complication de la formule n'est pas une difficulté quand il s'agit de Kabbale. Le rapprochement des passages de l'Apocalypse qui concernent la Bête et concordent, non seulement entre eux, mais avec le témoignage des historiens, rend l'hypothèse au moins fort vraisemblable. Elle a été admise parMangold\ Harnack'», Maurice Verncs",Bousset 'et Calmes ".
Cependant cette explication n'est pas acceptée unanimement, et le champ des hypothèses est encore ouvert. Mârcker", en comptant la valeur numérique des neuf premiers noms d'empereurs depuis Octave, représentés par leurs initiales, et en ajoutant la lettre i (10) pour le deuxième, obtient : o t •,- ■/. ■/ v o o 0 t = 666 et suppose le mot : ij-;y.'j-:6-;:ot. composé de o'y/.o: (grosseur, enfiure, orgueil), et ioga. Kliefoth " maintient qu'aucun nom n'est désigné par le chiffre de la Bête, qui marquerait seulement son caractère d'Antéchrist. Porter '" accepte ce sentiment, et voit dans le chiffre 666 Ihe one ivho persistentlij faits short of holiness or perfection (seven) as Jésus goes beyond it in the fullness of his character and power.
Le R. P. Tiefenthal se range aussi à cette opinion ; <; Le nombre doit plutôt faire comprendre l'importance de la bête, à cause du verbe •br,-^ili:-i (calculer) 1'. »
Kaulen^» propose ô vi/.r,-r,; et ne craint pas de nous ramener à Andréas de Césarée " I Quatre argu-
ments distincts s'opposent, selon lui, à l'identification du chiffre avec Néron.
D'autres commentateurs préfèrent la leçon 616, par exemple Spitta, qui lit : l'iVo; KaîTap =°. La Bête qui réclame l'adoration des hommes serait Caligula, qui, en 39, donna l'ordre à son procurateur Petronius de placer sa statue dans le temple de Jérusalem. La blessure ( ).T,yï) dont l'Apocalypse fait souvent mention à propos de la Bête, serait la maladie dont Caligula souffrit au début de son règne. Le P. Gallois, dans le Commentaire qu'il a donné dans la Revue biblique'^, cite une lettre curieuse d'un prêtre catholique hollandais, du nom de Sloet, qui propose une nouvelle hypothèse. L'Antéclirist représenterait la puissance judaïque renaissant à la fin des temps, et, comme il se ferait passer pour le -Messie, il s'appellera le Roi d'Israël par excellence : '-n'I-'-; t^'-o-. Ha Melek Le Israël.
Vcilter " propose : ci;'--n ^:'-i-j = 666 ou "<~rz □■;'-,-N = 616 (Trafanus Hadrianus). Il suppose d'ailleurs que le texte grec du chapitre xiii, tel que nous le possédons, est la traduction d'un original hébreu. Cette hypothèse expliquerait l'emploi des caractères hébreux pour désigner un empereur romain. 11 saute aux yeux que l'hypothèse est à peu près gratuite, et plus aventureuse que vraisemblable.
Les commentateurs dont nous avons jusqu'ici présenté les opinions ont ceci de commun qu'ils cherchent à interpréter la difficulté par une analyse du texte tel que nous le possédons.
Gunkel a eu le mérite de tenter la résolution du problème par une hypothèse originale.
L'.\pocalypse n'est pas une œuvre isolée, mais elle se rattache ;\ un genre florissant de la littérature hébraïque, elle a dû utiliser des sources, des «matériaux » antérieurs, et Gunkel croit que ces matériaux sont d'origine babylonienne. Cela peut s'admettre, mais il est difiicile de préciser et de suivTe le savant allemand jusqu'au bout. .S'il faut l'en croire, l'expression iv.'jixb; ivOp>.i-'.-j ne signifierait pas « nom d'homme >, ce qui est la traduction courante, mais seulement : nom usuel, habituel, nom tel que les hommes en emploient. Pour traduire : « nom d'homme » il faudrait àvôpwrroj iv6;, ou tiv'.; ■^. Il conclut que le chiffre 666 désigne le chaos des anciens temps : zinn "';^-:-îp ". .Selon Bousset ", cette explication doit être rejetée : la situation de l'Église au temps où écrivait l'auteur de l'Apocalypse était bien trop grave pour qu'il eût l'idée d'intéresser ses lecteurs à une curiosité de l'antiquité babylonienne 1
Barton admet la théorie de Gunkel, en la corrigeant. Pour lui, le chiffre peut bien désigner un empereur, tout en rappelant un mythe babylonien, et cet empereur peut être CaUgula, Néron, ou même Trajan=^
Le prof. Burkitt suppose que y.fj', écrit sous la
' Apec., XIII, 1-3. — - .\poc., .xni, 11. — ' .\prii-,, xvii. S-11. — ' Lib. sib., v, 33 sq. Ce texte remonte ceptiidaiil au plus au temps d'Hadrien (117-135) si l'on en croit Spitta, Die Offenbanmg des Johannes, in-S», Halle, 1SS9, p. 380 — 'Spitta, op. cil., p. 387, cite : Suétone, A'ero, 18-50, 57; Dion Cassius, LXiii, 29; Dion Clirjsostome, Orat., xxi: IJb. sibijl, IV, 119-124, 137-139; v, 137-151, 3C1-385. — ' Tacite, Hisl , i, 2; il, 8-9; Dion Cassius, lxiv, 9; Zonaras, 1. XI, c. XV. — ' .Sogliano, Zoc. cit., p. 258; K. Erbes, Die Ofjenbarimg Joluumis, Gotha, 1891, p. 28. — » llamack. Encjjclop. Britann., 9" éd., 1886, t. xx, art. Bcuctalion. — " Dans son édition de Bleek, Einleitung in das Nette Testament, 4» édit, Berlin, 188G, t. il, p. SOI, en note. — '"> Hariiack, loc. cit. — " -VrL. Apocalijpse, dans la Grande cnciictopédie. — '^ .\rt. AptKahjpse, dans Encgclopiedia biblicti. t. I, col. 210-211; Der .UUiclirisl, 1895; Die O/Jcnbarun'j Johannis, dans Handcommentcu' de Meycr, 1896, t. xvi,
p. 429, 436 "Les épitres ccUlioliqiies et V Apocalypse, Pîiris,
1907. — ■ " Theologische Sttidien imd Kritil<en, 18GS, p. 099
— -^ Die Olïcnbanmg des Jolianncs, 1874, t. m, p. 111 Sfj.
— ^^ Art. Hevetatiori , dans Dictionanj of thc Bible de Hastings, t. IV, p. 258. — " Die Apocalypse des Id. Johannes crklàrl..., ia-S", Padcrboin, 1892, p. 559. La citation est faite par Sémeria, dans iîeoiie biblique, 1893, p. 296. — ^« Art. Apocalypse, dans Kirclienlczilion de Wotzer et Welte. — ''Voir plus haut : Interiyrétations anciennes. — "Op. cil, p. 392. Cf. K. Erbes, op. cit., p. 27-33; Stade, Geschicfile des Volkes Israël, Berlin, 1888,1. il, p. 661.. — -' L'Apocabjpsc <lc Saint-Jean, dans Hevtic biblique, 1893, p. 512. — '-Dos Problem der Apocalypse, p. 215. — " Gunkel, Schôp/ung und Chaos, Gôtlingcn, 1895, p. 376.
— " Ibid.,p. 377. Le calcul est le suivant: r -;- ~ -}- " -f D = 400 -i-5-f6-i-40=451; p-|---(-::-t--, -fa-j-' -(-
— = 100 -f 4 -I- 40 -f G -r 50 -(- 10 -t- 5 = 215; total : 666.
— -^Die Offenbanmg Jolvmnis, ITandcnmmentar de Meycr, t. XVI, p. 436. — -' G. A. Barton, 7'/je Apocabipse and récent criticisni, dans The Aynerican fotirnal of Iheology, Chicago, 189S, p. 790-797.
CHIFFRE DE LA BÊTE
formel, a été choisi pour symboliser la Bête parce
que ce signe is liltlc more tlum "jf, tiuned round Ihe other way '.
Nous rencontrons ensuite l'explication de Clemen. Pour lui, il faut chercher sous le chiflre C66 une expression grecque désignant l'empire romain. Nous avons note plus haut que cette hypothèse n'est pas nouvelle, puisqu'elle se rencontre chez Alcazai". Clemen propose f, iTa),>, p(xiTi>,E;a = 666, et r, ),aTÎ'/r| (iSaui/ït'a = G16 ' : c'est l'inverse qui conviendrait d'ailleurs, et la méprise a été relevée par Preuschen, d'après une communication de F. C. Porter^. Remarquons aussi que l'identification de la Rome païenne avec l'Antéchrist se trouve chez un augustinien du xviii= siècle, Wouters '.
Après Clemen, Corssen ' s'est attaqué au problème, pour en donner une solution plus complexe; selon lui, la Bête a son nom à elle, et ce nom est connu du lecteur. L'elïort de «sagesse», d' « intelligence » que l'auteur exige, consiste à trouver un nom d'iiomme, isopséphe avec le nom de la Bête. Rien n'empêche d'admettre l'explication de Gunkel, en l'élargissant, parce qu'elle a le défaut d'être unilatérale, einsei'd'g'. Si la Bête n'est autre que le chaos des anciens temps, elle peut aussi bien être Néron. Et d'ailleurs, si l'auteur de l'Apocalypse part d'un nom babylonien mis sous forme hébra'ique, on s'explique plus facilement qu'il emploie une transcription hébra'ique, et non grecque, d'un nom latin d'empereur romain. Corssen conclut : l'interprétation courante (Néron) et l'interprétation par la science comparée des religions (chaos des anciens temps) sont possibles, et même si elles sont fausses, du moins indiquent-elles les deux directions qu'il faut donner à la fois aux recherches.
Vischer se contente de suivre saint Irénée, et s'oppose tout ensemble à Clemen et à Corssen. Le chiffre 666 n'aurait, selon lui, qu'une valeur symbolique, et l'allusion à Néron serait douteuse «.
Avant de conclure, il faut signaler une dernière hypothèse, due à l'ingéniosité de C. Bruston ". Elle est parfaitement spécieuse, sinon vraisemblable. La Bête de l'Apoc.ilypse n'est pas l'image de l'empire romain, mais de l'empereur pris en général, in absfrac/o, ainsi s'éclaire l'expression : ipib\j.'i; àvOpMTzo'j. ainsi s'explique le passage ' concernant l'image. Cette image est la statue de l'empereur, devenu l'objet d'un culte imposé à ses sujets '. Le paganisme avait été profondément modilic par l'introduction dans l'Olympe de divinités nouvelles, plus puissantes que les anciens dieux. César reçut, pendant sa vie, des honneurs presque divins : un temple lui fut consacré, un flnmine fut charge de son culte. L'opinion populaire, frappée de la grandeur surhumaine du dictateur, lui décerna, après sa mort, une apothéose. .\uguste fut dieu, après César, et tous les empereurs, moins quelques exceptions, prii'ent, une fois morts, place dans l'Olympe. L'empereur vivant possédait lui-même lui caractère presque divin. 0;i
* Dans Cambridge Uniuersity Keporler, 1895-1S9G, p. 625 sq. L'indication est fournie par Swete, op. cit. y p. cxxxvii, n. 2. — =C. Clemen, Die Zald des T ieres Apm- . . MU, JX, dans Zeitsclir.j. nenlesl. Wissens., lyol, p. 109-114. — »Cf. même RcNTie, 1903, note de la p. 167. — ^ .Scripturœ sacras cursus completus, éd. Migne, Paris, 1842, t. xxv, col. 1131. — 'P. Corssen, Nocli cinmal die Zahl des Tieres, dans Zeitsclir. f. neut. Wiss., 1902, p. 238-241. — ' Vischer, Die Zahl 666, dans Zeitsclir. /. neut. Wissenscitaft, 1903, p. 167-174. — 'P. Bruston, Le cixiffre 666 et l'Iujpothése du retour de Xéron, 1S80; Études sur rApocalijpse, 1884; Le-i>rigiues de l'Apocalfjpse, ÏSS8; fJtudes sur Daniel et VApoculypse, 1895; l.a Tête égorgée et le chiffre 666, dans Zeitsch. / nculest. Wissenscliaft, 1904, p. 258-261. — • Apec, xiii, 14. . — "Bruston, Éluics sur l'Apocalypse, Paris, 1896, p. 30. —
ne jurait pas par lui, mais l'on jurait par son salut et par sa fortune. Les statues de l'empereur étaient sacrées comme celles des dieux, et jouissaient du droit d'asile. Elles étaient placées dans les temples, inter simiilacra deorum. Ainsi les chrétiens se trouvèrent en conflit avec ce nouveau polythéisme, comme avec l'Olympe traditionnel. Le culte des empereurs fut une occasion de luttes, de souffrances, de persécutions. L'Église et l'empire restèrent durant plusieurs siècles dans un véritable état de guerre '■'. Bruston croit que le > nom d'homme » peut désigner une dynastie plus aisément qu'un royaume, et d'ailleurs l'empereur peut facilement personnifier l'empire. Mais quel sera son nom'? Pour représenter l'empire que r.\pocalypse nomme la Grande Babylone, il est naturel de chercher un nom babylonien, et Bruston propose la proportion suivante : L'empire romain est à Jules César comme l'empire babylonien est à .r. Mais X = 666 ou ■;■:" -;—:;, Nemrod. fils de Kbush. fondateur de l'empire babylonien, représentant César,, fondateur de l'empire romain ".
D. Vôlter croit pouvoir lire, sous le chiffre 666, le mot 8»-|p;ov, transcrit en caractères hèbra'iques : "'ir,ce qui est le nom hébreu de Trajan '-.
