‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 287 sur 303 · OLYMPIA · texte numérisé non relu

OLYMPIA

CVS DEPOSIT I

PAC -|-E VLPIVS

XIIICALENDAS

Adolescent, levant la main Uioile, portant une palme

dans la gauche, couronné d'nn diadème avec -p e/ à ses pieds les lettres DNS; de cliaf/ue côtf: de cette figure cette inscription :

OAri

Rien, d'ailleurs, ne nous oblige à chercher à Rome ou en Occident les plus anciens monuments du chrisme dit constantinien. Une inscription d'Héraclée du Pont, qui appartient certainement au lUi" siècle au plus tard, porte trois fois le chrisme''. Enfin, si-.

sancl. nom. Jesu dis'iertatio, in-4°, Romse, 1747, p. 10. — ' A. Bacci, Relazione degti scaiû eseguiti in S. Agnese, dans Rômische Quartalschrift, 1902, t. xvi, p. 53, n. G. — "" Cf. .\lle£îranza. De monogrnmmate D. .V. Jesu Christi, Mediolani, 1773, p. 1-9. — " Armellini, .Scoperta delta cripla di S. Emerenziana e di una memoria reîatiifa alla cattedra di San Pietro net cimiterio Ostriano, in-S", Roma, 1877, p. 102. — '= Pcllicia, De christicmœ ecclesia; politia, t. m, part. 1, p. 359, lit la deuxième inscription ; 0 .^l'.o; TfN-O.N ; Corp. inscr. lat., t. x, n. 668; Kaibel, Inscript. tgriec. Sicit. Ital.. n. 695. — "De Rossi, Roma soiterranea, 1. 1, p. 107 ; Dumont- Homolle, Mélanges d'archéol. et d'épigr., p. 385, n. 72; Ross a même prétendu rencontrer ce sigle sur luie inscription qu'il attribue au n" siècle, (^.f. C. Bayet, dans la Renne archéologiiiue, 1872, t. 11, p. 288.

I49rî

CHRISME

gnalons ce fragment d'insciiptinn à date consulaire maUicureusenient incomplet, en sorte qu'on hésite à fixer la date en 298, 317 ou 330 i (fig. 2833).

IV. Numismatique constantinienne. — Dès le règne de Constantin, la frappe des monnaies impériales présente des tjpes nouveaux qui s'expliquent par l'attitude protectrice prise par ce prince à l'égard du christianisme et de ses adhérents. Tout d'abord on voir paraître la croix à bras égaux % un second signe presque certainement chrétien c'est la lettre T (/aii) '; mais « l'apparition des deux monogrammes chrétiens,

composés, l'un du I et du X de 'Iï-,<jo-j; Xp'-rro /fC, et l'autre, le monogramme constantinien, du X et du P,

X, est, d'autre part, contemporaine d'une transformation plus complète de la législation de l'empire. C'est de 320 h 324, alors que ces deux monogrammes furent

2833. — Inscription du cimetière Saïnt-Hermés, à Kome. D'après A'hoî'o bidlet. di archeologia, 189.5, p. 15.

frappés sur certaines monnaies des principaux ateliers de Constantin, que furent édictées les lois : 1" qui délivraient les célibataires et par suite le clergé catholique ♦ de l'état d'infériorité où les plaçait la loi romaine'; 2° qui facilitaient l'affranchissement des esclaves par l'Église»; 3° qui autorisaient les testaments en faveur de l'Église'; 4" qui consacraient au repos le jour du dimanche '. Pendant les mêmes années, le monogramme ne paraissait pas sur les monnaies des ateliers d'Orient demeurés au pouvoir de I.icinius qui persécutait les chrétiens'. »

' Armellini, Scopcrlc nel cimitero di S. Ermcle, dans Nuovo Imlletl. di arch.rrisl., 1895, p. 15. Ce fragment, trouvé en 1844 I>ar .J.-B. De Rossi, à Saint-Hermès, fut égaré un demi-siècle et retrouvé en 1894. — ^ Frappée à Tarragone, en 314, sur les seules monnaies de Constantin, pendant sa première guerre avec Licinius. Ct. J.Maurice, L'atelier monétaire deTarragone, dans la Rei>uc niintisiiiatiqne, 1900, p. 286; O. Vœtter, Erste christliche Zeiefien aiif Rômisclien Miinzen, dans Nnmisinatisclie Zeitscliri/t, 1892, Wien, p. 118. — ' De Rossi, Bull, di arch. crisi., 1803, p. 35; .T. Maurice, L'atelier monétaire de Borne, dans Reuue numismatique, 1899, p. 474; J. Maurice, Signes chrétiens sur les monnaies de Constantin, dans le i Bulletin de la Société nat. des antig. de France, 1901, t. l.mi, p. 198. — ' C'est trop généraliseï . F.n 320-324, le célibat ecclésiastique n'était guère plus qu'une tendance. Voir CÉLIBAT. — > Code théodosien, I. VIII, lit. xvi, leg. 1 : De infirmandis pa-nis cs'libatus et orbitatis. — ' Code théodosien, i. VI, tît. VII, leg. 1 : De nianumissionibus in eccîesia. — ' Code théodosien, 1. XVI, tit. ii, log. 4 ; De episcopis. — • Code théodosien. 1. II, lil. viii. leg. 1 : De /eriis. — " J. Maurice, dans le liullrtin de la Sn\ ntit. des antig- de France,

Les monnaies de l'époque constantinienne offrent deux tjfpes distincts du monogramme et, en plus, une forme intermédiaire. Si nous cherchons de préférence dans la numismatique le tj'pe exact du chrisme, c'est que les produits des atehers monétaires offrent la garantie de monuments ofliciels. Sur ce dernier point toutefois, il est nécessaire de s'expliquer. Le chrisme frappé sur les monnaies a-t-il la valeur d'une empreinte obhgatoire et légale? Remarquons que dans les États de Constantin les mêmes symboles ne sont pas frappés par les divers ateliers. C'est la croix à branches égales à Tarragone, le T à Rome, l'un ou l'autre monogramme dans tel ou tel atelier monétaire, mais non pas indifïéremment. En effet, tandis que tous les deux apparurent simultanément sur les casques des empereurs, au droit des monnaies

à Siscia'", le type ^fC se voit seul sur les monnaies

d'Aquilée et de Tarragone", le type )^ figure sur celles d'Arles'-, ces monnaies portant les unes et les autres la légende VIRTVS EXERCIT. F.nfin, la croix à bras inégaux (la branche inférieure étant considérablement plus grande que les autres et la branche supérieure légèrement ovoïde), croix qui semble devenir plus tard la croix dite latine, apparut seule à Aquilée en 333. .\insi, dans les Étais d'un prince chrétien, les officiers monétaires devaient garder une certaine latitude dans le choix des symboles chrétiens par lesquels ils savaient exprimer la pensée de l'empereur. Aussi est-il probable que la chancellerie impériale n'envoyait aux officiers monétaires (procaratores monetanim) que la légende et le type des monnaies; mais ces fonctionnaires savaient néanmoins qu'ils entraient dans les vues de l'empereur en faisant frapper quelque symbole chrétien. Toutefois le choix de ce symbole leur était laissé et pouvait être emprunté aux usages locaux. En effet, l'on peut remarquer que les deux formes du monogramme se rencontrent déjà toutes deux dans les inscriptions funéraires de l'époque qui nous occupe. Le monogramme constantinien, notamment, a été relevé dans une inscription datée par les consuls de l'année 323", et l'autre sur dos monuments probablement antérieurs". Le T a été trouvé

au cimetière de Calliste avant Constantin. La | apparaît sur les monnaies d'Aquilée, portant la légende GLORIA EXERCITVS, en 333'=, et semble avoir été importée d'Egypte, ainsi que l'a expliqué Cavedoni'% et l'officier monétaire qui la fit frapper sur les monnaies paraît l'avoir fait copier sur la croix spéciale dont l'Église d'Aquilée avait dû emprunter la forme à l'Éghse d'Alexandrie, avec laquelle elle entretenait de constants rapports". »

Malgré cette latitude laissée sur le choix du sym-

1901, t. LXii, p. 199-200. — '» J. Maurice, L'atelier monétaire de Siscia, dans ' Numismalic chroniclc, 1901, p. 330, pi. XVI. n. 4 et 5. au droit des monnaies portant la légende Victoriœ Lœtœ Princ. Perp. — " .1. Maurice, L'atelier monétaire de Tarragone, dans la Ret'ue numismatique, 190t), pi. IX, n. 9. Le monogramme de Tarragone prêle au doute, son extrémité étant renflée; celui d'Aquilée n'est pas douteux. — '- Madden, Christictn emblems on coins of Constaiil ne I. dans Numismalic chronicle, 1877, tableau, p. 292- 293. — " De Rossi, Inscriptiones cliristianœ urbis Borna', 1861. I l, p. .'i8. Voyez un autre monument daté de 329, Ephcmeris epigraphica, t. v, p. 479. — *' De Rossi, Inscript, chris!., t. I, p. 16; But'., di arch. crist., 1863, p. 47. — " Cohen, Monnaies impériales, 2° édit., ni 257 de Constantin, 127 de Constantin II, 101 de Constance II, 75 de Constant I''^ — >^C- Ca\"edoni, Ricerehe critiche intorno délie medaglie di Costan inn, dans Upuscoli religiosi, li lerari c morali, Modônc, 18.58. t. iv. — " .1. Maurice Signes chréiiens .sur Ici monnaies de Consfnndn, dans le Bnllelin delà Société nationale îles antigmiires de France, 1901, t. LXII. p. 201.

