‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 91 sur 303 · CHANTRES — CHAPE · texte numérisé non relu

CHANTRES — CHAPE

leurs des écoles de Metz et de S;iiiit-Gall. il n'y a plus lieu de s'occuper d'eux '.

Nous avons eu occasion de meiilionner. dans l'élude du chant la présence de musiciens byzantins à la Cour du roi Pépin en 757 et l'audition de chantres byzantins par Charlemasne qui fut vivement touché par leur art. Constantinople était très bien organisée à ce point de vue. Quelques années avant les réformes grégoriennes à Rome, l'empereur .lustinien avait porté son attention sur la niusiquc.lechant et les exécutants. Plusieurs Noi'ellcs règlent leur situation, fixent le nombre des étudiants de la sc/io/o, prescrivent leur séparation d'avec les chantres. Diverses dispositions interdisent aux chantres et aux lecteurs l'entrée des théâtres, règlent leur capacité juridique en matière de donations et testaments -.

H. Leclercq.

CHAPE. La chape, vêtement liturgique, est avant tout un vêtement d'usage, ce qui explique les noms divers qu'on lui a donnés et l'emploi général qu'on en a fait. De nos jours, la chape n'occupe plus qu'un

2475. — ÎNIercurs vOlu de la cliape.

D'après Viollet-le-Duc, Dict. du mobilier, l. ni, p. ri.

rang amoindri dans le vestiaire sacerdotal et le Père Cahier fait remarquer avec raison que l'habitude prise d'en revêtir des chantres gagés, enlève à la chape en considération tout ce qu'elle lui attaclie de ridicule. La chape est essentiellement aujourd'hui un grand manteau demi-circulaire, nous allons voir que, malgré son ampleur, ce n'est guère que la moitié d'une chape. Le vieux nom de pluvial qu'on lui donnait jadis explique bien sa destination : Veslis pliivialis, quxcappa vociUilur, le pluvial servait à garantir celui qui en était pourvu contre la pluie, c'était donc un très prosaïque « pardessus ».

Pour se garantir de la pluie, les anciens n'avaient rien imaginé de mieux que d'envelopper tout le corps et la tête séparément dans un pluvial et dans un capuchon. Le pluvial se rencontre dans les monuments figurés de la Grèce et de Rome, on lui donne alors le nom de p;e/!u/f/, manteau à capuchon, cape de voyage (9aiv6),ri;, çiivô)./);, oïivoXiov). Mercure, en sa qualité

' P. Wasuer, Seniiwnkiimic. in-S", Freiburg. 1905, p. 251 sq. ; Oriijincs et ilévelomiement du chiint lilnnjiqite. Tournai, l'J()4, p. 247; A. (îastoué. Origines du eliant romain, p. 118, note 2. — " Nov. m, c. 1 ; Xov. cxxiii; 1. 1, tit. II. 1. 42, n. 10; lit. iv. 1. 33, 34, n. 2. Cf. M. BIocli, De psaltonim et canlorum ortii in Ecclesia christidna. 10-4", Hafniw, 1711; J. .\. Scliniid, De cantoribus eceles. \'eter. et Noui Testumenli, in-S^, Hclnïst;»(lii, 170S; K. \V. Franz, Ueber d. àltcren Kirclienkordle, in-S", Quedlinbur^, 1819. — * K. O. Mùller, Denktnàler der allen Kiinsl, 2'* cdit. par "Wicscler, Goetlingcn. 1S54-1S56, pi. xwiii. n. 313 « ; Zannoni, Galleria reale di Firenze itlnstnilu, t'irenze, 1817-

de messager, est quelquefois représenté vêtu de la pénule; une statuette de ce type est conservée au musée de Florence (llg. 2473)^. Plus curieuse peutêtre est une figurine conservée dans la collection Egrcmont à Petworth et qui représente un jeune Camille — nom donné aux acolytes — portant un cochon de lait dans une cérémonie liturgique pfaenne(rig. 2476'). Dans les catacombes nous retrouvons la cape ronde, sans autre ouverture que celle nécessaire pour introduire la tête et sans capuchon. C'est d'abord sur une fresque, malheureusement réduite ;i un simple fragment sur la voûte de la première partie du cubicule double du cimetière de Lucine. La décoration complète comportait certainement quatre ou au moins deux personnages ainsi vêtus d'une ample pietnda. On ne saurait souhaiter une illustration plus nette du type de vêtement que nous allons étudier; celui qui le porte

2476. — Un Ciimiile velu Je la cliape. D'après Reinach, Hépertoirc de la statuaire, t. i. p. 45"2, n. 3.

a fendu les côtés aTin de donner passage aux bras, oudu moins un côté pour l'usage du bras droit. Cette fresque appartient à la première moitié du n" siècle^ (fig. 2477). L^ne autre fresque, au cimetière des Saints- Pierre-et-.\Iarcellin, ne remontant qu'il la deuxième moitié du iii« siècle, nous ofTre un autre type de lidéle vêtu de la pœniila. nous lisons même son nom HAIO(C) « (fig. 2478). Les Romains n'avaient pas eu à recourir aux Grecs pour connaître la chape, puisque nous la voyons représentée sur un cippe funéraire étrusque du iV siècle avant notre ère ', et toujours avec la même destination que nous voyons ainsi mentionnée par Lampride : id getuis t>estimenli semper itinerariuni aul pluviale fuil '. Saint i'aul en tai-

1833, t. IV, vol. 3. p. 131 ; Viollet-Ic-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier français, in-S°, Paris, 1872, t. m. p. 91; S. Reinach, Répertoire de la statuaire ifreciiue et romaine, in-12, Paris, 1897. t. ii, p. 1G4, n. 7. — 'Michaelis, Ancient marblcs in Great Britain, Cambridge, 1882, n. 53; S. Reinach, op. C((., t. i, p. 452, n. 3. — ' Wilpcrt. Le pillnre délie catac., pi. 24, n. 1. — " Rosio, Ronia sotterranea, in-fol., Roma, 1632, 1. III, c. xxxvii; Vii)llet-lc-Duc, op. cit.. t. III, p. 91 ; J. Wilpert, Le pitture délie calacombe romane, in-fol., Roma. 1903, pi. 4, n. 2. — ' Conservé au musée de Chiusi.Cf. Wilperl, op. cit., p. 71, fig. 5. — ' Lampride .ilexander Seuer., c. xxiv, 4.

CHAPE

sait usage, lui qui parcourait tant de routes, et il lui arrivait même de l'oublier au départ; aussi ccrit-il à Timotlice son fidèle disciple pour l'avertir que sa « cape » est restée à Troadc, chez Carpus, il demande qu'on la lui rapporte avec quelques livres : Tbv çe),(5v/-,v, 'ôv aTziXmo-/ ev Tpwâôt Tzxpa KipTiw, Fp^o^AEvo; çepe, via"! Ta Pto>.;a. {>.i'/.:azx ri; [iepêpiva; •. C'est en effet le vêtement qu'un artiste des catacombes donne aux Hébreux lorsqu'ils vont recueillir la pluie de la manne.

11 ne nous est parvenu, cela va sans dire, aucun de ces vêtements, ni entier, ni en lamljcaux. mais nous pouvons présumer d'après sa destination et son ampleur qu'il était confectionné avec une étoffe de tissu serré et épais, de façon à le rendre à peu près imperméable. Grecs et Romains en faisaient usage, moins toutefois que les Gaulois dont le climat plus rude avec les intempéries fréquentes et prolongées rccla-

ample sur les épaules d'un fantassin de douzième cohorte urbaine vers le même temps. Dans la catacombe de Callistc, un des personnages représentés sur la fresque des « cinq saints », un peu avant l'an 3uO,Nemesius, porte la cape identique à celle du fantassin *, c'est d'ailleurs celle qu'ont adoptée les gens du peuple qui assistent à X'alloculio et à la liberalilas Atujusli représentés sur les bas-reliefs de l'arc de Constantin. La fente à peine indiquée sur la statuette de Mercure s'allonge de plus en plus et monte jusqu'à la poitrine comme on le voit sur les basreliefs de la colonne Trajane et divers autres monuments. Dans l'Éclit da Maximum promulgué par Dioctétien, le prix de la cape est porté entre 4 000 et 5 000 deniers, par conséquent entre 90 et 100 francs environ; le saijum gaulois pouvait aller jusqu'à 8000 deniers.

