‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 284 sur 303 · CHOUETTE · texte numérisé non relu

CHOUETTE

clircUcnnc, et qui néanmoins y lient une place dont il importe de bien préciser le sens. Pas plus que les |)aïens, leurs contemporains, les fidèles n'étaient à l'abri des superstitions qui avaient envahi la société antique. Ils s'en défendaient et néanmoins ils ne parvenaient pas à s'en alîranchir tout à fait. La croyance au mauvais œil était, nous l'avons montré (voir -amulettes), une de celles qui ont le plus troublé nos pcres>; or,en certains cas, le mauvais œil se compliquait d'une chouette perchée sur lui. Nous en avons un exemple dans une mosa'i'que trouvée à Rome, eu 1889, au seuil de la salle de réunion d'une confrérie de dendrophores*. .\ côté d'une inscriptionsouhaitant bon accueil à tous ceux qui se présentent pour entrer, on voit une représentation ayant i)our but d'écarter du lieu en questiontoute influence maligne. Le mauvais œil surmonté de la chouette est attaqué de toutes parts. » Un trait, lancé par une main invisible, l'a transpercé, et une horde de bêtes l'entoure : le serpent darde vers lui son aiguillon, le scorpion arrive en rampant, la corneille ])erchée sur un laurier et le corbeau, les plumes hérissées, s'apprêtent à le béqueter. le cerf fonce sur lui, tète baissée, la lionne s'élance. et l'ours, et la chèvre, et le taureau^ «Cette coalition n'est pas ici un monument unique en son genre, encore que les dimensions permettent d'introduire plus de netteté et moins de confusion entre les types; nous rencontrons cette insurrection générale contre le mauvais œil sur des médailles grossièrement frappées, mais la présence de la chouette y est peu commune, pour ne pas dire sans exemple, ainsi perchée sur le mauvais œ"il.

Différentes explications ont été proposées, les unes sans fondement dans les faits, les autres contredites par les textes ou par les monuments. Tout d'abord, il est absolument gratuit de voir dans la chouette un symbole de Cybéle; il ne l'est pas moins d'en faire l'oiseau de Minerve, signe de bon augure. Et en ce cas, ennemie du mauvais œil, elle ne prend cependant aucune part active à l'assaut qui lui est donné; si, au contraire, elle parait comme associée du mauvais œil, connuent se fait-il qu'aucun des assaillants de l'oculus ini'icliosus ne semble s'occuper d'elle et lui donner la chasse'? Si elle est associée au mauvais œil, sufflra-t-il d'en donner pour raison que la chouette est un oiseau nocturne et funèbre? L"ne idée lugubre s'attachait à elle. Virgile nous ap|)rend que les Romains croyaient qu'une chouette (biibo) venait se poser sur la maison de celui qui allait mmuir ' :

Solaqtie ciilminivn.', /crali carminé biibo Sœpe qiieri et longai in fleliim liiicere voces.

Saint Isidore de SéviUe, ce conlhient des traditions et des récits de son temps, désigne ainsi la chouette : bubo, avis fcralis in sepulcris die noctiiqnc l'ersiilur '.

De même qu'une idée de chance est inséparable du fer à cheval que les gens des campagnes clouent sur la porte de leur demeure ou de leur remise, de même une idée funeste continue de s'attacher à la chouette et, pour rompre le charme, empêcher la vertu malfaisante, on ne trouve rien de mieux que de clouer le cadavre de la chouette à la porte d'une grange. Ainsi, croit-on, le péril est conjuré, le Malin n'osera rien entreprendre contre une maison qui est venue à bout de lutter et de vaincre son propre symbole. Car il est clair qu'on ne sépare pas le Malin lui-même du symbole qu'il adopte ou même de la forme diuit il se revêt pour nuire.

' O. Jahn. Ueber den Aberalnnben des bosen Blicks bel den Allen, in-S", Dresde, 1S55. — - BienkowsUi, .1/atocc/iio, dans Eranos Vindobonensis, Wien, 1S93, p. 285-303. Cf. Revue des études grecques, 1903, p. ô3; Jahresbe/le. t. vi, p. 23; P. Perdrizet, Le jolk-lore de la cliouelle dans Fantiquilc, dans le Bull, de la Soc. nal. des anliq. de Fiance, 1903,

Nous avons la preuve de ce fait dans une amulette qui offre des accointances évidentes avec les sectes gnostiqucs. Il s'agit d'une petite plaque au droit de laquelle on voit une chouette ; autour de cette chouette, un cercle formé par sept étoiles et un mot de sept lettres : DOMINVS. \u pourtour, cette inscription : BICIT TE LEO DE TRIBVS IVDA RADIS DAVIT

Cette légende continue au revers :

IESv|sTVS

LIGABIT TE BRA TIVS DE! ET SIGIL j LVS SALOMONIX

I ABIS NOTTVRNA

I NON BALEAS AD

ANIIVIA PVRA ET SVPRA QVIS VIS SIS

Cette conjuration s'adresse à la chouette figurée sur l'amulette. L'oiseau néfaste est environné de sept étoiles et du nom même dU" Seigneur -. Ensuite on lui crie : Il t'a vaincu, le lion de la tribu de .Juda, le rejeton de David, Jésus-Christ, le bras de Dieu, t'a lié, et le sceau de Salomon. Oiseau nocturne I puissestu ne jamais arriver jusqu'à l'âme pure, ni dominer sur elle, qui que tu sois '. '

Ainsi la chouette n'est que la forme redoutable de quelque puissance mystérieuse : Qui que tu sois.

Les mœurs de la chouette, son aspect bizarre et terrifiant, son regard surtout, l'impression pénible qui s'attache à elle, à son vol. à son cri, tout cela a pu et a dû concourir à amener l'identification qu'on a faite d'elle et du diable. Mais elle n'est pas seulement le déguisement préféré du démon, car celui-ci n'est pas seul à se changer en chouette. • Les sorcières, qui tiennent du diable leur puissance, l'imitent en tout, et aussi quand il s'agit de se déguiser: c'est pourquoi on les appelle les slriges. c'est-à-dire les orfraies : strigcm, ut ail Verrius, Grieci TT^i-nx appcllant quod niiileficis mulierihus nomen iiuliluin est quas volaticus etiam vacant. Ainsi, non seulement les chouettes assistent aux scènes de sorcellerie et de magie — comme on le voit, par exemple, dans V Ibis d'Ovide — mais parfois la chouette dont le vol vous effraie la nuit n'est autre qu'une sorcière déguisée qui se rend au sabbat : c'est en bubo que se métamorphosait la sorcière thessalienne dans le roman milésien de l'Ane. » C'est pourquoi l'amulette à l'effigie de la chouette, cjue nous venons de rappeler, se termine, suivant la prudente coutume des adjurations anciennes, par un Qui que lu sois. Désigner un personnage par sou nom propre était une maladresse, car, pour un génie malfaisant écarte — et qui ne songeait ])eut-être pas à vous nuire — vous aviez tous les autres, sauf celui-ci, qui, ayant le champ libre, allaient vous persécuter. Quis vis sis s'adressait au premier venu, quel (pi'il fût, et le réduisait à l'impuissance.

H. Leclerco-

CHRÊME. Voir Huiles (Saintes).

CHRÉTIEN. — I. Textes littéraires. IL Textes épigraphiques. III. Bibliographie.

I. Textes littér.\ires. — < L'heure où une créalion nouvelle reçoit son nom est solennelle, car le nom est le signe définitif de l'existence. C'est par le nom qu'un être individuel ou collectif devient luimême et sort d'un autre. La formation du mot

p. 161-170. — ' P. Perdrizet, op. cit., p. 165. — ' Virgile. Enéide, 1, IV, vs. 462-463. — 'S. Isidore, Etijmoloriia; 1. XII, c. VII, n. 39, P. /.., t, Lxxxii, col. 464. — 'De Rossi, Bull, di arcb. crisl., 1869, p. 62. Heim. qui a réuni les Incantamenta mugica grseca, lalina, dans Jahr. /iir Pliihl., Suppl.. t. XIX. p. 465 sq., a négligé ce petit monument.

liG6

clvélien marque ainsi la date précise où l'Église de Jésus se [distingua] du judaïsme. Longtemps encore on confondra les deux religions; mais cette confusion n'aura lieu que dans les pajs où la croissance du christianisme est, si j'ose le dire, arriérée. La secte, du reste, accepta vite l'appellation qu'on avait faite pour elle et la considéra comme un titre d'honneur'. Quand on songe que, dix ans après la mort de Jésus, sa religion a déjà un nom en langue grecque et en langue latine dans la capitale de la Syrie, on s'étonne des progrès accomplis en si peu de temps. Le cliristianisme est complètement détaché du sein de sa mère; la vraie pensée de Jésus a triomphé de l'indécision de ses premiers disciples; l'Église de Jérusalem est dépassée; l'aramécn, la langue de Jésus, est inconnu à une partie de son école: le christianisme parle grec; il est lancé définitivement dans le grand tourbillon du monde grec et romain d'où il ne sortira plus ^ » Ce tut à Antioche que le nom nouveau fut formé. Jusqu'alors, les adhérents s'étaient désignés entre eux sous des vocables vagues : croyants, fidèles, saints, frères, disciples'; il leur manquait un nom officiel et public. Celui de Galiléens était un sobriquet peut-être dès lors en faveur parmi certains Juifs mais qui ne « prenait > pas. On s'avisa alors d'une forme nouvelle et le nom chrislianus fut formé : i-;évô-o cï aJTot; v.a\ èv'.a'jTÔv o>.ov (7*jva/6T|va: Èv r/j £xx"Ar,»7ta xal 5:5i;at fjyjo'j îxavôv, -/pYiiiaxiTai -b TiptoTO); èv 'A^i-ioyiii TO'J; [iaQr.Tàî ■/.piaTtavtjijç*: «et ils demeurèrent une année dans cette Église (d'Antioclic), et ils instruisirent une foule nombreuse; de sorte que ce fut à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés clirètiens. « On sait que la terminaison anus est particulière au latin ', ce qui suggère l'idée que le nom ctiristianus fut créé par l'autorité romaine comme appellation de police^. 11 est certain, en tous cas, qu'un tel nom fut formé par la population païenne. 11 renfermait un malentendu, car il supposait que Christus, traduction de l'hébreu Masclnah (le Messie), était un nom propre '. Plusieurs même de ceux qui étaient peu au courant des idées juives ou chrétiennes devaient être amenés par ce nom à croire que Clirisios ou Clircstus était un chef de parti encore vivant. La

' I Petr., IV, IG; .lac, ii, 7. — = E. Renan, Les apôlres, in-S", Paris, 1866, p. 23,'j-2;S6. — ' 'ExAivro , Rom., vm. 33; XVI, 13; Coloss., m, 112; II Tim., il, 10; à,.,,, Rom., VIII, 27; .vv, 25; =;5ti,, Ephes., i, 2; Coloss., i, 2; ■j.a.D-r-.a.i, Act., IX, 26; XI, 29; - c^i>,vtî;, Act., v, 14; ^',,, Ui-,, " ceux de la voie », Act., .xi-\, 9, 23; xxii, 4. — * Act. apost., XI, 20. — ' Aurel. Victor, iîpitome,c. xxxix : Diocletianus, donec imperitim siimeret. Diodes appeîlatus, ithi nrbis Romani potentiam co^pit, Graitim nomen in Romanttm morem convertit. — ^ Cette désinence indique liabituellement les partisans ou les imitateurs de quelque homme célèbre : C'a'sariani, Pompeiani, Ciceroniani, Sertoriani, Cassiani, Brutiani, Vitetliani, Flauidni. Il est \Tai qu'on trouve '.x^îavj;, Act., XX. 4; Philon, Legatio, c. .xxxvi, mais c'est un latinisme habillé à la grecque. Le dérivé hellénique de /fur:;; eût été /5>Ti!',:. Il ne sert de rien de dire que la terminaison anus est une forme dorique du grec /..•>;; on n'avait nulle souvenance de cela au premier siècle. — " Tacite, Annal., XV, xi-iv, le prend ainsi. — ■ Corp. inscr. grœc., t. II, n. 2883 (1; t m, ii.3857 (;,3857 p, 3865 l; Tertullien, .Ipo- Ioget.,c. III : ...pcrpcrani cbrestianiis pronuntiatur a tmbis, nam nec noniinis ccrta est notitia pênes vos... — ' Harnack, Mission und Ausbreitung, 2' édit., 1. 1, p. 348. — '» P. BatiJfol, L'Église naissante et te catholicisme, in-12, Paris, 1909, p. 23, note 3. — "I Petr., iv, 16 : il il i; ■/^■.•j-.ttt-.i:, :»>, al„- /jviïju, S'.HKÎiTi Si Ti, 6iiv i-': Tû iyi:j.a-\ T'.iT».. Il cst Certain que ce ne furent pas les chrétiens qui se donnèrent ce surnom; le /sr.aaTTa: de Act., XI, 26, s'oppose à cette explication. — "Act., XXVI, 28. Cf. J. Hastings, A dictionarii 0/ i/ic Bible, Edinburgh, 1900, t. i, p. 385; .1. B. Lightfoot, Aposlolic Fatliers, Ignatius, I . i, p. 418. note 2. — " Théophile, -Id .li/di/ycuni, i. 12, témoigne qu'en l'an 180, dirétien y a encore une signification ridicule ; r.cf^ toj c* -/«Ti-

prononciation vulgaire était en effet chrestiani '• Dans le texte de Tacite : quos vulgus civistianos appellabat, une revision récente des manuscrits a montré qu'il faut lire clireslianos '. Tacite a voulu dire que le vulgaire disait chrestiani, tandis qu'en fait le fondateur de la secte s'appelait Cliristus '".

