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CHANGEURS — CHANOINES

Grolman', ^[af|as. fur Philos, und Gcsch. des Rechls, in-8», Giessen,'l807, t. i, p. 319-336; t. ii, p. 17S-182, 213-221. — G. HofImann,'£)e commerciis et cambiis velerum, in-4<>, Regiomonti, 1726. — Pagenstecher, De liU. oblig. cl rai. tani dont, qiiani argentarioriim, in-S", Heidelberg, 1851. — G. Humbert,dans le Diciionn.des antiquités grecques et romaines, t. i, p. i06 sq., au mot Argentarii.

H. Leclercq.

CHANOINES. — I. Du i" au iv^ siècle. II. La fondation d'Hippoiie. III. La fondation de Verceil. IV. En Orient. V. Des origines au v« siècle. VI. Chanoines. VII. Du V au viii" siècle. VIII. La fondation de saint Chrodcgang. IX. Le concile de 817. X. Bibliographie.

I. Du i''' .\u IV SIÈCLE. — L'étude consacrée au Cénobilisme (voir ce mot), nous a permis de suivre les progrès de l'organisation des communautés religieuses. L'incertitude que le régime impérial laissait planer sur tout ce qui touchait au christianisme pendant la période des persécutions, s'opposait à toute tentative d'établissements tels qu'on les vit naître et se multiplier à partir de la paix de l'Église. L'ascèse domestique donna rapidement naissance aux premiers groupes monastiques que suivirent les premiers essais de communautés ecclésiastiques. On peut, sans doute, faire remonter beaucoup plus haut les origines de cette forme de vie commune. Jésus vivait en communauté avec ses apôtres, ceux-ci et les disciples vécurent également d'une façon très intime; mais si on rapproche dans le détail cette communauté avec les institutions canoniales, on doit reconnaître que les dissemblances l'emportent de beaucoup sur les similitudes. Jésus et son groupe se trouvent dans des conditions très particulières qui ressemblent assez à celles des docteurs juifs entourés de leurs élèves. Après la mort du Maître, l'association persiste et s'étend; elle comprend même les femmes et les laïques de la première église de Jérusalem et ce simple trait montre suffisamment en quel sens très large le mot de « communauté 1) , est applicable à ce groupement. Dans les Églises fondées par saint Paul, — et dont plusieurs de ses épitres nous font entrevoir la police intérieure — nul indice de vie commune. Ce qu'on entendait par ces mots n'était d'ailleurs qu'un rudiment et une approximation du sens qui leur fut donné depuis. La» communauté» dans la première Église de Jérusalem consistait simplement dans la désappropriution que plusieurs particuliers faisaient de leurs biens et dans la distribution qui s'en faisait eu égard aux besoins de chacun: mais le nombre des frères et leur dispersion dans la ville sainte s'opposaient à ce qu'ils partageassent un logement unique et prissent leur réfection tous ensemble dans la même maison. La communauté de biens se conservait dans plusieurs Églises durant les premiers siècles et on distribuait aux clercs une portion des revenus ou des dons de l'Église dans la mesure des besoins et des services de chacun, mais cela même peut servir de preuve que la vie de communauté n'était pas établie. Le mode de répartition adopté pour le produit des offrandes, prémices ou décimes entre les clercs, est une preuve sans réplique.Sile clergé eût vécu en congrégation, on n'eût pas appelé les clercs sportulanlcs fralres; on n'eût pas, ajoute Thomassin, appelé les distributions mensuelles : divisiones mcnsurnas ; on n'eût pas distingué entre les honoraires du prêtre et ceux du clerc de rang inférieur; on n'eût pas majoré ceux des jeunes clercs qui s'étaient illustres par la confession de leur foi et qui. à ce titre, s/îo/-/»/i.>i iisdcm cum prcsbglcris honorantur.

" Possidius, Vita S. Auguslini, c. m, P. L., t. xxxii, col. 36. Il vendit tous ses biens et en donna le pri.x aux

Saint Cyprien, à qui nous devons ces renseignements, ne pourrait ordonner de faire certaines aumônes, prises sur sa part personnelle, de quanlilalc mca propria, laquelle vût dû être strictement sulTisante à ses besoins; enfin, nous ne verrions pas les novatiens attacher à leur schisme l'évêque Natalis sous la promesse d'une ()ension de cent cinquante pièces d'argent par mois. Les Constitutions apostoliques conTirment la conclusion qui se tire de ces textes quand elles règlent les portions inégales qui se devaient faire des biens de l'Église entre les divers ordres du clergé.

Les textes invoqués par quelques auteurs anciens, pour faire attester par la littérature chrétienne la plus ancienne l'existence d'une institution et d'une organisation de communautés ecclésiastiques, sont tiraillés sans résultat ; il faut renoncer à rien découvrir dans ce genre avant le IV siècle avancé. Saint Augustin, si soucieux des institutions du passé, n'en trouvera nul vestige lorsqu'il entreprendra la création de la communauté des clercs à Hippone. Ayant dessein d'opposer aux vertus apparentes des manichéens, les vertus solides des chrétiens, il écrira son De moribus Ecclesi.x' catholiae dans lequel il .se montrera bien renseigné sur les monastères de l'Egypte et de l'Orient où se pratiquent la vie, la prière et le travail en commun. Passant au clergé, il fera observer que la vertu de ses membres est d'autant plus louable qu'elle est exposée à de plus grands dangers parmi les tentations qui se rencontrent dans le monde. Nulle mention de rien de comparable à ces asiles qu'il établira afin de procurer aux clercs les garanties et les bienfaits de la vie commune. Son silence, sur ce point, est d'autant plus convaincant, qu'après avoir parlé des retraites ouvertes aux moines, il va parler de celles des laïques, ayant connu, dit-il, à Rome et à Milan, des fidèles vivant, priant et travaillant tous ensemble dans une même maison sous la direction d'un prêtre. Des communautés de ce genre existaient pour les femmes séculières, placées sous la conduite d'une doyenne. Il ne semble pas douteux que si saint Augustin eût connu alors — le De moribus Ecclesiœ cutholicx fut écrit en 388 — quelque communauté de clercs, il eût évité ou oublié de la mentionner dans sa démonstration.

Vers la fin de l'année 388, Augustin, de retour à Tagasfe, y fonda un monastère; mais, dès le début de 391, il fut ordonné prêtre et attaché à l'église d' Hippone dont l'évêque Valére lui concéda une propriété intra ecclesiam pour fonder un monastère. Évêque en 396, Augustin quitta sa fondation monastique pour la résidence épiscopale, mais, dès lors, sa maison devint un monastère où il établit la vie commune avec ses clercs qui s'engageaient à observer la pauvreté et la règle religieuse.

II. La fond.'vtiox d'Hippone. — Ces fondations de Tagaste et d'Hippone ont droit à une particulière attention.

Possidius, évêque de Calame, nous parle ainsi de la première : Plaçait ei percepln gratin (baptismi) cum aliis ciuibus cl amicis suis Deo pariler servientibus ad Africam cl propriam domum agrosque remeare. Ad quos vcniens, cl in qaibus cnnstitulus, ferme Iriennio el a se jam alienatis curis ssecularibus, cum ils qui eidem adhœrehant, Deo vivebal, jejaniis, oralionihus, bonisque operibus, in lege Domini méditons die ac nocle. Et de lis quœ sibi Deus cogitanti atque oranti intellecta revelabat; el pnvsentes cl absentes sermonibus ac libris docebal '. Le Liber LXXXIII quseslionum, le De Gcnesi contra manichœos, le De magistro, le De vera

pauvres. £pis(., cxxvi, 7. P. L., t. xxxiir, col. 480; 39, CD.'. 692; XVII, 5, col. S5.

CHANOINES

religione sont les fruits des entretiens et de; méditations de ces années de retraite.

C'est encore h Possidius que nous empruntons ce qui a trait à la deuxième fondation : Fadas ergo prcsbytcr mnnaslei ium intra ecclesiam mox inslituil; et ciim Dci servis vivere ccepil seciindum modum el rerjiilam sub sanetis uposloUs constituium' : maxime lit nemo (juidi/iiam prnprium in illa socielalc haherel, sed eis cssenl omnia communia, et dislribuerelur unicuiquc sicut opus erat : ipiod jam ipse prior lecer(d, dum de transmarinis ad sua remcasset '. C'était donc un recommencemeiit de ce qui s'était fait à Tagastc où rien ne nous permet de supposer que saint Augustin eût pris riial)it ou adopte l'institution monastique. I.a communauté de Tagaste, composée de séculiers, devait dificrcr assez peu de celles qu'Augustin avait vu fonctionner h Milan et à Rome '. » Ai>rés qu'il fut prêtre, il npprociw de l'Église cette communauté de séculiers vertueux et vivant en commun avec la même desappropriation que es moines; ce qui lui a fait donner le nom de n monastère 2 , mais de •; monastère « joint à l'Église yi.monaslcrium inlra ecclesiam; ce qui ne peut proprement convenir à des moines; car les moines n'étoicnt point encore descendus dans les villes, et leurs monastères en étoiont écartés, tout au plus, ils n'étoicnt que dans les faux-bourgs comme celui de Saint Ambroise et celui de saint Martin. Au contraire, les monastères ou les congrégations de séculiers pieux ctoient dans les villes comme à Alilan et à Rome *. »

Après qu'Augustin fut élevé à l'épiscopat, le monas tèrc eut à subir une nouvelle niodùlcation: Proficiente porrn doclrina diuina, sitb sancto Anguslinn in monaslcrio Dco seri'ienles, Ecclesiœ Uipponensi clciici ordinari cœperunt. Ac deinde innotcscentc el darcscenle de die in diem Ecclesiœ calhnlicœ prœdicationis verilate, sanelorumque servonini Dci proposilo, conlinenlia, et paiiperlate profunda, ex monasterio qund pcr illam memorahilcm virum et esse el cresccre cceperat, magnn desiderio poscere atcjue aceipcre episcopos et clericos pax Ecclesiœ alque unita-i et c(V])it primo cl poslea conseeula est ^.

Ainsi nous pouvons marquer trois stades bien distincts les uns des autres. A Tagaste, une réminiscence de Cassiciacum, de Milan et de Rome, simple prélude auquel s'associent Alypius et lîvodius '. A Hippone, on avait une existence et probablement un rôle olliciels. Voisins de l'église, les confrères devaient, selon toute apparence, s'y réunir et y célébrer le culte autour du prêtre Augustin, leur supérieur, et de i'évêque 'Valère, leur propriétaire. Toutefois, l'élévation d'Augustin A l'épiscopat devait donner son caractère définitif au groupement encore mal défini. L'évêquc qui connaît ce personnel de choix, qui l'avait formé, n'hésita pas à y puiser ses collaborateurs; il oleva aux ordres les jeunes hommes, s'en entoura,

' Act., IV, 32. — -Possidius, op. cil., c. v, P. L., t. XXXII, col. 37. — 'S. Augustin, De moribus Ecclesiœ catholiae, c. xxxiii, P. L., t. x.xxii, col. 1339. — * L. Thomassin, Ancienne et noiwellc discipline de rÉc/lise louchant les bénéfices et les bcnéftcicrs. in-fol., Paris, 1725, t. I, fol. 1330-1331. Ainsi que beaucoup de polémiques éteintes, celles (lu'on agita sur la question de la profession monacale de saint .\ugustin surprend plus aujourd'liui par l'intérél qu'on >■ attaclia que par celui (lu'elle comporte en réalité. On trouvera dans Acta sancl. (3» édit.), aug., t. vi, p. 24S-25G, une liste copieuse <i'ouvrages pour et contre. CF. Thesis apoloyelica pro ditn Auguslini doclrina, stala et habita nwnacholi, reyabi..., iii-4" Parisiis, 1649; Bonavenlure de Sainte- .\niie, Monachatus Aufiustini ab Aufjustino potissinium propiignatiis, in-12, Lugduni, 1674; Fulgentius Fosseus (= .\.-H. de Noris), Soniniu L. Francisci Maccdo in ilinerario siaicti Auguslini posl baptismum..., in-4°, La Haye (Paris), l(iS7;

DICT. D'ARCH. CHRÉT

composa avec eux, dans la maison épiscopale, une pépinière, un séminaire qui devait lui fournir d'excellents sujets pour les postes de son diocèse et de sages candidats ponr remplir les vacances dans l'épiscopat africain.

