‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 176 sur 276 · APPLIQUÉ SURTOUT A L'ARCHÉOLOGIE DES ÉGLISES · texte numérisé non relu

APPLIQUÉ SURTOUT A L'ARCHÉOLOGIE DES ÉGLISES

INTRODUCTION

Suivant l'institution primitive , Dieu ne devait pas avoir dans l'univers d'antre temple que celui que ses propres mains avaient construit et orné si magnifiquement, c'est-àdire, le monde lui-même, avec ses merveilles. L'homme , pur et innocent , en devait être le prêtre, et il était chargé d'offrir au Créateur l'hommage intelligent de la nature entière. Ce temple , assurément, était bien digne de Celui qui devait y être adoré, ou du moins dans notre faiblesse nous ne saurions rien concevoir de plus solennel ; les proportions ne diminuent pas l'idée que nous devons avoir de sa suprême grandeur, et la richesse des ornements ne permet pas à l'Ame de tomber dans une froide indifférence. Quel temple, en effet, que celui qui a pour aire la terre tapissée de fleurs et de verdure , pour colonnes les montagnes chargées de forêts sombres , pour voûte le firmament azuré, pour tlambcaux les astres du ciel !

Mais quand le péché eut forcé Dieu à briser lui-même les plus beaux ornements de son œuvre, quand l'homme surtout eut subi les effets de sa dégradation , alors s'opéra dans la nature un changement déplorable. L'intelligence et le cœur de l'homme s'éprirent pour les choses sensibles, et la vue des objets de la nature, bien loin de porter sa pensée et ses affections vers l'Auteur de l'univers, ne servit qu'à donner un nouvel aliment à ses convoitises terrestres. Ce fut alors que les hommes pieux , fidèles à rendre à Dieu le culte qui lui est dû, sentirent la nécessité de séparer de l'espace universel un espace particulier qu'ils sanctifièrent et où ils appelèrent les bénédictions du ciel. Cette tentative était-elle sacrilège aux yeux de Celui que le ciel et l'unwers ne sauraient contenir, qui appuie ses pieds sur la terre comme sur un escabeau, et qui de sa substance remplit l'immensité? Non , Dieu approuva cet acte, et lui-même il donna plus lard le plan

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du premier sanctuaire qui fut consacré par les Israélites à l'exercice de son culte. Ce premier sanctuaire , dont le nom est

demeuré en vénération chez les juifs et les peuples chrétiens, fut le tabernacle. Chez les uns, comme chez les autres, c'est le tabernacle d'alliance ; chez les Israélites il renfermait les tables de la loi, la manne et l'arche sacrée ; chez les chrétiens il contient l'eucharistie, ce pain descendu des eieux , gage de la loi de grâce. Le tabernacle hébraïque n'était pas un temple proprement dit; il était portatif, parce que la nation juive n'avait pas encore de demeure permanente. Plus tard, après de longues années de gloire et d'épreuves , mais toujours do bénédiction, le peuple choisi , sous la direction de Saloinon, construisit un temple d'une incomparable beauté , la merveille de l'Orient et l'honneur de la nation. Dieu daigna montrer encore qu'il approuvait cette innovation pieuse en remplissant de sa gloire le temple de Jérusalem, le jour même où il reçut une solennelle dédicace. Ce temple , consacré d'une manière si éclatante , témoin de tant de prodiges, fut longtemps le seul lieu de la terre vraiment saint et béni, le seul où Dieu reçût des honneurs dignes de sa souveraine majesté, le seul où l'on pouvait plus spécialement recueillir les fruits admirables de la grAce et du salut.

Enfin brillèrent sur le monde ces jours de bénédiction, ces jours de rédemption si impatiemment attendus ; les prophètes les avaient salués de loin à travers les siècles, de leurs ardents soupirs et de leurs vœux enflammés , sans pouvoir être témoins des miracles de la régénération du monde. Le sang d'une auguste victime a racheté l'univers : le décret de damnation porté contre le genre humain a été déchiré. Alors la miséricorde divine ne fut pas spécialement manifestée à une seule nation de la terre ; alors le temple de Jérusalem ne fut pas le seul lieu où Dieu voulut être invoqué pour accorder ses bienfaits. Dans tous les lieux du monde on offre la victime sans tache, suivant le langage inspiré d'un prophète; depuis l'Orient jusqu'à l'Occident, depuis les plages brûlées du Midi, jusqu'aux régions glacées du Nord,

Eartout s'élèvent des temples à la gloire de lieu , et à l'honneur de Jésus-Christ , son Fils unique, notre Sauveur.

A partir de la prédication apostolique, nous voyons s'opérer dans la société une de ces étonnantes transformations qui ne peuvent en aucune façon être expliquées par la philosophie humaine. La religion chrétienne changea complètement l'organisation sociale du monde antique. Ce travail ne s'acheva pas en quelques années ; trois siècles furent nécessaires pour l'accomplissement entier d'un tel prodige. Pendant île longues années les chrétiens, proscrits et persécutés, furent obligés de se réfugier dans les entrailles de la terre. C'est dans la profondeur des catacombes romaines et des cavernes que nous devons aller chercher les premiers monuments de l'antiquité chrétienne. Enfin, la

conversion de Constantin ouvrit au christianisme une voie où il lit naître des merveilles de toute espèce dans les différentes branches des beaux-arts.

C'est un grand et beau spectacle de pouvoir contempler la marche et les développements de l'architecture appliquée à la construction des églises , sous t'influence des idées chrétiennes. L'art de bAtir,dansle cours des siècles , subit diverses phases de perfectionnement ou de dégénérescence :

c'est une étude profondément instructive de pouvoir en saisir les causes et les effets. On a dit et répété souvent que la science de l'histoire était très-propre à former le jugement et le cœur, et que celui qui la possédait pouvait s'approprier l'expérience des hommes et des faits ; nous ajouterons que celui qui s'applique à connaître les différentes évolutions de l'architecture chrétienne, à ses périodes de gloire et de décadence, peut pénétrer bien avant dans la connaissance de l'état religieux, intellectuel, scientifique et moral des peuples de l'Europe. Toutes les sciences humaines sont tributaires du grand et difficile art de construire, et , sans parler de l'empreinte laissée par le génie chrétien dans les édifices du moyen âge, ce serait déjà se proposer un noble but que de chercher à se rendre compte du mouvement immense qui fut communiqué à certains siècles privilégiés. Nous osons dire que l'architecture fut l'art par excellence des siècles de foi , et que le christianisme s'est plu à lui donner une partie de la sève divine qu'il fait couler dans toutes ses œuvres et ses institutions. Nos immenses cathédrales, cette expression sublime de l'art de bâtir au xnr siècle, ne sont pas des œuvres mortes, où l'œil regarde des formes roides, compassées, froides, monotones; on y sent, pour ainsi dire , palpiter la vie ; elles sont remplies de cette mens divinior dont on sent malgré soi la présence ; les dispositions principales sont animées d'un symbolisme expressif; tout y brille de l'éclat que sait communiquer à ses produits l'inspiration chrétienne ! Au point de vue religieux, comme au point de vue artistique , rien n'est plus digne d'admiration que les splendides monuments de l'ère ogivale I

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