Les Juifs, en tous cas, n'adoptèrent pas. au moins d'une façon suivie, le nom donné par les Romains à leurs coreligionnaires schismatiques. Us continuèrent d'appeler ceux-ci - Xazaréens >. La populace d'Antioche accueillit le mot nouvellement formé, mais ce fut pour en faire un terme de mépris et d'insulte, au point que les fidèles semblent ne s'être décidés à l'accepter qu'après que saint Pierre eut exhorté à tenir non à opprobre mais à honneur un nom qui rappelait l'onction divine de Jésus ". Nous trouvons le mot chrétien une seule fois employé dans le Nouveau Testament, quand Agrippa répond à saint Paul : « 11 ne s'en faut guère que vous ne me persuadiez d'être chrétien ". • et le prince attachait probablement à ce nom la même signification désobligeante que le peuple d'Antioche. 11 en sera encore longtemps ainsi dans cette \ille''.

Quand fut imaginé le mot christ ianus'! Nous ne pouvons assigner une date fixe, néanmoins il semble que ce fut avant la persécution d'Hérode ", probablement entre les années 40-4'2; mais ce point de chronologie reste à débattre.

Le mot chrislianus devait faire fortune et, tiraillé, déformé, reconnaissable quand même, partout et malgré tout, il servit à désigner les disciples de Jésus en tous temps et en tous pays. Forgé pour une raison toute pratique, la nécessité de marquer et de classer la multitude d'adhérents groupés par les prédicateurs à Antioche, le mot passa immédiatement en usage. Dès l'an 64, le populaire s'en servait couramment : quos vulgus clvestianos appellabat'''; avant l'an 79. une inscription gravée à la pointe sur une muraille de Pompéi permet de supposer la lecture IIRISTIANI'': entre ces deux dates, l'épître de saint Pierre aux communautés d'Asie -Mineure nous apprend que l'épithète de « chrétien > était communément employée dans ces parages'"; enfin un témoignage'», fort discuté

Yï'.Sv ;jioJ -.<a/.r,tî/Ta ;ji£ X6:(r:;«vôv, oyx oTSa; o î.£;-i;;. '* Act., .\I,

27; XII. 1 : è, t^jt»'.; t'v~; r,;jiî&«t;, et yar" i/îT-^ov tôv •xa::.''r..

'^ Hausrath, Xeiu Tcstiunent times, trad. angl., 1895, t. n, p. 211, 212, dit que le sobriquet de clirestiani ne parut pas avant le règne de Trajan. Le texte de Tacite, .-InnaZ., 1. XV, c. XLiv, avec son appellabat, montre assez que cette opinion est insoutenable. Tacite ne dit pas qu'au temps où il écrit on les appelle ainsi, mais au temps des événements qu'il rapporte; d'ailleurs il est possible qu'il fût à Rome en 64, en ce cas ce serait un témoin auriculaire. Suétone, qui écrit quelques années après Tacite, désigne également les victimes de l'an 64 sous leur nom de cliristiani, Nero, c. xvi. — '^ V. Schultze, dan» Zeilscltrift fiie Kirchengeschichle, 1881, t. iv, p. 125 sq. ; Friedlander, Darstellangen ans der Sitlcngeschichle Roms, i>' édit., t. m, p. 645, note 3; C. F. -\rnold, Xeronisehe Ctiriste-werfolgung, p. 54; Corp. in.scr. lat., t. IV, n. 679; l'original a disparu, on n'a que la transcription de Kiessling. Nous reviendrons sur cette inscription à propos de Pompéi. Voir ce mot. — ''I Petr., iv, 16. — "FI. Joséphe, Antiq. jud.L XVIII, c. ui, n. 3 : iIctit: -:. -.z, -..r,:

/piTT-.a.'ùv îtT.rj TOjôt .o ,',;iaT;xivwv r,^x £-;).'.n: Tô =v>.'>v. FI. Josephi

Opéra, édit. Nicse, Berlin, 1892, t. m, Introd. ; G. A. Mûller, Christus bei F. Josephusi C. .\rnoId. -V.V-V epistolie de F. Josephi testinionio quod .Jesu Cltristo tribuit. 1061; C. Daubuz, Pro testimonio Fiw. Josephi de Jesu Cliristo. 1706; F. H. Schœdel, FI. Josephiis de Jesu Clu-islo tc.'itatus. 184 I; Giescler. Lchrbuch der Kirchengeschichle, 1S24, t. I, 1). 1)5; Laiigen, dans Theol. Quartalschri/t, 1865, t. i; E. Schûrer, Hisl. o/ Jewish people, t. i, part. 2, p. 143 sq.: P. Wernle, Die Qucllcn des Lebens Jesu, in-l». Halle, 1904, p. 4; W. Bousset, tV(is loissen wir uon Jésus, in S". M;UIe, 1904, p. 16; P. BitilTol, Orpheus et l l'iuangilc. Cnniércnces données à Versailles, in-12, Paris, 1910, p. 3-22.

à la vérité, de Flavius Josèphe, ne peut être passé sous silence.

Si le mot Xp'.ffTtavô; ne se rencontre pas dans les écrits de Clément de Rome, de Barnabe, d'Hermas, de saint Polycarpe, de Tatien, dans les Homélies clémentines et les Récognitions, ni dans quelques autres très anciens débris de la première littérature chrétienne'; par contre, on le trouve comme un terme couramment employé dans saint Ignace de Smyrne et chez les apologistes : Justin, Athénagore, Théophile, Minucius Félix. On le rencontre également dans la lettre à Diognète. dans les Kerygmes de Pierre, dans la lettre des fidèles de l'Église de Lyon-Vienne, chez Irènée, Tcrtullicn et Clément d'Alexandrie; mais surtout, l'attestation la plus précieuse est celle de la Didachè qui nous montre que, dans certains milieux chrétiens, dès avant la fin du i*' siècle, le sens honorable préconisé par saint Pierre a prévalu : et cà &•>/. ïyt'. -iyyfyi , y.sL'k zry (TuvEfftv ûfiaiv TrpovoriTaT^, :rw^ fir, àpyôç he6' Oatôv i;r,<7£Tat XpiTTiavo; *. « Si le nouveau venu n'a pas de métier, que votre prudence avise à ne pas laisser un chrétien vivre oisif parmi vous. > A quelques années de là, en 111-112, Pline fait usage du mot christiani à plusieurs reprises, sans prendre la peine de s'expliquer et comme il y a lieu pour un terme dont le sens est fixé et connu de tous; il mentionne des individus qui, depuis vingt ans — ceci nous ramène à l'époque de la Didachè — ont cessé d'être chrétiens, et il s'enquiert si le nom seul implique une culpabilité : namen ipsum, si flagitiis carcat, an flagilia cohœrcntia nomini puniantur'. D'ailleurs, préjugeant la réponse impériale, il a condamné à mort ceux qui, par trois fois, se sont déclarés christiani; d'autres ont nié que ce titre leur fût applicable et ont parlé mal du Christ, ce à quoi un vrai chrétien ne peut se résoudre: d'autres avaient été chrétiens et ne l'étaient plus. On peut dire que. dès le temps de Trajan, lépithète de ■ chrétien > est généralement employée et entendue de tous pour désigner les fidèles de Jésus.

Dès lors le mot va s'appliquer à tout ce qu'on pourra vouloir lui faire dire. De l'adjectif -/pio-Tiavô; on formera le substantif ■/o'.'jz'.a-nap.ài et probablement le verbe qui semble intermédiaire y^in- T'.aviîc'.v, « vivre en chrétien », et que provoquaient des expressions parallèles d'un usage déjà ancien et répandu telles que lo-jca;;iiv. îo-.ôa'.^no; et i//.-f,vi:E:v, £>,AT,vi'7u.oi; *. Si le mot ■/pnjTtaviau.d; se rencontrait pour la première fois, en 155, dans le Martyrium Polycarpi =, on n'en pourrait rien conclure avec certitude pour la date vers laquelle il fut formé; ce qui nous est resté de la littérature chrétienne est trop peu de chose en comparaison de ce qui est ])erdu pour voir dans l'apparition d'un terme dans un document le témoignage de son plus ancien usage; mais nous trouvons déjà le dérivé -/pi^TtocviTixo; dans trois épîtres de saint Ignace aux Magnésiens ', aux Romains ' et aux Philadelphiens % et le même écrivain emploie parfois le mot adjectivement, par exemple ypiariavr, -poyr, '.

Tacite, avons-nous dit plus liaut, aurait fait en

' son temps la distinction entre le parler correct et le parler populaire, le vulgus qui, sans y regarder de

I plus prés, disait cliresliani, tandis que, pour être logique et rappeler que la secte se réclamait du nom de son fondateur, il eût fallu dire chrislicmi. C'est possible, encore que discuter d'un e ou d'un ;, à la distance où nous sonunes, puisse paraître un peu outrecuidant. Quoi qu'il en soit, Suétone écrit tout net : Judseos impulsore Chreslo assidue tumulluantis Roma [Claudius] expulit^" et on s'est demandé s'il est question du Christ ou de quelque personnage nommé Chrestos ". C'est à l'identification du Christ avec Chrestos que nous nous rallions, pour notre part, et nous en donnerons les raisons ailleurs; ici, et pour l'instant, il n'est question que de phonétique. Or, il est absolument hors de doute que Christus et Chrestiis, christiani et chrestiani ont été employés indifféremment par les auteurs profanes et les auteurs chrétiens des deux premiers siècles de notre ère'^ Le codex Sinailicus, dans les trois passages du Nouveau Testament : Act., xi. 26; xxvi, '28; I Petr.. IV, 16, écrit •/pr,'7Tiavû;; et nous retrouvons 'Ir,(7oO; Xp/-,(jTû; sur un papyrus magique égyptien ", IHCOYwi XPHCTE sur une amulette", 7pr,<7Tiavo,- ou ■/ûr,rjz::iyr, sur des épitaphes à Syracuse »=, d'Asie Mineure '=, de Syrie, par exemple " :

CYNArCOrHMAPKIGONICTCON KCùM AEBABCON TGYKY-KAI CPIH XPHCTOY

S-jvaYMyr, Map/.;tû-/'..T-:wv y.w|j.(ïic) AeSiSwv toC y.-jç,(io-j)

v.x: (a'WTÎi)p(o;) 'Ir)(i70û) XpT)i7To-j.

