‹ Dictionnaire d'archéologie sacrée (volume 2)Chapitre 212 sur 276 · PROLOGUE DE THÉOPHILE. PROLOGUS THEOPHILI · texte numérisé non relu

PROLOGUE DE THÉOPHILE. PROLOGUS THEOPHILI

Les arts s'apprennent graduellement et Sensim per partes discunturquœlibetarles. partie par partie. L'art de la peinture s'oc- Artis pictorum prior est factura colorum.

(1) PiuTatio libri piimi non exstat in Man:iscripto IIailciano:supp'evimiisexC(Hl. Guclpherbytano

Ui THE0PH1U LIBER I.

Posta»! mixturascommittatmcns tua curas.

Hoc opus exerce, sed ad unguem cuucta co-

[herce, l't sit adornatum quod pinxeris et quasi

[natum.

Postea multorum documcntis ingeniorum Ars opus augebit, sicut liber iste docebit.

Theophilus, humilis presbyter, servus servorum Dei, indignus nomine et professione rnonachi, omnibus mentis desidiam animique vagationem utili manuum oecupatione et delectabili novitatum meditatione declinare et calcare volentibus, retributionem cœlestis prœmii !

Legimus in exordio mundanae creationis hominem, ad imaginera et similitudinem

Deiconditum et inspiratione divini spiraculi animatum, tantœque dignitatis excellentia cœteris animantrbus preerogatum, utrationis capax, divina? prudentiœ, consilii ingeniique mererelur participium, arbitriique liberlate donatus solius conditoris sui suspiceret voluntatemet revereretur imperium. Qui astu diabolico misère deeeptus, licei propter iuobedientiœculpamprivilegiumimrnortalitatis amiserit, tamen scientiœ et intelligentiee dignitatem adeo in posteritatis propaginem transtulit, ut quicunque curam sollicitudinemque addiderit, tolius artis ingeniique capacilatem quasi baereditario jure adipisci possit.

Hujusmodi intentionem humana susci- [liens solertia, et in diversis actibus suis insistons lucris et voluptatibus, per temporum incrementa, tandem ad prsedestinata Christian^ religionis perduxit tempora, factumque est, ut quod ad laudem et gloriam nominis sui condidit dispositio divina, in ejus obsequium converteret plebs Deo devota. Qua[)roj)ter quod ad nostram usque rctatem solers preedecessorum transtulit provisio, pia fidelium non negligat devotio ; quodque haereditariuin Deus contulit homini, hoc homo omni aviditate amplectatur et laboret adipisci.

Quo adepto, nemo apud se, quasi ex se et non aliunde accepto, glorietur; sed in Domino, a quo et per quem omnia, et sine quo nihil, humiliter gratuletur, nec concessa invidiœ sacculo recondat, aut tenacis armariolo cordis occultet, sed omni jactantia repulsa, hilari mente simpliciter quœrentibus eroget, metuatque evangelicam iilius negotwitoris. sententiam, qui domino suo reconsignare dissimulans mnam fœneratam, omni beneficio privatus, oris sui judicio nequam se; vi promeruit notam.

été confiée, et mérita d'être flétri, de la serviteur.

Ouain sententiam incurrere fornudans, ego, indignus et peue nullius nominis holiiuncio, quod mihi gratis coneessit, qua}

TRADUCTION

cupe d'abord de la composition des couleurs; leur mélange doit être ensuite l'objet de ses soins. En vous exerçant à ce travail, appliquez-vous à mettre en toutes choses une grande exactitude, de sorte que vos peintures soient naturelles et ne soient pas une simple décoration. Dans la suite, les nombreux enseignements des maîtres vous faciliteront la pratique de l'art : ce livre vous en donnera la preuve.

Théophile, humble prêtre, serviteur des serviteurs de Dieu, indigne du nom et de la profession de moine, à tous ceux qui veulent éviter ou surmonter l'oisiveté de l'esprit et les vaines distractions, par un travail manuel utile et par une agréable méditation des choses nouvelles, nous souhaitons et promettons la récompense éternelle 1

Nous lisons au commencement du récit de la création du monde que l'homme, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, animé du souille divin, et, par l'excellence d'une telle dignité, élevé au dessus de tous les animaux, reçut en partage l'intelligence et la volonté, efqu'il fut gratifié du libre arbitre à la seule condition de respecter les lois et la volonté de son Créateur. Trompé, malheureusement, par la ruse du démon, il perdit le privilège de l'immortalité par sa désobéissance coupable; il transmit, cependant, à sa postérité la prérogative de la science et de l'intelligence, de manière que ceux qui ajoutent à ces dons naturels les soins et l'éiude, peuvent acquérir, comme par droit d'héritage, la faculté de se livrer avec succès aux arts et aux travaux intellectuels.

