‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 88 sur 303 · LAETA DEO PLEBS SANCTA CANAT QVOD MOE · texte numérisé non relu

LAETA DEO PLEBS SANCTA CANAT QVOD MOE

[NIA CRESCVNT ET REPARATA DOMVS MARTYRIS IPPOLITI

Deux épitaphes du début du \' siècle font mémoire d'archidiacres ayant rempli la charge de chantres. Sabinus a longtemps édifié le peuple par ses chants ^ :

AstegO QVI VOCE PSALMOS WIODVLATVS ET ARTE rfiueRSlS CECINI VERBA SACRATA SONIS

Dcusdedit a chanté lui aussi les psaumes * :

DAVIDICI CANTOR CARMINIS iSTE FVIT

Sous quel régime administratif se trouvaient placés ces chantres, c'est ce qui n'est pas aisé à décider. Sans doute, on ne saurait prouver historiquement la fondation par le pape Silvcstre (314-336) d'une école de chant dont parlent Panvinio et d'autres à sa suite, néanmoins l'existence de cette école à partir du milieu du iv^ siècle est ass -z vraisemblable. Lorsque dans le premier quart du siècle suivant, le pape Célestin !"■ introduira l'antiphonie pour l'introït de la messe, il devra avoir à sa disposition un chœur de chantres bien formés '.

On a supposé, non sans vraisemblance, que l'impulsion vers le chant antiphonique fut donnée en Occident par saint Damase dans cet important concile tenu à Rome, en 382, auquel assistèrent des évêques grecs et des évêques syriens familiarisés avec l'antiphonie. Plus accueillante qu'elle ne l'avait été poui les hymnes, l'Église de Rome adopta la psalmodie antiphonique au temps du pape saint Célestin I^' (422-432)": mais elle n'y était admise qu'à titre d'ornement artistique; et son emploi à la messe présuppose son admission dans l'ollice, surtout aux vigiles pour lesquelles on l'avait instituée. A partir de cette époque, l'histoire du chant liturgique se concentre pour jilusieurs siècles à Rome. Saint Léon le Grand (440-461), deuxième successeur de Célestin, donne au chant une organisation durable en établissant

CHANTRES

dans le voisinage immédiat de la basilique de Saint- Pierre une communauté monastique spécialement chargée d'assumer le service de la célébration des heures canoniques. Ce monastère, placé sous l'invocation des saints Jean et Paul ■ et auquel deux autres monastères vinrent s'adjoindre par la suite sous les vocables de Saint-Martin et de Saint-Étienne, tut le berceau de la sclwla cantorum.

Entre cet humble début et l'essor que prendra plus tard l'institution sous l'impulsion de saint Grégoire le Grand, il s'écoule un siècle et demi environ pendant lequel nous ne pouvons guère rassembler que des textes épigraphiques.

Au cimetière de Cyriaque, et probablement sous le pontificat de Silvère (536-5371, le diacre Dionysius qui cumulait sa charge ecclésiastique avec la profession de médecin : Hic levila facet Dionysius artis honeslse Functus et o Jicio quod medicinœ dedil. Emmené prisonnier par les Goths, il acquit parmi eux une grande considération grâce à ses connaissances médicales; enfin il put rentrer à Rome où il édifiait par son cliant ' :

LAVDIBVSAETHEREISFAMVLATVS MENTE FIDELI

II fut enterré sur la voie Tiburtine.

Du cimetière de Saint-Alexandre sur la voie Nomentane, provient un fragment d'inscription datée qui rappelle la mémoire d'un évêque inconnu mort en 569, qui :

NVNQVAIVI DETVLIT DEVM SVA VOCE LAVDARE

Ce nunquam detulit s'explique par le cursus honorum du défunt qui demeura dans l'ordre du diaconat pendant vingt-cinq années, au cours desquelles il n'eut jamais honte ou paresse à remplir la partie principale de sa charge qui était la louange divine.

Tandis que, pour ce qui les concerne, le Liber pontificalis et le De prandio nous montrent l'attention des papes tournée vers le chant, nous pouvons en induire au moins la prospérité relative de la scholu.

S. Léon (440-461) annalem cantum omnem institut t.

Gélase (492-496) onineni annalem cantum conscripsit.

Symmaque (498-514) annn/cm cantum suum cdidit.

Hormisdas (514-523) clerum composait et psalmis crudivit.

Jean (523-526) annum circuli cantumel omni ordine conscripsit.