Dès leur installation à Tagaste, les trois amis mettaient grande attention h qualifier leur maison de ' monastère ». L'habitude une fois prise se généralisa. Possidius donne toujours le nom de monastère ) ù ces maisons de communauté; par contre, il ne donne jamais le titre de moines à ceux qui y étaient élevés. .\u contraire, il les appelle toujours clercs et les représente toujours comme des clercs qu'on formait pour les ordres supérieurs et même pour l'épiscopat. C'étaient bien des clercs, en effet, qu'on voyait réunis dans le monastère épiscopal que saint .-\ugustin désigne plus clairement que personne en l'appelant un " monastère de clercs «.Volui habere in isla domo episcopi mecum monasleriiim clericorum '. Ce fut la troisième et dernière étape du 1 monastère » ; de quelque dépendance attenante à l'église il fut transféré dans la maison épiscopale même.

D'après la date de leur épiscopat, on peut retrouver les noms de quelques-uns de ceux qui firent partie des premières générations du monastère-séminaire d'Hipponc, plusieurs furent envoyés en qualité de prêtres dans ce que nous nommerions aujourd'hui des « paroisses u ; ce furent Evodius, Possidius de Calame, les deux Profuturus, Privatus, Servilius, Parthenius. A ces noms, Tillemont ajoute ceux de l 'rbanus. Peregrinus, Boniface, Fortunat et Privatus». l'ii se dispersant, ces hommes répandaient les idées et reproduisaient l'institution qu'ils avaient pu apprécier à Hippone. C'étaient autant de fondations nouvelles qui, modelées sur celle d'Augustin, étaient peu développées. Le monastère-séminaire d'Hippone comptait, à l'époque où I'évêque prononça les discours intitulés : De vita et moribus clericorum suorum ', vers 124, un personnel restreint. C'étaient les prêtres Januarius, Barnabe et Leporius, les diacres, Lazare, Valens, Faustin, Sévère (qui devint aveuglf), Héraclius et un sixième désigné sous le nom de diaconus Ilipponensis; enfin, il est possible que Lucillus, frère de révê([ue Xovatus, diacre également, ait complété le nombre traditionnel de sept diacres ■». Le seul sousdiacre était alors Patricius, neveu de I'évêque. Malgré nuel(]ucs défaillances individuelles partout inévitables" el le scandale qu'on avait essayé d'organiser à leur occasion, l'institution d'Hippone jouissait de la meilleure réputation. Possidius nous apprend que dilîérents diocèses vinrent jusqu'à dix reprises chercher leurs évêques au monastère-séminaire d'Hippone Bien qu'il eût connu personnellement ceux sur lesquels le choix était tombé, il en parle néanmoins avec éloge, insistant sur leur piété, leur moralité, leur instruction. Alypius, qui monta sur le siège

Louis Feirand, Discours où l'on fait uoir que saint .\ugus' tin a été moine, in-S», Paris. 168U. — = Possidiu'^, t'i((;.4iigustini. c. xi. P. L., t. xxxii, col. 42. Sur tous ces débuts, cf. H. Leclcrcq, L'Alriquc chrétienne, 190 L t. 11, p. 70-77,

— ^ Ce premier noyau grossit pou î'i peu. Nebridius mourut prématurément au moment où il allait venir se joindre à ses amis; d'autres novices dont les noms et le nombre ne sont pas Ci>nnus allaient obliger à se prociuer une installation phis spacieuse, quand se produisit le transfert à Hippone. — ' S. .\ugustin, Serm., ccci.v, P. L., t. xxxix, col. 1569. — > Tillemont, Mémoires pour serv. hisl. ecclés., t. XIII. p. 151-155; Mabillon, Vila S. Auguslini. dans l'édit. bénédict. des Opéra, 1. III, c. v, n. 2. — ' S. -Augustin, Serm., ccclv, ccclvi, P. L., t. xxxix, col. 1.5CS sq.

— "S. .\ugustin, Episl., lxxxiv, P. /-., t. xxxiii, col. 84; ce Lucillus savait la langue punicpie. — " Spes, sodomie; Paul de Cataqua, agiotage; .\ntoine de Fussala, abus de confiance et débauche.

CHANOINES

rie Tagastc, i^tait incoiitestablomcnt une intelligence ouverte, bien formée. On trouve d'autres clercs d'Hippone veni\s à Cirta, comme Profuturus et son successeur Fortuuatus, à .Alilève, comme Severus, à Calama, comme Possidius, à Uzala, comme Evodius, à Cataqua, comme Paul et Boniface, à Sicca, comme frbanus. Désormais, le succès était assuré, les monastères organisés par ces cvéques ou par d'autres, fourniront à leur tour des sujets à d'autres Églises; le rayonnement se fera de proche en proche. Bien des cités épiscopales eussent peut-être hésité longtemps et finalement renoncé à fonder un monastère à cause des embarras, des conflits, des quêtes qu'entraînait presque toujours pareille fondation; toutes étaient bien aises de se procurer un évêqiie pieux, instruit, éle\é dans des principes d'écononùe, et ne songeaient suèrc à lui marchander les ressources et le concours lorsque celui-ci, une fois installé, annonçait son intention d'organiser un séminaire sur le modèle de celui d'ofi il était sorti. Ces évêqucs et ces prêtres, si recommaudables et si zélés, étaieiit l'objet de soins constants de saint Augustin dont ils partageaient non seulement le toit et la table, mais les ressources et qui ne se distinguaient pas de lui, même par le vêtement : cum ipso semper clerici, una etiani domo mensa sumplibnsyae cownninibus alebantur et veslietanliir^. I.'évêque et ses clercs étaient inséparables, les témoignages s'en retrouvent principalement dans la correspondance : conservi mei, gui mecum siint; omnis frutrum cœlus, qui apud nos cajjil coalescere, qui mecum sunt fratres.

Il n'y a rien de plus et de mieux à faire que de résumer ici les deux discours dans lesquels l'évêque d'Hippone annonçait un jour à son peuple et lui expliquait l'établissement et la discipline, du c nionastère » des clercs '. Dès la veille, il avait recommandé qu'on vînt en grand nombre, souhaitant être entendu de tous ceux parmi lesquels et pour lesquels, lui et ses rlercs dépensaient leur vie : vobiscum hic vivimus et propter POi vivimus. On la connaissait, cette vie: credo ente oculos reslros esse cnnversationcm nostram; on les voyait dans la maison épiscopale : in ea domo quse dieitnr domus episeopi, s'cfforçant de reproduire la vie de ceux dont il est dit « qu'ils ne possédaient rien en propre, tout étant connnun ù. tous. > Et rappelant ses souvenirs personnels, Augustin rapporte ce dont beaucoup d'auditeurs pouvaient se souvenir : « Moi, votre évêque, j'étais jeune encore quand jevins dans cette ville en quête d'un monastère où vivre avec mes frères. J'avais renoncé aux espérances mondaines, j'étais venii voir un ami que j'espérais gagner 1\ Dieu et associer à notre monastère; et voici qu'on s'empare de ma personne, on me fait prêtre, .le n'avais rien, j'étais vêtu comme à mon ordinaire et le saint vieillard Valerius, sachant quel avait été mon projet d'établir un mnnasi ère, me donna ce jardin dans lequel il s'élève aujourd'hui : dedil mihi I\f>rlum illum, in qno nunc est monasierium. Devenu évêque, je compris qu'un évêque a le devoir de se montrer accueillant à tous ceux qui vont et viennent; agiraitil autrement, il passerait pour dur et avare; d'autre part, ces procédés répugnent à l'usage monastique, c'est pourquoi j'ai voulu avoir avec moi, dans la maison épiscopale, un monastère de clercs, i

Voici la vie qu'on y mène. Personne n'a le droit de rien posséder en propre. Bientôt, l'évêque repousse l'héritage que laisse un prêtre de la petite com.munauté : leslnmcntnm feeil pr^sbyter cl socius rosier.

' Possidius, Vila S. Auguslini. c. xxv, P. L., t. xxxii, col. 55. — = Serni., ccclv, ccclvi, dans P. L., t. x.xxu, col. 1568-15.S1 i dum forle de possessionibus invidia ipsîas clericis fîerel. — » F. Martroye, Sami Atiguslin et le droit

nobiscum manens, de ccclesia vivcns, communem vitam profitens ; testamentum profilens; iestamcntum fecil hxredes institua '. Les clercs doivent prendre pour vivre dans la communauté un engagement formel de pauvreté : fralres mei, qui mecuni manent, quicumque habent aliquid, aut vendataut erogct, aut donel et commune illud facial. Qu'on s'en remette à l'Église qui est notre véritable titre aux biens que Dieu nous envoie. 1, es récalcitrants ont jusqu'à la fête de l'Epiphanie pour en prendre leur parti, lis sont libres, mais ceuxc[ui ne s'engageront pas à un renoncement absolu et à vivre delà vie commune dans lésémiiuiire épiscopal, devront renoncer à l'état ecclésiastique, ils ne seront pas ordonnés. Quant à ceux qui ne persévéreraient pas dans cet engagement, ils seront dégradés des ordres et de la cléricature. Une telle rigueur entraîne un graveinconvénient; quelques clercs,, redoutant le discrédit d'une dégradation, imaginèrent de cacher leur fortune sans en faire abandon. Saint Augustin, redoutant les effets pernicieux de cette dissimulation, changea de conduite et se contenta de retrancher de la communauté sans priver de la cléricature ceux qui étaient convaincus de cette hypocrisie; libre à ces clercs d'exercer leur charge dan* un autre diocèse, celui d'Hippone n'y mettrait pas obstacle : nolo hnbcre hijpocrilns... qui societatem comnumis vita; fam susceptam deseril, a vola suo adil et a professione sancla cadit... Ego ei non aufero clericatum. De tels transfuges ne manquaient d'ailleurs pas de partisans qui estimaient trop sévère la peine de la dégradation : noi'! enim quin si aliquemhoc facienlem deijradare roluero, non ei deerunt patroni, non ei deerunl suf/ragatores et liic et apud episcopos qui dicant : Quid mali fecit? Non potcsl tecum tolerare islam vitam, e.rlra ep iscopium vvll manere, el de prop; io vivere, ideonc débet perdere clericalum? Cette opposition se rencontrait non seulement à Hippone, mais dans les évêchés voisins : on invoquait même contre Augustin les textes des conciles et les autorités des Églises d'outremer, peine perdue; il était résobi à ne pas souffrir que les fonctions ecclésiastiques fussent exercées à Hippone par ceux qui avaient été infidèles k leur promesse de renoncement : modo quia placuil illissocialis hœc vila, quisquis cum hypocrisi vi.verit, quisquis inventus fuerit liabens proprium, non illi permillo^ ut indc facial leslanientum, sed delebo eum de tabula clericorum. Itderpellel contra me mille concilia, navigeL contra me qua volueril, si cerle ubi poluerit : adjuvabit me Deus, ut ubi ego episcopus sum, ille clericus. esse non possit.