Il a paru nécessaire de rapporter, en un résume aussi complet que possible, les solutions qui ont été proposées de l'irritant problème du chiffre. 11 semble que nous puissions, en somme, adopter le sentiment de P. Corssen, et que le chiffre ait tout ensemble un sens allégorique, peut-être emprunté à la tradition babylonienne, peut-être à la tradition juive — et ua sens historique. L'auteur fait allusion à la situation de l'Église au moment où il écrit, à la lutte qu'elle soutient contre l'empire romain, et c'est cette redoutable puissance qu'il désigne par un symbole obscur pour nous, clair pour ses contemporains, et emprunté à une tradition perdue. ^lais une prudente critique ne se risquera point à décider si le chiffre de la Bête représente l'empire, ou tel ou tel de ses souverains. On ne peut choisir avec sécurité entre des conjectures également ingénieuses, mais également incertaines '^
■V. BiBLioGR.^PHiE. — En dehors des textes patristiques invoqués au cours de ce travail, voici la liste des ouvrages utilisés : Cornélius a Lapide, Commenlarii insacram Scriptnram, Lugduni, 1840, t. x. — Bossuet,. Explication de lApoccdypse, dans Œuvres, in-4"', Barle-Duc, 1863, t. m. — De la Chétardie, Explication de L'Apocalypse, in-8", Bourges. 1692. — Dom A. Calmet, Commentaire littéral sur tous les Hures de l'Ancien et du Nouveau Testament, in-4», Paris, 1716, t. viii. — Dom A. Calmet, Dictionnaire historique... de la Bible^ in-fol., Paris. 1722. — Anonyme, Die Zahl 666 der Offenbarung Johannis ftir Jedermann fasslich erklàrt, brochure de 16 p., Stuttgart, 1861. — Marcker, dans Theologiscbe Studien und Kritiken, année 1868. — B. Weiss. A[)okcd. Studien, dans Theologische Studien und Kritiken, ISG9. — Hilgenfeld, A'ero der Antichrist, daniZcitschrift fiir wissenschaftliche Théologie, 1869. — Rônsch, Gemalrisches zuApoc, xui,18, dans Zeitschr.
'" Cette situation a été décrite par L. Guérin, Étude sur le fondement juridique des persécutions dirigées contre tes clwétiens, dans youueîle revue historique du droit français et étranger, 1895, t .xix, p. Gll-015, d'après les travaux de Neumann, Der roni. Staat und die allgemeine Kirche bis auf Diocletian, Leipzig, 1890; Ramsay, Church and State before A. D. 170, Londres, 1893; Bemlier, Essai sur le culte rendu aux empereurs romains, Paris, 1891. — "Bruston, la Tête égorgée et le chiffre 666. dans Zeitschr. fiir neutest. ^Vissenschaft, 1904. p. 258-261 — '=0. Vôlter, Die Offenbarung Johannis. 'jtrasbourg, 1904, p. 134. — " Telle est la conclusion de F. C. Porter. TIte messages of ihe apocalypticai writers, London, 1905, p. 246-248, qui écrit : ^\'hat ever wc may now gucss as tu the nuuibcr, we may rest assured that il is ihe pasl und no', the fu:ure lliat hides the mystery of ils msaning.
CHIFFRE DE LA BETE
CHINE
■f.Wiss.Tbeol., 1873. — E.Renan. L'AnIcclirist, in-S", Paris, 1873. — Vusterdieck. Kritisch-exegetisches Handbiich iiherdie Ofjenbarang Johannis ,3'^ édit. , Gottingen, 1877. — Kaulen, aii. Apoadijpsc, dans le Kirchenlexicon deWetzer etWelte,2"! cdit. Freiburs-im-Breisgau, 1882. — Th. Zahn, Apokalyptischc Sludien, II. Ueber die Zahl des Tieres, dans Zeilschrijt fur kinhlicIieWisseiiseliallundkirchl. Lcbrn, lfS.Sô. — F. Bleek, Einleilung in das Xeue Testament, i" édit., par AV. Mangold, Berlin, 1880. — Harnack, art. Révélation, dans Encyciopœdia Britannica, 9« éd., t. xx, 1880. — H. J. Holtzmann, Einleitung in das Xeuc Testame;!/, Freiburg-ini-Breisgau,2''cd.,1886. — Spitta, Die Ofjenbarung des Johannes, Halle. 1889. — Sinicox, Tbc révélation of SI. John, Cambridge bible for schools and collèges, 1890. — Karl Erbes, Die Ofjenbarung Joliannis krilisch unlcrsucbl. Gotha, 1891. — Tiefenthal, Die Apocalypse des M. Johannes erklârl..., Paderborn, 1892. — Gallois, V Apocalypse de .S. Jean. dans Bévue biblique, 1893, p. 384-430, 506-543. — Vôlter, Das Problem dcr Apocalypse, 1893. — Bacuez, Manuel bibli(/iu', t. iv. S<- éd., Paris. 1894. — linnkel, Sehupfung und Chaos, Gottingen, 1895. — Housset, Der Antichrist. 1895. — Housset. Die Ofjenbarung Johannis, dans le Handcommcntur de Meyer, t. xvi, Gottingen. 1891). — G. A. Barton. The Apocalypse and récent erilieism, art. de The American journal of theology, Chicago, 1898. — C. Clemcn, Die Zahl des Tieres, Apoc., xiii, 18, dans Zeilschrijt jiir neutestamentliche Wissenschajl, 1901, t. ii. — A. Sogliano, Isopsephia Pompeiana, dans Rcndieonti délia reale accademiadei Lineei. classe di scienze niortdi. storiche e filologiche, Roma, 1901. — V. Corssen, Noeh einmal die Zahl des Tieres inder Apokalypse. dans Zeilschrijt fur neutesl. Wissenschajl, t. m, 1902. — E. Vischer, Die Zahl fi66, Apoc, XIII, IS, dans même Revue, 1903, t. IV. — C. Bruston. La têlc égorgée et le ehijjrc (iGO, dans même Revue, 1904, t. v. — Perdrizet, /sopscp/iic, dans Revue des études grecques, 1904, t. xvii. — D.\olteT, Die Offenharung Johimnis, in-l^". Strassburg, 1904. — F. C. Porter, The messages of the apocalyptical ivrilers, London, 1905. — H. B. Swete, The Apocalypse of St. John, 2'' éd., in-8", London, 1907. — James Ratton, Essays on the Apocalypse, London, 1908. — R. H. Charles, art. Révélation, dans Encyclopœdia Britannica, W éd., 1911, t.xxiii, p.212-222.
E. Renoir.
CHILDÉRIC I". Voir Toi rnai.
CHINE. — I. Origine Iiistorique. II. Origine légendaire. III. Textes parallèles. IV. Documents ofTiciels. V. Église à Si-ngan-fou. VI. Sources complémentaires. VII. L'organisation. VIII. Découverte de la stèle. IX. Destination. X. Description. XI. La croix. XII. L'écriture. XIII. Le style. XIV. Les emprunts. XV. L'orthodoxie. XVI. Le servilisme. XVII. Le rédacteur. XVIII. La date. XIX. Le dédicant. XX. Le reviseur. XXI. Traduction : En-téte. Titre. Rédacteur. Dieu. Création. Péché. Ses suites. Incarnation. Rédemption. Rites. Éloge de la religion. .Arrivée des missionnaires. Décret impérial. Fondation. Description de l'Occident. Expansion sous Kao-tsong. Contradiction. Sous l'empereur Hiuen-tsong. Sous l'empereur T'ien-pao. Le prêtre réformateur Ki ho. Obtention d'une tablette impériale. Sous l'empereur Sou-lsong.Sous l'empereur Tai-tsong.Sous l'empereur Kien-tchong. Efficacité de la religion. Administration de I-se. Renaissance religieuse. Œuvres de cha-
' Ainobe, .Ulv. nuiioncs, 1. II, c. \n, I'. 1., t. v, col. 828. — • Rcinaud, Relation des vmiagcs fails pur les Arabes el les Perses au i\' siècle, in-S", Paris, 181;"), t. i, .Disc, prélim., p. 158. — = .I.-R. Cliabul, Histoire de Mar
rite. Raison de la stèle. Résumé versifié. Souscriptions. XXII. Partie syriaque. XXIIL Fac-similé. XXrV. Bibliographie.
I. Origine historique. — On a fort peu de renseignements sur l'introduction et l'établissement du cliristianisme en Chine. Ou n'en aurait même aucun qui méritât une entière confiance si, brusquement, un texte épigraphique,dont l'étude va faire le principal objet de cette dissertation, ne venait nous apprendre que la religion chrétienne, telle que l'ont conservée les nestoriens,fut établie à Si-ngan-fou ou Koumdan, alors capitale de l'empire chinois, sous la dynastie des Tang, par un chrétien nommé Alopen où Olopen, venu du pays de Ta-Tsin. Ce nom de Ta-Tsin prête fort à l'ambiguïté, car pour les Chinois il désigne la Perse, les provinces arrosées par l'F.uphrate et le Tigre et, au delà toute l'Asie occidentale. Pour l'inscription, Ta-Tsin désigne la Syrie dans son acception large.
Olopen était-il le premier chrétien qui pénétrât en Chine'? On serait tenté de le croire si Arnobe, parlant des miracles qui amenaient les nations à la foi chrétienne, n'avait tenu à mentionner les Séres ou Chinois : Enumerari non possunt quœ in India gestu sunl, apud Seras, Persas, Medos, in Arabia, .Egyplo, in Asia, Sijria, etc. '. Les écrivains syriens sont moins sobres de renseignements.
Dès les premiers temps du christianisme, on connaissait la voie de mer pour arriver dans l'Inde et en Chine; on usait également de la voie de terre. « Dans les premiers siècles de notre ère, un commerce très actif se faisait par terre entre l'Asie orFentales et les contrées de l'Occident. Les marchands de la Perse, comme ils le firent plus tard sous les khalifes arabes, partaient du Kliorassan et franchissaient rOxus; les Romains, à qui la Perse était fermée, passaient au nord de la mer Caspienne et se dirigeaient sur Taschkend. Massoudi dit avoir vu à Balch un vieillard qui avait tait plusieurs fois le voyage de Chine et toujours par terre '. » L'inscription montre qu'il y avait des relations au viii<= siècle entre Balch dans le Tochai-estau et Si-ngan-fou. On peut lire un récit de vovage dans ces contrées dans la vie du célèbre patriarche nestorien .labalaha III (1281-1317) et ceUe de son compagnon Rabban Çauma, tous deux moines oïgours, nés, l'un à Pékin, l'autre à quinze journées de là. Partis de Pékin, ils passèrent par Koschang, Tangout, Khotan. Kaschgar, parvinrent, après de grandes fatigues et un voyage de six mois, à Tous, dans le Khorassan. et de là à Bagdad, d'où Rabban Çauma fut envoyé en ambassade à Rome et à Paris par le roi .\rgoun '.
.1 L'inscription de Si-ngan-fou fait venir Olopen de l'Occident, du pays de Ta-Tsin; elle ne précise pas autrement. Comme il a été dit plus haut, ce pays de Ta-Tsin désigne pour les Chinois des contrées occidentales fort étendues et assez vaguement délimitées, car les connaissances géographiques des Chinois n'étaient pas bien précises. Sous ce nom s'entend l'empire d'Orient, particulièrement la Syrie; sous ce même nom viennent aussi la Mésopotamie, les bords du Tigre et les provinces de l'empire des Sassanides, jusques et y compris le Chorassan; car dans toutes ces contrées il y avait des chrétiens qui employaient dans leurs écrits et surtout dans leurs offices liturgiques la langue syriaque '. Olopen, l'inscription le prouve, était un chrétien nestorien qui se servait de la langue syriaque et reconnaissait comme chef
Idlmlalui III, palriurclie des nestoriens, el du moine Rabban Çauma, in-S", Paris, 1895. — * .Sur Ta-Tsin, cf. Pauthier, dans .\nnales de philosophie chrétienne, 1857, t. i.iv, p.270- 280, 150-402.
CHINE
suprême le katholicos ou patriarche qui occupait le siège primatial de Séleucie-Ctésiplion. non loin de la ville actuelle de Bagdad et au sud de celle-ci ; c'est donc dans les contrées où les nestoriens étaient répandus qu'il faut chercher le point de départ d'Olopen. Or, au commencement du vu" siècle, les nestoriens étaient nombreux dans le royaume des Sassanides; leur katholicos demeurait dans la capitale, Séleucie- Ctésiphon, sur les bords du Tigre: ils avaient des métropolitains et de nombreux évêques dans l'Assyrie, l'Aderbeidjan, la Susiane, la Perse et le Chorassan. Dans ce dernier pays, les nestoriens avaient des sièges métropolitains ou épiscopaux à Marou ou Mero, à Hérat. à Phirous-Sapor. à Rivardaschir, à Ségestan. Lorsque Séleucie-Ctésiphon fut prise par les Arabes, vers t;37, le dernier roi des Perses, Isdegerde, privé de sa capitale, s'enfuit dans le Chorassan et se cacha au fond de son empire, dans le Ségestan, où beaucoup de chrétiens de langue syriaque s'étaient réfugiés pour échapper à la mort '■. Il est probable que c'est du Chorassan qu'Olopen sera parti pour arriver en Chine à travers le Turkestan et la Tartarie ^. » II. Origine légendaire. — Quand Olopen pénétra en Chine, rencontra-t-il des chrétientés préexistantes'? Il en eût sans doute été ainsi si, durant les six premiers siècles de notre ère, le christianisme avait, sur un point quelconque, été introduit en Chine. C'est ce fait qui, bien qu'attesté, demeure douteux. Ce que nous savons de la prédication de l'apôtre saint Thomas est fort sujet à caution. La tradition des Églises latine et grecque à partir du iv siècle airu'ine que saint Thomas a prêché la foi aux Indes et qu'il y a souffert le martyre. Mallieureusement.les témoignages sur lesquels s'appuie cette tradition : Pères de l'Église, apocryphes latins ou grecs, martyrologes, synaxaiies, sont tous textes de mince créance. La tradition syrienne est beaucoup plus explicite et plus détaillée, surtout d'après les documents publiés depuis un demi-siècle environ. Si on s'en rapporte à ce qu'ils nous apprennent, on voit que saint Thomas, en se rendant dans l'Inde, prêcha l'Évangile aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses, aux Bactriens, aux Carraaniens, aux Indiens; après avoir pL'uétré jusqu'en Chine, il revint subir le martyre à Calamine, autrement nommée Méliapour ou Mailapora, viUe située sur la côte de Coromandel, non loin de Madras, vers le sud.