La chape continuait à se modifier. On la taillait

:iTT. — Fresque au cîmeliére de Lucine. D'après Wilpert, Die Malcrcicn der Kalakomben Roms, pi. 24, n. t.

niait un vêtement protecteur; mais les Gaulois lui imposent le nom de cucuUa. réservant le ternie cappa pour un manteau de forme plus ample et plus longue que la cappa des romains et assez peu différent du birrus '. Afin de mieux embarrasser les archéologues de l'avenir, il était arrivé ceci : la chape romaine était devenue la cucuUa gauloise et la chape gauloise était exactement la cuciilla romaine.

La chape différait peu de la lacerna; d'ailleurs tous ces vêtements ne se distinguaient entre eux que par la longueur et l'ampleur; l'initiative personnelle, l'usage local pouvaient modifier ce vêtement et ne s'en privaient pas à coup sûr, mais les éléments demeuraient à peu près variables : une sorte de cloche surmontée d'un capuchon. Gens de qualité, gens du peuple, journaliers, voyageurs, tous recouraient à la chape qu'ils accommodaient, retaillaient, fendaient à leur gré. La chape des esclaves et des ouvriers était, cela se comprend sans peine, beaucoup plus courte et moins étoffée, ressemblant assez à ce que nous nommons « pèlerine >', un mot qui rappelle les longs voyages et l'accoutrement de ceux qui les entreprenaient. Les monuments profanes nous montrent cette cape retaillée sur les épaules d'un soldat de la cavalerie au temps de Septime-Sévère, et plus longue et plus

■ II Tim. IV, 13. — «"VN'ilpert, op. cil., pi. 242, n. 2. — 'Dictionn.. t. Il, col. 907. — «Jd., pi. 111. — '7rf., pi. I4i;, n- 2. — 'Inslr. ad Salon., ii, 10, P. L., t. L, col. S20. —

sur les côtés au point de changer sa forme circulaire pour lui donner la forme elliptique, cela dégageait les bras et facilitait les gestes, .\insi accommodée, la cliape, ornée du clainis, se rapproche de ce que sera plus tard la chasuble liturgique '■. Peniihi... quasi lacerna descendcntibus clavis, écrit saint Eucher de Lj'on, vers 450°. Enfin, à force de retailler, la pcnula aboutit à peu près à la forme du scapulaire bénédictin, qui. à l'origine, faisait l'usage de chape. C'est un véritable scapulaire, muni de son capuchon, que porte l'èvêque donnant le voile dans la fresque du cimetière de Priscille '. Au iv= siècle, les seuls monuments chrétiens nous mettent au courant d'une nouvelle évolution de la chape. La face antérieure est coupée en demi-cercle ou à peu près à hauteur des genoux, la face postérieure tombe plus bas, jusqu'aux mollets '. Nous voici loin de la chape primitive. Ici une bifurcation se produit, la pœnula donne naissance à la chasuble (voir ce mot), mais la chape procédera légitimement du vêtement dont nous venons de décrire les altérations progressives; c'est de la chape seule que nous allons continuer à nous occuper.

Ce n'est qu'au ix' siècle, dit-on, que la chape devint vêtement liturgique. Personne ne s'était avisé de

'Wilpert, Le pitiure délie calaeombe romane, in-fol., Roir.a, 1903, pi. 78. — ' Wilpert, op. cit., pi. 118, n. 1 ; 160, n. 1 ; 185, n. 2, 217, 233.

CHAPE

combiner un modèle inconnu, on s'était simplement servi de ce qu'on avait sous la main. A quelle époque avait-on fait usage de la chape dans les réunions, principalement dans les processions liturgiques? Probablement depuis l'époque où il tomba de la pluie pendant ces processions. A l'origine, le vêtement liturgique n'ofirait rien qui le distinguât des vêtements laïques, rien ne s'opposait donc à ce qu'on fit usage de la chape lorsque le besoin s'en faisait sentir. Quant aux insignes, aux ornements, il n'en était pas question alors. Hommes et femmes, par conséquent, clercs et nonnes, portaient la chape '. Vn fond de coupe doré trouvé dans les catacombes nous montre

2478. — Fresque au cimetière des Saints-Pierre et Marcellîn.

D'après Wjlpert, Die Malereien der Katakonihen Uoms,

pi. 43, n. "2.

une chrétienne nommée ANNE se promenant, vêtue ■de la chape dans le jardin du paradis (Tig. 2479) ".

La statuette du Mercure de Florence nous montre une tendance à échancrer la chape par le bas sur la partie antérieure, afin sans doute de donner plus de jeu aux bras. La statuette du Camille indique deux autres licences prises avec le type primitif, ce sont les entailles destinées à laisser passer les bras. Le vêtement représente à peu près ceci (lig. 2480) et fait déjà pressentir les modifications qu'il subira.

La chape, qui, à l'origine, n'avait qu'un usage d'utilité, devint, dès les premiers temps du moyen âge. un insigne d'honneur. Les empereurs revêtaient la chape dans certaines solennités; il en était de même

*Buonarottî, Osservazioni sopra aîcuni frammenti di vasi antichi di uelro nrnati di figure Iroimti nci cimitcri di Ronui, in-4", Firenze, 1716. p. 1*7(1. Le jurisconsulte Flpien fait remarquer : vumnntriin ^iint fitiibus proniisciic ittilur mulier ctim uiro i>eluli ptvniila pallinmt'C est, et reliqiia

pour les prélats. Guibert de Xogent rapporte qu'il y avait dans la seconde armée des Croisés, qui fut battue aux frontières de l'Arménie, en 1099, » un certain archevêque de Milan, qui avait emporté avec lui une chape du bienheureux Ambroisc, toute blanche et resplendissante, et tellement ornée de dorures et de pierreries d'une grande valeur, qu'en aucun lieu de la terre on n'eût pu en trouver de semblable. Les

2479. — Chrétienne vêtue de la cliape. Fond de coupe dori*. D'après Garrucci, Vetri ornati di figure in o>v, pi. xxi, n. 2.

Turcs s'en emparèrent et l'emportèrent, et Dieu punit ainsi la folie de ce prélat étourdi, qui avait porté dans le pays des barbares un objet aussi sacré. »

Ce que peut valoir historiquement cette indication relative à une chape de saint Ambroisc, nous l'ignorons; nous ne sommes pas beaucoup plus avances en ce qui regarde la chape de saint Martin. Sous les rois des deux premières races, la relique de ce nom fut

2480. Schéma de la cliape.

considérée comme le palladium de la Gaule franque. A chaque expédition on emportait ce vêtement célèbre :9!iam sccum ob sui tuitioncm et hostium opprcssionem jugiter ad bella portabani, écrit le moine de Saint-Gall. Voir Ch.\pe de s.\ixt Martin. En temps de paix, la fameuse chape avait une autre destination; conservée dans l'oratoire de la villa royale, on prêtait sur elle les serments solennels. Nous retrouvons la trace de cet usage dans les anciens recueils de formules, dans un diplôme authentique du roi

hujus modi, quitus sine reprehensione vel vir vel uxor ulatur. — ■ Aringhi, Borna subterranen. in-fol., Roma. 1651, t. il, p. 403; Bottari, Sculture e jiitltire. in-fol., Roma, 1754, t. m, pi. cxcvii, n. 4: Garrucci. Vetri ornati di figure in oro, in-4°, Roma, 18G4, 2' èdil., p. 130, pi. xxi, n. 2.

