CIVES
> DeRossi, op. cit., t. 11, part. 1, p. 21. — =E. Le Blant, Inscriplions chrétiennes de la Gaule, in-i", Paris, 1S56- ISBô, 1. 1, n. 5'.>. — 'Ibid.,t.u,p. 246, n. 512. — ' Ibid., t.i, p. 5S, n. 25. — * Ibid., t. i, n. 05; Corp. inscr. lat., t. xiii, n. 23S5, cette épita he est datée de 551 ou 552. — "Trouvée sur la place (o rocio), dalle de pierre haute de 1»07, large de 0"44, hauteur des lettres, 0'°025. J. Leite de VasconccUus, dans O Archeoljgo Portiigncs, IS'JT, t. m.
L'évéque Claudien de Saint-Romain-en-Galle est loué pour son art " :
PSALMORVM HIC MODVLATOR ET PHONASCVS ANTE ALTARIA FRATRE GRATVLANTI INSTRVCTAS DOCVIT SONARE CLASSES
En Egypte nous rencontrons djux inscriptions intéressantes, c'est d'abord une stèle funéra're d'El
2473. — Inscription de Mertola.
D'après Hiibner, Inscript. ïiispaniœ Christian., suppl.,n. 304.
Doukheileh, c.mservoe au musée d'Alexandrie, salle 1 ; marbre bl.inc 0,24 x 0,26, datée de l'an 530 de notre èc, 246 ds l'ère de Dlocléten»^.
p. 292;E. WihnQT. Inscriptionum Ilispaniœ christianarunt .Stipplementum, in-4'>, Berolini, 1900, p. 8, n. 304. — ' E. Le Blant, op. cit., t. 11. p. 75. — = Ibid., t. i, p. 308, n. 212. — ' Ibid. , t. 11, p. 203, n. 478 b. — " Ibid. . t. n, p. 318, n. 556. — ^'- Ibid., t. ii,p. 54, n. 404. — ■= G. Leteb\Te, dans le Bull, de la Société archéoluijiquc d'Alexandrie, 1905, t. vin, p. 11, n. 2; G. Lefebvre, Recueil des inscriptions grecques-chrétiennes d'Egypte, 19D7, p. 1, n.2.
CHANTRES
+ EKOIMHOH EN Kùj O MAKAPIOC ABBA ACOPOeEOC 0-CAATHC MHNI :, (JiAPMOYei IC INA H AIOKAHTIAN CMC
'Ey.oi[ir,07i ï-j K-jpwt» ô [xa/.âpto; àooâ Awpûôeo; ô •4'i)"'',; V-''C'' 9ap[jii)uOi' iT !vô(ixt![ovo;) -lî Atoxî.r|Tiav(o'j) eu.:.
« S'est etidonni dans le Seigneur, le bienhoineux apa Dorothée, le harpiste. Mois de Pliarmoutlii IG, iiidiction ti; année de Dioclétien 246. »
Ici àgg-i correspond à a-na qui on est la traduction la plus exacte; il ne s'agit pas d'un abbé de monastère, le titre est purement honorifique. Quant à ■lil-T,i le sens du mot est harpiste, mais nous avons vu que le jeune chantre d'Hadriani ad Olympum formait les fidèles au chant des psaumes et il est presque certain qu'en ce cas on s'aidait de l'instrument appelé monocurdc, à peu près comme nous l'avons tous vu faire dans notre jeunesse au professeur de solfège, la « pochette » à la main.
Une autre inscription [jrovenant de Nubie (?) mais de localité inconnue et datant du iV-V siècle nous fait connaître le prêtre et maître de chapelle lliuiiius^.
TOY KYPIOY HMGON KAI
THC 0EOTOKOY
ANARAYCCO
THN YYXHN TOY IVIAKAPI & TOY MAPINOY
nPECBYTE
POY K(i..) NOMIKOY
La qualification dj nsEfrS-JTïpo; iia\ vopaxd; prête à doux explications qui. d'ailleurs, ne sont pas exclusives l'une de l'autre. D'après Du Cangj, le ■/'■j\j.:/.oi serait tantôt le rédacteur de l'Ordo diocésain {est aulcm is qui iypis et ecclesiasticis rubricis eruclitus quod quoquc die legendum o/licium a:: faciendiim saneit et pubUcnl. ou encore un maître de chapelle qui kgern laninribis ponit et ehoros régit-.