Si l'on prend soin de sérier les documents à l'aide desquels est établi cet itinéraire d'ensemble, on constate qu'un certain nombre d'entre eux ne font aucune mention de l'entrée de l'apôtre en Chine.
Les Aclcs syrÙKjues de saint Thomas ', le Commentaire sur saint Matthieu par Grégoire Bar-hebraeus • et la Chronique ecclésiastique du même auteur'. V Abeille de Salomon de Bassora ', enfin une notice sur le lieu du décès de chacun des apôtres ', mentionnent l'apostolat dans l'Inde, mais ne disent rien de la Chine. Pour en trouver une mention, il faut recourir à la Doctrine d'Adée, dam laquelle on lit : <: L'Inde, avec toutes ses contrées et les pays limitrophes jusqu'à la Mer extrême, reçut le sacerdoce de la main de Juda Thomas, qui fut gouverneur et chef dans l'Église qu'il y fonda et qu'il administra ^ « La « Mer extrême » ou dernière désigne la mer au delà du Gange, la plus reculée, au jugement des navigateurs syriens et persans, la mer qui baignait les côtes de la Chine. Ce texte indique donc que les pays limitrophes de l'Inde jusqu'à la mer de Chine reçurent la foi chrétienne dès l'âge apostolique '. Le document est ancien, mais par malheur il est unique, car on ne saurait l'appuyer des assertions de Ebed-Jesus et de Amrou écrivant dix siècles plus tard, et le Bréviaire chaldéen possède un genre d'autorité qu'on ne saurait guère invoquer en matière d'histoire.
III. Textes p.\r.\llèles. — Olopen n'a pas rencontré de communautés antérieurement établies et il ne paraît pas qu'on eût connaissance qu'il en existât. Vers le milieu du vi" siècle, Cosmas Indicopleustes pousse ses voyages jusqu'à Ceylan. i Dans l'ile Taprobane (= Ceylan), vis-à-vis de l'Inde intérieure, dans l'Océan indien, il existe une communauté chrétienne avec son clergé et ses fidèles. En existe-t-il plus loin, je l'ignore".» Toutefois Cosmas remarque à Ceylan une église de chrétiens persans avec un prêtre et un diacre, envojés de Perse, et il dit qu'il se fait entre cette ile et la Chine méridionale un commerce très actif de soie et d'autres march.andises ". Par cette voie le christianisme a pu venir prendre pied dans la Chine méridionale. Ainsi s'expliquerait la présence d'un grand nombre de chrétiens au ix« siècle dans la viUe de Kanfou, ville immense dont les ruines se voient près de Hang-Tchcou. On sait, en effet, qu'en « l'an 878, Banschou.\ prit Kanfou et fit passer au fil de l'épée cent vingt mille musulmans, juifs, chrétiens et mages ". >j Le moine Cosmas observe que le voyage de Chine est beaucoup plus court et plus facile par terre, à travers la Perse et l'Inde, que par mer. C'est par cette seconde voie que les missionnaires nestoriens sont venus en 635 à Si-ngan-fou. -Mais il est fort probable qu'avant cette époque, bien des chrétiens avaient pénétré en Tartarie et en Chine, par le Turkestan ".
^ Grégoire Bar-hebrîeus, C/ironicon, édit. P. Bedjan, in-S". Paris, 1890, p. 101, 102. — = J.-T. Lamy et A. Gueluy, Le monument chrétien de Si-ngan-/ou, son texte et sa significttlion^ dans les Mémoires de V Académie royale des sciences, des lettres et des heaux-iirts de Belgique, 1897, t. lui, p. 120. — ' VV. Wright, Apocnjphal Acts o/ tlie aposlles, in-S", Loiidon, 1871, t. I, p. 173-333; t. il, p. 146-292; P. Bedjan, Acta marlyrum et srmctorum, in-S", Paris, 1892, t. il, p. 3- 175, récit apocryplie mais ancien et attesté par saint Ephrem. Cf. 5. Ephrœmi Syri carmina nisibena, in-S", Lipsiœ, 1806, p. 79, 103. — • Édit. J. Spanuth, in-8», Gôttingae, 1879, p. 24 du texte syriaque. — ' Grégoire Bar-hebraeus, Cliron. eccles., sect. ii, col. i, il cite VEnseignement des apôtres. — • The book o/ the bee, édit. E. W. Budge, dans Anecdota Oxoniensia, in-S", O-tford, 1886, Sam. Ser, t. i, part. 2, p. 119 sjt., p. 105 trad. — 'British Muséum, ms. sgr. add. 17193, fol. 80, ce ms. est de l'année 874. — * \V. Cureton. Ancient syriac documents, in-8», London, 1864, p. 33 syr., p. 33 trad."; T. de Lagarde. Reliquiœ furis eccles. antiquissimi, in-S". Vindobonse, 1856; édition plus complète par Philipps. à Saint-Pétersbourg, 1876. Grégoire Bar-hebrœus reproduit le passage cité ici dans Chron. eccles., sect. il, col. 4. Ebed-Jesus l'a également inséré dans sa Coltectio canonica; et. Scriplor. ueter. nova
coll., édit \. .Mai, t. x, p 7, p. 174. D'après W. Wright, A short history of syriac literature, in-8», London, 1894, p. 27, ce document est du IV siècle — ' Assemani, Bibliotlt. orient., t. ni, part. 2, p. 435, mentionne d'après Menez, archevêque de Goa, une « tradition " du Malabar favoralile au voyage de saint Thomas en Chine, et le P. Kircher, C/ii/iri illustrata, c. Lxxix, lui lait tenir un concile à Méliapour; c'est une conlusion avec le concile de l'évêque nestoricn Thomas, tenu à Méliapour en 1590. Cf. Bibt. orient., t. m, part. 2, p. 30, 189. — "■ Cosmas Indicopleustes, Topographia cliristiana, 1. III, P. G., t. l.vx.wiii, col. 170. — " Ibid., P. G., t. Lxxxvm, col. 446. — >= Reinaud, Relation des voyages faits par les Arabes et les Persans dans Flnde et la Chine dans le ix' siècle de Fére chrétienne, in-8», Paris, 1845, 1. 1, Disc, prélim., p. 234; texte, p. 64. — " J.-T.Lamy et .\. Gueluy, Le monument chrétien de Si-ngan-fou, dans les Mémoires de l'Acad. royale de Belgique, 1897, t. Liu, p. 122. Pour la période romaine, il n'y a rien à retirer, au point de vue de nos études, du mémoire de Reinaud, Relations politiques et commerciales de l'empire romain avec FAsie orientale pendant les cinq premiers siècles de Vére chrétienne, d'après les témoignages latins, grecs, arabes, persans, indiens et chinois, dans les Comptes rendus de FAcad. des inscript., 1863, t. VII, p. 85-89.
CHINE
IV. Documents officiels. — Longteinpi les missionnaires furent persuadés qu'on ne trouvait dans les docuniants olFiciels de la Ciiine aucune trace de la prédication ancienne. Il n'est pas même assuré qu'on se soit donné la psine de chercher, négligence qui serait inexplicable surtout quand survinrent les attaques contre la bonne foi des missionnaires qui avaient découvert l'inscription de Si-ngan-fou,si on n'admettait que. par une sorte de prescription, le préjugé avait force de loi : il était entendu que les livres chinois ne renferm.iient rien qui pût témoigner d'un établissement chrétien primitif.
l'.ependant, dès 173.5, le P. du Halde traduisit un édit de l'empereur Ou-tsong, daté de 845, lequel faisait expressément mention des « Bonzes étrangers de Ta-tsing; » et à ce propos il remarqua que « plusieurs lîuropéens prétendent que Ta-tsing est laPalestiue; ce qui est certain, c'est qu'un monument qui subsiste encore prouve que, sous la dynastie T ang. il vint en Chine des prêtres chrétiens qui eurent des églises en plus d'un endroit et vivaient en communauté '. » Le P. Gaubil n'hésita pas : ■' La religion de Ta-tsin, désignée dans cet édit, est la religion chrétienne ^ » De Guignes publiait, en 1761, un mémoire dont le morceau principal était l'édit persécuteur de 84.5 * et cent ans après, en ISiiS, Pautlùer appelait de nouveau l'attention sur cet édit systém itiquement méconnu '. Il est dès lors difhcile de s'associer au jugement trop bienveillant de Legge qui impute aux difficultés de l'étude, ;\ l'impossibilité de se rendre familières les ressources si vastes et si variées de la littérature chinoise, l'ignorance persistante d'un tel document et sa conséquence qui allait à nier l'existence d'une mission nestorienne en Chine *.
Enfin ce précieux édit a été publié d'après la collection Yu'Siueii-kou-ti<cn-yuen-kien '; voici ce qui concerne les chrétiens : « Quant aux Bonzes étrangers venus ici pour faire connailre la loi qui a cours en leurs royaumes, ils sont environ trois mille, tant du Ta-lsing que du Mou-liou-pa. Mon ordre est qu'ils retournent au siècle, afin que dans les coutumes de notre empire il n'y ait point de mélange. » Cette mesure se trouve également mentionnée dans les .\nnales de l'empire où le P. de Visdelou disait avoir lu ceci : Tam-vu-çum, étant parvenu à l'empire, défendit la religion des bonzes, détruisit 4 600 de leurs temples, ré<luisit les individus au plus bas ordre du p.'uple. « Il réduisit au même sort plus de 2000 Muhu-yao (bonzes ou prêtres) de Taçin '. »
On en était là quand, de nos jours seulement, on trouva le texte de deux autres décrets permettant de remonter les origines chrétiennes en Chine jusqu'à la première moitié du vue siècle. En 1855, A. Wylie annonça la trouvaille ' : « Ce décret impérial..., disait-il, se trouve en des termes presque identiques, dans le 49' volume du T ang-hoei-yao . . . , ouvrage compris au Catalogue impérial Se-kou'ts'iuen-choti. la plus haute garantie de son autlienticité. Le P ing- Isin-siii pvi-ki, publié en 1813 ", reproduit la proclamation d'après la tablette et ajoute :« Elle est en substance la même que celle contenue dans le Tang-
* Ou trouvera dans H. Havret, op. cit., p. 245 sq., une suf^tieslivc énumératifjn des auteurs qui <Iéploreni: ce silence mais s'ingénient à rcxpliciuer au lieu de tra\-ail!er à le faire cesser. — ^Description de l'ciiipirc de la Chine, t. il, p- 497, note (/. - — ■ ^ Alénwire concernant les Chinois, t. ,\vi. Abrégé de l'histoire des Tnng, p. 227, 229. — 'De Guignes, Recherches sur tes chrétiens établis à la Chine dans le vti'^ siècle, dans Mémoires de tittcratare, tirés des regislres de l'Académie rotjale des inscr. et licites- lettres, 1761, t. xxx, p. 810; dès 1750, dans son Histoire générale des Huns, p. GO, le même auteur signale l'édil. Sur les questions tie plagiat relatives à ces écrits, cf. H. Ilavret, op. cil , p 218. — • Pau-
hoei-yao, excepté que ce dernier ouvrage parle d'Olop.'n comme d'un prêtre p.Msan. ' Dés lors, le fameux édit de Tha'i-tsoungqui se lit sur la stèle de Si-nganfou se trouvait avoir fait l'objetd'uiie publication dès 961. Enfin, en 1875, fut retrouvé et publié le texte impérial de 638 retrouvé dans l'œuvre original de Wang Pou " :
Monastère de Ta-t sin. Dans la 12= année de Ching- Icuan, dans le 7'= mois, l'édit impérial suivant fut promulgué : La religion n'a pas un nom invariable : les saints ne sont pas de type uniforme : ils établissent des doctrines conformes aux pays, et mystérieusement sauvent les êtres vivants. Le moine A-Io-pen, de Po-sze, est venu de très loin avec les Écritures et la doctrine, nous la trouvons excellente et séparée du monde et nous reconnaissons qu'elle donne la vie à l'humanité et cju'elle est indispensable. Cette religion secourt les vivants, est salutaire à l'humanité et est digne d'être répandue par tout le Céleste empire. Un monastère sera construit par le Ministère, dans le quartier de Y-ning-fang, et vingt et un prêtres y seront désignés, t
Un autre édit était enmcmetempisignalé par Wylie, d'après divers critiques chinois, tels que Ts ien Ta-hin et Wang Tch ang '^, édit que publiait Palladius. II s'agissait d'un autre décret impérial, daté de l'année 745, substituant pour les temples de la religion chrétienne la dénomination de Ta-tsin-se, temples de Ta-tsin, à celle de Po-se se « temples de l'erse >. Signalé d'abord par les auteurs susnommés comme faisant partie d'une importante collection Tclie-fouyaen-koei, publiée par ordre de l'empereur en 1005 ce décret a été retrouvé dans le recueil plus ancien de T'ang-hoei-yao par Palladius". En voici le sens : « Le 4 des années T ien-pao (de Hiuen-tsong, 745), à la 9" lune, édit portant ce qui suit : Il y a longtemps que la religion des livres sacrés de la Perse, propagée de la Syrie, s'est répandue dans l'empire du Milieu; quand pour la première fois (ses prédicateurs) bâtirent des temples, ils leur donnèrent en conséquence le nom de la Perse. .\fin qu'on reconnaisse leur (véritable et première) origine, que les temples Po-sc-se de§ deux capitales soient désormais nommés Ta-ts in-se, et que l'on se conforme à la même mesure pour tous ceux établis dans les diverses préfectures. »
Nous avons donc jusqu'ici trois décrets parfaitement authentiques, concernant à divers titres la religion chrétienne sous les T ang : celui de T ai-tsong (638) autorisant la construction d'un monastère à Si-ngan-fou; celui de Hiuen-tsong (745) approuvant le changement de dénomination des monastères chrétiens élevés à Si-ngan-fou, à Lcnyang, et sur différents points de l'empire; enfin, celui de Ou-tsong (845), sécularisant les prêtres de la religion de Ta-tsin.
