CHANTIERS — CHANTILLY (MANUSCRITS LITURGIQUES DE
formule ex officina, avec le nom au génitif : formule qui se retrouve sur un assez grand nombre d'inscriptions qu'il n'y a pas de raison de rapporter à des monuments du culte chrétien '.
La constructiondeces édifices, qui n'étaient presque amais voûtés', ne présentait pas de difficultés techniques. On y utilisait fort souvent des matériaux de démolition, en particulier des colonnes et des chapiteaux. Pour les murs, l'emploi des pierres de taille était assez restreint ' et, là aussi, on se servait volontiers de matériaux empruntés. Sai nt Augusti n nous apprend qu'un de ses prêtres, ayant à construire (^il s'agissait d'un hôpital), commença par acheter une maison, « qu'il pensait devoir lui être utile à cause des pierres'. : Souvent, on faisait usage des dépouilles des temples païens démolis'. Mais, naturellement, les tailleurs de pierre trouvaient encore à exercer leur métier. Une inscription de la région de Sétif, de l'an 419 après J.-C, mentionne un lapidec(a)esor provincia {Cœsariensi)''. Dans la basilique de Tébessa et dans ses annexes, des signes sont gravés sur quantité de pierres de taille ". Ils consistent en des lettres (une ou deux), en des figures géométriques très simples, surtout des croix, en des images dessinées d'une manière enfantine : palmes, rameaux, oiseaux. Ce sont des marques de tâcherons, payés aux pièces; elles permettaient de reconnaître les blocs façonnés par les divers ou\Tiers ou sous la direction des divers maitres carriers '. On retrouve des marques analogues sur beaucoup de mommients de l'Afrique du Nord ', depuis le mausolée royal, dit Tombeau de la Chrétienne i", jusqu'aux Djedar, sépultures contemporaines de la domination byzantine". Il est possible qu'à la basilique de Tébessa les pierres portant ces marques aient été taillées exprés pour cet édifice, de construction soignée. Mais on pourrait aussi bienadmettre qu'une partie au moins d'entre elles proviennent d'édifices plus anciens, comme c'est peut-être le cas pour plusieurs pierres de la basilique de sainte Salsa, à Tipasa, qui offrent des marques semblables'-.
Nous reproduisons ici (fig. 2472) une curieuse mosaïque, découverte en Tunisie, à Sainte-Marie-du- Zit '3. Elle formait le pavement d'une annexe d'une basilique. Elle est malheureusement très mutilée : il ne subsiste que la plus grande partie de la moitié de droite. Au centre, il y avait une inscription (détruite, sauf trois lettres), dans une couronne que soutenaient deux Amours. Le reste de la mosaïque est occupé par des registres superposés, représentant des scènes de chantier : M. Gauckler croit que l'on a voulu figurer le chantier de construction de la basilique. Le registre supérieur manque. Dans le second registre, nous voyons un charpentier taillant une poutre; près de lui
un grand poinçon ou ciseau, un fil à plomb, une équerre, un chapiteau; plus à gauche, un homme debout (peut-être l'entrepreneur ou le chef-surveillant), tenant un bâton et paraissant donner des ordres ; dans le champ, à côté, un maillet (?). Dans le troisième registre, un personnage tient sur l'épaule une amphore, dont il verse l'eau dans une auge, en avant d'un autre ouvrier, qui s'occupe à la préparation du mortier; dans le champ, deux paniers, du type des couffins dont on se sert encore aujourd'hui dans l'Afrique du Nord; plus à gauche, vestiges d'un personnage assis. Enfin, en bas, dans le quatrième registre, deux chevaux, qu'arrête un homme, amènent un chariot à deux roues; un autre individu, juché sur le véhicule, semble se préparer à décharger une colonne; dans le cliarap, un outil qui parait être une hache-marteau. Sauf le chef, tous ces personnages sont en costume de travail:tunlque courte, ceinte à la taille.
S. GSELL.
CHANTILLY" (Mss. liturgiques de).
7. .V* 1345. Psallcrium. xii s. exeunte. Le psautier est suivi des cantiques, des symboles de saint Athanase, des litanies des saints, des vigiles des morts et de l'office de la Vierge, intitulé : Cursus sanctse Mariœ. Presque toutes les invocations des litanies ont été grattées. Les noms des saints qui figurent dans le calendrier ne peuvent laisser aucun doute sur l'origine germanique du volume. En voici quelques-uns ;
Januarii 29. Valerii ep.
Febr. 7. Auguli m. — 13. Castoris ep. — 25. 'Walburgis V. — 26. Depositio Fortunati ep.