L'industrie humaine, en vertu de cette tendance, sollicitée par le plaisir ou par l'amour du gain dans ses actes divers, transmit cette noble faculté, à travers la succession des âges, jusqu'aux temps prédestinés de la Religion chrétienne, de sorte qu'un peuple consacré à Dieu emploie au service divin ce que la Providence avait établi pour son honneur et pour sa gloire. C'est pourquoi la piété et la dévotion des chrétiens ne doivent pas négliger ce que la sage prévoyance de nos prédécesseurs a conservé jusqu'à nos jours. Que l'homme embrasse donc avec ardeur et qu'il s'efforce d'acquérir ce que Dieu lui a donné en héritage.

Ceux qui le posséderont ne doivent pas s'en glorifier comme d'un bien propre et qu'ils n'ont point reçu; qu'ils s'en félicitent humblement dans le Seigneur, de qui et par qui toutes choses arrivent, et sans lequel il n'y a rien. Qu'ils ne cachent pas ce bienfait dans les replis d'um cœur avare et jaloux; qu'ils en fassent part, au contraire, sans vaine jactance, avec un esprit simple et ouvert, à tous ceux qui s'adresseront à eux : qu'ils redoutent la sentence portée, dans l'Evangile, contre cet intendant qui ne rendit pas, avec intérêt, à son maître la somme qui lui avait bouche de son maître, du nom de mauvais

Craignant d'encourir ce terrible jugement, moi indigne, homme chétif et presque sans nom, j'otl're gratuitement à tous ceux qui

Uo

TRADUCTION

modestement désirent l'apprendre, ce que m'a gratuitement accordé la bonté divine, qui répand ses faveurs abondamment et

miséricordieusemont sur tous les hommes.

A 1 i 1 1 qu'ils reconnaissent et admirent l'effet de la bonté et de la libéralité de Dieu, j'avertis mes disciples et je les assure, s'ils veulent y mettre de l'application, qu'ils obtiendront sûrement le môme etîet.

De même, en elfet, qu'il est injuste et détestable pour tout homme de convoiter par ambition ou de ravir par violence un objet défendu, de quelque nature qu'il soit, de môme aussi ce serait lâcheté et folie de mépriser ou de négliger ce qui nous appartient réellement comme l'héritage provenant de Dieu, notre père. Vous donc, qui que vous soyez, très-cher fils, à qui Dieu a mis dans le cœur le désir d'explorer le vaste champ de l'art, et d'y apporter intelligence et soiu pour y recueillir ce qui vous plaira, ne méprisez pas des choses précieuses et utiles, sous le prétexte que le sol commun les pourra produire pour vous spontanément ou d'une manière inespérée; ne serait-il pas un spéculateur insensé, celui qui négligerait de recueillir et garder un trésor qu'il aurait trouvé tout à coup en creusant la terre? Si de vils arbrisseaux produisaient pour vous la myrrhe, l'encens et les baumes, ou que les sources de votre maison laissassent couler l'huile, le lait et le miel, ou bien encore que le nard, la cannelle et diverses espèces de parfums crussent dans votre jardin à la place de l'ortie, du chardon et d'autres herbes, est-ce que vous iriez parcourir les terres et les mers, méprisant ces productions comme vulgaires et sans valeur, pour en acquérir d'étrangères d'un prix égal et peut-être môme inférieur? Cela, de votre avis, serait une grande folie. Quoique les hommes, en elfet, aient accoutumé d'estimer au-dessus de tout et de garder avec une extrême précaution les objets

THF.OPHiLl LIBER I. 7U

dat omnibus allluenter et non improperaî, divina dignatio, cuueiis humiliter discero destderantibus gratis otfero, et ut in me benignitatem Dei recognoscant largitatemque mirentur, admoneo, et ut idem, si opéra addiderint, sibi preesto esse, procul dubio credant insinuo.

Sicut enim homini quodcunque vetitura a ut indebitum cujuscunque modi ambitione attemptare, sive rapina usurpare , iniquum est et delestabile ; sic jure debitum et ex pâtre Deo hrereditarium intemptatum negligerc aut contemptui ducere, ignaviae adscribitur ac stultitiae. Tu ergo quicunque es, tîli carissime, cui Deus misit in cor campum latissimum diversarum artium perscrutari, et ut exinde, quod libuerit, colligas, intellectum curamque apponere, non vilipendas pretiosa etutilia qurequi», quasi ea tibi sponte aut insperato domestica terra produxerit; quia stultus negotiator est, qui thesaurum subito fossa humo repererit, si illum colligere et servare neglexerit. Quod si tibi arbusta vilia myrrham, thus et balsama producerent, seu fontes domestici oîeum, lac et mella profunderent, sive pro urtica et carduo cœterisque horti graminibus nardus et fistula divorsorumque generum aromata crescerent, numquid his contemptis tanquam vilibus et doraesticis ad extranea, nec meliora, sed fortassis viliora comparanda circuires terras et marai ? et hoc te judice grandis foret stultitia. Quamvis enim soleant homines quaeque pretiosa multo sudore quaesita, sumptuumque numerositate comparata, primo loco reponere, summaque tueri cautela : tamen si forte interdum gratis occurrerint aut inveniantur paria seu meliora, non dissimili, imo majori servanlur custodia.