Avec ces monuments nous sommes assurés d'avoir des graphies vraiment anciennes, ce dont on n'a pas la garantie pour les leçons manuscrites, notamment celles de Tacite, Suétone. Pline, Marc-Aurèle, Lucien, dont les ouvrages ont été si souvent recopiés et corrigés. Ce qui paraît clair, c'est que la forme Chrestos et la forme Cliristos ont existé longtemps parallèlement. Justin le Alartyr emploie la seconde forme dans son Dialogus ciim Trypiione destiné à la polémique juive, la première dans ses Apologiœ destinées aux pa'iens'*. Mais comme nous avons vu que le sobriquet christianus fut formé d'après la croyance des fidèles à Christus, peu importe, somme toute, la corruption d'une lettre, d'un i en e. Ce fait du rattachement de cliristianus à Christus ne fait pas de doute pour les plus anciens auteurs. Aristide écrit : oi -/pi^Tiavo'- YîvsaXoyciijvTïi aTto 'I/-,(;oC Xpiuro-j". Saint Justin n'est pas moins formel : xai ôtI toî; si; a-j-'a-i hicteOo-jcîv. (i; oiai p.ti "j/u/ïj y.ai nii (j-jvy.v(ay}] zal |i'.i âxy.).r,aia, 6 ).ûyo; ToC 8S0-J Xeyî'. w; 6*j"a7p:, Tv; é/.x>.ïj<T:a tïj è; ôvô- [jaio; a-jToO yïvoixÉvTj xa'i ^lETaG/^'j-rri to*j ôvoaaToç a-jToù (.■/o:'7-:xio: "xç: -i-i-t; y.x'i.o-^p.i'tx)-°. C'est à ceux qui croient en lui. lui sont unis dans une même âme, une même synagogue et une même église, que le Verbe de Dieu parle comme à sa flUe.à l'ÉgUse, qui est constituée de par son nom et participe à son nom — car tous nous nous appelons chrétiens. >. Et Tryphon répond ; « Soit ! que vous autres des nations vous le reconnaissiez comme Seigneur, Christ et Dieu, selon que

' R. A. Lipsius, Veber den Ursiininr/ imd den àllesten Gebrauch des Cliristennamens. Grululalionssdiri/l derllieolog . FitcullalJena, 1873, p. 0-10. — -Didachè, xii, 4, édit. Lightfoot, TheaposlolU- Fathers,Revisedtexts,l.ondijn, 1891, p. 223. — = Pline, Episl., 1. X, 96. — * II Mach., iv, 13; II Mach., II, 21:xiv,38. — ' Martyrium Pohjcarpi, ex. — « S. Ignace. Ad Magnes, c. x. — ' S. Ignace, Ad Roman., e. m. — * S. Ignaee,.ld Philadelph.,c. vi. — 'S. Ignace, Ad Traî .,c vi. — "■ Suétone, C/aiidii Dita, c. xxv. — "De Rossi, Bull, di arch. clu-isl; décembre 1865; Aube, Histoire des persécutions, t. I, p. 408; P. Allard, Hist. des perséc. pendant les deux premiers siècles, p. 19, note 2; en sens contraire, Weiss,

Die rômisclien Kaiser in ihrem Verltàltniss zu Juden und Clu-islen, in-8', Wicn, 1882. — '= F. Blass, \ph;;T[.\XOI- .XI'im.A.Nul, dans Hermès. 1895, t. x.kx, p. 465-470. — "Wessely, dans Abha.dlungen d. Wien Afcad, 1888,part. II, p. 75. — " Kaibel, Inscripl. grœc. Sicil. et liai , in-fol . Berolini, 1890, n. 2413.— '- Hnd.. n. 78, 154, 196: poui- 2, cf. n. 123, 604. — '<■ Corp. inscr. grœc, t. n, n. 2883 d, 3857 g p, et le plus ancien exemple avec est n. 3865 / de l'année 280. — " Le Bas-Waddington, Voyage archéologique, Paris, 1870. t m, part. 1, p. 582, n. 2558. — " Apolog., i, 4, 46, 49: Apolog., II, 6. — "Aristides, Apolog., il. — ='8. .Justin, Dial. c. Tryphonc, c. lxiii, 5, édit. Archambaull, 1. 1, p. 300.

les Écritures lindiquent, vous tous encore qui. de par son nom, avez droit de vous appeler clirétiens. » Origène dit de même : Oplo a Cliristi vocabulu muxcupari et hab:Te nomcn qiiod benedicitur super lerritm, et cupio lam opère qiiam sensu et esse et dici chrislianus'-. C'est au moyen d'un jeu par iotacisnie sur yprioToî que Justin dira à l'empereur Hadrien : - On punit les chrétiens pour le nom qu'ils portent, nom qui n'im])lique que des idées honnêtes. » Le goût du calembour était chose trop répandue au début de l'ère chrétienne pour que le mot Clirislus y pût échapper; d'ailleurs parmi tant de gens qui ne savaient

mÊÊ^^^m^

ni>U)T0TOKOCA0YKlG AICC

KAHPtueeOiSTO c nAPeen

HaOXJNAKAPOiMTaiT01>»6 TGAeCCeN TCTPA AIAOYKIA

JMH n exxriTH zuu HûYNo^e

£! eKTH0£GAOYAHueTeî

Tat€ ôçiTAmeweeTgcoN oycAi

AGKAnPOGTOJCnA?eeMOC êBAC UATHûeTÊKOVCACneYCeN/i^li

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CIcnACiynolHC ÇtvJAATOU INgfvjeJ A eAOYIClCT €Klvo/CI A\0\C]KI\\/^ t COCYWACKAH n lOAOTHA AO>0

xreicTiANoiAenANTecewe

2820. — Iiiscriplion de IV-ia.

D'après Miulieilungen des kaiserlicli-deutschen archàologischen Instituts, Atlienische Abtlieilung, 1908, t. xxxui. p. 14U. fig. 2.

ni lire ni écrire, beaucoup prononçaient à l'aventure, au petit bonheur; Tertullien prétend que les pa'iens ne savaient même pas le véritable nom et disaient cliresliaiius au lieu de cliristianus, probablement sans aucune intention injurieuse, du moins chez un grand nombre, et il ne manquait pas de dire comme Justin que cliristianus vient de -/yr^r.-riz, qui veut dire

' Origène, Honiil xvi, m Liicam, 1'. G., t. xui, col. 1840. L'explication d'Eusébe, D moiis/r. émiiu/., 1. I c. v, P. G.. t. x.xii, col. 41, n'a pas de portée. — = Tertullien. Apologeticum, c. m, P. L., t. i col. 28!). ■ — " Lactance, Dinin. inslit.. 1. IV, c. VI!, P. L., t. vi, col. 464. — ' L. Jalabert, EpigraphiCy dans A. d'Alès, Dictionnaire d'apologétique, t. 1, co.. 14')(i. — 5 p. Cuniont, /.es inscriptions chrétiennes de l'Asie Mineure, dans Mélanges d'archéolo iie cl d'Iiistiirc 1895, t. xv, p. 249. — • Uc Rossi, Inscripl. christ, urh. liomœ, in-tol. Rome, 1861, t. i, Proœn»., p. ex sq. — ' D;ms le C rp. inscr. grœc, il y aurait à discuter : 3857 g, p, 3865 i, l, 3872 6, c, 3890, 3902, 3902 /, n, o, r, 3962 6, 3963, 3980, 43S0 r, s, t; Le Bas-Waddinglou, Voyage arclléologique eu Giè:- et eu Asie Mineure, pendant les années 181 ici ;«/y.Piris.lS47-IS77.t.iii,n.l654,1703.1899. — ' Th. Wiogand, Inscliri/ten aus deni Levante, d-.msMillheilungen deskaiserlichdeulsclien arclumlogischen Instituts, Athenisdic Abtheiluug, 1908, t. xxxni, p. 146-147, u. 3. Hauteur

excellent : Sed et cum pcrperam clircslianiis pronuntialur a vobis, nam nec nominis cerla est notitia apud

vos DE SUAVITATK VEL BENIGNITATE COMPOSITUM -.

Lactance dit encore : Sed exponenda Imjus nominis ratio est propter iynorantium errorem,qui eum immulata titlera Ctireslum soient dicere '.

II. Textes épigraphiques. — Il n'est pas douteux qu'il existe des inscriptions crj-pto-chrcticnnes^; l'hésitation parait dès qu'il s'agit de les désigner =. Certaines expressions ont été de très bonne heure adoptées exclusivement par les fidèles, des symboles se rencontrent sur leurs épitaphes qui ne se retrouvent nulle part ailleurs «, néanmoins il y a eu tant de tâtonnenients dans la formation du style épigraphique chrétien que l'hésitation subsiste et, parfois, ne peut faire place à la certitude, et les te.xtes les jjIus anciens, par conséquent les plus intéressants, sont précisément ceux qui se distinguent le plus malaisément des textes païens. En réalité, ils restent le plus souvent confondus avec eux '.

-Vous n'avons ici qu'à nous occuper de quelques monuments rares et curieux sur lesquels on trouve ouvertement la mention de la profession du christianisme. En un temps où, connue nous le montrerons ailleurs, le seul nom clirélien constituait un délit IMiuvant entraîner la mort par le simple elïet régulier des lois existantes, on reconnaîtra que la profession de christianisme, même sur un tombeau, ne manquait pas d'une certaine crânerie. En elTet, comme nous le verrons par les formules en usage, ce n'était pas seulement la rehgion du défunt dont on faisait l'aveu très clair, c'était aussi celle des survivants qui avaient élevé la tombe. Une inscription non datée, de Thrace, mais que sa paléographie très ferme et ses formules invitent à placer avant l.i paix de l'Église, nous avertit que tous ceux dont on vient de lire les noms sont chrétiens (fig. 2820)».

' Ki évOiSï y.scvTai raîSs;' •ïrpwTOTOxoî AoC/.'.^, à'.t7<joi(i) 7."Ar|pw(i) 0£Ô2oTo;, — afÇlÉv<i(;| r, Ao[xva x'/./jûOv TptTov iHi* Ts>.£ua£v, T£7pâS: .Vouzta-

vr,, 7r£[J.3TTr, Zwy-, (J-jvo6£U- £1, £/.7r| 0£o5o-j/,r, |J.£TÉlIt- ~X 7£6£tTaî 7rEvO£T£mv 0-JTa v.où

oiv.x Ttpô; ToT;, itapOivo;, soSo- "10 fjLaTT, Ô£ T£V.o-j(7a a7r£Û<j£v :0£:v Traïoa; oOç a'JTi'f,): ■Kooi~z\j.'bi^j.

OtÇ TrâfJtV 7:01Y,(T£V ÀaTÔfACV £v63t-

6e .Vojy.;;, t£/.vo;; l&'oiui xat aC- Tâj(i), Tuv 'Aax).r,T:toôo-r,('.) x'/ôytù ■.) 15 Xp£i5T'.avo"t 6; sivtE; £■/£-

La restitution des vers dont on a eu l'intention de composer ce petit poème peut se faire d'après la

0"51, larg. 0"34, épaisseur 0»045. Cette stèle a été publiée par J. H. Mordtmann, Zur Epigraphili vnn Thrakien, dans Archœologischepigraphisclw MitUteilungen,\^l, p. 224, n. 59, et par A. Dumont, Inscriptions et monuments figurés de la Tltrace, dans Archiues des missions scienli/iqucs, 111'= série, t. m. p. 117-200, qui ne contient pas encore l'inscription insérée dans le mémoire refondu des Méiaitges d'archéologie et d'épigraphie, édit. HomoUc, in-8°, Paris, 1.S92, p. 395, n. 7433, avec cette note : M. Mordtmann parait n'avoir pas remarqué que l'auteur de l'épitaphe a lait ou plutôt prétendu faire des vers; mais la quantité, la mesure sont barbîU'craent violées presque a chaque vers; il y en a de trop courts et d'autres trop longs. On a corrige le vs. 10 en mettant L;:i.,;Aà-r, à l'accusatif. et en ajoutant le mot ir-r-- pfïiir rendre le sens clair et la phrase a peu près correcte; le mot --/s'ji-.o; doit être compris dans k' sens qu'y attacliaiciU les chrétiens. La stèle est marquée par Duniont-Homolle comme se trou- \'ant a Kauli-Liman, par Wiegand à Péni.