Enfin l'archéologie monumentale nous permet de retrouver dans la basilique cométériale de Manastirine, près de Salone, l'emplacement de l'ancienne scliola cuntorum, au centre de la nef formant un rectangle long dont les limites étaient marquées par des plaques de marbre ^ (fig. 2174).
Outre les enfants élevés dès leur premier âge dans le patriarchium et formés aux méthodes de la sclwla cantorum nous avons vu des hommes faits chanter à l'église, comme cet évêque Léon qui mourut sous Libère. On peut donc penser que le passage par la scliola n'était pas rigoureusement obligatoire à ceux qui, doués d'une voix sonore et cultivée pouvaient prendre rang parmi les chantres. Cette liberté aura dû avoir pour résultat d'introduire parmi ces derniers des artistes de quelque talent, mais d'un talent très I)rofanc. D'ailleurs le transfert du siège de l'empire de Rome à Byzance, en 330, avait eu pour contrecoup l'émigration vers l'Orient des nombreux maîtres de musicpie originaires des pays helléniques fixés en Occident, principalement en Italie, à Arles, à Trêves. Délaissés jiar ces exécutants choisis, les peuples de l'Italie, de l'Espagne, de la Gaule et de la Germanie romaine ne chantèrent plus qu'en latin, s'éternisèrent
' KirchliolT, dans Ciiip. inscr. grsc, t. IV, n. 9129 ; Révil- !out, dans la Heutic égijplologique, 1885. t. iv, p. 11, n. 1 ; G. Lefebvre, Recueil, p. 125, n. 651. — =Da Cange. Gloss., au mot ,'.;.■»<;;. — ' Ibid., t. n, p. 51, n. 404; L. .Jelii-. Dus cœnieterium r« 5a/o;ia, dans H'>niiseltc Quartalsclirift, 1891, p. 24, pi. ii; F. Buli*;, Semii nell'antieo cintiivro crisliano di
dans leurs répertoires auxquels firent brèche maintes chansons d'origine vulgaire. La transmission des œuvres musicales se fit exclusivement de maître à disciple, les amateurs prirent de plus en plus la place délaissée par les professionnels. On est en droit de présumer que ces virtuoses ne se faisaient guère prier pour montrer dans les assemblées liturgiques un talent réel ou exagéré dont ils étaient bien aises de rendre témoins les humbles auditeurs qui propagent la renonnnée, mais que même à ce titre d.; coml)l.>isanls admirateurs on n'eut pas introduits dans les demeures particulières. Pour les chrétiens lettrés du iv= et du Vi siècle, tout imprégnés de l'esprit antique et désireux d'en faire montre, le chant des poètes avec accompagnement de cithare était un délassement digne d'un homme de qualité. Volontiers les riches ont dans leur domesticité un groupe de chanteurs ou de musiciens. Sidoine Apollinaire loue Théodoric (454) « de se complaire uniquement
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2'i74. — Emplacement de l'ancienne sclwla cantorum dans la basilique cêmétériale de Manastirine.
à cette simple musique de chant et d'instruments à cordes qui élève l'esprit en même temps qu'elle charme l'oreille. •• A cette même date le concile de Chalcédoine (451) s'occupe des chantres dont il cherche à fortifier la situation ecclésiastique. C'est en ellet vers le milieu du v= siècle que l'histoire du chant liturgique commence à se faire inséparable de l'institution avec laquelle il doit désormais parcourir toutes les phases de son évolution.
Saint Ambroise n'avait pu se résoudre à imposer silence aux fenmies dans son église *; saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome ' avaient montré la même tolérance, mais d'autre part la Didascalia CCCXVIII Patrum s'y opposait, saint Cyrille de .Jérusalem recommandait de chanter si bas qu'on ne les entendit guère. II ne s'agissait pas de soliste, mais seulement de choral et on ne s'entendait pas.Al'égartldcsenfantsl'accord était à peu près fait. De bonne heure ceux-ci avaient été accueillis, ils apportaient une note fraîche et pure que rien ne pouvait suppléer; saint Germain de Paris leur attribuait une part dans les chants de son Église : elerus, plebs psallit et infans': Le rôle attribué aux chantres dans l'ollice, la place qu'ils devaient occuper dans l'église eussent su'li à en faire réserver le titre à un sexe à l'exclusion de l'autre. Le canon 15" du concile de Laodicée (380'?) défendait à qui que ce fût de se mêler du chant à l'exception des chantres reconnus comme tels qui
Manastirine a Sttlona, dans Biitlettino di arclieol. e storia dalmata, 1892. t. xv; L. .Jeli'', Descrûione sommariu dct ccmctero di Manastirine, dans la même revue, 1892, t. xv, p. 145-195. — * S. Ambroise. In Psalm. i, P. L., t. xiv, col. 968. — '' llumil. in p.v. ' i/.. P. fi., t. i.v, col. 425. — «Fortuuat, Poema in laud.cleri i'nn's. , P. L., t. Lxx.xviii, col. 104.