Martii 2. Passio s. Lucii ep. — 17. Gerthrudis v. — 18. Alexandri ep. — 20. Cuthberti presb. — 26. Luitgeri ep.
Aprilis 8. Perpetui ep.
Maii 1. Philippi et Jacobi apostolorum. — Walburge V. — 5. Godehardi ep. et conî.
Junii 3. Erasmi ep. et mar. — 5. Bonifacii ep. et mart. — 23. Edeltrude v. — 25. Lebuini conf.
JuUi 7. Willibaldi ep. et conf. — 8. Kyliani et sociorumejus, mart. — 9. Herebertiep. et conf. — 14. Focatiep.
Augusti 4. Walburgis v. — 5. Oswaldi régis.
Septembris 2. Remacli ep. — 3. Mansueti ep. — 23.Resurrexio B.Virginis Mariae secundum carnemet ascensio (article ajouté après coup). — 28. Wenceslai mar.
Octobris 3. Duorum Euvaldorura. — 15. Sanctorum Maurorum in Coloiiia. — 16. Galli conf.
Novembris 7. Willebrordi ep. — 12. Cuniberti ep. — 16. Othmari conf. — 18. Florini mar.
Decembris 8. Eucharli ep. — 29. David régis. — 10. Perpetui conf.
' Corpus inscripl. lalin., t. viii, n. S696, 11159, 11316, 17974; Mélanges de r École de Rome, 1S94, t. xiv, p. 595; Bull, archéologique du Comité des travaux historiques, 1894, p. 257, 341; ibid., 1909, p. 113 (on trouve aussi l'expression ex opère, Corp. inscr. lat., n. 10679, 10756). Il n'est pas toujours certain que cette indication, gravée sur une pierre, se soit appliquée à l'ensemble de l'édifice où cette pierre figurait. — - Sauf pour les absides, qui, du reste, n'étaient qu'exceptionnellement couvertes de voûtes appareillées. 'V'oir GseU, ÎSIonuments antiques, t. il, p. 139. — •Gsell, op. cil., t. u, p. 122. — * Serm., cccLvi, 10. — 'Augustin, Contra Gaudentium, I, xxxviii, 51 : Pagani quorum certe ubi potuistis (il s'agit des donatistes) templa evertistis et basilicas construxistis, quod et nos fecimus. Cf. Èpisl., xLvn, 3; De consensu evangelistarum, i, xsxi, 48. — ' Corp. inscr. lat.. t. viii, n. 20590. — ' Reproduction d'un certain nombre de ces marques, Recueil de la Société archéologique de Conslantine, 1895-1896, t. xxx, planche à la page 74; voir aussi ibid., 1SS2, t. xxn, pi. xxi bis. — * Ces marques ne nous apprennent rien sur la condition de ceux qui les ont gravées ou tait graver : on ne saurait donc parler à
ce sujet de» corporations ouvrières ■> (comme le fait llasqueray, dans la fîewue a/riiaine, lS78,t. x\ii,p.462). — "Voir, p. ex., Corp. inscr. lat., t. vm, n. 12420, 17939 (cf. Bœswillwald, Cagnat et Ballu, Timgad, p. 10-11), 17999; Tissot, Géographie de la province romaine dWfriqae, t, u, p. 665; Masqueray, dans la Revue africaine, 1878, t. xxii, p. 462 ; Gauckler, Bui!. archéol. du Comi/é,lS92,p. 111-112; le même, S'ouvelles archives des missions, t. xv, p. 326, n. 62; p. 384, n. 188; p. 466, n. 355-360; p. 468, n. 365. — "GseU, .Monuments antiques, t. i, p. 72; BulL archéol. du Comité, 1899, p. 441-443. — " Gsell, Monuments antiques, t. il, p. 420; Corp. inscr. lat., t. vin, n. 21548. — '- Une croix, deux A, un signe ressemblant à un Y. — " Gauckler, Comptes rendus de F Académie des inscriptions, 1898, p. 643; le même. Catalogue du musée Alaoui, Supplément, p. 20, n. 264 et pi. ix; le même, Xouvelles archives des missions, t. XV (1907), p. 384-385, et pi. xii. .\ujourd'hui à Tunis, au musée Alaoui. — " Chantilly Le Cabinet des livres manuscrits Tomepremier | Théologie, Jurisprudence, Sciences et Arts. Paris Pion et Nourrit et C , 1900. La préface est signée H. d'Orléans [.W. îe duc cT.Aumate].