CHRISME

bole, il est clair que, celui-ci une fois adopté, le chef de l'atelier monétaire ne pouvait le déformer et le traiter en fantaisie; c'est de ce côté que le type prend une valeur officielle que ne peut revendiquer à aucun degré le chrisme gravé sur un sarcophage ou un basrelief par le premier sculpteur venu, travaillant en vue de sa clientèle et dont le travail n'a point de contrôle. C'est le cas pour le fondeur l'orfèvre, le graveur en pierres fines et, en général, tous les artisans privés. De plus, bien qu'un certain nombre de leurs produits, principalement les épitaphes, puisse recevoir une date certaine, les monnaies l'emportent également sur ce point par les séries et les points de repère clironologiqucs qu'elles nous donnent.

Tout d'abord, c'est en parfaite connaissance des sens de l'un et de l'autre monogramme qu'on fait

usage tantôt de /! = 'Ir.rjoC; Xpio-cd;, 'T tantôt de

X? = Xp:aTÔ(; X'- Tous deux se voient sur de nombreuses épitaphes à partir de la paix de l'Église; auparavant, ils sont, au contraire, assez rares. Ce n'est guèreavant rannée279que nousrencontrons àRomele

monogramme )is » et avant l'année 298 — encore cette date est-elle douteuse — que nous rencontrons le tjTJe

X '■ A partir de l'avènement de Constantin, les séries s'ouvrent à peu près dans toutes les catégories de monuments *. Les deux monogrammes se rencontrent sur les monnaies de Siscia, au droit des pièces, sur les casques de Constantin et de ses flls, dans les émissions frappées depuis 317 jusqu'en 324 '.

Le second monogramme est aussi celui qui se trouvait, d'après la description qu'en a laissée Eusèbe et d'après les représentations que nous en avons sur les monnaies et sur les sarcophages, attaché à la partie supérieure de la hampe du fameux étendard chrétien de Constantin ou lahanim.

Mais il e.Kiste une variété du premier monogramme, qui en constitue en réalité un troisième. M. J. Maurice l'a décrit et représenté «, ainsi que Jladden '. Le problème de son origine s'éclaire d'une façon fort intéressante par l'étude du passage suivant de Laetance, dans le chapitre xliv de son livre De mortihus perseculorum, où il parle de la victoire de Constantin au pont Milvius et de la prise de Rome : Commonilus est in quiète Consiantinus ut cœleste signum Dei notaret in sentis alque ita prœlium comniitteret Fecil ut jussns est et transversa X litlera, sunimo eapite circumflexo, Chrislum in sentis notât. Ce monogramme, composé de la lettre X traversée par un iota ou barre verticale, dont la tête est en boule ou arrondie, se retrouve sur les monnaies de Tarragone frappées de 320à324,avec la légende VIRTVS EXERCIT, ainsi que sur celles de Siscia et de Thessalonique, dont il a déjà été question, et sur celles d'Aquilée. Parfois l'extrémité supérieure et arrondie du iota est inclinée. Il ne se rencontre, au contraire, dans aucune inscription funéraire de l'époque eonstantinienne ou antérieure à cette

* Le sens des monogrammes est expliqué par les auteurs anciens. Julien, dans le Misopogorit donne le sens du y t : to y?,

•ïi'./c.j-, 5i&i/.£'.v T^. ;aV. \'^',T-.'-..JiiIiani imperatoris quœ supersimt. édit. Teubner, t. ii, p 460. Le sens du ■.•.-■> ressort des inscriptions o le monogramme X est suivi des lettres D N complétant le sigle ^.-70^; \y.T:-r,:, Dominus noslcr. Cf. DeRossi, Inscripl. chnst. urh. Rom., t. i, p. 16, n. iO. Pour le second monogramme, et. Eusèbe, Vila Constantini, 1. 1, c. xxxi, dans la description du labarum : /a'j" '.' t?; '^i^-zr.^iaj Èr.r.-^'.çla^ tî. cOa-

Oo'/.ûv. Jij>j s-',:/iïU -'I Xi;<TT'.j -'Jia^r.Â'jùvTa ôvojlO, Sî'/Tiuv î:o>ÛTW' ^r:- «T/.iattv-'.v/aj^zTf.çwv, /■vU-t.i.'.j T'.j p KaTKTi ;.iï'7a;T«T'v.. * DeRoSSi,

Inscript, clirisl. iirbis Romœ, t. i, p. 16, n. 10. — ' Ibid., p. 28, n. 26. — 'Ibid., p. 38: Bull, di arcli. crisl.. 1863. p. 22; en Afrique, sur l'inscription des marijTs de Renault, datée de 329. Bull. Soc. nal. antiq. France, 1903, p. I.î9.

époque. Ce n'est donc pas sur des monnaies de cette sorte que Laetance a dû !e voir. L'officier monétaire, d'autre part, qui, en 320, le fit représenter sur I s monnaies, devait être dans le même cas. Aussi, tous deux devaient se reporter à quelque souvenir récent, éclatant, présent à la mémoiie de tous les contemporains chrétiens. Or, quel pouvait être ce souvenir, sinon celui que Laetance rappelait dans son De mortibus persecutorum, c'est-à-dire la bataille du pont Milvius, qui avait donné l'empire d'Occident à l'empereur Constantin et avant laquelle L-s ioldats de ce dernier avaient, par son ordre, gravé sur leurs boucliers le cliiffre ou monogramme du Christ? Il n'est, d'ailleurs, pas improbable que les bouclier.-, qui portaient le monogramme du Christ aient été gardés par l'armée après la victoire dccisi\e du pont Milvius.

« L'obje lion que l'on peut faire à ces conclusions, c'est qu'elle; sont lontrairei à un texte d'Eusèbe qui dit, dans la Vita Constantini, I, m, que le monogramme placé sur le labarum, lors de la bataille du pont Milvius, était composé du X et du P et qu'il fut placé, dans une couronne d'or, au-dessus du drapeau, à l'extrémité supérieure de la hampe. Il faut donc chercher si ce célèbre drapeau, sur lequel se trouvaient les insignes

2834. — Monnaie de Constantin.

chrétiens, fut réellement présent à la prise de Rome. La première représentation que l'on en trouve, ou du moins l'image d'un drapeau très analogue, fut gravée sur les monnaies de Constantinople en 325 et en 326, après l; concile de Xicée (fig. 2834) «. L'extrémité supérieure de la hampe se termine par un grand monogramme X' niais qui n'est pas encadré dans un cercle. Au-dessous de ce monogramme, une antenne transversale coupe la perspective de la hampe, en imitant la croix, comme le dit Eusèbe. A cette antenne est attaché le voile de pourpre, aussi large que haut, dont parle le même auteur, et sur lequel se trouvent, comme il l'indique, les trois médailles des empereurs, Constantin et ses deux fils.

" Il y a dans cette dernière indication la preuve formelle de l'impossibilité que le labarum ait été porté à la prise de Rome. Constantin II, en effet, n'était pas né en 312. Crispus seul, le premier fils de Constantin, vivait alors. La date admise par la plupart des auteurs pour la naissance de Constantin II est celle du 7 aoiJt 316. M. J. Maurice a reporté cette date au 7 aoiJt 314 », mais, de toute façon, Constantin II n'était pas né en 312 et l'on ne pouvait pas représenter

— ' J. Maurice, L'atelier monétaire de Siscia, dans XunUsmatic chronicle,li)00, p. 3 il, 336, pi. .xii, n. 4, 5. Le premier tj^pe se trouve sur les pièces de 'ThessaJonique ( J. Maurice, L'atelier monétaire de Thessalonique, dans Xumismalische Zeitschrift, li'Ol, p. 128), et sur les pièces de Tarragone. —

• J. Maurice, L'atelier monétaire de Tarragone, dans la Reinte de numismatique, lUOO, p. -95, n. 3,4, pi. i.x, n. 9; L'atelier monétaire d'Aquilée, dans Rivista italiana de n mismalica, 1901, pi. IV, n. 13, 14; cf. Wœtter, £rs/c ehrislliehe Zeiclien auf rom. .A/(inren.dans Xumisni. Zeitschrift, 1892, p. 49. —

• Madden, Christian emblems on coins oj Constantine, dans Sumismalic chronicle, 1877, p. 297 sq. — " J. Maurice, L'atelier monétaire de Constantinople, dans la Revue nimiismatique, 1901, p. 187, pi. V, n. 7. — • J. Maurice, L'atelier monétaire de Xicomédie, dans JVurmj;i:<i/i chronirle