L'importance que saint .\ugustin attache à laj pauvreté des clercs, la sévérité qu'il marque à l'égard de ceux qui enfreignent cette règle inviteraient déjà à y voir un engagement formel, un vœu, si nous n'en trouvions la preuve dans ces phrases où il traite les. coupables comme des gens qui manquent à leur voeu et à leur profession et renoncent à l'espérance du salut : malum est cadere a proposito, sed pejus est simulare propositum. Eeee dico, audite : Qui socielalem communis vitœ jam susceptam, quœ laudalur in aclibus apostolorum deseril, ac voto suo cadil, et a professione sancla cadit... Egoscio quantum malisil, profileri sanctum aliquid, nec implere : Vovcle, inquit. et reddite Domino Deo vestro. Et : melius est non vovere, quam vovere el non reddere; et plus loin : Pro~ fessus est sanclilatem, professus est communilcr vivendi socielatem; si ab hoc proposilo cecideril, el e.vtra manens clericus fuerit, dimidius cl ipse cecidil.

d'héritage des églises et des nionaslérfs. Élude sur les origines du droit de succession des communautés religieuses à la succession des clercs et des moines, dans les Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, IQO'i, t. Lxviii.

CHANOINES

Thomassin fait cette remarque : « On pourrait avec quelque apparence conclure que saint Augustin n'institua son séminaire de clercs qu'après qu'il eut été évcquc, afin d'y pouvoir exercer l'hospitalité, qui n'eût pas été convenable au premier monastère qu'il avait fondé étant prêtre, dans le jardin que Valère lui avait donne. Ainsi, il y aurait eu deux monastères, l'un dans le jardin, l'autre dans la maison de l'évêque : l'un bâti par saint Augustin encore prêtre, l'autre établi dans la maison épiscopale après qu'il eut été fait évêque; enfin, l'un consacré à une retraite plus exacte et l'autre plus proportionné à la vie des ecclésiastiques et à l'hospitalité même que iaint Paul leur ordonne d'exercer. » Cette distinction s'impose, mais les textes ne permettent pas d'atteindre une plus grande précision. Probablement, le monastère du jardin ne dut être ni abandonné, ni désaffecté; pour notre part, nous aurions peine .'i croire que l'évêque ait concédé cette fondation, qui devait lui tenir à cœur, à un groupe monastique. C'était introduire au cœur de la place, une société sur laquelle on pouvait compter moins, au point de vue des services h attendre, que sur des ecclésiastiques du diocèse'. A ceux-ci. revenait de droit cette maison où ils s'initieraient à une vie sacerdotale telle qu'avait dû la pratiquer .\ugustin avant son épiscopat. S'il était permis de conjecturer la destination que reçut le monastère du jardin, nous proposerions d'en faire, dans un sens très voisin de celui qu'a ce mot de nos jours, un « grand séminaire ». une école de théologie, un noviciat de la vie sacerdotale. En effet, le groupe qui habitait, avec saint Augustin, la maison épiscopale était très restreint et ne comprenait vraisemblablement que des prêtres, des diacres et des sous-diacres: les autres clercs inférieurs n'y étaielit qu'exceptionnellement ou point du tout admis. Quoique dans les deux discours que nous analysons, saint Augustin parle des clercs en général, et qu'il semble les comprendre tous, on voit bientôt qu'il parle exclusivement de ceux qui habitent avec lui la maison épiscopale et qui ont renoncé à toute propriété : nuncio robis, iindc gaudcatis : quia onincs fralres cl clericos mcos, qui mecuni habitani, presbyteros, diacoiios, siibdiaconos cl Patrichim nepolem meum, laies inveni qiialcs drsidcrai'i. Des clercs d'ordre inférieur, il n'est fait nulle mention dans ces deux discours qui ont pour objet de justifier la conduite des clercs, leur fidélité constante au vœu de pauvreté; évidemment lecteurs, acolytes, portiers, etc., n'avaient pas pris pareil engagement et n'étaient en aucune façon confondus avec les clercs vivant en communauté. Cette distinction se trouve, d'ailleurs, confirmée par un détail d'administration. Saint Augustin explique comment les vêtements dont il use personnellement, ne diffèrent en rien, ni comme coupe, ni comme tissu, des vêtements de ses compagnons, .\rrive-t-il qu'on lui fasse présent d'un vêtement de prix, il le fait vendre et le produit est employé à l'entretien de la comnuinauté ; prêtres, diacres et sous-diacres : nemo dcl bi/rruru, vcl linemn tunicam. seu aliqiiid nisi in contnuine : de conimuni aceipiam mihi ipsi; cum seiam commune me habere vclle, quidquid luibco. Xcmo lalia ofjeral, quihiis quasi ego solus decenlius ular. Offeralur mihi verhi f/ratia bijrrum preliosum, forle deccl epis-

' Il y avait bien aussi quelque cliose qui ressemble à l'antagonisme clironique entre séculiers et rêguMrrs. Dans une lettre ù Auréle de Carthage, saint .\uguslin insiste pour qu'on n'élève pas les moines au-dessus du clergé et le prie, en outre, de considérer que tous deux appartiennent au clergé : Siuiis dolendum si ad lani niinosain superbiani nioriaclms stirrigamiis, et tam gravi contitmelia clericos dignos pidenins, in quorum numéro sumus. Une fois, saint .\iigustin va même jusqu';\ dire qu'à peine

copum, quamiHS non deceal Auguslinum, id esl. hominem pcuiperem, de pauperibus natum, elc. Qualem vesleni polesl habere prcsbijler, qualem polest habcic decenler diaconus el subdiaconus, lalem volo acciperc, quia in commune accipio. Si quis meliorem dederil, vendu : ut quando non polesl veslis esse communis, preliosum veslis fil commune. Ainsi tous les membres de la communauté portaient le byrrus ou tunique de lin, sans distinction de rang, c'était comme nous le savions (voir Birhus, t. ii, col. 907), l'habit ordinaire des clercs, en quoi ils se distinguaient des moines ; c'était, en effet, le cas d'Hippone.

L'insistance avec laquelle saint Augustin exigeait la pauvreté des clercs vivant en communauté, ne doit pas induire en faveur de l'opinion soutenue jadis, d'après laquelle les associés n'avaient ni liens ni vœux. Nous avons montré que ces vœux étaient réels, quant au renoncement aux richesses, et il est manifeste qu'ils n'en avaient pas d'autres à émettre puisque, dès lors, le sacerdoce, eu .\frique du moins, impliquait le célibat (voir ce mot) et la cléricature entraînait l'attache à un diocèse.

Les quelques mentions qui nous ont été conservées de l'existence d'autres monastères épiscopaux en Afrique, ne nous apprennent rien de positif sur le régime qu'on y suivait, et cela même peut donner lieu de soupçonner que la discipline de ces maisons ne se distinguait guère de celle de la maison d'Hippone. Benediclos sanclilalis lux comilcs el «mutalores, in Domino fralres noslros, lani in ecctesiis quam in monasteriis Carlhagini, Tagaslœ, Hippone Regio el lolis parochiis luis alquc omnibus cognilis tibi per Africam locis, mullo affcclu rogamus -. L'exemple, d'ailleurs, ne se renfermerait pas en .«Vfrique. Julius Pomerius parle des communautés fondées par Paulin de Noie. Hilaire d'Arles et d'autres évêques qui, après avoir distribué leur patrimoine aux pauvres, n'ont possédé les revenus de leurs Églises que pour subvenir aux congrégations : congregandis fralribus alendis, cvpedil f'icullatcs Ecclesix possidere, ul uno solliciludincs omnium in sua sociclale vivenlium, subslincnle, omnes qui sub eo sunl, fnuiuosa vocalionc polianlur spirilualilerel quiele.

Il ne devait pas être bien difiîcile aux évêques de réunir les membres en nombre nécessaire pour fonder la communauté. .Au iv« siècle, les privilèges commençaient à rendre la profession cléricale attrayante, même à ceux que la vocation surnaturelle n'y eût pas attirés '. Les candidats ne manquaient pas. Saint Augustin laisse entendre qu'il sait à quoi s'en tenir liidessus ; Scia quomodo Iwmines ament clericalum '. .\utour de lui, nous voyons, à Hippone, vers 424, trois prêtres, six et peut-être sept diacres, un sousdiacre; il est vrai qu'Hippone est une bourgade; mais les grandes villes, mieux partagées, offraient plus de choix. Si vers le milieu du 111"= siècle, en temps de persécution, l'Église de Rome comptait quarantesix prêtres, sept diacres, sept sous-diacres, quarantedeux acolytes et cinquante-deux portiers, on peut préjuger que ce personnel s'était beaucoup accru depuis la paix de l'Église; de même dans les 'grandes villes. A Édesse, au temps d'Ibas, le clergé allait au nombre de deux cents personnes; à Carthage, au v-' siècle, le clergé montait ;\ plus de cinq cents personnes au témoignage de Victor de Vite : univcrsus

d'un bon moine on peut faire un clerc passable. Ceci a l'air d'une épigranime, peut-être n'est-ce qu'un fait d'expérience; sauf pour quelques natiues pri\-i!égiées et très souples on ne recommence pas sa vie. on ne s'improvise pas sur le tard une capacité. S. .\ugustin, Epist.. lx, P.L., t. xxxni, col. 228. — = S. Paulin, Episl.. m, n. 6, P L., t. Lxi, col. 164. — ' L'exemption de la charge ruineuse de curinlis était un des plus appréciés de ces privilèges. — «5prm., CCCLV.G. P. 7.., t. xxxix, col. 1573.

CHANOINES

clerus Carltiai/inis ca'de incdiaijuc maceiolur, fere quingenti vel amp/nis'. Dans ce nombre, le choix devait être aisé, car cotte foule n'était pas réunie tout entière dans le monastère épiscopal qui ne contenait qu'une élite tirée vraisemblablement de préférence de ce que nous avons nommé le > grand séminaire». Au cours des années de formation l'évêque avait pu se renseigner sur les sujets, certains d'entre eux vêtant entrés dès l'enfance, comme le fut le cas pour un jeune lecteur nommé Antoine qui passa un peu brusquement, et pour son malheur, du lectorat à l'épiscopat : in monaslerio a nobis parvula quideni œlate nulritum, sed prœter lertinnis officium nuUis cliricatus gradibus et iaboribus noliim. Est-il téméraire de supposer que ce lecteur faisait partie du monastère du jardin et n'avait pas encore été introduit dans le monastère épiscopal. Cette nomination était un peu la carte forcée, car le prêtre destiné au siège de Fnssala l'avait refusé absolument, omnino rcsislendo fritslravit. Saint Augustin ne voulut pas laisser partir l'évêque consécrateur et lui présenta .\ntoinc, décidé a choisir dans son séminaire à défaut du monastère épiscopal, plutôt que de recourir à quelqu'une des maisons monastiques du diocèse, toutes prospères et qui lui eussent fort complaisaniment. sans doute, fourni un sujet. Mais il devait être persuadé que son séminaire était plus propre à former des prêtres et des évêques qu'aucun monastère, puisqu'on n'y fait nullement profession des vertus et des fonctions du ministère sacerdotal, où l'on se pique même parfois de les ignorer.

La différence entre les moines et les clercs vivant en communauté portait non seulement sur les œuvres extérieures de zèle et le service du prochain, sur le vêtement et sur le sacerdoce, mais encore sur le régime alimentaire. Celui-ci consistait en légumes avec de la viande pour les hôtes, les malades, les santés délicates: on prenait toujours du vin : olera et legumina, eliam carnes aliquando propler hospiles, vel quosquc infirmiores, semper niilem vinum habebat. De préférence on faisait la lecture, mais parfois, lorsqu'on recevait un évcque, quelque personnage important, on causait pendant le repas. La vaiss"lle était de terre, de bois et de pierre, cependant on faisait usage de cuillers d'argent.