V. Église a Si-xg.\n-i ou. — A l'époque desTsia, l'emplacement actuel de Si-ngan-fou portait depuis longtemps déjà le nom de Tch ang-ngan qu'elle abandonna sous lempereur Ilong-ou, de la dynastie des Ming.La ville de Si-ngan-fou", capitale du Chensi,a la forme d'un immense rectangle, tracé par de hautes et solides murailles. En 582, Tch ang-ngan, devenue
thier, le livre de Marco Polo, p. 232, note 10; H. Havrel, op. ci(., p. 248. — • Op. cit., p. 49. — '29' Kiuen, fol. 18, 49; H. Ilavret, op. cit., p. 249-252, et le texte p. 377. — " Les ouvrages T'ang-hoei-gao et Kou-n'en-giien-Uien portent 3 000 et plus, au lieu de 2 000 et plus que dorment les Annales. — • The \orth China herald, 29 dcc. 1855, n. 283. — '• Vol. VII, p. 0. — " Palladius, lettre du 13 mars 1875, dans The Chin. record., 1875, t. vi, p 1 18; H Havret, op. cit., p. 254, 370. — '= The \orUi China herald, 6 janv. 1855, n. Z52. — "Palladius, op. cit.; H. Ilavret, p. 255, 27G. — " G. Maurice, lettre datée de Si-ngan, 15 fé^Tier, au P. H;ivret, op. cr( , p. 111-131.
CHINE
trop clroilo, pour la cnpilali- de l'empire, fut transportée au sud-est de l'ancienne ville, sur l'emplacement qu'elle occupe aujourd'hui. En 654, Kao-tsonc fit élever l'enceinte. En 905. le dernier empereur des Tang fit réduire les proportions de la ville, appelés désormais Sin-tch eng et sous Hong-ou (1.368-1399) Si-ngan-fou. C'est dans cette ville que les chrétiens eurent un établissement religieux, celui même visé par l'édit impérial de 6.38. Voici à peu près tout ce qu'on en peut savoir.
Les anciennes Chroniques de Tchang-ngan ou Tch'ang-ngan-tche ', publiées au xi« siècle, déterminent l'emplacement exact de cet ancien édifice. Si l'on se dirigeait vers la partie ouest de la ville en partant de la grande avenue médiane, on devait poursui\Te sa marche jusqu'à la cinquième rue (l'avenue comprise) et l'on remontait cette rue vers le nord jusqu'au quartier appelé I-ning-fang. C'est à main L;auche et vers le nord de ce quartier que s'élevait l'église chrétienne. Les Chroniques de Tch ang-ngan lui consacrent cette simple mention : < Le monastère étranger de Po-se fut élevé à la douzième année de Tcheng-koau par Tai-tsong (638) par 0-Io-se (= Olopen), religieux étranger du royaume de Ta-ts'in '. » Cette désignation est confirmée par celle d'un ouvrage plus ancien, le Liang-king-sin-ki, dont il ne nous reste que des fragments; voici la traduction du passage relatif au temple des chrétiens : » Au quartier Y-ning-fang... au nord-est, donnant sur le carrefour, le monastère étranger de Po-se, plus au sud, le quartier Kiu-te-tang ^ )
L'n autre texte présente aussi quelque intérêt. Ts ien Ta-hin,dans son Tsien-nien-t'ang-kin-ehe-wenpo-wei, a cité l'extrait suivant de l'inscription due à Chou-Yuen-yu * : Parmi les divers barbares d'Occident venus en Chine, il y a ceux de Mo-ni (Mani), ceux de Ta-tsin (Syrie) et ceux de Hien-chen (Parsis). Si l'on réunit tous les monastères que ces trois sortes de barbares possèdent dans l'empire, ils n'égaleront pas en nombre ceux de nos bouddhistes qui se trouvent dans le moindre arrondissement *. »
VI. Sources complémentaires. — La relation ariibe d'un voyage aux Indes et à la Chine ', au ix= siècle, nous a conservé dans le récit de Abou-Zeyd H issan de Syraf. homme intelligent et instruit, les im>ressions d'un ténnin oculaire. Ibn-Vahab, march md musulman de Bassora, qui avait visité non seulement les ports de la Chine ', mais encore la ville im.)ériale placée à deux mois de distance de la mer. II est constant que, dans une grande révolution qui a éclaté dans l'empire vers le milieu de ce siècle, beaucoup de chrétiens ont péri; le narrateur ne parle que de la seule ville de Khan-fou, la plus considérable des villes commerçantes du pays, et celle où abordaient alors tous les marchands arabes, .\ussi Renaudot remarque judicieusement que les chrétiens qui
pouvaient se trouver dans d'autres villes ne sont pas compris dans le chiffre fourni par l'écrivain arabe '. D'autres chrétiens \ivaient probablement autour de la capitale de Si-ngan-fou qui fut prise par l'usurpateur Hoang-chao ', après la fuite de l'empereur.
Voici, d'après la Chaîne des chroniques (Salsnlal-allevarykh), une attestation de ce massacre général. « Les habitants <le Khanfou ayant fermé leurs portes, le rebelle (Banschoua) les assiégea pendant longtemps. Cela se passait dans le cours de l'anée 264 (de l'Hégire = 878 de notre ère). La ville fut prise enfin, et les habitants furent passés au fil de l'épée. Les personnes qui sont au courant des événements de la Chine rapportent qu'il périt en cette occasion 120 000 musulmans, juifs, chrétiens " et mages, qui étaient établis dans la ville et qui y exerçaient le commerce, sans conii)ter les personnes qui furent tuées d'entre les indigènes. On a indiqué le nombre précis des personnes de ces quatre religions qui perdirent la vie, parce que le gouvernement chinois prélevait un impôt d'après leur nombre ". .
Il est dans les pages d'Abou-Zeyd un autre incident qui fournit des indications explicites sur la connaissance que les Chinois de son temps pouvaient avoir de Jésus-Christ et des apôtres " : parmi les images que l'empereur montra dans son palais au voyageur arabe Ibn-Valiab, qui s'était fait présenter à lui en qualité de parent de Maliomet, il y avait celles de Xoé, de Mo'ise et des prophètes, et ensuite celle de - Jésus (Isa), sur un âne, entouré de ses disciples, > comme quand le Sauveur entra à Jérusalem, Le prince, qui n'avait qu'une notion très légère de l'histoire évangélique, dit en ce moment à l'étranger en parlant de Jésus : « Celui-ci a eu peu de temps à paraître sur la scène. Sa mission n'a guère duré qu'un peu plus de trente mois. »
Xous ne dépasserons pas le ix= siècle, sans prendre à témoin un document d'une autre nature, qui concourt à nous prouver la stabilité de l'Église naissante de Chine au delà du terme chronologique de 781, fixé par l'inscription que nous étudierons dans un moment ". Dans une histoire du monastère de Bethhobeh, composée en syriaque au commencement du ix<= siècle, Thomas, évêque de Marag.ah, dit qu'il a appris par une lettre de Mar-TimoUiée qu'un certain David a été nommé métropolitain pour la nation chinoise (Beth Tsinoyeh). David aurait été ordonné vers l'an 800 par ce même Timothée, qui était alors kalholicos ou patriarche des nestoriens '^
D'après la tradition des chrétiens du Malabar, les écrivains portugais nous apprennent qu'un métropolitain nommé Mar-Joaunes fut envoyé après l'année 889, par le patriarche de Bagdad, avec deux évêques dont l'un s'arrêta dans l'ile de Socotora, et l'autre, Mar-Thomas, vint administrer l'église de la Chine ou du pays de Ma-tsin '^.
^ Song ^liu-li ieuu a publié ces Chi'oniques, cf. K iiig-hiuntung-isong-ehou, 1887; H. Havret, op. cit., p. 256. — 'Op. cil., 10" Kiuen, fol. 5. Cf. AVylie, The Xorlh China herald, 6 janv. 1855, n. 232; H. Havret, op. cit., p. 256, 381. — ' H. Ha\Tet, op. cit., p. 256, 381. — ' Ce personnage était en charge sous un empereur de la dynastie T ang (806-821). — ^ Il y avait sans doute quelque exagération dans ces paroles, le décret de 845 nous en est une preuve. — • Publiée d'abord et d'une manière peu correcte par Renaudot, Anciennes relations des Indes et de la Chine de deu.v voyageurs niahométans gui y allèrent dans le /x' siècle, traduites d'arabe, in-S", Paris, 1718, p. 262-267. Il attribuait à tort cette relation au célèbre historien Maçoudi; une traduction plus siire et des indications précises sur la personne des voyageurs et sur celle de l'écrivain ont été données par Rtinaud. — 'Renaudot, Anciennes relations, p. 49-50. Préf., p. xxxi-xxxii : ' II n'était pas impossible, observe-t-il, que ces chrétiens fussent les descendants de ceu.x dont il
est parlé dans la pierre cliinoisc" de Si-ngan-fou. — * Ibid., p. 268. — 'C'est celui qu'en arabe il nomme Banschoua. — '° L'original porte expressément le pluriel collectif nazârai, les Nazaréens, c'est-à-dire les chrétiens. — " L. Langlès. Relation des voyages faits par les Arabes et les Persans dans V Inde et à la Chine, dans le /,v«^ siècle de Vère chrétienne, ce texte imprimé dés 1811 n'a été publié qu'en 1845, publié avec des corrections et additions et accompagné d'une traduction française par Reinaud, 2 vol. in-18, Paris, 1845, t. i, p. 64 de la trad. — ^- Renaudot, .4ncien/jes relations, p. lîS; Reinaud, Relation des voyages, p. 84; cf. t. i, note 160; t. ii, p. 45. — '-.Je cite et je résume ici une notice excellente de l'- Xë\e, Établissement et destruction de la première chrétienté dans la Chine, dans Revue catholique, Louvain, 1846, t. IV, p. 529-538 — " Assémani, Bibliolheca orientalis. in-fol. , R )mse. 1728, t. m, part. 1, Descript. sijr. nestor., p. 488-489. — "Le Quien, Oriens christianus, in-fol, Parisiis, 1740, t. II, col. 1271.
CHINE
Plus d'un siècle après le massacre des marchands chrétiens, le katholicox envoyait encore des missionnaires à la Chine. Aboulfai-age dit avoir recueilli les propres paroles d'un moine chrétien du Xadjran qui aurait été chargé par son patriarche de se rendre en Chine avec cinq personnes, dans la seconde moitié du x= siècle, alln de pourvoir aux besoins des églises du pays '. Malheureusement l'on ne voyait pas bien quel était l'écrivain du nom d'Aboulfarage sur l'autorité duquel le récit s'appuyait; on se demandait par quelle voie les ecclésiastiques de Bagdad s'étaient rendus en Chine à une époque où les voyages étaient devenus fort difTiciles. D'ailleurs, puisque vers la fin du xe siècle ces ecclésiastiques avaient fait le voyage de Chine, pourquoi d'autres ecclésiastiques n'avaientils pas été chargés plus tard de la ménic mission ^? '
La solution de ces difficultés s'ofirit comme d'ellemême lorsque la » Bibliothéciue royale > reçut de Constantinople une eoiiie du deuxième volume du Kiliih al-Fihrist; quelques jours après, Reinaud donnait les éclaircissements inattendus que lui avait fournis la lecture du nouveau manuscrit '. Cette fois, -c'était Aboultarage lui-même, auteur du Kitab al- Fihirst. qui nous rapportait ceci ' :<: J'ai rencontré, l'an 377 (987 après Jésus-Christ), dans le quartier des chrétiens (Dur cl-Roum), derrière l'église, un moine de Xadjran, qui, sept ans auparavant, avait été envoyé par le DjatoliU {kfilholiros), en Chine, avec cinq autres ecclésiastiques, pour mettre ordre aux alîaii'es de la religion chrétienne. Je vis un honnne encore jeune et d'une figure agréable; mais il parlait peu, et n'ouvrait la bouche que pour répondre aux questions qu'on lui faisait. Je lui demandai quelques renseignements sur son voyage et il m'apprit que le christianisme venait de s'éteindre en Chine; les chrétiens du pays avaient péri de dilïérentes manières; l'église qui était à leur usage avait été détruite, et il ne restait plus qu'un seul chrétien dans toute la contrée. Le moine n'ayant plus trouvé personne qu'il pût aider des secours de son ministère, était revenu plus vite qu'il n'était allé. .
Aboulfarage, observe Reinaud. ne s'exprime pas très nettement sur la route qu'avaient suivie les ecclésiastiques; cependant les expressions dont il se sert montrent que le moine de Nadjran et ses compagnons choisirent la voie de mer, et en ce cas ils durent s'embarquer sur le golfe Persique. L'auteur arabe dit que la distance de mer différait suivant le chemin qu'on prenait, que la navigation était fort pénible et qu'on trouvait peu de personnes en état de se diriger tlans ces parages. .\u moment où le moine visita la Chine, la capitale où le souverain résidait se nommai tThadjouyéh.
On n'a pas de peine à s'expliquer l'anéantissement de la première chrétienté, en considérant les obstacles qui ont séparé la Chine du reste de l'Asie dès les premières années du x"" siècle. Xous avons constaté, d'après le récit d'.\bou-Zeyd, que les troubles qui marquèrent la fin de la domination chinoise du T ang interrompirent, du moins altérèrent sensiblement les relations par mer entre la Chine et les États musulmans. D'un autre côté, la décadence et la chute des
' Renaudot a tiré ce passage d'Aboulfarage dans les notes aux traités astronomiques d'.VlterganyparGoIius, Miiluimm. Fergimensis, qui Diilgo Al/raganiis dicitar, etementa aslninomiai, in-l", .Vmstielodami, 1669, p. 76 des notes. Cf. Anciennes relations^ p. 6i>, le patriarche en question est l'archevêque de Séleucie-Ctésiphon établi à Bagdad et ayant juridiction sur toutes les églises nestoriennes de la Perse, rinde et la Chine. Cf. Le Quien, Orienfi christianiis^ in-fol., Parisiis, 1740, t. il, col. ('.SI jq , 10.SS sq , 1136-1137. — •Reinaud, Lettre coiu-ernant les antiquités chrétiennes de ta Chine, dans Le correspondant, 1816, t. .vv, p. 761. — " I,a lettre est datée du 1" septembre 184G. Jusqu'en 1. SI 6, la
princes musulmans de la dynastie des Sassanides, qui régnèrent sur la Transoxiane et les autres contrées situées entre la Chine et les provinces septentrionales de la Perse, ne tardèrent pas à rendre les communications à travers la Tartarie fort difficiles.
