‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 10 sur 276 · EN · texte numérisé non relu

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inscriptions et toutes sortes d'objets décoratifs. Des architectes, sur le déclin de l'art, ont même fait de la frise, alors légèrement convexe, un large cordon de feuillage entouré de rubans. Elle peut enfin complètement disparaître pour laisser porter la. corniche immédiatement sur l'architrave. La première prend alors la dénomination de corniche architravée.

La corniche domine tout l'entablement, et doit supporter le toit. C'est ce qui' fait que les architectes habiles évitent ordinairement d'en placer, lors mémo que plusieurs ordres sont superposés, là où l'on ne saurait supposer que le bâtiment puisse être terminé. Les membres de la corniche, dont les moulures peuvent être [dus ou moins riches, sont: la cymaise ou cimaise, qui est la partie supérieure (dans le toscan, ce membre est un quart de rond au lieu d'être une moulure ondulée). Le larmier, qui est une moulure à bande lisse, quelquefois cannelée, destinée à laisser égoutter les eaux loin du mur ; à cette tin elle a beaucoup de saillie, et est bordée en dessous d'un petit canal d'isolement.

Le larmier est porté, dans l'architecture toscane, par un talon fort en retraite. Dans les ordres dorique ou composite, par des mutules représentant le bout des solives rampantes du toit; dans l'ionique, par des denticuies, et, dans le corinthien, par des modillons, quelquefois par des consoles. Mais ce dernier a aussi, au-dessous de ses modillons, un rang de petits denticuies. La corniche est d'un module un quart pour le toscan, d'un module et demi pour le dorique, d'un module pour l'ionique, de deux modules pour le corinthien, et le composite. Quelquefois la corniche s'unit immédiatement à l'architrave par la suppression de la frise. On l'appelle alors corniche architravée. Quand l'architecture ancienne procède par arcades, c'est alors l'architrave qui est supprimée.

La hauteur de l'entablement est ordinairement égale au quart de celle de la colonne, base et chapiteau compris. Dès le ive siècle, l'entablement s'altère et tend déjà à se réduire à la seule corniche. Là où on le conserve en apparence, ses proportions et ses protils lui donnent un caractère insolite, ainsi qu'on peut le voir dans quelques anciens monuments de nos provinces méridionales. Si là il persiste longtemps encore à conserver quelques traces de son origine, autre part il se réduit à la seule corniche supportée par des modillons ou corbeaux, d'abord de la forme rude et austère, décorés sous l'époque romane d'ornements inconnus des anciens. Assez souvent ces corbeaux portent de petites arcatures originairement a plein cintre, plus tard échancrées en créneaux renversés ou formées d'un trèfle déprimé, quelquefois alternant avec un maigre pilastre, ou par une colonnette.

La forme de la corniche se réduit quelquefois à une simple moulure carrée ou arrondie, portée par un chanfrein simple ou

multiple, ou par une plate-bande en retraite, tantôt unie, tantôt ornée de tètes de clous. On voit cette plate-bande se découper en nébules ou en espèces de créneaux renversés, terminés par des corbeaux couronnant une zone inférieure de deux ou trois rangs tantôt de denticuies, tantôt d'imhrications alternatives, à faces géométrales, ou à face angulaire.

Ces imbrications se montrent quelquefois au-dessous des corniches des premières églises gothique?, mais sous une forme plus aplatie.

Cette corniche est ordinairement portée par des corbeaux, de même que la corniche antique par ses modillons, au-dessous desquels règne, dans un assez grand nombre de monuments, en certaines provinces, une bande découpée soit de trèfles ou de rosettes à quatre, cinq ou six pétales enlevés dans l'épaisseur, et destinés à être remplis en mastic ou en pierre colorée; soit de motifs d'ornementation fort diversifiés, juxtaposés et sans aucune liaison ou rapport entre eux (cette ornementation est plus particulière à l'architecture gothique qu'à l'architecture romane); là, enfin, composée de mosaïques bicolores, plus ou moins importantes. La corniche gothique prend plus d'élégance dans son profil que la corniche romane, et plus de richesse décorative. Le membre supérieur, en roide talus, est à la fois cimaise par la place qu'il occupe, et larmier par l'office qu'il remplit, ainsi que par le petit canal dont communément il est bordé en dessous, et qui se voit aussi sous la corniche romane. Au lieu de l'ancien larmier est une sorte de cavet ou une importante scotie, ornée, aux xir et xmc siècles, d'un rang ou de deux rangs de feuilles posées verticalement et dites entablées. Ces feuilles sont ordinairement des trèfles, ou des feuilles d'eau enroulées en crochets, ou petites volutes à leur extrémité, comme celui des chapiteaux; un peu plus tard, on y voit apparaître des feuilles de persil , do fraisier, de chêne, de rosier, de violettes. Au xive siècle, les feuillages s'inclinent et courent en rampant; l'acanthe épineuse, le houx, le chardon, se montrent et font place, au xv% aux chicorées, aux choux frisés, et autres végétations analogues, quelquefois aussi à des rameaux naturels, qu'on peut voir, dans certains édifices, entremêlés d'animaux et de figurines. Au xvi% le caprice varie à l'infini la décoration de la corniche, tandis que la Renaissance commence à rappeler l'entablement antique.