Bonif ace (530-532) re(/!;/am conscripsit ctcantilenam circuli ordinavit.

On entrevoit sans peine un groupe de cliantres chargés d'exécuter ce ré])crtoire; et ce ne sont pas les seuls témoignages de la préoccupation des papes à l'égard du chant. Sous Pelage II (578-590), l'église Saint-Pierre reçoit du prœpositus scciindiccrius

' Labbe, Concilia, t. il, col. 868. — ' M. Armcllini, Le chiese di Roma dalle loro origini sino al secolo .vv/, in-S*', Roma. 1887. p. 878. — • ' Sabinus, arcliidiaere, épitaphe provenant du cimetière de Cyriaque. Le détunt avait choisi sa tombe sous le porche de la basilique de Saint- Laurent avec l'espoir d'être reçu dans le cliœur des anges par rintercession de ce saint : At tu Lauretiti martyr leviter Sabinum | Leuitam angelicis nunc quoqae junge choris. De Rossi, Bull, di archeol. cris/., 1864, p. 33. — ' Épitaphe provenant du cimetière de Calliste. Le début nous renseigne sur le rang du défunt : Hic leuitarum primas in ordine vivens. Outre son mérite comme chantre un célèbre ses vertus. L'inscription se termine par deux vers qui font allusion au nom du défunt : Ecce Deas dédit nontcn qui forte gercbas. Ecce Deus dedil régna beata tibi. La date de la pierre est approximati%'ement contenue dans les vers qui ne sont pas entièrement conservés : Inler bctloram strepilus et... ^Félicitas uoluit) temporis esse sui, allusion

DICT. D'ARCH. CHRÉT

possible à la prise de Rome par .^laric en 410. De I^ossi, Bull, di archeol. erist., 1863, p. 88; Roma sotlerr., t. m. p. 242; Liber ponliflcalis, cdit. Duchesne. p. 291. — ' JI. Gerbert.Dc cantu, t. i. p. 36 :» Quoique, au temps du pape Silvcstre et plus tard, il y eût à Rome plusieurs grandes basiliques, chacune n'avait pas ses propres clercs ou moines pour le service divin... ne possédant pas les revenus nécessaires à l'entretien des collèges de chantres. On établit donc une scttola cantorum commune A toute la ville; et, lorsque dans une basilique se célébrait une fête, une procession ou une station, tous les chantres s'y rendaient pour l'oflice ou la messe. » — * Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. i, p. 230. — ' Id., t. i, p. 238-239. .-Vrant saint Léon, le pape Xyste (432-440) avait fondé un monastère ad Catacumbas pour y entretenir l'ollice divin avec une régularité absolue, Id., t. i, p. 236, note 13. — • De Rossi, Inscript, urb. Romœ, t. ii. p. 106, n. 49;.\. de Waal, op. cit., p. 313, n. 7.

CHANTRES

Jiilianus un nouvel ambon pour les clmntres. Sur une des faces latérales on lisait ceci ' :

SCANDITE GANTANTES DOMINO DOWIINVMQVE

ILEGENTES EX ALTO POPVLIS VERBA SVPERNA SONENT

En Gaule, principalement au vi' siècle, on lit fréquemment sur les épitaplies des évêques des indications concernant les soins apportés par eux à l'exécution correcte du chant liturgique.

L'cvéque Vivcntiolus de Lvon {7 vers 520) est loué comme VOX ORGANI, PRAECO VERBI, EC- CLESIAE ET POPVLIS SPECVLVM=; l'abbé Florenfius(t553)est célébré comme VERBA DEI SOLLERS TOTO DE PECTORE PROMPSIT, SANCTA QVIBVS DOMINI RESONANT PRAE CO NIA SEMPERATQVE PERASSIDVIS CONCENTIBVS AETHERA PLAV- DENT'; l'évéque d.' Nicetus de Lvon PSALLERE PRAECEPIT NORMAMQVE TENERE CANENDI PRIMVS ET ALTERVTRVM TENDERE VOCE CHO- RVWl». C'est à Lvon d'ailleurs, que nous lisons l'épitaphe d'un certain STEFANVS PRIWIICIRIVS SCO- LAE LECTORVM =; dont la charge devait être assez semblable à celle que mention lel'inscription suivante, provenant de Mertola, conservée au musée de Lisbonne, et qui nous offre un des monuments les plus curieux de l'épigraphie relative aux chantres (fig. 2473)'-

ANDREASFAMVLV

Page 1