Il demeure certain, d'après le témoignage du Fibrisl qui s'accorde avec les données de l'histoire générale, qu'à partir de la fin du x<^ siècle, la plus ancienne chrétienté de la Chine succomba, et qu'il dut s'écouler un temps assez long avant que de nouvelles communautés chrétiennes pussent s'y former.
VII. L'oRG-Wis.^TioN". — Les quelques textes que nous venons de recueillir, si précieux qu'ils soient, ne nous apprennent guère sur la hiérarchie, l'administration, la vitalité de la communauté syro-chinoise. Les listes de noms et les titres mentionnés à la suite de quelques-uns de ces noms gravés sur la stèle de Si-ngan-1'ou, aussi bien dans le texte chinois que dans le texte syriaque, ne nous permettent guère le doute touchant les origines de cette chrétienté. Tout concourt à lui assigner comme lieu d'origine la Syrie. L'écriture des caractères, les formes de la langue, la nature des noms propres sont autant de garants de ce fait, que des Syriens ont pu seuls rédiger ces textes qui s'accordent en tout avec le contenu de l'inscription chinoise. On y retrouve des titres et des noms très , connus, usités sans cesse et par tradition, dans la hiérarchie de l'Église syrienne. On peut même se demander dans quelle mesure cette Église naissante du Chen-si a fait usage de sa langue d'origine, si elle l'a gardée comme langue liturgique ou si elle lui a substitué ou mélangé le chinois.
Le rattachement à l'Église-mère nestorienne ne peut faire de doute, comme en témoigne la première ligne verticale : i Aux jours du père des pères Hanan-Jésus, catholique patriarche, » c'est le patriarche de Séleucie- Ctésiphon.
A droite, à l'intérieur de l'encadrement, à côté du texte chinois, sur une ligne verticale on lit : Adam, prêtre, chorévêque et pape de Chine (Adam qassisa ((>' koreppisfjopa w'papas d'Sinestam). Le Tsinestan est un terme géographique à désinence persane, comme Tocharistan. Pharsiskan, Kurdistan qui désigne la (;hine septentrionale. Qassisa, prêtre, ne peut faire de ililficulté pour personne. Le titre de chorévêque est également assez clair. Voir ce mot. Dans cette charge, .\dam avait deux collègues : lezdebouzid, chorévêque lie Koumdan,et Serghis, chorévêque de Schiangt-sou. ce qui semble indiquer des évêchès distincts. Comme la Chine formait une province et avait un métropalitain, elle pouvait compter alors plusieurs évêques. -\ilam porte un troisième titre, celui de Papas, qui a donné lieu aux interprétations les plus variées. On a lu : papaschi, papaschah, fap-scbi, terme qui ne se trouve en aucune façon parmi les noms qui expriment les degrés de la hiérarchie chez les nestoriens. Le P. Cheikho traduit tout uniment Papas. Qu'est-ce à dire'? Au xiii^ siècle, l'histoire de Jabalaha nous apprend que les nestoriens avaient un visileiir général l)our la Chine''. En aurait-il été de même dans l'Église du viii<'-x"= siècle'? C'est assez probable ^
Ribliothèque royale > ne possédait que le premier volume du Kitab al-Fihirst, espèce de bibliographie arabe, classée par ordre de matières et mise en ordre l'an 377 de l'Hégire (987 de noire ère). L'auteur vivait à Bagdad, ou il exerçait la profession de libraire, et il s'appelait Mohammed, fils d'Ishac, surnommé .\boulîarage, — * Fol. 227 v°. — ^Bedjan, Histoire de Mar Jabalaha (en syriaque), Paris, 1888, c. IV ; J.-B. Chabot, Histoire de Jabalaha III, Paris, 1895, p. 35. — * H. Ha\Tet, Variétés sinologiques, n. 20, p. 9. Assémani, Bihtiothcca arientalis, in-fol., RtunfE, 1728, t. III, part. 2, p. 837, insinin! que ce pourrait être unarchiprètre, rçuTo-a-wî.
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Ou lit en outre cette suscription : Gabriel, prêtre et archidiacre de cette église > de Koumdan (= Si-nganfou) et de Sarag '. En dehors de l'encadrement il est question d'un second archidiacre : >' Gagoni, prêtre et archidiacre de Houmdan. » L'archidiacre était un des liauts dignitaires dans le clergé nestorien, il occupait la première place après l'évêque, dirigeait l'office, marquait les rangs au chœur, mettait la paix, rcpartissait les dons et les aumônes.
VIII. DÉCOUVERTE DE L.v STÈLE. — Ccs inUiccs si rares et qu'on avait crus totalement absents, faute d'y avoir regardé d'assez prés, n'étaient donc pas lapreuve que les missionnaires n'eussent pénétré en Chine et n'y eussent fondé des églises nombreuses et prospères. L'insouciance, la persécution, le temps sont en Chine trois agents puissants et qui viennent à bout d'abolir les souvenirs auxquels, d'ordinaire, un peuple tient le plus '. La preuve de l'introduction du christianisme en Chine a été fournie par un monument contemporain de la prédication syrienne, l'inscription célèbre de Si-ngan-fou .
Cette inscription fut découverte en 1625. Les circonstances en sont parfaitement connues *. Les jésuites s'apprêtaient à évangéliser la province de Chen-si. quand, quelques mois avant leur arrivée', en creusant les fondations d'un édifice près de Tcheoutche ', les ouvriers rencontrèrent quelques restes de constructions, et en les déblayant ils trouvèrent une grande stèle qu'on retira et qu'on nettoya avec soin. On s'aperçut alors qu'elle était toute couverte de caractères, les uns chinois, les autres de forme étrange, appartenant à une langue que personne ne connaissait '. « Les Chinois, dit le P. Bartoli, sont extrêmement curieux des choses de l'antiquité, c'est pourquoi ce fut à qui porterait le premier la nouvelle de la découverte au gouverneur de Tcheou-lche, lequel accourut et ayant lu ce qui était dans sa langue, comprit seulement que c'était une chose très mystérieuse, d'une très grande antiquité, comme de l'époque de la famille
' La photographie du P. Havret donne « chef de l'Église ». — • Sur l'identification de cette ville, cf. Lamy, op. cit., p. 104, et Havret, qui en font la même ville que Saraî, capitale des Khans Mongols du Kiptchak, sur la rive gauche de l'Aktuba dans la Russie d'.\sic. — » H. HavTet, Variétés sinologiques, n. 7 : La stèle chrétienne de Singan-Foii, in-8°, Chang-hai, 1895, rappelle dans son Introduction cette étrange facilité du peuple cliinois à l'ingratitude dans l'affaire de son évangélisation. En 1599, le P. Ricci visitait Tchen-kiang sans pouvoir se douter qu'il foulait un sol consacré trois siècles plus tôt par la présence de plusieurs églises. Pendant un séjour de neuf années à Péking, rien ne vint lui apprendre l'exislence au xn" siècle d'mi siège archiépiscopal; et ainsi des autres villes de Yang-tchcou, de Hang-tcheou, de Ts iuen-tcheou. lesquelles avaient même possédé des monastères et des communautés. .-Vprés le P. Ricci, le P. Nicolas Trigault, le P. Sémédo se heurteront à la même pénurie de souvenirs et de documents. « Dans les histoires chinoises que nous avons lues avec attention, écrit le P. Sémédo, nous n'avons trouvé aucune mention de l'existence antérieiue d'une chrétienté en Chine, et cela à notre grand étonnement, sachant à quel point cette nation recherche les choses de son pays pour les transmettre à la postérité... Dans ces trente années, nous avons parcouru toute la Chine ->n vue de découvrir ces renseignements sans pouvoir l'obtenir. « Alv. Sémédo, Imperio de la China, Madrid, 1642. p. 218- 219. C'est là un mal chronique. Le 23 juillet 1687, le P. de Fontaney cherche vainement à Xing-po le m:>iadre vestige de l'église construite un siècle auparavant et la moindre trace de la chrétienté disparue depuis trente ans. IMtres érliftantes, édit. Aimé-Martin, t ii, p. 82. Mène constatation à Nang-k'ing, à Th e-tcheou, à T,:h'ou-tchoou qui, au début du xviii^ siècle, possédaient cliacime im établissement chrétien et où le P. Havret a « vainement interrogé les Chroniques locales et les traditijns des habitants pour retrouver quelque souvenir de ces anciennes églises. Tous les documents de source indigène sont muetb à leur sujet. >■
royale T ang de Kien-tchong, un des empereurs de cette dynastie *. La pierre avait plus de quatre palmes de largeur et neuf de longueur, son épaisseur était d'un sommesso °; au côté supérieur se trouvait un carré plus petit, surmonté d'un triangle dans lequel on voyait une croix de Malte, avec quelques ornements aux extrémités des bras. Sous la croix étaient neuf grands caractères ilisposés en trois lignes qui remplissaient le petit carré.
" Dans le grand carré il y avait trente lignes, non pas horizontales comme les nôtres, mais verticales et se lisant de haut en bas. Elles renfermaient 1 018 caractères'", et, si l'on considère que chaque caractère est un mot et qu'ils ont une puissance d'expression admirable, on comprendra que la traduction dans n'importe quelle langue européenne occuperait au moins quatre fois autant d'espace.
« En outre de ces caractères chinois, il y avait sur le bord, tout autour, d'autres caractères, de syrien à l'antique, mais inconnus ici, et on ne savait pas à quelle lingue ils appartenaient. Le gouverneur, après avoir adoré ce marbre... contenant dans sa langue maternelle des mystères qu'il comprenait peu, tandis qu'il ne comprenait rien à la langue étrangère, donna l'ordre de le transporter dans un temple de Tao-che, à un mille de Si-ngan, et de l'élever sur un piédestal sous un beau campanile porté par quatre colonnes". Tout Si-ngan s'\ porta. »
La curiosité publique était vivement excitée lorsqu'un lettré de second ordre ou Kiu-jen, jadis lié avec le P. Ricci, à Pékin, se rappela ses conversations avec le jésuite sur la loi chrétienne et crut en retrouver comme un écho dans l'inscription. » Il prit un décalque en caractères blancs sur fond noir et l'envoya à son vieil ami le docteur Léon à Hang-tcheou qu'il savait bien être chrétien. » « Je vivais retiré à la campagne aux environs de Ling-tchou, raconte celuici, lorscjuc mon ami T chang Keng-yu, de Ki-yang (Fong-siang au Chen-si), eut la bonté de m'envoyer
0/J. cit., Introd-, p. iii-i\'. — * 11 existe une relation de la découverte par le P. .\lvare de Sémédo souvent reproduite dans un ouvrage dont le titre varie d'une édition A l'autre. On trouvera cette bibliographie dans H. Havret, Variétés sinologiques, n. 12, p. 31, note 2, et dans la BiblioUiéque des écriuains de la Compagnie de Jésus, au mot Sémédo. Vne deuxième relation est l'ouvrage du P. Daniel Bartoli, décrivant en 1663 les circonstances de la découverte en s'aid uit du récit de Sémédo et plusieurs autres rapports qui se complétaient et s'éclairaient mutuellement, conser^'és aux archives de la Compagnie de Jésus. C'est à l'œu^Te de Bartoli que le P. Havret accorde toute sa créance. Voici le titre du hvre de D. BartoU, DeU'historia delta Compagnia di Giesu. La Cina ierza parle dell'Asia, 10-4°, Rama, 1663. — ° Et non pas quelques années avant leur arrivée en Chine, comme on fa écrit; ce qui fait une erreur d'au moins quarante-cinq ans. — *I1 s'agit de la s lUS- préfecture de Tcheou-tclie, située dans le département de Si-ngan-tou. L'.Ajmuaire officiel place cette ville à 160 li (environ 95 kilom.) sud -ouest du chef-lieu de la préfecture. — ' D. Bartoli mentionne, d'après un rapport envoyé en 1639 de la province de Chen-si, des circonstances merveilleuses et mystérieuses qui vinrent se greffer de bonne heure sur le fait trop simple de la décou\erte. Le P. liircher n'en a tenu aucun compte, connue de juste. — * Bartoli confond ici les années de règne avec le nom de l'empereur. — ' Mesure égale au poing fermé avec le pouce étendu; en\iron 21 centimètres. Le P. Lecomte parle de 10 pieds, Ivircher de 9 palmes et demi. Les dimensions indiquées équivaudraient à 1 »30 sur 0"S4 et 0»21 de largeur (P. Ha\Tet); la pierre mesure 3"'20 sur 1 "40 (Guéluy). — " D'après le P. Ha%ret, le chiffre véritable des caractères est 1800; d'après Guéluy, 1 787 dont 1 696 eu vingt - huit lignes pour le texte suivi, et 91 pour le sous-titre, la date el les signatures. — " Sur la question d'un prétendu facsimilé exécuté par ordre du gouverneur et de la disparition de l'original, le P. Havret, Variétés sinologiques, n. 12, p. 39-43, a réduit ce conte à ses justes proportions.
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une copie de la stèle de T anj; en me disani : Récemment on l'a découverte à ïcli'ang-ngan en creusant la terre. Elle a pour titre : « Élofje du monument (rap- » pelant) la propagation dans l'empire du Milieu, de 'I l'illustre religion." On n'avait pas oui parler jus- ([u'ici de cette religion. Serait-ce la sainte religion que Ricci est venu prêcher des extrémités de l'Occident ' ? 1 Ce tut ce docteur Léon qui vint raconter aux jésuites la trouvaille, ensuite « ce même docteur Léon et après lui le docteur Paul tirent imprimer l'inscription en caractères plus petits, avec addition des explications gloses nécessaires, et la répandirent dans tout l'empire ^. >
D'après la « Grande géographie impériale de la Chine^", nous savons que « le monastère de KincUeng est situé en dehors du faubourg occidental de Tchang-ngan: il n'est autre que le monastère Tch'ongjen, bâti sous les Tang. On y conserve l'inscription du sépulcre du maître de la loi T an, ainsi que le monument (rappelant) la propagation dans l'empire du .Milieu de la religion illustre ■". » Ainsi, la stèle Kingkiao-pei fut dressée dans le monastère Kin-cheng-se. vers le commencement de l'année 1625, au mois de février ou de mars.