CIIRISME

les luéchiillcs de Constantin et de ses deux lils sur le labarum. puisque Crispus seul vivait. Donc le labarum n'était pas présent à la prise de Rome. Mais, en 325, nous savons qu'il existait, puisque nous le voyons sur des monnaies frappées en cette année à Constantinoplc. De plus, il avait, senible-t-il, dû être inauguré avant l'élévation de Constance U au rang de César, le S novembre 324, car il y eut, à i)artir de cette date jusqu'en 326, quatre empereurs, Constantin et ses trois fds, et il eût fallu représenter ou poser quatre médailles ou icônes sur le labarum. Cet étendard avait donc été conservé et fut contemporain du concile de Nicéc, et sur les pièces frappées en 325-326 l'extrémité inférieure de sa hampe perce le dragon ou serpent, qui est l'esprit du mal, ainsi que nous l'apprend la description par Eusèbe d'une peinture du palais de Constantin '. Le labarum exprime dans ce cas la victoire du christianisme sur cet esprit de ténèbres. Nous possédons, enfm, deux explications d'Eusèbe qui peuvent nous guider dans la recherche que nous faisons de l'origine du labarum et de l'apparition du chrisme comme symbole isolé et triomphal. D'après l'une, le drapeau chrétien fut porté victorieusement en tète des armées de Constantin, aux batailles d'Audrinoplo et de Chalcédoine, lors de la con([uéte de l'Orient par cet empereur sur Licinius, en 324 '. Or, nous venons de voir que ce drapeau existait à celle époque. D'autre part, Eusèbe nous dit que Constantin, après la confection du labarum, aurait pris l'habitude de porter sur son casque le monogramme

)|( '. Or, les monnaies de Siscia nous montrent i)ré-

cisémeut ce monogramme sur le casque de l'emijcreur, très probablement à partir de l'année 317 " et certainement à partir de l'année 320. Il y a là une raison de croire que le labarum existait à ces dates.

« Quels sont donc les événements importants qui auraient pu décider à créer le labarum à cette époque'.' Nous n'en voyons que deux, ou plutôt qu'un, car ils se rattachent à la même cause. C'est l'élévation des Césars, en 317, et la célébration de leurs quinquennalla, en 320 et 321. Les portraits ou médailles de Constantin et de ses deux fds, placés sur le drapeau, ne sont-ils pas déjà une indication de ce que son origine se rattache à l'élévation des Césars ou à un anniversairede monnaies de Siscia? Cette origine est plus naturelle que celle d'une guerre. En effet, ce n'est pas en face de l'ennemi que se confectionnent les drapeaux. L'on comprend que Constantin ait fait graver, eu 312, le monogramme du Christ sur les boucliers de ses soldats; cela peut être un travail hâtif et dont l'on possède les instruments jusque sur le champ de bataille, mais l'on n'y tisse pas des étoffes et l'on n'y fait pas les portraits des empereurs.

« Il nous reste à expliquer pourquoi le labarum ne fut pas représente sur les monnaies avant l'année 325. D'abord il n'y avait pas de règle fixe dans le choix des types, pas plus que dans celui des dilïérents monétaires, mais il y a une raison pour laquelle nous peusons <iue le labarum ne pouvait pas être gravé sur les monnaies avant l'année 325. Cette raison est que l'empereur d'Occident, Licinius, ne fut vaincu délinitivement qu'à la fm de l'année 324 ' et <|u'il était païen. Or, les monnaies s'échangeaient entre les deux

'Eusèbe, De l'ilaConslanliniA- III, c m; J. IMatirice, J^'alelier monélaire de Conalantinople^ dans la Heuite numismatique, 1901, pi. V, n. 7. — "^ Hiiséhe, De uila Conslautini,\. II, c. vii-xi. — ' Eusèhc, De iiila Cuusl<uilini, I. I,

CXXXI: » ir, vioT» t'yi ■/fii-.oj; sifsiv i';..iO, »•/ . f."; ;ii':» To JTO /■!'■■;■:

', far ( sa;' — « J. Maurice, L'atelier monétaire de Siscia, dans Numismatic chronicle, 1900, pi. xvi. n. 4. — ' J. Maurice, L'atelier niniiélaire d'Alexandrie, dans ^'umiamatic ehronivle, 1902, p. 127 sq. — • C'eût été, en ilTct, rcquivalcut des

parties de l'empire et Constantin, qui faisait émettre dans ses ateliers les monnaies de Licinius, n'eût pas fait représenter sur les siennes un étendard qui ne tenait pas compte de l'existence de son co-régent. D'après des exemples de faits analogues, on peut admettre qu'un tel acte aurait pu être considéré comme une déclaration de guerre «. De plus, il ménagea les populations inùennes de l'empire jusqu'au moment de sa brouille avec Licinius, qui précéda la guerre de 324 '. Enfm, jusqu'en 322 ou 323, Constantin et Licinius gardèrent vis-à-vis l'un de l'autre de grands ménagements. Le labarum resta donc jusqu'en 324 le drapeau de l'empereur d'Occident seulement et de ses fils; il ne devint l'étendard de l'empire tout entier qu'après la défaite de Licinius, en 324. Il symbolisa alors le triomphe définitif du christianisme sur le pa.ganisme. Mais, dès 317, il avait été le drapeau chrétien de l'empire d'Occident, où ne régnaient encore que trois empereurs, Constantin et ses deux fils. Quant à la légende de sa présence à la prise de Rome, elle commence à Eusèbe et se complète dans les auteurs hyzantins. On en démêle facilement l'origine. Le

2835. — Inscription tîu cinietiere de Gatliste. D'après De Rossi, Roma sotterranea, t. II, pi. xi.w

labarum était gardé dans le palais de l'empereur à Constantinople. Suivant Théophane, il y était encore au IX' siècle, et il dut y être dès l'inauguration de cette ville. Il représentait le souvenir le plus glorieux de l'empire, et l'on se plut, en suivant Eusèbe, à en faire remonter l'origine à la prise de Rome par Constantin. Mais Eusèbe avait, en outre, des raisons particulières de glorifier la dynastie flavienne. II écrivait sa Vila Constanlini aussitôt après la mort de cet empereur, sous ses successeurs et fils, voulant célébrer leur origine et tous les actes de Constantin. Aussi sa sincérité est-elle suspecte. Il était naturel qu'il fit remonter au souvenir le plus considérable ilu règne du grand empereur les débuts du labaruu). Mais l'on a vu que son récit se contredit lui-même, et son témoignage ne peut valoir ni contre celui de Lactance, auteur chrétien, qui écrivait en 314, àla cour même de Constantin, ni contre les faits invoqués '. » V. Chrisme syjibole. — A partir du iV siècle, le chrisme se montre à profusion et sa rencontre offre moins d'intérêt. Au cimetière de Calliste, J.-B. De Rossi relève sa jirésence sur l'enduit de la paroi droite de l'entrée de la crypte papale et sur l'arc de cette porte d'entrée, peint au temps du pape Damase (voir Diclionn., l. ii, col. 1677, fig. 1924); dans les cryptes voisines, le chrisme est répété au moins une douzaine de fois dans les gralTites des visiteurs '; dans

prétentions dynastiques de Maxence et de Constantin à l'héritage de tout l'empire, qui précédèrent les guerres do 312 et de 324. CI. J. Maurice, L'atelier monétaire d'Aqailér, dans Rivîsta italiana di numismatica, p. 36. — ' J. Maurice, L'atelier monétaire de Sirniiuni, dans Riinsta italiana di n»misma/ica, 1903. — 'J.Maurice, Monogrammes ehrét. sur des monnaies de Constantin, dans le Bail, de la Soc. nat. des antiq. de France, l'.io:i, t i.xiv, p. ;i 14-317. — • De Russi, Roma sotterr., t. ii, pi. xxx-xxxiv.

CIIRISME

la ciyplc di; sainte Cécile, le iiioiiograiiuue csl incise sur le sarcophage d'Octavius Ca^cilianus.niorten 415 ', et sur deux des trois seules pierres trouvées dans le vestibule damasien de cette crypte - et dont l'une est datée de l'année 381. Puis quelques fragments minuscules et, sur l'un d'eux, le monogramme entre une colombe et un orant (flg. 2835) ^. Tout ceci fut relevé dans la crypte ad S. Xyslum; dans la crypte ad S. Eusebiam autres exemples, parmi lesquels quatre monogrammes, parmi les graffites des visiteurs *. Faute de pouvoir lui assigner un lieu d'origine tout à fait certain, nous citerons ici une petite pierre trouvée sous le lucernaire de la crypte des saints Calocerus et Partlienius et à proximité de trois issues des galeries supérieures. On ne peut déterminer son origine, mais elle reste curieuse néanmoins; nous trouvons ici le T

renverse, le ;f et A CO dans un cercle accosté d'une croix (?) et d'une palme ' (tlg. 2836).