CHANTRES
chantent du haut de l'ambon*; aussi le 43= canon apostolique n'avait-il pas fait difTicultc d'introduire les chantres dans la hiérarchie et de leur faire prendre rang entre les sous-diacres et les lecteurs ^. Toutefois cette situation privilégiée dura peu, les chantres ne se maintinrent pas dans la hiérarchie ecclésiastique, et cependant, comme au iv= siècle, on s'habitua longtemps à les comparer et à les égaler aux lecteurs. En Orient, où ils cessèrent de bonne heure d'être considérés comme ordre, l'Euchologion a conservé pour eux une formule d'installation étroitement unie à la charge de lecteur: en Occident, le pontifical d'Egbert d'York, à propos de la bénédiction du lecteur place celui-ci in ordinem psalmistarum sive leclorum.
Dans les assemblées liturgiques le chantre était un personnage assez considérable. Nous le voyons à Milan chanter par ordre de l'èvêque le titre des psaumes sur lesquels saint Ambroise va prêcher, notamment les psaumes liv. lxv, lxxxviii et xcii '. Suivant la pièce choisie ou l'usage local, le soliste et le peuple alternent, ou emploient quelqu'une des formes diverses alors otllciellement adoptées; mais la direction et l'impulsion appartiennent exclusivement à celui pour lequel on multiplie les titres : psalles, psalmisla, canlor, preecenlor, pronuntiaior psalmi. psalmorum modulalor, phonascus. Ce privilégié et ses collègues ne sont pas des improvisateurs. Le concile de Laodicée réserve le droit de se faire entendre du haut de l'ambon au chantre canonique qui se sert du parchemin; c'est peut-être un de ces livrets primitifs, simple feuille volante, qui nous a été conservé par un papyrus sur lequel se voit l'empreinte des doigts de chaque côté du texte d'une antienne '.
Les premières écoles de chant prirent naissance dans les monastères d'Orient. Le préchantre avait la charge de former les frères au chant. L'essor du chant d'église à partir du milieu du iv= siècle est dû à l'activité des monastères syriens et égj-ptiens. Antioche et Alexandrie étaient à la tête du mouvement; mais le trouble profond et général jeté dans presque tous les monastères orientaux par le concile de Chalcédoine enraya cette expansion et au moment où saint Grégoire I'-"', à la fin du vi^ siècle, entreprit le relèvement, et. en un sens, la fondation du chant ecclésiastique en Occident, il ne trouvait que l'institution établie par saint Léon pour servir de base à la réforme projetée.
Le terme adopté pour désigner les petits groupes de moines basilicaux adonnés à la célébration de l'oflice liturgique et probablement aussi le clergé qui assumait le même soin, était schola. Diacres, lecteurs, moines et enfants en faisaient partie, mais sans qu'il soit possible de déterminer le rang et les attributions des uns et des autres. 11 semble même qu'aucune tentative d'organisation définitive n'ait été faite jusqu'à la fin du yi" siècle pour constituer en un corps ces éléments divers et traditionnels. Cette organisation est très positivement attribuée à saint Grégoire par Jean Diacre; on ne peut en être surpris quand on voit à quels abus donnait heu le système alors existant. Deux inscriptions nous ont montré des archidiacres, une autre un diacre s'exerçant au chant et elles couvrent d'éloges les défunts. Tous cependant n'en méritaient pas.