A l'origine des instituts les plus florissants il faut s'attendre à noter bien des hésitations et des tâtonnements; on pourrait, sans paradoxe, soutenir que ces retouches et ces repentirs sont la garantie et la condition du succès futur, parce qu'ils témoignent de l'épreuve attentive et perspicace qui fut faite des œuvres nouvelles aux conditions pratiques de la vie. Vouloir découvrir au début d'une institution les caractéristiques qu'elle prendra après s'être dégagée des incertitudes originelles, c'est presque toujours s'exposer à substituer l'imagination à la réalité, confondre le germe et l'état adulte. Ce que nous avons pu entrevoir de la fond.ation d'Hippone appelle sans doute la comparaison avec l'institution postérieure de chanoines réguliers, comparaison légitime, où les analogies véritables mettent sur la voie d'une filiation évidente, mais qui ne demeure exacte qu'à condition de ne pas être poussée à la rigueur du détail. Si le monastère épiscopal d'Hippone et ceux qui ont été formés d'après ce modèle sont nettement caractérisés conmie ! monastères de clercs j, il est probable qu'on eût retrouvé quelques traits mélangés à des usages purement monastiques dans d'autres congrégations du même temps. Prenons, par exemple, le monastère do Saint-Martin situé à deux milles de la cité épisco-

pale, ce ne pouvait être un monatère de clercs et cependant, de même que le monastère d'Hippone, celui-ci avait le privilège de fournir des évêques à un grand nombre d'églises désireuses de posséder un chef formé par saint Martin : Plures ex his postea episcopos vidimiis. QiWE enim essei civitas, aul Ecclesia, qme non se de Martini monasterio cuperel habere sacerdotcs? II est permis de penser que ces évêques avaient reçu une formation assez attentive et connaissaient pratiquement les devoirs et le genre de vie qu'ils allaient pratiquer. Un autre exemple de cette adaptation alors fréquente d'un règlement duquel on s'inspirait, se trouve à Hippone même dans le monastère des vierges. Saint .\ugustin avait adressé à cette communauté une règle semblable à celle du séminaire, mais appropriée à certaines différences fondamentales entre les deux maisons. Cependant, outre la continence, ces nonnes s'obligeaient à la vie commune : etiam eligeretis in domo societatem unanimi 'uibilandi, et à la pauvreté : non dicatis aliquid propriiim.sed sint fobis omnia ronununia; de p\\is, eMes portaient d'humbles vêtements semblables à ceux de la classe pauvre : non sil notabilis habitus rester, nec afjectetis l'cstibiis placere sed nmribas; il n'en était pas de même de toutes les nonnes de ce temps-là, mais saint .\ngustin s'inspirait à leur égard du même esprit que dans le règlement de son séminaire.

III. L.\ FOND.\TioN- DE Verceil. — " Cclui qui pourrait disputer à saint Augustin avec plus d'apparence la gloire d'avoir allié la vie cléricale avec la réforme des monastères est s.aint F.usèbc de Verceil. Néanmoins, si nous examinons de près ce que saint Eusèbe a écrit sur ce sujet, nous reconnaîtrons que cet illustre confesseur ne s'étudia nuUemctit à garder ce tempérament où s'arrêta depuis saint Augustin; mais il passa outre, et ne se contentant pas de donner à son clergé quelque teinture et comme une image des vertus des solitaires, il leur en fit prendre l'habit, la profession et l'état, les chargeant en même temps des fonctions sacerdotales. Ainsi il faut dire que saint .\ugustin laissa son clergé dans l'état ecclésiastique, il n'ajouta à la vie et à la piété cléricales que la vie en commun et la dèsappropriation; au lieu qu'Eusèbe de Verceil étabUt l'état et la profession monastique dans son Église. L'un apprit à ses ecclésiastiques à imiter quelque chose des vertus monastiques dont les laïques se rendaient fort souvent aussi les imitateurs : l'autre leur fit entièrement embrasser la profession monastique, sans renoncer aux [fonctions du clergé ^ «Cette interprétation est conforme à ce que nous laissent voir les paroles de saint .\mbroise : In Verccllensi Ecclesia dao pariler exigi videntvr ab rpiscopo, monasterii continentia et disciplina Ecclesix. Hœc enim prinms in Occidenlis partibus divcrsa inler se. Eusebius sancla: memoriœ conjnnxit, nt et in civilate positus instilula nionachoriim teneret et Ecclcsicun regeret jejunii sobriet'ite, et plus loin : Hœcduo in attentionc cliristianorum dei'otionc prêestantiora esse qnis anibigat, clericorum officia et instituta nwnachoriim'. Baronius suppose avec assez de vraisemblance que cet essai tenté à Verceil s'inspiraitdes exemples rencontrés par Eusèbe au cours d'une mission accomplie en Égj'pte, en 328, en qualité de légat du pape. Les vertus qu'on pratiquait dans la fondation de Verceil ne différaient guère de l'ascèse monastique, : abstinence, jeûne, travail continuel; elles furent l'apprentissage de l'endurance d'Eusèbe pendant les persécutions qui le poursuivirent : Iliec igitur paticntia in sancto Etisebio monasterii coaluit usu. et durioris obseriyalionisconsnetadine hausil laborum lolerantiam'. Dans un sermon

' Possidius, Vila S. Augnstini, c. xxii, P. L.. t xxxn col. r>\. — -Ihoniassin, op. cit., t. i, col. 1311 1312. ■'

'S. Ambroise. Episl.

« Ibid., col. 1209.

Lxiii, P. L., t. XVI, col. 1207. —

CHANOINES

prcclK' en riionncur rtu saint, l'évfque de Milan revient sur la fondation de Vcrccil : In bac snncla Ecclesia eo^dcm inonnchns inslituit esse, i/iios chricos '. Et saint Maxime de Turin décrit en ces termes la vie des clercs de Verceil : Ilic (Eusebius)... ul universo clero suo spiritiialium instiUUioncm spéculum se cœleste prwlteret, oinnes illos sccum intra unius seplun: habitaciili cunf/regaint, ul, qunrum unum alr/uc indii'isum in religione prnposilum.lneril vita vielusqac communes*.

Cette fondation n'offrait donc ()as l'originalité de celle d'Hippone; c'était simplement une fusion entre deux formes de vie qui. sur plusieurs points, s'excluent réciproquement. On peut croire qn'Eusélie les avait simplement rapprochées sans les combiner: il souliaitait voir pratiquer la séparation du nimide et le devoir sacerdotal, le souhait était généreux, mais nous ne sommes pas assez instruits de la façon tlont on s'y prit pratiquement pour le remplir pour entreprendre d'en montrer le côté irréalisable. Nous savons toutefois quelques détails sur li régime monastique de Verceil : nunc discipulorum l'itiun pcrscquunnir, qui in illam se laudem induerunt, lujmnis dies ac nocics personant. Hœc nempe angcloruni mililia est semper esse in Dci laudibus, oralionibus conciliare crebris, alque cxorare Dominnm : sludcnt leclioni, vcl operibus continuis mcntem occupant, separati a cœtu mulierum, sibi ipsi inviccm tulam prœbent custodiam. Jejunii labor compcnsatur mentis placidilate. levalur usu. suslentatur otio aut fallilur negotio : non oneratur mundi solliciludine, non occupatur alienis molesliis, non urgelur urbanis discursibus '. Ce dernier Irait dit assez ce que nous cherchions à établir; la fondation de Verceil est avant tout un monastère et les exigences de la profession cléricale s'y trouvent réduites au minimum : isolement, austérités, longs oltices de jour et de nuit, méditations, lectures, travaux incessants et cnlin la ciilure, non urgetur urbanis discursibus. On ne pouvait guère s'attendre à autre chose si on songe à la source orientale à laquelle le fondateur s'est inspire : si l'ideres monastcrii lirtulos. instar orientalis propositi judicarcs'. Ce modèle oriental induisait naturellcmeut à l'établissement monastique. Les monastères avaient commencé et s'étaient admirablement multipliés dans l'Orient avant qu'on en vît dans l'Occident : mais dans tout l'Orient il n'y avait probablement pas une Église où les ecclésiastiques vécussent en communauté. Les évêques étaient fréquemment tirés <les monastères et les clercs fl'un rang moins élevé étaient mariés.

IV. lix Orient. — Saint Basile parle, il est vrai, de chanoines vivant en communauté : Tifib; toÙ; èv xotvoê:'(j> •/avov'.xoj; ': mais c'est de cénobites, c'est- ;\-dire de moines vivant réunis qu'il fait mention dans ce texte. Le titre de chanoines qu'il leur attribue se justifie par leur profession d'accomplir très exactement la règle, xavùiv. et. ce qui est décisif, il les soumet ;\ un supérieur diflérent de l'évcque, ce qui est inadmissible s'il est question d'une communauté de clercs vivant, comme celle d'Hippone, avec l'évêquc. Saint Basile nous apprend, en outre, qu'il vivait seul dans sa maison épiscopale de Césarée, un peu distante des logements réservés aux moines. A Chypre, au contraire, les moines, au nombre de quatre-vingts, habitaient dans la maison de l'évêquc; c'est probablement un exemple de ce genre que saint Eusèbe avait sous les yeux et qu'il a entrepris de reproduire à

' S. Ambroisc, .Sprm., Lvi, P. /.., l. xvii, col. 720. — •S. Maxime de Turin, Serm., Lxxxiii, P. L., t. LVH, col. 698 sq. — ' Ki)isl.. Lxni. /'. /.., t. xvi, cdI. 1211. — '.Serm., LVI, I'. /.., t. .vvii. col. 720. — ■ ' S. Uasile, Coiislituliones tnonasticiv, c. xviii. P. G., t. xxxi, col. 1381 sq. ; Hpisl.,

Verceil. L'unique exemple à notre connaissance d'une communauté cléricale en Orient est celui qu'on trouve rapporté par Sozoméne. A Rinocorura, en Egypte, après que plusieurs religieux se turent succédé sur le siège épiscopal de cette ville, les clercs commencèrent à vivre en communauté, ayant une maison et une table unique et ne possédant rien qu'en commun : y.oivÀi Si' È^rt Toï; aOroO: ■/.>.-/;pcy.Oi; ol'y.-^T:; 't Ka'-. -pâ- -ï^a, -/.a't Ta i>),a TiivTi'. Mais c'était là un cas exceptionnel. Saint .lérôme, si minutieusement instruit et si curieux de tout ce qui concernait la pratique de la vie et des vertus religieuses, faisant à Sjépotien une peinture aclievée de la conduite d'un bon ecclésiastique, n'avance pas un seul mot de l'obligation, on de la coutume, ou de la bienséance de vivre en communauté avec d'autres clercs. Il lui donne au contraire divers préceptes qui supposent une vie retirée et particulière dans sa maison, par exemple : d'avoir toujours des ])au vres à sa table, des voyageurs, de ne point recevoir de femmes dans sa maison. Népotien avait vu dans l'exemple d'un sien oncle la sainteté d'un évêque associée aux exercices d'un moine : in nnn alque eodem cl imitabalur monaclxum et pontificem vcncrabatur; lui-même devenu prêtre, exerçait sa charge sacerdotale et de rclonr à la maison épiscopale y pratiquait la vie des solitaires : relicto foris clerico, postguam domum se contuleral. duritiœ se Iradiderat monacliorum '.