2830. — Inscription au cimetière de Calliste.

D'après De RussI, Roma sott., t. n, pi. xlix, n. 20.

C'est évidemment après que les événements eurent donné au sjanbole une valeur en quelque sorte officielle, après que les monnaies en eurent répandu le type un peu partout que nous devons nous attendre à le rencontrer sur les monuments ou plutôt sur certaines catégories de monuments, d'autres paraissant y avoir été toujours réfractaires. C'est ainsi qu'on n'a encore rencontré dans l'épigrapliie latine qu'un seul exemple du chrisme sur une borne milliaire ' :

mOWWMMR «CONSTAT

5 ï^ INVICTO

Vn autre témoignage de l'expansion du chrisme est sa présence sur une étiquette de momie. C'est une petite plaquette de bois, mesurant 0°'124 sur 0'"038, percée d'un trou destiné à passer un cordon qui attachait la carte d'indentité à la momie; on y lit ' :

YCNGHOYC <i,nOA

^ACùNÏOYnAT

CHTOC;!:

UV/9iioJ; 'A-o>)a)v;o-j Ilottrrrîto;, c'est-à-dire : « Psentheûs, fils d'Apollonius, fils de Patsès • (fig. 2837). Le clirisme figuré sur ce petit monument semble offrir, pour la boucle de P, quelque réminiscence de la croix ansée; mais cet unique exemplaire n'autorise rien de plus qu'un soupçon.

C'est, je crois, un chrisme plutôt qu'un chiffre

'Ui Rossi, t. n, p. 117. 301. — = Ibid., t il, p. 117, IIS, pi. XXXV, n. 5. — ' Ibid., t. n, p. 260, 322. pi. .\j,v, n. 67. — ' Ibid., t. II, p. 322, — ' Ibid., t. ii, p. 322, pi. xlix, n. 20. -- ^ A. AudoUent, ^lission épigraphique en Algérie, dans Mélmges d'arcliéol. et d'histoire, 1890, t. x, p. 417, n. 13,à Tipasa, provenant de la grande voie allant d'Aizew (Portus Magnus) à Carthage. — ' C. Schnildt, Ein aUcIiristUchcs

que nous voyons sur un marbre pubhé par Fabretti et qui représente la lettre X entre deux colombes soutenant une guirlande, gracieux motif qu'on s'étonne de ne pas rencontrer plus fréquemment dans l'art chrétien e (fig. 2838).

11 ne peut faire de doute que dans ces divers monuments le chrisme a cessé d'avoir une valeur abréviative

2837. — Étitiuelte de momie.

D après Zcilschrifl fiir legyplisclic Spruchc, 1891,

t. XXXII, pi. 52.

comme dans les inscriptions du iw- siècle où il servait surtout à épargner la besogne ou l'espace; maintenant il est isolé et sa signification est indépendante de ce qui l'entoure. Cette signification, à vrai dire, ne s'en trouve pas modifiée essentiellement, mais le chrisme a pris quelque chose de distinct, d'individuel, c'est le

2838. — Inscription romaine.

D'après FabreUi, Inscriptiones antiguaruvi, 1699, p. 546, n. 6.

chrisme triomphal symbolisant Jésus-Christ, comme nous le dit saint Paulin de Xole » :

Nunc cadem crux dissimili compacta paratu Eloquilur dominum tanqaam monogrammate Chrislum : Xam nota, gua bis quinque notât numerante latino Calculas, hsec Grœcis chi scribilur, et mcdium rho; Cujus apex et signa tenet, quod rursus ad ipsam Curvatum virga facit O, velut orbe pcractu ; Nam rigor obslipus facit I quod in Elladc iota est Tau item stylus ipso brevi rétro a caciimine ductus Efjicit...

VI. Chrisme étoile. — Deux catégories de monuments, les bas-reliefs et les monnaies, nous offrent de fréquents exemples du monogramme chrétien entouré d'une couronne de laurier '". La mode semble avoir commencé par la + ou le T, elle se répandit et se perpétua; on trouve la croix fréquemment entourée de cette couronne, ainsi que les divers types du chrisme,

Mu:idcnclikcr , nebst Bemcrkiingeii iiber das Begrabnissiuesen der Koplen, dans Zeilscltri/I liir œgypliscli^ Spraclie, 1894. t. xxxii, p. 52. — ^ R. Fabretti, Inscriptionum antiqtiantm, qnae in œdibits puternis asserirantur, explicatio..., 1699, p. 546» n. VI. — 'S. Paulin de Xole, In natale II S. Felicis, vs 617- (in.'i, /'. /.., t. XLi. c 1. 544. — "J. Maurice, L' atelier monétaire de Rome, dans la Rcyiie niimismaliqtie, 1899, p. 171

CUBISME

sur k-s monnaies el .sur les iiionuiiu'iits lapidaires postérieurs à Constantin '.

Ce n'est pas seulement à Rome, mais par exemple à Kiistendsche (= Tomis) que nous le rencontrons sur

OpniAA/./i

2839. — Munuyiamnie de Kusteudscbe.

D'après Archxologisch-epiijrapk. MittUcilungen ans

Œsterrcicli-Ungarn, 1887, t. xi, p. 61.

une belle pierre de O^^S de largeur, entrée au musée de Bucharest. Le texte doit se lire, semble-t-il, ainsi : TopittW.a inifa-n; (= énLictvr,;) (èioiv) y.; = (fig. 2839). La croix et les monogrammes étaient souvent enfermes dans un cercle ou dans une couronne. Cette mode fut introduite avec le labarum et adoptée par le symbolisme alors en vigueur. Le cercle ou la cou-

cercles ou de couronnes avec leur P lantùt ouveil tantôt fermé. Seulement la croix ou le monogramme devinrent alors carrés, car les côtés équilatéraux s'inscrivaient plus aisément dans un cercle que le chrisme à longue hampe.

Le chrisme constantinien était déjà hors d'usage et, en tout cas, dépossédé de la vogue au milieu du v= siècle. Il avait cédé la place, en premier lieu, à la croi.x monogrammatique aux branches presque équilatérales. On en a sculpté de semblables à Sétif, dès l.')4'; à Kokanaya en Syrie, dés 131 '; sur une im-

ir^-

2840. — Chrisme à Delphes.

D'après le Bull, de correspondance heltcnUiue, 18'jy,

t. x.xni, p. 245, fig. 14.

poste de Delphes * que nous savons être du v= siècle et sur de nombreux monuments non datés, qui ne peuvent pas être postérieurs au vi<^ siècle. Il faut <listinguer parmi eux plusieurs plaques du musée de Gizeh, où le cercle renfermant le monogramme est, comme à Delphes, sculpté sur une plaque rectangulaire bordée de listels successifs d'un très faible relief '.

Trois fragments sculptés de Delphes appartenant à deux dalles distinctes, mais identiques, nous montrent le monogrannne à huit branches formé

2841 il 2843. - l.liiismes à Muudjclcia. D'après de Vogué, Syrie centrale, pi. 42, n. 2, .5. G.

2844. — Chrisme à El-Barah.

Ibid., pi. 49, n. 3.

ronne marquaient le régne de Dieu sur le monde, le triomphe du Christ sur le mal. Croix monogrammatique -j". nionogramnie constantinien x isolément.

séparément ou superposés

/|\ furei

nt entourés de

' De Rossi, Inscriptiones cliristiaiuc urbis Humée, in-fol., Rom;c. 1801, t. i, n. 3)0, 421, ■li2, etc.— Ml. Toclcscu, Neue Itisfliriflen ans dcr Dobrudscha, dans Arehdologischepiiirnphisclie Mittlieitiinfjrn aus Œsterreich-Unuarii, Wien, 1SS7, t ..\i, p. 01, n. 121. — ' Bullelin archéol. du Comité des travaux historiques, 1802, p. 123, pi. xv. — ' De

pal la superposition de la + et du X. Si cette origine avait besoin de démonstration, la ligure 2840 y suffirait; on voit, sans hésitation possible, cette superposition. C'est la plus récente des réformes du chrisme : eU ne laisse pas toutefois d'être assez ancienne, comme en témoignent le relief de Kiistendsche ' et l'inscrip-

Vogùé, Syrie centrale, pi. xi;i.\. — ' J. Laurent, Delphes chrétien, dans le Bull, de correspond, hellénique, 1S09, l. x.xiii, p. 220, fig. 5. — ' Gayet, dans Mém. de rinstil. Irançais au Caire, 1889, t. m, fasc. 3, pi. 34, 3,"), 37, 40, 07, 09. — 'G. Tocileseu, dans Arehiiolog. epigr. Mittheil., 1887, p. 01.

CHRISME

tion de Panion iJortant les noms d'Aicadius et d'Honorius (395-408) '. Elle est entourée d'une couronne comme à Delphes, sur une dalle du Caire » et sur une mosaïque du mausolée de Galla Placidia à Ravenne '. On voit que nous nous trouvons t ujours ramené à la première moitié du v« siècle *.