CHRi:Tif:N

transcription <jui int-cétU' en plaçant les coupures ainsi : 1 "El iv6..., 2 IIpwTOTo/.'j;..., 3 TtapOévo;..., 4 «ToiÔ!..., 5 ËxTT,..., 6 T.é'/f)..., 7 7iap6lvo;-.., 8 çneCç;v.... 9 oî; ^ÔG'.v..., 10 TÉxvoi;..., 11 ij'xj...

Parfois, la mention ne vise que le défunt ou la défunte : par exemple :

AncjJlA XA PITIOY XPei CTIANH CN GAAC KCIM Al

"*A-5ia XapiTÎo'j /pît<7Ttavr, âvOiSt y.ifu.a*. ^.

Dans la partie occiden'ale de la Thrace, prés de Phillppopolis, à Kararizi, une plaque de marbre de ImSSxOmôO porte deux inscriptions : la première en date est païenne; la seconde, qui lui parait de très peu postérieure, chrétienne. Deux femmes de la même "famille — les noms sont les mêmes — ont été déposées dans la même sépulture; mais elles appartenaient à des religions différentes. Ce marbre nous reporte à une époque où deux croyances opposées pouvaient vivre sous le même toit sans inimitié bien vive. Ce monument nous prouve, en même temps, que la prédication chrétienne avait fait d'assez bonne heure des prosélytes dans la partie de la Thrace la plus reculée. Cette vie fraternelle des deux cultes dans la même famille nous explique en partie comment les images païennes n'ont pas dû toujours inspirer une vive aversion aux imitateurs chrétiens. Évidemment Jes idées dogmatiques ne créaient pas un abîme entre les partisans des deux religions. Grâce à la tolérance ■des nouvelles doctrines, grâce surtout à la médiocrité d'intelligence des pagani, l'état des esprits dans ces villages devait être semblable à celui qu'on voit aujourd'hui encore dans certains cantons mixtes de la Roumélie, où, par suite d'une mutuelle ignorance, chrétiens et mahométans n'ont pas toujours conscience des différences qui les séparent.

Voici ce curieu.x monument- :

EIIV1E0EAICW2EINEAAHMENE TICnOOENEIMEIAAAIKlHC nATPIEElMITOYNOMAKYPIAAA OIKOAOMOYAAOXOE h EYKAAAIOYOEMEGANOY EAI\IEKPYH'ENOCIW...OIC

AOin;;:;^orEN

Sur la même pierre, inscription plus grossière, moins profondément gravée :

AY KYPHAAXPHCTIANH

niCTHACIMNHCTOC El fie 6£>'.;, w Etîvs, ûariaîVcIlTr';, ttoôev £Î[i£c', Aaôixiïî; 1| -iiTp[Yi]; eiu.:, TO'J'vojia KupO.Xa, i| oiy.oÊdiiOj à'Àoyo; 1! E-jxXa5îo*j, o; iis Ôavo-jJlTav £"/.p*j'!;îv 6<T:to[; tJq:; >.oi::[oî; à7caY]o[p]£[ûw]

et la chrétienne :

A-j(p-/)).io) K-jpr/a ypTiiîTiavri 7:i(7T7) àe:iivr,<7To;

^ A. Duniont. Inscriptions et monumenls fiyiirés de ta Thrace, dans Mélanges d'archéologie et d'épigr., p. 412, n. 86 n ;

'O Èv Kw.Tra-T;-ojro>.£; É>.Àr.vf/ô; =!>.'//.07[xi.; CJXÎ.r^vo;. n. 32, pi. III,

a. 11. Dumont cite aussi, p. 409, n. 84, sans indication sur ïa provenance ni la forme du monument : XoL:rr::z:r, '.\-:;La ]' ;,4o5[ tiiUa-.; ces deux inscriptions sont de Panidon. — ' Scordelis, dans II».5.fa, 15 mars 1866, p. 537; A. Dumont, Inscriptions et monuments figurés de la Thrace, dans Archives des missions scientifiques, IIP série, t. ni, 1876, p. 136, n. 53 ; réimprimé dans ^lélangcs d'archéologie et d'épigraphie, édit. Homolle, 1892, p. 339, n. 53; cf. p. 226; Kaibel, Epigrantmata grœca, 1878, n. 530. — ^ ^Mordtmann, Ztir Bpigraphil; von Trakien, dans Arch. epigr. Mittheil, 1884, p. 212, n. 29; lig. 4-5 : Nr.-6v:ii;àV,T.;, Nacoleia, dans la

A Selivri {= Sibimbria), nous rencontrons un « prêtre chrétien ' :

+ ENOAAE KATAKI TE ZCùZON nPEIBY TEPOZ XPIZTIANOI XOPIOY NH" OY ME 5 TAAHI YnO NAKO

AIAN MH nENniO EN ATH ENA lE EXI HPOZ TON

"f EvÔioE /.xiiy.m Dw^ov ■îtpeséJTEpoç ypi'TTiavb; y.op'O'j N^fa]o-j(?) (JiEyiXri; Otto Nay.o/,?av, !iii(vb;) niv- — o(-j) h àrr,(i), iv&(!y.Tiûvo;) :t'. "Ey: Tipb; tov [Oeôv

-V Athènes, nous rencontrons deux épitaphes portant la mention de christianisme, la première n'a rien de particulier, elle peut appartenir au iv« siècle':

-a[i5iTi; Iv- 6iSô xÏTai y.a'i Ar,!i(ipyv-,

Xp'.aTtavoi.

La deuxième inscription offre une formule intéressante ' :

BIKTOJPINOYTOYn iVlAYPOCTON MArCNe XPICTiANOC niCTOCeiC, TON TOnON 'N' ' j:.u1M CTOYC KA

D;xTwp;vo-j ToO ['AJrjLï'jpô; t'o ovojia vlvs^i] || yp:(r:!av'o; -io-t'o; si; 1| tÔv tô-ov àv[aîia-j(j£w;] (Bayel).

B;/.7wp!vti\j Toi[/,au.(TpoTi-o-j) (•?) -j'o;,] || JlaCpo; -o viov-a., Yéve[i 'AOrjvaîo; ('?)J || ypiirTiavà; ttktto;, si; [to-j- Tov] Il TÔv TÔ-nov iv[a7i]a[-:£Tat] || eto-j; y.[%\' (Dittenbcrger).

La restitution de Dittenberger est beaucoup plus vraisemblable et malgré l'intérêt qu'aurait la formule -,lvEi xpi(7T:avb;, celle qu'on lui substitue a pour elle la plus grande probabilité; il reste l'expression yptiTiavo; xcato; qui justifie la présence de l'inscription, gravée sur une plaque de marbre de l'Hyniette, dans notre petit recueil.

A Syracuse, dans une des catacombes, l'épitaphe de OeOACOPOI O XPIZTIANOZ* et celle d'Auxanon, probablement plusancienne et peut-être antérieure à la paix de l'Église ■ :

O 0EOC MN HC0H

P Tl TOY AYAOY COY

' AY2ANONTOI P

TOY MAKAPIOY •"

5 XPHCTIANOY

'0 8îbc [i.vr,ff9yj-: toO 6[oj--).o*j <jo-j [Aav-apîou XpY]<rctavoC.

.\-J;âvovTo;, to-j

On remarquera dans la niêm? ville un ypierriavo; et un yprianavo; *; à Malte c'est encore ypicnavo;

Phrygie. Épictète; .\. Dumont, dans Mélanges, p. 371, n. 62 b, 30. — * Corpus inscriplionum alticar., t. m, n. 3525. — ^ Dimensions 0'°25 :•: 0'^35, conservée au musée de la Société d'archéologie d'Athènes (BasS»/;"',.). Kumanudis, Phitist., t. n-, p. 545: 'Ez;-i Ir.-^iï., n. 3552; C. Bayet, dans Bulletin de correspond, hellcn., 1877, t. i, p. 393, n. 1, pi. .xn*, n. 1; De titulis Atticx christianis antiquissimis, in-8'', Lutetia?, 1878, p. 99, n. 75; Corp. inscr. atticarum, t. m, part. 2, n. 3435. — * Corp. inscr. grsec, t. TV, n. 9527; Kaibel, Inscripl. Sicilim, Italiœ, Berolini, 1890, n. 123. — ■ Carini, dans Archivio storico Siciliano, 1876, t. m, p 4J6; Kaibel, Inscript. Siciliœ, n. 7S. — s Corpus inscriptionum greecanini, t. TV, n. 9451; Kaibel, /"script. Siciliie, p. 604.

que nous lisons; à Crttunc, c'est /^c^Tiavr, ', comme sur trois autres cpitaphes de Syracuse % toutes formules sans grand intérêt et ne portant que la mention du Chris ianisnie du défunt.

Bien que le fait de mentionner sur une épitaplie la profession elnétienne du défunt puisse, à première vue, paraître un indice d'antiquité, il n'y a pas lieu cependant de le tenir pour tel. Sans doute, dans une province et dans une ville où le christianisme est la rehgion de tous ou seulement de la majorité, l'idée ne viendra pas de se proclamer chrétien, à moins que la formule ne soit de style. C'est le cas de nos jours où on pourrait parcourir bien des nécropoles sans y relever une seule fois cette mention. Au contraire, si le ein-istianisme n'est la religion que d'un petit nomlire, on tiendra à honneur de faire savoir qu'on y adliérail, c'est une sorte de confession de foi posthume. Mais encore faut-il admettre le cas où de rares lidèles se feront gloire de ce titre au point que son inscription sur la tombe sera conune un reproche jeté à la tiédeur de leurs contemporains. C'est là une formule exceptionnelle, mais qui ne peut donc être comparée pour l'antiquité avec ( elle que nous lisons en Asie Mineure, connne celles que nous allons tnmscrire ' :

AYPAnnHCANAPITP04)l MCOTOOKKPACCOrAYKYTA TC0KTATEKNAAVTC0TPO<t>l MOCKNIKOMAXOCKAO 5 MNAKAnnHCnATPI K M H TPIZOCHXPHCTIANOIXPH CTIANCO

A'jp(riÀt'a) "Alt— c,; ivopi Tpofi\j.„, tiô y.t Kpinlrr],,, Y'rjx-j-iTM •/.£ xà Téxva aO™ Tpoçi|/.o; xè Is iy.6ij.a.y oç xÉ AoiJ.va xà "A;t7t£î Ttarol y.k [r^irp: ;[,.;|t»i xpijonavoi xpr,7-

« Aurélia Appùs à son 1res cher mari Trophinie, dit Crassus; leurs enfants Trophime, Nicomaquc, Domna et Appès à leur père et à leur mère (encore) vivante (on élevé ce monument). Chrétiens à un chrétien. »

A Tiajanopolis (= Uuchak),m l'hrygie; de i'année 279; dans la sacristie de l'é.alise des Arméniens; stèle quadrangulairc.sur laquelle il y a adroite et à gauclie deux flambeaux, au milieu une p.j eà deux battants, avec double cad e,et au-dessoui un miroir.un fuseau! un peloton, un oljjet rond et un peigne, l'inscription est sur l'architrave'.

ETOYCTZ-r-MHnePeiTIOY I CYTYXHCEY TY XOY TAT I

ATYNAIKI KAI RATPI MNH MHCXAPIN XPICTIANO I

5 KAieAYTCO<f)eAAINACr-MENO0Y

"Eto-j; -c'y, [r^(vo5) lUftll-'j-j 't, KC-jyr,; EOtûyou laxia "i-uvaix'i xai TtaTp": [r/r,ij.r)5 yipiv XpiiTiavoild xai jauToV *c),)i'va; [T],)jievo6u[p]£[û];.

Toute l'importance de cette inscription est dans la date, 279, et la présence du mot >;îiaT.ïv(,.- D'après le texte qu'a donné Le Bas de'cette épï-

'Corp. inscr.grœc, t.iv, n. 94S1 ; Kaibel, op.cit.,p. 550.— = Carini, dans Archiuio storico Siciliano, 187G, t. m, p. 124 498, 507; Kaibel, op. cil., n. 196, 154, 191. — » C. Armanlt' Antique ipilaphe chrélienne de f.Ezanilide, dans l-chos i/'Onen/, 19U4,t. VII, p. 206. Le mot .ï.r,,; s'est rencontré souvent dans cette région comme nom de femme. Cl. Le Bas-Waddington, Inscriptions d'Asie Mineure,n. 817, 818, 9S:i. Cette inscription a été trouvée près de Tcherkés-Keui; dans la vallée d'.\ltentascli, à huit heures de Kutuhia, en

UICT. d'arch. CHRÉT.

taplie et la description que Waddington fait de la stèle (voir plus haut), les pierres tombales d'Altountasch et de Ghedjik que nous allons donner ressembleraient, et pour la forme des lettres et pour le style de l'ornementation, à la pierre d'Ouchak, qui a une date certaine, et elles seraient, par conséquent, à peu près de la même époque.