V. Des orioixes .\u V siècle. — On pourrait croire d'après cela, qu'avant saint Augustin ou au moins avant Husèbe do Verceil, aucun essai n'avait été entrepris dans le but de grouper les clercs attachés à une même Église. Ici encore, il faut s'abstenir d'afllrmations trop nettes: nous savons beaucoup sur l'histoire ancienne de l'Église, mais nous ignorons plus encore. Des tentatives isolées, silencieuses, vite abandonnées ou point remarquées ont pu être entreprises sur tant de points où le christianisme s'étendit pendant les quatre premiers siècles; elles n'ont laissé aucune trace. Mais de ce que la vie matérielle n'était pas commune, il ne s'ensuit en aucune façon que les membres dont se composait l'entourage épiscopal, ses collaborateurs olTicicls, ne formassent un corps avec lui, partageant ses travaux dans l'administration d'un diocèse. Le clergé se composait de deux catégories distinctes, les ruraux et les citadins. Les premiers, gens simples, moins aflinés, non moins utiles mais moins civilisés que leurs confrères, vivant souvent à de longues distances de la ville épiscopale. un peu anlcylosèsparriiabituclle fréquentation d'un troupeau très fruste, plus indépendants d'allures, parce que moins surveillés, médiocrement instruits et ayant renoncé à l'être plus, ambitieux quelquefois, mais maladroits et ne sachant trop comment « s'y prendre », ces ruraux ne pouvaient récla'mer une part active A l'administration épiscopale. Celle-ci se concentrait entre l'évêquc et son conseil presbytéral, composé d'hommes généralement capables et vertueux parmi lesquels il ne faut pas être surpris et encore moins scandalisé de voir circuler quelques plats intrigants et des clercs d'une incapacité notoire. .\insi qu'on peut s 'y attendre, on voit se produire dans ce conseil, des luttes d'infiuence et des ambitions furieuses; les canons des conciles en apprennent beaucoup sur cet aspect de la psychologie ecclésiastique : ainsi le concile de Xicée interdit aux diacres de prendre le pas sur les prêtres et leur rappelle de garder leur rang '. Sur ce

cc\ II, P. G, t. XXXII. col. 700 sq. — ' .Soroméne, Hisl. eccles., I. VI, c. xxxi, P. G., t. i-xvii. col. i:iS9. — 'S. Jérôme,Epis/., LU, /'. /.., t. XXII, col. 'y'.tj. — ' Pareil abus se trouve déjù signalé trois quarts <It* siècle plus tôt, dans la correspondance <lc saint Cypricn.

CHANOINES

principe de la subordination, le concile admet que la triple hiérarchie des cvêques, des prêtres et des diacres exerce intendance et juridiction sur le bas clerg"^ et sur les laïques. Évéque, prêtres et diacres font partie d'une Église au point de ne la pouvoir quitter pour passer dans une autre Église. Ils la représentent, ils l'incarnent, ils la président. Si qiiis eoriim qui prœsunl Ecclcsisc. mil episcopus. aiil presbi/lcr, aut rf/nconiis, ainsi s'exprime le canon I" du concile d'Antioche. A Rome, pendant les vacances cpiscopales, notamment .après la mort du pape Fabius, le collège des prêtres et des diacres assume le gouvernement du siège inoccupé. Saint Cyprien fugitif délègue ses clercs au gouvernement de l'Église de Carthagc et correspond avec le clergé romain pendant l'intérim entre la mort de Fabius et l'élection de Corneille; Marcion se présente à l'Église romaine pendant un interrègne analogue qui suivit la mort du pape Hygin. — Ainsi il existait à défaut d'une communauté, un conseil ou sénat, lequel gouvernait le diocèse avec l'évêque et, en son absence ou à son défaut, le gouvernait pour lui.

Dans les conciles universels ou provinciaux et dans ceux de moindre importance, le rôle concédé aux évêques, aux prêtres et aux diacres consacre leur prééminence; mais c'est principalement dans les conciles d'Églises particulières " que nous voyons fonctionner régulièrement le conseil supérieur des clercs. En dehors des conciles, dans l'administration courante, tel évêque très autoritaire s'astreint à ns rien décider sans une délibération de ses prêtres et de ses diacres ». La nomination d'un nouveau membre est proclamée orficiellement, ainsi pour Xumidicus ordonné prêtre de Carthage et membre du clergé supérieur '. Tels étaient ces conseils d'administration d'une ville épiscopale, conseillers de l'évêque, gouvernant avec lui, sous lui et par lui, le temporel et le spirituel du diocèse. On n'y vivait pas en communauté, mais on vivait des revenus de l'Église '. L'innovation de saint Augustin ne portait, on le voit, que sur l'organisation matérielle et sur la dignité morale, mais non sur la capacité de juridiction du clergé cathédral.

VI. Chanoixes. — A ce clergé il nous faut enfin donner le Eom sous lequel, vers le iv"= siècle, on commença à le désigner. Voulant nommer les clercs attaches au service des Églises, les conciles d'Antioche (341) ^ de Chalcedoine (451)= et in Trullo (592)' disent qu'ils sont i-i tw xavovi et èx -o'j xavovo;, c'està-dire qu'ils sont inscrits sur le xavùv, la malriciila, la tabula, Valbum '. La Vila Antonii par saint Athanase fait usage de ce terme au sens de clerc : TÔvTE xavova rf,; i/.y.'/.r,Gia.i iîiïpç'jàiî ÈTiixa '' et c'est exactement le même sens que nous retrouvons en Occident où le 1II« concile de Tolède désigne sous ce nom ceux qui sub canonc ccclesiaslico /acerenl^° et le concile de Frioul (791) ceux qui sont sub canonc ccrlesiustico constitutif^. Des le vi« siècle, le nom de canonicus est couramment employé en Gaule. Grégoire de Tours rappelle une fondation alimentaire due à l'un

'Épiscopales, métropolitaines, dans rî-.glise romaine. — •C'est le cas pour saint Cyprien qui discute devant son conseil la conduite à tenir à l'égard des pénitents. Saint Ignace d'Antioche dit que le collège presbytéral d'une Église succède au collège apostolique. — ' Admonitos nos et instnrctos sciatis diynntione (iivina, ut Xumidicus prpsbijter ascributur presbyleroriim Cartbafjinensium nuincro, et nobi'icumsedeat in clero. — * Sporluln, quelque chose qui ressemble assez au " casuel o, mais qui pou\ait être en argent ou en nature. - — * Conc. Aniiocit.. can. 2, 0, 11. — • Conc. Cliaïced., can. 2. — ■ Conc. Trutt., can. 6. — * Socrate, Hist. eccics., 1. I, c. XVII. P. G., t. Lxvii, col. 118 sq. Cf. Valois, note à Socrate, Hist. eccl., I. V, c. xix, P. G., t. lxvii, col. 613.

de ses prédécesseurs, Baudin, qui établit une mensa canonicorum^-. Une charte (fausse) de Chilpéric eii faveur de l'Église de Tournii. vers 575 ou 580, établit que ipse teloncus et fastitia de teloneo omni (empare ad mensam canonicorum ejusdem ecclesise proficiat "; enfin le III'^ concile d'Orléans, tenu en 588, interdit aux canonici le commerce et toute espèce de trafic ". Le mot n'était déjà plus une nouveauté puisque, dès la fin du v^ siècle, le pape Gélase avait fondé à Rome un établissement de canonici regulares "; de tous côtés on le voit surgir. En 531, le II'' concile de Tolède fait mention d'écoles dirigées par des canonici et dont les professeurs vivent in domo ecclesiie sub episcopi prscsentia "; le III« concile de Tolède meationne clairement la vie commune lorsqu'il prescrit de lire la sainte Écriture pendant le repas que les chanoines prennent au réfectoire, sacerdolali convivio 1'.

VII. Du v« .4.U vin' SIÈCLE. — Ces canons de Tolède demandent qu'on s'y arrête un instant, parce qu'ils nous ramènent à une institution analogue à la fondation d'Hippone, mais avec acquisition du titre de « chanoines » pour ceux qui en font partie. Comme clans le « monastère du jardin » auquel nous avons attribué la destination de séminaire nous trouvons en vigueur en Espagne, un véritable séminaire dans la maison épiscopale, placé sous la direction d'un préposé responsable devant l'évêque. Le IV'' concile de Tolède fait voir comme un double séminaire, l'un, dans la maison épiscopale où vit l'évêque avec ses prêtres et ses diacres; l'autre, dans une maison voisine où les jeunes clercs vivent sous la direction d'un supérieur, c'étaient, comme l'a dit gracieusement des 11 boutures de chanoines «. Ainsi, enfants et adultes pratiquaient la vie cléricale en commun; ceux-là seuls, parmi les prêtres et les diacres en étaient dispensés, que la vieillesseou les infirmités excusaient de demeurer en communauté avec leur évêque ; qnos jorte inftrmitas, aut œtatis gravitas, in conclavi episcopi mancre non sinit ". En Ciaule, nous voyons le II<^ concile de Tours prescrire l'habitation commune dans la maison épiscopale pour l'évêque, ses prêtres et ses diacres ; licet episcopus Dca propitio clericorum suorum testimonio caslus vivat, quia cum iUo tam in cella, quam ubicwnque fucrit, sui habitent; eumque presbytcri et diaconi vel deinccps clericorum turba funiorum Deo authore conservent ". L'évêque Baudin avait depuis quelque temps établi à Tours la v^e commune pour les chanoines : hic instituit mensam canonicorum '» et l'archidiacre y tenait la main, n'épargnant pas les réprimandes à un diacre nommé Patrocle qui s'abstenait du réfectoire commun : nec ad conviviuni mcnsx canonica; eum reliquis accederel clericis"^; d'où l'on peut induire que les diacres de la maison épiscopale recevaient le titre de chanoines, puisqu'ils en partageaient la table; cette induction cependant est loin d'être rigoureuse.

Toutefoisla communauté de la table cl l'habitation sous le même toit n'impliquent pas nécessairement la pratique de la pauvreté telle qu'on la suivait à

— • .\th.inase, Vilu Antonii. P. G., t. xxvi, col. 837 sq. — " Conc. Tolel.. III, can. 5. — " Conc. Foroiul., can. 1.

— 1! Grégoire de Tours, Ilisl. eccles..\. X, c. xxxi, P. i.., t. Lxxi, col. 57.0 — '' .\ub. Mirflpus, Diplomata Belg., t. ii, p. 1310, col. 2. Cf. Brcquigny, ad ann. 562. — " Conc. Aiirelian., III, can. 11. — " Hospinianus, i3c monacft., 1. III, c. VI, p. 72; J. Binghani, Origines eccles., I. VII, c. II, n. 9. — '"• Conc. Tolel.. II, can. I, 2. — " Conr. Tolet. III, can. 7; cf. Conc. Turon. II (567), can. 12. — " Conr. Tolet..lX. can. 23. — '> Conc. Turon., II, can. 12.

— !o Grégoire, /lis/, eccles.. I. X, e. xxxi, P. L.. t. Lxxi, col. 570. — =' Grégoire, de Tours. Vilœ Pairum, c. ix, P. /,., t. LXXI, col. 1052.

CHANOINES

Hippone ■. On n'entrevoit rien de pareil à Tours ni à Tolède, pas plus qu'à Rome et à Cantorbéry. En ce qui regarde ces deux dernières Églises nous savons que le pape saint Grégoire I^' avait recommandé à saint Augustin de Gantorliéry de ne pas imiter l'usage général de faire quatre parts des revenus de son Église, mais d'y vivre en communauté avec tous ses clercs engagés à pratiquer la continence perpétuelle; les autres se marieraient et recevraient leurs Iionoraircs. L'usage général auquel fait allusion le pape Grégoire montre que les clercs ne vivaient pas en •communauté, ni avec leur évèque, mais séparément. Dans cette mission de Grande-Bretagne où presque tout était à créer, il eût été aisé d'essayer une innovation d'après le modèle d'Hippone; il semble que l'idée n'en soit même pas venue. Tiré d'un monastère, moine lui-même, Augustin allait fonder autour des cathédrales des chapitres monastiques qui absorberaient et éclipseraient la vie cléricale. Beaucoup de cathédrales en Angleterre conservèrent jusqu'à la Réforme du xvif siècle, un caractère semi-monastique, principalement pour les sièges anciens, comme Cantorbéry, Lindisfarn. Pour d'autres sièges de création postérieure, Worcester, par exemple, il fallut céder à la poussée du clergé paroissial et lui abandonner la cathédrale. Saint Grégoire le Grand ne parait pas avoir en une idée bien nette sur l'organisation du corps •clérical. Fondateur de monastères, il vécut à Rome dans une société composée de moines et de clercs <i dont l'agréable confusion eût été capable, si elle eût trouvé assez d'imitateurs, de remettre l'ordre et la discipline dans toutes les Églises du monde. » C'est la pensée de Thomassin : nous la croyons très hasardée.