En Syrie, le monogramme étoile employé au iv= siècle disparaît au siècle suivant dans le pur dessin

2845 et 2846. — Chrismes de Kalb-Louzeh. D'après de Vogiié, op. cit., pi. 128, n. 2. et 129, n. 4.

irornement (fij^. '^8-11-2844); c'est à peine s'il se maintient grâce à l'insertion du R. A. CO entre ses branches ^ La couronne est stylisé à l'excès '. A Kalb-Louzeh, au vi« siècle, sur la façade de l'église, le chrisme étoile et la couronne sont si parfaitement altérés que le chrisme a pris huit pans ou huit rais sépiu-és par de gros pois, l'A et CO ont disparu; quant à la couronne, c'est un feuilleté en forme d'arête qui a perdu tout souvenir de la nature"; dans l'abside la couronne s'est changée en une sorte de travail de sparterie ' (lig. '2845, '^846). A Kalb-Louzeh, la partie centrale de l'archivolte de la grande arcade porte

-^'iT. - (.:hrisme de Kalb Louzeli.

D après de Vogué, op. cit., pi. 12;), n. 2.

le chrisme avec P grec, A 0) et le mot XPICTOC (fig. 2847)'.

VIL Le chrisjie latinisé. — Le clirisme s'était d'abord composé des éléments les plus simples, une combinaison par superposition des lettres X et I, de même une combinaison des lettres X et P. Avec le temps, ces types s'altérèrent sous la main maladroite des artisans et par le goût raffiné des fidèles. Si les

sigles ^, X> T pouvaient entrer dans le corps d'une

* *0 il Kuvna.Tv.ô-oÀït 'E>.).T,v;yô; =:>,',).oy[k'o: tjy'f.^.-rj^^ SUppI.

xvn, 1886, p. 92, pl.in, n. 10. — '' Gayet, dans Mém. de rinstit. Iranç., t. m, fasc. 3, pi. 43. — ' Garrucci, Sloria deirarle crislitma, in-fol., Prato, 1873, pi. 232. — * J. Laurent, dans le Bull, de corresp. hellen., 1889, t. xxin, p. 245. — - De Vogue, Syrie centrale. Architecture civile et religieuse du I" au vu' siècle, in-4=, Paris, 1865, pi. 42, n. 2, 5, 6; pi. 49, n. 3; pi. 50, n. 1, 2; pi. 68, n. 1; pi. 70, n. 1, 2; pi. 'J9, 137, 147.— • Ibid., pi. 62, 127. — ' Ibid. pi. 12S,

phrase avec un sens, il n'en était plus de même, du moment qu'on isolait le chrisme, qu'on l'accostait des lettres A CO, qu'on l'enserrait dans une couronne. Dès lors, il cessait rapidement d'être utihsé comme abréviation pour acquérir une sorte d'individualité distincte qui le rendrait la proie des fantaisies et la victime des déformations de tous genres qu'on

souhaiterait lui infliger. C'est ainsi que ÏJs avait été

abandonné et remplacé par -p, forme qui prévalut dans les sépultures à Rome depuis la fin du i\" siècle

2848. — Inscription de Mérida.

D'après Hîibner, Inscript, llisp. christ., Suppl., IIAXJ, n. 332.

jusqu'au milieu du v= siècle", de même que )^ élevé du rang de simple graphie à la dignité de symbole, vers le temps de la paix de l'Église, était délaissé, ou du moins avait perdu la vogue au milieu du v« siècle.

On avait trouvé autre chose : le chrisme avec le P remplacé par le R latin; cette forme nouvelle a été réputée caractéristicpie des monuments à partir de la deuxième moitié du ve siècle" et avoir une origine occidentale '^. Ces deux points de vue sont erronés ".

1° Espagne. — En Espagne, le chrisme garde jusqu'à une date tardive sa fonction abréviative dans la phrase épigraphique '* concurremment avec la disposition isolée. Ainsi qu'on peut s'y attendre dans une

province éloignée, le -|- se retrouve à une époque où il semble avoir généralement disparu ailleurs " et le

]x fait son entrée tardivement lui aussi, en 46(5".'; un le rencontre en 489, en 510, en 525, en 632"; l'exemple de Mérida conserve le -f avec A CO jusqu'en

n. 2. — • Ibid., pi. 129, n. 4. — ' Ibid., pi. 129, n. 2. — " De Rossi, dans iîijHe/l. di archeol. mnnicip., 1872, p. 51.

— " Garrucci, Sloria delCarte cristiana, t. v, p. 83. — '- C. Cahier, Souveaux mélanges d'archéologie, in-i", Paris, 1874, t. Il, p. 223. — "Ce qu'a montré De Rossi, Bull, di archeol. crist-, 18S0, p. 155-160. — " E. Huebner, Inscriptiones Ilispan christ., n. 169,182, 203. — " /fcid, n. 169.

— '• Ibid., n. 98, 312, 44, 332, 304, 2. Pour le n. 304 de Mertola, nous l'avons donné déjà. Dictionn., t. m, fig. 2473.

517 ce qui (fig. 2848) » :

CHRISME

mérite à coup sûr d'être reniarclui-

CANTONVS FAMVLVS DEI VIXIT ANNOS LXXXVII REQ VIEVIT IN PACE a XI KALENeiANVAR lAS ERA DL QVINQE

Xtw

2" Gaule. — En Ciuule, le iiioiiogramme latinisr n'est pas cliose rare et on s'est fourvoyé en le taisant descendre au viii': siècle ^ la majorité des exemples qui se sont conservés appartient au vi« ou même au V siècle. Outre la ceinture de saint Césaire d'Arles (-|-542)' et le pupitre attribué à sainte Radegonde et qui a pu appartenir au même saint Césaire', nous rencontrons le clirisme sur l'épitaplie de Fœdula, baptisée par saint Martin de Tours avant la fin du ivi= siècle ', et sur un groupe d'épitaphes de Trêves

2849. — Linteau à Serdjilla. 2850. — Clirisme à Serdjilla. D'après de Vogiié, op. cit., pi. SI, 33.

dont on ne saurait reculer la date au delà du milieu du V» siècle '. Une de ces épitaphes avec le chrisme l.itinisé se voit sur un sarcophage qui contenait, lors de son ouverture, u .c monnaie à l'elTigic de Magnus Maximus (3'^3-388) '. En somme, en ce qui regarde la Gaule, ce type appartient à la première moitié du v« siècle et même aux dernières dizaines d'années du siècle précédent.

3" Italie. — En Italie, le R substitué au P se

montre sur les monogrammes -(- et )^ qui décorent les sarcophages de Ravenne des \i' et vii= siècles ' et sur quelques autres sarcophages de ce type ravennate dispersés en Vénétie ou en Ligurie, par exemple à Milan ' et à Padoue "^. Dans l'Italie centrale, .T.-B. De Rossi n'en connaissait aucun exemple; à Rome, un seul, sur un sarcophage ancien, mais d'époque douteuse, employé depuis pour la sépulture du pape Pie III dans les grottes vaticanes ". Dans l'Italie méridionale, le premier exemple connu est celui que donnent les chapiteaux de l'abside de San Giorgio à Naples. \oir Diclionn., t. ii, fig. 1442. A Genève, une inscription datée porte les clirisnics

' F.Fita yCoIome,dans Bolelin de la Acad.de la /iis/.,1894 t. XXV, p. 78, n. 41 ; Monumetitos ar uitei-tônicos de Espana, lasc. 57; E. Hiibner, Inscripl. Ilispan. chrisl., Supplem., p. 21, n. 332; conservée au musée de Mérida. — ' C'était par exemple sur le tombeau de saint Léotade.évcque d'Auch, mort en 718; Caneto, Tombeau roman de saint Léotliade^ in-8'', Paris, 1SÔ7: Garrucci, op. cit., pi. 387, n. 5; mais celte tombe fui probablement vidée de son contenu pour recevoir saint Léotadc. Voir Dictionn., t. i. i ol. 3144. — " De Lauriére, dans le Bulletin monumental^ t. xliii, p. 241 ; Dictionn., t. I, fig. 982. — ' Palustre, dans le Bulletin monumental, t. XLiv, p. 264-2G5. Voir Oiclionn., t. i, col. 887, fig. 201 . — ' E. Le Blant, Inscripl. chrét. de la Gaule, in-4°, Paris, 185G, t. i, p. 63, n. 412, pi. 292; Corp. inser. lai., t. xii, n. 2115. — • E. Le Blant, op. ci(., t. i, pi. 153, 160,

DICT. D'aRCII. CrinÉT.

-|- etj;j( latinisés avec R. La date de cette inscription peut être 445 ou 492, et d'après ce qu'on vient de dire, il est assurément plus sage de préférer la <late 492 '^. A Aquilée, le chrisme latinisé se voit sur une inscription non datée, mais dont le style et les formules annoncent le v^ siècle. Le monogramme y est deux fois répété " :

-j^lN HOC LOCO D POSITVM VITALE PLVS WIENVS ANS

llTiPAVS XvTF KALs

5 SEMs DIAE LVNIS

DEFVNTVS IN PA

colombe tenant colombe tenant

un rameau. une couronne.

arbre

orant ^"T^

arbre

En définitive, l'Italie septentrionale s'accorde avec les dates déjà notées et doit avoir reçu le chrisme latinisé vers la fin du v" siècle.