CHAPE

Thierry III, du 30 juin G79, et dans un autre de Cliildebcrt III. de l'an 710: Inoraturio nostro. super capelUi (lomni Marlini, iibi reliqua sacnimeiita percurribanl, hoc dibirit conjurare '. En quoi consistait cette rc-

Chinon, dans l'église Saint-Étienne. Ce qu'on nomme assez improprement la» chape de saint Mesnie est une étoHe de soie présentant la forme d'un parallélogramme, façonné dans la suite des temps en forme

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24S1. — Étoffe de la chape de saint Mesme. D'après Cahier et Jlartin, Mélanges d'archéologie, 1853, t. m, pi. 13.

lique? Xous discuterons cette question en son lieu. Puisque nous énuniérons des chapes historiques, assez inutilement d'ailleurs pour les renseignements positifs que nous en tirons, nous ne pouvons omettre de parler de la chape de saint Mesme '. conservée à

' Pertz, Monitmenla Germaniee lnstorica,Diplomata,t. i, p. 45, 69; Marculfe, Formulée, I. I, n. 3S; E. de Roziére] Recueil de formitles, t. il, p. 555. — 'Saint Mesme ou ilesmin, ou Maximin, abbé de Micy, mort le 15 dé-

de chape afin de la faire servir à relever l'éclat des cérémonies du culte. .\ cet effet, on coupa les angles inférieurs, et l'on lit usage des deux morceaux que cette mutilation rendait disponibles pour donner plus daniplour au vêtement '. Si on s'en rapporte

cembre 520. — = A. de Caumont. Sotes provisoires sur quelques lissus du moyen âge. Chape de saint Mesme, dans le Bullelin monumental, 1848, II" série, t. iv, p. 416-

CHAPE

aux crudits locaux, l'identification delà cliapc ne fait aucun doute grâce à une « tradition orale et constante. » « Cet objet a été de tout temps considéré comme une relique du saint; les chanoines de Saint- Mesme la conservaient dans le trésor de leur collégiale, bâtie sur le tombeau de leur patron et chaque année ils l'exposaient le jour de sa fête. Le peuple ne l'a pas perdue de vue pendant la révolution '. > Nous voici donc enfin en présence d'une chape du iV siècle. « Développée par terre, dit M. V. Godard- Faul trier, la chape a la forme d'un demi-cercle dont le rayon est d'environ 1 "ÔO. Sept bandes horizontales, mais sans coutures, ornent ce vêtement fond de soie bleue fait au métier. Ces bandes larges de 20 à 22 centimètres représentent les mêmes figures mais de couleurs variées. Ce sont toujours des animaux affrontés deux à deux, cluique groupe séparé par un bâton orné d'une espèce de llcur-de-lys capricieuse et nullement liéraldique; les dites chimères à tête de lion et à corps de girafe sont enchaînées à je ne sais quel pendentif d'où semblent sortir deux oiseaux; de petits dessins ovales très nombreux ornent la fourrure des chimères, sous le ventre desquelles parait un petit quadrupède qui a tout l'air d'un lièvre. Les dessins des bandes représentent comme suit : 1° Chimères â fourrure blanche, ornée d'oculus rouges légèrement irisés de bleu, chaînes et oiseaux bleus et rouges, lièvre rouge; 2° Mêmes dessins, mais verts et jaunes et ainsi de suite en alternant. Le capuce de même étoffe est triangulaire, n'ayant pas plus de 23 cent, de côté. Cette chape est doublée de soie jaune -. » Voilà où en était, en 1848, l'étude de la chape de Chinon. Charles Lcnormant ayant vu l'étoffe n'hésita pas à la faire remonter à une fabrication sassanide et il en rapprochait un tissu conservé au Mans; en même temps il reconnaissait le hom, plante d'Asie, entre deux guépards, sorte de panthère facile à apprivoiser, enchaînés par le cou â un pyrée ou autel du feu. Il admettait que l'étoffe remontât vers le milieu du v siècle '(fig. 2481).

Quelques années plus tard, Ch. Lcnormant reprit l'examen des étoffes de Cliinon et du .Mans *. Il admettait la fabrication sassanide, mais depuis on avait fait disparaître une bordure cousue sous laquelle on retrouva le chef du tissu composé d'une inscription en caractères coufiqucs et en langue arabe ^ Ceci compromettait l'appartenance à saint Mesmo '=, et Ch. Lcnormant reconnaissait qu'il était « désormais impossible de rapporter à saint Jlesme, qui vivait au conimenceuacn t du v= siècle, une étoffe nécessairement postérieure à l'hégire et même à la conquête de la Perse par les Arabes ', " laquelle eut lieu l'an 652 de notre ère. Enfin, l'académie ayant nommé une commission pour discuter le monument, le rapporteur M. Reinaud rajipela ce qu'on vient de lire et établit les points suivants '.

En ce qui concerne le travail de l'étoffe, c'est ce qu'en terme de tissage on nomme lancé croisé; ici, les figures sont doublées en sens inverse par le retour,

'Note de M. Moreau. kl, p. 416. — • Note de M. Godard- Faullrier, id., p. 416; on peut rapprocher cette description d'autres spécimens par 11"» Fèlicie d'Ayzac, Didron aîné, Hadrien Berbrugger. — = Ch. Lcnormant, Lettre adressée à M. A. de Caiimont, dans le Bulletin monumental, 1848, | 2° série, t. iv, p. 420-425. — ' Ch. Lcnormant, Anciennes ' étoffes. De l'élofje conservée à La Couture du Mans. De ' l'étof/e dite de S. Mesmc à Ctiinon, dans C. Cahier, Mélaniies d'arcliéologic, d'iiistoire et de littérature, in-4'*, Paris, 1853, t. III, p. llfi-141, pi. XIII. — ' Cette découverte donna lieu à une publication de V. Luzardic, La chape de S. Mesme de Chinon. Sole lue dans ta séance de la Société archéologique de Touraine du 2S mars 1S51, in-8'*, Tours, 1851, et en 1853, avec un dessin imparfait de l'inscription. — • M. Bourasscctait cependant convaincu du contraire. —

c'est-à-dire par le renversement du carton emidoyé dans ce mode de tissage. I^'inscription n'est malheureusement pas dans les conditions nécessaires pour nous apprendre ce que nous aurions le plus d'intérêt à savoir. Itélégués à rextrémité du tissu, les caractères n'offrent rien que d'ordinaire. On n'y lit ni un nom propre, ni un titre, ni une épithète caractéristique, mais seulement une formule banale qui peut convenir à tout le monde : « Bonheur à son possesseur. » Ce sont des souhaits pour la personne qui devait faire l'acquisition du tissu '. La formule est répétée un grand nombre de fois, sans points diacritiques et avec, probablement, une faute. Au fond, l'on saisit le sens général des paroles. Ce qui est plus à regretter, c'est l'incertitude sur le lieu et l'époque de fabrication. « Nous nous bornerons à dire que, d'après son caractère général, ce tissu parait remonter au xi» siècle de notre ère ">. »

Jusqu'ici les chapeshistoriques ne nous ont apporté aucun renseignement positif sur leur nature et leur forme; il reste un dernier monument à consulter ; la chape de Charlemagne, conservée dans le trésor de la cathédrale de Metz.