A Bennisoa (Altountasch) en Phrygie; stèle à fronton, sur laquelle on voit un peloton et un fuseau; au-dessous, une vigne et des oiseaux perchés sur les rameaux supérieurs; au pied, des bœufs attelés - :

AY2ANOYCAHCYNB

APONIKOYKOYeiOCAYTOY . PIMOCKOANEYIOCAYTO .

AACCAMOCZCONTCCe. . . .

ô OICI^ANAPONEIK. . .

XPHCTIANOIXPHCT lAienOIHCAN Q

AùÇivo-joa r, a-Jvg[-.o; 'Av]opovixo-j z(ai) 6 u3io; atC-

'^^ ptlio; x(a!) 6 àvl'J/io; aOTo[-j] .\iuaa[j.o; îwv:-:;

i|a-jTjo?; xfai) '.\v3povô;xfw] Xp-CiCrT'.avo; Xpï;5t[liv] o

Sur la copie de Le Bas, après le mot XPHCT. il y a des points, qu'il n'a pas reproduits dans le texte imprimé; mais en comparant cette inscription avec celle qui va suivre on voit qu'il faut lire certainement 7 pr,(7T[:ïvJ ,) et non yor^l-f:,.

A Ghedjik, en Phrygie, sur une stèle ' :

AYPrAYKQNAHMHTPIACYNBlOl^e AYTOZQNKTATeKNA.YTinNeYreNIOC KAOMNAI^nAmiKIOCK^ . .ITIOCKrAYKQN I^ZQ-...HCXPHCTIANO lANH .

A-^p. !'>,j/(ov Ar,u.rjTptjt Tuvoùii x(ai) iauxd) ((tV/. x(ai) xà xÉxva [aJOxoiv E-jyiv.oi x(at) AQ(iva y.(ïi) na[xp|;xio; x(a;) 'ï"[Tt7.Jxio; z(ai) I'XOxmv x(ï'i) Zc,>[x'./]ri;, XpriOT'.avofî Xp/-,TrJ'.av/;,

Ceux-ci n'ont pas peur de se compromettre et s'avouent liauteinenl clnétiens. On remarquera qn ■ l'épigraphie nous donne tantôt /p..5;ixv6.', à Ouchak, tantôt ypr.'îT'.ïvQ;, à Altountasch, h Ghedjik (huit kilo mètres d'Altountasch) et dans la pierre suivante, signalée par Lranz, à Bianchides, en Carie ' :

IHC'TPIIYPINOZTO

YI IHNEN THKATAIAZI

TOYYnEAEZATOTOTE

XPHITIANQHEnAYIA - nP>ZANTE.AITON0EOY

lEIlAYTOYOTE 0EOZ-EK

lEnAYTOYANENEnZATO

MENOIIBAIIAEYZINO

lANTEOZHZ-IZIPAliC 10 1 EIZAPPENAFN7

I- 1 ; ; •• - '■ •■•:■' xï) xïxx...; 1. 3 : xoj ■j;icÔ£(;Jaxrj

xo xj; I. 1 : ypriffxiavw T| £7t«'j(7a[to; 1. 5 : . .. x|»i xmv 6£oj. ..; 1. G : .... a-jxo'j o xs 6eo; ... ex; I, 7 : e:x a'jxoj

av£v£w<Taxo ; 1. 8 : [i.£vot; ^a-Tt/syîtv o ; I. 9 ; ; 1. 10:

....£'.; app£va.

Le cliristianisme s'introduisit de bonne heure dans la grande Plirygie et y prospéra rapidement, les

pleine iEzanitide ; elle est entréeau musée ottoman deBrou.ssc. — » Ph. Le Bas, Voyage archéologique en Grèce et en Asie Mineure, in-4», Paris, 1870, t. m, part. 1, p. 221, n. 727: Corp. inscr. grœc, t. m, n. 3865 l. — ' P Le Bas, p. 2.3:i, n. 783; Corp. inscr. grœc, t. m, n. 3857 p; G. Perro . Exploration archéologique de la Galalie et de la Bithynie, iu-Iol, Paris, 1872, l. i,p. 12(i. — «P. Le Bas, p. 233, n. 785: Corp. inscr. grive, t. m, n. 3857 g; O. Perrot, op. cil., t. i, p. 126. — ' Corp. inscr. grœc, t. il, p. 1120, n. 2883 d.

inscriptions que nous venons de transcrire ne sont pas les seules chrétiennes de cette contrée ». « Toutes ces inscriptions, d'après la forme des caractères et le style des sculptures qui les accompagnent, ne peuvent guère être postérieures au iii= siècle de notre ère. Ainsi, plusieurs générations avant Constantin, dans cette partie de l'empire, les fidèles du nouveau culte étaient assez nombreux et se sentaient assez forts pour prendre publiquement, sur une stèle exposée à tous les regards, le titre de chrétiens -. » Deux inscriptions, provenant de r.Ezanitidc, méritent bien d'être transcrites.

ENOAAerHKATexicQcee

NHNANAPAnOGHTON

KAlKAAAIKAIWieOlKAICC

4)P0CYNHNAeMAAICTAT0 ."■ NnACICAPCTHCKAieN

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KAI THC errONHCAOMI i;o HCTOICCYTCKNOICCD

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GeNHTANBPQrAYKYTA

TnenOIAICANXAPINX

PHCTIANOI XPHCTIANOi ■£> TONOeONCOlANAP

YCWIHAAIKAICIC

ligu. 1, .% 14, 15 : i pour s.; lign. 10, 11, l'> : r, pour ai; lign. 23, 26 : at pour r,; ligne 2Ô : ci pour ■.;; ligne 26, : pour y,, graphies fautives qui s'expliquent par la prononciation. — lign. 3 : liîO; pour \).=-(tbe:; ligne 17 : cr-^vS;oj pour tr-jug-o'j; ligne 20 : cutc/.voiç

v6p(T> pour vau.gf,M

pour 5-jv7ey.voi;; ligne

ligne 24 : ypti'jxiavoi pour ■/pt<rTtavot

'EvtiàSe ff) y.aTdxIsJi SwcrOMIv r.v i'vSpa i;oO/)t6v || y.a'i y.àX/.[£]! xai [i=|v=]6[£]; y.al <j[û)-||9p(,(70vïj rfii [i.iU<;zix T[bllvKïOT]; apiifii y.a'i âv||ïv6p£(7[ yZoo; ï/rj-na. |1 Tptày.'>vTx E7ÛV É'-ll6avov, /.-j-rida Sa -i-|lvToc;y.al itEv()cpo-j<|à'-||î:[atJ<Ta, 4ivxV' 8È £[j.i?a|"v-!|a Y-jv[a!]y.b; y.t-x •?,; T[p!-|la Ëît) <sjvisr,<ia, àK[!)||f,;Ë» ih.'ioi ë(j/ovo[5 1| ôà TO"'W'î '^P" ^V-^'-' £v-||6iS£ y.[£];vTfa;]. 'A).£çavS-||?oç TLpe^Ô-Jxîpo? iJi£T[à if-rf,; o'jvëtou 'At;-/); y.afi \\ Tijc 6'jyaTpo; KvpOXiriç xnl Tr,; èyvovr,; Aôii[v-||r,; Toïç o-jréy.voi; Sw-||5liâ xa"i Aô|).vri y.x: Sma-IISévr, yavopM ylMy.-j-:à-\hut Èitoifrjuav x^^P'"' Z-||?''15- Tiavoi -/plOTiavr^r;. Il Tôv Sebv (7[-j] iva7|vo-||-J; iÎt) 'àô;• ■'■['i]«[Tl]?• " Ici la terre cache Sosthénès, homme regretté pour sa beauté, pour sa grandeur, pour sa chasteté surtout, homme rempli de toute verUi et jouissant d'une grande gloire parmi les humains. En mourant à trente ans, j'ai affligé tout le monde, porté un coup à mes beaux-parents et ravagé l'âme de ma femme, avec qui j'ai vécu trois ans et dont j'ai eu un enfant; quant à mes père et mère, ils reposent ici avant

' A Altountasch, TépitapUe d'uu maçon chrétieu. Le Bas, op. cit. n. 780; Corp. inscr. griec., t. in, n. 3857 /; Perrot, op. cit., t. i, p. 126, que nous aurons occasion de donner plus loin. Voir Maçon. — - Perrot, op. cil , l. i, p. 12G. — ' G. Mirbeau, Deux cpitapltes chrétiennes de r .Ezanitidc,

mol. — -Me.xandre prêtre et sa feniiue Appès. avec leur ûlle Cyrilla et leur petite- fille Domna, ont fait la faveur de ce tombeau à leurs alliés Sosthas et Domna, ainsi qu'à leur très cher gendre Sosthénès, Chrétiens à des chrétiens. — Toi, qui Us, n'oiîense point Dieu. »

Cette inscription peut servir d'illustration à divers sujets déjà traités dans le Dictionnaire, comme Beauté, Chasteté et la formule : « jouissant d'une grande gloire parmi les humains t rappelle l'épitaphe du jeune lecteur d'Hadriani ad Olympuni. Voir BiTH\'NiE, t. II, col. 919. On remarquera aussi le terme cvyTc/.voi exprimant les relations qui unissent les parents de l'un des époux aux parents de son conjoint; les deux couples sont dits cJvtî/vo: par rapport l'un à l'autre, ayant, eu effet, des enfants et surtout des petits-enfants communs. Ici, les survivants qui représentent la branche féminine préparent une tombe aux défunts, c'est-à-dire à toute la souche masculine.

7 Soslhas, -j- Domna

T Sosthénès

Alexandre, Appès

Cyrilla

Domna

Ceci est un sens nouveau du mot (7-jvt£xvo; que le Thésaurus ne donne pas; on n'y voyait qu'un terme exprimant des relations d'affinité spirituelle contractées surtout aux fonts baptismaux entre parrain et marraine d'une part, les père et mère du baptisé d'autre part. Or, ici il s'agit d'une affinité contractée par les parents dans le mariage des enfants^.

L'autre inscription est des plus incorrectes, malgré cela elle ne laisse pas d'avoir son prix « :

TON(})IAOXPHCTOPANAY01CENIlV!ErA

POICIt|îANONTA-TONnACHCAPE

MEMOIHMENONEINEKATIMHC

COI ©EOCAKATAct)PONIXAPINE 3 GETOKAinoeONHNHCOINAA

OXlUNONHnATPiCLUKHMHTE

PITHCHOICETEKANMErAPOICIN

ENinPEnEATEAAOlCIN

HAEKACirNHTOCTPO(}>IMOCKH 1" rNHCIOC ANc})lUsAPXONTAnA

TPIAOCAAOYKAinACinOGHTON

EYZENIHNnOOEOiAKAlEYCE

BIHNAMAnACINsCHMATeOI

TeYZAceiAYHC nPAniAeci

ir. CTlAHNrPAYAC MNHMHCXAPIN

eeeTOAYTGC cynaaoxcononnh oiTATeKNAnPoeneMTANnAn

nCONeilZOONTCON MHTICeM£f,H£IAICONHCYNreNe ■-" CûNMNHMATAAYCIHTICTCON A^ACOnATPlûûTGONeniTAeTeA nrYrMCOeiANACKAYlAeTOnTCOMA ePXOMeNHCKOAACINeCONION XPHTIANOI XPHCTIANOIC

■-•■■ nAPecTHCAivieNToeproN

lign. 3, 5 : 01 pour u; Ugu. 4, 15, 20, 22 : ■. pour r,; ligne .j : Ci pour oi; lign. 5, 20 ; r, poui- -■.; lign. 6, 9 : r, pour a;;lignc 19 : £t pour ■.; hgne 23 : j pour a:. deux fois;hgne6: v pour vv;lign. 2, 4, 13, 21, mots incomplets.— ligne 10 : avjM pour aiiçu; ligne 20 : a-ji-

dans Echos d'Orient, 1U04, t. \n, p. 329-331. Les quinze premières lignes constituent sept hexamètres; entrée au musée de Brousse. — 'G. Mirbeau, Deux épitaphes chrètiennes de TJEzanitide, dans Êclios d'Orient, 1901, t. vu p. 331-332; au musée de Brousse.

ciHiiyriEN

CIIRISMALE

Y£v£(i)v ])uur a'jyvîvcwv; lii^iK' 1 ; ^i>o/p-/)'7TOpav fl ligne 24 : ■/ç.rr.-.-.x-iv..