4° Syrie centrale. — Rien dans tout ceci ne permet de se rallier à l'opinion qui faisait apparaître d'abord

2831. — Linteau à Serdjilla.

D'après de Vogué, o;). cit., pi. 31.

en Gaide d'où il émigrait en Italie, le chrisme avec l'R httine. De Rossi avait pressenti plus que prouvé où cette substitution de R à P avait eu lieu; les découvertes de la mission de VogUé dans la Syrie centrale l'avaient mis sur la voie. Parmi ces découvertes si inattendues pour l'histoire de l'architecture chrétienne, l'épigraphie et la symbolique n'étaient pas entièrement délaissées, quoique moins curieusement éclairées par les trouvailles. En particulier, on constata l'usage tout à fait commun du monogramme latinisé dans la décoration des édifices tant publies que privés appartenant aux premières dizaines d'années du v siècle"; il y eut plus, on trouva des dates certaines. Le chrisme latinisé était peint et sculpté sur un tombeau de l'année 420; sculpté sur un monument de 431, et sur les portes du mausolée de Diogène, attribue au iv siècle, contigu à un tombeau de l'année 377 '^ La lettre P modifiée telle que nous la voyons sur ces architraves et sur cette peinture était en Syrie un type employé non pour le P grec, mais pour l'R latin, ainsi (ju'en témoigne une inscription latine gravée sur un pressoir".

174, 190; Bull, di areh. crist., 1864, p. 13, 14. — ' E. L- Blant, op. cit., 1. 1, p. 252, pi. n. 160. — ' Garrucci, op. cit., pi. 311. n. 5; 332, n. 4; 336, 337, 345, 355, 356 387, n. 8; 389, n. 2-4; 390, n. 2-4; 391, n. 3; 393, a. 1-3. — • AUegranza, Spiegazoni di al uni sacri monumenti di Milano, in-4", Milano, 1757, tavola II. — " Dans l'atrium annexé ù l'église de Saint-Antoine. — ■' Dionigio, Cnjpl- Vatican, monum., pi. xlviii. — '■ De Hossi, Inscriptiones ciirislianaurhis Komœ, t. i,p. 401. — "Grcgorutli, Le antichc lapide di Aquileja, in-8" Tricste, 1877, n. 659; Corp. inscr. lat., t. V, n. 8003; De Rossi, BuH (nio di arcli-ol iijia er sliana, 1880, p. 157. — "De Vogfié, Si/n'e centrale, in-4', Paris, 1865, t. I, p. 82, 83, 88, 89; pi. xxxi, xx.Mii, xlii. — '■ Ibid., pi. LXXI, LXXXI, xcix, c, cxxvii, cxxix, <xi. — ■ Ibid., p. 85.

CHRISME

lôOS

Il serait assurément peu vraisemblable que le chrisme latinisé se rencontrât dans la Syrie centrale comme dans une sorte d'ilot et qu'on ne le retrouvât pas ailleurs en Orient. Cette invraisemblance s'accroît encore si l'on veut bien se rappeler que l'art ornemental syrien est tout pénètre d'inlluences voisines. J.-B. De Rossi remarquait qu'un exemplaire avait été trouvé à Olympie ', il n'en connaissait pas en Grèce et formait !e vœu que les archéologues, avertis de l'existence de cette variante, voulussent bien noter sa présence partout où ils la rencontreraient. Le problème avait d'autant plus d'intérêt que toutes 'es vraisemblances étaient pour l'importation orientale

■2S52. — Clirisnie à Kl-Bai-ali.

et byzantjie du clu-isme latinisé à Ravenne, au lieu de l'importation par la Gaule.

A Serdjilla, sur une maison du V siècle, nous voyons le chrisme latinisé accosté de X A Cù; manifestement on a voulu loger quelque chose dans le'champ laissé vide à gauche du R ^ (fig. '2849, -2850): et sur la même maison, on voit un chrisme non latinisé (fig.^2S51). A El-Barah, :e chrisme est encore une combinaison de l'étoile avec R. A. 00' (fig. 2852).

D'ailleurs, le chrisme se rencontre à chaque pas en Syrie, sculpté sur les portes, les fenêtres, ïcs sarcophages, isolé ou combiné avec l'ornementation. Quoiqu'il y ait une assez grande variété dans les ar-

dition qui s'cllace, l'autre d'un usage vivant '

5° Grèce. — En étudiant les chapiteaux (voir ce mot) nous avons tait remarquer qu'en Orient, au v« siècle, les chapiteaux composites, théodosiens ou autres, ne furent guère employés sans l'imposte, membre architectural en forme de pyramide quadrangulaire tronquée, dont la petite base reposait sur le tailloir du chapiteau, sans en dépasser les arêtes.

A Delplies, les fouilles ont ramené au jour vingtcinq impostes ou fragments d'impostes de formes et de dimensions variées: non moins diverse en est l'ornementation. Ici, nous n'avons à nous occuper que de celles sur lesquelles deux feuilles d'acanthe molle ou deux feuilles d'eau encadrent une croix longue monogrammatique. Prenons une de ces impostes (fig. 2854) qui, n ornée sur une seule face, y réunit des demifeuilles d'acanthe molle, deux feuilles d'eau et une croix longue monogranunatique à P ouvert. L'acanthe molle, telle qu'elle est exécutée sur cette imposte.

2f53. — Monogrammes à Kokanaya en 431.

D'après de Vogiiè, Si/ric ceolrale, pi. 49.

rangements de détail, le symbole se ramène aux types connus plus ou moins déformés ou dissimulés sous les accessoires '. Les exemples datés appartiennent tous en Syrie au tj-pe récent, à partir du v et pendant le VF siècle. A Kokanaya dans la maison de Domnos, construite en l'an 431, nous rencontrons deux types appartenant aux deux systèmes, le dernier renferme seul le R, il a une apparence plus symbolique que le premier qui a une physionomie plus ornementale : l'un parait provenir d'une tra-

•28j4. — Imposte à Delphes.

D'après le Diiliet. de cut-resp. hellénique, 1899, t. xxui, p. 21b.

est antérieure à Justinien; mais, selon la théorie fort juste de M. Strzygowski. elle peut d.ater du iV ou du v* siècle, sans qu'il soit possible, en dehors d'une autre indication, de préciser davantage. L'argument décisif, capable de mettre fin à cette incertitude, se trouve heureusement sur l'imposte même : c'est la croix longue monogrammatique à P ouvert qui est au centre de la décoration. L'originalité principale de ce monogranuiie est de renfermer le P ouvert, que J.-B. De Rossi croyait d'origine grecque, sans pouvoir le prouver, faute de documents ^ Ou a trouvé depuis lors d'assez nombreux exemples, soit simples comme sur notre imposte ', soit accostés des lettres ACO*, soit enfermés dans une couronne'. Ils sont dispersés dans l'empire romain tout entier, depuis la Syrie et l'Egypte jusqu'à l'.Xfrique et la Gaule, en passant par Constantinople et par l'Italie [et même par l'Espagne]'". La Grèce seule a longtemps paru en manquer et De Rossi s'en étonnait à bon droit. La

' Bull II. (il arche loijia crisliana, 1880, p. 159. — = De Vog é. op. 11/ , pi. wxi, XXXIII. — ' Ibid., p. 82, flg. 32. — ' Ihid., p. 88, 122, pi. xcix. — ' Ibid-, p. 88. — 'De Rossi, Bull, di anh. crist., 1880, p. 159, note 1. — ' A Constantinople (Porte d'Or), cf .1. Strzygowski, Jahrhûehei; 1893, t. viii, p. 234 note; en Italie, en Gaule: Bull, di arch. crist., 1880, p. 156 sq. — ■ Naples : Bull, di arch. crist-, 1880, pi. x, p. 154; à Deîr Sambil : do Vogué, Syrie centrale, pi. cli. — ' Sur une inscription de Panion, datée du régne d'Areadius et d'Honorius, dans '0 l, 1C.,.«t»,t..-,- -.;•/.:; •i:>,>,,,,:/.>,; =:;,./, «v'"^: 1 /,:,.'.-:',:, 1886, t. XVII, Suppl. p. 92, pi. iir,'n. 10; au musée de Boulaq : Gayet, Les

monuments coptes du musée de Boulaq, dans les Mémoires de rinstit. Iran-;, au Caire, 1889i t. m, fasc. 3, pi. 34, 35, 37. 4). i:', 48, 67, 69; .'i Besançon, sur un autel de la cathé dralc: Revue de fort chrétien, 1897, p. 509; à Ravenne, aux SS. Nazaro et Ceiso, photo Ricci, n. 68; à Co^tanza, dans la Dobrudja, dans Archœologisch-epigraphischc Mitllieilungcn aus Oesterreich. 1887, p. 61; à Constantinople. dans la colonne d'.\rcadius : Jahrbiicher, 1893, t. viii, p. '2:i3, lig. 3: a El Barak, en Syrie: Corp. inscr. grwc., t. iv, n. 9152; à Sétif, dans Bull. arch. du Comité, 1892, pi. xv, p. 123. — ■° E. Hûbncr, Inscript. Ilispaniœ chrislianir. 1871. n. Il 98, 99; Supplem., n. 304, 312.