Ce qui pourrait expliquer la combinaison tentée par saint Grégoire d'associer clercs et moines à l'œuvre du culte et du service des fidèles, c'est la situation de l'Église au vi" siècle finissant. Dans l'immense pénurie d'hommes instruits et capables, au sein d'un bouleversement presque sans exemple cl d'une fermentation sociale encore profondément obscure et inquiétante, il fallait mettre en œuvre toutes les ressources, concentrer toutes les forces, grouper tous les dévouements jusqu'à tenter l'accord et l'alliance irréalisable des clercs et des moines. Expédient, sans doute, mais, que tenter alors que des expédients? En Afrique même, où l'exemple de saint Augustin semblait devoir provoquer des tentatives semblables à la sienne, on était réduit aussi aux expédients et, ressemblance curieuse, on tentait également la combinaison clerico-monacale.

La persécution vandale avait chassé et dispersé le clergé loin des villes, dans des solitudes. Là, le preinier moment de stupeur passé on se compta, on se réunit, on construisit des abris et on vécut en communauté. Saint Fulgence, le plus illustre de ces évêques exilés, fut suivi dans sa retraite par ses clercs et ses moines dont il arriva à composer une communauté : Jnler ipsa sane priniordia yloriosi cxilii, monasteriam congre.garc, paiicos scciini ducciif: nionachos minime poluil; sine fraterna lamen concjregationc vivere ncsciens coepiscopos suos lllustrciii ctJamiarium habilarc seciim persuasil voliinlc-:. Qaihiis iinico servicns curitalis cifjeclu, similitailincm mugni cujusdam momislerii,

' Thomassin, op. cit., t. i, col. 1357, le dit en son style filandreux : Eusèbe de Verceil... eut plus d'admirateurs que d'imitateurs. Le tempérament que saint Augustin avait pris... eut im succès plus favorable... ces monastères de clercs se multiplièrent oxtrônieinent dans l'Afrique, ^lais l'histoire ne nous apprend pas si les autres provinces furent touchées d'un exemple si saint et de l'amour efTectif d'une institution si salutaire. Au contraire, elle ne nous fait que trop justement appréhender que cette lumière brillante n'ait été presque aussitôt

monachis et dericis adanalia sapienier effecii. Eriit qiiippe eis commanis mensa, commune cellariun^, communis oralio simul et lectio^. Ceci se passait dans l'exil de Sardaigne; lorsque la tolérance d'Hildéric permit le retour en Afrique, Fulgence incorpora en quelque manière son clergé et ses moines appelant ceux-ci à I remplir toutes les vacances : clericonim veto si quœ defuerunt miniatcriti rcparnns, probatos sibi multos ex fralribas monachis ad ecclesiasticam mililiam Iransiulil, ibi qiioque charilali consu/c/is, ul dum pêne omncs clericos ex illo monastcrio ordinal, aniiqux familiaritatis monente notilia, nalla lis aliquando monachos et clericos ventilaret '.

Tandis qu'en Afrique, sous le dur niveau de la persécution et de la nécessité, clercs et moines unissent leur effort et rapprochent leur vie ; en Gaule une situation à peine moins menaçante produit également un résultat de nivellement : ruraux et citadins jouissent des mêmes titres, acheminement aux mêmes droits et au même prestige. Le II' concile de Vaisoii donne à tous le pouvoir de prêcher : ;;( non solum in civitatibus, sed etiam in omnibus parochiis verbam (acienti darenms presbyteris polcstalem. Le concile de Clermont, en 535, confère à tous, citadins, ruraux et même diacres, le titre de chanoines : Si quis presbyter Clique diaconus, qui neque in ciinlate ncque in parochiis canonecus esse dinuscilur, sed in villolis habitans, in oraloriis o/flcio sanclo deserviens célébrai divina mi/sleria, etc. '. Ces chanoines sont obliges, aux fêtes solennelles : Noël, Pâques, Pentecôte, et s'il s'en trouve quelque autre d'importance, de venir les célébrer avec l'évêque dans l'église cathédrale : nullalenns alibi nisi cum episcopo siio in civitale /enefi/. Ainsi les prêtres et diacres ruraux sont chanoines, les prêtres citadins et ceux de la cathédrale le sont également; il se trouve ainsi que tout le clergé des deux plus hauts degrés d'un diocèse porte ce titre. En 538, le III' concile d'Orléans prive du nom de chanoines tous les clercs qui ne rendent pas à l'évêque l'obéissance et à leur Église l'assistance qu'ils lui ont promise : inlcr reliquos canonicos clericos, ne hac licenlia alii vilicnlur, nullalenus habeantiir neque ex rébus ecclesiaslicis cam canonicis slipendia aut muncra ulla percipianl^. Ce texte nous amène à l'étymologie du titre que nous étudions. Les canonici sont ceux qui sont inscrits sur le canon ou la matricule de l'Église. De Gange préfère à cette explication une autre qui nous parait en être inséparable. D'après lui les canonici sont ceux qui sont inscrits sur le canon frumcntarius, c'est-à-dire ceux qui reçoivent leurs honoraires, sporlula, sur les revenus de l'Église d'où le nom de sporlulanles fralrcs que leur donne saint Cyprien. Mais la matricule d'une Église se composait de plusieurs listes, depuis le catalogue épiscopal jusqu'à celui des indigents, en passant par ceux du personnel des clercs, des vierges, des veuves, des catéchumènes, des stipendiés de tout rang.

Cette matricule des chanoines stipendiés nous cou duit bien loin de l'idéal tracé et appliqué par saint Augustin. Ce même concile d'Orléans montre le clergé de la ville épiscopale fort attentif à recueillir les bienfaits de l'évêque et les revenus do l'Église pour en jouir en ciualité d'usufruitiers, sous cette réserve

éteinte et comme étoulTée dans sa naissance... .\insi dans l'Orient etpresque dans tout r Occident... la vie commune,... la pauvreté évangélique et les autres conseils de perfection ne seront trouvés que dans les monastères; et c'est ordinairement de là que quelques étincelles auront volé jusque dans le clergé... etc. — - Ferrandus, Vila Fiitgenlii. — ^ Ibid,, c. XXIX. — * Maassen, Concilia tvvi nieroi>ingiciy 1893, p. 69 : Concilium Clarnm., can. 1.5. — ' Maassen, Conci- Ua œui merovingici, 1093, p. 77 : Concilium Aiirelian., can. 12

CHANOINES

que l'évéquc pouvait échanger, voire même retirer une prébende de chanoine, mais seulement au gré de l'usufruitier ou à titre de châtiment : Si quid prœsenti lempore a clericis de ilccrdentium munipccntiis habetur i>rl possidclur, deinccjis (i xuccessnribus niilhitenus auferalur. ita ni, qui deccsxonim hircjUalibux f/uudent. officia Ecclesiic, obcdieniiain et nffectum sacerdolibiis prœbeant. De quibus lamcn munificenliis, quic pra'senti lempore ab his, sieiit dicliim est, possidenliir, fi pro opporlunUrde episcopo placueiil, qiiod rolueril. j commulwe. sine accipientis dispcndio in locis eomnuitclur\ i. Voilà, écrit Thomassin, les prébendes des chanoines de la cathédrale qui commençoient à se former par les libéralité', arbitraires des évêques, que i leurs successeurs ne pouvoieut pas ré%oquer, que j par un échange, ou par une sentence juridique contre un chanoine incorrigible : si inobedienlia rel conliimacia in aliqiio aceipienlis exsteleril. culpa or/niUi in ] arbilrio piiesedcntis, utruni vel qualilcr di beat revu- j cari -, a

En 666, le concile de Mérida, en Espagne, prend | irne mesure fort intéressante. Il autorise les évêques à transférer d'autorité les curés ruraux dans le chapitre de leur Église cathédrale sauf à les dédommager en les maintenant à leur paroisse primitive dont ils touchent les revenus et qu'ils font administrer par un remplaçant, prêtre ou diacre à la portion congrue. Grâce au cumul de ce revenu même ébréché et de leur prébende de chanoine, les évêques pouvaient combler les vides de leur chapitre : l't omnes episcopi j provincise nostra: si roluerint, de parochianis près- j b'/leris ac diaconibiis, calhedralem sibi in Ecclesia | pi incipali facere. maneat per omnia licenlia. El quamris ab episcopo sito stipendii causa per bonam obedientiam i aliquid accipianl. ab ecclesiis tomen in quibus conxecrati sunl, pel a rébus earum extranei non numeant : scd pontificali electiune, presbyleri ipsius oïdinalione. presbyter alius instilualur, qui snnclum officium peraqal, cl discrelionc prioris presbyter i victus et vestilus rationabiliter illi ministrcdur, ut non egeat '. On remarquera que ce canon donne aux chanoines le titre de cathédrales, lequel n'était pas destiné à faire fortune. Il ne faut pas être surpris du reste, de ces tâtonnements, et on doit reconnaître qu'eu donnant du 1 chanoine u à tous les clercs indistinctement : canoniei clerici, le titre honorable s'était un peu déprécié.

Ce qui ressort clairement de cet ensemble, c'est que le clergé attaché à l'église cathédrale n'offrait plus aucun trait de la fondation d'Hippone. Le titre de chanoine peu précis, très largement distribué à diverses classes de clercs, ne distinguait en aucune manière ceux qui en étaient pourvus, t^ne combinaison s'obstinait à reparaître qui associait les clercs aux moines, mais l'organisation plus forte de ces derniers les amenait périodiquement à absorber ou à rejeter leurs collègues d'un jour. Il semble que du moment qu'on adoptait le principe et qu'on appliquait le règlement de vie en communauté on ne pût concevoir ni entreprendre une i?istitution qui diftérât de la vie monastique. LeseUorts tentés sont si vagues, les prescriptions édictées si générales, qu'on ne s'étonne pas que les tentatives dévie canoniale échouent périodiquement. En 75.5, le concile de Vernon prescrit que ccv\ qui dicant quod se propter Deum tonsurassent, et

Conc. Aiirelian., III, can, 20 (17 ), dans Maassen, Concilia œui mero'^ingici, p, 79, — - Thomassin, Ane. et noiiu. disci' pline de l'Église, i. i, col. 13GS. — ^ Conc. Merit., can, 12, dans cl'Aguirre,'^,'onc, Ili.^ipaniœ, 175-4, t, iv, p. 19S sq, — «Conc, l>rn.,can. 11, — ' Il lut évoque de Metz, de 742 à 766. Cf, A, Ebner, Ziir Hef/iila cunoniconim des Iieil. C/irodegang, dans Rôiiiisclie Qiiartutsehrifl, 1S91, t. v, p. 81-86; W, Schmitz, Sancti Chrodegangi, ^letensis episcopi {742- 76€), régula canoniconim, ans dent Leidener codex Vossianiis

modo res eorum vcl pecunias habent et nec sub manu episcopi sunl nec in monasterio regnlariter vivunt; pla^ cuit ut in monasterio sinl sub ordine recjulari,aut sub manu episcopi sub ordine. canonico*. C'est plutôt la tendance dont témoigne ce canon et la date à laquelle elle apparaît qui doivent nous intéresser. C'est en effet à cette épocjue qu'un évêque de Metz, nommé Chrodegang, entreprend la rédaction d'une régie pour les chanoines, et l'idée même d'établir une distinction entre les obligations et les observances des moines et celles des chanoines est la plus sûre garantie du succès de cette règle. Assimilés malgré qu'ils en eussent aux moines, soumis à des exigences qui répugnaient à leur tempérament et contrecarraient leur ministère sacerdotal, les chanoines avaient toujours fini, après des essais plus ou mouis loyaux et prolongés, par se dérober à la loi sous laquelle on prétendait les réduire. Toutefois, en se dérobant à la vie commune, un trop grand nombre tombait dans un relâchement manifeste: l'allocation nécessaire aux besoins matériels de 'existence s'était, nous l'avons vu, transformée en prébende qu'on s'ingéniait à grossir. Les exemptions se multipliaient pour vivre en dehors de la maison épiscopale et les inconvénients de cette liberté aboutissaient souvent au scandale, L'ne réforme s'impos.aiî : ce fut Chrodegang de Metz qui l'entreprit ',

VIII. Saint ChrodegAxg, — Le rôle de Chrodegang fut important *, nous ne nous occuperons que de son activité épiscopale. On le voit préoccupé de rétablir l'assistance du clergé au synode diocés.iin et de réprimer l'abus des résidences particuhères pour les moines comme pour les clercs, aussi peut on, avec beaucoup de vraisemblance, lui attribuer le canon 11" du concile de Vernon cit'- plus haut. Généreux, désintéressé, mortifié, modeste tout eu sachant tenir son rang et affronter de grandes dépenses, il réunissait les capacités indispensables à l'œuvre ardue qu'il \oulait entreprendre. Dans le voisinage immédiat de la cathédrale il fonda ce que la langue du temps ne savait désigner sous un autre vocable que celui de >i monastère > : ledificai'it m.onasterium S. Pétri apostoti in parochia sancti Stcpfiani in pago Mosellensi et ditcwil... Clerum odunavil — instar cœnobii inlra clauslrorum septa conrersari fecil — annonas vilseque subsidia sufficienter prœbuit '. L'effort tenté eut peut-être échoué si les relations, on a même parlé de parenté, avec le roi Pépin n'avaient disposé celui-ci à protéger et à étendre la réforme. Après Pépin. Charlemagne dans ses capitulaires et Louis le Débonnaire au concile d'Aix-la-Chapelle consacreront l'institution nouvelle que l'auteur appelait modestement inslitutiuncula nostra.