'l'ôv çi/o/prjTTOiiav a'j8i; âv'i |j.£Yâ-'|l60La'. 9av[ï'|vxa, tôv ::âTr,; àpc[TTiç || |j£[j.[u]f,!J.ivov el'vsxa TijAr,;. jj So'i 0î"o; à7.aTa9pôv[ïiTov] yiptv K-IJOeto xat tiÔOûv [Oi]v[£t] g[u]v iy-llô/f;) N'&v[v]r,, ^laTpi (70) y.[^'-] t^'''i"^'ll.'' 'h ^~^i^ ^'^ (j'etexav neydipoto-iv || iv\ 7:pE7ï£j.Te aïoiiiv. 1| 'IIôè y.airiYvrjn; Tpô^tixo; "/.[at] jj Yvr.fj'.o; av^pw ôéoyovTa Tra-[lTpîoo; XaoC xai TictTi TroOr.xôv |] î'j^£v:r,v 7roO£o[v|:a y.x; ft-jfjî-ljêtr.v â|jta TtâiTiv. Sr||j.i t£ 0'.[v£-j; || reu^a; £i5-.^ir.'7(i] -pïTiiÔEul-j]; [xat 11 crfriJÀTiv ypâ'l^»; !J.vr,[/.r,ç -/âpi'; ,1 i'OîTo aOrb; cjv àXô*/(;> NôvvTj, Il ot Ta T£xva TTpol7r£|J.'i/av ui7r-l|:rti)v st: ÇœvTtDv. — Mt] Ttç è[j.[(iJv]<£>loiov rj o'jvrevi-jjojv [Avr,[xxTa ).y<y[r,-£Ï] Tt; t(î)v 1| aÀXwlvJ naTptdïTÙjv £7tl xà £T£al|7r' 7uy[j.w£i, àva(jxâ'i/[T,j Ô£ to Tïxwp-a, H £[u|y ûij.la[ tTiv] xô- Xaffiv [ai](i')Viov. || XprJ/jlTisvoi yp/i'jTcxv'jï; || ■iiap£CT/-,'7ï- |J.£V TÔ ïpyov.

« A l'ami du Clirisl, iic (i.ins un iMJ.iis <■( iiiiliù à toute vertu, poui- lioMiieur! A lui, Diiii a lait une .grande Krâco, mais c'est du regret (ju'il a causé à Oiiieus et à sa femme Noiuia, tes père et mère, qui l'oul douué le jour daus lui palais... Tropliime, sou véritable frère de père et de mère, au chef du peuple de sa patrie, au regretté de tous pour sou hospitalité et sa piété envers tous ! — Oineus ayant fait ce monument avec beaucoup de talent, et ayant composé celte cpitaphe pour mémoire, l'a élevé lui-même avec sa femme Nonna, eux qui ont perdu leurs entants du vivant même des grands-parents. — Que nul de ma famille ou de ma parenté ne détruise cette sépulture I Si quelque autre compatriote l'ouvre (?) avant ([uatre-vingts ans et déterre le cadavre, je lui souhaite l'enter éternel. — Chrétiens nous avons élevé ce monument pour des chrétiens. »

Cette inscription aussi incorrecte que peu soignée, malgré la prétention de ^'ouvrir par neuf hexamètres (lign. 1-14) et de parsemer la suite du te.xte de lambeaux métriques, ne prend pas même soin de nous faire connaître le nom du défunt, et celui de son père, Oineus, est presque complètement conjectural. L'omission du nom du défunt est-elle intentionnelle, nous avons peine i) le croire; cependant nous ne pouvons omettre de rappeler que parfois le nom de chrétien tient lieu de tout autre. Le martyr Épictète dit à son compagnon de cachot : « Si demain, mon clier fds,le juge nous demande de déclarer notre nom, notre famille, notre patrie, disons-lui seulement : Nous sommes chrétiens; c'est là notre nom, notre famille '. » Ursicinus, martyrisé en lUyrie, répond au juge : XptUTiavbi; éx yptTTiiVfîjv yj/Eojv Tuy/âvw. « Je suis chrétien, né de parents chrétiens '■', » de même ((u'on lit à Rome, sur un marbre funéraire, flICTOC CK niCTCON ». En 177, à Lyon, Sanctus et Blandine ne font pas d'autre réponse et Attale est promené <lans l'amphithéâtre précédé d'un écriteau, qui est probablement un des plus anciens titres épigraphiques du mot chrétien '.

OYTOI E2TIN ATTALOZ O XPI2TIAN0I

L'épigraphie latine ne nous donne que des textes tardifs, tous postérieurs à la paix de l'Église, avec tantôt l'e, tantôt \'i :

' Vita SS. Epicleli cl Aulionis, e .\ii, sin, wii, daus Suri s, Vi(œ sancl., 8 juillet. — ■ Acki S. Ursicini, n. 4, dans Acia sancl., 14 août. — ' Lupi, Aninmdvcrs. ad nitp. invent. Sevene epilaphium, in-4'', Paiiormi, 1735, p. 13(5. — ' Eusèbe, Hi.v/. cales., 1. V, c. i, P. G., t. .\x, eiil. 425; cf. col. 416. — * Corp. itiscrip. lut-, t. m, n. 13521), en Noriquc, iv« siècle. — ' Ibid., t. m, n. 13124, en Dalnialic, vers 420 ou 430. — ' Ibid., t. x, n. 7173, à Syracuse. - • Iliid., t. xiii, u. 3601), Trêves. — ' Ibid., t. i.v, n. 511'.), à Kcrmo. —

CRESTIANA FIDELIS-, LEGES CRESTEANO- R(«;)i)», {/)LORENTINA PIA BONA CRESTIANA'; INGENVA CRISTIANA», MAX(im(;) BO(;i(;) CRIS (tiana)\ DISCESSIT CRISTI(o;!U)S"', HIC REQVIES- CVNTCRISTIANIEFFECT'';ADIVROVOSOMNES X"prANI'a.

III. BiBLioGRAPiiiiî. — J. Aymeric, Clirc.'ilLis rf«;i.s Suéloiic {Vita Claudii, x.w, 4), dans les J.ctlrci clirélicnncs, t. IV, ]). 79-80. — F. Blass, XPHJTIANOI- XPIITIANOI, daus Hcnnc.f, /.citsclirill jiir cldssisclic PliiliAutjic, Berlin, 1S95, t. xxx, p. 405-470. — J. F. Buddeus, Excrcilatio de orii/inc, iliiinilutc cl uaii iKiininis clwisliani, in-l», Ien;c, 1711. - .1. D.miels, /)(■ iiaara XPIZTIANOI, ilans .S'/i;rfi'c/i, 11)07, t. i.xvii, p. 5(),S-.'><S0. — Dicfenbach, Cliristus iind Cliri.slentlniin, naclidcn Zciir/nissen niclilcliiislliclicr ScliiiflslcUcid<irijcslcUl, in-S', Mainz, 1,S77. — F. Diilgcr, IX0YC, Dus Fiscitsymbol in [riilultristliclicr Zcit, in-S", Boni, 11)10, t. I, p. G3-G.5. -- S. C. Gayford, f;/in'.s;/fm, dans .1. Hastings, A dictionuri/ oj the Bible, Ivlinljurgli, 1900, t. I, p. 381-38U. — J. F. Ilebeinslrat, De miriis c/iristianurum nominibas, in-l", lena:, 1713. — (;. .\. Heumann, De ortu nominis cliristianontm, in-4", Gœttingue, 1731. — Keim, Aus dent Urcluistcntiim. VI. Fratimcnte aus dcr rôm. Vcr/ulgung. § 1 : Dus ncrunisclie Vcrbrcclwn und dcr Cliristcnname, 1878, )). 174.

— J. B. Lighttoot, Apostolic Fatliers, 1889, I(jnaliiis, t. I, p. 415-419. — R. A. Lipsius, Ueber den Ursprung und den dltcslen Gebraucli des Cliristenlums. Gralulationsselirift der Ihcolog. Facilitai, lena, 1873. — Mamachi, Origines cliristiame, in-4°, Roma-, 1844, t. I, 1. I : De variis nominibus clirislianorum deque falsis ab ethnieis in eos cxcogilatis calumniis, p. 1-191. — W. Ramsay, The Churcti in llie roman empire before A. D. 170, 'M édit., c. xii, n. 5, p. 268; Saint Paul, the Traveller, 1896, c. xv, n. 1, p. 346.

— V. Schultze, dans Zeilsehrift fiir Kirehengeschichle, 1881, t. IV, p. 125-130 : Chrisleninsclirifl in Pompeii.

— H. Smilda, C. Suclonii Tranquilli Vita dii>i Claudii, in-8°, Groningx, 1896, p. 124.

H. Leclercq.

CHRISMALE. Ce mot, employé sous les différentes formes : ciwismal, chrismal ; clirismarium, clirismarion, ehrismatorium, et qui a pour racine ehrisma ou cliréme (voir Huiles s,\intes), a plusieurs significations.

I. Il désigne d'abord le vase contenant le saint chrême; c'est l'acception qui paraît la plus ■ ommune ; Viderai namque noclurna visione chrismale in manibus suis, de cujus operculo sucereverat novella plena viroris, qme con/ortata validam crcvit in arborem'^.

C'est en ce sens qu'il est employé dans le 6" canon du concile d'Auxerre en 578 (date douteuse) : à partir du milieu du carême, chaque prêtre doit demander le chrême. S'il ne peut venir lui-même, pour cause de maladie, il doit confier cette mission à un archidiacre, ou bien à l'archi-sous-diacre. Le chrême devra être porté dans un clirismarium et dans un :inge de iin, tout comme les rehques '*. Le terme de chrismal est encore en us.ige aujourd'hui avec ce sens ">,

Il est mentionné dans saint Optât sous ce titre :

■» Ibid; t. V, u. 1714, à Aquilée. — " Ibid., t. ix, n. 2437, à Allile. — '= Ibid., t. v, n. 5415, à Côme. — " H.Miiiodus. dans Du Gange. Glossariuni infime latinitalis. au mol Chrismal. — '^Ct.l.ahbr, Concilia, t. v, col. 950-963; M;msi, .Impliss. coltcclio, t. ix, col. 911: Maassen, Concilia wvi nierovingici, p. 17.S-1S1; Lcbeuf, Mémoires concernant rhisl. ecclés. tt ciuile d'Auxerre, in-4», Paris, 1743, t. i, p. 119-120; Hefelc-Leclercq, Ilist. des conciles, t. m, 1'" part, p. 216.

— "Oitalaiii, l. II, p. 21S.

CHRISMALE

ampalla chrismalis^, et dans b Liber poiUi/icalis, sous celui de vas ad oleum crismx -.

II. Dans les sacramcntaires le eriue est employé ];our designer le vase dans lequel est conservé le corps du Christ. Ainsi le Missalf Frattcontm (\in' siècle) contient une Prœ/alio chrismalis :

Oremus, fr ilres carissimi, ut Detis omnipolens hoc ministerium, corporis fiiii sui domini nostri Jesu Clirixti gerolum, bemdicUone sanctiftcalionis lutamine, dclenslonis dominaliom implcrc digneliir, orantibus iwbis. Per.

Omnipolens Deas Trinitas, manibus nosiris opem liiœ beiiediclionis infunde, ul per nostram bencdiclionem lie vasciilum sanclificelttr, et corporis Chrisli novum sepiilcrum Spiritus Sancti gratia perficiatur. Per'.