La découverte de la stèle apportait au.K missionnaires un argument apologétique si parfaitement adapté au tour d'esprit de leur auditoire chinois qu'ils ne manquèrent pas d'en tirer parti'. Des contradictions surfirent. qui n'ont plus qu'un intérêt bibliographique'; elles ne se présentèrent qu'en Europe où personne n'avait vu le monument 'et où avaient circulé des descriptions et des traductions parfois insuffisantes sur l'utilité et le mérite desquelles nous reviendrons.
IX. Destination. — La stèle chrétienne de Singan-fou appartient à cette classe de monuments auxquels les antiquaires chinois ont donne la dénomination de Pei. Il n'est pas douteux que notre Kingkiao-pci ne tût un monument funèbre ' et ne désigne par conséquent une sépulture chrétienne. » D'autre part, écrit le P. Havret ', il ne s'agit pas de la tombe du général Kouo-Tse-i : ce grand homme ne mourut qu'après l'érection de cette pierre. 11 nous seml)le assez probable, en revanche, que nous sommes en présence d'un monument élevé à la mémoire de I-se "■; il nous parait également vraisemblable que ce tombeau ne tut pas isolé, mais qu'il faisait piirtie d'une sépulture commune où reposaient les restes d'autres missionnaires chrétiens ". Cette hypothèse rendrait même très plausible l'interprétation d'un mot de l'inscription syriaque resté jusqu'ici fort obscur. C'est
' Ceci se lit au déliut de Y Appemlire pour V intelligence de la stèle de la religion chrétienne, daté du 21 mai 1625; c'est une " addition » au T ang King-kiao-pei-song tchcng-ts'iuen. 1878. — * Le P. Michel Boym, lettre datée a Rome, du 4 novembre 10.53, mentiomie " le livre qu'ont imprimé en chinois, au moment même de la découverte, des docteurs indigènes, magistrats du plus haut rang; on y voit, reproduits avec la plus grande exactitude, les caractères de l'inscription tels qu'ils se trouvent sur l'original . s Boym fit don de son exemplaire au musée du P. Kircher. En 1750. le P. Cordara, dans son Histoire de la Compagnie de Jésus, ad ann. 1625. constate la présence d'mi exemplaire au musée du Collège romain. Cet Appendice permet de déterminer avec précision la date de la découverte. En tenant compte des délais nécessaires au courrier, on peut placer la trouvaille dans le courant de février 1625, cf. H. HavTct. op. cit., p. 3S, n. 46-59, quoifiue la date 1623, fournie par le P. Emm. Diaz, ne soit pas ;ibsolument improbable. — ^La première édition, publiée à Pékin en 1744, comptait 356 yolumes; 2" édition en 1764, de 500 -s-olumes. — ■ * Édit. 1744, 139» Kiuen, fol. 23 : Se-koan\ èdit. 1764, l.SO" Kiuen, fol. 4; nous donnons ici la Iratluction du P. Havrel, op. cit., p. 53. — •" H. Havret, Variétés sinoloyiques, n. 12, p. 85-93. cf. p. 81-82; cf. Legge, Religion in China, in-8", London, 1878,
le titre du cinquième prêtre désigne sur la deuxième rangée de gauche '- : il faut lire Simoun qassi.'ia d'qabra, ce qui signifie « Siméon, prêtre de Qabra, ou du cimetière ". 1 II s'agirait donc d'un cimetière chrétien et les noms gravés sur les côtés de la pierre seraient simplement ies noms de défunts, dont le principal personnage serait Adam, prêtre et chorévêque. La qualification donnée « prêtre de qabra » désignerait le prêtre chargé du cimetière.
X. Description. — Dès qu'on aborde la mensuration et la description de la stèle, on peut imaginer avoir affaire à toute une série de monuments. L'un parle d'empans, l'autre de pahnes, le troisième de pieds. Mais ce bel accord n'est rien jusqu'au moment où il s'agit du symbole sculpté sur la partie supérieure. Williamson, Yule et Kreitner trouvent un sommet arrondi. Kircher indique positivement une forme pyramidale. M. Scallan juge que ce sommet a été renversé et M. Guèluy explique comment on l'a réparé. Dans cette voie sans issue nous ne nous attarderons pas.
Au premier abord, on remarque un énorme couronnement sculptural posé sur un piédestal. La décoration de ce couronnement appartient au bestiaire impérial et se retrouve sur un grand nombre de pierres tant anciennes que modernes répandues sur toute la surface de la Chine: il représente des dragons d'un beau type héraldique. Ordinairement les deux dragons qui s'entrelacent sur la face du monument, et sont pris dans l'épaisseur des marges de la pierre, sont répétés sur la partie postérieure, ce qui donne en tout quatre animaux contournant les rebords de la pierre qui les supporte. Bien plus, notre stèle, à cause de ses vastes dimensions, a pu reproduire de chaque côté, dans l'épaisseur de sa partie demi-circulaire, trois dragons au lieu de deux : ilvadesoique celui dumilieu ne peut se voir que de front.
« Un simple coup d'œil jeté sur la flg. 2802 rendra compte de cette disposition et montrera comment se répartissent, au-dessous des dragons de la croix, les différentes parties de l'inscription. Un cartouche contenant neuf grands caractères attire tout d'abord les yeux, encadré par les chimères enlacées. Dans cette partie, l'inscription sert à la fois d'en-tête et de titre au monument. La tablette proprement dite, qui règne à partir d'un ressaut servant de base aux dragons et a la forme d'un trapèze, porte vers son angle droit supérieur un second titre qui est celui de l'inscription. En bas de l'inscription chinoise, et occupant environ la onzième partie de la hauteur totale, on lit plusieurs lignes syriaques, mêlées de quelques caractères chi-
p. 36. — ' Voltaire, Naumann, Itcnan lui-même, d'iùlleurs prudent. Nous n'entrons à ce sujet dans aucim détail, tout cela n'est que fastidieux et sans profit — ' Tandis qti'en Chine, J. Legge, Chrislianilg in China, 1SS8, écrivait : « Pour autant qtie je sache, un savant chinois qui soutienne que le monument est apocr>phc. est encore à naître, s. — • On en trouve la mention expresse en temiinant l'éloge final : « Nous élevons ce monument funèbre (Fong-pci) à la louange delà félicité suprême.» — 'Op. cil, p. 135. — • •• Kouo-Tse-i et I-se furent deux protecteurs éclaiiés des chrétiens. — " Dans l'inscription de Tclien-kiang, tirée de l'oubli par l'archimandrite Palladius, et remontant à 1281, nous trouvons la mention d'un cimetière chrétien au bas de deux églises élevées prés de Si-tsing. Cf. The Chin. recorder, t. vi, p. 111, et le texte de rinscription dans H. HavTct, p. 385, Documents chinois, n. xiii. Ce qu'avait fait Mar Sarghis au xm siècle pour les chrétiens de Tclien- Iciang, les missionnaires du viii- siècle avaient pu l'accom- [)lir pour les membres de leur l':glisc — '= Kircher se contenta de traduire : .S"imco;i presbgtcr; -VssJmani ajouta et inonachus. l.e P. Cheiklio écrivait au P. Havret, le 20 juillet 1893 : d'Aabra. que Assémani a 1res mal lu Dnisaia. semble être un nom de ville ou de lieu. En syriaque gabra veut dire = tombeau . — "P. H. Havret, op. cil , p 130.
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iiois. A droite et à gauche de l'inscription principale, on voit, à des hauteurs difïèrentes, deux autres Jignes en estrangliclo. Enfin, les deux faces laté-
iSOi. — La stcle de Si-ngan-fou.
(Pour i'inscription voir la planche hors texte.)
D'après H. Havrel, Varirtéssinolvglqiies, n.l,Ch3Bs:-hAi. 1895.
raies de la tablette offrent des listes de missionnaires sjTÏens. En bas, comme engagés dans le socle quadran-
■ H. Ha\Tet, op. cil., p. 142 et note 1. Le sommet n'a jamais été séparé du corps (le la pierre puisque cette tablette est d'une seule et même pièce; donc il n'y a jamais eu de trou pratiqué entre les deux pierres... Il s'agit du p'ai leou (la pagode).» — - The Sorth China herald, 29 déc. 1855, n. 288, p. 87. — ' A. David, Journal de mon troisième voijaijc d'eiploration dans Vempire chinois, rn-S°, Paris, 1875, t. i, p. 125-12G. — « L. Rousset, A travers la Chine, in-S», Paris,
gulaire ijui supporte la tablette, on peut voir la tête et le corps d'une tortue à écailles.
" Le monument tout entier, tablette et couronnement, est fait d'un seul morceau ^ »
Le premier kiosque qui abritait lapierre, celui décrit par le P. Sémédo, avait depuis longtemps disparu. D'après un témoignage cité par Wylie, il semblerait qu'au moins dans la seconde moitié du Nviir siècle, un second abri fut élevé à lastèle=.Enl8.59, unnomnié Han Tai-hoa, de Ou-lin, étant venu visiter la pierre et ayant trouvé les caractères et l'ornementation dans le meilleur état, fit reconstruire l'abri, lequel n'eut d'ailleurs qu'une durée éphémère. Il fut détruit en 1861, lors de la rébellion des Mahométans. Peu de temps après, à la mort du général To, qui avait refoulé les rebelles, ceux-ci revinrent à la charge. Les années 1867 à 1870 furent néfastes pour les environs de Si-ngan; ce qui était demeuré intact fut ruiné. Lorsque, vers la fin de 1871, après la soumission des ^lahométans et l'apaisement des troubles, Fr. von Richtliofen se rendit àSi-ngan-fou, la stèle chrétienne, si on croit ce voyageur, gisait à terre au milieu d'un amas de ruines, mais cette fois encore, elle restait intacte. On a dit que le respect superstitieux dont elle était l'objet de la part de tous ne fut pas sans influence auprès des Mahométans pour sa conservation.
Dédaigné (novembre 1872) par A. David', indiqué (avril 1874) par L. Rousset *, décrit (janvier 1879) par Kreitner*, dans l'enclos d'un temple bouddhique situé à un kilomètre et demi de Si-ngan où se voyaient des centaines de pierres commémoratives debout, ou renversées ou brisées et supportées à la base par une grosse tortue en pierre, le monument, au dire du prêtre bouddhiste qui en avait la garde, n'avait pas été changé de place depuis 1859. La ruine de l'abri permit alors de prendre un frottis-calque des faces laté- 'ales jusque-là illisibles.
^Cete partie de l'inseription était justement celle qu'on désirait le plus vivement parce qu'elle contenait les noms des missionnaires syriens. Plusieurs recueils chinois d'inscriptions contenaient bien la partie chinoise du Kiiig-kiao-pei, mais aucun d'eux, bien entendu, n'avait songé à reproduire l'écriture syriaque. D'autre part, le décalque conservé à la Bibliothèque nationale à Paris ne contenait pas les listes des faces latérales *.
Le corps de l'inscription chinoise, y compris son titre et les deux petiteslignes qui, la bordant à droite et à gauche, portent les noms de l'auteur et du calligraphe, comprend en tout trente-deux lignes; les lignes pleines comptent soixante-deux caractères. Il y a en tout 1764 caractères chinois". Si à ce chifirc on ajoute vingt-sept autres caractères qui se trouvent au bas de la pierre, mêlés avec les indications syriaques, plus enfin les neuf grandes lettres du cartouche, on arrivera au chiffre exact de 1800 caractères chinois, rien que pour la face principale *.
Quant à la partie syriaque de l'inscription. cUe se compose, outre les deux lignes qui bordent à droite et à gauche la face principale, des parties suivantes : 1" au bas de l'inscription chinoise : 19 lignes verticales d'une longueur moyenne de 0™15; deu.v d'entre elles sont complétées par des caractères chinois; 2o sur la face latérale gauche, de quatre rangées
1S7S, p. 312, 314. — ' Ivreitner, Ini jernen Oslen, in-S", Wien, 1881, p. 470-479. — ' Pauthier, L'inscription chinoise de Si-ngan-jou, p. 41, reproduisit les séries de noms de prêtres d'après la planche gravée du P. Kircher. — ' H. Havrct, op. cit, p. 160; même chiffre dans Bridgmau, C/im. rep., t. XLX, p. 552. — ' C'est le chillre du P. Trigaud, P. Sicolai Triganlii progressus et incrementi fidci apud Sinus, I. V, c. V.
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horizontales ayant respectivement, en comptant de liant en bas, 11, 6, 13 et 11 lignes verticales, toutes complétées, à l'exception de cinq, par 3 ou 4 caractères chinois; 3" sur la face latérale droite, de trois autres rangées, comptant dans le même ordre 11, 13 et 5 lignes, complétées, à l'exception de trois, par 3 ou 5 caractères chinois. Ces soixante-dix lignes de faces latérales contiennent, répartis en sept rangées ou « classes », soixante-dix noms propres, interprétés par Kircher et par Assémani. La hauteur totale maximum de la partie inscrite sur la face de gauche est de 0">84; de O^BOô sur la face droite. Le reste de cette dernière est vide, tandis que l'inscription de Han T'ai-hoa (en 18.59) occupe le bas de la première, recouvrant même les deux rangées inférieures de caractères syriaques qui resteraient désormais indéchilTrables sans la gravure de Kircher et la traduction d'.Vssémani.
Les mesures peu rigoureuses prises au xv!!"" siècle ne s'appliquaient qu'à la « tablette i' proprement dite. La forme trapézoïdale est certaine (fig. 2803). comme le prouve le schéma suivant :
f Si = O'-SO
Ces dimensions donueiit api>roximativement un volume de 0"»'640, dont 0""53'J pour la partie de la stèle portant l'inscription, et 0""108 pour la partie supérieure. Si l'on prend 2,7 comme densité de la ])ierre. on aura un poids total de 1 728 kilogrammes. — La tortue engagée dans le socle déborde en avant, de 1"04 et de O^SSS en arrière.
