PREFACE SIR THEOPHILE
jusqu'à dos jours, dans certaines abbayes cl dans quelques circonstances particulières.
Passons maintenant à L'examen «les manuscrits de la Diversarum artium schedula. Le manuscrit qui fut entre les mains de Mathias Farinator, au xve siècle, . et qui lui avait été procuré d'un monastère d'Allemagne, est présentement inconnu. Peut-être se trouve-t-il a la bibliothèque du Vatican, où gisent ignorés un grand nombre de documents précieux qui n'ont point encore été dépouillés.
Le manuscrit mentionné par Cornélius Agrippa, de Vanitate scientiarum (cap. 06) est maintenant à Wolfenbiittel, suivant Raspe, qui néanmoins ne donne aucune preuve de son assertion. Le manuscrit qui est à Wolfenbiittel, selon Lessing, appartient au x' ou au xi' siècle ; nous verrons plus 1) is que cette appréciation de Lessing est erronée. Le troisième livre de ce manuscrit se termine par le premier chapitre sur les orgues.
Le manuscrit de Leipsick, qui a été considéré par Lessing comme antérieur à celui de Wolfenbiittel, ne date que du xive siècle. Il renferme les trois livres, mais le troisième a été mutilé ; il n'y a que les sept premiers chapitres de ce livre. Ce manuscrit provient du monastère d'Alten-Zell.
Un manuscrit fut découvert par Raspe, en 1779, dans la bibliothèque de l'Université de Cambridge; il le regardait comme étant du xiii' siècle. Il contient seulement une partie du premier livre de Théophile, avec un Appendice composédediverses pièces recueillies par le copiste, et appartenant à plusieurs auteurs. Une copie dece manuscrit estau British Muséum, Sloane, 715. Raspe dit que ce manuscrit est de format in-4° , et qu'il est d'une écriture duxnr siècle.
Une autre copie fut trouvée par Raspe à la bibliothèque du Collège de laTrinité ; elle est aussi d'une écriture du xmc siècle. Ce manuscrit est présentement au British Muséum. C'est celui qui a été publié par Raspe ; il contient une partie du premier livre de Théophile, avec une collection de recettes à la lin, parmi lesquelles on trouve les cinq chapitres publiés par M. le comte de l'Escalopier. Ces chapitres ne sont pas de Théophile : nous les avons cependant nousmême reproduits h la fin du livre i". On ne les trouve ni dans le manuscrit de la Bibliothèque Harléienne, ni dans celui de Vienne, ni dans celui de Wolfenbiittel. C'est dans ce manuscrit que l'on trouve le livre ier précédé du titre suivant: Sic incipit Tractatus l.ombardicus qualiter temperantur colores ad pingendum. Que l'ouvrage de Théophile soit ou non Lombard, c'est une preuve de l'opinion du copiste au xm' siècle.
Une autre copie du xvnc siècle fut indiquée par Morclli, comme existant à la bibliothèque Nani, à Venise; dans cette copie Théophile est nommé Rugercs. Morelli prétend que cette copie a été faite d'après l'ancien manuscrit en parchemin de la Bibliothèque Impériale de Vienne: Descripti ex untiquo codicc membranaceo manuscripto cm-
gustissimœbibliothecœCœsareœVmdobonensië.
M. Guichard, en mentionnant ce manuscrit, a omis de citer la fin de la note de Morelli, et il met en doute l'exactitude de Morelli, qui nous apprend qu'il y avait deux manuscrits de Théophile à Vienne. (Morelli, Cod. manuscript. Int. IHblioth. Nani, pag. 35.)
La copie qui se trouve â la Bibliothèque Nationale, à Paris, dans la collection de Le Règne, est une transcription remplie de fautes des 20 premiers chapitres du livre i" seulement. Cette copie est d'une étendue égale au manuscrit du Collège de la Trinité, publié par Raspe, moins L'Appendice.
Quoique ni Lambecius, ni les autres bibliograpn.es n'aient indiqué les manuscrits de Vienne, et qu'en conséquence, M. Guichard suspecte la vérité des renseignements donnés par Morelli, il est certain que l'assertion de Morelii est exacte, au témoignage du docteur Ferdinand Wolf, de la Bibliothèque Impériale de Vienne. Ce savant écrivait à M. R. Hendrie, dans une lettre, en date du 18 juin 18i6 : « Les dates données par Morelli sont exactes. Nous possédons deux manuscrits, dont un sur vélin (n° 25*27) appartient au xir siècle, ou au plus tard au commencement du xiue. L'autre. (n° 11236) est seulement une copie, faite, il est vrai, d'après un manuscrit différent du nôtre ; ello est du xvir siècle et sur papier.
« L'ancien manuscrit est défectueux, icommence par les trois prologues ; puis vient la table des chapitres du premier livre. Le titre du 1er chapitre est, De temperamento colorum in midis corporibus ; le dernier, le 28", est, Quomodo colores in libris temperentur. Le livre n renferme trente-cinq chapitres, dont le premier porte le titre suivant : De constructione furni ad operandum vitrum; le dernier : De annulis. Le livre m contient soixante-dix-huit chapitres ; le premier :De constructione fabricœ; le dernier :De organis; mais quelques feuillets manquent à la fin.