L'archidiacre avait, en effet, parmi ses attribu-
' Conc.Laodiccan. 15 : -•-■.'■■ -"'' ;*>. Sit-. tAIi.. tSv »»vo,i»iï Wi-à,
TÔjv Ir.i -''t; «;t?w>ft àvaÇ«tvû/Tuv x«t â-b StsSç^a; -^^aAÂovTuv £t£&ojî ■;!■*«-
■iàV/.Et, i, i»x"/T,7.>, F. Wieland, Die genelische Enlwicklung der sog. Ordines minores in den erslen drei Jalirhunderten, in-8°, Rome, 1897. p. 132-136, 1G5-170: L. Probsti Liturgie der erslen drei Jahrhunderle, in-S", TObingen, 1870, p. 295. — ■ Conc. Laodic, can. 23, les relègue après
lions la surveillance des cubiculaires, jeunes enfants attachés à la chambre pontificale et qui fournissaient au recrutement des lecteurs et des chantres. A l'archidiacre incombait l'ordonnance pratique de la liturgie, pour le chant et les cérémonies. Le diacre ou l'archidiacre avaient de plus en plus dans leur service un rôle musical à remplir : c'était à eux de diriger le chant, de donner le signal des pièces à chanter, enfin de préparer et d'exécuter euxmêmes les morceaux les plus ardus, notamment le psaume intercalé entre les lectures, qui a reçu depuis le nom de répons-graduel et trait. Au temps où saint Grégoire remplissait la fonction d'archidiacre, il avait pu se rendre compte d'une bizarre et fâcheuse coutume dans le clergé romain. Pour s'assurer le concours de belles voix dans l'exécution de ces pièces ornées et pour ne pas rompre avec l'usage qui attribuait ces pièces aux diacres, on promouvait au diaconat de simples chanteurs doués d'un bel organe, sans se préoccuper de savoir s'ils pouvaient suivre avec honneur ou simplement avec décence la carrière ecclésiastique. Ces chanteurs arrivés d'une m-enière inespérée à un rang auquel, d'ordinaire, rien ne les avait préparés, y faisaient assez fâcheuse figure, se montraient mondains dans leur chant, dans leur accoutrement, s'enorgueillissaient surtout de porter une abondante chevelure. Chaque éghse, chaque région de Rome était pourvue de diacres de ce genre qui dédoublaient en quelque sorte la charge des sept diacres régionnaires; on peut penser que l'archidiacre Grégoire, témoin impuissant de cet abus, dut exercer dans la mesure où elles lui étaient possibles ses fonctions de chantre, saut à congédier celui qui « tenait le rôle ». En 590, Grégoire, d'archidiacre devenait pape : les chantres ne tardèrent pas à s'en apercevoir.
Dans un concile romain, réuni en 595, le pape enlevait aux clianteurs-diacres le privilège abusif établi à leur profit et réglait la situation des cubiculaires.
/. In sancta hac Romana Ecclesia, cui diuina dispcnsaiio pnvesse me voluit, dudum consuctudo valde reprehcnsibilis cxorla est, ut quidam ad sacri altaris ministerium cantores eliganlur, et in diaconatus ordine conslituti modulalioni vocis inserviant, quos ad prsedicaiionis o/Jicium et elecmosynarum studium vocare congruebal. Unde fit plerumque ut cd sacrum ministerium dum blanda vox quaritur, quxri congrua vila negligatur. Et cantor minister Deum moribus stimulet, cum populum vocibus délectai. Qua de re, prxsenli dccrelo conslituo, ut in Sede hac, sacri altaris minislri cantare non debeanl, solumque evangelicœ lectionis officium intcr missarum solcmnia exsolvant : psalmos vero ac religuas lecliones censeo per subdiaconos, vel si necessilas exigit, per minores ordines exhiberi.
II. Verecundus mos lorpore indiscrelionis inolevit, ut huius Sedis pontificibus ad secrela cubiculi servitia laici pueri ac sœculares obsequantur : et cum pastoris vita esse discipulis semper debeal in exemplo, plerumque clerici qualis in secrelo sit vila sui ponlifîcis nesciunt, quam ut dictum est, sœculares pueri sciunt. De qua rc pra'senli conslituo, ut quidam ex clericis, vel eliam ex monachis, elecli minislerio cubiculi pontificdlis obsequantur, ut is qui in loco regiminis est, habeat testes talcs, qui veram ejus in secrelo conversationem videant, qui ex visione sedula exemplum profeclus sumanl '.