XI. L.v CROIX. — .\u sommet du cartouche contenant le titre de l'inscription, insérée et en quelque sorte abritée sous un petit fronton, se voit une croix. Il semble malaisé, après un regard jeté sur la photographie, qu'on ait pu douter un seul instant de la présence ou du type de ce symbole. Ignorance, préjugé, méprise, peu importe. Sémédo. le prenaier, signale cette croix' et sa description assez peu claire reparaît presque mot pour mot dans la traduction italienne de 1631 -, et puis va se déformant peu à peu, à tel point qu'on la fait reposer au-dessus de petites nuées et que ses bras rappellent les fleurs de lis '. on parle aussi d'une croix de Malte, etc. '. Pendant i)rès de deux siècles, les auteurs qui voulurent reproduire la croix de Si-ngan-fou adoptèrent cjuclqu'un des modèles de fantaisie mis en circulation par le P. Kircher ou par le P. Boym. Au xix'= siècle, on trouva de nouvelles combinaisons =; ce ne fut qu'en 1893 que le P. Gaillard donna enfin une reproduction parfaitement exacte". Voir planche hors texte.
XII. L'ÉCRITURE. — La conservation du monument dans un parfait état, constatée en 1S59 par Han T ai-hoa, justifie amplement ce que disait, en 11128. au lendemain de la découverte, le P. Sémédo : « .l'admirai sa conservation entière et la manière claire et nette dont les caracléres y sont gravés '. » C'est eu elïet un des plus beaux spécimens paléograpliiciufs de l'époque de la dynastie des T ang ". Les doutes soulevés par Naumann. Renan et Stanislas Julien sont assez étrangers aux intérêts historiques et scientifiques. Naumann suivait sa haine contre un ordre religieux, Stanislas .lulien ne voyait qu'une
' Iniperio de ht Cina, Mathitl, lôfi. p. 200 CF. H.Havret, op. c-//.,p.l69. — ^ Dichiaratione di itna pit-tru (intica, ritroimlti net legru) délia Cma, Ronia, 1631, p. 2. — ^ .\. Kircher, China ilhislrata, p. 8, planclie B : lùlypon monumenti Sinico-Syriaci, p. 13. Cf. H. Havrct. op. cit., p. 171, 172. — *M. Boym, Flora Sinensis fructtiti ftoresqiic..,, 1G5G. Cf. H. Havret, op. cit., p. 173-175. — ' II. Havret, op. cit., p. 177-lSl . — ' L. Gaillard, Croi'.r et S.;vi/i.v/.(i en Chine. m-S",
occasion de contredire les assertions de Pauthier et Renan emboîtait le pas à Julien et jurait in verba inagistri, ce qui était assez sa coutume. La démonstration paléographique esquivée par Pauthier, qui se borna à une justification, d'ailleurs péremptoîre en son genre, cette démonstration a été apportée par le P. H. Havret '. Nous sommes obligés de nous borner à la signaler, son développement et sa spécialité technique ne lui permettant pas de prendre place dans le Dictionnaire.
Quant à la partie syriaque de l'inscription, tous les auteurs qui ont pu en parler avec compétence ont reconnu qu'elle appartenait bien à l'époque, et lui assignaient la date de la stèle. E. Renan lui-même
28o:). — Cioquis de la stèle.
O'oir les dimensions, col. 1360.)
y voyait des caractères « en bel estranghélo du viii' siècle ". »
XIII. Le style. — Le mérite littéraire du texte fait de lui un des monuments corrects de la langue parlée alors. On dit que l'empereur K ang-hi en faisait cas, et le P. Gaubil. à qui on doit ce détail, ajoute que, « par beaucoup d'expressions chinoises et de citations des livres.... on voit que le Chinois qui fit pour les missionnaires l'écrit contenu dans le monument, était un homme habile, mais porté pour la secte de Tao ". " Le docteur Legge a justement remarque cjue cette inscription témoigne d'une grande connaissance des livres de Lao-tse et de Tchoang-tse
Cliang-hai. 1893; H. Havret, op. cit.. 18U7, p. 180;celle de Guéluy, op. cit., p. 20, laisse encore a désirer. — ' Imperiode la Cina, p. 201 : Ponderando su miieha edad, adniirè su cntereza; i (o (7«ro, ; limpio de las leires en ella gravadas. — •H. Havret, op. cit. p. 191-196. — • idiVJ., p. 198-209. — " E. Renan, Histoire générale et sij.'itéme comparé des langues sémitiques, i' cdit., 1863. — " Gaubil, Abrégé de rhisloire diinoise des Tang, dans Mémoires, t. xvi, p. 371.
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ainsi que de la littérature confucéenne '. Visdelou constatait que « l'auteur de l'inscription écrit aussi également qu'il se peut. Il est plein d'érudition chinoise; il possède parfaitement l'histoire des Tham -. » Personne, mieux que Wylie, n'a jusqu'ici défmi les mérites de cette composition; personne n'en a tiré plus clairement les conséquences favorables à l'authenticité :« Le style élégant, plein d'antithèses, des écrivains de la dynastie Tang, joint à l'extrême rareté de particules, forme une période des plus remarquables dans l'histoire de la littérature chinoise, et rares en vérité sont les connaissances de ceux qui peuvent l'imiter. Les différences de style entre les écrivains des différentes époques sont si parfaitement définies en Chine, que ce serait une entreprise très hasardeuse, si quelqu'un essayait de faire passer son œuvre pour celle d'un autre âge, et ce ne serait certes pas une production ordinaire que celle qui, dans ces conditions, échapperait aux yeux des critiques indigènes, que l'exercice a rendus si perspicaces. Or, les particularités du style des Tang se retrouvent très clairement marquées dans l'inscription nestorienne, de façon à fournir la preuve la plus convaincante pour l'esprit des lettrés indigènes.- L'influence des trois sectes religieuses nationales se remarque dans la phraséologie. Que l'auteur appartînt à la classe des lettrés, il n'y a pas lieu d'en douter, car cette œuvre annonce quelqu'un très versé dans les doctrines confucéennes; d'autre part, les allusions marquées à une foi étrangère doivent lui donner un air de mystère devant la généralité des lecteurs chinois. Néanmoins, ce mystère disparait pour celui qui est instruit des doctrines chrétiennes; il trouve les dogmes de la foi revêtus d'une élégance de diction à laquelle le goût chinois lui-même ne contredira point ^ »
XIV. Les emprunts. — Outre l'antithèse et le parallélisme qui ne sont que la mécanique, un autre élément dans l'inscription mérite une attention plus particulière. L'abondance extraordinaire des allusions avait été signalée à bon droit, dès le jour de la découverte, comme un des traits dislinctifs de notre inscription. Cet autre écueil de la littérature chinoise, dont il fait aussi une beauté ', s'est ici compliqué des emprunts très nombreux faits non seulement au domaine littéraire, mais encore à la phraséologie religieuse de l'époque des T ang. Le prêtre King Tsing possédait une vaste érudition en ce genre, et il est difficile de concevoir une mosa'ique plus savamment agencée que cette œuvre composée presque intégralement d'expressions dont chacune rappelle au lettré chinois quelque souvenir littéraire ou historique, mythique ou religieux de sa patrie'. »
Examinons ici la question des emprunts faits à la terminologie religieuse des trois sectes : confucianisme, tao'isme, bouddhisme.
Un fait se dégage très clairement d'abord, c'est la
hardiesse relative avec laquelle a procédé l'écrivain du King-kiao-pei. « L'inscription syrienne de 781 montre que les premiers missionnaires de la Chine n'éprouvèrent aucun scrupule en adoptant nombre de termes bouddhistes «. » Or la même remarque s'applique aux emprunts faits aux deux autres sectes. « Les nestoriens prirent avec plus de complaisance et de faveur au taoïsme qu'au bouddhisme '. Leur composition indique une familiarité plus grande avec les œuvres classiques du confucianisme et du tao'isme, qu'avec celles du bouddhisme '. » Si la phraséologie et les idées taoïstes ne sont tellement apparentes dans la proclamation impériale ' qu'à raison sans doute de la prétention des princes de la dynastie Tang à descendre de Lao-kiun, fondateur du taoïsme'", tout le reste, principes moraux aussi bien qu'allusions littéraires, était dévolu aux livres canoniques ou historiques ".
XV. L'orthodoxie. — On a dit que ces emprunts à une terminologie païenne et leur adaptation à la religion chrétienne avaient altéré la pureté de la foi et de la morale évangélique. Le reproche en a été exprimé avec plus de virulence que de précision; ce que nous lisons sur la stèle, ce n'est plus qu'une foi chrétienne châtrée, privée des traits essentiels de l'Évangile, embourbée dans les concepts confucianistes, taoïstes ou bouddhistes, une chose hybride et méprisable, cherchant à tlatter les empereurs, à ménager les mandarins et à séduire le peuple, en sorte qu'il devient impossible d'en dégager quelque chose de franchement chrétien. — Voilà plus.de mots que de faits.
L'adoption par le christianisme des termes adéquats à l'expression des vérités qu'il enseigne est un problème d'une extrême délicatesse et qui se représente presque pour chaque idiome dont il a à s'accommoder. Comme, sous peine d'être inintelligible et par conséquent d'échouer, l'apostolat est obligé d'exposer son enseignement dans un langage compris par le peuple auquel il s'adresse, force lui est bien de procéder par voie d'emprunts faits à ce langage, lequel ne peut fournir trop souvent qu'un sens approximatif de l'idée à rendre. La création de mots nouveaux risque de ne donner aucun résultat, l'importation de mots étrangers est une ressource extrême qui prêle à la confusion sous une apparence de clarté et dont, en aucun cas, on ne saurait abuser. Dès lors, il reste à désaffecter de leur sens contaminé les termes indigènes, à leur inoculer un sens exact, limité et défini; c'est, sans doute, fort subtil et un peu aléatoire, mais c'est encore ce qu'il y a de plus pratique. 11 appartient à la prédication, à l'entretien familier, à l'humble I littérature catéchistique, d'introduire, d'imposer, de I vulgariser et de substituer définitivement ces locutions et ces ternies ainsi épurés.
C'est à cette nécessité que, comme les premiers apôtres du christianisme, furent nécessairement ac-
■ Tftc lexls 0/ Taoisni, London, 1891, part. I, p. xii. — • Supplément à la Bibliothèque orientale de A/, d Herhclot, 1780, p. 188. — ' The North China heriM, 29 déc. 1855, II. 283, p. 87. — ' Cf. A. Zottoli, Allusiones litterariiv, dans Cursus, t. IV, I). 626-764. — 'H. Havret, Variétés sinologiques, n. 12, p. 214. — ° Edliins, Chinese budilhism, London. 1880, c. .XXII : Buddist phruseology in relation to Christian ieaching. — ' Legge, ^-1 lecture on the nestorian monument, p. 46, 47 : " Le confucianisme se désignait sous le nom de « Instruction >■; le taoïsme préférait le terme (■Voie»; le nom distinctif du bouddliisme était " Lois or ces tennes sont appliqués par les écrivains nestoriens à leur propre système. « — ^ Legge, op. cit. — * Cette dernière particularité se remarijue dans la plupart des décrets portés par les empereurs de la dynastie T'ang. Wylie, dans The ,Vorï/i China herald, 29 dée.'lS55, n. 283, p. 87. — '» H. Havret, op. cit., p. 216. — " H. Havret, op. cit., p. 216, note 2, a fait relever par un lettré chinois entre trois à quatre cents
expressions dont plus de trente sont empruntées au seul li^Te des Mutations, presque autiuit viennent du li\Te des Vers, une vingtaine de celui des Annales. Les seuls livres Ctmoniques fournissent un total d'environ cent cinquante allusions. Les Historiens en donnent plus de cent autres, les Philosophes une centaine; le reste est fourni par différentes collections. Pour s'expliquer un procédé de mar- I queterie si extraordinaire en apparence, la mentalité et la I formation littéraire de l'érudit qui l'exécute, je me permets de ren\'oyer à la causerie que Sainte-Beuve a consacrée à I Boissonuade. On y verra pris sur le vif, et parmi nos contemporains, ce génie de la réminiscence et de la citation cherchée, sertie a sa place, et la qualité extiuis? du plaisir qu'un homme de talent et de lecture peut prendre a pareil travail, dérobant sa pensée et son expression ou plutôt les énonçant sous une forme classiquement consacrée. Saiale- Beuve, -Voiiycauj; lundis, t. vi, p. 106 sq. Cet exemple nest pas le seul qu'on puisse citer.
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culés li's missionnaires établis en Cliiiie au vn siècle. De quelle manière ils résolurent le problème qui se posait à eux, nous pouvons Tentrevoir par le texte de la stèle, mais nous ne faisons qu'entrevoir, car rien ne prouve qu'au moment où celle-ci fut rédigée la terminologie théologique fût déjà bien arrêtée dans la langue chinoise et, de plus. « il est évident que les rédacteurs de l'inscription n'ont pas eu, n'ont pu avoir en vue un traité dogmatique qui aurait exigé, iiour être compris, de beaucoup plus grands développements que n'en comportaient les dimensions du monument qu'ils voulaient léguer à la postérité '. »
Un fait encore douteux au temps de la découverte de la stèle - a été depuis mis en pleine lumière, c'est le caractère nestorien des auteurs de l'inscription. Leur doctrine s'en ressent. En premier lieu figure le dogme de l'existence d'un seul Dieu en trois personnes, créateur de toutes choses. 11 seml)le peu probable que les plus anciens livres chinois renferment une notion de la Trinité ])roprementdite ; les nestoriens ne trouvèrent sur ce point que des notions vagues d'une cosmogonie indigène, probablement taoïste. Dans les colonnes suivantes sont expliqués tour à tour le mystère de la création du monde, la eliute du premier homme par la séduction du démon, qui est appelé Satan, et la corruption générale du genre humain par les erreurs et par les vices. L'avènement de Jésus- Christ est ensuite exposé. C'est ici que, depuis Renaudot, la discussion théologique a été la plus vive ', grâce au sens nestorien que celui-ci crut découvrir dans l'expression Fen-chen. Sur ce point encore, on doit au P. Havret une discussion approfondie et, chose presque nouvelle, compétente, .\vant lui et en contradiction aV'CC Renaudot et quelques autres, Legge avait écrit : « Tout ce (pie je dois signaler est que le point embarrassant, en ce qui regarde le dogme particulier de Nestorius. est évité dans notre inscription ^ » C'est déjà l'opinion de P. Prémare; c'est celle du P. Havret démontrée avec un luxe philologique que nous ne sommes pas en mesure d'apprécier personnellement, mais ipii a trouvé le moyen d'imposer ses conclusions.