qu'on acquiert seulement avec beaucoup de peine et a grands frais; si, cependant, quelquefois il leur arrive d'en rencontrer aisément de semblables ou de meilleurs, ils les gardent avec un soin égal, et peut-être plus grand encore C'oct nniirrrivii. ti-As-c.lip.p fils, vous fuir» Onanror

C'est pourquoi, très-cher fils, vous que Dieu favorise au point que l'on vous offre gratuitement ce que tant d'autres recherchent et trouvent par un travail opiniâtre, après avoir traversé les mers au péril de leur vie, après avoir souffert la faim, le froid, la longue contrainte de l'école et mille autres fatigues par le désir d'apprendre, saisissez avec empressement cet Essai sur divers arts, lisez-le avec une mémoire fidèle, embrassez-le avec un vif amour.

Si vous l'étudiez avec attention, vous y trouverez tout ce que possède la Grèce sur les différents genres et les mélanges des couleurs ; tout ce que connaît la Toscane dans Je travail des incrustations et dans la variété des nielles; tout ce que pratique si habilement l'Arabie dans les ouvrages faits au moyen delà malléabilité des métaux, de leur fusion, ou de la ciselure; tout l'art de l'Italie à décorer d'or et d'argent toute sorte de vases, à sculpter le? pierres précieuses et l'ivoire; ce que la France recherche dans la

Quapropter, fili dulcissime, quem Deus omnino beatum feeit in hac parte, qua tibi gratis offeruntur, quœ multi marines sécantes fluctus cum sumrno poriculo vitae, famis ac frigoris arctati necessitate, aut diuturna doctorurn fessi servitute, omnimodoque fatigati discendi desiderio, intolerabili tamen acquirunt labore; hanc Diversarum artium schedulam avidis obtutibus coucupisce, tenaci memoria perlege, ardenti amore complcctere.

Quam si diligentius perscruteris, illic invenies quicquid in diversorum colorum generibus et mixturis habet Grœcia; quicquid in electorum operositate, sou 'nigelli varietate novit Tuscia; quicquid ductili vel fusili, seu interrasili opère distinguit Arabia; quicquid in vasorum diversitate, seu gemmarum ossiumve sculplura auro décorât Italia ; quicquid in fenestrarum pretiosa varietate diligit Francia; quicquid in auri, argenti, cupri et ferri, lignorum lapidumque subtilitate solers laudat Germania.

TIIE0P1I1LI LIBER I.

TRADUCTION

décoration des fenêtres par les vitraux; ce que l'Allemagne industrieuse estime dans les ouvrages délicats d'or, d'argent, de cuivre et de fer, de bois et de pierres.

Quse cura sœpe relegeris et tenaci mémorise commendaveris, hac vicissitudine instructionis me recompensabis, ut, quoties labore meo bene usus fueris, ores pro me apud misericordiam Dei omnipotentis, qui scit me nec humanœ laudis amore, nec temporalis prœmii cupiditate, quœ digesia sunt, cODScripsisse, aut invidiae livore pretiosum quid aut rarum subtraxisse , seu mihi peculiariter reservatum conticuisse , sed in augmenlum honoris et gloriœ nominis ejus multorum necessitatibus succurrisse et prolW-tibus consuluisse-

Lorsque vous aurez lu et relu souvent ces choses, et que vous les aurez gravées dans votre mémoire, en récompense de l'instruction que vous aurez puisée dans mes écrits, chaque fois que mon travail vous aura été utile, vous prierez pour moi Dieu miséricordieux et tout-puissant, qui sait que je n'ai point écrit ce livre par amour des louanges humaines, ni par le désir d'une récompense temporelle, que je n'ai rien caché de précieux ou de rare par un sentiment de jalousie, ou pour m'en réserver le secret à moi seul, mais que, pour l'ac-

dc la gl

croissemenl de l'honneur et de la gloire de son nom, j'ai voulu subvenir aux besoins et aider aux progrès d'un grand nombre d'hommes.

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