Ce vêtement doit son attribution à Charlemagne à l'usage qu'on fit de lui pour le sacre de plusieurs empereurs. Sa forme n'a jamais dû varier de ce qu'elle est aujourd'hui. La chape présente un demicercle de 1 "25 de rayon, en soie rouge épaisse, où sont brodés au passé, en or et couleur, deux petits aigles superposés au milieu et deux grands de côté. Ces aigles ont leurs ailes accusées par des fils en soie blanche, rouge, noire, verte et bleue; ils sont nimbés et ornés de colliers. Les ailes des grands aigles portent chacune deux médaillons, celles des petits un seul; on y voit figurés lions, griffons, faucons, etc. Des serpents mordent les pattes des aigles. Sur le fond sont brodés des croissants et des arabesques d'or. Cli. Lcnormant. qui avait explication pour tout, ne doutait pas que cette étoffe eût été fabriquée pour l'empereur d'Occident, sur l'ordre de son allié le khalife Haroun-al-Raschid, lequel aurait pris soin de prévenir le tisseur qu'un motif comportant des aigles conviendrait bien à la destination de l'étoffe. Ce prestige de l'aigle romaine sur des orientaux se justifiait par la proue sculptée de la galère du sultan Abdul Medjîh, etc., etc. La chape de Charlemagne n'a rien à voir avec ces raisonnements superfins; c'est un tissu du xii^ siècle, postérieur de quatre siècles à l'époque du grand empereur; il ne peut y avoir sur ce point de tecluii([ue ni hésitation, ni discussion. L'attribution à Charlemagne est entièrement dépourvue de fondement.

Après cette investigation sans résultat, force nous est de revenir aux textes.

Avec Grégoire de Tours, le mot cappa entre dans le vocabulaire ecclésiastique. Voici ce que nous lisons : « ...quia novimus Priscum cpiscopum Imic sanclo {Niccto episcopo Lugiiuncnsi) scmper fuisse advetsum, diacono cuidam hufus casulam tribuil.

' Op. cit., p. 120. et. Le Palustre, Album de l'exposition rétrospective de Tours, 1873; Dupant Auberville, Art industriel. L'ornement des tissus, in-tol., Paris, 1877. — « Reinaud, Rapport sur la chape arabe de Chinon. dans le Bulletin monunwnlal, 1856,111" série, t. xxii, p. 361-378. — ^ Des formules analogues se rencontrent souvent sur les étoiles orientales, les miroirs, les vases. On en trouvera des exemples dans l'ouvrage <le Reinaud, Monuments arabes, persans et turcs, du cabinet de M. le duc de Btacas et d'autres cabinets, considérés dans leurs rapports auec les mœurs et les croijanccs des nations musulmanes, iii-S'^, l*aris, 1828, t. II. — ■ " Reinaud, dans le Bult. monum., 1856, p. 378. D'après M. Marquet de Vasselot, Les influences orientales, dans A. Michel, Histoire de l'art depuis les premiers temps chrétiens, in-S', Paris, 1905, t. i, p. 880.

CHAPE

Cappa auiem hujus indiimenli ila dilatala eral algue consula, ul soient in illis eandidis fieri quie per Paschalia festa sacerdolum hnmeris imponunlur; ibatque diaconus ciim hoc veslimcnlo discurrens, ac parvipendens de ciifus iisibus remansissel, hoc habens in lecliilo, hoc utens in fora, de cujiis fimbriis, si credulilas certa Juissel, reddi poluil salus infîrmis. Cui ait quidam : 0 diacone, si scires virtutem Dei et quis fuit cujus vestimenlo uleris, cautius te cum eo vivere oporlebat. Cui ille : Vere, inquil, dico libi, quia et hac casula tergo utor et de capsa ejus parle prolixiore decisa tegumen pedum aptabo. Fecil illico miser quod pollicitus est, susceplurus protinus diiiini judicii ultionem. Verum ubi deciso cucullo aplatis pedulis pedes opérait, extemplo arreptus a diemone rail in pavimento ^ Il s'agit ici d'une chasuble que l'évêque Prisque donne, pour s'en débarrasser, car elle lui venait de son prédécesseur, à un diacre quelconque. Avec cette casula se trouvait une cappa probablement inséparable, puisque Grégoire s'exprime ainsi : cappa hujus indumenli. Il ne peut s'agir d'une chape. Par ailleurs.

le mot pourrait avoir une origine gauloise comme le vêtement qu'il désigne '.

Les chapes pseudo-historiques ne nous apprenant rien, il a fallu en revenir aux textes, malheureusement tout aussi discrets; voyons maintenant les monuments figurés. Et tout d'abord, remarquons avec ^■iollct-le-Duc qu' > il ne faut pas confondre la chape avec le manteau; la chape est exactement de forme ronde, avec un trou au milieu pour passer la tête, ouverte ou fermée et habituellement garnie d'un capuchon. La chape de cérémonie, la chape épiscopale, impériale ou royale, est ouverte sur le devant et prend la forme que donne la figure 2482. C'est aussi le vêtement désigné parfois sous le nom de p/ané/e. Une ouverture A est pratiquée sur le devant; la tête passe en B, et en C est une large bride ou agrafe qui maintient les deux bords fermés sur les épaules; en D est le capuchon. Un galon étroit borde l'orbe circulaire, et deux larges broderies les deux bords E.

Lorsque la chape était pliéeelle donnait, avec son

■24S2. Chape de cérémonie.

2483. La même pliée.

nous apprenons qu'elle était de grandes dimensions •et disposée pour ressembler à ces vêtements blancs <ju'on place sur les épaules à la fête de Pâques. Or, Isidore de Séville nous dit que cappa dicilur quia capilis ornamentum. Évidemment, ce vêtement se portait sur le haut du corps et sur la tête, il était assez ample pour qu'on piàt s'y tailler une paire de chaus- •sures et assez souple pour servir de jour et même de nuit. Rien de tout cela ne s'applique à une chape. Rohault de Fleury présume qu'il s'agit ici du capuchon; cette explication nous parait très vraisemblable.

Isidore de Séville, nous venons de le voir, en parlant de la cappa désigne, lui aussi, un couvre-chef -. Ainsi les textes ne nous sont pas plus propices que les monuments liistoriqucs. On ne doit guère s'attendre à tirer un éclaircissement de l'étymologie, car on sait assez à quelle débauche de fantaisie les anciens auteurs se li\Taicnt gravement sous prétexte d'étymologie. Isidore de Séville, le grand chorêge en cette science, -assure que cappa vient de la lettre grecque K qui figure la forme du capuchon(?), à moins que cappa ne vienne de capul, puisque la cappa protégeait et cou- \Tait la tête. Avec Durand de .Mcnde et les autres on aboutit, en plein symbolisme, au «gilimatias double». Quoi qu'il en soit de ces élucubrations, l'orthographe la plus ancienne du mot parait être capa et non cappa;

' Grégoire de Tours, Vilœ Patrum, c. viii, n. 6, P. L., t. Lxxi, col. 1045. — = Isidore de Séville, Origines, 1. Xixi c. XXXI, n. 3, P. L., t. Lxxxii, col. 699. — ' On peut remarquer que le mot est passé dans presque tous les idiomes

capuchon, le tracé de la chape actuelle étendue (fis. 2483).

La chape une fois fendue, pourvue d'une agrafe ou fermail fixé à hauteur de la gorge, fait déjà pressentir, avec quelques retailles, le type moderne. Cependant nous avons là un modèle de chape tout à fait ancien. C'est celui que porte sur un fond de coupe doré un personnage nommé Callistus (Voir Dictionn., t. ii, fig. 1722) et un autre nommé Marcellinus*. Si ces deux médaillons représentent des papes, c'est là pour la chape à fermail une assez belle attestation. Le Christ, les apôtres portent également ce vêlement ^ Les mosaïques et les miniatures nous apportent un contingent plus sérieux. Un fait digne de remarque, c'est le parti pris des artistes de revêtir les prêtres de l'Ancien Testament de la chape. Est-ce une simple fantaisie? Nous ne le croyons pas. Une convention? C'est fort douteux. Pour notre part nous sommes très disposés à voir dans cet usage le désir de désigner ces prêtres fameux et le plus illustre de tous, -Melchisédech, personnification du sacerdoce, par un insigne liturgique sur la signification duquel les fidèles, assidus aux cérémonies du culte chrétien, ne pouvaient hésiter un instant. Tandis que dans les fresques des catacombes, sur les sarcophages et sur les mosa'iques, Abraham est représenté sacrifiant son fils dans un costume à la romaine, Melchisédech

occidentaux, chape fr. ; capa esp. ; kap holl. ; cope angl. — « Garrucci , Tc/ri ornali di figure in oro, pi. .xi.x, 3. — ' Ibid., pi. X, n. 7; pi. XII, n. 3, 4, 5; pi. xiii, a. 3, 5, 6; pi. xiv, n. 1 ; pi. xviii, n. 1 ; pi. xxiii, n. 1.