De ce texte nous pouvons rapprocher celui dans
les lecteurs et le soi-disant IV« conc. de Carthage autorise à les taire descendre après les portiers. Mansi, op. cit., t. m. col. 952. — ' Le nis. 3S1 de Saiut-Gall domie, a la page 98, parmi les Tcrsus ad appetcndiim pour l'Introït Jubilate en second lieu le verset Canticum psalmi resiirrectionis qui est le titre du psaume LXV. — * Voir Dicfionn., t. i, col. 2441- 2143. — ' Mansi, Conc. ampliss. coll., t. x, col. 431.
CHANTRES
lequel le biogr;iphe Jean Diacre rapporte que celui qu'il appelle ' le plus zélé des chantres », saint Grégoire scholam quoqnc cantonim (qiiœ hactenus cisdem inslilutionibus in Sancla Romana Eccksia modulalur) constitua; tique cum nonnullis pra'diis duo habitacula scilicet altcrun^ sub gradibus basilicœ beali Pctri aposloli, alterum vero sub Lateranrnsis palriarchii domibus, fabricavil '.
Voilà la Schola canlorum définitivement fondée et dotée. Son régime intérieur nous est suffisamment connu. Le recrutement se faisait parmi les enfants des écoles d'après leurs dispositions naissantes pour le chant. Admis dans la scliola en qualité de pensionnaires, ils étaient ensuite attachés comme cubiculaires à la Chambre Pontificale; les enfants de familles nobles étaient exemptés de cette filière et reçus directement cubiculaires. Cette faveur ne s'étendait pas au cours d'études, car tous recevaient l'instruction complète des « sept arts libéraux», outre la pratique du chant. Pendant leur passage à la Chambre Pontificale ils étaient élevés « quand et où le pape en jugeait convenable » aux ordres mineurs jusqu'au sous-diaconat '. Mais il est possible que les avantages faits aux élèves de la schola furent jugés insuffisants et leur recrutement volontaire s'en ressentit. C'est, du moins, ce qu'on est en droit de supposer en voyant adjoindre à la sctiola un orphelinat, orpimnotrophium, dont les pupilles étaient dirigés vers l'école de chant. Cet orphelinat existait déjà au cours du vn« siècle, mais il dura peu ; dés la première moitié du ix' siècle, il avait disparu laissant son nom à un des bâtiments de la schola '.
Nous avons vu saint Grégoire attribuer à la schola, outre les revenus de diverses propriétés, deux maisons qu'il fit construire, savoir, l'une sous les degrés de la basilique du bienheureux Pierre apôtre, l'autre sous les constructions du patriarcat de Latran '. Les enfants et leurs maîtres étaient probablement répartis entre ces deux maisons. Celle du Latran gagna en importance lorsque le pape Serge l'^' (687-701) fixa la résidence pontificale, d'une façon définitive, au palais de Latran, qui prit le nom de Patriarchium. Dès lors, la Schola canlorum y eut aussi son siège principal.
Toute la petite population composant la Schola était placée sous la direction de quatre paraphonistœ ou chefs de chant, tous quatre sous-diacres; le premier portait le titre de prin^icerius (= magisler, primas, et, en Espagne nous avons lu princeps); puis venait le sccundicerius qui le suppléait le cas échéant; enfin, deux substituts qualifiés : tertius et quartus. Le titre d'archiparaphonista était porté par l'archichantre, ce point reste douteux; mais nous savons que, pour stimuler la bonne volonté et le zèle des enfants, ceux d'entre ceux qui se montraient capables d'exécuter les sali de l'Allcluia recevaient le titre de paraphonistœ.
Le primicier était le directeur de l'enseignement et du chant. Il avait au-dessus de lui Varchicanlor; ce personnage était l'abbé du monastère de Saint- Pierre, ou d'un autre monastère papal, depuis que
' Vita S. Gregorii, 1. II, c. vi, P. L., t. Lxxv, col. 90. Cf. D. Giorgi, De liliirgia romani pontifiais, t. il, p. cvi-cxxvi. De schola canlorum. — ■ = 7.\' Ordo Ronianus, n. 1, P. L., t. Lxxviii, col. 100.3 '• Prinium, in qualicunque schola reperti Jiierint piieri hcnc psallenlcs, loHunlur imlc cl nutriunlur in Schola cantorum, et postca /iunt Cubicularii. .Si aulcnî nobilium filii fucrinl, statim in cubicuto nutriuntttr. Deindc, siciit sacramcntornm codex cuntinet, quiutdo et ubi tibitiwt fuerit domino episcopo, usqiie in subdiaconatiis ol]ïciuni ordinantnr. — ' Liber pnntificalis. édit. Duchesne, t. il, p. 86, 02. — * Jean Diacre, Vita S. Gregorii, 1. II, c. vi, P. L., t. LXXV, col.90. — 'Nous empruntons ces détails à M..\.Gas-
saint Grégoire avait écarté les diacres'. L'abbé, et, sans doute, le primicier, en dehors de la direction du monastère et de la Schola canlorum, devaient avoir les aptitudes et la science nécessaires à la composition musicale.