« L'autre manuscrit, la copie moderne, donne aussi le prologue de chaque livre; ensuite l'index. Le premier livre contient quarante-deux chapitres ; le premier: De temperamento colorum; b dernier: De cerosa. Le second livre est composé do trente-cinq chapitres en tout conformes au manuscrit précédent. Le troisième livre contient soixante-seize chapitres ; le premier : De constructione fabricœ; le dernier : De organis, et il se termine' ainsi: A plectro autem inferius omnes unius mensurœ et ejusdem grossitudinis erunt. Finis. »
On voit que le manuscrit le plus moderne, comme celui de Wolfenbiittel, n'a pas le chapitre kO du livre 1", De encausto, qui se trouve dans les manuscrits de la Bibliothèque Harléienne et de celle de l'Université de Cambridge.
Mais, h présent, comment concilier les sentiments divergents de Lessing et deLeiste ? Lessing affirme que le manuscrit do "Wolfenbuttel est du xi* siècle, et Leiste lo fait remonter jusqu'au xc siècle. D'un autre coté, ces mêmes écrivains assignent tous les
TRADUCTION
TIIEOPIIILI URER I.
deux le xnr siècle ou le xiv" comme date au manuscrit de Leipsick. Voici ce que Leiste a écrit à ce sujet : « Les deux manuscrits de Wolfenbûttel et de Leipsick sont de format in-i°, écrits sur parchemin, et se ressemblent quant aux caractères de l'écriture : il me semble qu'ils doivent être l'un et l'autre rapportés au môme siècle. » Il suit de là que le manuscrit de Wolfenbûttel, que l'on avait cru d'abord du xe ou du xie siècle, ne remonte pas au delà du xme siècle.
Le plus important, le plus complet et le plus correct des manuscrits, sinon le plus ancien, reste maintenant à indiquer. C'est celui que M. Robert Hendrie a eu le bonheur de découvir au British Muséum, parmi les manuscrits de la Bibliothèque Harléienne. A cause de la classification imparfaite de ces manuscrits, à la fin du siècle dernier, il était restéinconnu.Ilétaitclassé parnailes livres de théologie sous le nom de Théophile ecclésiastique. 11 n'est pas indiqué comme un ouvrage sur les arts, mais comme un livre de Philosophie naturelle; on ne pouvait donc guère s'attendre à y reconnaître le Traité sur divers arts du moine Théophile. Ce manuscrit est sur vélin, de format in-8°, et d'une écriture allemande du commencement du xme siècle. 11 renferme cent quinze feuillets, des écrits de Théophile,et cinq feuillets de recettes relatives aux arts, écrits d'une autre main, vers le même temps. 11 y a ensuite un traité de Unguentis : c'est un recueil de recettes médicales. Malheureusement le titre et la préface du premier livre manquent. Dans une copie si remarquable et d'ailleurs si complète, on aurait trouvé peut-être des renseignements sur le nom et la patrie de l'auteur. C'est ce dernier manuscrit, publié par M. Robert Hendrie, qui est reproduit dans cette nouvelle édition.
Avant de clore cette préface, nous ferons connaître les manuscrits relatifs aux arts du moyen âge, recueillis par Le Bègue, actuellement déposés à la Bibliothèque Nationale, à Paris. Us sont indiqués sous ce titre : Magister Johannes Le Bègue, licenciatus in legibus, greffarius generalium magistrorum monetœ Hegis. Parisiis, anno Domini 1431, œtatis
suce 63. Ils renferment : Tabula de vocabulis synonymis et œquivocis colorum, rerumque accidentium colorum; — Expérimenta de coloribus : — ■ Expérimenta diversa, aliaque de coloribus ; — Receptœ extrahendœ ab uno quaternomichi présentait per fratrem Dionysium, etc. In Janu. HO!), scriptœ. — Item, die Martis, xi Februarii, lilO, feci copiari in Bononia a receptis mihi présentais per ThedericumdeFlandria,quas receptas idem Theodoricus dixit habuisse in Londonia in Angiia. — Item de diversis a quodam libello magistri Johannis de Modem, pictoris habitantis in Bononia. (Est-ce le peintre Jean, mort en Italie, qui décora l'église abbatiale du monastère de Saint-Gall, vers 990, et qui fut ensuite mandé à Aix-la-Chapelle par Othon 111, pour décorer l'oratoire du palais? Othon appelle cet artiste évoque de Liège. (Voyez Em. David, pag. 150. ) Cet écrivain parle d'un mélange d'huile et 'de vernis, qui doit être employé avec les couleurs.) — Anno 1411. Johannes de.... Normannus, de azurro novo, lapidis lazulli ultramarini. — Libet Theophili adinirabiiis et doctissimi magistri, de omni scientia picturœ artis. (C'est seulement un fragment du premier livre de Théophile. ) — Liber magistri Pétri de Sancto Audomaro, de coloribus faciendis ; — Eraciii, sapientissimi viri, libri très de coloribus et artibus Romanorum ; — Liber Johannis Archerius, A. D. 1398. Ut accessit a Jacobo Cona, Flamingo pictore ; — Capitula de coloribus ad illuminandum iibros, ab eodem Archerio sive Alcherio, ut accepit ab Antonio de Compendio illuminatore librorum in Parisiis, et a magistro Alberto Pozotto perfectissimo in omnibus modis scribendi, Mediolani scholas tenente. — Aultres escriptz en latin et françois, per magistrum JohannemLe Bègue, etc., qui prœsens opus seu capitulain hoc volumine aggregata propria manuscripsil, A. D. 1431 ; œtatis vero suœ 63. Illustra, Deus , oculum.
A Tours, le 11 novembre, fête de saint Martin. 1851.
J.-J. BûURASSÉ ,
Chanoine de l'Eglise métropolitaine de Tours.