CHAPE

sacrifiant le pain et le vin est vêtu de la chape. Dans les mosaïques de la nef de Sainte-Marie -ÎMajeure, il porte une tunique courte et un ample manteau violet agrafé sur la poitrine: dans la mosaïque de l'arc triomphal, les prêtres du temple ont un manteau du même genre '. C'est à Ravcnue surtout que ce vêtement est représente avec le plus de soin et d'exactitude. A Saint-Vital, le prêtre-roi porte un grand manteau violet, bordé, jeté sur une tunique blanche, avec ceinture verte, et en avant orfroi vertical violet. A Saint-Apollinaire-in-Classe, c'est la même chape fermée par une riche agrafe. Dans le manuscrit de la Genèse devienne, Melchisédech en tunique

cienne pœnula n'avait pas été condamnée. La mosaïque de l'abside de Saint-Vital à Ravenne nous fait voir l'évêque Ecclesius offrant au Christ l'église bâtie par ses soins et conmiencée en 526. Il présente la maquette sur un pan de son vêtement qui est une chape du modèle primitif, sans couture, sans échancrures pour les liras, tombant presque jusqu'aux pieds, sans broderies, ni fermait, ni capuchon. Pardessus le pluvial, l'cvêque porte le pallium. Cette belle figure est comme une dernière apparition dans les monuments d'un type destiné à une prompte et rapide disparition. Dans la mosaïque de la chapelle de Saint-Venancc, à Rome, le pape Jean IV, (jui fit

Le Christ traJuit devant Pilate. M.jsaii|ue de Saint-Apollinaire-Nuovo. D'après une pliotoyrapliie

blanche, grandes bottes, la tête couverte d'une tiare. porte encore le grand manteau agrafe sur la poitrine ^. Dans la Bible syriaque de Rabboula, Zacharie porte un manteau bleu ourlé d'or, agrafé à la gorge. Même type dans le Cosmas du Vatican; ici la chape est de couleur rouge, retenue sur la poitrine par une fibule carrée. A Saint-Apollinaire, dans les métopes, chaque fois qu'un prêtre juif est mis en scène, il porte lu chajie. Dans la scène qui représente le Christ devant Pilate. nous en avons un excellent spécimen (fig. 2484). C'est donc là, selon nous, une indication fort claire que dès le vi"' siècle, la chape était devenue vêtement liturgique, et sous cette forme légèrement altérée reproduisait le type et rendait les mêmes services que le vêtement usuel dont elle dérivait. Le capuchon avait disparu. Il en est de même sur la fresque du eiiuetièrc de Pontien, représentant les saints Abdon cl Senncn couronnés par le Clu'ist '. Toutefois, l'an-

construire l'oratoire, est représenté, lui aussi, en chape, mais le vêtement est déjà étriqué;pour obtenir quelques plis d'étoffe, il faut la tirer toute d'un côté et le corps humain se trouve un peu comme dans un fourreau (fig. 2483, 2486).

Ainsi les monuments figurés nous ont appris ce qui demeurait en question : la transformation de la cappa et son adaptation à l'usage liturgique. C'est un lieu commun de soutenir que la chape n'est entrée dans les vestiaires sacerdotal et épiscopal qu'au ix= siècle; nous avons montré que simple et nue, vêtement d'usage plus que vêtement de parade, la chape avait dû être contemporaine du christianisme; bien plus, nous venons de la voir figurée sur les épaules de deux papes du iiF et du iV^ siècle, et désormais sans interruption sur une série de monuments qui nous conduisent jusqu'au vue siècle. A ce moment, les témoignages commencent à surgir nombreux et

' Notamment dans la scène do la présentation de InsloriscJien SammUmgen des atlerhikhslcn Kaiserhauscs ,

.Icsus au Temple; les deux prêtres derrière Siméon. — in-fol., Wien, 1895, pi. vu. L'autel est sous un ciftorium.

'F. Wickliolï et W. Haitel, Die Wiener Genesis, Beilagc — » J. Wilperl, Le p Mme délie catacombe romane, 1903,

zum XV und XVI Bande des Jnhrbiiches der Kiinsl- i pi. 258.

CHAPE

explicites. Si, un siècle plus tôt, on a en certaines provinces applique le nom de cappa à des vêtements assez dissemblables entre eux et qui ne rappellent que de très loin la capa primitive; si ce terme, quand nous le rencontrons dans la règle de saint Benoit, fournit matière à interprétation, à partir du vir' siècle, il n'en est plus ainsi. Un fait nous permet de prendre une idée de la confusion qui régnait sur le sens du mot cappa; c'est la préoccupation dont témoignent plusieurs conciles pour en déterminer désormais la forme. Dès l'époque carolingienne le résultat est acquis et la cliape a repris désormais le sens de manteau long et ample ^; dans le Liber pontificalis d'Agncllus de Ravennc (vers 830-840) l'auteur préfère pluvialis pour désigner la cappa et le mot

•24S5. — L'évoque Ecclefius.

Mosaïque à Saint-Vital de Ravenne.

seul vaut une description. Désormais, la cappa se montre dans les inventaires liturgiques, ce qui ne prouve aucunement qu'elle fasse son entrée à cette <late seulement dans le vestiaire, car les inventaires antérieurs au ix« siècle sont des plus rares et très fragmentaires. L'inventaire de Saint-Riquier (fin du viii= siècle), la charte de fondation d'Obona font mention de cliapes. A Saint-Riquier on possédait une cliape couleur marron ornée d'or et une chape de soie : cappam castaneam aiiro paratam unani et sericam unam '; à Obona, une chape de soie : unam cappam sericam'; à Fontenelle, d'après la Vita S. Ansegisi, deux chapes romaines en taffetas rouge à franges : cappas romanas duas, unam vidclicet ex rubeo cendalo cl fimbriis viridibus in circuilu orna-

* Vila S. Fursei, dans ^îonum. Germ. histor.. Script. Ter. merov., t. iv. p. 442; Vita S. Goari, ibid., t. iv, p. 416; Régula S. Chrodcgangi, c. xxix, P. L., t. Lxx.xix. col. 1113; Alcuin, Episi. viii, lxxxiv, clxxxvii, dans Monum. Cerm. hisl., Epist. carol. a;vi,t.n,p.33, 121, 309; Tliéoderaar du Mont-Cassin, ibid., t. ii, p. 512; Conc. Aqucnse, 817, can. 22, 61, dans Hardouin, Coll. coticil.

iam, allcram de cane ponlico quem vulgus beuvrum nuncupal similiter fimbriis sui coloris decoratam in orbe '. Bientôt le nombre des chapes augmente rapidement. A Saint-Bavon de Gand, en 851, on en possède vingt-quatre; à Saint-Trond, en 870, trentetrois. Au delà du ix' siècle nous n'avons plus à suivTe l'histoire de la cliape ^

Les monuments nous ont montré l'emploi de la chape liturgique dès le vi« siècle, dans les mosaïques de Ravenne. Dès ce temps, la chape n'avait pas cessé d'être un vêtement usuel, néanmoins elle tendait à devenir un vêtement de cérémonie; chez les moines, un vêtement de chœur. Quand l'inventaire de Saint- Riquier mentionne deux cents chapes conservées à

2481). — Le pape Jeau IV.

prosaïque à Saint- Venance de Rome.

la sacristie, nous pouvons induire que des chapes conservées à la sacristie n'ont qu'un usage restreint et exclusivement consacré aux fonctions liturgiques. L'ne semblable coutume ne convenait d'ailleurs qu'aux monastères riches; d'autres, moins abondamment pourvus, ne pouvant fournir une chape à tous leurs moines, se contentèrent d'en pourvoir les chantres et autres officiers du chœur. Bientôt les clercs adoptaient ce vêtement pour lequel commençait une série de déformations qui le rendaient finalement presque méconnaissable. Vers la fin du moyen âge, les chapes deviennent ce qu'elles sont encore aujourd'hui, » de véritables guérites, tant elles sont roides. pesantes et couvertes de grosses broderies; les patients contraints de porter ce vêtement ne sauraient remuer les bras

t. IV, coL 1230. 1232; Conc. Melense, SSS, can. G. dans Hardouin, op. cit., t. iv, coL 411. — = L'inventaire de Saint-Riquier est de l'année 831. — ' Monastère situé en Espagne. — * Ansegise fut abbé de Fontenelle de 823 à 833. — ' On trouvera à partir de cette époque les principaux renseignements dans J. Braun, Die liturgische Gewandung, in-S°, Fribourg-en-Brisgau, 1907.

