PREFACE
L'ouvrage du moine Théophile, Essai sur divers arts, est le plus intéressant et le plus complet que le moyen âge nous ait transmis sur la pratique des arts consacrés à l'embellissement des édifices sacrés, il se divise en trois livres, contenant ensemble cent quatrevingt-quinze chapitres, sans compter une introduction qui précède chaque livre.
■ Le livre i", composé de quarante chapitres, traite de la préparation, du mélange et de l'emploi des couleurs, dans la peinture sur mur, sur bois et sur parchemin. C'est un traité pratique de la peinture telle qu'on l'exécutait pour la décoration des églises, des panneaux de menuiserie et des manuscrits. On y trouve de très-curieuses indications sur l'emploi de l'or, de l'argent et de l'étain, pour orner, ou, suivant une expression moderne, pour illustrer les livres. La peinture murale n'était pas toujours à fresque; Théophile décrit minutieusement des procédés qui peuvent servira expliquer plusieurs questions jusqu'à présent restées obscures dans l'histoire de ce bel art. Ce n'est pas sans surprise que l'on a remarqué que notre auteur donne des renseignements sur la manière de peindre à l'huile. D'après Vasari, la découverte de la peinture à l'huile était attribuée généralement à Jean Van- Eyck, plus connu sous le nom de Jean de Bruges, vers H10. Il ressort évidemment du texte de Théophile et des notes savantes de M. Robert Hendrie, que l'art de peindre à l'huile, en se suivant de siccatifs et de vernis convenables, était connu du temps de Théophile, et que la découverte en remonte h une époque même bien plus reculée.
Le livre u% composé de trente-un chapitres, traite de la fabrication du verre, des vitraux de couleur, des vases de verre, des vases émaillés. Il va des observations, pour la science et pour l'art, du plus haul intérêt. Théophile y
donne d'excellents conseils, dont nos artistes modernes pourraient tirer profit. «Usez, ditil, du verre jaune avec réserve dans les vêtements; ne l'employez que pour les nimbes, et n'en mettez qu'aux endroits où il aurait fallu poser de l'or dans la peinture ordinaire. » « Croceo vitro non multum uteris in veslimentis, nisi in coronis et in eis locis ubi aurum ponendum esset in pictura. »
(Lib. ii, cap. 21.) Dans ce môme livre, il est question des vases de terre peints de diverses couleurs de verre. Ce sont là les poteries émaillées qui ont été si célèbres dès la plus haute antiquité ; nous en avons vu des échantillons peints par les Egyptiens et les Etrusques. Ces poteries émaillées ont fait, trois siècles plus tard, la gloire de Bernard Palissy, qui retrouva et perfectionna, par la force de son génie, l'art de les orner de peintures vitriliables. Elles feront aussi la gloire des Avisseau et des Landais, de Tours, qui ont ressuscité, il y a quelques aimées, d'une manière si admirable, l'art oublié des Byzantins et de Palissy.
Le livre m", composé de cent onze chapitres, plus de treize chapitres qui ne sont pas marqués à la table du livre me dans le manuscrit de la Bibliothèque Harléienne, en tout cent vingt -quatre chapitres, est consacré aux travaux d'orfèvrerie. L'auteur semble avoir traité cette matière avec une prédilection particulière. N'est-ce pas, comme l'a prouvé M. l'abbé 'Levier, parce que l'art de l'orfèvrerie était resté , au moyen Age. éminemment un art monastique? On v voit des détails nombreux sur toutes les branches de cet art important. L'auteur indique d'abord comment la maison ou fabrique doit être disposée et distribuée. 11 continue par la description des instruments variés et nombreux qui doivent être mis entre les mains des ouvriers. Le laboratoire est construit cl