L'annonciation, la nativité, l'adoration des bergers et des mages sont brièvement mais clairement indiquées et de même l'alTirmation de l'accomplissement des prophéties. Ensuite, il est question du baptême et de la purification qu'il opère, ainsi que de diverses cérémonies pratiquées par les chrétiens : ils sont représentés priant sept fois le jour pour le soulagement des défunts et le soutien des vivants; ils adorent, le visage tourné vers l'Orient, et offrent le sacrifice hebdomadaire.
XVI. Le servilisme. — A la suite de l'exposé dogmatique est rapporté le décret de Tliai-tsoung (627-649), qui, après enquête sur le contenu de la loi nouvelle, en permit la divulgation. Les louanges prodiguées aux empereurs chinois par l'auteur de l'inscrii)tion sont fort exagérées. La Chronique de Chine confirme par la suite de ces empereurs ce que [l'inscription] nous en dit; mais il me semble qu'on y exagère beaueonp les vertus des princes, dont plusieurs paroissent dans l'histoire presque aussi portez à favoriser le paganisme que la religion chrétienne ^ » Ces sages paroles du P. Le Comte sont de tous les temps, mais on sait qu'à Rome, comme à Versailles, comme à Si-ngan-fou, sous les Augustes, sous Louis XIV et sous Thai-tsoung, l'épigraphie monumentale n'est pas
un modèle de sincérité, elle admet volontiers l'hyperbole et se fait assez naturellement l'interprète de la servilité. Chercher à expliquer ces flatteries par les habitudes de l'Orient est renoncer à toute explication, puisqu'il n'y a pas d'habitude qui puisse prévaloir contre le tempérament, pour ceux qui ont l'âme hère, et cela aussi bien en Orient qu'en Occident.
XVII. Le RÉDACTEun. — Composé par Kingtsing, prêtre du monastère des grands Ts'in, a et plus bas, sur la même ligne, en caractères syriaques : « .\dam, prêtre, chorévêque et pape de Cliine. »
Lerédacteur afait usage, pourdésigner son œuvre, du caractère chou et il a en vue de recommander son impartialité comme historien : il rapporte et n'invente pas. King-tsing est donc bien le compositeur de l'inscription et non point son simple traducteur, en ce cas il eût fait usage du caractère fan. De plus, il est l'auteur de toute l'inscription, car le mot chou attribué à la lin de l'inscription dénote toujours et exclusivement l'œuvre matérielle du copiste ou du calligraplie. Ces deux rôles de l'auteur et du lapicide sont soigneusement distingués dans les monuments épigraphiques; d'ordinaire, ils sont remplis par deux personnages distincts, mais il va de soi qu'un même individu peut assumer ce double titre.
King-tsing, nom de religion, signifie» Lumière et pureté » ou « Illustre pureté ». Les nestoriens s'étaient soumis à l'usage des religieux bouddhistes, qui remplaçaient leur nom porté dans le monde par un vocable unique composé ordinairement de deux caractères, souvent précédés du caractère chc pour mieux accentuer leurs attaches à la religion. Les moines nestoriens n'avaient point adopté de préfixe analogue; mais nous voyons que plusieurs d'entre eux avaient fait du caractère king le premier de leur nom de religion. Ainsi, outre le nom de King-tsing nous relevons sur notre stèle les noms de King-t ong, de King-fou.
Une récente découverte, due à M. J. TakaUusu, nous renseigne sur la personnalité et sur les travaux préférés de King-tsing. « Prajna, bouddhiste de Kapis'a, fit voyage à travers l'Inde centrale, puis par Ceylan et les îles de la mer du Sud, il arriva en Chine, où il avait entendu dire cjue se trouvait Manjus'rî. H arriva à Canton et passa aux provinces du nord en 782. En 786, il rencontra un de ses parents qui était venu en Chine avec lui. Il traduisit avec King-tsing, prêtre persan du monastère de Ta-ts'in, le Shatpârandtâ sùlra d'après un texte hou en 7 kiuen. Mais parce qu'alors Prajna n'était familier ni avec le langage hou, ni avec la langue chinoise, que d'autre pixrt King-tsing ignorait le sanscrit et ne comprenait pas l'enseignement de S'àliya, bien qu'ils prétendissent avoir traduit le texte, en réalité ils n'avaient point obtenu la moitié de ses gemmes; ils recherchaient un vain nom sans souci de l'utilité publique. Ils présentèrent un niuinorial au trône dans l'espoir d'obtenir la propagation de leur œuvre. L'empereur (Té-tsong, 780-804), doué de sagesse et d'intelligence, et qui honorait la règle de S'âl<ya, examina ce qu'ils avaient traduit et trouva que les principes étaient obscurs et l'exposition diffuse. Un samgliàrâma ' de S'âkya et un temple de prêtres de Ta-tsin différant de coutumes et étant opposés de pratiques religieuses, King-tsing devait propager la religion du Messie et les s'ramanas faire connaître les sûtras de Bouddha... '. »
Ainsi, le prêtre King-tsing, au dire de Yucn-tchao,
^ Pautiiier, L'inscription syro-ctiinoisey Préf.. p. i-ii. — = H. Havret, op. cit., p. 221-222. — » H. Havret, op. cit., n. 20, p. 35. — * Legge, The nestorian moniuncnt of Usiiin-Fu, London, 18S8, p. 5, 25, 42. — ' Noiwenii.v mémoires, Paris, 1696, t. ii, p. 205 — • ".Monastère de bonzes. —
'.J. Talialaisu, Tlw naine o/ • Mesainh ' found inabuddiat book, the nestorian missionarii Adam, presbyter, papas o/ China, trim.^lating a buddist sùtra. dans Toung-pao, décembre 1906. Je cite le 1'. Havret, I.a stèle cim'tienne de Si-ngan-foit, n. 20, p. 5-6.
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fut censuré par édit impérial pour son travail insuflisaiit dans la traduction d'un sùtra. Cette censure fut un peu postérieure à sa composition transcrite sur la stèle; peut-être dès lors fut-il plus modéré dans ses éloges dithjrambiques à l'égard de la sagesse impériale. Quoi qu'il en soit, ce texte nous renseigne utilement sur le tour intellectuel des préoccupations et des travaux du rédacteur, sa connaissance de la littérature bouddhique. La vaste érudition chinoise que suppose la composition de la stèle n'est point une difficulté sérieuse contre la nationalité étrangère de King-tsing qui se sera fait aider par quelque lettré indigène, plus soucieux de se procurer une pitance que de faire graver son nom.
« Les premiers traducteurs de la stèle ne se sont point préoccupés d'une question aujourd'hui résolue : convient-il d'identifier King-tsing avec le prêtre .\dam, de l'inscription syriaque? A première vue. la réponse semblait plutôt négative, car. bien que placées approximativement sur la même ligne verticale, les deux mentions ne sont point, comme on l'a dit, a à côte » l'une de l'autre : un intervalle de 3G centimètres exactement les sépare. Et cependant, il n'y a pas à hésiter, c'est bien du même personnage qu'il s'agit, comme le démontrent clairement les textes parallèles de l'inscription. Eu effet, toutes les personnes appartenant à la hiérarchie ecclésiastique qui paraissent sur la stèle avec un nom chinois de religion sont immédiatement désignées par leur nom et leurs titres syriaques; le patriarche Hananjesu luimême n'a pas échappé à cette loi. Ceux-là seuls n'y ont pas été soumis, dont le nom chinois n'était qu'une translittération chinoise de leur nom syriaque, comme cela se voit dans le corps même de la Préface. Si, pour King-tsing, l'écrivain a laissé un espace notable entre les deux vocables, c'est qu'il désirait donner de plus justes proportions aux deux parties d'une ligne trop maigrement remplie '. »
La traduction du texte syriaque est identique chez Assémani, Legge, Lamy et le P. Cheildio; on ne saurait donc mettre en doute une lecture qui peut être considérée comme certaine.
XVIII. L.\ D.\TE. — Il Selon le texte syriaque, le monument a été érigé l'an des Grecs 1092. C'est, écrit Mgr Lamy, la manière de dater communément reçue chez les Syriens. L'ère des Grecs ou des Sél^ucides commence au 1'=' octobre de l'an 312 avant Jésus-Christ, de sorte que l'an des Grecs 1092, correspond à l'an 780-781 de l'ère vulgaire; il commence au mois d'octobre 780 et finit au 30 septembre 781. Il n'est pas dit dans le texte syriaque à quelle époque de l'année la pierre a été érigée, mais le texte chinois nous l'apprend. C'est à la fête du « grand Hosanna , c'est-à-dire à la fête que nous appelons le dimanche des Piameaux. En 781, le dimanche des Rameaux tombait le 8 avril. C'est donc le 8 avril 781 que le monument a été érigé ^ »
Le texte syriaque est d'accord sur ce point avec le texte chinois et même il présente un synchronisme bien précis : « Au temps où Hanan-Jésus était catliolique patriarche. » Il s'agit ici de Hanan-Jésus 1 1 qui gouverna l'Église nestorienne de l'an 775 à l'an
^ H. HavTet, op. cit., p. 7. C'est ce même souci des proportions matérielles qui me semble avoir fait rejeter sur la droite l'écriture s>Tiaque : la stèle n'étant point exactement rectangulaire, il s'agissait d'atténuer l'effet moins agréable que devait causer la juxtaposition d'ujie hgne verticale de caractères et d'une arête de trapèze légèrement oblique. — - Lamy, Le monumetit chrétien de Si~ngan-foiif dans Mémoires, t. Lin, p. 89. — ' Assémani, BihlioVieca orientalis, t. m, part. 1, p. 157; part. 2, p. 558-559; la démonstration est complétée par Lamy, op. eil , p. 90. — ' J.Guidi, dans Zeilschrijt d. deutscit. nwrgciilundisclien Ccsettschajl,
780 ^ Hanan II fut d'abord évéque de Laschoum et succéda au patriarche Jacques, le 31 octobre 775 '. Ici se présente une difliculté sur laquelle on a beaucoup insisté. Le texte syriaque, d'accord avec le texte chinois, place l'érection de la pierre le 8 avril 781. Or, selon les deux Assémani et ceux qui les ont copiés, Hanan-Jésus n'aurait occupé le siège de Séleucie que quatre ans, de 774 à 778. Il était donc mort depuis trois ans lorsque le monument fut érigé. Cette difTiculté chronologique fut présentée comme un argument irréfutable par les adversaires de l'authenticité de l'inscription. Renaudot et les deux .\ssèmani répondirent que l'immense distance entre Séleucie et Singan-fou expliquait sans peine l'ignorance où l'on était en Chine de ce qui se passait en Syrie, surtout si l'on considère les déserts et les montagnes qu'il eiit fallu traverser pour venir des bords du Tigre, à travers la Perse, le Chorassan et le Turkestan, par Kaschgar et la Tartarie, jusqu'au Chen-si, pour y apporter une nouvelle aussi peu intéressante.
' Cette réponse suffisait; mais de nouveaux documents sont venus couper court à toute discussion. D'abord il faut remarquer, chose qui a échappé aux deux Assémani, que l'écrivain arabe Amrou fait commencer le patriarcat de Hanan-Jésus en l'an 1085, le prolonge jusqu'en 1091 et le fait durer, non quatre ans, mais six ans : de l'an de J.-C. 774 à 780, ce qui diminue de deux ans l'intervalle qui sépare la mort de Hanan-Jésus de la date de l'inscription. Il est vrai que Grégoire Bar-hebraeus, dans sa Chronique ecclésiastique '. ne laisse Hanan-Jésus en fonctions que quatre ans; mais il ne dit pas en quelle année il a commencé ni en quelle année il est mort. Élie de Xisibe supplée à son silence. Ce chronographe, connu par son exactitude, d'après les Annales des métropolitains (le Xisibe. de l'année 159 de l'Hégire, commençant le mardi 21 octobre de l'an des Grecs 1087 (775 de notre ère), dit : » En cette année, Hanan- I Jésus, évêque de Laschoum, fut élu et institué ca- 1' tholique «. « Ainsi Hanan-Jésus fut nommé kalholicos des nestoricns, non pas en 774, mais en 775-776. Ensuite, à l'année de l'Hégire 163, commençant le mardi 17 septembre de l'an des Grecs 1090 (779 de notre ère), il dit : < En cette année fut institué kalholicos ïimotlrée, le dimanche 27 schaban (11 avril 780)'.» Comme Hanan-Jésus a eu. d'après Grégoire Barhebraeus, quatre ans de pontificat, il est donc mort l'an des Grecs 1091, probablement dans les premiers mois de l'an 780 de Jésus-Christ, et non pas en 778, comme on l'a cru après Assémani. Puisque Hanan- Jésus est mort au commencement de l'an 780, il n'y a assurément rien d'étonnant à ce que la nouvelle de sa mort ne fut pas parvenue à travers la Perse, le Chorassan et toute la Haute-.\sie jusqu'au Chen-si, le 8 avril 781 K »
XIX. Le dédic.\.nt. — En bas, hors de l'encadrement, on lit en syriaque : « L'an 1092 des Grecs (780-781 de notre ère). Mar lezdebouzid, prêtre et chorévèque de Koumdan, ville royale, fds du bienheureux Milis, prêtre originaire de Balk, ville du Tocharistan, a érigé cette table de pierre, sur laquelle sont gravées la vie de Xotrc-Sauveur et la prédication de
188'J, t. .XLiii, p. 396-399. — ' Grégoire Bar-hebrseus, Chron. eccles., sect. ii, col. 1 : Jacob catholicus, munere funclus annos jix, obiii eiqne successit Anan-Jesus secundiis Dakukœ episcopus. Ordinalus est Seleuciœ opérée. Isse pliarmacopoUe til, posiqucan annos quatuor in munere eiegisset, Je/unctus esl. — ' Grégoire Bar-hebrœus, op. cit., sect. ii, note 1. L'année de l'hégire 159 commença en réalité le 31 octobre 775. Le comput d'Élie diffère de quelques jours. — ' Grégoire Bar-hebrseus, op. cit., col. 165, note 1. Le 27 schaban de l'an 163 est le 11 a\-ril 780, mais ce n'est pas un dimanche — 'Lamy, op. cil., p. 96-97.
DICT. DAKCHEOL
LETOUZEY et ANE, Editeurs