‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 34 sur 303 · CHAMBRES DES SACREMENTS — CHAMEAU · texte numérisé non relu

CHAMBRES DES SACREMENTS — CHAMEAU

sacrifice d'Abraham '. Dans A'' le prétendu cycle se réduit à Moïse, le pêcheur, ensuite le repas des disciples au bord du lac de Tibériade ^ à la paroi suivante reparaît une scène de baptême, un naufrage, un docteur et les cléments eucharistiques, enfin on arrive à Lazare. Tout ceci, on en conviendra, est loin d'ofirir un développement didactique. En ce qui regarde le baptême et l'eucharistie, la chambre A= n'ofîre rien de plus que la chambre A' et tout se réduit, en complétant l'un par l'autre, h une scène biblique, Moïse frappant le, rocher, deux scènes évangcUqucs, la Samaritaine et le paralytique, un épisode historique, le Christ dans le Jourdain pour commenter et introduire le baptême administré par un prêtre en A»; tout se réduit de même, en complétant l'un par l'autre, à une scène biblique, le sacrifice d'Abraham, deux scènes cvangéliques, le repas au désert, le repas au bord du lac, une nature morte, pain et poissons sur un trépied et sept corbeilles pour commenter et introduire la célébration eucharistique par le Christ ou par UB prêtre. Le parallélisme que nous venons ainsi d'étabUr est tout à fait factice et arbitraire. Nous croyons qu'un regard jeté sur le développement des scènes

Vin. Technique. — Les peintures des chambres .\' et .V sont de la même époque, du même atelier, sinon de la même main. Toutes, spécialement quelques-unes de A'', sont esquissées avec une légèreté de touche dont on ne trouve pas d'autre exemple à ce degré dans les catacombes. C'est, probablement, une extrême habileté pratique plutôt que la fatigue ou la hâte qui explique ce procédé. Les traits de séparation qui délimitent les divers champs sont tirés par une main sûre d'elle-même. Les figures ont leurs contours tracés du premier coup, non au charbon ou à la pointe, mais avec le pinceau enduit de couleur. De là des détails négligés, sacrifiés; les extrémités, bras et jambes, sont indiquées, l'artiste ne s'est pas attardé à donner cinq doigts à la main ni au pied, peu importe : deux, trois, quatre ! Le visage est traité avec une égale désinvolture, quelques points, quelques traits, un frottis plus clair suffisent à indiquer les yeux, le nez, la bouche; une touche claire donne la lumière, une touche foncée donne l'ombre. Et malgré, ou peut-être à cause de cette négligence hautaine du détail, ces peintures font preuve d'une dextérité, d'un « métier » que pouvaient seuls posséder des hommes

2448. — Sarcophage romain. D'après RoUer, Les catacoiiibes de Rome, 1881, pi. GT, n. 2.

donné dans les figures 2445, 2446, montre clairement l'absence de tout plan arrêté, de tout développement méthodique, de toute démonstration théologique. Nous sommes en présence de sujets choisis et rapprochés sans y mettre beaucoup de finesse. Dans le cubicule .V, la paroi d'entrée montre deux scènes formant réplique : Moïse frappant le rocher et la Samaritaine au puits de Jacob, probablement aussi étrangères à l'idée de symbole baptismal, malgré que toutes deux aient de l'eau, que les trois épisodes de Jonas dans lesquels l'eau ne manque pas non plus. Cette paroi d'entrée, la paroi du fond avec ses deux fossoyeurs et ses trois symboles du centre, les épisodes de Jonas nous montrent que, pardessus la préoccupation d'un cycle théologique, l'artiste a eu surtout le souci de l'équilibre décoratif ou, comme on s'est habitué à dire, du parallélisme dans la distribution de ses groupes. Dans le cubicule A^, les dégradations sont trop considérables pour que ce même souci s'impose aussi évidemment.

C'est un exercice de virtuosité que d'établir un lien logique entre ces peintures; avec quelque adresse on peut découvrir des raisons ingénieuses et même spécieuses pour ordonner le commencement, le développement et la fin, faire contribuer les moindres débris, les aligner en bon ordre et aboutir à un ensemble aussi satisfaisant qu'arbitraire. Des textes on n'en manque jamais, des raisons on en trouve toujours. -A ce prix, les contradictions deviennent autant de traits de lumière, les inversions, les doublets autant de traits de génie.

' La signiQcatlon eucharistique de ce dernier sujet est d'ailleurs un peu arbitraire; pris isolément le sacrifice d'Abraham n'évoque pas, tout d'abord, par une analogie évidente, la pensée du sacrifice eucharistique, mais du sacrifice du Calvaire. Il y a ainsi dans l'ancienne sjinbolique

familiers avec toutes les ressources de leur art, qui avaient séjourné 'dans les ateliers, connu tous les secrets et tous les "trucs», de manière, avec les moyens les plus Umités, à créer des œu\Tes opulentes de réalité vivante. Les couleurs dont ils faisaient usage étaient bonnes et le stuc, à deu.x couches superposées, sur lequel ils peignaient, de bonne qualité.