Cette même oraison se retrouve avec quelques variantes dans le sacramentaire grégorien de Reims, dans le sacramentaire grégorien de Jlénard, dans le missel de Léofric, et dans plusieurs autres livres liturgiques ■".

Ces', d'un vase eucharistique qu'il faut comprendre les textes de certains pénitentiels : (jiti oblitus jucrit rnni^.M.M., pcrgcns procul ad opus aliiiuod. i/uinis i/itinquies percussionibus... ciii chrismal cecideril et nihil confrinyens, duodecim percussionibus (Règle de saint Colomban).

Qui non bene custodit .•aerificium... gui auteni pcrdiderit suuni ciiniSMA L, aul solum sacrificium in rcgione quai. bel, ul non inveniatur, etc.'.

Qui autem in plèbe suum cuhi^mai. perdidcril et non invenit XL dies pœnileal, vel III ijuadragesinucs psenitecd '.

Qui autem perdidcril suum i iihisma, aul solum sacri/ieium, in regione qualibcl, ul non inpcnialur, III XLmas aul annuni I pxnileal '.

S;iint Cumean' s'exprime ainsi : Qui autem mergit sacrificium, continua bibal aquam, cl quod in vuriis- MALb' fueril, sumel sacrificium el emendet per decem dies culpajn solulus.

Qui cailem in plebem suum cunisMAi.EM perdidcril, et non inveneril, XL dies pœniteat, vel 111 quadragcsimas '.

On lit dans la Vie de saint Comgal ; Quodam die, cum sanclus Comgallus essel solus in agro forts opérons, posait cnisMALE (al. crismal) suum super vestem suam... cum cbismale ejus super capani suam vidissent {latrunculi)... et dans celle de saint Mochœmog : Baculus meus cl i-rismale (al. crismal) cum isto intérim in cvlremo loco sepelienlur... '».

Ces textes sont intéressants, en ce qu'ils nous l)rouvent que les prêtres et les moines celtes emportaient l'eucharistie en voyage ou aux champs, renfermée dans le ciwismalc, ou dans un petit sac, pcrula, suspendu au cou, sous les vêtements ".

Le chrismal était souvent un vase d'or et orné de

» S. Optât, I. II, c. xi.x, P. L., t. XI, col. 972. — = Lifcer pvnlificalis, dans la notice d'Innocent I", étiit. Duchesne, 1. I, p. 2120. Sur la forme de ce vase, sur la matière dont il est composé, et en général sur les prescriptions plus récentes concernant son emploi, voir Corblet, liist. du .\acrement du baplcme, t. il, p. 3S7, des imscs aiLC saintes huiles; Calholic cncijclopcdia; Catalani et Van der Stuffen. Cf. la Bibliogiaphie. — ' P. L., t. Lxxii, col. 330. Cf. P. L., t. lxxi, col. 1185; t. Lxxviii, col. 421, 426, 456. — 'Du Gange, loc. cil.; '.e sacramentaire s:régorien de dom Ménard, P. L., t. Lxxviii, col. 421, 426, 456. Cf. aussi la note précédente; Leofric ndssal, Oxford, 1SS3, p. 222; cf. p. 96. — ' Halil- •Anr. In pœniteni., c. x, P. I.., t. lxxviii, col. 421, 456. — ' Colleclio canomim pœnitenlialium, dans .Marténe, Anccdola, t. IV, col. 44. — ' Tnéodore, Lib. pœnit., xl, in Thorpe, t. 1, p. 4. — '^ Liber de mcnsura pienit., xiii,] P. L., t LXXXVK, col. 996. — ' Ps.-Bède, P. />., t. xcrv', col. 574, De rcmcdiis peccalorum. — " C. Plumnier, ,Vitie sancloruni Vf ifcer/iia-, Oxonii, 1910, t. il, p. 11, 173. — " Vila Comgalli,

joyaux. Voici la description qu'en donne saint Aldhelmi2 :

De crismalc, sire crismaro :

Aima domus veneror divino munere p'.ena ; valvas sed nullus reserat, nectimina pandit, culmina ni fuerinl aulis sublala qualernis. Et liccl exterius rutilent de corpore genwuc, uurea dum fulvis flaveseit bulla mctallis : sed tamen ubcrius dilanlur viscera, crassa Polis qua spceics flagrat pulcherrima Clirisli. Candida sanctarum sic florel gloria rerum ncc trabes in templo surgunt, nrc Ueta columnis.

Le chrismal est aussi appelé minislerium, c'est-àdire vase ".

IIL Chrismal désigne encore le rorporal, ou la pale dont on couvre Iz calice : De elu-ismale cliam quod a quibusdam corporalis appcllatur, plurimum cxpertum est pnrslcu-e remédia... Nom contra incendia sicpins clcvfdum, aul cxlinguendo compescuil, aul rctrorsum pcpulit, elc".

On donna par extension le nom de chrismal à un hnge ou pale, couvrant des reliques. Ainsi dans la Vie de saint Éloi (par saint Ouen, ). II, c. lxxi) : El adiens basilicam, quam co in loeo vcnercuida ejus illustrabant pignora, priemissa oralione, cœpit ex fimbriis cuniSMALii^, quo legcbanlur rdiquiœ, faitccs suas... perfricare^.

IV. Le chrismarium est aussi un vase contenant des reliques, comme dans ce passage de saint Grégoire de Tours : sed ille de pulvere beali sepulcri secum liabens, elevalo chrismario contra igncni^^, it dans cet autre : aliam ce suo ciims.MARlo prolulil ampullam oleum quod de S. Mca-lini ecclesia tulerat conlinentem ", ou dans celui de Fortunat : cum clirismea-iis suis [Germanus) diaconum direxif.

V. On trouve des texte; dans lesquels ctirismarion désigne une ampoule ou un reliquaire : ...in CIIRISMARIUM quod collo SUO geslabat Iselo animo pro sacratis sancti martgris {Julianis) reliquiis condidit I'.

VI. Un donne aussi quelquefois le nom de clirisnude au linge blanc ou voile dont on couvTe la tête du baptisé après qu'il a reçu l'onction du saint chrême ".

Le Liber sacramenlorum, cité par Mabillon, s'exprime ainsi : llic miltat inRiSMAi.E in capilibus corum dicens : accipc vestem e(uididam, sanctam et immaculalam".

Cette pièce du vêtement des baptisés est aussi appelée cltrismalis pcuinus, clirismalis veslis, clirismale capitium, mitra baplizatorum, mysticum velamen. Ainsi dans le pénitentiel de Théodore, c. iv : pannos chrismatos iterum super alium baptizalum imponi

1. II, c. .XXI, --Icfa sanct., maii t. il, p. 5S3; Vila Degœ, 1. I, n. 3 ibid-, aug. t. m, p. 659; Gildas, De pœnilenlia, c. IX, Haddan et Stubbs, t. i, p. 114; Colomban, Régula, c. X, P. L., t. Lxxx, col. 217; t. Lxxxvn, col. 996; Gougaud, CELTiQLi;s(Li/iu-j;ies), Diclionn., t. ii, col. 3022. — " S. Aldhclm, Ep. ad Acircium, op., p. 264, édit. Gilcs. Cf. Daniel Rock, The Church o/ our falhers, édit. Frère, 1903, t. i, p. lOS, 109. — "Cf. Ménard. P. t.., t. Lxxvni, col. 421

— »' Rad. Glaber, Hislor., 1. V, c. i, P. ].., t. cxlu, col. 691 . Voir CoRPORAL, Voiles euchabistiqves. — "Du Cangc loc. cit., donne d'autres exemples de cet emploi. — *• L. IV, De miraculis S. Martini, c. xxxii, P. L., t. lxxi, col. 1003.,

— '■ 7/1 vilam S. Aridii, P. L., t. lxxi, col. 1123. et la note de l'éditeur. — " Vila S. Cermani, c. xlvii, P. L., t. lxxxvui, col. 409. — " P. L., t. lxxi, col. 1123. Cf. Zaccaria, Onu masticon, 1. 1, p. 77; Calholic encyclopedia, t. ni, p. 698. — "Durand, Ralional, 1. VI, c. Lxxxii, n. 16; c. xcv, n. 3.

— '^ Prœfalio ad Acia SS. Benedicii, iii-l°, Tridentis, 1721, sa;c. i, p. Lvi.

CHRISMALE

CHRISME

non est absurdum. Et dans Dudo : Congrunm est libi liis seplem diebus, qulbiis abbalis chrismalis et olei veslibus es indaliis... Oclavo die expintionis ejus veslimentis chrismalibus vcl baptismalibns exutus '■.

L'cucologe grec appelle ce linge sabanitni ou cuculluni '.

Enfin on appelle quelquefois clirismarium le lieu où l'on donne la confirniation ou le saint chrême {pontifcx vadit ad clirismarium), et clirismarius, celui qui appelle les candidats au baptême ^.

lîinLioGRAPHiE. — ■ Du Caugc, Glossariam infinvv latinilatis aux mots : Clirismal, Clirismarian, Chrismatorinm. — Zaecaria, Onoinasiicnn rilualc, in-1", Favenliic, 1787, t. i, p. 77. — I.ebrim, explication des eirémonies de la messe, cdit. 1781, t. ii, p. 290 s([.

— Catalani, Rituale romanum, in-fol., Uonisc, 1757, t. I, p. 112, 248; t. II, p. 80. — Bona, Rcram litunjicanim, Augustœ Taurin., 1749, 1. I, c. xxv. — P. L.. t. Lxxviii, aux pages citées dans le te.xte. — Corblel, Histoire du sacrement du bapicmc, t. ii, p. 388. — ^miUx, Dictiiiminj uj eliristian aiUiijuitics, à ce mol. — Kirchenlexicon, au mot Albc ~. — Tlte catliulic encijclopedia, au mot Clirismal, vol. m, p. 097-698. — Van den Stappcn, De sacrament. administr. — Braun, Die liturgische Geivandung, in-8", Freiburg, 1907, et Chevalier, Topobibliograpliie, n'ont rien sur ce sujet.

— Voir CiBORiOM, CoBPOR.^L, Huiles saintes, PyxiDE, Voiles eucharistiques.

F. Cabrol.

CHRISME. — I. liiterp étalions inexactes. II. Signification, m. Chrismc ligatuie. IV. Numismatique

ses soldats un symbole connu et compris généralement, ainsi que nous le montrerons bientôt.

Le chrisme a passé par des périodes bien distinctes et a connu des significations diverses. Chez les païens, il n'est pas autre chose qu'un signe d'abréviation. Les notarum laterculi nous apprennent que la ligature des lettres grecques X et P signifie existimare, et le sigie ains formé peut c;re accosté ou surmonté de la lettre O. en ce cas ii s'Interprète : existimalio. Une

Miinnaie de Pti

constantinienne. V. Chrisme symbole. VI. Clirisme étoile. VII. Chrisme latinisé : 1° Espagne; 2° Gaule; :'i" Italie; 4° Syrie centrale; 5» Grèce; 0° Egypte; 7" Afrique. VIII. Numismatiqu ■ mérovingienne. IX. Notes tironiennes. X. Ponctuation. XI. Poinçon. XII. Curiosités. XIII. Groupement d'ensemble. XIV. Le labarum.