CliRISME

vérité est que la Grèce, si pauvre qu'elle soit en antiquités chrétiennes, n'en est pas complètement dépourvue, mais qu'elle est le pays du monde où l'on s'est le moins soucié de les voir ; il a suffi à M. Strzygowslvl (le regarder autour de lui dans les ruines pour signaler des croix longues monogrammatiques à P ouvert', et voici que les fouilles de Delphes en ont fourni d'autres. De tous ces monogrammes, bien peu sont datés, mais ceux dont l'âge est connu se groupent dans le temps, malgré la distance qui sépare les endroits où on les a trouvés, avec une remarquable précision. Il en existe : à Constantinople, de 388-391 (Porte d'Or) et de 421 (colonne d'Arcadius); en Syrie, de 417 (El Barak), de 420 (Delr-Sambil) et de 431 (Ivokanaya); en .Afrique, de 454 (près Sétif): à Xaples, des environs de 411 -. l.e seul qui soit franchement postérieur se trouve au pala.is de Tliéodoric à R.ivenne,

2855. — Chapiteau-imposte ionique à Delphes. D'après le Bullet. de corresp. hi;llèniqut\ 1809, t. xxin, p. 236

mais est-il certain qu'il soit de .504'? Il a peut-être été réemploj'é dans la construction du palais et, n'en serait-il pas ainsi, par son isolement chronologique, par son éloignement de la Grèce propre, il ne saurait prévaloir contre les autres exemples et empêcher de considérer la croix longue monogrammatique à P ouvert comme caractérisant, sauf exception motivée, les monuments de la première moitié du v= siècle. L'imposte, de même que les chapiteaux théodosiens de Delphes, doit donc être rapportée aux environs de 4.50, et plutôt avant qu'après'. »

Les mêmes fouilles de Delphes ont rendu neuf chapiteaux-impostes ioniques du milieu du v» siècle, plusieurs d'entre eux présentent le chrisme à P ouvert* (fig. 28.Ï.Ï): les dalles de revêtement en marbre en fournissent de nouveaux exemples. C'est le cas pour celles dont la fig. 2850 représente quelques débris. On y voit un chrisme hybride encadré de plusieurs moulures phites, qu'une mince rainure distingue les unes des autres; une senddable rainure borde les arêtes des bras de la croix dont le relief est faible mais net. Cette sobre décoration est soignée et appartient au v<^ siècle'.

' Strzygowski, Jahrhmher, 1893, t. viii, p. 233, note 18 : il énumére Constantinople, Athènes, Corinthe, Thèbes. — ' En Espagne, les exemples se placent en 466, 489, 510,

Ces dalles de revêtement mesurent jusqu'à O^IS d'épaisseur, elles ont pu faire partie de sarcophages. Les fragments ainsi ornés appartiendraient à des couvercles terminés en frontons comme celui d<' Ravenne (fig. 2857). « Il y a même entre nos dalles et ce sarcophage une analogie singulière : le chrisme du sarcophage n'est pas disposé normalement dans le triangle qui l'enferme; il est dans une position oblique par rapport à la base comme aux côtés du triangle. Or, nous avons constaté que la même particularité

2850. — Diilles de revêtement à Delplies. Ibicl.. p. 2:19.

distingue plusieurs fragments de Delphes dont deux sont reproduits ici. Il n'est pas douteux (pi'il faille chercher la raison de cette anomalie dans l'amour du y" siècle pour le symbolisme; mais là se borne ce que nous pouvons en dire, car, en l'absence d'autres exemples connus, ceux de Ravenne et de Delphes n'ont pas une signification assez évidente pour qu'il soit possible de les expliquer autrement que par des conjectures. Cependant, quoi qu'il faille penser de cette singularité, elle établit une ressemblance de plus entre les fragments de Delphes et le sarcophage de Ravenne. » Ces fragments, vu leurs (linicnsions, ne

2857. — Fronton d'un sarcophage de Ravenne.

D'après le Bitllet. de corrcsp. hellénique, 1899, t. xxni,

p. 240, fig. 11.

pouvant provenir de sarcophages, il est impossible de leur supposer une autre destination sinon celle d'avoir servi de revêtement à un massif de maçoimerie, probablement à un ambon.

6° Egypte. — L'art copte nous offre pour sa i)arl de nombreux exemples de chrismes latinisés. Sur ce point particulier, l'art copte s'est montré peu inventif, il a accueilli et reproduit, probablement sans y rien entendre, ce (|ui se faisait ailleurs. La mode était aux croix dont la partie supérieure s'enjolivait d'une petite virgule; on se conformait à la mode et tout al-

525, 662. — ' J. Laurent, Delphes chrélien, dans le Bull, de correspond, hellénique, 1S99, t. xxiii, p. 218. — ' Ibid-, p. 235-236. — • Ibid., p. 239-240.

CHRISME

lait bien ', mais ce n'est plus ni le P grec, ni même l'R latine, c'est pure fantaisie *. Le chrisme est une simple croix équilatérale inscrite dans une couronne': parfois, on prend soin comme en Syrie de remplir le champ de l'espace demeuré vide, après l'insertion de R. A. CO, par un signe quelconque'; il arrive qu'on fait erreur et le petit jet figurant R est mis à contre-sens H*. Si le chrisme se conserve avec le P.. c'est par hasard et la boucle atrophiée de la lettre grecque est aussi inintelligemment reproduite que la volute de la lettre latine «.

Ce n'est pas seulement sur le monogramme

que se greffe l'R latine', les ébénistes et les tailleurs de pierre l'ajoutent généralement sur le monogramme

Ils font mieux, car il est mani-

constantinien

teste que ces braves gens n'y mettent pas de malice, mais n'entendent plus rien à toute cette floraison de monogrammes. A Erment sur une épitaphe de la fin du ive siècle, ils en mettent quatre au choix et le latinisé n'y est pas encore' :

aù>u.a [l'îv £v6iSï y.t'.zx: àz'.[>.-iT,T:(fj May.ap;'-/;;

iùç k'ôoî e'j(7Eoé:»Jv v='j(7à[i£vov ôavirou* a-j-r, c' oOpavîr,v UtJ.iùi t.oi.:-' i[iî;7ro).£'j£:,

■ Avant que tu ne dises : 0 tombe, qui, ou le des- « cendant de qui gît là? » la stèle crie à tous les passants : r. Ci-gît le corps d'une bienheureuse d'éter- «nelle mémoire, qui a goûté la mort réservée aux gens o pieux; quant à elle-même ">, elle habite la céleste cité «des saints, ayant reçu la récompensede ses travaux, « les couronnes célestes.

7° Afrique. — Nous avons vu que la modification du monogramme hybride (gréco-latîn), loin de commencer, comme on pourrait s'y attendre, dans les pays latins, est apparue d'abord chez les Grecs, en Orient, aux environs du v siècle ou même un peu plus tôt, vers la fin du iv. D'Orient, ce t\-pe se répandit dans lei Gaules et, plus tard, dans les provinces de l'exarchat, en Italie et à Venise; on le rencontre à grand'peine à Rome; à Naples, il se présente sur les tailloirs des co onnes qui soutiennent l'abside de la basihque de l'évêque saint Sévère, fondée dans les premières années du v siècle. Voir t. ii, fig. 1440; les dimensions très restreintes de ce dessin n'indiquent pas suffisamment le R qui existe sur l'original.

En Afrique, ce type d'abord très rare commence

' A. Gayet, Les monumenls coptes du musée de Boulag, dans Mémoires de la mission frarh:. au Caire, 1899, t. m, fasc, p. 17, flg. 39 bis, 46, 47, 48, 49. — ' Ibid., fig. 46. — ' Ibid., flg. 46, 47, 48, 49, 50 une torsade, 55, 56, 58 un cercle gemmé, 62, 80 bis, 81 bis. — • Ibid., flg. 47. — ' Ibid., flg. 49. — ' Ibid., flg. 64. — ' Ibid., fig. 39 dis, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 55. 60, 80 bis, 81, 81 bis. — 'Ibid., fig. 58, 61, 62. ^ » C. Schmidt, Ein allchrislliches Mumieneliketl nebsl Bemerkungen iiber dos Begriihnissioesen der Kopten, dans Zeitschri/t fur cegyplische Spraclie, 1894, t. XKXiii, p. 59; Keene, dans Proceedings o/ the royal i:ish Academy, t. n, n. 2, p. 295 sq. On ne connait d'ailleurs que peu de monogrammes constantiniens en Êgj-pte, ce qui avait induit J.-B. De Rossi à croire qu'on ne l'y trouvait ras. t f . cependant : Fôrrer, Die GrMer und TexUlfunden von Achmin Panopolis, 1891, pi. vni, n. 12; Fôrrer, Die /rûhchrisllichen AUerihùmer ans dem Grciber/elde von Achmin

à se montrer plus fréquemment. On peut mentionner des exemples dans les inscriptions d'Ammjedera, dont l'une est datée de l'année quatrième du règne d'Hildéric (525-526) et les autres sont plus ou moins du même âge". A Tébessa, une inscription non datée, mais facilement attribuable à la fin du v= siècle ou

- Chrismes d'Henchir-Zirara.