CHAPE DE SAINT MARTIN

et ressemblent à créuormes étcigiioirs. Quant au capuchon, il est remplacé par une sorte de petit tablier frangé carré avec angles arrondis, qui figurent des élytres mal développées '. »

H. I.KCLERCO et E. MOMIJERT.

CHAPE DE SAINT MARTIN. L'épisode de saint Martin partageant son manteau pour en vêtir un pauvre est aussi célèbre que les miracles du Christ. L'extraordinaire popularité de saint Martin pendant tout le moyen âge, l'illustration de son pèlerinage, la diffusion de son culte, le prix attaché à ses reliques ont concouru à donner au vêtement ainsi partagé une célébrité universelle. Sa destinée historique nous impose d'en rechercher le type exact et c'est par ce détour qu'une relique insigne se trouve appartenir à l'archéologie.

Probablement pendant l'hiver rigoureux de 33.S- 339, Martin, bon gré mal gré, se trouvait incorporé dans la milice : Ipse armalam militiam in lulolesctntiu scciilus inler srlwlares alas snb rcyc Conslanlio (var. Conslantino), dcindc sub Juliano Ctcsare militaril ', ajtrés avoir passé par les ulic scholares, une institution qui ollre des points de ressemblance avec nos prytanées militaires. Incori)oré, quand il eut atteint l'àgc requis, à l'effectif d'une légion ' il dut, en sa qualité de fils de vétéran et conlorménient à un décret rendu par Constantin, en 3'26, servir avec titre de circuilor * ou circitor, dont le rang et les attributions équivalaient à celles de caporal ou de brigadier. La question se pose, en effet, de savoir si Martin servait dans l'infanterie ou dans la cavalerie ''? On l'ignore absolument et le fait n'a aucune importance, car fantassins et cavaliers étaient sans aucun doute équipes dilTéremment, mais les uns et les autres

ï VioIIct-lc-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier jrançais de réiioque carolingienne à la Renaissance, in-S**, Paris, 1872, t. III, p. 07-08. Le sort du capuchon a été lamentable : sur la chape il s'est aplati, sur le caniail des prélats il s'est atrophié, raccovni et n'offre pkis (]ue les dimensions et l'apparence d'une sébille accrocliée sar le dos. — - Sulpicc-Sévère, Vita Martini, édit. Halm, Vindobonfe, p. 111. — 3 A l'effectif de guerre et non î^ la section de dépôt des non-combattants comme on a imaginé pfiur expliquer un mot qui n'a plus besoin d'autre explication que celle de E. Missel: Saint Martin a-l-il menti? Petite dissertation historique sur quatre nwts latins : Christi eqo miles sum, in-8°, Paris. 100(3, et du même auteur : Encore Lecoy de la Marche et le Christi ego miles sum de saint ]\Iartin, in-S», Paris, 1907; Pourquoi saint Martin refusa~t-il de combattre? Pitgnaie mihi non licet cl le î i^ canon d' Hippohjte, in-8, Paris, 1007. —'Code théid., édit. Ritter, t. ii. p. 451. . — '•Tillemonl li.-nt pour l'infanterie, Lecoy delà Marche se récrie et incorpore d'autorité saint Martin dans la cavalerie; le fait est que le cheval s'y est pris de telle façon qu'on n'inuif^inc plus la scène sans lui. . — "^ Code théod., édit. Hiltcr, t. ii. p. -152. — ^ La " petite tenue de service »: arma..., siniplc.x militiœ vcstis. — "Le pauvre se présente ù la porte de la ville. Je ne \'ois pas trace de ronde à cheval, chose très anormale pour un simple circitor dans le service de garnison; pas trace de faction devant les armes car en ce cas, Martin serait soldat et non pas circitor et le pauvre n'aurait pas eu :\ grelotter longtemps pendant que les passants \ont et viennent sans le secourir. Ce qui me parait mieux répondre au.K conditions du » service des places " (et ceux qui y ont goûté seront, je pense, de mon avis); le voici: ITn poste de police à l'entrée de la ville d'Amiens, un factionnaire devant les armes, les hommes de garde calfeutrés dans le corps de garde bien chauffé. un pauvre hunime battant la semelle i) quelques pas de là. Survient le caporal, soit qu'il sorte du corps de garde, soit qu'il reviemuî d'une ronde ou bien d'avoir " posé » les factionnaires: il s'arrête ù la vue du pauvre. Rappelonsnous qu'il est en " petite tenue de service ■ et n'a, par consé- - quent, (jue dt s elTcts d'étpupcment. Rien de timt cela ne peut servir à un civil, et le caporal n'a pas d'aifîciit, nihil habebat, il n'a de disponible que la chiamyile (pu lui pend aux épaules, pricler chbunydem qtui indutus erat. Le reste

avaient la e/i/oniys qui n'était, sous ce nom à la grecque, qu'un paliidamcnluni ;i peine ; retaille », comme disent les hommes de troupe. En qualité de circitor, Martin avait à faire — non des factions, ceci était réservé aux simples légionnaires — mais des rondes '; c'était le « service des places » déjà, et dans ses moindres tracasseries. Étant en garnison à Amiens, voici ce qui lui arriva : Qiiodam itar/iie tcrnporc, cani jant nihil prœter arma et simplicem militiic vcslcm liabcrel ', mcdia hiemc, quœ solito asperior inhornwrat, adeo ul plerosque vis algoris cvlinguerct, obinum habei in porta Ambiancnsium civitalis paupcrem niidum ' : qui ctini praiercantes iilsui miscrercntur oraret ornnesi/iic miseriiin prœlcrircnt, intellcvil vir Dm plenus sibi illum, aliis miscricordiarn non prœstanlibus, reservari. Qiiid lamen agerct ? niliil prêter clUamijdem, ipia indutus crat, habebat : jam cnim rcliqua in opus simile consumpserat. Arrcpto itaqiie fcrro, quo accinctus erat, mediam dividil partcm ejiis pauperi tribait, rcliqua rursiis induilur. Intcrea de circiimslantibus ridere nonnuUi, quia de/ormis esse truncalus luibitu videretur : muiti tamcn, qnibus erat mens sanior, altius gemere, quud nihil simile fecisseni, cnm utique plus habentcs vcslire pauperem sine sua nudilale potuissenl. Noctc igiUir insccuta, cum se sopori dedisset, vidit Christum chlamgdis sax, qua paupcrem texerat, parte vestitum. Intucri diligcntissime Dominum vestemque,qiiam dcdcrai.jubctur agnoseere. Mox ad angclorum circumslaidium mulliludincm audit scmiclara voee diccntcm : Marlinns adhiie catccitumenus hac me veste conlcxit '.