Sur l'enseignement de la Schola, nous avons de précis ce que la tradition des maîtres de chant grégorien nous a livré et a continué d'enseigner pendant plusieurs siècles après la diffusion de ce chant dans les diverses nations; mais, comme cet enseignement, soit théorique, soit pratique, reposait dans tous ces pays sur les mêmes bases, nous devons en conclure que l'explication et l'exposé traditionnels des mélodies liturgiques étaient, selon le témoigage même des auteurs, ceux que les chanteurs de la Schola romaine avaient enseignés dans les divers pays.
Au premier degré du cycle, un enseignement élémentaire apprend aux jeunes lecteurs à bien lire, marquer l'accent, et chanter les leçons liturgiques'. Dans l'enseignement des mélodies, on apprend cellesci par cœur. Lin instrument vient en aide au maître, le monocorde, dont les sons principaux sont désignés par les lettres de l'alphabet. Pour la théorie, on enseignait à celui qui voulait faire des études complètes les correspondances et les divergences des échelles tonales, la valeur mathématique des intervalles dans les trois genres, et il devait apprendre à distinguer dans la mélodie, les « pieds » et le « nombre » qui s'en partageaient le rythme '. La durée complète des études, tant théoriques que pratiques, pour faire un bon chantre, était de neuf ans, temps jugé nécessaire pour apprendre par coeur les mélodies. Le soliste n'avait donc pas besoin pour l'exécution d'une notation complète,mai s seulement d'un aide-mémoire, une sorte de tachygraphie : les ncumes.
Lorsque la Schola doit aller chanter à une basilique stationnale, les enfants, tête rasée et revêtus de la grande chasuble *, marchent sur deux rangs, les paraphonistes sous-diacres en dehors, vêtus de même. Les autres chanteurs partent sans doute sous la conduite du primicier et de l'abbè. Dans l'église, les chanteurs gardent au choeur, entre l'autel et le l)cuple, le même ordre : sur deux rangs, encadrés des chefs de Chant. C'est à ce moment, tandis que le pape, à la sacristie, revêt les ornements, que le sousdiacre régionnaire s'avance à la porte menant au chœur et appelant : Schola; on répond : Présent. — Qui psalmodie? — Un tel et un tel. Alors, revenant vers le pape, le sous-diacre, après s'être incliné, lui dit : « Les serviteurs de mon seigneur, un tel, sousdiacre régionnaire, lira l'épître, et un tel, de la schola, chantera. » Il n'est plus permis ensuite de changer l'ordre du lecteur ou du chantre; si le fait se produisait, l'archiparaphoniste était privé de la communion.
Le quartus scholœ, cependant, attend à la porte de la sacristie le moment de l'entrée du célébrant; quand le pape est prêt à officier, il commande aux acolytes, placés près de la porte d'allumer leurs flambeaux, et retourne au chœur, saluant le primicier, il lui dit : I Maître, ordonnez. » Le primicier entonne alors
toué. Les origines du chant romain, in-8'', Paris, 1907, p. 106-111. On ne saurait être ni plus compétent ni plus habile à tirer parti et à coordonner les indications fournies par les texte?. — 'Alcuin, Carmina, cc.kxviii : Candida Sulpicius post te trahit agmina lector. !j Hos regat et doceat lertis ne accentibus errent, P. L., t. ci, col. 781. — 'Alcuin, op. cit., Instituit pueros Idithun modulamine sacro \\ Vtque sonos dulces décantent, uoce sonora. ' Quoi pedibus, numeris, rijthmo stat musica, discal. — ^ Ce vêtement, maintenant réservé aux évêques et aux prêtres, et, en certaines circonstances, aux diacres et aux sous-diacres, était porté habituellement aussi par les autres membres du clergé.