La rcrjula canonicorum nous a été conservée sous deux formes. La rédaction en quatre-vingt-six chapitres ', parait n'être qu'un développement par un anonyme de la règle originale en trente-quatre chapitres destinée au clergé de Metz. La rédaction déve>loppée omet avec soin tout ce qui se rapporte à Metz et introduit diverses prescriptions empruntées principalement aux canons du concile d'Aix-la-Chapelle de 816 et qui sont d'une application plus générale. .Mais la destination primitive au clergé de l'éghse cathédrale de Metz (can. 4 et ô) et à celui d'une autre église de la même ville (can, '24) est absolument cer-

tatinus 94 m. Vnischrifi dcr tironisclien \olen lieraiisgeg., in-4>, Hannover, lS;il. — ' Il continuait la série des hommes d'église dirigeant la politique française et prend une belle place après saint Léger d'.\utun dans cette curieuse galerie et très inégale qui se prolonge jusqu'au xviii' siècle avec le cardinal de Fleury et au xix" avec Talleyrand. — ' Paul Diacre. Vita Chrodegangi, dans Acla 5anc/., mart t. vi, p. 451. — » L. D'.\chery, Spicilegiiim^ 1654, t. I, p. 565; P. L., t. Lxxxix, col, 1067 sq.

CHANOINES

taine. La Préface contient la censure du relâchement des clercs de ce temps. Cette Préface se retrouve dans la rédaction développée, un peu postérieure, moins étroitement locale fcan. 8) est appuyée sur une certaine érudition conciliaire '.

Le premier résultat de la re/jula canonicorum fut d'établir une distinction non seulement entre moines et clercs, mais encore entre les clercs attachés aux paroisses et les lanonici de la maison épiscopale. L'influence de la régie bénédictine est d'autant plus manifeste que l'auteur n'a pas songé à s'en cacher. Certaines difléreiices tenant à l'état lui-même s'imposaient. Tandis que l'évêque et l'archidiacre remplissent les fonctions de l'abbé et du prieur d'un monastère, le titre de nioniichus est remplacé par celui de canonicus; par contre, les expressions monaslerium et claustiurn sont conservées, les heures canoniales sont adoptées sans changement. Chrodegang est le premier qui, conformément aux usages des bénédictins des basiliques romaines, mit en vigueur pour les clercs séculiers la prescription qui établissait à Prime iOfJlcium capiluli. Il ordonne que les chanoines assisteront tous les jours au chapitre et y liront la règle; mais le dimanche, le mercredi et le vendredi on lira des traités ou des homélies des Pères de l'Église. La façon selon laquelle les clercs devaient assister aux matines et au chapitre le dimanche est déterminée d'après l'Orilo romaiius-. Les autres parties du chapitre, le Confiieor, la lecture du .Martyrologe avec le verset Pretiosn, le triple Dciis in adjuiorium. Respice et l'oraison Dirirjcre, comme prière île pré])aration au travail avec la bénédiction et à la Tm l'aceusalion publi(|ue ou le chapitre des coulpes, après la lecture d'un chapitre de la règle, semblent être une création du ix'' siècle. Chroilecang avait fait ample moisson de notes et de souvenirs au cours d'un voyage en Italie dans l'autonme de 7.^3; à son retour il introduisit dans son clergé non seulement le chant romain (romana cantilena), mais, dans une certaine mesure. le rite romain lui-même. Quant aux usages consacrés par sa régula canonicorum, il les avait empruntés aux monastères bénédictins d'Italie, en particulier de Rome et du Mont-Casr.in. L"ne différence essentielle. celle qui, en réalité, caractérisait la discipline canoniale et la diftérenciait de la discipline monacale, portait sur les vœux de pauvreté et d'obéissance. Les chanoines, bien que vivant en communauté et astreints aux observances inséparables de ce genre de vie, conservaient leur patrimoine et n'aliénaient pas leur indépendance.

D'une comparaison minutieuse de la P.èyle des chanoines avec la règle de saint Benoit, il semble ressortir avec évidence la préoccupation d'éviter recueil d'uue ressemblance trop exacte qui avait contribué à entraîner une assimilation complète à des époques précédentes. Outre les distinctions fondamentales sur la matière des vœux de pauvreté et d'obéissance, on relève une série de dilTérentiations minuscules qui semblent n'avoir d'autre but que d'atTirmer la distinction entre moines et chanoines. Les institutions diffèrent moins que le détail administratif.

Nous avons déjà noté des appellations diflérentes. les ofTices demeurent identiques et cependant l'osliarius bénédictin tend à disparaître devant le [torturius. Après Compiles on garde le silence (fie;i., eh. .xLii = Chroi., ch. iv): au dortoir, les lits des jeunes chanoines sont, comme ceux des jeunes moines, interca-

' Can. 7 (citation du cime. d'.\i\-la-('.hapflle île .SIO. can. 121): can. IS (citation du can. 13.'» du même concile et can. 23 du IV** concile de Tolède tenu en r»:î3 ». — •W. Schmitz, S. Chrodegumji régula canonicorum, 18S9,

lés entre les lits des anciens, on n'y dérogera que sur un ordre spécial de l'évêque (Cbrod., ch. m), mais Chrodegang n'impose pas comme saint Benoit (ch. xxii) le sommeil pris tout habillé et l'éclairage permanent du dortoir dont il n'est question que clans la rédaction développée (ch. xLi.x). Tandis que les moines se levaient à deux heures après minuit pour dire matines, les chanoines les diront k minuit (Ben., ch. \ui=C.hrod. ch. v); mais les uns et les autres devront veiller à s'}- rendre dès le son de la cloche (Ben., ch. L = Chrod., ch. vi). Ils se livreront iau travail manuel mais sur ce point la règle des chanoines laisse plus de latitude que celle des moines (Ben., ch. xLviii LVH = Chrod., ch. ix), d'ailleurs la saison d'hiver au lieu de commencer au It septembre ne commence que le 1'' novembre. La gradation du code pénal est la même dans les deux règles, l'abstinence est moins rigoureuse chez les chanoines {Ben., ch. xxxix-XLi = Chrod., ch. xx-xxu). Saint Benoît tolérait à son corps défendant l'usage du vin bien qu'il ne convînt pas aux moines ; saint Chrodegang, pour éviter toute interprétation, fixe la ration de chaque chanoine avec un supplément pour les dignitaires {Ben., cil. XL = Chrod., ch. x.xiii) : un prêtre et un diacre ont droit à trois verres de vin en dînant, deux verres en soupant, un sous-diacre n'aura que deux verres à un repas, un verre à l'autre {Chrod., ch. xxiii). On m retrouve plus trace de ces distinctions dans la rédaction développée (ch. vu et Conc. .ii.v-la-Chap., 81(i, can. 135). La réception des hôtes présente de notables différences d'une règle à l'autre. Saint Benoît, souhaitant développer la vertu d'hospitalité chez les reclus, accueille les laïques et les introduit au réfectoire; saint Chrodegang dont les chanoines sont fréquemment en contact avec les séculiers et excédés par eux, tient les hôtes à l'écart de sa communauté à moins d'une invitation spéciale de l'évêque ou de l'archidiacre {Ben., ch. lui = Chrod., ch. ni). Les laïques ne doivent rester dans la clôture que le temps requis indispensablement pour les affaires qu'ils ont à traiter, par exemple, les cuisiniers qu'on reconduira à partir du moment où on n'a plus besoin de leurs services. Les préséances sont réglées dans les monastères bénédictins par la charge pour les supérieurs — • abbé, prieur — et par la date de l'entrée au monastère pour les autres religieux. Les chanoines sont répartis à sept tables qu'occupent l'évêque et ses invités, les prêtres,^ les diacres, etc. .-Vucun laïque ni étranger ne prendra son repas au réfectoire {Chrod., ch. xxi). Les chanoines doivent se confesser au moins deux fois par an à l'évêque (Chrod. ,ch. xiv); enfin ils peuvent avoir un pécule et s'attribuer les honoraires de messes \

Ce qu'eût été le succès de cette règle sans le secours que lui accordèrent les rois francs dont elle aidait les projets de rénovation religieuse, il est malaisé de le dire. Dans un pays soustrait à l'influence des princes francs, la décadence du clergé était telle que cette règle cependant indulgente parut inexécutable; on était loin cependant des rigueurs des règles monastiques. Vers la fin du viu» siècle * on rencontre en Angleterre des groupes de clercs séculiers avec. ;i défaut du titre, les caractères de canonici et tendant à supplanter les moines à peu près partout, n'était l'attachement du peuple pour les moines auxquels se rattachent les origines historiques du christianisme dans la contrée et le dédain presque général pour la règle « lotharingienne ». .\u dire de Guillaume de Malmesbury on ne s'en accommoda jamais.

p. S, lig. 10 : sicul liabclur Oriln romanus. — ' On trouvera la traduction de la règle des clianoines dans Hefclc-

Loclercq. Ilisl. ttes conciles, t. iir. part. I, p. 20-25.

« Slubbs. Irilruil. to Episl. Cantuar.. introd., p. .xvii.

CHANOINES

Une tentative fut faite au concile de 786 pour l'introduire, elle n'eut probablement d'autre résultat que de faire clianger le nom de clercs séculiers en celui de •cbaiioines et les abbés en doyens i.