La date de ces chambres a été étudiée par Michel De Rossi qui admettrait qu'on remontât jusqu'aux vingt dernières années du ii' siècle. J.-B. De Rossi retarde jusqu'au premier quart du m" siècle. J. Wilpert estime, d'après riiabillemcnt qui diffère de celui adopté par les artistes du iii'^ siècle, que la date la plus ancienne olTre plus de vraisemblance. Quant aux chambres A', .\^ A^, leur décoration doit appartenu' à la première moitié du iii« siècle, à en juger par l'usage de la tunique sans manches et, pour le Christ et Moïse, de la tunique et du pallium au lieu du manteau de philosophe.

Dans la chambre .\^ il n'est plus question de cycle. Qiuelques sujets bibliques et évangéliques s'y trouvent rapprochés, ce sont Moïse frappant le rocher, les repas des sept disciples, Lazare, Jonas, le bon Pasteur. Dans la chambre AS rien ne permet de présumer quelque image relative au baptême ou à l'eucharistie.

H. LECLEnCQ.

CHAMEAU. On connaît la comparaison célèbre de Jésus : 11 est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. i. Cette locution proverbiale

un certain nombre de sujets complaisants qui se prêtent aux déplacements et se laissent volontiers tirer à soi. — ■ Encore un de ces sujets auxquels on lait témoigner ce qu'on leur souffle de dire.Celui-ci, comme le baptêmedu Christ, dans A', est purement historique.

CHAMEAU

se retrouve dans le Talraud, elle passera plus tard dans le Coran; mais le iJroverbe sémitique confine en Orient parut si bizarre dans d'autres milieux, qu'on imagina d'y découvrir une « coquille » ; et c'est ainsi qu'Origène et plusieurs interprètes grecs corrigèrent

nous offrent à plusieurs reprises la scène de l'adoration des mages, et la scène ne comporte jamais la présence de leurs montures. Au contraire, sur les sarcophages, les mages sont plusieurs fois représentés avec leurs chameaux'. Vu la rudesse avec laquelle

lliiO. — .Toseph vendu par ses fi-iTes. Chaire de M.ixiniien, à Ravenne. D'après une pliotograpliie.

xiijivj),o; Qn-v.i\j.ù.o;, il ne s'agissait plus d'un chameau, mais simplement d'un câble.

Soft par suite de ce]qui paraissait trop disproportionné dans la comiiaraison, soit plutôt à cause de la difFi:ulté d'en trouver une figuration (pielconque, les artistes chrétiens ne paraissent pas s'être jamais exercés à interpréter ce proverbe. Pour rencontrer dans les monuments la figure du chameau, il faut

sont entaillés la plupart des sarcophages chrétiens, il ne faut pas s'attendre à rencontrer autre chose qu'une approximation', l'indication de quadrupèdes qu'on pourrait être tenté parfois de prendre pour des chevaux si quelques bas-reliefs travaillés plus soigneusement ne permettaient de reconnaître le type du chameau *. Chaque fois que l'animal est représenté, il est placé de profil, derrière son mailre, en sorte qu'on

'2450. — .loseph vendu a Putipliar. Chaire de Maximien à Ravenne. D'après une photographie.

s'éloigner de la période des fresques catacombales '. Ce fait est d'aulanl ]ilus curieux que c^s fresques

* Aucune peinture égyptienne ne représente le chameau. Cf. E. Egger, .-1 quelle époque le ehameau a-i-il été introduit en Egypte eomme bête de sonune'^ dans lesConjp/cs rendus de l'A eadémie des inseriptions et belles-lettres, 1864, t. viii, p. 329- 330. — = l*as toujours, cependant. Cf. H. 1-. .J. Liell, Die Darstelliinqen dcr allerselifjsten Junqfrau und Gottesgebàrerin Marin auf den Kunstdenkmdlern der Katakomben, in-S°, Freiburg-im-Ureisgau, 1887, p. 210, llg. 23; p. 251,fig. 21;

IlICT. b'.VnCU. ClIllKT.

n';i[ierçoit que la tète, le cou, quelquefois une p;irtie de l'avant-train; on se préoccupe rarement de figurer

p. 2.'>2, fig. 25; p. 2.')3, fig. 2G; p. 259, fig. 35; p. 202. lig. 37; p. 2G2, ng. 38; p. 2G3, lig. 30; p. 266, fig. 40; p. '267, fig. 41 ; p. 268, ng. 42; p. 269, fig. 43; p. 270, lig. 45; p. 273, lig. 48; p. 274, fig. 49; p. 275, fig. .5»; p. 278, fig. 53; p. 270. fig. 54; p. 280, fig. 55 ; p. 285, fig. 57 ; p. 287, fig. 50 ; p. 288, fig. 60. - » 7/)i</., p.253,fig. 27 ; p. 254, fig. 28 ; p. 254, fig.20 ; p.255,fig.30 ; p. 2.56, fig. 32; p. 2.57, fig. 33; p. 261, fig. 36; p. 270, lig. 44; Cl. 271 , fig. 40. — 'Ibid., p. 258, fig. 3 1 ; p. 272, fig. 47.

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