CHANTRES
l'antienne de l'entrée, poursuivie par les chanteurs, tandis que le pape et le clergé s'avancent vers l'autel et, après avoir prié et s'être donné le baiser de paix, prennent place sur leurs sièges.
Le nombre des pensionnaires de la schola était moins considérable que nous nescrions tentcdele supposer. Ce nombre ne dut jamais dépasser une vingtaine ou une trentaine. Une XcrrHf nous fait connaît'C qu'à Sainte-Sophie de Constantinople au temps de ses plus éblouissantes splendeurs, sous Justinien, les chantres étaient au nombre de vingt-neuf.
L'entretien de la schola. dignitaires et pupilles, représentait d'assez fortes dépenses couvertes en partie par la fondation primitive accrue depuis, et par des dons. L'adjonction de Vorphanolrophium avait entraîné des dépenses supplémentaires; à la suite de faits que nous ne connaissons pas, dans le cours du vii= siècle, un pape, qui ne nous est connu que par une ordonnance du Liber diurnus dut entreprendre une action énergique pour faire restituer les biens de l'orphelinat, détenus indiÀmeut par un tiers ' : « Lorsque la demeure, par suite des néces- \ sites de la vie. dit l'acte en question, se fait plus \ étroite, l'afHuence des enfants cesse, la bienfai- | santé Providence leur manquant. De peur donc que l'ordre des chantres ne s'épuise et qu'il en résulte du mépris pour l'Église de Dieu, ayant examiné les endroits en question détenus sans raison, nous ordonnons de les restituer à ce lieu vénérable : on juge, en i clTet, que les pupilles aident, par la louange de Dieu, ceux qui les nourrissent, tandis que ceux-ci s'occupent du soin de leur vie extérieure. »
L'intérêt bienveillant des papes pour la schola caniornm s'explique sans peine pour plusieurs d'entre eux qui, enfants, y avaient été formés à la pratique [ du chant. C'était le cas du pape Deusdedit (615-618) j dont l'épitaphe nous apprend que « nourri dès son enfance dans la bergerie de Pierre, il passait ses 1 veilLs à chanter des hymnes au Christ ^ : »
HIC VIR AB EXORTV PETRI EST NVTRITVS OVILI SED MERVIT SANCTI PASTOR ADESSE GREGIS PVRA FIDESHOMINISVOTISFVNDATABENIGNIS , EXCVBIANS CHRISTI CANTIBVS HY.VINISONIS ,
D'après la date du pcintillcat de Deusdedit on peut se convaincre que ce pajie, qui avait quarante j années de prêtrise en 615, avait appartenu à l'an- : cicnne Schola avant sa reconstitution par saint j Grégoire. j
Son deuxième successeur, Honorius (6'25-638), excella lui aussi dans le chant ' :
VTQVE SAGAX ANIMO DIVINO IN CARMINE POL- [ AD VITAM PASTOR DVCERE NOVIT OVES [LENS
Léon II (682-683) canlilena ac psalmodia pnecipuus, et in carum sensihus subtilissima exercitatione limaius '. Nouvel élève de la schola, Benoit II (684- 685), se in canlilena a puerili œtale el in presbytcrii, dignilalc crhibiiil ^i Serge (687-701) nalionc Syrus, hic Romam venicns sub sanctœ memoriœ Adeodato pontificc (672-676) inter clerum Romanx Ecclesix connumeralns est; et quia studiosus erat et capax in officia canlilena-, priori (= primiccrio) cantoruni pro doetrina est Iradilus '. Grégoire II (715-731), Etienne II (75'2-757). Paul I"(757-767), Léon III (795-816)
' Liber diurnus, c. vu, xix, P. L., t. cv, col. 116: Dumque necessitale l'ictus arctatur îocus, frequentia eessavit in/nntium, quitus deerat expunsa prouidenlia. A'c ergo canlorum deficeret ordo, atque bine Dei Eeclesiœ Dei coniumelia irrogetur, eodem curiose inquirentes loca, et quibus ultra rationem detinebantur, prœcipienlcs venerabili restituimus loco: justum fore rernentes, ut pro laudeDei pupillos nutricntibus ministrareni, quœ usibus excolebanlur exlerorum. —
avaient été élevés tous quatre au Patriarchium de Latran' où le dernier fit entrer un jeune garçon destiné à devenir le pape Serge II (844-847) dont la notice offre un intérêt particulier : Léo III, generositatem hujus prieclari pueri reminiscens, eum scuoi.M CAXToni'.v ad erndiendum communes Iradidil lilleras et ut mellifluis inslruerelur cantilenœ melodiis. Omnes ipsius prœcellil scholœ pueros. Ipse vero atmifîcus el beatissimus papa scnOLA.w rASroBUil (quœ pridem Orphanotrophium voeabatur) cum prœ~ nimia vetustcde jam cmarcuerat, a fundamenlis in meliorem, ut olim fuerat, slalum noviter rcslaiiravit. Cœterum etiam et in oratorio beali Stephani protomartyris, quod posilum est in ipsa schola fecit vélum de fundato I cum periclisin de tyreo; simititer ubi supra fecit patenam el caliccm de argenlo purissimo, qui pensant simul libras II el uncias II '.