I. Interprétations inexactes. — Un jour qu'il déraisonnait, Fortunio Liceti déclara tout net que les chrétiens, en fait de monogramme, n'eurent jusqu'à la paix de l'Église que les lettres A et CO; ils changèrent et adoptèrent le P et X superposés après que Constantin en eut vu l'apparition dans le ciel. C'est presque exactement le contraire qu'il faut croire sur tous ces points. J'ai montré qu'à s'en tenir aux inscriptions à date certaine, le symbole A CO n'était en mesure de se réclamer d'aucun témoignage antérieur au iv siècle. Voir Diclionn., t. i, col. 7. Par contre, le chrisme se présente sur une inscription romaine datée de l'année 269 et Constantin se borna àfaire figurer sur se drapeaux et sur les boucliers di'

' Cf. Du Cangc, Ghissariiwi, hr. cit., Clirixnmle, p. ;îl8; Catalani, Riluale ronumwn, in-tol., Komie, 1757, t. i, p. 112.

monnaie de Ptolémée-Apion (fig. 2S21) porte au droi la tête du prince, au revers un aigle tenant la foudre et entre ses pattes le monogramme, mais ce monogramme signalé par Mionnet, depuis le plus grand (inod. 13) jusqu'au plus petit (mod. 2), présente une différence notable avec celui du Christ. On y voit de plus un T et probablement un K ou un T. Le tétradraclmie d'Athènes (fig. 2822) gravé dans Hunter présente lui aussi des éléments supplémentaires, notamment une barre horizontale qui, sur les exemplaires bien conservés, devient un r très distinct. Une monnaie d'argent de Mitliridate (fig. 2823), roi du Ponl, offre derrière le cheval de Pégase une combinaison dans laquelle entrent X, P et A. Il n'en est plus de même du monogramme gra\ é sur une monnaie de Tigrane (fig. 2824) : au revers de l'efiigie de ce prince, on voit une ville assise sur un rocher et à ses pieds la figure d'un fleuve; sur le rocher est inscrit

le monogramme -|-, que Ch. Lenormant interprète des quatre premières lettres de Tigranocerte, TirP. Un médaillon de l'empereur Déec porte

2S'2Li. — Mnnnnie de Mitliridate.

au droit l'effigie de l'empereur, au revers Bacchus dans un char traîné par deux pantlières et cette

légende: Eni AVP A.IIIANOY BA:J;ATO B CTE- * AN H, c'est-à-dire : Iti'i A-jprj/.i'ou 'A;ii:;ivrrj ô'i; apxo-- To:. x'fùno'iizft'j To oEÛTspov; TTsçavT.sôpo-j ; on lit a l'excrgnc : MAIONON. Ce médaillon, d'une parfaite

— = Cf. Du Caiigi-, Cdiyiillii. Lmlr.

— ^ Zaccnria, Otunuaslimn ri-

CHRISME

conservation, a passé du cabinet Ileclervar dans le cabinet de France. Les rédacteurs du catalogue de d'Ennery, qui avaient sous les yeux cette même pièce ou un médaillon semblable, firent les premiers remarquer l'identité du monogramme avec le chrisme. La position dominante de ce sigle au sommet de la composition peut sembler intentionnelle, d'autant plus qu'on ne l'a obtenue qu'en perturbant l'ordre régulier qui eût été : ap'/ovro; ôiç, àYtovotiÉTou rb ôs'jxspov; c'est tout ce qu'on peut soutenir en faveur de l'opinion qui veut que cette particularité soit le fait « d'un monétaire clirétien qui a eu l'intention d'introduire sur la pièce qu'il gravait le signe encore mystérieux de la toi nouvelle, » et il faut convenir que l'argument ne s'impose pas. En somme, ce que nous avons ici, entre les années 249-251, c'est un siglc abréviatif du mot APXovTo; disposé suivant un mode dont nous n'avons ni preuve ni indice qu'à cette date les chrétiens aient fait usage pour représenter « le signe mystérieux de la foi nouvelle, ■ signe qui risquait fort de n'être pas compris, faute d'avoir été jusqu'alors combiné et vulgarisé. Le médaillon de Trajan aura vraisemblablement circulé longtemps avant qu'un chrétien ait eu l'idée d'y découvrir un chri.snie anticipé' (fîg. 282,1).

Puisque nous sommes en Irain de déblayer un sujet

Monnaie de Tigrane.

passablement compliqué, arrêtons-nous à une autre imagination -.

L'historien arabe musulman Mas'oûdi ', se faisant l'écho d'une croyance populaire, accueilUe avec ferveur par les auteurs chrétiens eux-mêmes ', attribue à sainte Hélène la fondation d'une foule d'églises en Orient : « Toute église, dit-il, en Syrie, en Egypte et au pays de Roum, a été construite pur cette reine Hélène, et l'on a placé son nom avec la croix dans toute église bâtie par elle. » L'assertion contenue dans la dernière partie de la phrase appartient en propre à Mas'oûdi. Elle peut paraître d'abord assez extraordinaire. Quel peut bien être ce prétendu nom d'Hélène qui serait ainsi associé à la croix et répandu à profusion dans les anciennes églises d'Orient'? Le dire de l'auteur arabe n'est pas aussi imaginaire qu'on pourrait le croire. Il repose, en effet, sur l'observation d'un fait archéologique qui, pour être interprété par Jlasoûdi d'une façon quelque peu fantaisiste, n'en est pas moins réel. Voyons la suite :

Mas'oûdi, pour justifier ce qu'il vient d'avancer au sujet du nom d'Hélène, ajoute aussitôt : « La lettre hâ n'existe pas dans l'alphabet grec — ,__^)^ se compose de cinq lettres. La première est une imâlé(i) et sa valeur numérale est cinq; la seconde est un Mm (),) valant trente; la troisième, une autre imûlé(t), valant également cinq; la quatrième, im noîin (v), va-

* Ch. Lcnormaiit, Des signes de diristitinisme qu\in Iruutfe sur quelques nionuntenls numismatiques du iii^ siècle, dans Cahier et Martin, Minanges d'arcbénl., 18.Ï3, t. in, p. l!)n-

198. Parfois % signifie /../.'«--/o;. Cf. Miller, dans Revue arch/iil, 1874, t. i, p. 44. — -Nous citons une nota de

huit cinquante; la cinquième un yù (•.), valant dix, ce qui donne au total le nombre cent, concordant numériquement avec ce que nous venons de dire. Voici la forme des lettres qui font ce nombre cent en grec... »

L'auteur arabe, on le voit, épelle donc, à sa manière, le nom grec d'Hélène, 'Elh'., en indiquant pour chaque lettre la valeur qui lui est propre dans le système de numération grecque. L'écriture arabe n'ayant pas de signe correspondant à l'cps('/on, il est obligé de désigner approximativement celui-ci par le son de imâlé, lequel exprime le virement du son a en é dans certains dialectes arabes. En outre, il remplace Vêla final par un iota en vertu du iotaeisme prédominant à cette époque. C'est grâce à ce dernier artifice qu'il obtient le nombre 100; autrement, s'il avait gardé le r, orthographique, qui vaut S, il n'aurait obtenu que le nombre 98, ce qui, ou va comprendre pourquoi, ne ferait pas l'aflaire.

A première vue, on ne saisit pas très bien riiilérêt qu'il peut avoir â arriver à ce nombre 100, non plus que le rapport qui peut exister entre ce nombre, obtenu par une laborieuse analyse numérale des lettres composant le nom d'Hélène, et l'assertion, déjà sin-

2825. — Monnaie de Trajan,

gulière en elle-même, que le nom de cette sainte reine se trouve associé à la croix dans toutes les églises censément construites par elle. Cependant, pour peu qu'on y réfléchisse, la chose s'explique aisément. Ce que Mas'oûdi a en vue, c'est le chrisme, dit monogramme constantinien, sous sa forme )|<. ou plutôt

-j-, monogramme gravé à foison sur les monuments, églises ou autres, dans la période qui a suivi immédiatement le triomphe officiel du christianisme. Seulement, il appelle en quelque sorte» hélcnien» ce que nous appelons, presque aussi arbitrairement, "constantinien»; voilà tout. Si l'on décompose les chrismes

-(- ou %, on a les croix + ou X, plus la lettre P; or P = 100 et 100 c'est, comme nous l'avons vn, et grâce à un léger coup de pouce, le total des valeurs numérales des lettres formant le nom d'Hélène. Ainsi se trouve matériellement justifié le dire de Mas'oûdi, à savoir que : « le nom d'Hélène a été placé avec la croix. » Ce nom, c'est tout bonnement la lettre P engagée dans le complexe des chrismes.

Il est probable que ce n'est pas l'auteur musulman qui a fait tout seul cette belle trouvaille. Il a dû l'emprunter à quelque tradition populaire clirétienne.

C. Clerniont-rianneaii, le chrisme lonstantinien selon Mas'oûdi, dans les Comptes rendus de CAcad. des inscr, l!)n:t, p. 416-419; Recueil d'archéologie orientale, t. vi, p. 81-85. — » Prairies d'ir. édit. Barbier de Me>-nard et Pa^et de Courleille, t. II, p. :tl2-313. — * C. Clermont-Ganneau, Recueil d'aiihéol orientale, t. IV, p. 356.

CHRIS.ME

Ces petits jeux d'esprits, inspirés peut-être par la Gemalria juive, étalent bien dans le goût du temps, et les Pères de l'Église eux-mêmes y ont attaché souvent une sérieuse importance.

II. SiGNiFic.\TioN. — Les auteurs anciens — et ils sont nombreu.x ' — qui ont étudié le monogramme se sont généralement appliqués à lui dccou\Tir des origines mystérieuses et compliquées. La réalité fut très différente. Si on se reporte aux plus anciens monuinonts ornés du chrisme, on constate d'abord qu'aucun d'eu.x n'est daté, ensuite que plusieurs peuvent sans peine et doivent même être rapportés à une période qui s'étend entre le début du m" siècle et l'année 269, date du premier cir sire sur une épitaphe consulaire. Dans cet intervalle d'environ trois quarts de siècle, nous voyons germer et bientôt pulluler deu.K tjq)es principaux dont les éléments se ramènent à deux lettres tantôt juxtaposées, tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, superposées. Ces deux lettres grecques sont X et I pour un monogramme, X

ces deux tyjies ^fs et )|c. Il y eut une autre forme de chrisme composé de la lettre T surmonté de P, ce qui

donna -p, et bien que n'offrant pas les éléments du mot -/p'.dTo;, ce monogramme fit bon service avec les autres et eut la même signification. Impossible d'établir une chronologie rigoureuse entre ces trois tj^pes.

III. CHmsîiiE LIGATURE. — Si Hous étudions les inscriptions les plus anciennes sur lesquelles se voit le monogramme, nous ne pouvons nous soustraire à révidence tpie ce sjTnbole a été primitivement employé, non comme une sorte d'affirmation triomphale du Christ, mais simplement comme une abréviation, une « ligature » de lettres. Sur ce point les exemples abondent, mais il est indispensable de les transcrire

2826. — Inscription romaine.

D'après I3e Rossi,/îo»irt sottet-ranea, t. ii, pi. xi.vn, n. 52.

et P pour un autre monogramme. Le sens en est si évident qu'il suffit de l'indiquer pour le faire accepter de tous.

Au début de notre ère, le goût des sociétés les portait vers ces minces récréations qu'on nomme on ne sait pourquoi jeu.x d'esprit, puisque la vigueur et la délicatesse de l'esprit n'3- ont aucune part. Nous avons, de ces délassements anodins, quelques exemples dont le plus connu est l-X-0-1r'-C- Le chrisme exigea moins d'ingéniosité encore que le poisson. Quand et comment et par qui fut-il imaginé, on n'en a aucun indice. On peut supposer que c'est à Rome que la trouvaille futfaite; c'est là qu'elle obtint le plus vif succès et ses plus anciennes figurations. A dire \Tai, la trouvaille n'offrait rien de bien imprévu, eu égard à l'usage si répandu des abréviations. Voir ce mot, Diclionn., t. i, col. 155 sq. Tandis que chez les païens le système d'abréviation en usage excluait l'omission de lettres intermédiaires dans le mot, chez les chrétiens cette omission était admise et nous allons voir les deux pratiques dans un mot qui revenait fréquemment sur les lèvres des fidèles et qu'ils se trouvèrent naturellement amenés à abréger quand ils exprimaient leur pensée sur la pierre, sur les gemmes, sur le métal ou même sur le papyrus et le parchemin. Ce mot, c'était le nom du Christ, XPICTOC, qu'on abrégea suivant deux formes X et I ou X et P ce qui donna

yiNCEKJTlMil PHlASPRjopHot!

ctlNli

2827. — Inscription romaine.

D'après De Rossi, Rcma sotler., t. it, pi. XLVii, n. ."3.

afin de ne laisser aucune place au doute. Dans la deuxième area du cimetière de Calliste nous trouvons une pierre de granit blanc et noir, très dur, sur lequel on a tracé ti la pointe - (fig. 2826) :

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