N'i l'art roman , ni l'art gothique ne se sont fait scrupule de placer leurs entablements tronqués partout où ils l'ont jugé convenable, dans l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur.

ENTUE-COLONNEMKNT. — L'entre-colonnemenl n'est autre chose que l'espace ou Iadistancequi se trouveontrelescolonnes.On a cherché à réduire à des règles lixes l'espacement qui doit régner entre les colonnes des divers ordres ; mais il faut convenir que l'ob-

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servation ne répond pas toujours exactement aux calculs qui ont été faits. Les règles données par Vitruve et par d'autres auteurs plus ruoderues peuvent servir h guider, jusqu'à un certain point; mais il faut se garder de leur accorder une autorité trop absolue. Il en est, d'ailleurs, de ce fait, comme de beaucoup d'autres en architecture; et ce serait se tromper fort que de croire que les anciens se soient assujettis à un canon fixe et invariable dans les proportions à donner à leurs monuments, comme en serait fondé à le penser d'après beaucoup d'ouvrages sur la théorie de l'art de bâtir. 11 est reconnu que l'entre-colonnement observé avec régularité , communique à la façade des édifices beaucoup d'élégance et de grandeur : les anciens ont excellé, sous ce rapport , à ne point s'écarter des vraies conditions imposées par l'art. Mais au moyen âge, les architectes semblent ne s'être assujettis à aucune règle dans l'établissement des entre-colonnements. Les colonnes se rapprochent autour de l'abside, soit que cette partie de l'édifice soit bâtie sur le plan de l'octogone, soit qu'elle soit arrondie : mais dans les autres parties du monument, elles sont disposées plutôt d'après les besoins de la construction que d'après un système particulier bien arrêté. 11 en est à peu près de même dans l'architecture ogivale, lorsque l'on lit usage de colonnes isolées et monocvlindriques. Mais lorsque l'on employa les piliers cantonnés de colonnettes plus ou moins fortes, ce qui fut le plus orJinaire, les architectes établirent des entre-colonnements assez réguliers. C'est surtout dans les ouvertures des galeries que l'on remarque entre les colonnettes des espacements réguliers. Néanmoins, les constructeurs des édifices sacrés, au moyen âge, ne se sont jamais astreints à une symétrie sévère sous ce rapport. Nous avouons que ce fait n'est pas un mérite dans leurs œuvres, car la régularité parfaite appartient essentiellement à l'art de bâtir. Ce serait, suivant nous , faire une imitation malheureuse des monuments do l'ère ogivale, que de copier ces irrégularités et suivre ces inégalités dans la disposition des membres principaux d'un grand édifice. ENTRE-COUPE. — Ventre-coupe est un terme d'architecture assez peu usité aujourd'hui, mais qui exprime l'intervalle vide dans deux voûtes qui sont l'une sur l'autre, en sorte que la douelle de la voûte supérieure prend naissance sur l'extra-dos de l'inférieure, qui y est quelquefois ouverte, Comme au dôme des Invalides à Paris, où la calotte se détache des côtés delà tour du dôme. On fait souvent des entre-coupes pour suppléer à la charpente d'un dôme, en élevant une voûte, pour la décoration extérieure , audessus de la première qui paraîtrait trop écrasée au dehors, comme à Saint-Pierre de Rome et à plusieurs églises d'Italie.

