UN DES NOTES
procédés de coloration du verre par le moyen d'un fondant ne fut connu que plus lard. Dans les chap. 12 cl 13, Théophile n'aurait pas négligé de nous parler de ce procédé, quand il nous dit que les Français font des feuilles de verre précieuses bleuetr pourpres et vertes, fort utiles dans les vitraux ; au chapitre 15, il nous apprend que le verte très-clair, employé comme fondant, élait composé par les Grecs. Théophile, qui affirme qu'il a connu ta nature de toute espèce de verre, est le premier auteur pratique qui entre dans'des détails sur les procédés de la peinture sur verre, et comme artiste pratique, il mérite toute notre attention. L'art d'émailler le verre était connu des Grecs byzantins. La narration de l'historien du monastère de Saint-Bénigne est donc plus croyable, quoique attaquée par les derniers écrivains Français, et l'opinion des Bénédictins, qui attribuent la découverte de la peinture sur verre au règne de Charlemagne, devient plus admissible. L'art de peindre au moyen de la gradation des ombres, formant ainsi des combinaisons de lumière, ombre et couleur avec des feuilles de verre peint, soumis à ce procédé, fut le premier et le grand progrès fait dans l'art de la peinture sur verre. C'est le procédé de Théophile, qui paraît cependant avoir eu l'idée de peindre des objets sur verre avec des fondants colorés, en imitation des ornements peints sur les vases et les coupes.
Que ce procédé ait été plus convenable que tout autre pour conduire à la perfection l'art de la peinture sur verre, on peut s'en convaincre en considérant les verrières qui se voient encore dans nos églises, depuis le xi« siècle jusqu'à la fin du xv*.
Les raisons ne manquent pas pour expliquer ce fait; elles ont élé mises en évidence avec beaucoup de justesse par les écrivains qui ont traité de cet art en dernier lieu. Us ont montré que pour parvenir à la perfection du genre, il est essentiel de ne pas s'ecarler de la simplicité des époques les plus renommées, et d'employer des verres colorés de première qualité.
Le soin des peintres, à ces époques éloignées, de bien indiquer les conluurs est une autre cause de la perfection que l'on remarque dans leurs œuvres. Le dessin et la distribution des couleurs sont les deux points capitaux, pour composer une verrière qui produise de l'effet et qui soit harmonieuse de ton.
Le vénérable Bède, le chroniqueur Saxon, rapporte que des peintres sur verre vinrent en Angleterre de la France et de l'Ilalie, à la demande de Wilfrid, évèque d'\'ork et de Biscop, son ami : ce fait est d'une grande importance dans l'histoire de l'art en Angleterre, et il exerça une puissante influence dans ce pays. Eméric David assure, à son tour, que ce furent les Anglais qui instruisirent les Allemands des procédés de ce même art.
Il n'est point à propos de tracer ici une histoire, même très-abrégée, de l'art delà peinture sur verre. C'est un vaste objet, qui demande de longs développements : il faut recourir aux ouvrages spéciaux.
Les principes de ce bel art, tels qu'ils sont donnés par Théophile, ne doivent pas être dédaignés par les peintres sur verre, quoique la chimie moderne leur ait fait connaître des procédés plus simples, plus faciles, et dont le résultat est plus certain. Mais qu'ils n'oublient jamais ces deux points, qui semblent être de la première importance : c'est que le dessin des sujets doit être pur et simple. La sim-' plicilé accompagne le plus souvent la grandeur, et convient à la grunde décoration qui n'est pas autre que la décoration des églises ; c'est encore que les couleurs doivent être hautes en ton. Qu'ils évitent les gris et les tons faux. Ce qui produit bon effet dans la peinture ordinaire à l'huile, ne peut s'allier avec les conditions de la peinture sur verre. Un bon tableau à l'huile, fidèlement copié sur verre, ne ferait qu'un détestable vitrail.
DU LIVRE SECOND
857 TUEOPfHLJ I.1B. III.