Outre la reconstruction de l'ancien « orphelinat » et les dons faits à la chapelle Saint-Étienne, Serge II commença la restauration de 5o;i Marlino ai Monti où avait été élevé celui qui allait lui succéder, Léon IV (847-855) : a parentibus ob studia litlerarum... sponte concessus et qui achèverait cette restauration en faisant tracer sur l'abside cette inscription :
COENOBIVMQVE SACRVM STATVIT MONACOS-
fQVE LOCAVIT QVI DOMINO ASSIDVAS VALEANT PERSOLVERE
[LAVDES
Ces noms étaient le « tableau d'honneur de la schola, nul doute que les petits chantres ne les entendissent proclamer souvent et plus d'un aura dû rêver au présage d'un début identique et des chances promises. Mais il y avait place, parmi les dignitaires, pour des illustrations plus techniques quoique encore très honorables. Les écrits du vu" et du viii" siècle nous ont conservé les noms des abbés de Saint-Pierre. Catalenus, Maurianus et Virbonus '; Bède rapporte qu'en 680, l'abbé Jean, arehieantor de Saint-Pierre de Rome fut envoyé par le pape Agathon en Angleterre où il enseigna Vordo et la canlilena aux chantres qu'on lui adressa'". Sous Etienne II et Paul I"', le primieerius de la Schola avait nom Georges; le secundiccrius Siméon vint à Rouen donner des leçons de chant et retourna à Rome succéder à Georges. Enfin, on nomme encore Théodore el Benoit, comme deux chantres envoyés à Charlcmague par le pape Hadrien vers la fin du viii'' siècle.
Loin de Rome, les chantres de la schola avaient formé des élèves en Angleterre; les chroniques mentionnent avec éloge un maitre de chant nommé Jacques, d'abord diacre et priniicier à Cautorbéry, depuis évêquc d'York (633); puis ce sont ^Eddi, l'anglo-saxon yEonan, Gutta futur évêque de Rochester, Acca d'York, Maban de Cautorbéry. En Gaule nous ne trouvons guère de noms bien certains à transcrire,les écoles de chant établies à Metz sous Chrodegang, à Rouen sous Rémi étaient arrivées à d'excellents résultats. A Aix-la-Chapelle, dans la Schola palatina, les règles avaient peut-être été tracées par .Alcuin familier avec le chant depuis son enfance et sa jeunesse passées au monastère d'York. Sulpice est mentionné comme un des maîtres distingués de l'école palatine qui approche de prés la chapelle papale. Quant à Petrus et à Romanus, prétendus fonda-
= De Rossi, Bull, di ardieol. crist., 1SS3, p. 19; Inscript, clirist. urb. Romœ, in-Iol.. Roma?, 1SS8, t. il. part. 1. p. 27; Liber ponliftctais, édil. Duchesne, 1. 1, p. 320. — ' De Rossi, Inscript, clirisl. urb. Rom., t. it. p. 127; Liber pontif.. t. i. p. 326, note 10. — * Liber pontif., t. i. p. 350. — ' Id.. t. i, p.363. — '/d., t. i,p. 371. — '/d., t. i, p. 396, sq. — ^ Lib. pontif., t. II, p. S6, 92. — 'De prandio monachorum . dans P. L., t. cxxxviii, col. 1347. — "■ P. L., t. xciv, col. 199.