ENTRELACÉS (Arcs). — Sur les murs extérieurs des éditices du xne siècle, on voit parfois des arcs plein-cintre entrelacés, de manière que le sommet des arcs forme des

ogives, au point de jonction. Quelques antiquaires ont prétendu que cet entrelacement des arcs et cette production d'ogives avaient donné naissance à l'art ogival. C'est ainsi qu'ils expliquent l'origine de l'ogive , et c'est là que serait, selon eux, le véritable berceau du système ogival. Le vénérable docteur Milner, si remarquable par son érudition ecclésiastique et si connu des catholiques par son immortel ouvrage de controverse intitulé : La fin de la controverse, a développé cette idée dans son Histoire de la cathédrale de Winchester. Le même auteur, poussé en cela, comme la plupart de ses compatriotes, avance que cet entrelacement d'arcs est plus commun en Angleterre que partout ailleurs, et que c'est dans la Grande- Bretagne qu'on l'a observé en premier lieu, ce qui a conduit, en ce pays, à la découverte du style ogival ou style anglais. Nous ne partageons nullement l'opinion du savant écrivain anglais. Le style ogival n'a pas pris naissance en Angleterre et ce n'est pas par l'observation de l'entrelacement des arcs qu'il a commencé. 11 suffit d'étudier les monuments romano-byzantins de transition au xne siècle, si nombreux en France , pour saisir, pour ainsi dire, l'origine et suivre les différents progrès de l'architecture qui prit de si vastes développements au xm* siècle. Voy. Anglais {Style), Ogive, Ogival.

ENTRELACS. — Les entrelacs sont des ornements composés de différentes parties qui s'entrelacent et forment ainsi des enroulements, des nœuds, des arabesques plus ou moins compliqués et plus ou moins élégants. Les entrelacs ont été en usage dans tous les styles d'architecture et dans toute sorte de systèmes de décoration. Rien n'est si commun que les entrelacs dans l'ornementation du style romano-byzanlin au xii' siècle. On en a exécuté sur pierre qui offrent une complication surprenante et dont les différentes parties sont entrecroisées avec un artifice ingénieux. Mais c'est surtout dans l'ornementation des vitraux peints les plus anciens que les entrelacs ont été communément employés. On peut même dire qu'ils en forment un des caractères les plus saillants. Nous en avons observé de ce genre dans les vitraux les plus anciens de la cathédrale du Mans, dans un médaillon de vitraux de la cathédrale de Tours : le P. A. Martin en a publié de nombreux et curieux spécimens, empruntés à différents monuments, dans sa Monographie de la cathédrale de Bourges.

Les artistes du moyen âge ont souvent employé les entrelacs dans certains travaux accessoires, comme les pentures de serrurerie qui garnissent la porte des grandes églises.

Nous devons ajouter que nous avons observé plusieurs fois des entrelacs fort compliqués, quoique d'un dessin assez grossier et d'une exécution barbare, sur des édifices qui nous ont paru remonter à une époojue assez reculée. Ces entrelacs étaient tracés sur des fragments qui avaient appartenu évidemment à des monuments plus anciens en-

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core que ceux dans lesquels ils se trouvaient encastrés. Nous les avons considérés comme des restes des ornements usités a la fin de la période romano-bvzanline primordiale.

Nous n'avons aucune certitude a cet égard ; mais nous avons lieu de croire cette observation fondée. Les plus curieux spécimens se voient aux églises do S.nnt-Mexme de Chinon, de Saint-Germaiu-sur- Vienne, et de Gravant, au diocèse de Tours.

ENTRE-MOD1LLON. — Espace compris entre les corbeaux ou modillons; il est égal dans toute l'étendue du membre d'architecture garni de modillons. Dans les édifices de la période romano-byzantine , surtout au mi* siècle, les modillons sont souvent rattachés les uns aux autres par une espèce de petite arcade plus ou moins ornée, qui sert à recouvrir l'entre-modillon. Cette disposition est commune et d'un bon effet. On en trouve des exemples dans la plupart de nos monuments du centre de la France, bâtis durant la phase transitionnelle.

ENTRETIEN DES EGLISES. — Voy. Réparation, Restauration, Badigeon, Ameu-

ULEMENT.

EPANNELER. - C'est abattre les arêtes d'une pierre pour lui donner une forme prismatique ou circulaire. C'est aussi ébaucber une moulure, ce qui se fait en donnant à l'objet une forme prismatique dont chaque plan correspond à la saillie des moulures à exécuter.

A l'église de Ralan, au diocèse de Tours, on voit au portail qui date du xie siècle, d'un côté une colonne ronde et du côté opposé une colonne à huit pans. Cette dernière colonne n'était pas encore terminée, sans doute, lorsqu'elle a été placée au portail d'entrée : on avait commencé à l'épanneler.

On remarque dans un grand nombre d'églises du xve siècle et surtout de la fin de ce même siècle, ou du commencement du xvie siècle des piliers à plusieurs pans. La forme en est achevée et ils n'étaient pas destinés a être ronds ; on dit quelquefois, cependant, qu'ils sont épannelés.