Tel est cet épisode dont le caractère historique parait au-dessus de tout soupçon. Le récit deSulpice- Sévère inspira poètes, ])eintres et sculpteurs"; malgré

était déjà parti en aumônes; jam enim reliqua in opus simile eonsumpserat. Le reste, reliqua, qu'est-ce donc? Lecoy de la -Marche dit : ce sont les vêtements de dessous. Allons donc I II faut n'avoir jamais eu l'honneur de porter l'imifornu' pour imaginer qu'au com-s d'une ronde on se déshabille, on distribue chemise, vestes ou caleçons, on se rliabille et on continue sa marche. .\insi,tout cet incident est bien facile à rétablir. Le texte, d'ailleurs, impose cette explication — et la vie réelle aussi, ce qui est bien

I quelque chose. S'il s'agissait, dims ce rcliqua, de vêtements de dessous, Sulpice emploierait distribuerai ou un terme analogue; eonsumpserat ne peut s'appliquer qu'à la bourse qu'on épuise. Quant au cheval, il était probablement au quartier, au pansage ou à l'abreuvoir; je l'y laisse. — » Sulpice-Sévére, Vita Martini, 3« édit., Halm, p. 113. — '"La charité d'.\mi eus ne doit pas être confondue avec une charité de même genre pratiquée à Tours par le saint, cf Sulpice-Sévére, Dialog., I, xxvii (édit. Halm = IL I), Vindobona;, p. 180; P. L., t. xx, col. 201 sq., Monum.Germ. histor., Auctores antiquissimi, t. iv, part. 1, p. 330 sq. Nous ne pouvons omettre cependant de citer le texte, puisque Du Cange rapporte à cette deuxième charité la relique célèbre. Gallus ita cœpit : Quo primo igitur tempare relictis seltolis betto me viro funxi, paucos post dies euntem ad ecclesiam sequcbamur. Intérim ci seminudus hibernis mensibus pauper occurrit orans sibi t>estimentum dari. Tune illc areessilo arehidiacono fussit algcntem sine dilatione vestiri : dein secrelarium ingressus. cum solus, ut erat consuetudo. rcsidcret... hoc secret [ari] um beati uiri pauper illc capl(dus, cum ei arcliidiaconus dure ttmicam distulisset, inrupit, dissimulalum se a clerico quœrens, algcre dephtrans. Nec mora, sanctus paupcre non vidente inlra amphibalum sibi tunicam latentcr eduxit paupercnuiuc corUectum tliscedcrc juhet. L'architliacre entre et prévient révêtpiequele peuple attend son entrée dans l'église pour y célébrer la messe. Martin répond qu'il faut qu'auparavant le pauvre soit vêtu, faisant allusion à lui-même qui venait de se dépouiller. L'archidiacre agacé court dans une échoppe voisine acheter bigcrricam vestem, brevcni atquc hispidiun et l'apporte tout en colère aux pieds <le s:unt Martin. Le pauvre avait disparu, l'évêque l'Iuigne le diacre et revêt le vêtement grossier. On se rend

i alors à l'autel et un lait merveilleux se produit, l'appa-

CHAPE DE SAINT MARTIN

leur inlassable fécondité ils ne parvinrent pas à dénaturer trop le gracieux récit primitif. Tous célèbrent cette charité plus qu'évangélique, car l'évangile nous dit de donner un vêtement sur deux et ne va pas jusqu'à prescrire de partager notre unique habit ' :

O felix virtule lim miraciila vincens Omnia, et excedens Domini pra'cepla jubentis ! Ille etenim modico conlenlos nos jubet esse. i\ec seruare duas vestes ; tu dividis unajn.

Le peuple s'empare de ce souvenir et l'histoire de saint Martin, c'est-à-dire l'histoire du manteau partagé sera un des premiers récits qui captivent l'admiration des enfants. Jusqu'à nos jours, des usages se sont conservés, des proverbes se sont transmis, une saison tardive a gardé le nom d' « été de la Saint-Martin », des épées de bois sur lesquelles sont enfilés de petits pains mollets sont les « épées de saint Martin ».

Par-dessus, tout le manteau devint etresta fameux. Ce vêtement était la chlamyde d'uniforme, en étoffe de laine blanche, .s'attachant sur l'épaule droite par une fibule et relevée sur le bras gauche -. Quand et comment une moitié de cette chlamyde fut-elle recueillie, en quelles circonstances et sous quelles garanties fut-elle identifiée avec la chlamyde d'uniforme ? Il va sans dire que ces points restent complètement obscurs en l'absence de textes formels '.

Tous les textes apportés et tirés d'anciens auteurs sont parfaitement vagues. L'incontestable se réduit à ceci. A Amiens, Martin donne une partie de son vêtement, dont la forme et la couleur ont quelque ressemblance avec le burnous; à Tours, Martin donne à un pauvre son vêtement et le remplace sur l'heure par une bigerrica veslis brevis algue hispida. En deliors de ces indications, tout ce que peuvent dire Ennodius. Paulin de Périgueux, Fortunat et bien d'autres ne compte pas; braves rimailleurs qui s'exténuent à la poursuite du mot dont les pieds ne rendront pas boiteuses leurs poésies. Voici quelques exemples de leurs trouvailles.

Paulin de Périgueux ' :

Sola siiperftterat corpus tectura beatum

Vt semper duplicata chlamys. quœ frigus et imbrem '

Ventorum et rabiem geminato arceret amictu,

et même saint Martin donne le bon côté et garde pour lui la portion usée. Un peu plus loin, il ne s'agit plus de chlamyde mais simplement à'amictus et de veslis ^.

Vel cum divisœ remanerel portio veslis.

Venance Fortunat n'a pas plus de prétentions que Paulin à l'exactitude historique, il suitSulpice-Sévère et s'en tient à la clilamyde blanclie ' :

Occurrenti igitur porlœ Ambianensis egeno. Qui sibi restiterat, chlamgdis parlilur amictum

Martinique chlamys texil uelamine Chrislum Alilitis alba chlamys plus est quani purpura régis

mais pour le récit de la charité de Tours il est question tour à tour pour désigner le vêtement de tegmen ubollœ, legimcn vile, vestes, veslis. hirsula bigerrica palla, amiclus '. Dans différentes pièces nous retrouvons la chlamyde : ut chianiijdcm ille prias, sic tu partiris agellum ' ; dimidiœ chlamydis mo.v ope membra legil'; ciijus opima chlamys trcmebunduni texit egenum^"; cujiis Chrislum opcrit dimidiala Clamys"; mais on ne laisse pas de rencontrer quand l'occasion se présente ou quand le vers le réclame : palla, veslis, amiclus '-. Pour la charité de Tours c'est liinica qui est employé ''de préférence: vilis tunica", pars tunicas parva " et aussi : inopi legmine " et veslis ". Dans tout cela nulle mention de capa, cappa, capclla. nul indice qui permette d'affirmer positivement lequel des deux vêtements, celui d'Amiens ou celui de Tours est devenu la «chape » de saint Martin. Par ailleurs aucune description de cette célèbre « chape » pendant qu'elle fait partie du trésor des rois francs. On peut donc se demander, ainsi que l'ont fait Du Gange et M. J. Flach. si ce n'est pas le vêtement de Tours et non celui d'Amiens qui fut pendant quelques siècles le palladium de la monarchie

rition d'un globe de feu sur le célébrant. Du Cange, Gloss.Lrium mediîv et infimse latinitatis, édit. Fabre, Niort, t. II, p. 116, col. 1. et J. Flach, Les origines de Fancienne France, in-S». Paris, 1904. t. m. p. 459, voient dans la charité de Tours l'origine du culte de la capella de saint Martin. Entre ces deux événements si semblables, la préférence me parait devoir appartenir à Amiens, où dés le temps de Grégoire de Tours existait un oratoire commémorant la charité de Martin : In porta Ambianensi in qua quondam vir beatus pauperem algentem clamide decisa contexit, oratorium a fidelibus est eedificatum, in quo nunc puellee religiosse deseruiunt. Grégoire de Tours, De virtutihus S. Martini, 1. I, c. xvii, édit. Krusch, p. 598. Cet oratoire prit dans la suite le nom de " Saint-Martin-aux- Jumeaux "; les Célestins le desseiraient au xvii" siècle. Gallia christiana, 1656, t. iv, p. 623-624; 1751, t. x, p. 1226-1230; A. Longnon, Géographie de la Gaule au r/'= siècle, in-8°, Paris, 1S7S, p. 120; C. Bernouillî. Die Heiligcn der Merovinger, in-S°, Tùbingen, 1900, p. 229; W. Lûders, Capella, Die Ho/kapelte der Karolinger bis zur Mille des neunten Jahrhunderts.Capellœ auf Konigs- und PriuatguI, dans Archiu fiir Urkunden/orschung, Leipzig, 1908, p. 3. Saint-Martin-aux-Jumeaux est aujourd'hui le Palais de Justice d'.Amiens.