D'après le Bulletin monum., 1889, t. Lv, p. 322,

pi. II, n. 4, 7.

au début du siècle suivant '-; près de Tébessa, à Henchir-Sahari, une sculpture grossière sur une pierre qui a pu ser\ir de pierre d'autel ". Voici de plus notables exemples dans les sculptures de la basilique d'Henchir-Zirara.

i: Dans l'ornementation sculptée de la célèbre basilique de Tébessa, les monogrammes sont formés de la croix en X, combinée avec le P grec plus ou moins

2859. — Chrisme de l'aqueduc de Carlhage à Zaghouan.

D'après Mémoires de la Soc. des antiq. de France, 1903,

t. LXiv, pi. 1.

aplati dans la courbe inférieure de la boucle. De la même forme, non de la gréco-latine, sont les monogrammes sculptés dans les décorations architecturales

Panopolis, 1893, pi. xr^", n. 6; pi. xvm, n. 2; cf. pi. m, n. 13. Enfin G. Lefeb\Te, Becueil des inscriptions grecques chrétiennes d'Egypte, ia-i". Le Caire, 1907, Introduction, p. xxxm sq., en meationne onze exemples; les autres chrismes se rencontrent également dans répigraphle. lichrisme étoile deux fois et avec une altération, à partir du VII» siècle; la croix monograininatique, quarante-huit fois. — '« Opposition ordinaire entre le corps qui gît sous la pierre et l'âme qui est au ciel. — " Corp. inscr. lat., t. vm, n. 450, 455, 458, 10516, 11528, 11648, 11649; De Rossi, Bull, di arch. crist.,lS~S, pi. vi, n. 1,4, p. 26; cl. S. Gsell, Édifices chrétiens d'Ammeedcra, dans Atti del II congresso di arch. crist., 1902, p. 229-230; S. Gsell, Musée de Tébessa, in-4», Paris, 1902, p. 52, note 3. — ''Corp. inscr. lut., t. vnr, n. 2.117. — "De Rossi, La capsella argentea, dans Bulletin monumental, 1889, t. lv, p. 334; Corp. inscr. lat.. t. vm, n. 17747.

CHRISME

d'autres basiliques et oratoires d'Afrique'; la plus grande partie de ces monuments sont du v siècle; dans ceux de l'époque byzantine, c'est-à-dire de la restauration de l'empire grec, après l'expulsion des Vandales par Justinien, on voit apparaître souvent les simples croix au lieu des chrisnies. A l'époque intermédiaire, c'est-à-dire vers la première moitié environ du VI' siècle, il faut attribuer les ornementations dans lesquelles domine la forme hybri<le du chrisme.

2860. — Dosseret à Tigzirt.

D'après P. Gavault. Études SU7' les ruines i-umaines de Tigzift,

dans Biblioth. d'arch. africaine, 1897, 1. il, p. 30, lig. 6.

A cette époque appartiennent certainement l'inscription citée d'Amma;dera et les autres delà même localité qui lui sont contemporaines ". » Les monogrammes tracés sur les chapiteaux et les tailloirs d'Hencliir-Zirara appartiennent sans hésitation possible au type gréco-romain (fig. 2858).

La plupart de ces monuments commencent d'ailleurs à être connus : décrits ou figurés dans les travaux archéologiques, d'autres courent risque de demeurer lontemps encore ignores; comme c'est le cas pour une relation manuscrite d'un correspondant de Peiresc qui signalait « dans la ville de Thunes » (Tunis) '1 gravée sur ce grand nombre d'arcades qui

Il s'agit évidemment du grand aqueduc de Carthage à Zaghouan ; on doit sans doute comprendre la phrase un peu obscure : . . . et les voûtes fort hautes, et au milieu une croix » par : sur la clef de voûte d'une des arcades. Le chrisme ainsi signalé est le premier document èpigraphique de quelque intérêt pour l'histoire de l'édifice. Sur une circonférence dans laquelle, senible-t-il,est inscrite une croix, est plantée une croix

se^^'

2862. — Cadran solaire à Cartilage.

D'après Comptes rendus de l'Acad. des inscriidions,

monogrammatique. Cette disposition, que nous signalons ailleurs, notamment dans la numismatique mérovingienne, parait exceptionnelle en Afrique'. Le dessinateur a oublié de dessiner l'Cû".

A Tigzirt (l'ancienne Rusucurru),un dosseret de la basilique ruinée nous donne le chrisme latinisé avec ACO (alpha cursif). La queue du R se confond presque avec le premier jambage de Yoméga'' (fig. 2800).

Mentionnons enfin quelques autres spécimens africains du chrisme gréco-latin : deux monogrammeo sans inscription en Proconsulaire °, quatre en Numidie', un en Maurctanie'". Dans ces divers mono-

iHùl'

281Î1. — Pierre d'IIencliir-Gousset. D'après Rec. de la Soc. archéol. de laprov. de Constantiyie, 1804, t. x.xix, p.

Dg. 2.

pouvoient avoir servi pour un grand aqueduch ou est gravée une croix avec les deux premières lettres du nom de N. Sauveur Jbesus Christ'. » — « Ce qui se trouve de mémoire antique au chemin de Tunis pour aller au Carravaii. Il se trouve plus de trois cents archades taictes de pierre et ciment, les pierres fort grandes et les voijtes fort hautes et au milieu une crois faite en ceste façon * » (lig. 2859).

' Cf. De Rossi, Bull, di nrcheol. crist., 1876, pi. iv, v; 1877, pi. VIII, p. 97 sq., llli; 1S78, pi. VII, p. 115 sq.; 1880, pi. IV, p. 74 sq.; 1881, pi. XI, p. 1-17 sq. — = De Rossi, dans Bull, moniim., 1889, t. i,v, pi. ii, n. 4, 7: pi. m, ii. 5, 6; p. 332 s(i. — ^ Bil)lioth. nationale, iiis. fonds latin 3967^ loi. 169; L. Poinssot, Une lettre de J.-P. d'Olliiiier à Peiresc. Inscriptions d'Afrique inédites, dans les Mémoires de la Société nationale des antiq. de France, 1903, t. i.xiv, p. 3. — * Ibid-, p. 5. — •■ Celle disposUioii est fréquente dans l'art copte. — ' Sur cette disposition du chrisme avec les lettres » et u., je renvoie à ce que j'ai exposé, dans Dictionn.,

grammes la croix est accompagnée des lettres x et lo. Un petit nombre seulement de ces textes sont datés d'une façon précise et certaine; la mosaïque de la ferme de Kesseria est de l'année 454, deux tombes d'Amma;dera sont de 510 et de 525-526; pour la plupart des autres monuments, ils proviennent en majeure partie d'édifices dont l'attribution soit au vi<^ siècle, soit aux dernières années du v^^, est quasi

t. I, col. 1-18. — ' P. Gavault, iituda sur les ruines romaines de Tigzirt, dans Biblioth. d'arch. africaine, 1897, t. Ii, p. 30, fig. 6, n. 5. Cf. p. 3G, lig. 8, n. 4, un exemple de chrisme simple dont la boucle est tournée à gauche. — ' A Carthage et à Henchii-el-Matria, Corp. inscr. lai., t. viii, n. 14265, 15419. ^ 'A Fedjet-el-Ghussa : Corp. inscr. lai., t. VIII, n. 17G09; à Henchir-.\krib, dans Mél. d'arch. et d'hi.^l., 1903, t. xxiii, p. 5-G, 23; les deux d'Henchir- Zirara. — ^* Près d:- Sétif, à Kesseria P. Gauckler, Inscriptions inédites d'Alijérie, dans le Bulletin archéol. du Comité I des trav. hist., 1892, p. 123-125, pi. XV . . 1

CHRISME

certaine, comme c'est le cas pour les deux petites basiliques d'Hencliir-Akrib et d'Ilenchir-Zirara et pour une pierre de •in'SO surO^GS, trouvée à Hencliir- Gousset, avant appartenu à une grande construction^ (fig. 2861).'

Enfin nous tenons à citer un monument récemment découvert dans la basilique de Damous-el- Karita, à Carlhage. Voir Diclionn., t. ii, col. 2252 sq.

28(>3. — Pièce de bronze de Childtbert.

C'est un beau cadran solaire de forme concave, portant gravée la croix monogranimatique avec A Cù »

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