EPERON. — L'éperon est la forme primitive et la plus simple du contrefort. Il consiste ordinairement en une saillie plus ou moins considérable , mais il n'est jamais isolé de la muraille, comme certaines espèces de contreforts. Voy. Contrefort. L'éperon est donc un pilier de pierre ou de maçonnerie, construit an dehors d'un mur pour en assurer la solidité. On donne communément aux éperons une forme pyramidale et le sommet se termine par un rempart recouvert de petits ressauts ou larmiers.

ÉPI. — Dès le xvc siècle le mot épi était employé pour désigner un ornement qui s'élevait aux angles des couvertures des églises et des maisons particulières, et qui servait également à terminer l'extrémité des crêtes. Tous les édifices de quelque importance, églises ou châteaux, au xvc siècle et au xvi% étaient surmontés de crêtes et d'épis. Malheureusement la plupart des épis ont disparu : on n'en tonnait qu'un assez petit nombre

de modèles. Au xv* siècle, quelques ôpis consistent en une rosace, rappelant celles que l'on voit aux clefs de voûtes des constructions do cette même époque. Elle est percée au centre par une grosse tige, laquelle oll're, dans les épis complets, une pyramide quadrangulaire accompagnée de chardons ou crochets, qui ressemble beaucoup à celles dont les églises gothiques sont hérissées. A cette occasion, nous dirons que toujours l'on a reproduit en plomb ce que l'on faisait en pierre, quant aux moulures et aux feuillages, en suivant les types d'ornementation propres à chaque époque. Un épi de celle espèce, très-bien conservé, existe sur le faîte de la chapelle de la Sainte-Vierge à la cathédrale d'Evreux. Il s'en trouve un autre sur l'église de la Madeleine, à Verneuil, diocèse d'Evreux; et un troisième se voit sur la chapelle de l'hospice d'Orbec, département du Calvados.

L'époque de la Renaissance a placé un grand nombre d'épis sur le comble des maisons. C'est de ce temps que nous possédons actuellement le plus grand nombre de modèles différents. Les artistes y ont déployé beaucoup de goût. La forme la plus commune peut être ainsi décrite : Sur une base, le plus souvent carrée, plus haute que large, à moulures, ornée sur ses faces de petits mascarons ou de cartels, s'élève un candélabre, un vase élégant, une corbeille ou une urne aux formes élancées, d'où s'échappent des feuillages, des fleurs ou des fruits. Cette base supporte aussi quelquefois des figurines. Les différentes pièces qui composent l'épi sont maintenues par une tige de fer qui les traverse, et qui, a son extrémité inférieure, se partage en quatre branches pour étreindre,.si l'on peut ainsi dire, le poinçon sur lequel l'épi entier est fixé : cette pièce de bois s'appelle également épi. Nous indiquerons les endroits où se trouvent présentement les plus curieux épis. A Amiens, sur la cathédrale et sur la chapelle des Machabées, épis du xve siècle; à Aumale, sur l'église, épi du xvT siècle ; à Auxerre, près de la cathédrale, épi du xve siècle; à Rouen, sur la chapelle de la Sainte-Vierge, épi de la Renaissance. Sur la toiture des châteaux on rencontre un certain nombre de beaux épis du xv1' siècle et de la Renaissance.

Il y une certaine disposition de pierres que 1 on appelle appareil en épi. Voy. Appareil

• ÉPISTYLE. — Les Grecs nommaient épistyle, cpistylium,ce tju'on appelle maintenant architrave, c'est-à-dire la pierre OU la pièce do bois qui pose sur le chapiteau des colonnes.

EP1TAPHE. — On appelle quelquefois épitaphe un petit monument d'architecture ou de sculpture, avec buste et ligures symboliques, qui se plaçait sur les murailles à l'intérieur des églises ou dans les cimetières. Quant aux épitaphes ou inscriptions placées sur les tombeaux, nous n'avons point à en parler. Voy. Catacombes, Banoerole, Inscriptions.

ÉPOQUE. —I. Winckolinann le [dernier a

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Époques.

c''tade attentive. Quand il s'agit de la restauration d'un édifice religieux, du moyen âge, ou d'une réparation à pratiquer à quelquesunes de ses parties, il n'est pas plus permis de s'écarter des caractères propres à l'époque à laquelle il appartient, que de s'éloigner dans un ordre imité de l'antique, des profils ou dos proportions qui lui conviennent spécialement. Yoy. Age des monuments et Classification.

A l'article Classification, nous avons indiqué le système adopté par les archéologues modernes, nous n'y reviendrons pas. Nous ajouterons seulement quelques détails sur la classilication adoptée par le comité historique des arts et monuments, qui s'appuie sur les Périodes et les Epoques.

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