Dans le royaume franc, la réforme et la restauration générale entreprise par Charlcmagne favorisa l'essor de la règle des chanoines. Dans un Capitulaire d'Aix-la-Chapelle, rendu en 789 ^, nous voyons que Ja cléricature et la profession de chanoine passaient ])onr une même chose : Qui ad clcricalam accédant ijiiod nos canonicani vilani nominamur, ce qui venait de l'obligation i\ laquelle on avait assujetti tous les clercs de vivre en communauté. A ces chanoines plus ou moins bon gré mal gré on impose d'avoir à vivre conformément à leur règle : volumus ut illi canonice secundiini suam rcyiilam vii'anl. Cette fois l'empereur parlait cl ne badinait pas; moines et chanoines n'avaient que la perspective d'être bons moines ou bons chanoines: ut illi clerici, qui se fingiint habita l'cl nomine ninnaclws esse et non sunt, oninimodis videniur esse corriijendi, al vel vcri monachi sini vcl vert canonici*. Gr.âce à cette alternative on commence, semble-t-il, à mieux distinguer l'état de chacun et Ja catégorie sous laquelle il se range. Le concile de -Alayence, en 813, nous apprend qu'en ce temps la confusion était courante entre les communautés de chanoines et celles de moines, au point que l'habitation des uns et celle des autres s'appelaient également monastère : Perspiciant missi loca monasleriorum, canonicoruin pariter et mnnachoram ; li clôture y devait être la même, le supérieur des chanoines portait le titre d'abbé. A vrai dire cette confusion, si elle offrait des inconvénients, était peu de chose en comparaison des services que rendait la vie canoniale sous laquelle on rangeait tous les clercs. Le même concile de Maycnce s'exprime ainsi ' : Dccrevimus, ut canonici clerici canonice virant, obscirantes dii'intc Scripiurœ doclrinam et documenta Patrum et ut simul nionducent et dormiant, ubi liis facullas id facicndi suppetil, vcl qui de rebus ecclesiasticis stipendia acvipiunt et in suo claustro maneant et obcilienliani secundum canones suis inagislris cxliibcant. Cette règle dont il est dit quelques lignes plus loin Pcyula canonicoruniest, sans contestation, celle de saint Chrodegang. puisque le chapitre 61 de la rédaction développée est citée par le 20'^ canon du concile. En cette même année 813, un concile de Reims s'emploie à la même mesure de police destinée ;^ fixer l'état des clercs, soit parmi les moines, soit parmi les chanoines : Lecii sunl canones, ut quisque canonicus Icgem vilamquc suani minime ignoraret. Lecta est rcfiulct sancti Bcncdicti, ut ad niemniiam reduccretur abbcdihus. En 815. le concile d'Aile?^ : Providendum episcopo qnaliter canonici vivere debcant née non cl monachi, ut sccunduni crdinem vel regularcm vivere studeant.

Outre cette distinction entre moines et chanoines, une autre restait à faire : il existait des chapitres de chanoines de deux sortes, les uns sous l'évêquc et dans les églises cathédrales, les autres sous un abbé, observant la vie commune et la règle des chanoines. Le concile tenu à Tours en 813 distingue trois genres de communautés religieuses et marque bien le caractère de chacun :

Chanoines vivant avec l'évêque : Canonici et clerici ciuitatum qui in episcopiis conversantur, consideravimus ut in clauslris habitantes, simul omnes in uno dormilorio dormitml, simulque in uno reftciantur rejeclorio, quo facilius possint ad horas canonicas celebrandcis oecurrere, ac de vita et de conversationc sua admo-

' Stubbs, De invent, crue, introd., p. ix. — ■ C.apilul., Aquisgrim., ann. 789, can. 72-93. — ' Ibid., can. 77. — « Cône. Mogunl., can. 9.

neri et doceri, oiclwn ac vestimentum juxta facultalem episcopi accipiant ne ]>aaperla(is occasionc per divcrsn vayari cogantur, etc. (can. 23).

Chanoines vivant sous un abbé ; Simili modo et abbales monasteriorum in quibus canonica vita antiquitus fuit, velnunc vidclur esse, sollicite suis provideanf canonicis, ut habciint claustra et donniloria in quibus simul dormiant, simulque reftciantur, horas canonicas custodianl, viclum et vcstitum juxta quod poterit abbas, habeant, etc. (can. 24).

Moinessous la règle bénédictine (can. 25).

Ces deux catégories de chanoines avaient donc également la vie commune, le cloître, le réfectoire, le dortoir, le chant des heures canoniales, l'entretien par les revenus de la communauté; leur différence essentielle était la soumission immédiate des \ms h l'évêque, des autres à l'abbè, la résidence des uns dans la maison épiscopale, celle des autres en dehors de cette maison.

Nous avons suivi, autant que les textes nous l'ont permis, les destinées des ecclésiastiques groupés dans la maison épiscopale; nous les voyons avec saint Clirodegang, Pépin et Charlemagne, aboutir à une organisation et prendre le titre de chanoines en un sens plus précieux que celui qu'on lui attribuait auparavant. Mais d'où sort cette autre branche de chanoines vivant sous un abbé? Thomassin présente une conjecture qui nous paraît très acceptable. Pendant les siècles de décadence que venait de traverser le clergé, les moines n'avaient guère été épargnés. Des monastères en grand nombre, sous des règles diverses, avaient suivi la pente générale. Le concile de Tours, tenu en 813, parle dans son canon 2 4" de ces monastères dans lesquelles la règle est entièrement abolie : monastcria in quibus régula bcali Bencdicti penitus abolita ncgligilur; on pourra entrevoir l'étendue du mal si on se rappelle qu'entre les règles monastiques celle de saint Benoît était alors la plus répandue et la mieux observée. Dans beaucoup de maisons soumises à cette règle et dans un grand nombre d'autres par conséquent sous les règles tombées à peu près en désuétude de saint Colomban, de saint Césaire d'Arles, de saint A.urélien, etc., le relâchement était arrivé au point que les moines n? se distinguaient plus guère des chanoines au sens fâcheux de ce titre avant la réforme de Chrodegang. L'habitude fut prise de qualifier ces maisons de monastères de chanoines, le nom leur en reste et aussi leur premier dignitaire, l'abbé. On se fait bien une idée du [désordre qui régnait alors, en lisant les reproches adressés par Charlemagne aux chanoines de Saint-Martin de Tours dont l'inconstance était telle qu'ils se taisaient appeler tantôt moines, tantôt chanoines -.Aliquando euim monachos, aliquando canonicas, aliquando nculrum vos esse dicebatis. On ne pouvait sortir de cette confusion qu'en appliquant les prescriptions des conciles qui enjoignaient à chaque religieux individuellement de se prononcer s'il voulait être moine suivant la règle de saint lîenoit ou chanoine suivant celle de saint Chrodegang. .\insi se forma la subdivision des chanoines des cathédrales et des chanoines des collégiales. Les monastères déchus pourvus d'un abbé et de chanoines ne firent pas retour :\ l'ordre monastique. Il faudrait pour exposer cette réforme entrer dans une statistique infinie et montrer ce qui advint dans chaque maison prise en particulier; nous ne pouvons aborder ici ce travail et nous devons simplement indiquer la solution donnée à la difTiculté par ceux qui eurent ;\ la résoudre. Il est clair que la règle des chanoines de saint Chrodegang sous sa forme primitive et, à plus forte raison, la rédaction développée n'était pas exclusivement destinée à régir le groupe minuscule de ceux qui vivaient dans la maison épiscopale, mais elle devait être appliquée

CHANOINES

à tout le clergé d'iia diocèse. C'est jiour celui-ci que légifère le concile d'Aix-hvChapclle en 817 lorsqu'il adopte et insère dans ses canons les chapitres de la règle de saint Clirodegang.

IX. Le concile de DCCCXVII. — Le concile de 817 marque une date capitale dans l'histoire de l'institution canoniale '. L'empereur exposa lui-même à l'assemblée que malheureusement beaucoup d'évéques ne surveillaient pas assez leurs inférieurs et ne faisaient pas pratiquer l'hospitalité; il ajouta qu'il lui semblait nécessaire de réunir, ii l'usage des clercs moins savants une collection de règles sur la Yiln canonica dispersées dans les anciens canons et les écrits des Pères. Les évêques acceptèrent cette exhortation, quoique la jjlupart d'entre eux vécussent avec leurs subordonnés conformément aux canons; ils l'acceptaient d'autant plus volontiers que l'empereur leur avait donné des livres indispensables à la compilation d'une semblable collection. — On composa, en effet, dans un laps de temps relativement court, deux collections de ce genre, l'une pour les clercs, l'autre pour les religieuses; elles furent approuvées par le concile et présentées à l'approbation de l'empereur. L'empereur et le concile remercièrent Dieu de l'heureuse issue de l'assemblée et les deux inslitutioncs furent recommandées à l'observation de tous. Elles se composaient de deux livres : 1" De institulione canoniconini et 2'>Dc instilulione sanctinionialium. Chaqae livre se subdivise en deux parties, consacrées, la première aux prescriptions générales et précejites des Pères et des conciles, la seconde aux décisions du concile d'Aix-la-Chapelle. On citait les textes des Pères à l'appui de chacun des règlements d'Aix-la-Chapelle. Le premier livre, beaucoup plus considérable que le second, ou, pour parler plus exactement, la première j)artie du 1=' livre, c'est-à-dire la collection des sentences des Pères, etc., a eu, dit-on, pour auteur le savant diacre Amalairc. Quelques textes de ces deux collections prouvent que d'autres auteurs y ont collaboré.

Les plus importantes de ces règles, parce qu'elles nous permettent de jeter un regard sur la situation ecclésiastique de cette époque, sont les ordonnances <lu concile lui-même. Inspirées ordinairement par la règle de Chrodegaug, elles commencent dans le premier livTC avec le chap. cxiv. Voici ceux qui nous intéressent particulièrement :

C. cxv : Les chanoines peuvent porter du lin, manger de la viande, posséder des propriétés, toutes choses interdites aux moines; mais les uns et les autres doivent être zélés à éviter le péché et à faire le bien. Les chanoines, outre leur patrimoine, reçoivent de l'Église une subvention.

C. cxvii : L'évêque doit veiller à ce que la clôture de la maison des chanoines soit solide.

C. cxviii : Le supérieur ne doit pas se charger de trop de clercs.

C. cxix : Certains évêques n'admettent dans leur clergé que des serfs d'églises qui, sous peine de retourner en esclavage, doivent approuver tout; il ne faut pas exclure les nobles du clergé.

C. cxxi : Tous les chanoines recevront la même quantité de nourriture et de boisson.

C. cxxii : Chacpic chanoine recevra cinq livres de vin par jour ', ou bien trois livres de vin et deux livres de bière, ou bien une livre de vin et cinq livres de bière, selon les ressources du pays. Dans les contrées moins opulentes on diminuera proportionnellement CCS quantités; en lin dans les régions les plus pauvres on fera en sorte de donner deux livres de vin et trois

' Hetclc-Leclercq, Histoire des coneites, 1911, t. iv, part. 1, p. 10, note 2. — ' La livre est de douze onces.

livres de bière et autant que possible une livre de vin. Les jours de fête on améliorera le régime. En temps de famine on fera les distributions comme on pourra, les riches viendront en aide à leurs collègues moins fortunés.

C. cxxiv : Les chanoines seront habillés convenablement, sans luxe, toutefois, de même que sans alTeetation de misère.

C. cx.xv : Ils ne porteront pas de cuculles afin de n'être pas confondus avec les moines; chaque état a sa manière de vivre et de se vêtir.

C. cxxvi-cxxxiii : Relatifs aux heures canoniales. Pendant les prières au chœur, les chanoines se tiendront debout, sans s'asseoir, saiis] s'appuyer sur un bâton, sans causer.

C. cxxxiv : Code pénal. Le chanoine incorrigible après plusieurs réprimandes sera condamné pour un temps au pain et à l'eau. S'il s'obstine, il sera exclu du réfectoire et du chœur où on lui assigjiera une place il part. Si on n'obtient rien de lui, on emploiera les coups, à condition que sou âge le permette. S'il est âgé ou prêtre, il sera réprimandé publiquement et condamné au jeûne perpétuel jusqu'à ce qu'il se soit amendé.

On pourra enfin recourir à, la prison, à la comparution devant l'évêque qui prononcera.

C. cxx.xv : Les enfants et les jeunes gens élevés dans la maison canoniale doivent être surveillés et instruits; ils seront soumis à la garde d'un chanoine âgé et sûr et habiteront ciiscnilile dans un bâtiment de Valiium.

C. cxxxvi : Après compiles, tous les chanoines se rendront au dortoir, chacun y aura son lit; une lampe brûlera toute la nuit.

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