'Paulin de Périgueux, Vita Martini, P. L., t. LXI, col. 1012. — =Lecoy de la Marche, op. ci(., p. 94 se scandalise que • des esprits mal faits ■ aient contesté à Martin le droit de disposer d'une partie de son équipement. Le Cod. théod., 1. VIII, tit. VI, De militari veste, montre qu'on donnait au soldat soit un équipement complet, soit une prime d'habillement, sauf à présenter le fourniment et le vêtement à l'ordonnance. — ^ Galland, Traité hist. de la chape de S. Martin, 1637; de Rozière, Formules usitées dans Fempire

des Francs, t. il. p. 555. tiennent pour la chlamyde d'.\miens ; Gervaise. Dupuy, D. Ruinart croient que ce fut le voile recouvrant le tombeau qui fut considéré comme manteau du saint ; C. Chevalier est du même avis. Lecoy de la Marche, of). ci/, .p. 494, à défaut de la chlamyde d"-\miens, admettrait que ce fut -■ un manteau porté par le saint à une époque quelconque et recueilli pieusement par ses disciples, puis ofTertàClovisouarundeses successeurs. : Ondoitse garder delà confondre avec l'étendard de saint Martin, qui étaitla bannière féodale de l'abbaye de ce nom. portée par les comtes d'Anjou et en leur absence par les barons de Preailly, dont les sceaux la représentent comme une oriflamme à trois queues. Rien n'indique que la fameuse chape ait été un véritable étendard. Il est probable qu'on la gardait et qu'on la transportait dans une châsse, comme les autres reliques dont les princes se faisaient suivre. — * Paulin de Périgueux, De vita S. Martini. 1. I, P.L., t. LXI. col. 1012. — '■De vita S. Martini, 1. IV, P. L., t. LXI, col. 1038. — • Venance Fortunat. Vita S. Martini, 1. I, vs. 56, 57, 64, 66, dans Mon. Germ. hist., Auctores anliquissinii, t. iv, p. 297. — ' Ibid., 1. III. vs. 45. 46, 47, 48, 49, 51, Aucl. anliq., p. 330. — ' Carmina, 1. VIII, n. xx, vs. 5, Auct. antiq., p. 200. — ' Carmina, 1. X. n. vi. vs. 26, 30, Auct. anliq., p. 235 ; et encore vers 103 : dum chlamydem Martinus inopsdivisit egeno. — ^"Carmina, 1. X, n. vii, vs. 57, .4iir/. anliq., p. 240. — " Carmina, 1. X. n. x, vs. 16, Auct. antiq., p. 244, et encore Vita S.Hilarii, c. ix,.4iir(. antiquiss., IV, part. 2, p. 5. — '= Carmina. I. X, n. vi. vs. 30, p. 235; vers 104, 105, p. 237. — " Carmina, 1. X, n. vi, vs. 3. 109, p. 234, 238; 1. X, x, vs. 17. p. 244. — " Carmina, 1. I, n. v, vs. 9, p. 10. — '' Carmina. I. X, n. vi, vs. 110, p. 238. — " Carmina, l. I, n. v, vs. 10, p. 10. — " Carmina, 1. X, n. VI, vs. 7, p. 234.

CHAPE DE SAINT MARTIN

française, et aussi quelles sont les raisons à faire valoir en faveur de l'un des deux vêtements aux dépens de l'autre.

Capella s'applique exclusivement à un vêtement de dessus, sorte de pèlerine pourvue d'un capuchon, jamais ce terme n'est synonyme de iunica; si parfois ces mots se trouvent rapprocliés ils désignent des pièces d'habillement distinctes comme dans cet exemple : Iunica ciim cappella tanlum ulcns"^. Capella s'applique donc tout naturellement à la chlamyde et n'a aucune espèce d'analogie avec la tunique. Au temps de Fortunat et dans le pays où il vivait, la chlamyde était un oripeau classique à l'usage des poètes. Ce terme éveillait tout au plus l'idée d'un vêtement de dessus et c'est bien ainsi que Venance se le figurait, car nous le voyons employer pour synonyme de chlamyde palla, tegmen abolliv qui expriment une idée d'ampleur et de couverture laquelle ne s'applique en aucune façon à la Iunica, vêtement ajuste -.

S'il nous était resté quelque description delà relique royale, l'identiflcation en serait probablement aisée grâce à sa condition matérielle. En effet, la relique d'Amiens était une partie de vêtement, la relique de Tours était un vêtement entier '. La distinction était nettement faite dans les peintures qui ornaient la basilique de Tours réédifiée par Grégoire de Tours * et pour lesquelles Fortunat avait composé des épigrammes intitulées : Chlamijs divisa et Tunicam dédit '. Évidemment à Tours même, ce miracle local de la tunique et du globe de feu semblerait avoir dû être toujours opposé à celui d'Amiens; cependant dans le De virlutibus sancii Martini le miracle de Tours est éclipse par celui d'Amiens ° et le fait est d'autant plus remarquable que le livret est écrit à Tours par le propre évèque de la ville. Est-ce un oubli? Peut-être, mais l'oubli, on en conviendra, est remarquable et si la charité de Tours avait joui au VI" siècle d'une notoriété comparable à la charité d'Amiens, si la relique fameuse du trésor royal avait été associée au miracle de Tours, peut-on supposer qu'il eût été passé sous silence ou oublié, ce qui, pour les lecteurs, revenait au même? C'est encore la charité d'Amiens qui l'emporte en célébrité dans le trait suivant. Le démon s'offre à la vue d'un homme qui invoque saint Martin et l'esprit malin prend l'apparence d'un soldat : in speciem veterani. Pourquoi? sinon, comme le tait observer Ruinart, parce que l'imagerie de ce temps avait popularisé le type de saint Martin sous les traits du soldat partageant son manteau '. Le prestige de ce manteau militaire, indépendamment de son caractère sacré, expliquerait assez naturellement la pensée de le faire porter dans

' Vila Valarici, abb. Leuconœnsis, c. xxvi, dans Mon. Germ. hisl., Scripl. rer. merovingicanim, t. iv, p. 171. — ' Le moine de Saint-Gall, Hist. Franc, 1. II, c. xvii, dans Scripl. anliq., t. il, p. 7G0, décrit incidemment le vêtement de la charité de Tours, la tunica ajustée; il rapporte que Ciiriiliis[inagniis]liabebat peUiciumherbicinum, nonmullum amptioris priecii quam erat roccus ille S. Marlini, quo pectus ambitiis midis brachiis Deo sncrificium obtulisse... comprobatur. — ' Une certaine ressemblance entre les deux faits tendait :\ les appareiller. Cf. Venance Fortunat, Cormina, 1. X, n. VI, vs. 1 sq., 25 sq., p. 234, 235; I. X, n. vu, vs. 47, 57, p. 210; 1. X, n. x, vs. 16-17, p. 244. — ' Hisl. Francor.,

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